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De l’opération de l’Esprit-Saint 

dans les communautés non catholiques (séparées) 

 

par l’abbé Victor-Alain Berto

 

 

Nous reproduisons ici un texte de l’abbé Berto rédigé pendant le concile Vatican II et publié en 1975 dans le n°157 de La Pensée catholique. Il a été reproduit par l’Action Familiale et Scolaire en son numéro 155 de juin 2001, pages 69 à 73.

Au moment où tant d’idées fausses sont répandues sous couvert d’œcuménisme, il est utile de lire et de méditer une telle étude montrant comment l’Esprit-Saint agit dans les églises séparées, orthodoxes et protestantes.

Les notes sont de l’A.F.S.

Le Sel de la terre.

 

– I –

Il est de foi que l’Esprit-Saint vivifie l’Église. Il est dit dans le Symbole de Nicée : « et au Saint-Esprit, Seigneur et Principe de vie ». Lorsque nous disons qu’un nouveau baptisé reçoit la vie surnaturelle, cela signifie que lui est communiquée par le baptême la vie qui est déjà présente dans l’Église, qu’il commence à vivre surnaturellement dans l’Église ; car les membres vivent de la vie du corps, et non point au contraire le corps de la vie des membres. De même que le Christ en tant qu’homme est la Tête de l’Église, ainsi le Verbe qui procède du Père et duquel avec le Père procède le Saint-Esprit, envoie continuellement avec le Père le Saint-Esprit pour qu’il soit le principe opératif [1] dans l’Église, c’est-à-dire son âme.

Le premier effet du principe immanent [2] opératif est d’opérer l’unité. Ainsi, entre les notes [3] de l’Église catholique, nous posons avec le Symbole de Nicée comme première note : la note d’unité, parce que l’unité de l’Église est le premier effet de l’opération du Saint-Esprit dans l’Église. Et la valeur apologétique de la note d’unité tient tout entière en ceci que l’unité visible conduit à croire au principe interne de l’unité, alors que nous savons d’autre part que le Christ a voulu cette unité et que dans sa prière suprême il a supplié le Père que les siens soient tout un, « omne unum ». C’est là où se trouve la plus parfaite unité, que se manifeste le mieux la présence de l’Esprit-Saint envoyé par le Père et le Fils pour établir et développer constamment cette unité appelée par la prière du Christ en une supplication immédiatement exaucée.

C’est pourquoi l’unité de l’Église du Christ, ayant son principe dans l’Esprit-Saint seul, n’est pas à chercher car elle a existé dès l’institution même de l’Église, elle existe présentement, elle existera toujours. Elle n’est ni imparfaite jusqu’à ce jour, ni incomplète du fait qu’il y a des confessions non catholiques, du fait qu’ont surgi, surgissent et surgiront dans l’avenir des schismes ou des hérésies. Celui qui se retranche de l’unité ne brise pas l’unité, n’amoindrit pas l’unité. Il commence à vivre en dehors d’elle, la laisse entière (sans blessure ou faille), mais celui qui se retranche de l’unité, à coup sûr ne s’en retranche pas dans l’Esprit-Saint.

 

– II –

Comment donc, en effet, cela même qui est principe d’unité pourrait-il être principe de division ? Est-ce que, par hasard, l’âme humaine est la cause propre de la séparation d’un membre quelconque du corps dont elle est le principe propre d’unité ? Est-ce que, par hasard, l’âme communique sa vertu au membre séparé de telle sorte qu’il puisse, au sens composé [4] de cette séparation, vivre indépendamment du corps et des autres membres ? S’il conserve la vie comme nous voyons cela se faire maintenant dans les laboratoires de physiologie, pendant un laps de temps plus ou moins long, cette vie lui est procurée à présent par un principe distinct de l’âme, et à supposer qu’il recommence – ce que pourra peut-être arriver à opérer l’art chirurgical – à vivre en vertu de l’âme, cela ne se fera jamais au sens composé de sa séparation d’avec l’unité du corps, mais moyennant sa réintégration dans le corps. Or, l’unité de l’Église transcende l’unité des corps organiques quels qu’ils soient, et ce que j’ai dit du corps physique doit être dit a priori du Corps mystique du Christ dont l’âme est l’Esprit du Père et du Fils.

Dans une intervention antérieure, il a été dit que ce saint Concile n’a point à porter de jugement sur les communautés a-catholiques, si ce n’est en tant qu’elles sont séparées. Sous cette raison formelle, il faut dire que ce n’est pas dans l’Esprit-Saint qu’une telle séparation s’est faite, que ce n’est pas dans l’Esprit-Saint qu’elle subsiste, que l’Esprit-Saint n’œuvre pas dans ces communautés séparées au sens composé de leur séparation, à savoir en tant qu’elles restent et veulent rester séparées, mais qu’il opère en elles au sens divisé [5] de leur séparation, c’est-à-dire non pas pour favoriser (ou réaliser) quelque « union » entre l’Église catholique et les communautés séparées, mais pour que cesse la séparation, et pour qu’au temps fixé d’avance dans les desseins insondables de Dieu, elles reviennent dans le sein de l’unité unique, in sinu unicae unitatis, si je puis m’exprimer ainsi, unité qui est l’unité intrinsèque de l’Église catholique et que cause indéfectiblement en elle son âme, à savoir le Saint-Esprit.

 

– III –

J’ai dit expressément que l’Esprit-Saint ne favorise pas « n’importe quelle union ». Il ne favorise ni ne peut favoriser une union qui se contre-distinguerait [6] de l’unité, qui serait considérée comme quelque chose de bon par soi et en soi au sens composé de la séparation et comme un bien à rechercher pour lui-même, même en dehors de toute volonté, de tout espoir, de tout désir d’unité, comme si l’union était le remède au défaut d’unité. Si l’union est comprise comme une sorte de substitut de l’unité, alors elle n’est pas animée par l’Esprit-Saint, pas plus qu’elle ne l’est si elle est comprise comme une unité imparfaite car l’unité est indivisible, elle n’admet pas le plus ou le moins, elle est ou elle n’est pas.

Que cessent donc, que cessent enfin les querelles malignes, que cessent les divisions comme on le chante en cet hymne ancien si beau : « Ubi caritas et amor, Deus ibi est ». Que cessent les débats injurieux, les âpres contestations. Nous le voulons tous. Pardonnons-nous mutuellement nos offenses. Qu’il se fasse entre les hommes érudits de l’Église catholique et des autres confessions une union des esprits dans des communautés réciproques. Qu’il se fasse entre tous les fidèles qui portent le nom de chrétiens une prière incessante des uns pour les autres. Bienheureuse est cette union parce qu’elle est le chemin de l’unité, et certes le souffle du divin Esprit anime et animera une union de ce genre, mais qu’on ne dise pas, qu’on ne juge pas qu’il y a un autre mode d’union qui serait comme le milieu entre cette union innocente des études, de l’espérance, de la prière, de la pénitence, et l’unité même. Il ne se trouve pas, ce milieu que certains s’efforcent de trouver en s’attribuant le nom d’« œcuménisme ». Ils s’y efforcent en vain. Ce milieu ne se trouve point ou s’il se trouve, c’est comme une nouvelle erreur ajoutée à tant d’autres erreurs humaines.

 

– IV –

En effet, un tel « milieu » retomberait nécessairement dans le système qu’on nomme « des trois rameaux ». Lorsque je lis dans les écrivains dont je parle à présent qu’ils ont eu un glorieux précurseur dans la personne du cardinal Newman, je doute qu’ils aient en réalité exploré l’esprit et la vie de cet homme illustrissime. Le cardinal Newman a certainement été le promoteur de ce système ; il a pensé que l’unité de l’Église est l’unité « des trois rameaux », à savoir celle de l’Église catholique, des Églises orthodoxes et de certaines confessions protestantes au moins, procédant de l’Église primitive à droit égal, et en lesquelles opérerait également l’Esprit-Saint [7]. Mais il a conçu et soutenu cette opinion tandis qu’il était encore dans l’Anglicanisme de sa naissance. En vérité, après qu’il eut entendu la voix qui lui disait : « Sors de ta patrie et de ta parenté », et qu’il fut entré dans l’Église catholique par le ministère du B. Dominique de la Mère de Dieu, alors, avec l’admirable sincérité et rectitude d’âme qui le caractérisaient, il reporta ses propres armes contre lui-même et n’hésita pas à combattre jusqu’à la mort le système auquel il avait adhéré, croyant fidèlement de l’Église ce qu’elle a toujours cru d’elle-même, c’est-à-dire qu’elle seule continue l’Église des Apôtres, et que ce n’est pas par une union avec elle, mais par l’unité réalisée en elle qu’est accomplie la volonté et exaucée la prière du Christ Seigneur.

Je dis cela, Vénérables Pères, étant sauves toute révérence et toute charité envers les Révérendissimes Observateurs des Confessions a-catholiques. Ils veulent que nous disions non pas des choses qui plaisent, mais des choses vraies. Et eux-mêmes ont, comme nous, pour Maître, Paul, disant : « Nous ne pouvons rien contre la vérité, mais pour la vérité » ; ils ont comme nous, pour Maître suprême le Christ qui dit : « La Vérité vous fera libres ».

Chanoine V.-A. Berto          

 



[1]  — Opératif : qui est à l’origine d’opérations.

[2]  — Immanent : qui est à l’intérieur du sujet (ici l’Église).

[3]  — Note : marque caractéristique de l’Église (il y en a quatre : une, sainte, catholique et apostolique).

[4]  — Sens composé : énonciation qui n’est valable que si les deux ou plusieurs termes composant le sujet ou l’attribut sont pris collectivement (Ex : 7 et 5 = 12).

[5]  — Sens divisé : énonciation qui n’est valable que si les deux ou plusieurs termes composant le sujet ou l’attribut sont pris un à un (exemple : Pierre travaille et se repose).

[6]  — Se contre-distinguer : se distinguer en s’opposant.

[7]  — Quand on lit, sous la plume du cardinal Kasper (aujourd’hui président du Conseil pour l’Unité des chrétiens), l’affirmation suivante : « Nous entendons l’œcuménisme aujourd’hui non plus dans le sens de l’œcuménisme du retour, selon lequel les autres doivent se "convertir" et devenir "catholiques". Ceci a été expressément abandonné par Vatican II. [...] Chaque Église a ses richesses et ses dons de l’Esprit, et c’est de leur échange qu’il s’agit, et non pas du fait que nous ayons à devenir "protestants" ni que les autres aient à devenir "catholiques" dans le sens de la forme confessionnelle du catholicisme » (Die Furche, 22 janvier 2001, article « Aucun changement de la politique œcuménique de Rome », cité dans Catholica, n° 21). On y trouve une formulation proche du système des trois rameaux.

Informations

L'auteur

Prêtre d'origine et de langue bretonne, tertiaire dominicain, fondateur de la congrégation des Dominicaines de Pontcallec, éminent collaborateur des revues La Pensée catholique et Itinéraires, l'abbé Victor-Alain Berto fut également le théologien de Mgr Marcel Lefebvre lors des trois premières sessions du concile Vatican II.

La publication d'extraits de ses lettres du Concile, en 2002, ne passa pas inaperçue. Elle suscita des polémiques mais aussi l'occasion de mieux cerner les positions de ce prêtre très romain que le concile Vatican II fit mourir de douleur (voir la mise au point "Abbé Berto : suites des lettres" dans Le Sel de la terre 45).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 82

p. 146-156

Les thèmes
trouver des articles connexes

Le Concile Vatican II : Analyses et Critiques Théologiques

Liberté religieuse et œcuménisme : Analyse et Critique

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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