Le Messie est-il déjà venu ?
Traité pour convertir les juifs (II)
par saint Vincent Ferrier O.P.
Absolument inédit en français et quasi introuvable en latin, ce traité pour convertir les juifs a été composé en latin à Tortose (Espagne), en 1414, sous le titre : Nouveau traité, très abrégé, contre l’incrédulité des juifs. Saint Vincent Ferrier en est le principal rédacteur. Il comprend cinq chapitres, dont les deux premiers ont été publiés dans Le Sel de la terre 80. Il y a été démontré deux affirmations :
1. – le Christ ou Messie devait être envoyé par Dieu à tous les peuples, bien que en priorité aux juifs ;
2. – le Messie devait être envoyé pour libérer principalement de la captivité spirituelle, à savoir celle du péché et de l’enfer, ce qui n’excluait pas pour autant, comme conséquence et pour ainsi dire accessoirement, la libération de la captivité temporelle.
Dans la troisième partie, la plus longue, saint Vincent aborde la question centrale qui nous sépare des juifs : le Messie est-il venu ?
Nous remercions M. Yves Brinquin qui a assuré la traduction.
Le Sel de la terre.
Nous devons à perésent aborder notre troisième point en nous demandant si ce prophète ou Christ est venu ou non. C’est là un sujet particulièrement débattu entre les juifs et nous car, même si, peut-être, beaucoup nous accorderaient ce qui a été dit plus haut, sur ce point, tous sans exception sont unanimes pour nous contredire, affirmant qu’il n’est pas encore venu, ce qu’ils prétendent prouver de plusieurs manières.
Arguments des juifs pour prouver que le Messie n’est pas encore venu
1° — Les juifs raisonnent ainsi : il ressort clairement de ce qui a été dit auparavant que le Christ ou Messie devait être envoyé pour les libérer principalement et avant tout de leur captivité spirituelle, et accessoirement de leur captivité temporelle ; or, ils n’ont été libérés ni de l’une ni de l’autre ; donc il n’est pas encore venu.
2° — Ils se réfèrent aussi à l’Écriture ou à la Loi qui, venant de Dieu, ne peut mentir. Et leur démonstration s’appuie sur sept signes de la venue du Christ donnés et conservés dans l’ancienne Loi :
a) Le premier signe est la douceur des bêtes sauvages qui, à sa venue, doivent toutes s’apprivoiser. C’est pourquoi il est dit dans Isaïe (11, 1-9) :
Il sortira un rejeton de la racine de Jessé [c’est-à-dire le roi David], et une fleur s’élèvera de sa racine [c’est-à-dire le Christ qui devait naître de la semence de David] et l’esprit du Seigneur reposera sur lui ; l’esprit de sagesse et d’intelligence ; l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété. L’esprit de crainte du Seigneur le remplira. Il ne jugera pas d’après ce qu’auront vu les yeux, et il ne condamnera pas d’après ce qu’auront ouï les oreilles. Mais il jugera les pauvres dans la justice, et il se prononcera avec équité pour les hommes paisibles de la terre ; et il frappera la terre de la verge de sa bouche, et du souffle de ses lèvres il tuera l’impie. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité le ceinturon de ses flancs. Le loup habitera avec l’agneau [sous-entendu : lorsqu’il viendra] et le léopard se couchera près du chevreau, le jeune taureau, et le lion, et la brebis demeureront ensemble, et le petit enfant les conduira. Le veau et l’ours iront aux mêmes pâturages ; leurs petits se respecteront ensemble ; le lion comme le bœuf mangera la paille. Et l’enfant à la mamelle se jouera sur le trou de l’aspic ; et celui qui viendra d’être sevré portera sa main dans la caverne du basilic. Ils ne nuiront pas et ils ne tueront pas sur toute ma montagne sainte, dit le Seigneur.
Et Isaïe dit encore (65, 25) :
Le loup et l’agneau paîtront ensemble ; le lion et le bœuf mangeront la paille, et pour le serpent, la poussière sera son pain. Ils ne nuiront point et ils ne tueront point sur toute ma montagne sainte.
Et encore (Ps 90, 13) :
Tu marcheras sur l’aspic et le basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon [ce qui s’applique spécialement au Christ].
Tous ces animaux féroces doivent donc s’adoucir et être domestiqués. Or cela ne s’est pas encore accompli ; donc le Christ n’est pas encore venu.
b) Le second signe de cet avènement sera la paix et la concorde entre les hommes, car elles seront alors si grandes que, comme le dit Isaïe (2, 4) :
De leurs glaives ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faux ; une nation ne lèvera pas le glaive contre une autre nation, elles ne s’exerceront plus au combat.
Et encore (32, 18) :
Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tabernacles de confiance, et dans un repos opulent.
Et ailleurs (9, 6-7) :
Car un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; et sa principauté est sur son épaule, et son nom sera appelé admirable conseiller, Dieu fort, père du siècle à venir, prince de la paix. Son empire s’accroîtra et la paix n’aura pas de fin.
Et de même dans le psaume (71, 7) :
La justice apparaîtra sous son règne, et l’abondance de la paix.
Il serait aisé de trouver de nombreuses citations de ce genre dans la Loi et les prophètes. En effet, si les bêtes sauvages s’adouciront à sa venue, combien plus les hommes en tant que créatures raisonnables. Or, cette paix, jusqu’ici, nous ne l’avons pas vue ; donc il n’est pas encore venu.
c) Le troisième signe est la parfaite connaissance de Dieu et de toutes choses qu’auront les hommes de cette époque, selon ces paroles de Jérémie (31, 33-34) :
Je mettrai ma loi dans leurs entrailles, et je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Et un homme n’instruira plus son prochain, et un homme son frère disant : « Connais le Seigneur » ; car tous me connaîtront, depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au plus grand.
d) Le quatrième signe sera l’abondance des biens temporels qui sera si grande alors que, selon le psaume (64, 14), « les vallées abonderont en froment [et en tout bien temporel] ; ils crieront et chanteront un hymne » de louange, à cause de l’abondance des biens temporels, car « mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, et dans un repos opulent » (Is 32, 18).
Et l’on dira (Is 49, 10) :
Ils n’auront plus faim ni soif ; le soleil ne les atteindra pas parce que celui qui a pitié d’eux les conduira, et à des sources d’eaux il les fera boire.
Et de même (Is 65, 13-14) :
Voilà que mes serviteurs mangeront, et vous, vous aurez faim ; voilà que mes serviteurs boiront, et vous, vous serez confus ; voilà que mes serviteurs chanteront des louanges dans l’exultation de leur cœur, et vous, vous jetterez des cris dans la douleur de votre cœur.
Nombreux sont les passages analogues dans l’Écriture qui promettent cette abondance à venir lors de l’avènement du Christ ou Messie. Or jusqu’ici on n’a ni vu ni entendu parler d’une telle abondance ; donc le Christ n’est pas encore venu.
[Étant donné la longueur de l’exposé, l’examen des trois derniers signes est reporté à la prochaine publication.]
Tels sont donc, selon, les juifs les quatre premiers signes de la venue du Christ contenus dans la Loi et les Prophètes, à savoir :
– l’apprivoisement des bêtes sauvages,
– la paix entre les hommes,
– la parfaite connaissance de Dieu et de toutes choses,
– l’abondance de tous les biens temporels,
Or cela ne s’est produit ni totalement, ni même en partie. Donc le Christ
n’est pas encore venu.
Tels sont les éléments sur lesquels s’appuient les juifs pour prouver que
le Messie n’est pas encore venu. Et presque tous les arguments qu’ils tirent de l’Écriture et des prophètes se ramènent d’une façon générale à cela, bien que sur certains points particuliers d’autres citations pourraient être invoquées dans le même but.
Arguments des chrétiens pour prouver que le Messie est déjà venu
Mais la thèse contraire, à savoir que le Messie est déjà venu, s’appuie sur les arguments et les preuves que nous allons développer ici.
1. Le témoignage de la Loi
Premier argument : le témoignage de la Loi. En effet, comme il ressort de nombreux passages de l’ancienne Loi, les juifs furent souvent captifs, mais Dieu a toujours envoyé quelqu’un pour les libérer :
En Égypte, au temps du mauvais Pharaon (car au début, loin d’être captifs, ils avaient plus de pouvoir que leurs maîtres), Dieu leur envoya Moïse pour les libérer.
Plus tard, lorsqu’ils furent dans la Terre promise, ils furent faits prisonniers et réduits en esclavage par les Philistins, les servant fréquemment et leur payant tribut, bien que demeurant dans leur propre pays. Dieu leur envoya des sauveurs tels que Samson, Gédéon, Samuel, Saül, le roi David et beaucoup d’autres, qui les libérèrent de cette captivité et de ces asservissements.
Finalement, ils furent emmenés captifs presque tous sans exception, loin de leur pays, par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Mais là encore, Dieu les arracha et les libéra, les ramenant dans leur patrie soixante-dix ans plus tard, comme le leur avait prophétisé Jérémie, et comme on peut le lire dans le premier livre d’Esdras ainsi que dans Néhémie. Ce fut alors la plus longue captivité des juifs.
Or, toutes ces captivités et tous ces asservissements leur furent infligés en châtiment de leurs péchés, spécialement pour le péché d’idolâtrie, mais aussi pour d’autres comme il ressort de nombreux passages de la sainte Écriture.
Toutefois leur captivité actuelle est plus grande que toutes les autres réunies, plus pénible aussi et plus avilissante, parce qu’ils sont tous sans exception hors de leur patrie, sans prophète, sans roi, sans chef, et dispersés dans des pays et des royaumes différents. Il est donc évident que cette captivité est la conséquence d’un péché plus grand que tous ceux commis jadis par leurs pères, et cela d’autant plus qu’il n’existe plus parmi eux d’idolâtres publics comme autrefois. Et il est tout aussi évident que même s’ils voulaient masquer la réalité, ils ne pourraient trouver d’autre péché que celui d’avoir tué et renié leur Christ et Seigneur par jalousie, comme l’avaient prophétisé Daniel et Isaïe.
2. Les signes de la venue du Christ donnés dans la sainte Écriture
On peut faire la même démonstration à partir des signes de la venue du Messie donnés par la sainte Écriture. Il en est spécialement trois se rapportant :
1) aux rois ou princes de leur peuple ;
2) aux prêtres, concernant tout ce qui avait trait à leur fonction, à savoir les sacrifices et le Temple ;
3) aux prophètes.
Car tout cela devait disparaître à la venue du Christ, cette disparition signifiant que le Christ souverain roi, prêtre et prophète, était venu pour parfaire et consommer l’ancienne Loi et toutes ses figures, parce que « tout leur arrivait en figures » (1 Co 10, 11) et que « la Loi n’a rien amené à la perfection » (He 7, 19), sa fin étant le Christ, car « la Loi et les Prophètes ont duré jusqu’à Jean » (Lc 16, 16).
1) La fin de la royauté
Le premier signe de la venue du Christ donné aux juifs par l’Écriture a donc été la défaillance et la cessation du pouvoir royal dans la tribu de Juda. C’est ce que montre le passage de la Genèse (49, 10) où Jacob, bénissant son fils Juda, prophétise en ces termes :
Le sceptre ne sera pas ôté de Juda ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé [c’est-à-dire le Christ, ou Messie, dit le texte chaldéen, que les juifs ne peuvent mettre en doute, puisqu’il s’agit d’une glose du texte hébreu], et lui-même sera l’attente des nations [donc, non des seuls juifs].
Or le sceptre royal, comme il est patent, et même toute autorité politique, ont été ôtés de Juda, puisque la tribu de Juda toute entière est captive parmi les chrétiens. Donc le Christ est venu.
Il ne sert donc de rien aux juifs de s’inventer un roi au-delà des monts des Sarmates ou du fleuve des Pierres [1], car même en admettant qu’il en fût ainsi, il ne saurait s’agir du roi de Juda mais de celui des dix autres tribus d’Israël, car il est établi que les tribus de Juda et de Benjamin toutes entières furent réduites en captivité par les Romains, et que la royauté et le sacerdoce de Juda ont totalement disparu. Notre conclusion demeure donc.
Ladite prophétie de Jacob continue ainsi :
Et lui-même sera l’attente des nations [et non des seuls juifs], il liera à la vigne son ânon, et au cep son ânesse. Il lavera dans le vin sa robe et dans le sang du raisin son manteau. Ses yeux sont plus beaux que le vin, et ses dents plus blanches que le lait. [Gn 49, 10-12.]
Ce qui, pris à la lettre comme se rapportant au Christ, ne veut rien dire. C’est pourquoi, de toute évidence, il faut comprendre ce passage dans le sens spirituel, comme ceci :
« Il [le Christ] liera [c’est-à-dire unira] à la vigne » c’est-à-dire à ses Apôtres et à ses disciples, qui étaient des juifs ou fils d’Israël, car c’est par eux que commença la vigne du Christ, qui est l’Église (« Car la vigne du Seigneur des armées est la maison d’Israël », dit Isaïe 5, 7), « il liera », dis-je, et unira à eux « son ânon », c’est-à-dire le peuple de Gentils auquel le fardeau de la Loi n’avait pas encore été imposé, qui sera lié et attaché à la vigne des Apôtres par le lien de la foi et de l’amour ; « et au cep », c’est-à-dire le Christ, qui a dit : « Je suis la vraie vigne » (Jn 15, 1), il liera « son ânesse », à savoir la Synagogue à la démarche lente, écrasée sous le poids de la Loi, dont de nombreux membres se convertiront également au Christ. A la fin, bien que tard, beaucoup se convertiront, « un reste », selon le terme d’Isaïe repris par l’Apôtre. Mais l’ânesse peut également désigner la foule des nations ainsi réunies.
Au sens littéral, on voit que Jacob a prophétisé au sujet du Christ, qui, le jour des Rameaux, sur le point de subir sa passion, entra dans Jérusalem « sur l’ânesse et le petit de l’ânesse », ainsi que l’avait prédit aussi Zacharie (9, 9). Et c’est pourquoi, parlant de la passion du Christ, Jacob ajoute aussitôt :
« Il lavera sa robe », c’est-à-dire sa chair ou même l’Église, « dans le vin et dans le sang du raisin », c’est-à-dire dans le sang de sa passion qui sera répandu pour beaucoup en rémission des péchés ; il lavera « son manteau », c’est-à-dire son peuple, en ce sens que ce dernier s’attachera à lui par la foi et l’amour, et que le Christ en est revêtu, d’une certaine manière, comme d’un manteau, selon des paroles d’Isaïe (49, 18) : « Je vis, moi, dit le Seigneur : de tous ceux-ci comme d’un ornement tu seras revêtue. »
La prophétie de Jacob continue : « Ses yeux sont plus beaux que le vin. » Ici la prophétie porte sur les successeurs du Christ après sa mort, à savoir les Apôtres et les autres. « Ses yeux », c’est-à-dire les Apôtres et les Évangélistes, qui donnèrent à l’Église la lumière de la vraie foi et de la vraie doctrine, « sont plus beaux que le vin », c’est-à-dire que la sévérité de la Loi. L’ancienne Loi est appelée « vin » à cause de la sévérité de certains de ses préceptes judiciaires tels que « œil pour œil, et dent pour dent », etc. Ainsi donc, les yeux du Christ « sont plus beaux que le vin » parce que la nouvelle Loi ou Loi évangélique qu’enseignent les Apôtres permet de comprendre plus promptement et plus clairement ce qui, dans sa doctrine, concerne le Christ et les choses divines, que ne le faisait l’ancienne Loi sous forme de figures et d’énigmes. « Ses dents », c’est-à-dire les docteurs et les prédicateurs du Christ, qui, en enseignant et en prêchant, mâchent et broient l’Écriture en l’expliquant de multiples manières, et convertissent ainsi des hommes au Christ. « Plus blanches que le lait » : la doctrine de la Loi juive est comparée à du lait parce que, comme on allaite un petit enfant, elle nourrissait un peuple charnel qui n’était pas encore capable de recevoir la nourriture solide de la parole, comme le dit l’Apôtre lui-même (1 Co 3, 1) :
Mes frères, je n’ai pu moi-même vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels. C’est pourquoi, comme à de petits enfants en Jésus-Christ, je vous ai abreuvés de lait, mais je ne vous ai point donné à manger.
« Plus blanches que le lait », dis-je, parce que les préceptes évangéliques que les prédicateurs enseignent et prêchent sont plus clairs que les commandements de la Loi, et parce qu’ils décortiquent et éclairent le sens spirituel enfermé dans la Loi.
2) La cessation du sacerdoce
Le second signe de la venue du Christ donné aux juifs était la fin de la fonction sacerdotale et de ce qui avait trait au sacerdoce, à savoir les sacrifices, le Temple, les fêtes et autres choses de ce genre, qui toutes devaient cesser à la venue du Christ, parce qu’elles n’en étaient toutes que la figure. C’est pourquoi le prophète David prédit la fin du sacerdoce en disant (Ps 109, 4) : « Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech », comme s’il disait : « Non selon l’ordre du sacerdoce d’Aaron ».
Il s’ensuit qu’à la venue du Christ, le sacerdoce d’Aaron devait s’éteindre et celui de Melchisédech lui succéder. Et c’est bien ce qui est arrivé, car le sacerdoce et le sacrifice d’Aaron ont totalement cessé. Ce sacrifice consistait dans l’immolation de boucs, de veaux, d’agneaux et d’autres animaux de ce genre : lui ont succédé le sacerdoce et le sacrifice de Melchisédech qui offrait le pain et le vin, « car il était prêtre du Dieu Très-Haut » (Gn 14, 18).
Qui plus est – chose étonnante et qui confirme la foi dans le Christ –, dans le monde entier, il n’y a plus d’autre sacrifice que celui du corps du Christ, car ni les juifs ni les Sarrasins, ni aucun autre peuple n’ont de sacrifice au sens propre du terme, contrairement aux seuls chrétiens.
De plus, nous voyons que le fameux Temple matériel de Jérusalem est complètement détruit, à la différence d’autrefois, lorsqu’il en subsistait quelque partie. En effet, les juifs ont perdu tous leurs objets précieux, tels que l’Arche d’alliance et tout ce qu’elle contenait, à savoir le bâton de Moïse, le bâton d’Aaron qui se couvrit de feuilles et de fleurs, les tables de pierre des Dix commandements, la manne, etc. ; ils ont tout perdu. Et même si les juifs, quant à eux, continuent d’observer les fêtes, celles-ci n’en sont pas pour autant agréées par Dieu, mais bien au contraire répudiées, selon ces paroles d’Isaïe (1, 13) :
La néoménie, le sabbat et les autres fêtes, je ne les souffrirai point ; vos assemblées sont iniques. Vos calendes et vos solennités, mon âme les hait : elles me sont devenues à charge ; j’ai peine à les souffrir.
Dans le même passage, Isaïe prédisait la cessation de tout sacrifice en ces termes :
Écoutez la parole du Seigneur, princes de Sodome, prêtez l’oreille à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe. Qu’ai-je à faire de la multitude de vos victimes ? dit le Seigneur. Je suis rassasié ; les holocaustes des béliers, et la graisse des animaux gras, et le sang des veaux et des agneaux et des boucs, je n’en veux point. Lorsque vous êtes venus en ma présence, qui a demandé ces choses de vos mains, afin que vous vous promeniez dans mes parvis ? Ne m’offrez plus de sacrifice en vain ; l’encens m’est en abomination. […] Et lorsque vous étendrez vos mains, je détournerai mes yeux de vous ; lorsque vous multiplierez la prière, je n’exaucerai pas, car vos mains sont pleines de sang. [Is 1, 10-12 et 14-15.]
Et il en donne la raison : « Car vos mains sont pleines de sang », du sang du Christ, dis-je, comme en témoigne saint Matthieu (27, 25) : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. »
Ainsi donc, puisque le sacerdoce des juifs a cessé, avec tout ce qui s’y rattachait, à savoir les sacrifices dans le Temple, leurs fêtes et leurs prières, qui ne sont plus agréables à Dieu ni acceptées par lui, il est évident que le Christ est déjà venu, puisque tel était le signe qui leur avait été donné de son avènement.
Précisément, dans son Épître aux Hébreux (7, 12), l’Apôtre conclut que « le sacerdoce changé, il est nécessaire que la loi soit aussi changée ».
Le prêtre en effet est le ministre de la loi. En conséquence, le sacerdoce ainsi transformé et interrompu, la loi elle-même devait changer et cesser elle aussi, et une loi nouvelle et un sacerdoce nouveau leur succéder. C’est ce qu’avait fort bien prophétisé Jérémie (31, 31-34) que l’Apôtre cite dans la même épître (He 8, 8-10) :
Voici venir des jours, dit le Seigneur, où j’accomplirai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une nouvelle alliance ; non selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les tirer de la terre d’Égypte : parce qu’ils n’ont point eux-mêmes persévéré dans mon alliance, moi aussi je les ai délaissés, dit le Seigneur. Et voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël après ces jours, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple ; et chacun n’enseignera plus son prochain, ni chacun son frère disant : « Connais le Seigneur » ; parce que tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; car je pardonnerai leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés.
La prophétie se retrouve en termes différents dans Jérémie, mais le sens est le même.
3) La fin de la prophétie
Le troisième signe était la cessation de la fonction de prophète. En effet, comme tous les prophètes annonçaient principalement la venue du Christ, il est évident qu’ils avaient pour fin le Christ, et qu’à sa venue leur ministère devait cesser. Et cela aussi, Daniel (9, 24) l’avait prédit, prophétisant que « lorsque le Saint des saints serait oint, alors seraient accomplies », c’est-à-dire finies, définitivement terminées, « la vision et la prophétie ».
Cela concorde avec les paroles du Christ qui a dit (Lc 16, 16) : « La loi et les prophètes ont duré jusqu’à Jean [Baptiste] », qui fut le héraut et le précurseur du Christ, et aussi son contemporain. Il fut en effet le dernier des prophètes. Il s’ensuit que si le Christ n’était pas venu, la fonction de prophète n’aurait pas totalement cessé. Or il est patent que les prophètes ont totalement cessé d’apparaître parmi les juifs. Donc il est absolument certain que le Christ est venu.
Or, tous ces signes, le prophète Osée (3, 4) en parle, lorsqu’il dit : « Durant de longs jours, les enfants d’Israël seront sans roi et sans prince » : voilà pour le premier signe ; « et sans sacrifice et sans autel, et sans éphod », voilà pour le second signe ; « et sans theraphim », ce qui se traduit « imagination », c’est-à-dire « vision », et correspond exactement à « prophétie », puisque « prophète » est synonyme de « voyant » (1 R 9, 9), car les prophètes voyaient l’avenir sous forme d’images ; et voilà pour le troisième signe.
La prophétie d’Osée continue (3, 5) : « Et après cela, les fils d’Israël reviendront et chercheront le Seigneur leur Dieu et David leur roi », c’est-à-dire le Christ qui devait naître de la race de David, « et ils craindront en approchant du Seigneur et de ses biens au dernier des jours », c’est-à-dire à la fin du monde, lorsque « sera entrée la plénitude des nations », et alors Israël entier sera sauvé ou le deviendra (Rm 11, 25-26) : car « lors même que ton peuple, ô Israël serait comme le sable de la mer, les restes se convertiront » (Is 10, 22) ; car ceux qui vivront à la fin du monde, à la mort de l’antéchrist qu’ils prendront pour le Christ, et que le Christ « tuera du souffle de sa bouche » comme le dit l’Apôtre (2 Th 2, 8) (mais aussi Isaïe), ceux-là, voyant qu’ils ont été trompés, se convertiront au Christ.
Il est donc hors de doute que tous les signes de la venue du Christ donnés dans la Loi et les Prophètes ont été accomplis. Il s’ensuit que le Christ est déjà venu. C’est pourquoi ce qu’annonçait Daniel (3, 38) se vérifie en tous points sous nos yeux :
Et il n’est en ce temps-ci parmi nous ni prince, ni chef, ni prophète, ni holocauste, ni sacrifice, ni oblation, ni encens, ni lieu pour offrir des prémices devant vous, afin que nous puissions obtenir votre miséricorde.
3. La venue du Christ prouvée par les textes mêmes de la Sainte Écriture
En troisième lieu, ce que nous disons est également confirmé par des auteurs de la sainte Écriture. Qu’il nous suffise pour le moment de citer la fameuse prophétie de Daniel (9, 24-27) déterminant en semaines le temps de la venue du Christ. Voici en effet ce que dit l’ange Gabriel à Daniel dans ce passage :
Soixante-dix semaines ont été abrégées pour ton peuple et pour ta ville sainte afin que soit abolie la prévarication et que prenne fin le péché, et que soit effacée l’iniquité, et que vienne la justice éternelle, et que soient accomplies la vision et la prophétie et que soit oint le saint des saints. Sache donc et remarque bien : Depuis que sortira la parole pour que de nouveau soit bâtie Jérusalem, jusqu’au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines, et de nouveau sera bâtie la place publique et les murailles dans des temps difficiles. Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort ; et le peuple qui doit le renier ne sera plus son peuple. Et un peuple avec un chef qui doit venir, détruira la cité et le sanctuaire ; et sa fin sera la dévastation, et après la fin de la guerre, la désolation décrétée. Mais il confirmera son alliance avec un grand nombre pendant une semaine ; et au milieu de la semaine cesseront l’oblation et le sacrifice ; et l’abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation continuera jusqu’à la consommation et à la fin.
[Soixante-dix semaines ont été abrégées]
Il s’agit de sept semaines non de jours ou de mois, mais d’années, de sorte qu’une semaine correspond à sept ans. Tel est en effet le sens de « semaine » dans la Genèse (29, 28) où il est dit que « Jacob consentit à la proposition ; et la semaine s’étant passée, il prit pour femme Rachel ».
Il faut donc comprendre « soixante-dix semaines » d’années, c’est-à-dire 490 ans, « abrégées » non quant au nombre mais quant à la durée. En effet, elles ne sont pas calculées en années solaires de 365 jours, mais en années lunaires de 354 jours, l’année solaire comptant onze jours de plus que l’année lunaire ; et ces 11 jours sont appelés « épacte », c’est-à-dire « ajout à l’année lunaire ».
[Pour ton peuple et pour ta ville sainte]
« Pour ton peuple », comme s’il disait : « ce n’est plus mon peuple », et « pour ta ville sainte » – sainte à cause du Temple, de l’Arche et des autres objets sacrés qui s’y trouvaient, et des sacrifices qu’on y célébrait et qui étaient saints, compte tenu de l’époque. « Ta ville », donc, et non pas « ma ville ».
[Afin que…]
« Afin que soit abolie la prévarication et que prenne fin le péché », spécialement celui que nous portons tous depuis la prévarication d’Adam, mais aussi tout autre péché ; comprenons : par la passion du Christ qui a enlevé les péchés du monde – « Mais lui-même il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été brisé à cause de nos crimes […] et par ses meurtrissures nous avons été guéris » (Is 53, 5).
« Et que soit effacée l’iniquité », à savoir celle que nous avons reçue d’Adam dès l’origine, mais également les autres, quelles qu’elles soient. D’où ce verset du psaume : « Car j’ai été conçu dans les iniquités, et dans les péchés ma mère m’a conçu » (Ps 50, 7).
« Et que vienne la justice éternelle », par la passion du Christ, comme il a été dit, qui nous a lavés de nos péchés et justifiés par la grâce.
« Et que soient accomplies », c’est-à-dire finies, terminées, « la vision et la prophétie », car « la Loi et les Prophètes ont duré jusqu’à Jean », qui fut le héraut du Christ. Elles ont donc duré jusqu’au Christ, car, selon la parole de l’Apôtre, « le Christ est la fin de la Loi ». C’est pourquoi le Christ disait : « Je ne suis pas venu abroger la Loi mais l’accomplir », c’est-à-dire l’achever. Sinon le Christ ne serait pas la fin de la Loi, comme le dit l’Apôtre. En d’autres termes : ainsi s’accomplira ce qu’il commente par ces mots (Ga 4, 4) : « Lorsque est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son propre Fils. »
« Et que soit oint le saint des saints », c’est-à-dire le Christ, à savoir : par l’Esprit-Saint et par le miracle qui se produisit lors de son baptême, quand l’Esprit de Dieu descendit sur lui sous la forme d’une colombe et que se fit entendre la voix du Père, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances » (Mt 3, 17 ; Lc 3, 22).
Ainsi débuta la mission ou règne du Christ, car il partit aussitôt dans le désert, et lorsqu’il eut jeûné quarante jours et quarante nuits comme Moïse, il commença à prêcher le royaume de Dieu.
Donc, lorsque l’ange Gabriel dit à Daniel : « Sache que 70 semaines d’années ont été abrégées », il s’agit de 490 années lunaires, qui font 475 années solaires, jusqu’à la mission ou règne du Christ, c’est-à-dire jusqu’à sa prédication qui commença à son baptême, comme il a été dit ; car il fut oint en tant que véritable roi des juifs, comme l’avait prédit Zacharie, non d’une huile matérielle comme les autres rois temporels, mais de l’huile du Saint-Esprit, en tant que roi spirituel et céleste. C’est pourquoi Isaïe (61, 1-2) dit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a oint [à savoir en tant que roi spirituel car] il m’a envoyé annoncer sa parole à ceux qui sont doux, pour guérir ceux qui ont le cœur contrit, pour prêcher la grâce aux captifs et l’ouverture des prisons à ceux qui y sont renfermés ; pour publier l’année de la réconciliation du Seigneur, et le jour de la vengeance de notre Dieu ; pour consoler tous ceux qui pleurent.
Tels sont le règne et le gouvernement du Christ. En effet, il ne devait pas régner comme les autres rois en gouvernant temporellement, mais spirituellement en convertissant à la foi par sa prédication.
« Tu les commanderas d’une verge de fer » (Ps 2, 9), c’est-à-dire par une doctrine et une prédication rigides et sans compromis. En effet, il ne faisait pas acception de personnes mais disait la vérité en face, comme il ressort de nombreux passages de l’Évangile. L’expression « verge de fer » est appropriée, parce que sa prédication et sa doctrine étaient dures et rudes, au point que les juifs ne voulaient pas l’entendre, comme le rapporte Jean (8, 47) : « Si vous n’écoutez point mes paroles, c’est parce que vous n’êtes point de Dieu. »
Et ailleurs : « Car la parole de Dieu, vivante, efficace, est plus pénétrante que tout glaive à deux tranchants » (He 4, 12).
« Et tu les briseras comme un vase de potier » (Ps 2, 9), à savoir intérieurement, dans leur cœur, parce que la parole de Dieu pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, c’est-à-dire la division entre la partie sensitive et la partie raisonnable de l’âme.
[Sache donc et remarque bien…]
Mais parce que Daniel pouvait hésiter ou demander à l’ange qui lui parlait à partir de quand ces 70 semaines qui le séparaient de la venue du Christ devaient être calculées (à partir de l’époque où il lui parlait, ou d’une autre ?), l’ange ajouta : « Sache donc et remarque bien : depuis que sortira la parole pour que de nouveau soit bâtie Jérusalem », ce qui de fait se produisit la vingtième année d’Artaxerxès roi des Perses, lorsque Néhémie son échanson obtint de lui que les murailles de Jérusalem fussent rebâties, comme il ressort du Livre de Néhémie (ch. 2), alors que le temple avait été reconstruit beaucoup plus tôt, depuis 115 ans exactement, avec la permission de Cyrus, comme il ressort du Livre d’Esdras (ch. 1).
« Jusqu’au Christ chef », c’est-à-dire jusqu’à la mission ou prédication du Christ qui commença, comme il a été dit, lors de son baptême. « Il y aura sept semaines et soixante-deux semaines » qui font 69 ; il omet la soixante-dixième, dont il parlera plus longuement plus loin lorsqu’il dit : « Mais il confirmera son alliance », etc. Et « de nouveau sera rebâtie la place publique et les murailles de Jérusalem », qui était alors quasi dévastée et dépeuplée, et dont « les murailles » furent relevées par Néhémie, comme on le sait, « dans des temps difficiles » : en effet assiégés par les nations voisines, tous les bâtisseurs, est-il dit dans Néhémie (4, 17), ceints de leur épée aux reins, combattaient d’une main et de l’autre restauraient la muraille.
[Et après soixante-deux semaines…]
Voyons la suite : « Et après soixante-deux semaines » qui, ajoutées aux sept autres précédemment mentionnées, font 69, comme il est dit, « le Christ sera mis à mort », à savoir : la soixante-dixième semaine, à la fin de laquelle il fut, de fait, mis à mort, après avoir été baptisé lorsqu’elle était en son milieu. « Et (sous-entendu : “après cela“), le peuple qui doit le renier ne sera plus son peuple », à savoir celui du Christ et par conséquent de Dieu, mais le peuple de César et du diable, puisqu’il devait le renier en disant : « Nous n’avons pas d’autre roi que César ». C’est pourquoi depuis cette époque, ce peuple a toujours appartenu à César et aux princes quant aux corps et aux biens temporels, et au diable quant aux âmes, comme le leur disait le Christ : « Vous avez pour père le diable » (Jn 8, 44).
Il ressort donc de ce passage que l’ange ordonne de calculer ces soixante-dix semaines abrégées, c’est-à-dire 490 années lunaires qui correspondent à 475 années solaires, à partir de la vingtième année du règne d’Artaxerxès [2], souverain des Perses, qui ordonna de rebâtir Jérusalem et ses murailles. Il s’ensuit que ledit nombre d’années lunaires, qui correspond à 475 années solaires, devait être calculé à partir de cette vingtième année d’Artaxerxès jusqu’à la mission et à la mort du Christ, dont la mission ou règne commença au milieu de la soixante-dixième semaine, à la fin de laquelle il mourut. Or le nombre de ces semaines ou années concorde parfaitement avec le temps qui sépare cette vingtième année de la mission ou baptême du Christ et de sa mort, à savoir 490 années lunaires qui font 475 années solaires. En effet, selon Bède [3], les Perses régnèrent de ladite vingtième année d’Artaxerxès jusqu’à la mort du dernier Darius [4] que tua Alexandre de Macédoine [5], soit 118 ans. Les Macédoniens régnèrent 300 ans jusqu’à la mort de Cléopâtre [6] que fit tuer César Auguste [7]. Après quoi les Romains régnèrent 57 ans, jusqu’à la dix-huitième [8] année de Tibère César [9] où mourut le Christ, ce qui fait un total de 475 années solaires, qui font 490 années lunaires, soit soixante-dix semaines d’années « abrégées ».
Il est donc évident que le Christ est déjà venu, puisque ces soixante-dix semaines sont passées et accomplies depuis longtemps. C’est pourquoi, le Christ disait aux juifs (Lc 12, 56) : « Hypocrites, vous savez juger d’après l’aspect du ciel et de la terre », à savoir par les prophéties et le cours des astres, « mais ce temps-ci », celui du Messie qui devait vous être spécialement envoyé, et qui de fait l’a été, « comment ne le reconnaissez-vous pas ? » par votre Loi et par vos prophètes, comme il ressort clairement de ces semaines dans Daniel.
L’Apôtre savait que ce temps était accompli lorsqu’il disait aux Galates (4, 4) : « Mais lorsque est venue la plénitude du temps », c’est-à-dire le temps prophétisé et prédit par Daniel et prédestiné par Dieu, « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, soumis à la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi. »
Ainsi se trouve démontrée la fausseté de l’opinion des juifs concernant le calcul des semaines puisqu’ils disent qu’il faut partir de l’époque où l’ange parla à Daniel, c’est-à-dire de la première année du règne de Darius, qui mit à mort Balthazar comme il est dit dans le Livre de Daniel (ch. 5), solution que semble adopter Tertullien. Pour preuve, ils apportent les paroles de l’ange à Daniel : « Sache donc et remarque bien : depuis que sortira la parole, etc. » Mais cette opinion n’est pas fondée, ce qui apparaît clairement si l’on considère les chroniques des rois de Perse, des Grecs et des Romains jusqu’à la naissance du Christ. C’est sur elles que vous devez vous appuyer dans le calcul des époques jusqu’à la venue du Christ, puisque l’Écriture n’apporte pas sur ce point d’information décisive.
De plus, il faut noter avec saint Jérôme que de la première année du règne de Darius, roi des Perses, jusqu’à la naissance du Christ, il s’écoula 560 ans. Or, les 70 semaines lunaires complètes correspondant à 490 années, comme on l’a vu, il reste 70 années superflues, qui font dix semaines. Nous avons là une nouvelle preuve de la fausseté du calcul des juifs qui prennent pour point de départ le règne de Darius. C’est pourquoi d’autres, plus sérieusement, disent qu’il faut partir de la vingtième année du règne d’Artaxerxès, etc. (Voir ce qui a été dit plus haut.)
Par ailleurs, que le nombre de semaines doive être calculé à partir de la vingtième année du règne d’Artaxerxès, cela ressort du texte lui-même où l’ange dit à Daniel : « Sache donc et remarque bien : depuis que sortira la parole pour que de nouveau soit bâtie Jérusalem », c’est-à-dire « depuis l’autorisation de reconstruire la ville », autorisation qui fut précisément donnée la vingtième année d’Artaxerxès, comme il a été dit. La preuve est donc faite que l’argument avancé par les tenants de l’autre opinion était mal fondé parce que reposant sur des données incomplètes.
Les soixante-dix semaines que l’ange avait annoncées d’abord à Daniel comme formant un tout, sont ensuite décomposées en parties, à savoir d’abord 7, puis 62, puis une, qui, mises bout à bout, font 70. Certains disent que c’est pour se conformer à la façon de calculer des Hébreux, car, dans leurs comptes, le chiffre le plus petit précède toujours le plus grand. Ainsi, lorsque, nous conformant aux règles de notre langue nous disons : « Abraham vécut cent soixante-cinq ans », eux disent : « Abraham vécut cinq et cent soixante ans. » Mais cela n’explique rien, car, dans cette hypothèse, l’ange aurait dû dire : « Après deux et sept et soixante semaines, le Christ sera mis à mort », et ajouter ensuite la semaine qui est à part. Ce n’est pourtant pas ce qu’il a fait puisqu’il a dit : « Jusqu’au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines, etc. »
C’est pourquoi, il est mieux et plus vrai de dire que l’ange a décomposé ces semaines en 7, puis 62, puis une, à cause de l’ordre de succession des faits qui devaient se produire tout au long de cette période.
Comme preuve de cela, il est à noter que, durant cette période de soixante-dix semaines :
— Il y eut d’abord la reconstruction de la ville, conformément à l’autorisation du roi Artaxerxès, laquelle reconstruction dura quarante ans, ce qui fait sept semaines. C’est pourquoi l’ange mentionne cette durée à part. Cette reconstruction de la ville traîna en longueur parce qu’elle fut accompagnée de grandes tribulations et de grandes difficultés, à savoir l’oppression impitoyable des magistrats injustes, la cruauté des ennemis et la cupidité de gens de leur propre nation.
Concernant l’oppression de la part des magistrats, voici ce que dit Néhémie (5, 7) : « Je fis des reproches aux grands et aux magistrats et je leur dis : Exigez-vous l’usure de vos frères ? » On voit que ces puissants accablaient les pauvres en exigeant l’usure.
Pour ce qui est des ennemis, écoutons le même prophète (4, 17) : « D’une main ils faisaient l’ouvrage, et de l’autre, ils tenaient le glaive », car chacun de ceux qui bâtissaient était ceint de son épée aux reins, et ils bâtissaient en sonnant de la trompette.
Quant à l’oppression de la part de gens de leur nation, reportons-nous une fois encore au Livre de Néhémie (5, 2), par exemple à ce passage : « Il y en avait qui disaient : Nos fils et nos filles sont en trop grand nombre ; recevons du blé pour le prix que nous en retirons, mangeons et vivons. »
Puisque la reconstruction de la ville se fit dans des circonstances difficiles, il était normal que le temps qu’on y consacra fût mentionné à part, afin que l’on s’en souvienne mieux.
— Après ces 7 semaines, l’ange en mentionne 62 durant lesquelles, même si les souffrances endurées ne furent pas aussi grandes, ils subirent cependant des revers, de la part des Mèdes et des Perses d’abord, puis des Grecs, et enfin des Romains.
— Après ces 69 semaines, une dernière est mentionnée à part, à cause des événements uniques et inoubliables qu’elle vit se produire. En effet, c’est durant la troisième année de cette semaine décisive que Jean commença à prêcher et à baptiser. Une demi année plus tard le Christ lui-même fut baptisé et consacra à la prédication l’autre moitié de cette semaine à la fin de laquelle il fut mis à mort. C’est ainsi qu’une seule et unique semaine confirma le pacte de notre rédemption. Compte tenu de l’importance des faits qui s’y déroulèrent, il était normal qu’elle fût mentionnée à part.
[Et un peuple avec un chef qui doit venir…]
Voyons la suite : « Et un peuple [le peuple romain] avec un chef qui doit venir [à savoir Titus et Vespasien] détruira la cité de Jérusalem et le sanctuaire », c’est-à-dire le Temple.
Ici il est fait allusion à la seconde destruction de la ville par ces deux princes et à l’abomination de la désolation installée dans le Temple. Il est à noter que ces événements ne doivent pas être considérés comme ayant dû se produire pendant ces soixante-dix semaines, car ces dernières s’achevèrent par la mort et la passion du Christ, raison principale de la prophétie de l’ange. Leur cause véritable fut le péché de la mort du Christ que les juifs commirent en le livrant à Pilate pour qu’il le tue.
Les autres malheurs prédits arrivèrent plus tard. D’où ce commentaire de saint Bède :
Ce qui suit : « Et un peuple avec un chef qui doit venir détruira la cité et le sanctuaire, […] et l’abomination de la désolation sera dans le Temple », abomination dont il est dit qu’elle durera jusqu’à la fin : tout cela ne concerne pas les 70 semaines ; en effet, il avait été prédit que ces semaines s’étendraient jusqu’à la venue du « Christ chef » ; mais l’Écriture, après avoir prédit l’événement de sa passion, montre en outre ce qui allait arriver par la suite au peuple qui ne voudrait pas le recevoir : un chef viendra, Titus, qui quarante ans après la passion du Christ, avec le peuple romain détruira la cité et le sanctuaire au point « qu’il n’en subsistera pas pierre sur pierre ».
Quant à l’abomination de la désolation qui fut installée dans le Temple, certains disent qu’il s’agissait d’une tête de porc que les Romains, après la destruction de la ville par Titus et Vespasien, placèrent dans le Temple pour manifester leur mépris de la religion des juifs qui ne mangent pas de viande de porc. Telle est l’opinion de saint Ambroise :
Les juifs en effet pensèrent que se produisait alors l’abomination de la désolation [prédite par le prophète] parce que les Romains avaient placé dans le temple une tête de porc, se moquant ainsi de la loi juive [10].
Mais d’autres disent avec plus de vraisemblance que par cette abomination, il faut entendre quelque idole installée dans le Temple pour y être adorée, ce qui pour les juifs, adorateurs d’un dieu unique, était une chose abominable. Que, du reste, le terme « abomination » désigne une idole et l’idolâtrie en général, cela ressort à l’évidence de ce qui est dit du roi Manassé (2 Ch 33, 2-3) :
Or il fit le mal devant le Seigneur suivant les abominations des nations que le Seigneur avait détruites devant les enfants d’Israël. Et il en revint à restaurer les hauts lieux qu’avait démolis Ézéchias son père ; il construisit des autels aux Baalim, il fit des bois sacrés, et il adora toute la milice du ciel et la servit.
D’où la conclusion de saint Jérôme : « En effet, dans l’ancien Testament, abomination est le nom donné aux idoles. »
Par qui et à quelle époque cette idole fut installée ?
Selon les uns, ce fut par Pilate ; ils disent en effet que le Christ mourut la dix-huitième année du règne de Tibère César, comme il a été précisé plus haut [11], et que la vingt-quatrième année dudit règne, Pilate plaça une image de César dans le temple, ce pour quoi il fut accusé par les juifs devant Tibère et condamné à l’exil.
D’autres disent qu’elle fut placée par Aelius Hadrien [12]. Comme preuve ils allèguent le fait qu’après la destruction de Jérusalem par Titus et Vespasien, de nombreux juifs furent emmenés en captivité par les Romains, mais que sous le règne d’Aelius Hadrien les juifs furent autorisés à revenir et à rebâtir la cité. A leur arrivée, ordre leur fut donné d’installer une idole – une statue équestre – dans le Temple et de l’adorer. Devant leur refus, l’empereur s’irrita contre eux, marcha contre Jérusalem, la détruisit de fond en comble, et fit construire une autre ville à proximité, à l’endroit où le Christ Jésus souffrit et fut crucifié, à laquelle il donna son propre nom, à savoir Aelia. C’est ce qui a fait dire à saint Jérôme : « L’abomination de la désolation peut désigner soit l’image de César que Pilate plaça dans le temple, soit la statue équestre d’Hadrien qui aujourd’hui encore se dresse dans le saint Lieu. »
Quant à l’expression « abomination de la désolation », on l’explique de deux manières : selon saint Jérôme, ce serait parce que la statue fut posée dans le temple dévasté (« desolato ») et désert ; selon saint Jean Chrysostome, ce serait parce que celui qui dévasta (« desolavit ») le temple et la cité plaça la statue à l’intérieur. Mais, parce qu’après la destruction par Aelius Hadrien la cité de Jérusalem ne devait plus être restaurée, la vision prophétique de Daniel précise que « la désolation et la destruction de la cité continueront jusqu’à la consommation et à la fin ».
Il est donc évident, si l’on accorde à la prophétie de Daniel des soixante-dix semaines le crédit qu’elle mérite, que le Christ-Roi et Messie est déjà venu, et que le temps de sa venue est déjà passé depuis 1440 ans. Oui, il est déjà venu libérer toutes les nations de la captivité spirituelle du péché et de l’enfer, autant qu’il dépend de lui. C’est pourquoi le Christ blâmait les juifs incrédules (Lc 12, 56), leur disant : « Hypocrites, vous savez juger d’après l’aspect du ciel et de la terre », c’est-à-dire par l’astrologie et la philosophie, « mais ce temps-ci [celui de la venue du Messie qui doit être envoyé] comment ne le reconnaissez-vous point [par votre Loi et vos prophètes] ? »
C’est alors que s’accomplit cette prophétie d’Isaïe (6, 10) :
Aveugle le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles sourdes, et ferme ses yeux ; de peur qu’il ne voie de ses yeux et qu’il n’entende de ses oreilles, et que de son cœur il ne comprenne et qu’il ne se convertisse.
Et cette autre prophétie de Jérémie (8, 7) : « Le milan connaît dans le ciel sa saison ; la tourterelle, l'hirondelle et la cigogne observent le temps de leur arrivée; mais mon peuple n’a pas connu le jugement du Seigneur », c’est-à-dire le temps où le Seigneur Jésus-Christ lui-même devait être jugé par eux, comme il avait été prophétisé.
Réponse aux arguments des juifs
Cela admis, il nous faut à présent répondre à l’ensemble des objections qui nous sont opposées.
Réponse à la 1ère objection :
« Les juifs n’ont pas été libérés de leur captivité spirituelle, ni de leur captivité temporelle, donc le Christ n’est pas venu. »
Nous répondrons donc, en premier lieu, qu’on peut dire que le Christ est véritablement venu d’abord et principalement pour libérer et sauver les juifs de la captivité spirituelle du péché et de l’enfer, et ensuite tous les autres hommes, autant qu’il dépendait de lui ; et que, par conséquent, il devait les libérer de la captivité temporelle ou corporelle dans laquelle ils sont, bien que là ne fût pas le but principal de sa venue comme il a été montré plus haut. Mais Dieu ne libère personne du péché, ni par conséquent de l’enfer, de force et contre sa volonté, car « celui qui t’a fait sans toi ne te justifiera ni ne te sauvera sans toi », comme le dit saint Augustin. Il s’ensuit que si les juifs n’ont pas été libérés de leur captivité spirituelle ni même temporelle, ils ne doivent pas s’en prendre au Christ, qui avait le pouvoir de les libérer, mais à eux-mêmes qui ne l’ont pas reçu, n’ont pas voulu croire à son enseignement, et ne l’ont pas reconnu, bien qu’ils eussent pu le reconnaître par les œuvres qu’il accomplissait. Au contraire, ils l’ont renié et mis à mort, ainsi qu’il l’avait annoncé en tous points dans les prophéties. D’où ces paroles d’Isaïe (53, 1-3) :
Seigneur, qui a cru à ce qu’il a entendu de nous ? Et à qui le bras du Seigneur [c’est-à-dire le Christ par lequel Dieu a créé les siècles, car toutes choses ont été faites par lui] a-t-il été révélé ? [Comme s’il disait : pas aux juifs, ou alors à un petit nombre d’entre eux]. Et il montera comme une branche menue devant lui, et comme un rejeton d’une terre altérée [c’est-à-dire de la bienheureuse Vierge qui fut un désert absolu pour le péché]. Et il [le Christ, à cause de sa très cruelle passion] n’a ni éclat, ni beauté, et nous l’avons vu, et il n’avait pas un aspect agréable, et nous l’avons méconnu. Il était méprisé et le dernier des hommes, homme de douleur et connaissant l’infirmité. Son visage était comme caché, et méprisé, et nous l’avons compté pour rien [refusant de voir en lui le Christ].
C’est ainsi qu’ils ne crurent pas en lui ni ne le reconnurent. C’est bien ce qu’avait prophétisé Isaïe (1, 2-3) lorsqu’il disait : « J’ai nourri des fils et je les ai élevés, mais eux m’ont méprisé. Un bœuf connaît son possesseur, un âne l’étable de son maître, mais Israël ne m’a pas connu, et mon peuple n’a pas eu d’intelligence. »
« Car s’ils l’avaient reconnu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire » (2 Co 2, 8).
Ils ne l’ont donc ni reconnu ni cru, au contraire ils l’ont renié et blasphémé en disant : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jn 19, 15).
Et cela aussi, Isaïe (1, 4) l’avait prédit : « Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d’iniquité, à la race perverse, aux enfants scélérats ! Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le saint d’Israël, ils se sont retirés en arrière. »
Et Jérémie (5, 11-12) : « Car par la prévarication ont prévariqué contre moi la maison d’Israël et la maison de Juda, dit le Seigneur. Ils ont renié le Seigneur et ils ont dit : Ce n’est pas lui. »
Daniel également (9, 26) : « Et il ne sera plus son peuple, son peuple qui doit le renier. »
Et de même, ils ont fini par le mettre à mort comme l’avait prédit le Sage (Sg 2, 12-20) :
Traquons donc le juste parce qu’il nous est inutile, qu’il est contraire à nos œuvres, qu’il nous reproche les péchés contre la loi, et qu’il nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite. Il se vante d’avoir la science de Dieu et il se nomme le Fils de Dieu. Il est devenu pour nous le censeur de nos pensées. Sa vue nous est même à charge, parce que sa vie est dissemblable de la vie des autres et que ses voies ont été changées. Nous sommes estimés par lui frivoles ; il s’abstient de nos voies comme de souillures : il préfère les derniers moments des justes, et il se glorifie d’avoir Dieu pour père. Voyons donc si ses paroles sont véritables ; éprouvons ce qui lui arrivera, et nous saurons quels seront ses derniers moments. Car s’il est vrai Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et il le sauvera des mains de ses ennemis. Interrogeons-le pour l’outrage et les tourments, afin que nous connaissions sa résignation, et que nous éprouvions sa patience ; condamnons-le à la mort la plus honteuse.
Ainsi donc le Christ est venu avant tout et principalement, pourrait-on dire, pour libérer les juifs de la captivité spirituelle et temporelle. S’ils n’ont pas été libérés, c’est qu’« il est venu chez lui » et que « les siens [les juifs] ne l’ont pas reçu » (Jn 1, 11).
Non seulement ils ne l’ont pas reconnu, bien qu’ils eussent pu le reconnaître, et ils n’ont pas cru en lui, mais encore ils l’ont renié, vendu, blasphémé et finalement mis à mort en le crucifiant. Et cela, Amos (2, 6) l’avait prophétisé en disant : « Voici ce que dit le Seigneur : à cause des trois et même des quatre crimes d’Israël, je ne le convertirai pas, parce qu’il a vendu le juste pour de l’argent, et le pauvre pour une chaussure. »
Et de même Zacharie (11, 12-13) : « Et ils pesèrent ma récompense, trente pièces d’argent […] ce prix magnifique auquel j’ai été évalué par eux. »
Réponse à la 2e objection :
« Sept signes montrent que le Christ n’est pas venu. »
En second lieu, il nous faut répondre aux objections tirées des sept signes par lesquels ils prouvent que le Christ n’est pas encore venu.
Triple préambule
Mais pour mener à bien notre démonstration il nous faut auparavant attirer l’attention du lecteur sur les trois points suivants :
— Le premier est que, dans la sainte Écriture, il existe des passages qu’on ne peut prendre au pied de la lettre sans qu’ils deviennent faux et absurdes, comme dans cet extrait du Livre des Juges (9, 8-15) :
Les arbres allèrent pour oindre et établir sur eux un roi, et ils dirent à l’olivier : commande-nous. L’olivier leur répondit : Est-ce que je peux abandonner mon huile dont les dieux et les hommes se servent, et venir pour être promu parmi les arbres ? Les arbres dirent ensuite au figuier : Viens et règne sur nous. Le figuier leur répondit : Est-ce que je puis abandonner ma douceur et mes fruits très suaves, et aller pour être promu parmi tous les autres arbres ? Et tous les arbres dirent au buisson : Viens et règne sur nous. Le buisson leur répondit : Si vraiment vous me constituez votre roi, venez et reposez-vous sous mon ombre ; mais si vous ne le voulez pas, qu’un feu sorte du buisson et qu’il dévore les cèdres du Liban.
Il est évident que tout cela, pris de façon littérale serait faux et absurde. De même, lorsqu’il est dit dans un psaume (97, 8-9) : « Les fleuves battront des mains, et les montagnes exulteront en voyant le Seigneur parce qu’il vient, parce qu’il vient juger la terre. »
On trouverait de nombreux autres exemples de ce genre dans l’Écriture, qui recourt souvent aux paraboles et aux comparaisons empruntées aux choses de la nature ; aussi, dans de tels cas, le vrai sens est-il figuré et spirituel, tandis que le texte pris à la lettre est faux. C’est pourquoi il est dit (2 Co 3, 7) : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie. »
— Le second point à noter est que des expressions telles que Israël, fils d’Israël, ou fils d’Abraham et autres de ce genre, qui se rencontrent souvent dans l’Écriture, peuvent avoir une double signification : 1) une signification charnelle, de telle manière que soient appelés Israël, ou fils d’Israël, ou fils d’Abraham ceux qui descendent de ce dernier par la chair ; 2) une signification spirituelle, selon laquelle sont appelés Israël ou fils d’Israël ou fils d’Abraham ceux qui descendent d’eux spirituellement, à savoir ceux qui les imitent par la foi, la charité et les bonnes œuvres, décrites dans l’Écriture de Dieu et des saints qui, inspirés par l’Esprit-Saint, ont transmis soit l’ancien, soit le nouveau Testament.
C’est pourquoi Jean le Baptiste (Mt 3, 9) disait aux juifs : « Et ne songez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous le dis, Dieu peut de ces pierres mêmes, susciter des enfants à Abraham » ; de ces pierres, c’est-à-dire des nations.
Le Christ, quant à lui (Jn 8, 39-40), alors qu’ils se glorifiaient d’être des fils d’Abraham leur disait : « Si vous êtes fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Mais loin de là, vous cherchez à me faire mourir, moi homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu ; cela, Abraham ne l’a pas fait. » Ce qui revenait à dire : « Vous n’êtes donc pas des fils d’Abraham, sinon par la chair, car vous n’imitez pas sa conduite. » Et par la suite (Jn 8, 41 et 43-44), il leur dit encore : « Vous faites les œuvres de votre père, […] parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez le diable pour père et vous voulez accomplir les désirs de votre père. »
Le Christ laisse clairement entendre que, bien que fils d’Abraham du point de vue charnel, ils ne le sont pas du point de vue spirituel, mais bien plutôt des fils du diable qu’ils imitent. Sont donc vraiment fils d’Abraham ou d’Israël, à savoir spirituellement, ceux qui les imitent par la foi, la charité et les bonnes œuvres.
L’Apôtre aussi aborde ce sujet : « Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israélites, ni ceux qui appartiennent à la race d’Abraham [l’ensemble du peuple] ne sont pas tous ses enfants ; mais c’est en Isaac que sera ta postérité », comme il est dit dans la Genèse, c’est-à-dire « ce ne sont pas les enfants selon la chair qui sont enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont comptés dans la postérité » (Rm 9, 6-9) .
Or la promesse fut accomplie en faveur d’Abraham par la foi, et en faveur de ceux qui, comme fils de la promesse faite à Abraham, le suivent par la foi, non en ceux qui descendent de lui par la chair.
Que dirions-nous donc ? dit l’Apôtre [Rm 9, 30-33 et 10, 11-12]. Que les Gentils qui ne cherchaient pas la justice, ont embrassé la justice, mais la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, au contraire, qui cherchait une loi de justice, n’est point parvenu à une loi de justice. Pourquoi ? Parce que ce n’est point par la foi, mais par les œuvres de la loi qu’ils l’ont recherchée. Ils se sont heurtés contre la pierre d’achoppement, comme il est écrit (Is 8, 14) : Voici que je mets en Sion une pierre d’achoppement et une pierre de scandale [à savoir le Christ], mais quiconque [sans exception] croit en lui ne sera point confondu. […] Car il n’y a pas de distinction entre le juif et le Gentil, puisqu’ils ont tous un même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent.
Et puisqu’il est le Seigneur de tous, il veut sauver tous ceux qui croient en lui. C’est pourquoi tous ceux qui croient en lui sont vraiment Israël et des fils d’Israël et des fils d’Abraham ; bien plus, ce sont des fils de Dieu, car ôtez la foi à Abraham ou à Israël, et il ne reste que des Gentils. C’est donc la foi qui fait des fils d’Abraham ou d’Israël et même de Dieu. Il est donc clair que l’on appelle à juste titre Israël, fils d’Israël, etc., ceux qui imitent ces derniers dans la foi, non ceux qui descendent d’eux par la chair. Quant à ceux qui sont en état de péché mortel, tout en ayant une foi informe, ils ne sont fils d’Israël, d’Abraham ou de Dieu que numériquement [13] ou nominalement (numero vel nomine), non par le mérite ou la réalité (de la grâce). Il s’ensuit que lorsqu’il est fait mention de biens promis à Israël ou à ses fils, ou à Abraham, etc., il s’agit de ceux qui sont Israël, fils d’Israël, etc., spirituellement par la foi, c’est-à-dire non seulement numériquement ou nominalement, mais aussi par le mérite ; tandis que lorsqu’il est fait mention de malheurs, il s’agit de ceux qui ne sont Israël que par la chair et numériquement, non par le mérite.
C’est de la même façon qu’il faut comprendre ce qui est dit de Jérusalem, de Sion, du Temple, etc., dont l’Écriture et les prophètes parlent souvent, car parfois ces termes sont à prendre au sens matériel et à la lettre ; mais parfois il faut les prendre au sens symbolique et spirituel en voyant en eux les choses que l’Esprit-Saint, qui parle dans l’Écriture, entend signifier ou figurer par eux, par exemple l’Église militante ou l’Église triomphante désignées par des expressions telles que « la Jérusalem d’en haut, qui est libre, etc. »
Il en va de même du corps du Christ « dans lequel habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2, 9), qui est signifié lorsqu’il est dit : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. […] Or, Jésus parlait du temple de son corps (Jn 2, 19 et 21). »
On peut en dire autant de l’âme sainte dans laquelle Dieu habite par sa grâce, figurée par le Temple : « le Temple de Dieu, que vous êtes vous-mêmes, est saint » (1 Co 3, 17). Et le psaume dit aussi : « Mais toi, tu habites dans le saint [Temple], ô louange d’Israël. »
De là donc, vient l’erreur des juifs dans la Sainte Écriture, qui prennent de façon littérale de nombreux passages qu’il faudrait interpréter spirituellement.
— Le troisième point à retenir est que la Sainte Écriture parle de la double venue du Christ et qu’en divers endroits, faisant allusion tantôt à l’une, tantôt à l’autre, elle donne de nombreux détails dont il importe de discerner à laquelle des deux ils se rapportent.
La première venue du Christ est son incarnation et sa naissance dans la chair en vue de prêcher et de libérer de la captivité spirituelle, autant qu’il dépendait de lui, tous les hommes, comme il a été démontré. Lors de la seconde, qui aura lieu à la fin du monde, il viendra juger tous les hommes en rendant à chacun selon ses œuvres.
Lors de son premier avènement, il devait venir dans la simplicité et l’humilité, comme un prédicateur, car « il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux doux », ainsi que le dit de lui Isaïe (61, 1). Mais dans l’autre, il viendra avec la puissance admirable, comme juge et comme roi, « parce qu’en ces jours-là, lorsque j’aurai ramené les captifs de Juda et de Jérusalem », à savoir en les convertissant à la foi, « j’assemblerai tous les peuples et je les conduirai dans la vallée de Josaphat et là j’entrerai en jugement avec eux touchant tout ce qu’ils ont fait », à savoir leurs actes et leurs œuvres (Jl 3, 2). « Et qui pourra penser au jour de son avènement, et qui en soutiendra la vue ? » (Ml 3, 2).
Jour de calamité et de misère, jour de ténèbres et d’obscurité, de nuage et de tempête, jour de la trompe et du bruit retentissant sur les cités fortifiées et sur les tours d’angles élevées [c’est-à-dire sur les pécheurs et les orgueilleux]. Et j’affligerai les hommes et ils marcheront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre le Seigneur ; et leur sang sera répandu comme de la poussière et leurs corps comme des ordures. Mais même leur argent et leur or ne pourront les délivrer au jour de la colère du Seigneur ; par le feu de son zèle toute la terre sera dévorée, parce qu’il exterminera promptement tous les habitants de la terre (So 1, 15-18).
Et de même dans le Psaume (49, 3) : « Dieu viendra manifestement et ne se taira pas. » Et c’est pourquoi le Christ disait (Mt 25, 31-41) :
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, et tous les anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de sa majesté. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui [comme l’avait prédit le prophète Joël], et il les séparera les uns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d’avec les boucs. Et il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite ; venez les bénis de mon Père ; possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. […] Alors les justes lui répondront etc. Alors il dira aux damnés […]. Et il conduira les justes à la vie éternelle et les méchants, au contraire, au feu éternel.
Telle sera donc la différence entre ces deux venues du Christ. De là vient également l’erreur des juifs qui appliquent à la première venue de nombreux éléments qui se rapportent à la seconde, faute de bien distinguer les deux : constatant que certaines choses ne sont pas accomplies, ils en concluent que le Christ n’est pas encore venu.
Cela admis, il est facile de réfuter les autres signes mentionnés dans la Loi et les prophètes et que les juifs invoquent pour prouver que le Christ n’est pas encore venu.
Examen du 1er signe : l’apprivoisement des bêtes sauvages
En ce qui concerne le premier, relatif à l’apprivoisement des bêtes sauvages, il faut répondre que le Christ lors de sa première venue ne devait changer ni la nature des choses ni leurs propriétés, puisqu’il n’est venu principalement, comme il a été dit, que pour libérer les hommes de leurs captivité spirituelle.
Quant au fait que le loup et l’agneau, le léopard et le chevreau, l’ours et le veau vivraient ensemble et que, de surcroît, ces animaux féroces mangeraient de l’herbe et de la paille, leur nature ne leur permet pas, puisqu’ils n’ont pas les organes nécessaires, à savoir des dents adaptées à cet usage. Ou bien donc leur nature serait changée, de telle sorte que le lion ne serait plus un lion, et de même des autres, ou il faut comprendre ces mots autrement, à savoir non à la lettre mais au sens figuré, ce qui correspond certainement à la vérité.
En effet, par ces bêtes féroces, il faut comprendre les Gentils, arrogants, cruels, indomptés, rebelles à Dieu et à sa loi. Au contraire, par les animaux sans malice et apprivoisés, à savoir l’agneau, le chevreau, le veau, le bœuf, il faut comprendre les juifs qui à l’époque étaient humbles et soumis à la loi de Dieu. Le prophète a donc voulu dire qu’à la venue du Christ ces animaux vivraient ensemble et ensemble mangeraient de l’herbe et de la paille, parce que les Gentils et les juifs seraient rassemblés sous une même loi et dans une même foi dans le Christ, qui est législateur et juge, comme le dit Isaïe : et qu’ils paîtraient, seraient nourris et élevés ensemble, au sens spirituel, ce qui est vrai à la lettre puisque l’Église du Christ a été formée et constituée à partir de ces deux composantes. En effet, elle a commencé chez les juifs, à savoir par les Apôtres et les disciples qui en ont été, pour ainsi dire, les fondations, et peu à peu elle s’est accrue du grand nombre de ceux qui parmi eux, dès le début, se sont convertis, et surtout des Gentils qui se convertirent en plus grand nombre ; jusqu’à ce que, enfin, « quand sera entrée la plénitude des nations, alors tout Israël sera sauvé », comme le dit l’Apôtre (Rm 11, 25).
Ensemble, « ils mangeront de l’herbe et de la paille », car les uns et les autres, apprenant les rudiments de la foi, qui d’abord « semblait aux nations une folie, et aux juifs un scandale », se sont soumis humblement « en mettant leur intelligence au service du Christ ». Comme il a été clairement démontré plus haut, nous avons là au contraire un signe que le Christ est déjà venu puisque ces deux peuples aussi opposés, représentés par ces animaux antagonistes ont été rassemblés dans une seule et même Église catholique.
Quant à ce qui suit : « Et le serpent aura pour pain la poussière », etc., il faut comprendre que le serpent désigne le diable, parce que « le serpent était le plus rusé des animaux de la terre » (Gn 3, 1), et la poussière les pécheurs ou impies (Ps 1, 4) : « Il n’en est pas ainsi des impies, non, il n’en est pas ainsi, mais ils sont comme la poussière que le vent chasse à la surface de la terre.» « Pour pain », c’est-à-dire pour nourriture, car il a été dit (Gn 3, 14) : « Tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie » ; « de la terre », c’est-à-dire les hommes attachés aux biens terrestres, les pécheurs ; ce sont eux en effet qu’il dévore en les faisant pécher et en les tourmentant en enfer. Mais en péchant ici-bas, « ils ne nuiront pas », comprenons : « aux bons et aux justes », « et ils ne [les] tueront pas » à l’avenir en les punissant éternellement ; « sur toute ma montagne sainte », c’est-à-dire ni ici-bas dans l’Église militante ; (sous-entendu « nombreuse et pleine de mérites »), ni là-haut dans l’Église triomphante. Bien plus, « tu marcheras sur l’aspic et le basilic », etc., parce que tu ne consentiras pas aux tentations et qu’au contraire tu les vaincras. « Et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon », en les chassant du corps des possédés.
Examen du 2e signe : la paix entre les hommes
En ce qui concerne le second signe, à savoir la paix entre les hommes etc., nous répondrons que, s’il s’agit de la paix temporelle, il ne faut pas comprendre qu’il soit dit dans l’Écriture que, lors de la première venue du Christ, il y aurait une telle paix entre les hommes qu’aucun d’eux ne nuirait à son prochain ni ne commettrait d’injustice à son encontre, puisqu’au contraire, en plusieurs endroits, elle précise que le Christ lui-même se verrait infliger de nombreux outrages, qu’il serait condamné à une mort infâme et mourrait.
Cependant s’agissant de cette paix temporelle, qui n’est pas le but principal de l’Écriture, je dirai que, lors de la première venue du Christ, le monde jouissait d’une paix si profonde que, les guerres et les combats ayant opposé princes et rois jusque-là ayant cessé, tous les hommes étaient parfaitement soumis à l’Empire Romain. Cela est si vrai que, de fait, « en ces jours-là parut un édit de César Auguste pour qu’on fît le démembrement des habitants de toute la terre » (Lc 2, 1), en signe assurément que venait dans le monde celui qui est la vraie paix, pacifiant par le sang de sa croix « soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux » (Col 1, 16).
Ainsi la paix promise et prédite par les prophètes n’est pas essentiellement cette paix temporelle, même si elle a duré dans le monde une douzaine d’années environ lorsque le Christ est venu. Mais c’est une paix spirituelle, éternelle et céleste, qui « surpasse toute pensée », pour reprendre les termes de l’Apôtre (Ph 4, 7).
En effet, avant la venue du Christ, il existait entre Dieu et les hommes une telle guerre et un tel désaccord, à cause du péché de nos premiers parents, que personne, quelque juste et saint qu’il fût, n’entrait dans la demeure céleste ni n’était admis en présence de Dieu à la vision béatifique : tous descendaient dans les enfers, comme il a été dit plus haut. Mais le Christ a ramené l’unité, en unissant dans sa personne notre nature à la nature divine, « détruisant dans sa chair le mur de séparation, leurs inimitiés » (Ep 2, 15). Telle est la paix que le Christ devait établir principalement, cette paix dont il est le prince, cette paix qui n’aura pas de fin, qui sera éternelle, contrairement à la paix temporelle de ce monde qui ne dure guère même entre amis ; ceux qui furent et ceux qui sont dans cette paix « forgeront des socs de charrues à partir de leurs glaives », c’est-à-dire à partir de leurs animosités intérieures, et « ils forgeront des faux à partir de leurs lances », c’est-à-dire à partir des persécutions extérieures, des guerres et toutes sortes de machinations. Et ainsi la paix règnera dans les cœurs et dans les œuvres extérieures.
C’est pourquoi « une nation ne lèvera pas le glaive contre une autre nation », c’est-à-dire son esprit mauvais ou corrompu intérieurement ; « elles ne s’exerceront plus au combat » au sens propre, « parce que mon peuple », comprenons : le peuple des saints, « se reposera dans la beauté de la paix » extérieurement, et « dans un repos » intérieur du cœur ; parce que « dès maintenant, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux » (Ap 14, 13) ; dans un repos « opulent », car leur volonté et leur désir seront comblés et rassasiés, « parce que nous serons comblés des biens de ta maison » (Ps 64, 5), à savoir le Ciel, « et je serai rassasié lorsque apparaîtra ta gloire » (Ps 16, 5), parce que « l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu, ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9).
Ainsi donc, de même que les juifs se trompent en ce qui concerne le premier signe en croyant que, contrairement à leur nature, les animaux sauvages s’apprivoiseront et mangeront de la paille lors de la première venue du Christ, de même ils se trompent en disant que les hommes seront si doux et si pacifiques qu’entre eux il n’y aura plus ni tribulations, ni discordes, ni guerre, ce que ne permet pas la vie présente animale en raison de la corruption de la chair. La raison en est la suivante : ce qui est promis pour l’autre vie et l’autre monde, où « ce corps corruptible revêtira l’incorruptibilité et ce corps mortel l’immortalité », où « ce qui est semé corps animal ressuscitera corps spirituel », comme le dit l’Apôtre (1 Co 15, 42), ce que nous devons espérer et que nous aurons grâce à la foi dans le Christ, eux s’attendent à le recevoir en ce monde et en cette vie animale qui ne peut se passer d’aliments ni de ce qui est nécessaire à l’existence, toutes choses qui ne peuvent s’obtenir sans achats, ventes et contrats, ni par conséquent sans troubles ni discordes. Et c’est pourquoi une telle paix spirituelle, corporelle et temporelle ne peut en aucune manière exister ici-bas, avant la seconde venue du Christ. C’est alors que les saints de Dieu ressusciteront pour la vie éternelle et la paix qui ne finit pas ; c’est en ces jours-là que « la justice apparaîtra » (Ps 71, 7) à l’intérieur des âmes, car ceux qui sont justes le resteront toujours et ne pourront tomber, selon la parole d’Isaïe (60, 18) : « On n’entendra plus parler d’iniquité dans ta terre » (le Ciel), car « toute iniquité fermera la bouche » ; et « la paix abondera » (Ps 71, 7), parce que « la justice et la paix se sont embrassées » (Ps 84, 11). Jusques à quand ? « Jusqu’à ce que disparaisse la lune » (Ps 71, 7), c’est-à-dire toujours, car la lune subsistera toujours et, semblablement, cette paix.
Et cependant, même cette paix temporelle que nous attendons lors de la seconde venue du Christ peut être trouvée dans sa première venue, même en ce qui concerne la vie animale qui est la nôtre ici-bas :
— D’une part, parce que, lors de sa venue, le monde entier vivait d’une certaine manière dans la paix, les guerres et les combats ayant cessé partout. Les hommes de cette époque « forgeaient de leurs glaives des socs de charrue et de leurs lances des faux » (Is 2, 4), car le glaive et la lance sont des armes de guerre, le soc de charrue et la faux, des instruments d’agriculture : il s’ensuit qu’à la lettre, le monde étant soumis à un seul souverain romain et les conflits ayant cessé, les armes de guerre et leur usage avaient disparu, les instruments d’agriculture et leur usage s’étaient multipliés, et par conséquent les biens temporels aussi, de sorte que « le peuple se reposait dans la beauté de la paix et dans un repos opulent » (Is 32, 8) ;
— D’autre part, parce que la paix et le repos de l’âme dont étaient privés les saints dans l’attente et le désir du Christ (car un espoir différé provoque l’affliction) leur furent rendus à sa venue, comme le montrent les paroles du vénérable Siméon : « Maintenant, vous pouvez, Seigneur, renvoyer votre serviteur dans la paix, etc. » (Lc 2, 29). C’est pour cela aussi que le Christ, parlant d’Abraham dans les limbes, disait aux juifs (Jn 8, 56) : « Abraham, votre père, a tressailli », c’est-à-dire a désiré « voir mon jour » et il s’est réjoui. Et les saints et les fidèles aussi « faisaient de leurs glaives des socs de charrue », parce que l’espérance et le désir du Christ, qui tardait à venir, les assaillaient et les tourmentaient dans leur cœur, selon les paroles du prophète : « Dans ma souffrance, j’ai crié, la voix m’a manqué, mes yeux m’ont fait défaut dans l’attente de mon Dieu » (Ps 68, 4), c’est-à-dire du Christ. Et de même ailleurs, se plaignant vivement de son retard, le psalmiste dit : « Le Seigneur l’a juré solennellement à David, et il tiendra parole : je placerai sur ton trône le fruit de tes entrailles » (Ps 131, 11) ; « mais toi tu [nous] as repoussés et méprisés parce que tu as différé ton Christ » (Ps 88, 39).
Or, à sa venue toutes choses furent calmées, pacifiées et apaisées, comme il a été dit de Siméon et d’Abraham. L’homme en effet s’afflige et se trouble grandement en l’absence de ce qu’il aime et désire. Mais la présence de l’objet aimé le calme, le réjouit et l’apaise. Et le Christ est le prince de cette paix intérieure des fidèles, car c’est par lui qu’elle leur a été rendue, cette paix qui ne connaîtra pas de fin. Les fidèles et les saints, qui sont le véritable peuple de Dieu, le désir qui les assiégeait ayant pris fin, « s’assiéront dans la beauté de cette paix et dans le repos » de l’âme – repos qui est dit « opulent » à cause de l’abondance des biens et des grâces qui l’accompagneront.
— Par ailleurs, cette paix prédite à Israël, c’est-à-dire aux fidèles, lors de la venue du Christ, peut être interprétée d’une autre manière. Pour le comprendre, il faut savoir que la paix est la fin, le terme, l’arrêt ou la cessation de la guerre, et ceci par la victoire sur les ennemis et leur soumission. Or l’homme connaît deux sortes de guerres ou de conflits : d’une part en lui-même par ses passions, ses concupiscences et ses vices intérieurs, qui luttent contre son âme, car « la chair convoite contre l’esprit » (Ga 5, 17) ; d’autre part avec autrui, par ses œuvres extérieures et mauvaises par lesquelles il lui nuit dans sa personne, dans ses proches (par exemple par l’adultère) ou dans ses biens (par le vol).
De là en effet viennent les conflits et les procès. De la même façon, la paix de l’homme ici-bas peut être considérée d’un double point de vue. Le premier le concerne lui-même, lorsqu’il vainc ses propres passions et ses propres concupiscences, en les modérant et en les ramenant à la norme ; et ainsi il les domine et vit en paix avec elles, puisqu’elles lui sont soumises. Le second concerne les rapports de l’homme avec ceux qui vivent avec lui, par ses œuvres extérieures inséparables de la vie en société, à savoir lorsqu’il se comporte à leur égard de façon si irréprochable qu’il ne commet contre eux rien qui aille contre la justice, la raison ou la loi de Dieu, qui sont les règles de nos actes et de nos œuvres. Et en toute vérité, l’on peut dire que celui qui ordonne et modère ses passions intérieures et ses œuvres extérieures de cette manière vit dans une grande paix et un grand repos avec soi-même et avec autrui, autant qu’il dépend de lui, à supposer même qu’on lui fasse la guerre.
Telle était la paix promise lors de la venue du Christ à Israël ou aux fils d’Israël, c’est-à-dire à tous les fidèles et à tous les justes qui sont le vrai Israël et les vrais fils d’Israël, comme il a été dit plus haut. En effet, avant la venue du Christ, presque tous les hommes, aussi bien les Gentils que les juifs, à l’exception d’un petit nombre d’âmes d’élites, étaient privés de cette double paix, livrés qu’ils étaient à leurs passions et à leurs concupiscences mêmes ignominieuses et contre nature, « l’homme commettant l’ignominie avec l’homme » (Rm 1, 27), et autres abominations dont il n’est pas permis de parler. Et non seulement les Gentils, mais même les juifs fidèles : « Joseph accusa ses frères auprès de son père d’un crime détestable » (Gn 37, 2) ; et que dire de ces hommes corrompus de Gabaa qui toute une nuit abusèrent de la femme d’un lévite, comme le rapporte le Livre des Juges (19, 25). Sans oublier les autres péchés de ce genre qui furent alors consumés dans le feu, ainsi qu’il ressort de la Genèse (19, 24 [14]).
Presque tous se livraient à des actes mauvais et pervers contre le prochain, se bravant et se persécutant les uns les autres de mille manières, de sorte que presque personne ne dominait ses passions intérieures ni ses actes extérieurs. En conséquence, presque personne non plus ne jouissait de la paix intérieure en lui-même, ni de la paix extérieure avec les autres.
Et ainsi, presque tous étaient en guerre continuelle avec eux-mêmes par leurs passions indomptées, et avec les autres par leurs passions illicites et perverses.
Mais le Christ en venant apporta cette double paix à ses fidèles et à ceux qui le suivent. Il fut le prince de cette paix parce qu’en lui-même il dominait très parfaitement toutes les passions, concupiscences et vices intérieurs, et parce que, à l’extérieur, jamais il ne commit la moindre œuvre ou le moindre acte illicite ou désordonné, lui « qui ne fit pas de péché et dont la bouche ignora toujours la ruse » (1 P 2, 22). Au contraire, il supporta en silence calomnies et mauvais traitements jusqu’à la mort. C’est en suivant son exemple que des saints tels que les Apôtres et tous les autres, appelés à juste titre « fils d’Israël » comme il a été dit, ont joui de cette paix en dominant leurs propres concupiscences et leurs vices, en évitant avec le plus grand soin les actes illicites et injurieux commis envers autrui, « ne rendant point mal pour mal ni malédiction pour malédiction, mais au contraire bénissant » (1 P 3, 9), supportant patiemment dans l’allégresse le mal qu’on leur faisait : « Les Apôtres sortirent du conseil pleins de joie de ce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus » (Ac 5, 41).
Et c’est cette paix que le Christ est venu apporter au monde, et qu’il a commandé à ses Apôtres et aux autres de garder, leur disant : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Et c’est depuis cette époque principalement que ces vrais fils d’Israël « de leurs glaives ont forgé des socs de charrue, etc. ».
En effet, le glaive et la lance sont des instruments de guerre, le glaive pour les combats rapprochés, la lance pour les combats à distance. La charrue sert à cultiver la terre pour qu’elle produise des fruits, la faux sert à couper les herbes. Il s’ensuit que les glaives sont les passions, les mauvais désirs et les vices qui nous livrent une guerre intérieure ; les lances sont les œuvres et les actes pervers par lesquels nous attaquons et accablons extérieurement autrui, par exemple le vol, l’usure, l’homicide, le faux témoignage, etc. Les saints donc, surtout depuis la venue du Christ, de leurs glaives forgent des socs de charrue, parce que, en modérant leurs passions et la violence intérieure de leurs vices (l’orgueil, l’envie, et le reste), ils cultivent la terre de leur cœur pour qu’elle produise le fruit des vertus et des bonnes œuvres ; de leurs lances, ils forgent des faux, parce que, en se gardant des actes illicites et des injustices à l’égard d’autrui, ils se préservent eux-mêmes des souillures des péchés.
Après la venue du Christ « une nation ne lèvera pas le glaive contre une autre nation, etc. », parce que, parmi ces fils d’Israël, il n’en est pas un qui s’oppose à un autre par la parole, ni par la langue appelée glaive, « car leurs langues sont des glaives acérés » (Ps 57, 6), ni par des entreprises ou des œuvres perverses. Telle est la vraie paix du Christ, que le Christ devait apporter à sa venue. Et c’est dans la beauté de cette paix qu’est assis le peuple du Christ, c’est-à-dire les saints et les fidèles, dans le repos du cœur et des passions intérieures, cette paix opulente en œuvres extérieures bonnes et vertueuses. C’est avec raison que le prophète dit : « aux jours de sa [venue], la justice apparaîtra » (Ps 71, 7), comme si elle avait auparavant quitté le monde, selon ce passage d’Isaïe : « Le jugement s’est retiré, et la justice se tient éloignée, parce que la vérité a été renversée sur la place publique, et que l’équité n’y a pu entrer » (Is 59, 14). « La justice, est-il dit, apparaîtra », sous-entendu : « par la foi qui justifie », car « Abraham crut en Dieu et ce lui fut imputé à justice » (Rm 4, 3, citant Gn 15, 6). Et dans le premier livre des Macchabées : « Abraham n’a-t-il pas été trouvé fidèle dans la tentation, et cela ne lui fut-il pas imputé à justice ? » (1 M 2, 52). De là vient « l’abondance de la paix », car « la justice et la paix se sont embrassées » (Ps 83, 11). Et dans Isaïe (32, 17) : « La paix sera l’ouvrage de la justice. » L’abondance de la paix, est-il dit, apparaîtra à sa venue, abondance de la paix temporelle qui régnait universellement, dans le monde entier, sous l’autorité d’un seul empereur, comme il a été montré plus haut, mais également de la paix spirituelle, aussi bien dans le cœur de l’homme lui-même, par la maîtrise et la domination de ses passions et de ses vices, que dans ses rapports avec autrui par ses bonnes œuvres. Sans oublier la paix céleste entre les hommes et Dieu par leur réconciliation et l’inauguration du règne de l’Église.
Par conséquent, les juifs se trompent en ce qui concerne le second signe en croyant que cette paix devant accompagner la venue du Christ est la paix temporelle et mondaine dont les hommes jouissent souvent seulement de façon apparente, à l’extérieur, et non à l’intérieur de l’âme. Il s’ensuit que, fréquemment, il ne s’agit pas d’une véritable, mais d’une fausse paix. C’est pourquoi le Christ disait à ses Apôtres : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, mais non pas comme le monde la donne » (Jn 14, 27), à savoir non de bouche et en apparence, mais au fond du cœur et réellement. On peut en conclure que ces passages de la loi et des prophètes doivent être interprétés comme se rapportant à une paix spirituelle et céleste.
Et, par ce qui précède, il est aisé de répondre à toutes les autres citations de l’Écriture relatives à cette paix future, que les juifs avancent ou peuvent produire pour défendre leur thèse. D’où il ressort clairement que ce second signe démontre que le Christ est déjà venu plutôt que le contraire, puisque cette justice et cette abondance de la paix se sont déjà montrées dans le monde dans des proportions jusque-là inconnues, sinon d’une infime minorité.
La suite : « jusqu’à ce que disparaisse la lune », concerne la durée de la paix, qui n’aura pas de fin, car la lune ne disparaîtra jamais. Mais ce même passage peut s’entendre d’une autre manière : « jusqu’à ce que disparaisse la lune », comprenons : « telle qu’elle est aujourd’hui, jusqu’à ce qu’elle soit transfigurée », ce qui revient à dire : la lune durera jusqu’à la fin du monde, car alors elle sera transformée et elle brillera comme le soleil (voir Is 30, 26).
Mais comment peut-on affirmer en toute vérité que la justice et l’abondance aient déjà apparu alors que l’on voit tant d’injustices, tant de guerres, et l’Église ébranlée par tant d’épreuves ? Et les choses ne feront qu’empirer, comme l’a prédit le Christ, lorsqu’une « nation se soulèvera contre une nation, un royaume contre un royaume » (Lc 21, 10), lorsque, de plus,
il y aura des hommes s’aimant eux-mêmes, avides, arrogants, orgueilleux, blasphémateurs, n’obéissant pas à leurs parents, ingrats, couverts de crimes, sans affection, implacables, calomniateurs, dissolus, durs, sans bonté, traîtres, insolents, enflés d’orgueil, aimant les voluptés plus que Dieu, ayant toutefois une apparence de piété, mais en repoussant la réalité.
« Évite-les », ajoute l’Apôtre (2 Tm, 3, 2-3). Où sont donc, peut-on objecter, cette justice et cette paix censées se lever avec le Christ ? Loin de les voir, c’est tout le contraire que nous avons sous les yeux. Donc le Christ n’est pas encore venu. A quoi il faut répondre que, de même qu’au lever du soleil, alors que la lumière illumine l’univers, les aveugles ne profitent pas de ses bienfaits, de même, depuis la venue du Christ, la justice et la paix intérieure qu’il apporte ne peuvent éclairer que ceux qui, par leurs mérites, comptent parmi les membres du véritable Israël, c’est-à-dire de l’Église. C’est pourquoi l’ange dit aux bergers : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté » (Lc 2, 14). Il s’ensuit que seuls les bons connaissent la paix intérieure avec le Christ et dans le Christ, quelles que soient les souffrances extérieures qu’ils endurent dans le monde ou que le monde leur inflige. Telle sera notre réponse aux objections ci-dessus.
Examen du 3e signe : la plénitude de la science de Dieu
En ce qui concerne le troisième signe relatif à la plénitude de la science ou de la connaissance de Dieu, ainsi que des autres choses qui accompagneront la venue du Christ selon la parole de Jérémie (31, 33-34) : « je mettrai ma loi dans leurs entrailles, etc. », nous dirons que la connaissance que l’homme peut avoir de Dieu est double. La première, naturelle, est celle qu’il peut acquérir par ses propres forces à partir des créatures, par exemple en remontant de l’effet à la cause ou de l’œuvre à l’artisan. C’est pourquoi l’Apôtre dit (Rm 1, 20) : « Les perfections invisibles de Dieu sont rendues compréhensibles depuis la création du monde par les choses qui ont été faites, aussi bien que sa puissance et sa divinité. » Et dans le livre de la Sagesse : « Car par la grandeur et la beauté des créatures, celui qui en est le Créateur pourra être vu de manière à être reconnu » (Sg 13, 5).
Cette connaissance de Dieu était parfaite chez nos premiers parents, mais peu à peu elle diminua et se corrompit au point qu’au temps de Noé, tous les hommes, ayant perdu et rejeté la connaissance du seul vrai Dieu, étaient devenus idolâtres. Et c’est pourquoi aussi, tous étaient corrompus par toutes sortes de crimes et de péchés, parce que « toute chair avait corrompu sa voie » (Gn 6, 5).
Aussi Dieu dit-il à Noé : « La fin de toute chose est venue pour moi, la terre est remplie d’iniquité à cause d’eux, et moi, je les exterminerai avec la terre » (Gn 6, 7). C’est ce qu’il fit par le Déluge. Mais le genre humain s’étant multiplié à nouveau par Noé et ses fils, l’idolâtrie se développa à nouveau elle aussi, au point qu’à l’époque d’Abraham, presque tous adoraient des idoles, comme il est dit dans le livre de la Sagesse :
Ainsi, vains sont tous les hommes en qui n’est pas la science de Dieu, et qui par les biens visibles n’ont pu comprendre celui qui est, et n’ont pas, en considérant les œuvres, connu quel était l’ouvrier ; mais ou le feu, ou le vent, ou l’air subtil, ou la sphère des étoiles, ou l’immensité des eaux, ou le soleil et la lune, voilà ce qu’ils ont cru être des dieux qui gouvernaient le globe de la terre. Si ravis de leur beauté, ils se sont crus des dieux, qu’ils sachent combien est plus beau leur dominateur ; car c’est l’auteur de la beauté qui a établi toutes ces choses. Ou, s’ils en ont admiré la puissance et les œuvres, qu’ils comprennent par là que celui qui les a faites est plus puissant qu’elles. Car par la grandeur et la beauté des créatures, celui qui en est le Créateur pourra être vu de manière à être reconnu. [Sg 13, 1-5.]
Et c’est pourquoi ils se livraient à toutes sortes de crimes honteux, comme le montre l’histoire des habitants de Sodome que Dieu anéantit avec leurs cités par le soufre et le feu (Gn 19, 1-29). Mais il épargna Abraham, qu’il trouva fidèle, et Lot, le fils de son frère. Et il choisit Abraham parmi tous les autres spécialement à cause de sa foi, et il lui donna la circoncision en signe de cette foi, et il lui promit que de sa descendance naîtrait le Christ. Et Abraham connut le Seigneur et crut en lui, ainsi que sa descendance après lui, alors que les autres restaient prisonniers de leur aveuglement et de l’idolâtrie. Malgré cela, les fils d’Abraham à nouveau, après Moïse et même avant lui, se livrèrent sans retenue au péché d’idolâtrie et à d’autres crimes encore, jusqu’à l’époque de David qui contribua grandement à les ramener à la connaissance et au culte de Dieu. Et c’est pourquoi lui fut renouvelée la promesse que le Christ naîtrait de sa descendance.
Après David, les fils d’Israël tombèrent encore dans l’idolâtrie : en conséquence, ils furent emmenés sous Nabuchodonosor en captivité à Babylone, et aussi, ils tombèrent souvent au pouvoir des Philistins, et finalement, ils se trouvèrent tous sans foi, sans roi, sans prêtre, sans sacrifices ni prophètes. C’est alors que vint le Christ, conformément aux prophéties : le Christ par qui le monde dans sa quasi totalité reçut la lumière et, abandonnant l’idolâtrie, fut amené à la vraie connaissance de Dieu, parce qu’il est lui-même « la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9), par la foi et la grâce. En effet, parce que la connaissance et la lumière naturelles qui étaient dans les hommes s’étaient grandement obscurcies et corrompues, il fallut ajouter la lumière surnaturelle de la foi et de la grâce, afin que nous puissions connaître Dieu surnaturellement, ce qui fut l’œuvre du Christ lui-même.
Telle est la seconde connaissance de Dieu qui était promise aux hommes à la venue du Christ et qui s’est diffusée et multipliée dans le monde entier, bien que les juifs et les musulmans restent dans leur aveuglement comme l’avait prophétisé Isaïe :
Appesantis le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles sourdes, et ferme ses yeux. […] Et j’ai dit : Jusques à quand, Seigneur ? Et il a dit : Jusqu’à ce que les cités soient désolées, et sans un habitant, et que les maisons soient sans un homme ; et la terre sera laissée déserte. Et le Seigneur éloignera les hommes (Is 6, 9-12).
Autrement dit : jusqu’à la fin du monde, car alors les restes d’Israël se convertiront à la foi et à la connaissance du Christ, comme l’annonce le même Isaïe. Il apparaît donc que ce troisième signe, à savoir celui de la plénitude de la science et de la connaissance de Dieu, que les juifs s’appliquent à eux-mêmes, s’applique bien plus et bien mieux à nous, puisque auparavant le monde, dans sa quasi totalité, était aveugle à la vraie connaissance de Dieu, alors qu’à présent, au contraire, il est, dans sa quasi totalité, illuminé par la vraie foi.
Il faut savoir cependant qu’il existe deux sortes de connaissance surnaturelle de Dieu :
— La première, imparfaite, est dite « obscure » ou « énigmatique » : il s’agit de la connaissance que nous avons de lui par la foi ; et cette connaissance, nous la recevons du Christ dans cette vie mortelle, en croyant ce que lui-même nous a révélé de Dieu, et qui auparavant n’avait pas été révélé aux hommes sinon en figures, sous une forme très obscure, dans la loi et les prophètes, par exemple : la Trinité des personnes en Dieu, la divinité du Christ, le sacrement de son corps et de son sang, et autres articles de foi. Toutes ces choses en effet, nous y croyons par notre foi en lui, mais nous ne les voyons pas, pas plus que nous ne connaissons leur nature au sens strict ; et cependant, cette connaissance, quelque imparfaite qu’elle soit, nous l’avons reçue du Seigneur qui nous l’a enseignée, non comme jadis par les anges et les prophètes, mais lui-même, selon ces paroles d’Isaïe (52, 6) : « Moi-même qui parlais [sous-entendu : autrefois par les anges et les prophètes], me voici présent », puisque, comme le dit Baruch, « après cela, il a été vu sur la terre et il a demeuré avec les hommes » (Ba 3, 38). Ainsi donc, il a lui-même – en personne – donné en prêchant, et écrit en l’inspirant, dans nos entrailles et dans nos cœurs, la Loi nouvelle de la foi, de sorte que tous, du plus petit jusqu’au plus grand, c’est-à-dire aussi bien les petites gens du peuple que les puissants, les prélats et les princes, nous le connaissons dans la lumière de la vraie foi. Si grande est notre croyance en lui qu’il n’est pas nécessaire « qu’un homme instruise son prochain ou son frère disant : connais Dieu », parce que tous croient fermement en lui, les petits parfois aussi bien que les grands, parfois même mieux. Il s’ensuit que par la grâce de Dieu, la terre entière est remplie de cette science du Seigneur, c’est-à-dire de la véritable foi en lui ; quant à l’idolâtrie, totalement abandonnée, elle est tombée dans le mépris. C’est ainsi que l’on peut répondre, en montrant leur inanité, aux objections qu’on nous oppose et à d’autres semblables.
— La seconde connaissance surnaturelle de Dieu est parfaite et claire, pure et manifeste : il ne s’agit plus de celle que l’on perçoit dans le miroir des créatures, dans l’énigme de la foi et sous le voile des symboles, mais de celle qui nous fait voir Dieu clairement, purement, sans voile, « face à face » (1 Co 13, 12), « comme il est » (1 Jn 3, 2), dans sa propre essence.
Et cette connaissance et cette vision sont celles des anges et des saints ; elles seront nôtres dans la patrie céleste où, avec tous les justes et tous les fidèles, dans la lumière de gloire, nous verrons clairement et sans voile la lumière divine elle-même. Et cette vision ou connaissance de Dieu est la béatitude suprême de l’homme. C’est alors qu’en toute vérité, Dieu lui-même mettra sa loi (Jr 31, 33), c’est-à-dire la connaissance et la vision que nous aurons de lui et de son essence, dans nos entrailles et dans nos cœurs.
« Et un homme n’instruira plus son prochain, disant “connaissez Dieu“, car tous me connaîtront depuis le plus grand d’entre eux jusqu’au plus petit, dit le Seigneur » (Jr 31, 34), et « tous tes fils », c’est-à-dire les fils de l’Église, « seront instruits par le Seigneur » (Is 54, 13) dans leur esprit, « parce que la terre est remplie de la connaissance du Seigneur, comme la mer des eaux qui la couvrent » (Is 11, 9). C’est pourquoi « en ce jour-là », celui du jugement général et le temps qui suivra, « il sera le Seigneur unique, et son nom sera unique » (Za 14, 9), car il sera vu et connu immédiatement dans son essence unique, et non comme il est connu ici-bas, de façon fort imparfaite, à travers la multitude des créatures.
Voilà qui montre que toutes ces citations de l’Écriture et les autres semblables ont trait à la science et à la connaissance de Dieu qui seront celles des saints après le second avènement du Christ, bien qu’elles puissent également s’appliquer, comme il a été dit plus haut, à la connaissance de Dieu lors du premier avènement.
Examen du 4e signe : l’abondance des biens temporels
En ce qui concerne le quatrième signe, à savoir l’abondance des biens temporels (« les vallées regorgeront de blé, etc. »), nous dirons que l’ancienne Loi (autrement dit Dieu dans l’ancien Testament) promettait l’abondance de biens temporels et de richesses en tout temps à ceux qui observeraient la loi, et non uniquement ou spécialement à l’époque où viendrait le Christ dont la loi et les prophètes prédisaient qu’il serait très pauvre, par exemple dans Zacharie : « Voici que ton roi viendra à toi, juste et sauveur, lui-même pauvre et monté sur une ânesse » (Za 9, 9). Et dans le psaume, parlant en personne, il dit : « Je suis mendiant et pauvre » (Ps 39, 18). L’Écriture reprend ce thème à plusieurs reprises. Et Dieu promettait cette abondance temporelle au peuple juif, en tant que charnel et imparfait, en récompense de l’observation de la loi, comme le montre ce passage d’Isaïe (1, 19) : « Si vous voulez et si vous m’écoutez, vous mangerez les biens de la terre. »
En effet, comme on peut s’en assurer en relisant les récits de l’ancienne Loi, l’état ordinaire du peuple juif sous la loi fut la prospérité aussi longtemps qu’il lui était fidèle ; mais, dès qu’il s’écartait de ses préceptes, il tombait dans de nombreux malheurs. La loi, en effet, préparait les hommes à la venue du Christ, les menant d’une fin imparfaite à une fin parfaite, « car la fin et la perfection ou achèvement de la loi, c’est le Christ », comme le dit l’Apôtre (Rm 10, 4). De là viennent ces dons faits à un peuple encore imparfait, par comparaison avec la perfection qui devait être celle du Christ. C’est pourquoi ce peuple est comparé à un enfant soumis à l’autorité d’un pédagogue, comme on le voit dans l’Épître aux Galates (Ga 3, 25).
Or la perfection de l’homme consiste à mépriser les biens temporels en tant que caducs, transitoires et vils, pour s’attacher aux biens spirituels, selon ce verset de l’Évangile de saint Matthieu : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi » (Mt 19, 21). Et dans l’épître aux Philippiens, l’Apôtre dit : « Oubliant ce qui est en arrière, et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, vers le prix auquel Dieu nous a appelés d’en haut dans le Christ Jésus. Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons ce sentiment » (Ph 3, 13-15). Telle est donc la perfection pour l’homme.
Mais le propre des imparfaits est de désirer encore les biens temporels, tout en respectant l’ordre voulu par Dieu ; sinon en effet, ils feraient partie des méchants et des pécheurs. Et c’est pourquoi l’ancienne Loi, qui était imparfaite (car « la loi n’a rien amené à la perfection », He 7, 19), préparant et disposant, d’une certaine manière, les cœurs à la venue du Christ, conduisait par la main les hommes à Dieu, en promettant ces biens temporels à ceux qui l’observeraient, comme dans ce verset : « Les étendues du désert deviendront florissantes et les collines exulteront ; les vallées abonderont en blé » (Ps 64, 13). Et dans les Proverbes (3, 1-10) :
Mon fils, n’oublie pas ma loi, et que ton cœur garde mes préceptes, car ils t’apporteront la longueur des jours, des années de vie et la paix. Que la miséricorde et la vérité ne t’abandonnent pas : mets-les autour de ton cou, grave-les sur les tables de ton cœur : et tu trouveras grâce et une bonne discipline devant Dieu et les hommes. Aie confiance dans le Seigneur de tout ton cœur et ne t’appuie pas sur ta prudence. Dans toutes tes vies, pense à lui, et lui-même dirigera tes pas. Ne sois pas sage à tes propres yeux ; crains Dieu et éloigne-toi du mal ; car ce sera la santé pour ton corps et une irrigation pour tes os. Honore le Seigneur de ton bien et donne-lui [c’est-à-dire donne aux pauvres] des prémices de tous des fruits ; et tes greniers seront remplis d’abondance, et tes pressoirs regorgeront de vin.
Mais, parce que le Christ était la perfection de la loi, comme il le disait lui-même (Mt 5, 17) : « Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir », il demandait pour lui-même et pour les siens non pas l’abondance des biens temporels, qui est imparfaite, mais bien plutôt celle des biens spirituels dont ils sont le symbole.
C’est pourquoi Isaïe dit de lui : « L’Esprit du Seigneur reposera sur lui, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de science et de piété, esprit de conseil et de force, et il sera rempli de l’esprit de crainte du Seigneur » (Is 11, 2), car « nous avons vu sa gloire, comme la gloire qu’un Fils unique reçoit de son père, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14), « et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce » (Jn 1, 16).
A la vérité, il y a des grâces diverses [dans l’Église et chez les fidèles du Christ, car] à l’un est donné par l’Esprit la parole de sagesse, à un autre la parole de science, à un autre la foi, à un autre la grâce de guérir, à un autre la vertu d’opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits, à un autre le don des langues diverses, à un autre l’interprétation des discours. [1 Co, 12, 7-11.]
Sur le même sujet, on pourra se reporter à la Somme Théologique, II-II, q. 176, a. 1 et suivants.
Telle est donc l’abondance qui était promise lors de la venue du Christ, spécialement aux fils d’Israël, c’est-à-dire aux fils et aux vrais fidèles du Christ, à savoir la plénitude des biens spirituels en ce monde, et des biens célestes ou éternels dans l’autre, ce que « l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu, et que n’a pas connu le cœur de l’homme », pour reprendre les termes d’Isaïe (Is 64, 4, et 65, 17) et de l’Apôtre (1 Co 2, 9). Déjà, dans l’état de l’Église militante, le peuple de Dieu « sera assis dans la plénitude de la paix et dans un repos opulent » en biens spirituels, comme il a été expliqué plus haut.
Mais c’est surtout dans l’Église triomphante, en compagnie du Christ, que le peuple de Dieu « sera assis dans la plénitude de la paix », dans le royaume de tous les biens célestes et éternels, car, dit l’Écriture, « nous serons comblés des biens de ta maison (céleste) », « je serai rassasié lorsqu’apparaîtra ta gloire » (Ps 16, 15). C’est là qu’« ils n’auront plus ni faim ni soif » (Is 49, 10), ayant désormais non plus des corps charnels mais des corps spirituels, comme dit l’Apôtre, impassibles et immortels (1 Co, 15, 53). « Et la chaleur et le soleil ne les frapperont plus » (Is 49, 10), parce qu’il n’y a pas de changement au ciel où seront nos corps glorieux, car « celui qui a pitié d’eux », le Christ, qui est Dieu, « les guidera », ou plutôt les nourrira du pain des anges, c’est-à-dire de la vision de sa divinité dont il les fera jouir, et il « les abreuvera aux sources pures » (Is 49, 10), que sont les personnes divines, d’où coulent les eaux de toutes les grâces et dont la vision et la connaissance sans voile combleront parfaitement le désir de notre intelligence. C’est là que « mes serviteurs mangeront, en jouissant des biens célestes, « mais vous », pécheurs, « vous aurez faim ; « mes serviteurs boiront et vous aurez soif » (Is 65, 13). Comme disait le Christ à ses disciples : « Je vous prépare le royaume, comme mon Père me l'a préparé, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume » (Lc 22, 29-30).
Les juifs se trompent donc, même en ce monde, en croyant que l’abondance que le Christ disait apporter est l’abondance temporelle ou corporelle, puisqu’une telle abondance ne contribue en rien au progrès d’une vie vertueuse, selon les paroles d’Ézéchiel (16, 49) : « Voici quelle a été l’iniquité de Sodome [c’est-à-dire voici la cause ou l’occasion de son iniquité et de son péché] : l’excès de nourriture, l’abondance et l’oisiveté. »
C’est pourquoi dans le livre des Proverbes (30, 7-9), Salomon priait Dieu ainsi :
Je vous ai demandé deux choses, ne me les refusez pas avant que je ne meure. Éloignez de moi la vanité et les paroles mensongères. Ne me donnez ni la mendicité ni les richesses ; accordez-moi seulement les choses nécessaires à ma vie ; de peur que rassasié, je ne sois tenté de vous renier, et que je ne dise : Qui est le Seigneur ? ou que poussé par la détresse, je ne dérobe et ne parjure le nom de mon Dieu.
L’abondance apportée par le Christ est donc l’abondance des biens spirituels en ce monde, à savoir celle des grâces, des vertus et des bonnes œuvres qui sont beaucoup plus abondantes aujourd’hui que jadis, lorsque tous les hommes recherchaient la multitude des richesses, inséparable de la cupidité « qui est la racine de tous les maux » (1 Tm 6, 10). Car de qui a-t-il été écrit à cette époque qu’il avait tout abandonné pour Dieu ? Au contraire, comme le disait Jérémie (8, 10), « depuis le plus petit jusqu’au plus grand, tous suivent l’avarice, et depuis le prophète jusqu’au prêtre, tous commettent le mensonge ». Et aujourd’hui encore, sur ce point, les juifs n’ont pas changé. A cette époque aussi, tous recherchaient les plaisirs charnels, le plus souvent inséparables de la fornication et des autres égarements de la chair, comme on le voit chez les habitants de Sodome et chez ceux de Gabaa, et chez beaucoup d’autres ainsi qu’il a été dit à propos du troisième signe. A cette époque également tous recherchaient les honneurs de ce monde, inséparables de l’orgueil « qui est l’origine de tous les péchés » (Si 10, 15).
Mais aujourd’hui combien d’hommes de tout premier plan, même des rois et des princes, abandonnant tout – les richesses, les plaisirs et les honneurs – suivent le Christ dans la pauvreté volontaire, la sainte virginité et la continence, l’humilité et l’obéissance, renonçant à eux-mêmes dans le mépris le plus total. Il est donc évident que l’abondance de biens spirituels, à savoir des grâces, des vertus et des bonnes œuvres, est beaucoup plus grande aujourd’hui que dans le monde d’alors, que le Christ venait recréer et enseigner. C’est donc un signe que le Messie est déjà venu. Mais cette abondance que le Christ devait apporter à son avènement comportait un autre élément, celui des biens célestes qu’il donne aux siens dans la mort et qui n’existait pas alors, puisque tous descendaient dans les enfers, comme il a été dit. Et ces biens, il les donnera d’une manière encore plus parfaite lors de la résurrection générale, lorsqu’il les introduira avec leur âme et leur corps, dans ces biens célestes que « l’œil n’a pas vu, etc. ».
Qui donc pourrait douter plus longtemps que le Christ est déjà venu ?
(A suivre.)
[1] — C’est-à-dire au-delà du monde connu de l’époque. (NDLR.)
[2] — Artaxerxès Ier fut grand roi achéménide de -465 à -424. Si l’on compte les 475 années à partir de la 20e année de son règne, on aboutit à l’an 30 après Jésus-Christ, ce qui correspond à la date de la mort du Christ selon l’estimation actuelle. On voit que le comput de Saint Vincent Ferrier colle avec la réalité.
[3] — Saint Bède le Vénérable (vers 672-735), docteur de l’Église.
[4] — Darius III Codoman (vers -380 à -330), roi de Perse de -336 à sa mort en -330. Vaincu par Alexandre le Grand, il fut le dernier roi de la dynastie achéménide.
[5] — Alexandre le Grand (-346 à -323).
[6] — La reine Cléopâtre VII Théa Philopator (vers -69/12 août -30), de la famille des Lagides, gouverna l’Égypte entre -51 et -30.
[7] — Auguste (-63 à +14).
[8] — Dans le texte on lit « dixième », mais c’est une erreur de copiste, car le baptême de Jésus par Jean-Baptiste eut lieu la quinzième année du règne de Tibère (Lc 3, 1). Un peu plus loin, saint Vincent Ferrier dit bien : « dix-huitième ».
[9] — Tibère, né à Rome le 16 novembre 42 av. J.-C. et mort à Misène le 16 mars 37 ap. J.C., fut le deuxième empereur romain de 14 à 37, mais associé à l’empire dès l’an 11.
[10] — Saint Vincent Ferrier cite saint Ambroise d’après la Chaîne d’or de saint Thomas d’Aquin sur saint Luc (chap. 21, l. 5). Nous n’avons pu retrouver le texte dans les œuvres de saint Ambroise.
[11] — Voir page 81 avec la note 7.
[12] — Empereur de 117 à 138.
[13] — Un chrétien en état de péché mortel, s’il conserve la foi, continue de faire partie de l’Église, mais il en est un membre mort. On dit qu’il appartient à l’Église numériquement (il est compté comme membre), mais non par le mérite (car il ne peut mériter). (NDLR.)
[14] — Il s’agit du crime des habitants de Sodome. (NDLR.)

