top of page

 

Notre-Dame de Consolation du Pech

 Fr. Innocent-Marie O.P.

Les écrits du Père Marie-Antoine, capucin (1825-1907), sont toujours agréables à lire, car la doctrine y est vraiment catholique, jusque dans la question sociale. Ainsi, à propos du socialisme qu’il stigmatise justement comme un anti-christianisme, il écrit :

Il est là pour résoudre la question sociale, qui n’est qu’une question d’amour : c’est par le cœur de Jésus et sur ce divin cœur qu’elle sera résolue. Il n’y a pas d’autre solution possible, le socialisme n’étant qu’une erreur dans l’amour. Aimons-nous et prouvons au peuple que nous l’aimons et le triomphe est assuré. Le peuple, au fond, ne cherche que l’amour, et le socialisme dans lequel on le précipite ne l’attire que par le faux mirage d’amour dont savent l’embellir ses flatteurs ambitieux. Que le cœur de Jésus, vrai soleil d’amour, se lève dans tout son éclat, les ténèbres seront aussitôt dissipées et le peuple se jettera dans ses doux embrassements. Confiance, con­fiance ! Ce n’est pas à la haine mais à l’amour qu’appartient la victoire.

L’amour de la France chrétienne éclate à toutes les pages de ce livre consacré à l’histoire du sanctuaire de Notre-Dame de Consolation (à Lavaur). Le Père Marie-Antoine est le fondateur de ce sanctuaire marial dont il écrit lui-même entre 1880 et 1903 (d’après une note p. 117) l’histoire qui est reproduite dans ce petit livre. Lisons le Père Marie-Antoine :

Je n’avais pas encore le bonheur ni l’honneur d’être prêtre ni religieux. Il y a donc plus de cinquante ans et déjà, chaque fois que mes yeux se portaient sur le Pech, et surtout quand j’en faisais l’ascension, une pensée, toujours la même, se présentait à mon esprit et s’emparait de tout mon être : « Il faut absolument, me disais-je à moi-même, que la sainte Vierge entre en possession de ce si beau monticule et qu’elle y règne en souveraine. » Cette pensée et ce désir, depuis ma jeunesse, n’ont fait que se fortifier et grandir en moi […]. Le Seigneur si bon m’avait donné le meilleur et le plus pieux des pères, nos deux cœurs battaient à l’unisson et nos deux âmes n’en faisaient qu’une. Comment aurais-je pu le laisser étranger à cette pensée, à ce désir ? « Mon fils, me dit-il, cette pensée, ce désir viennent certainement du Seigneur. Je n’en suis nullement surpris, c’est bien la sainte Vierge qui te les a inspirés car je t’ai consacré à elle dès ta naissance, en te portant moi-même à son autel le jour de ton baptême. Je t’offris à cette bonne mère, demandant à Dieu de te donner pour elle un grand amour et de t’accorder, par elle, toutes les grâces nécessaires au bonheur et au salut de ton âme. Ainsi me parla mon si excellent père. Ce fut une révélation pour moi. On comprend la joie que ces paroles ont fait naître dans mon cœur, combien je fus affermi par mon désir, et combien je redoublai de ferveur dans ma prière pour hâter l’heure tant désirée.

C’est le 5 novembre 1900 que le persévérant capucin célèbre la première messe dans « son » sanctuaire. L’auteur a l’art de raconter des anecdotes qui rendent attrayante son histoire. Surtout, il n’a pas peur d’entraîner son lecteur à prier et à chanter (p. 123 à 147). Nous regrettons la mention de Salvador Dali dans la note 7 p. 18, elle est inutile. La référence (p. 71 note 20) au « Catéchisme de l’Église [dite] catholique » en réalité conciliaire est à sauter. De même on passera sur la note 3 (p. 106) où l’éditeur se croit obligé de parler de Jean-Paul II et de sa fameuse « civilisation de l’amour » (voir les quelques fruits : divorces nombreux de catholiques, les innombrables demandes de déclaration de nullité de mariage, les scandales de prêtres pédophiles, les femmes de plus en plus nombreuses comme employées au Vatican, etc.).

Il est regrettable que certains faits historiques ne soient pas du tout expliqués. Ils sont pourtant l’occasion de s’instruire sur le vrai sens de l’histoire qui est entièrement centré sur Notre-Seigneur Jésus-Christ et la position des hommes par rapport à lui, pour ou contre. Ainsi, p. 117, la note 6 mentionne les « expulsions généralisées des religieux sous la Troisième République [1880 et 1903] » comme si la franc-maçonnerie n’en était pas l’instigatrice ! Comme si les papes n’avaient pas condamné ces odieuses injustices !

De même (p. 153) on lit : « La Loi de séparation délivre l’Église des règlements étroits sur l’ouverture des oratoires publics. » C’est donc que cette loi était bonne et bénéfique pour l’Église ? L’éditeur aurait dû mentionner la véhémente condamnation de cette loi anti-catholique par saint Pie X et expliquer de quelle manière, quoique intrinsèquement mauvaise, elle a pu produire per accidens, un heureux effet au sanctuaire de Notre-Dame du Pech.

Nous nous permettons, pour terminer, une humble critique au Père Marie-Antoine, facile à émettre plus d’un siècle après sa mort. Le saint capucin avait parfaitement compris combien « la questions sociale » comme on disait en son temps, c’est-à-dire les conséquences catastrophiques pour la société de l’athéisme politique issu de la Révolution Française, ne pouvait être résolue que par le règne public de Jésus-Christ sur toutes les sociétés : État, écoles, industrie, commerce, magistrature, médecine, etc. Or le Père Marie-Antoine croyait que ce qu’il appelait « les trois grands miracles opérés par le divin Enfant dès son entrée dans le monde et par saint Antoine de Padoue au 13e siècle, se renouvelleront sous nos yeux [vers 1900] et bientôt nous verrons la lumière dissiper les ténèbres et, après les tristesses et les humiliations, viendront les consolations et les joies du triomphe » (p. 110). Et le bon père de développer sa pensée :

Il [l’Enfant Dieu] a placé dans le ciel de son Église un soleil permanent, et c’est par lui que la papauté illumine le monde, et Léon XIII aujourd’hui en est le phare illuminateur. Par l’ency­clique Rerum Novarum sur la condition des ouvriers, il illumine la question ouvrière. Par l’encyclique Immortale Dei, sur la constitution des États, il illumine la question du gouvernement des peuples.

Il conclut : « Voilà le premier miracle du divin Enfant. Saint Antoine de Padoue l’obtient de lui au 13e siècle, il l’obtiendra de lui en ce siècle [le 20e] » (p. 114). De même, le « miracle de consolation pour le cœur », saint Antoine « l’opérera encore par lui [le divin Enfant] en ce siècle [le 20e] » (p. 116).

Enfin, le « miracle de victoire sur l’enfer » : « Tout se prépare pour cela. N’avons-nous pas déjà le prélude de son règne social et universel ? Le miracle ne commence-t-il pas déjà à s’accomplir sous nos yeux ? » (p. 118). Mais que voyait donc le saint capucin ?

Les ouvriers de France, prémices de tous les ouvriers du monde, ne sont-ils pas déjà venus au Vatican reconnaître dans Léon XIII la royauté du Christ, s’incliner sous son sceptre [1] ? Ainsi viendront tous les ouvriers du monde, et après tous les ouvriers du monde, tous les rois du monde. Ouvriers et rois n’ont-ils pas déjà envoyé, à l’envi, leurs présents à Léon XIII pour son grand jubilé [2] ?

Du coup, il concluait, emporté par son élan :

Voilà la victoire, voilà le triomphe qu’annonce à la terre saint Antoine de Padoue en tenant dans ses bras le divin Enfant. Ne pleurez donc plus, pauvres ouvriers, s’écrie-t-il comme il l’avait fait au 12e siècle, ne pleurez plus. Jusqu’ici vous avez été esclaves des méchants et des puissants de la terre ; l’heure de la délivrance est venue. Ouvriers et rois, allez au pape, il vous délivrera. Nations de la terre, applaudissez, voici le triomphe et le règne universel de Jésus-Christ (p. 118).

Pourtant, dix ans après la mort du Père Marie-Antoine, la Mère de Dieu apparaissait à Fatima, en pleine Première Guerre mondiale, pour en annoncer une seconde « sous le règne de Pie XI, pire encore que la première », « des persécutions contre l’Église et le Saint-Père » et « les erreurs de la Russie répandues à travers le monde » (apparition du 13 juillet 1917), tout cela si les hommes ne se convertissent pas, en particulier grâce à la consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie.

Nous connaissons la suite : la Seconde Guerre mondiale a réellement eu lieu, la Russie a bien répandu ses erreurs et causé plus de cent millions de morts dans le monde et enfin le concile Vatican II (1962-65) a commencé la Troisième Guerre mondiale qui dure encore et dont Benoît XVI fête cette année le 50e anniversaire.

Donc il vaut mieux ne pas faire de prophétie…

Que cette critique du Père Marie-Antoine ne nous empêche pas de lui obéir en recourant au Sacré-Cœur de Jésus comme il nous y invite dans un chapitre embrasé (p. 103 à 108) qui se termine ainsi : « A la place de l’orgueil, c’est l’humilité ; à la place de la volupté, c’est la pureté ; à la place de l’avarice et du mépris des pauvres, c’est l’amour de Dieu, et c’est la seule solution possible, le seul avenir pour notre humanité. »


Père Marie-Antoine de Lavaur (« Le saint de Toulouse »), Le Manuel du pèlerin à Notre-Dame de Consolation du Pech (Lavaur), Toulouse, Éditions du Pech, 2012, 15,5x11,5 cm, 170 p., 13,5 €.



[1]  — Le premier pèlerinage des ouvriers de France à Rome eut lieu en 1889, le Père Marie-Antoine était parmi eux.

[2]  — Il s’agit du jubilé pontifical, en 1893, de Léon XIII qui convoquera le grand jubilé (le 22e, il a lieu tous les 25 ans) en 1900.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 82

p. 190-193

Les thèmes
trouver des articles connexes

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page