Turbulences doctrinales
par l’abbé Denis Puga, FSSPX
Nous reproduisons, avec l’aimable autorisation de l’auteur, cet article paru dans Le Chardonnet de juillet-août-septembre 2012 (bulletin de la paroisse Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris), qui recommande opportunément la lecture du Catéchisme catholique de la crise dans l’Église.
Le Sel de la terre.
Il semble que le monde traditionaliste soit entré depuis quelques mois dans une vaste zone de turbulence.
Ceux qui sont coutumiers des voyages aériens savent qu’en de telles circonstances le pilote demande instamment aux passagers de boucler leur ceinture. En effet, c’est elle qui nous rattache et nous rive à l’avion, hors duquel il n’y a point de salut… Saint Paul, décrivant la panoplie du parfait combattant chrétien, rappelle que pour résister dans les jours mauvais il faut ceindre ses reins avec la vérité (Ep 6, 13). De façon primordiale, ce qui nous rattache à l’Église, hors de laquelle il n’y a point de salut, c’est la vraie et saine doctrine : c’est notre seabelt [1].
Malheureusement de nos jours la doctrine chrétienne est peu et mal connue. Or les questions doctrinales qui sont au cœur de la crise actuelle de l’Église sont particulièrement subtiles et difficiles à réfuter. Nous n’y pouvons rien, la responsabilité en revient à l’ennemi du genre humain, cet ange déchu certes, mais d’une intelligence naturelle fulgurante, ce père du mensonge, qui ne cesse de semer perfidement, depuis que l’Église est l’Église, tous ces faux raisonnements qui détournent les âmes de la vérité révélée.
Mais ne nous lamentons pas trop sur notre époque ; il ne devait pas être facile pour les chrétiens des premiers siècles de s’y retrouver dans toutes les affirmations qui se multipliaient sur la Sainte Trinité ou sur la nature de l’union de la divinité et de l’humanité dans le Christ. Beaucoup de celles-ci sentaient l’hérésie quoique habilement présentées et très pieusement dites. On se battait alors à coup de substance, nature, relation, procession, spiration, etc… et le fidèle, que cela dépassait un peu, il faut le reconnaître, ne pouvait pas cependant rester neutre car il lui fallait prendre parti pour conserver « la foi sans laquelle nul ne peut plaire à Dieu » (He 11, 6).
Aujourd’hui non plus nous ne pouvons rester neutres. Il en va du salut des âmes et d’abord de la nôtre. C’est pourquoi tout chrétien est obligé de prendre position sur des questions doctrinales souvent complexes. Le sacrement de confirmation a fait de nous, non plus des spectateurs, mais des acteurs des drames théologiques qui se jouent dans l’Église de notre temps.
Au lieu de nous invectiver directement ou indirectement via les forum internet, en utilisant d’abord des pseudonymes (Chouette, Merle, Vautour, Corbeau…), puis des noms d’oiseaux (libéral, schismatique, cathare, moderniste, conciliaire, traître, rallié, janséniste, planqué…) utilisés le plus souvent parce que notre ignorance nous met à court d’arguments, puissions-nous profiter de ces temps tourmentés pour nous instruire et nous remettre les idées en place. Il existe un excellent ouvrage, peu ou mal connu, mais d’une utilité majeure pour se faire des convictions fortes. Il représente aussi un excellent moyen d’apostolat auprès de ceux qui ne pensent pas comme nous.
Le Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, écrit par l’abbé Matthias Gaudron de la FSSPX, est le livre en question et il est d’actualité. C’est un ouvrage facile d’accès, puisque rédigé sous la forme de questions-réponses ; il traite, en 200 et quelques pages, de façon quasi exhaustive de toutes les questions qu’un catholique doit se poser aujourd’hui pour rester catholique : obéissance au pape, tradition, œcuménisme, nouvelle messe, collégialité, communion dans la main, concile pastoral et non dogmatique, validité des nouveaux sacrements, existence juridique de la FSSPX, légitimité des sacres épiscopaux, nouveautés inacceptables du nouveau code de droit canonique, etc.
Cet ouvrage est un véritable compendium de la crise que nous traversons. Il met en lumière d’une façon particulièrement éclairante les ruptures entre la doctrine catholique et les innovations du concile Vatican II. Après sa lecture, forts de nouvelles convictions, armés d’arguments de fond, il nous sera plus facile (bien que rien ne soit jamais vraiment facile dans la vie chrétienne) de convaincre, défendre, argumenter avec une forte charité autant que paisible. Car il n’est guère possible de transmettre la vérité révélée avec charité si on ne la possède pas dans toute sa pureté. Pureté qui lui donne un éclat particulier et même parfois un semblant de dureté tant elle est exigeante.
Cette connaissance plus approfondie non pas de la crise dans l’Église mais des causes réelles de cette crise vous permettra de saisir, bien mieux qu’en lisant les mensonges médiatiques, quelle est la nature exacte du véritable bras de fer qui oppose depuis quarante ans la Fraternité Saint-Pie-X et l’autorité romaine. Sujet donc on ne peut plus d’actualité et qui risque de le rester encore un bon moment…
Tant que les catholiques auront une connaissance approfondie des ressorts doctrinaux de la crise terrible que traverse l’Église, alors ils sauront garder l’équilibre sur cette ligne de crête étroite entre l’hérésie et le schisme. Le coup de maître de Satan, comme aimait à le souligner Mgr Lefebvre, est de nous faire croire qu’actuellement cette ligne de crête est impossible à suivre paisiblement.
Après avoir fait cette lecture indispensable du Catéchisme de la crise dans l’Église, il sera aisé à tout fidèle de comprendre qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, croire que Rome veut intégrer la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X telle qu’elle est et sans aucune contrepartie doctrinale, c’est tout simplement ne pas être réaliste.
Souvenez-vous bien, en zone de turbulence, le commandant de bord doit dire : « Attachez votre ceinture. » Il faut l’attacher, non pas la boucler…
Le Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, écrit par l’abbé Matthias Gaudron de la FSSPX, préface de l’abbé Régis de Cacqueray, Éditions Le Sel de la terre, 2010, 4e édition, 20 €. En vente à la procure de Saint-Nicolas du Chardonnet.
[1] — Comme la loi y oblige en France, nous traduisons : ceinture de sécurité.

