Le Génie militaire de sainte Jeanne d’Arc
par le lieutenant-colonel Xavier Barthet
Les hommes qui sont nés avec le génie de la guerre n’excellent qu’après un apprentissage durant lequel le corps a acquis force et prestesse, et l’esprit de maturité. On admire la précocité d’Alexandre commençant ses conquêtes à vingt ans, de Condé remportant à vingt-deux ans la victoire de Rocroy, de Bonaparte à vingt-quatre ans chassant les Anglais de Toulon. Alexandre, Condé, Bonaparte avaient grandi en vue de la guerre ; leurs aspirations, leurs études, toutes leurs pensées avaient été, dès la première heure, tournées vers le rude métier. A ces lois fondées sur la nature et l’expérience, l’histoire présente une dérogation unique, mais totale. C’est celle de notre bienheureuse [1].
Ces lignes sont du père Ayroles, de la Compagnie de Jésus, historien et spécialiste de sainte Jeanne d’Arc. Rien ne prédisposait la bergère de Domrémy à un tel rôle, continue cet auteur. Pourtant, comme le montrent les nombreux et irrécusables témoignages recueillis,
elle apparut comme un général accompli, parfait cavalier, stratégiste et tacticien de premier ordre, la terreur de l’ennemi. Des conquêtes dont s’honoreraient les capitaines les plus fameux sont l’effet de ses foudroyantes campagnes. Comment [expliquer ces faits] ? Qui le peut mieux que celle qui les a accomplis ? Elle n’a cessé de répéter qu’elle n’était qu’un instrument, que tout doit être rapporté à son seigneur, l’Homme-Dieu [2].
Sainte Jeanne d’Arc fut un génie militaire [3] unique dans l’histoire. Elle posséda avec une parfaite maîtrise la science et l’art de la guerre à l’égal, voire sûrement au-dessus, des meilleurs capitaines et stratèges.
Contrastant avec la manière française de combattre depuis le début de la guerre de Cent Ans et dans une situation politique et militaire désastreuse (1ère partie), alors que rien ne la prédisposait à cela, une formation militaire miraculeuse (2e partie) lui a permis de concevoir un plan d’opérations répondant à sa mission (3e partie) et de le conduire merveilleusement en trois phases : la campagne de la Loire (4e partie), la route vers le Sacre à Reims (5e partie) et la campagne de l’Oise (6e partie). L’étude de ces campagnes montre alors que sainte Jeanne d’Arc était en avance d’au moins six cents ans sur l’art de la guerre tel que nous pouvons le comprendre aujourd’hui à l’aune des apports de ces derniers siècles (7e partie).
1. Situation avant sainte Jeanne d’Arc
1. La manière de faire la guerre avant sainte Jeanne d’Arc
Avant d’aborder la manière de Jeanne d’Arc de faire la guerre, il importe d’étudier la tactique utilisée pendant la guerre de Cent-Ans, dans la période précédant son arrivée, pour pouvoir mieux discerner ce qu’apportera notre sainte. Nous verrons ainsi la tactique française au prisme de quatre exemples : les trois batailles principales (Crécy, Poitiers et Azincourt) de 1346 à 1415, et le cas de Bertrand du Guesclin sous le règne de Charles V dans un contexte particulier. Ces exemples ne doivent pas nous faire oublier un certain nombre de batailles intermédiaires dont plusieurs furent des victoires françaises, mais qui ne furent pas aussi décisives ou symptomatiques de la manière générale de faire la guerre.
Crécy (26 août 1346)
Les Anglais : sous les ordres du roi Edouard III, 8 000 hommes avec une faible cavalerie et trois bombardes remontent vers Boulogne pour rembarquer. En infériorité numérique, les Anglais choisissent le terrain de la bataille, une colline boisée dont ils investissent tout un versant. Les troupes sont disposées en trois rangées.
Les Français : Sous les ordres du roi Philippe VI, 20 000 hommes cherchent à intercepter l’armée anglaise. Ils sont épuisés par une journée entière de marche sous le soleil. L’armée s’étire ainsi sur plusieurs kilomètres. Sagement, il est proposé de remettre la bataille au lendemain. Philippe l’accepte, mais les ordres ne parviennent pas en tête et les premières troupes poursuivent leur marche en avant. Les mercenaires génois, qui sont avec les Français, n’ont pas protégé leurs arbalètes de la pluie. Ces arbalètes sont alors inutilisables. Le terrain est détrempé par un violent orage d’été.
La bataille : Les chevaliers français, pressés d’en découdre, poussent leurs montures en avant. L’engagement se fait au fur et à mesure. Une pluie de flèches anglaises s’abat sur les avants. Les archers génois reculent en désordre. Le sol devenu boueux et les flèches touchant les chevaux brisent la charge française. Les chevaliers désarçonnés et alourdis par leur armure sont achevés au couteau par les fantassins anglais. Plusieurs milliers sont ainsi tués à terre. La confusion puis la déroute françaises deviennent complètes lorsque les trois bombardes tonnent depuis le haut de la colline et que la nuit tombe (effet dû seulement au bruit pour l’artillerie).
Enseignements
– D’un côté, « sérénité et efficacité tactique anglaises » ; de l’autre, « anarchie, confusion et impétuosité françaises ».
– « Pour la première fois depuis l’antiquité dans le cadre d’une bataille rangée (et non d’un siège), le feu a prévalu sur le choc [4] » (traits gallois, détonations). Il est à noter qu’à raison d’une cadence de douze coups par minute pour 3 000 archers, l’armée d’Edouard III pouvait décocher environ 140 000 flèches à 200 mètres en quatre minutes.
– Apparition de l’artillerie en soutien de l’infanterie (balbutiements).
Poitiers (Maupertuis) (19 septembre 1356)
Les Anglais : Sous les ordres du Prince de Galle (Prince Noir), environ 10 000 hommes, dont les vivres sont épuisés, redescendent au sud-ouest après une campagne en Guyenne et en Poitou. En infériorité numérique et acculés à la bataille, les Anglais choisissent encore le terrain : un plateau en surplomb que borde un cours d’eau.
Les Français : Sous les ordres du roi Jean II « le Bon », fils de Philippe VI, plus de 20 000 hommes sont à la poursuite de l’armée anglaise. Un plan de bataille est arrêté mais pas celui d’un siège du plateau, pourtant proposé par le maréchal Jean de Clermont. Un siège profiterait des faiblesses anglaises (la faim et la soif) et les obligeraient à quitter leurs positions pour les affronter en terrain plus favorable. Mais l’esprit français est à la recherche d’une revanche éclatante après Crécy, et un siège paraîtrait trop mesquin. Les 300 meilleurs chevaliers chargeront de front les positions anglaises afin de les percer et d’ouvrir la voie au gros des troupes à pieds (chevaliers démontés). Le sacrifice de cette charge semble certain.
La Bataille : Les 300 chevaliers français chargeant sont massacrés en quelques instants par les archers anglais protégés par des haies, des retranchements établis la veille et des pieds de vigne. Derrière la charge de cavalerie, le reste de l’armée française prend le relais et monte à l’assaut sans enthousiasme. Les Écossais, qui sont avec les Français, désertent. Chaque « bataille [5] » française combat isolément sans coordination. Jean II fait mettre à l’abri trois de ses fils. Cela est interprété par ses soldats comme l’anticipation d’une défaite et entraîne la poursuite des défections. Bientôt, le roi de France et son cadet Philippe sont cernés et faits prisonniers. Le cadet de 14 ans disait à son père, qui se battait à pied à la hache : « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » 6 000 Français seront tués et 1 900 Français seront prisonniers. 2 400 Anglais seront tués.
Enseignements :
– Côté français : « Comme à Crécy, 10 ans plus tôt, le vrai handicap des troupes françaises est à la tête et a correspondu à un manque de commandement astucieux » et d’unité de commandement.
– Côté anglais : « seconde victoire des archers et de l’infanterie sur la cavalerie [6]. » Bons tacticiens parmi les chefs et leurs lieutenants.
Bertrand du Guesclin (1320-1380)
Bertrand du Guesclin, qui sera connétable de France en 1370, s’illustre très rapidement par des qualités d’endurance exceptionnelles au combat. Sous l’impulsion de son souverain, Charles V « le sage », fils de Jean II, « du Guesclin mène une tactique de harcèlement permanent [forme de guérilla] : attaquer, avec de faibles troupes mobiles et dévouées, les arrières de l’ennemi, couper ses voies de ravitaillement, faire le vide devant lui (en particulier l’hiver), déclencher des embuscades en plusieurs points simultanément, ne pas s’aliéner la population par des pillages et autres exactions, utiliser les chevaux en guise de transports de troupe plus que sur le champ de bataille [7]. » Les deux exemples suivants nous donneront un aperçu de sa tactique.
Prise du château de Mantes en 1364 :
Ce château est une possession du roi de Navarre, qui est ennemi des Français. Du Guesclin ne dispose pas de bombardes, et la forteresse est difficile à prendre de vive force. Il va la prendre par ruse. Il fait déguiser en vignerons plusieurs de ses hommes et les envoie en charrette au château. Les gardes ne se méfient pas. La charrette s’immobilise sur le pont-levis et c’est le signal de l’assaut des cavaliers de du Guesclin dissimulés dans les bois. L’effet de surprise permet de saisir rapidement le château avec des pertes réduites.
Bataille de Cocherel le 17 mai 1364 :
Les troupes anglo-navarraises ont pris position au sommet de la colline de la Ronce. De part et d’autre, les effectifs s’élèvent à environ 3 000 hommes. Désavantagé par le terrain, du Guesclin simule un assaut de sa cavalerie et se replie à mi-chemin. Les ennemis dévalent alors la colline sus aux Français. A cet instant, débouchent sur leur flanc plusieurs centaines de cavaliers bretons que du Guesclin avait dissimulés dans un bois, tandis que lui-même fait volte-face. Accablé par surprise sur deux directions, l’ennemi est écrasé.
A la mort de du Guesclin et de Charles V en 1380, la France sera presque débarrassée des Anglais, à l’exception de quelques places fortes isolées.
Il est à noter que Bertrand du Guesclin reçut très tôt une formation qui lui permettra de devenir ce chef de guerre redoutable et respecté. Très robuste et endurant, il fit, enfant, ses armes déjà comme chef d’une bande de gamins avant de se mettre en valeur à 17 ans au tournoi de Rennes. Jusqu’en 1362, où il reçoit son premier grand commandement pour le Cotentin (à 42 ans), il aura servi comme écuyer, aura levé une bande de partisans, aura parcouru la campagne en expérimentant ruses et tactiques de harcèlement avec de petits effectifs, sera armé chevalier en 1354 après la victoire de Montmuran, participera au siège de Melun en 1360, où il sera remarqué par le dauphin, puis ira guerroyer contre les Grandes Compagnies en Bretagne. Aussi, « à 42 ans, il a acquis une habitude de la guerre sans pareille, non pas lors des tournois, mais au cours d’une guérilla incessante contre un ennemi toujours supérieur. Il n’est donc pas étonnant que sa manière de combattre n’ait que peu de points communs avec celle des chevaliers [8]. » Ce qui lui a permis de se garder de la désastreuse tactique française de charger l’Anglais en masse avec la cavalerie de manière frontale. Pendant dix ans, « déjà naturellement doué pour la guerre, il apprit ainsi de ceux qui la savaient le mieux [les Anglais] tout ce qu’elle comportait de ruses et de secrets. Sa réputation grandit, il fut vite admiré et redouté [9] ». Ce remarquable meneur d’hommes avait ainsi forgé pendant de longues années des liens solides et confiants de fraternité d’armes. Nous verrons que tout autre sera l’itinéraire de Jeanne d’Arc avant de recevoir le commandement de l’armée pour la levée du siège d’Orléans à 17 ans.
Azincourt (25 octobre 1415)
Les Anglais : Sous les ordres du roi Henri V, 9 000 hommes, dont quelques centaines de chevaliers seulement, se replient sur Calais à l’approche de l’hiver après avoir fait le siège victorieux d’Harfleur. Avant la bataille, les Anglais se protègent de la pluie battante de la nuit avec des toiles de tente ; la troupe sera fraîche et prête au combat le matin de la bataille. Le terrain est un plateau exigu entre Azincourt et Tramencourt.
Les Français : Sous les ordres du roi Charles VI, 20 000 hommes dont 5 000 chevaliers poursuivent les Anglais mais sont « épuisés et hantés par les précédents de Crécy et Poitiers. Les Français font cependant le même choix d’une charge de chevalerie avant que les fantassins n’interviennent [10]. » Avant la bataille, les Français ne se protègent pas de la pluie battante de la nuit ; la troupe sera fourbue le matin de la bataille.
La bataille : Vers 11 heures, les Anglais prennent l’initiative et commencent par envoyer une pluie de flèches sur les Français, qui chargent aussitôt et entament le combat en infériorité numérique, alors que le rapport de force global était de deux contre un en leur faveur. Le champ de bataille, étriqué et circonscrit par des bois, ne permet pas le déploiement de toute la cavalerie et la boue diminue considérablement la puissance de la charge. Les fantassins anglais passent à l’attaque générale en se dispersant sur le champ de bataille et en profitant des replis de terrain, des pieux et des bois avoisinants. Ils fondent, au couteau ou à la hache, sur les chevaliers français blessés ou déséquilibrés à terre qui sont gênés par les lourdes armures (armure pouvant aller jusqu’à 30 kg, 15 kg pour la cotte de mailles) et par la boue. En quelques heures, le combat tourne au massacre ; Henri V a ordonné de ne faire aucun prisonnier sauf les princes.
Enseignements :
L’impétuosité des Français amène à une sanglante défaite. Le commandement centralisé et la discipline semblent faire réellement défaut. Cette défaite d’Azincourt entraîne la crainte des Français d’affronter l’armée anglaise en bataille rangée et la disparition d’une grande partie de la noblesse ; les Français perdent la fine fleur de leur chevalerie (plusieurs milliers) et son élite : le connétable, 3 ducs, 12 comtes et tous les baillis des pays de langue d’oïl (France du nord). D’autres princes seront captifs. Les Anglais, de leur côté, ne perdront que le duc d’York et quelques centaines de soldats.
Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, la tactique française principale de charge de cavalerie frontale en masse avec vigueur est marquée par la précipitation, l’impétuosité et parfois le désordre. La fougue et l’honneur chevaleresques de combattre au premier rang sont malheureusement desservis par une certaine indiscipline dans la convergence des volontés et la difficulté de mener un plan d’ensemble à bien. L’étude du terrain et de l’ennemi ne semble pas se faire pleinement, ou du moins donner suite à un plan adapté.
Or, comme tout art, l’art de la guerre possède un élément matériel, composé des hommes et des moyens, et un élément formel qui est le langage avec ses lignes d’expression. L’élément matériel est déjà différent entre les Français et les Anglais : convocation temporaire du ban et de l’arrière-ban d’un côté, avec la prise en compte de l’avis des seigneurs fournissant les troupes, armée de type permanente et centralisation du commandement de l’autre ; rôle essentiel de la cavalerie lourde contre infanterie légère et archers nombreux ; arbalètes puissantes et lourdes armures contre arcs rapides et équipements légers des ribauds ; chevaux contre pieux… Le langage de la guerre, pour sa part, s’exprime en choisissant des lignes qui reflètent les cultures des combattants. L’élément formel diverge considérablement entre Français et Anglais. La principale raison des déboires français semble résider au plan culturel, comme le remarque fort justement Louis Fontaine : « De leurs conceptions opposées – les Anglais accordant à l’infanterie et souvent à la défense les rôles essentiels et les Français leur confiance à l’attaque furieuse avec une chevalerie lourde – devaient découler deux tactiques reflétant les tempéraments des deux nations [11]. » Contrastant avec cette manière française de combattre, Bertrand du Guesclin a adopté une tout autre attitude, mais qui fut le fruit d’une longue formation et d’une situation de dissymétrie des forces combattantes.
2. Situation politique et militaire à l’arrivée de Jeanne d’Arc
La France est dans un état misérable. En effet, la guerre de Cent Ans (1337-1453) se prolonge avec ses conséquences néfastes depuis de nombreuses décennies : dévastations et sanglantes incursions anglaises, fléau des grandes compagnies de soldats français qui prennent le triste relais pendant les trêves, aggravation de la fiscalité française, pestes, famines dues aux calamités climatiques certaines années, déséquilibres des prix, révoltes et jacqueries…
L’armée française, défaite à Azincourt, est réduite, dispersée, hésitante et craintive devant les Anglais. Le roi de France, Charles VI, après avoir assisté à l’effondrement de son pays, subit les plus cruelles humiliations dans sa propre famille. En 1420, fou de douleur et de désespoir et sous la néfaste influence de la reine, Isabeau de Bavière, il signe le funeste traité de Troyes, qui donne sa fille, la princesse Catherine, et son royaume à Henri V, roi d’Angleterre. La guerre civile entre Bourguignons et Armagnacs fait rage et divise la France. L’anarchie, les intrigues et les complots prospèrent.
A la mort du roi Charles VI en 1422, la France est divisée en trois avec un parti anglais au nord-ouest et au sud-ouest revendiquant la couronne, un parti bourguignon au nord-est, ennemi juré du roi de France, et le parti du dauphin, futur Charles VII, appelé par les Anglais « Roi de Bourges », qui s’est réfugié au sud de la Loire et qui garde la fidélité de quelques provinces du sud. Paris est occupé (1420-1436) par les Anglais et les Bourguignons, qui se sont alliés contre le dauphin Charles.
La royauté française agonise. Il manque une tête et un cœur à la France. « Il y a grande pitié au Royaume de France », dira saint Michel Archange en 1424, lors de sa troisième apparition à Jeanne.
2. La préparation du chef de guerre
1. Rien ne prédispose Jeanne à devenir chef de guerre
Jeanne est née le 6 janvier 1412 à Domrémy, modeste village des côtes de Meuse, dépendant du Duché de Lorraine. Le père Ayroles précise qu’elle…
… n’appartient pas au sexe d’où surgissent les grands guerriers, c’est une femme ; elle n’a pas atteint l’âge où ils se manifestent, c’est une adolescente de dix-sept ans ; rien ne l’a préparée au rôle qu’elle doit remplir ; son horizon fut celui d’un ménage peu fortuné où le ciel l’a fait naître ; ses occupations sont de prendre au dehors sa part des travaux rustiques auxquelles vaquent son père et ses frères, de surveiller les animaux domestiques ; à l’intérieur, de filer avec sa mère la laine et le chanvre, de coudre la toile [12].
C’est donc encore une jeune fille au moment où sa mission va débuter en 1429. Elle n’a ni l’origine sociale, ni l’instruction pour se hisser au rang qu’elle va tenir. Elle n’a appris ni à lire ni à écrire ; elle ne sait ni A, ni B, dira-t-elle. Rien ne la prédispose donc à devenir chef de guerre. Mais c’est une grande chrétienne.
2. Les quatre années de formation par son « Conseil »
Le lieutenant-colonel de Lancesseur, qui a étudié pendant plus de 25 ans le personnage extraordinaire de Jeanne d’Arc, nous donne dans son ouvrage une explication sur l’origine du génie militaire de notre sainte :
« Je suis l’archange saint Michel, le protecteur de la France », lui dit enfin le céleste messager et il ajoute : « Il y a grande pitié au Royaume de France... » Jeannette écoute avec respect ces premières paroles de l’ange qui lui révèle toute l’étendue des maux de la patrie envahie. Il termine l’entretien en lui annonçant que Dieu a entendu les prières, que le martyre du pays va cesser bientôt et que c’est elle qui sera l’instrument de sa délivrance. Épouvantée d’une pareille mission, Jeannette supplie qu’elle lui soit évitée ; elle se sent tellement faible, elle est si jeune, sait si peu de choses, elle est si naïve. Mais l’ange la console et en peu de mots lui apprend qu’elle recevra pendant plusieurs années une instruction complète, une formation miraculeuse qui la préparera à son rôle de libératrice
