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Le troisième procès de la Pucelle : la canonisation

d’après Mgr Henri Debout

 

 

Ce texte est une synthèse revue, corrigée et augmentée du chapitre intitulé « Le processus de canonisation de Jeanne d’Arc » que Mgr Henri Debout fit paraître en 1922 dans son ouvrage Jeanne d’Arc, grande histoire illustrée (vol. 2, p. 680-734).

Mgr Henri Debout (né en 1857), prêtre du diocèse d’Arras, protonotaire apostolique (1920), directeur général de la Société des Prêtres de Saint-François-de-Sales, issu par sa mère « du sang glorieux de sainte Jeanne d’Arc », fut l’un des grands historiens de la Pucelle d’Orléans. Il laissa, entre autres œuvres, une grande histoire illustrée de Jeanne d’Arc honorée de six lettres pontificales et que couronna l’Académie française.

Le Sel de la terre.

 

 

Après ses procès de condamnation en 1430 et de réhabilitation en 1456, la Pucelle vit s’ouvrir celui de sa canonisation à la fin du 19e siècle. Godefroid Kurth (1847-1916), le grand historien belge, déposant devant le tribunal ecclésiastique d’Orléans, répondit à Mgr Touchet qui lui demandait ce qu’il pensait de l’idée de faire canoniser Jeanne d’Arc :

Je ne connais pas l’histoire ; personne ne la connaît. Cependant il y a quarante années que je l’étudie ; eh bien, j’affirme n’avoir vu sur ce théâtre illustre que j’ai tant fréquenté, personne, depuis le Christ et la Vierge Marie, qui soit plus digne de l’honneur des autels que votre Jeanne d’Arc [1].

En effet, parmi les hommages que la société humaine peut rendre à l’un de ses membres, le plus grand sans contredit et le seul divin, c’est le culte. On désigne par ce mot un honneur religieux décerné à un être intelligent dans lequel l’action de Dieu s’est révélée sensible, indéniable, éclatante. Voici celui, peu connu, qui fut rendu à notre héroïne. Ce long processus de canonisation montre combien l’Église a toujours été très prudente avant de donner à l’un de ses membres la gloire des autels.

 

–  Introduction de la cause (1869)

–  Jeanne est vénérable (27 janvier 1894)

–  Le procès de béatification (1897-1909)

–  Jeanne est bienheureuse (18 avril 1909)

–  La procédure de canonisation (1910-1920)

–  Jeanne est sainte (16 mai 1920)

–  Jeanne est la sainte patronne (secondaire) de la France (2 mars 1922)

 

Introduction de la cause (1869)

A peine la Pucelle avait-elle paru sur la scène du monde et s’était-elle présentée en armes dans la cité d’Orléans que commençaient les manifestations ardentes et naïves de la foule, qui voyait en elle un ange descendu des hauteurs célestes et l’exaltait à ce titre ; ce culte était un remerciement adressé au Tout-Puissant pour le secours qu’il envoyait directement à la France. L’on plaçait dans les églises des images de la Pucelle et l’on portait avec confiance des médailles à son effigie. On doit y reconnaître la voix du peuple acclamant en elle l’intervention divine.

En certains cas, qui demeurèrent l’exception, la sentence barbare de Rouen atteignit le but que les Anglais s’étaient proposé : montrer en leur ennemie l’action de Satan et non pas celle de Dieu ; mais la masse du peuple français demeura fidèle à son premier enthousiasme aussi longtemps que subsista en elle le souvenir des événements de 1429-1430. Même quand, sous l’action des ans, cette vive admiration eut diminué, il survécut encore à travers les siècles un témoignage non équivoque en faveur de la sainteté de Jeanne d’Arc.

On le retrouve dans les écrits de personnages à l’esprit religieux et élevé, ainsi qu’en deux démonstrations extérieures d’un culte persévérant.

– A Domremy, jusqu’à l’époque où l’armée suédoise vint dévaster la Lorraine, on vit une chapelle de Notre-Dame de la Pucelle, située à la lisière du Bois-Chenu.

– A Orléans, la procession annuelle n’était que la marque tangible d’une dévotion très profonde et permanente.

En 1869, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, prit pour la seconde fois la parole en la grande fête du 8 mai, où l’on s’est efforcé de faire entendre les voix les plus éloquentes du clergé français. L’orateur avait convoqué tous les évêques des diocèses que Jeanne honora de son passage : le thème de son discours était la sainteté de l’héroïne dévoilée par sa vie entière. Les fêtes terminées, tous les prélats signèrent une adresse demandant au pape Pie IX d’accorder à « Jeanne d’Arc les honneurs que l’Église décerne aux bienheureux ». Ce fut la première démarche officielle, qu’il fit en 1874. Le prélat constitua un tribunal présidé par un sulpicien, M. Branchereau, et en porta le travail à Rome, en 1876.

Pour permettre au lecteur de suivre avec plus de profit la marche de la cause de Jeanne d’Arc, il faut d’abord donner quelques indications générales. Canoniser un personnage, c’est l’inscrire dans le canon ou catalogue des saints. Cet honneur, sollicité pour Jeanne, comprend trois étapes principales : l’introduction de la cause, qui permet de donner à la servante de Dieu le titre de vénérable ; le bref de béatification ; la canonisation. Cinquante ans s’écouleront avant que Jeanne reçoive cet hommage suprême ; il ne faut ni s’en plaindre ni s’en étonner, mais louer l’Église d’agir avec cette prudente lenteur ; la valeur d’actes aussi longuement pesés n’est-elle pas mise ainsi hors de discussion ?

Toute cause est représentée dans Rome même par un postulateur. Celui de Jeanne d’Arc fut M. Captier, procureur général de Saint-Sulpice. Le postulateur choisit des délégués, désignés sous le nom de vice-postulateurs, afin de promouvoir hors de Rome des tribunaux apostoliques ; ces derniers sont établis aux lieux témoins de la naissance et de la mort du personnage dont la cause est étudiée, ainsi que des faits remarquables de son existence.

Les actes de ces tribunaux sont établis en double exemplaire. La cour de Rome les fait copier et les remet au procureur et avocat. Hilaire Alibrandi, célèbre avocat romain, avait renoncé depuis plusieurs années à plaider devant la congrégation des Rites quand, cédant aux supplications qui lui furent adressées, il consentit à se charger de la cause de Jeanne d’Arc ; l’avocat de Jeanne rédigea le « sommaire » de la cause. C’était une vie documentée de l’héroïne. Le procureur en lit le résumé, qu’on appelle « information ». La congrégation des Rites étudia ces deux rédactions avec toutes les pièces à l’appui, en tête desquelles viennent les deux procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle. Puis la congrégation des Rites demanda une enquête supplémentaire sur les traces laissées jusqu’à nos jours par les vertus de Jeanne.

Mais sur ces entrefaites, Mgr Dupanloup étant mort, ce fut son successeur, Mgr Coullié, qui fut appelé à continuer son œuvre et à fournir à Rome les renseignements demandés. Tout le dossier fut communiqué au promoteur de la foi. Son rôle ingrat, mais utile, est de rechercher dans une cause ce qui pourrait en motiver le rejet. Il formule ses observations (animadversiones) auxquelles répondent des avocats (responsiones). La séance tenue par les cardinaux des Rites, où l’on décida de soumettre à la signature du souverain pontife la commission d’introduction de la cause, eut lieu en janvier 1894.

 

Jeanne est déclarée vénérable

(27 janvier 1894)

Le pape ratifia l’avis de la congrégation des Rites et, par le fait même, suivant les règles alors en vigueur, la servante de Dieu reçut le titre de vénérable, le 27 janvier de cette même année, le jour et à l’heure même où s’éteignait le vieil avocat Alibrandi, qui avait consacré à Jeanne le reste de ses forces. Léon XIII signa le décret et prononça cette parole mémorable : Johanna nostra est.

La France reçut avec une grande joie la nouvelle de ce premier succès de la cause de Jeanne d’Arc, et dans toutes les villes importantes des fêtes s’organisèrent. Les évêques convoquaient les fidèles dans leurs cathédrales pour y chanter les louanges de la Pucelle et entendre des discours en son honneur.

Le décret du 27 janvier 1894 donnait à Rome l’initiative de la cause ; nul désormais ne pouvait plus y travailler que sur son injonction. Dès 1895, le souverain pontife faisait commencer le procès préparatoire, dit de non cultu, pour établir que Jeanne d’Arc n’était point et n’avait pas été l’objet d’un culte public. Pour notre vénérable, la discussion fut sérieuse, parce que des auteurs s’étaient précisément appliqués à démontrer l’existence de ce culte. Le procès se termina par une sentence favorable.

 

Le procès de béatification

(1897-1909)

L’héroïcité des vertus devait être examinée. Jeanne d’Arc avait-elle pratiqué, jusqu’à un degré héroïque, les vertus théologales de foi, d’espérance, de charité, la vertu de religion et les vertus morales de force, de prudence, de tempérance, de justice, d’humilité, de chasteté ?

Cet examen s’ouvre habituellement par la reconnaissance officielle des reliques ; mais le bûcher de Rouen ne nous a rien laissé du corps virginal de Jeanne.

Mgr Touchet, qui avait remplacé sur le siège d’Orléans le cardinal Coullié devenu primat des Gaules et archevêque de Lyon, reçut du Saint-Siège, en 1897, la mission d’établir à Orléans le tribunal qui devait instruire, étudier l’héroïcité des vertus de Jeanne. Le prélat eut l’honneur d’en conserver la présidence, malgré les lourds travaux qu’elle lui imposa.

Tant pour la question historique que pour les miracles, cinquante témoins furent convoqués, parmi lesquels plusieurs historiens de la Pucelle, le père Jean-Baptiste Ayroles, MM. Wallon, Sépet et le chanoine Debout, ainsi que les savants renommés par leur compétence dans le domaine historique : MM. Godefroid Kurth, Georges Goyau, Baguenault de Puchesse, Maxime de la Rocheterie, le chanoine Cochard, etc.


Les travaux commencèrent le 1er mars 1897 et prirent fin le 22 novembre suivant. Il n’avait pas fallu, pour arriver à bout de cette tâche, moins de 122 sessions, de huit à dix heures par jour, et les témoignages recueillis couvraient plus de trois mille pages in-folio, que l’évêque d’Orléans alla porter à Rome.

Léon XIII demanda à Mgr Touchet pourquoi il avait tenu à présider lui-même le tribunal ; l’évêque d’Orléans exposa plusieurs raisons dont il présenta la principale en ces termes :

J’ai voulu me faire une conviction. Lorsque je fus nommé évêque d’Orléans, je n’avais pas d’idée précise de la sainteté de Jeanne d’Arc. J’admirais, comme tout le monde, l’héroïne, mais la sainte ! je l’avais entrevue peut-être, à coup sûr, c’était tout ; je ne l’avais jamais bien regardée ; je voulais la voir.

Mgr Touchet la vit dans tout son éclat. Il insista alors auprès du pape pour hâter l’heure où les fidèles pourraient enfin invoquer Jeanne. Les études commencèrent sans tarder et occupèrent une période de cinq années (1897-1901). Lorsqu’on a sous les yeux les traités considérables qui furent rédigés durant ce laps de temps et qu’on y découvre la solution des plus graves problèmes soulevés dans l’histoire de Jeanne d’Arc, on demeure persuadé que les juges ont fourni non seulement le travail le plus consciencieux, mais le plus rapide qu’il soit possible.

Mgr Touchet s’est constitué, dans deux lettres pastorales [2], l’historien de ces cinq années de procédure, et je ne puis mieux faire que de les suivre, non sans y renvoyer le lecteur soucieux de connaître tous les détails. C’est le 17 décembre 1901 que les vertus de la vénérable, longuement exposées dans le plaidoyer de l’avocat Minetti, sont discutées par les consulteurs dans la séance dite « antépréparatoire », sous la présidence du cardinal Parocchi, protecteur de la cause. Celui-ci avait pris sa tâche à cœur et montrait un véritable enthousiasme pour défendre celle qu’il appelait « la mia cara Pulcella ».

Le vote des consulteurs fut favorable à la cause, qui suivit normalement son cours. La seconde séance solennelle, dite « préparatoire », de la congrégation des Rites pour la cause de Jeanne eut lieu le 17 mars 1903.

Cette séance se tint habituellement au Vatican et réunit tous les cardinaux appartenant à la congrégation des Rites. Dix-sept princes de l’Église et vingt-et-un consulteurs y prirent part. Léon XIII ayant eu la bonté de lever le secret en faveur de l’évêque d’Orléans, on sut qu’aucun consulteur ne s’était prononcé pour le rejet de la cause, aucun cardinal pour son retard. La troisième audience, ou séance générale, fut fixée au 17 juillet 1903, jour choisi par Léon XIII. Finalement, elle n’eut pas lieu à cette date, car le pape était sur son lit de mort. Il n’oubliait cependant pas la vénérable :

Je sais, dit-il à un familier, qu’on prie pour Nous Jeanne d’Arc à Orléans et ailleurs. Aujourd’hui nous aurions dû présider la troisième congrégation sur l’héroïcité de ses vertus...

Léon XIII rendit son âme à Dieu trois jours plus tard, le 20 juillet 1903. Saint Pie X, qui succéda à Léon XIII, connaissait et aimait beaucoup Jeanne d’Arc. A peine monté sur le siège de Pierre, il promit de lui consacrer la première journée qu’il donnerait aux Rites. Le 19 novembre 1903, la troisième réunion de la congrégation des Rites fut donc présidée par le nouveau pape, qui fixa la date du 6 janvier 1904 (492e anniversaire de la naissance de la vierge lorraine) pour la lecture du décret de l’héroïcité des vertus.

 

Décret sur l’héroïcité des vertus

(6 janvier 1904)

Au jour dit, dans la salle du Consistoire, le pape entra bientôt, accompagné de sa cour et de quelques archevêques et évêques. Tout aussitôt le secrétaire des Rites donna connaissance du décret. En voici la conclusion :

Aujourd’hui, jour de l’Épiphanie du divin Sauveur, qui est aussi le jour anniversaire de la naissance de la vénérable Jeanne d’Arc, destinée à être un jour comme une flamme brillante dans la Jérusalem de la terre et dans celle du ciel, notre Saint-Père le pape, après avoir célébré le saint sacrifice de la messe, s’est rendu dans la salle noble de son palais, s’est assis sur le trône pontifical et […] a déclaré solennellement […] que la vénérable servante de Dieu Jeanne d’Arc pratiqua à un degré héroïque les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales de prudence, de justice, de force, de tempérance et leurs annexes, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit, et que l’on peut continuer le procès, c’est-à-dire entreprendre la discussion des quatre miracles.

La lecture du décret terminée, Mgr Touchet prit la parole. Par un privilège jusque-là sans exemple, le pape autorisa l’évêque d’Orléans à employer la langue française au lieu du latin, d’un usage constant en pareille circonstance. Le prélat remercia le pape, au nom du diocèse d’Orléans, au nom de la France et au nom de l’Église entière. Le Saint-Père parla à son tour de notre héroïne :

Qu’elle soit un sujet de joie pour nous, dit-il, la cause de la vénérable Jeanne d’Arc, vierge ! Cette humble fille, d’une naissance obscure, qui, pratiquant avec le plus grand zèle la religion vraie, fut tellement éminente dans l’exercice des vertus les plus sublimes, bien au-dessus de son âge et de sa condition, qu’elle alla jusqu’au sacrifice de sa vie et brilla comme un astre nouveau destiné à être la gloire, non seulement de la France, mais aussi de l’Église universelle. Réjouissons-nous de ce que la vie de Jeanne d’Arc est pour nous un motif d’espérance et fournit à ceux qui observent les choses humaines la confirmation de cette vérité que le secours de la divine Providence ne nous fera jamais défaut, puisque sa bonté n’apparaît jamais autant que lorsque tout paraît sans ressource. Soyons dans la joie, car la nation française, cette nation qui a accompli tant d’exploits généreux et porté dans les contrées si lointaines des bienfaits admirables, cette nation qui, par les œuvres innombrables de son intrépide apostolat, a amené les peuples barbares à la lumière de la foi et à la civilisation, trouve dans le souvenir des vertus et des services de la vénérable Jeanne d’Arc l’occasion d’apprendre que son bien suprême, sa gloire principale, doit être de demeurer attachée à la religion catholique, de révérer sa sainteté et de défendre ses droits ainsi que sa liberté. Et bien que l’état de choses actuel laisse, hélas ! beaucoup à désirer sous ce rapport, que les enfants de la France, si chers à Notre cœur, se réjouissent. Au milieu des malheurs de toutes sortes qui les affligent, ils trouveront dans Jeanne d’Arc un nouveau secours, et sa protection sera pour eux une source de bienfaits plus abondante de la clémence divine. Qu’ils en tirent surtout cet enseignement que la gloire du ciel ne s’obtient qu’au prix de grands efforts, au prix des souffrances, et même, s’il le faut, du mépris de la vie.

Voici donc proclamée l’héroïcité des vertus de Jeanne. Le Saint-Siège va maintenant étudier les faits surnaturels et prodigieux attribués par la piété des fidèles à son intercession. Aux premières enquêtes apostoliques sur les miracles, annexées au procès d’Orléans, d’autres furent ajoutées. Les procédures supplémentaires étaient relatives à trois guérisons obtenues dans les diocèses d’Arras, d’Évreux et d’Orléans [3].

 

Décret sur les miracles (13 décembre 1908)

Après avoir longuement débattu les trois faits soumis à leur compétence, les avocats et les médecins désignés par le postulateur se déclarèrent satisfaits du résultat de leurs observations. Les trois assises successives exigées par le droit ecclésiastique : anté-préparatoire, préparatoire et générale, furent tenues et clôturées chacune par un vote favorable. On publia donc le décret sur les miracles de la vénérable Jeanne.

— Le premier miracle par ordre de présentation eut lieu dans la maison d’Orléans des Sœurs de l’Ordre de Saint-Benoît, en 1900. La sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui souffrait depuis trois ans d’un ulcère à l’estomac, avait vu son mal faire de tels progrès que, ayant perdu tout espoir de guérison, elle s’apprêtait à recevoir les derniers sacrements des mourants. Mais voici que, le dernier jour d’une neuvaine faite pour implorer le secours de la vénérable Jeanne d’Arc, elle se leva de son lit, assista au saint sacrifice de la messe, absorba sans difficulté de la nourriture et reprit ses anciennes occupations, ayant été subitement et complètement guérie.

— Le second miracle arriva en 1893, dans la petite ville de Faverolles. Julie Gauthier de Saint-Norbert, de la congrégation de la Divine-Providence d’Evreux, souffrait depuis l’âge de dix ans d’un ulcère spongieux éréthistique incurable au sein gauche. Tourmentée d’indicibles douleurs et ayant perdu, au bout de quinze ans, tout espoir de guérison, soutenue par huit jeunes filles, elle s’avance péniblement jusqu’à l’église pour implorer le secours de la vénérable Jeanne d’Arc. Elle l’implore, et le jour même elle fut radicalement et complètement guérie, à la stupéfaction des médecins et des autres personnes présentes.

— C’est la sœur Jean-Marie Sagnier, de la congrégation de la Sainte-Famille, qui fut l’objet du troisième miracle dans la petite ville de Fruges, en 1891. Depuis trois ans déjà, elle souffrait de douleurs intolérables dans les deux jambes, des ulcères et des abcès s’étant produits ; ils augmentaient tous les jours, et les médecins n’y pouvant rien avaient diagnostiqué une ostéo-périostite chronique tuberculeuse. Mais la bienheureuse Jeanne d’Arc, invoquée, apporta un secours inespéré le cinquième jour des prières faites à cette intention, et ce jour-là la malade se leva soudainement et parfaitement guérie.

 

La proclamation du décret sur les miracles de la vénérable Jeanne d’Arc fut fixée au 3e dimanche de l’Avent, le 13 décembre 1908. Saint Pie X remercia Mgr Touchet des quelques mots qu’il lui adressa [4] puis le saint pape répondit par un sublime discours [5].

 

La béatification

(18 avril 1909)

Le 21 janvier 1909 avait lieu la lecture du dernier décret dit de tuto, déclarant qu’on pouvait sans crainte procéder à la béatification [6]. Le cycle de la procédure ecclésiastique étant ainsi parcouru, la cérémonie de la béatification de Jeanne d’Arc fut fixée au dimanche de Quasimodo, 18 avril de cette même année.

A cette nouvelle, la France tressaillit et, par un mouvement spontané, tourna vers Rome ses regards et ses pas. Quarante mille Français étaient présents, avec les cardinaux, les archevêques et les évêques de France, les supérieurs généraux d’ordres religieux, les présidents des grandes œuvres catholiques, les membres de la famille de Jeanne d’Arc, des officiers, des magistrats, en un mot, l’élite de la France chrétienne. Mais hélas ! ses représentants officiels n’y parurent point !

La journée du 18 avril demeurera inoubliable pour ceux qui l’ont vécue à Rome ! A l’aube, un brouillard épais enveloppait la Ville éternelle, mais un peu plus tard le soleil la faisait resplendir.

La cérémonie du matin eut lieu à 9 h 30. Elle débuta par la proclamation du bref résumant la vie de la vénérable Jeanne d’Arc, reprenant les conclusions des décrets antérieurs, et déclarant bienheureuse « la vénérable servante de Dieu Jeanne d’Arc, vierge, surnommée la Pucelle d’Orléans ».

Ce titre de bienheureuse donnait le droit de reproduire les traits de l’héroïne auréolés de rayons, de réciter l’office spécial de Jeanne d’Arc et de célébrer chaque année, en son honneur, la messe du commun des Vierges, avec des oraisons propres. La messe et l’office étaient accordés par le décret au diocèse d’Orléans.


Après la lecture, Mgr Touchet entonna le Te Deum. Au même moment, le voile cachant l’image auréolée de Jeanne tombait, et les rayons d’or qui l’entouraient s’allumaient de mille feux. L’émotion fut intense. Les larmes jaillirent des yeux et une ardente prière pour la France monta de tous les cœurs.

Le lendemain, 19 avril, le pape reçut dans ses appartements les principaux artisans de la béatification : Mgr Touchet, M. l’abbé Hertzog, le père Jean-Baptiste Ayroles, Mgr Debout et quelques membres de la famille d’Arc. Puis le pape descendit à Saint-Pierre pour l’audience des pèlerins français. Porté sur la Sedia gestatoria, le pontife traversa la foule et s’arrêta au trône élevé contre la Confession de Saint-Pierre. Mgr Touchet lui adressa un admirable discours, dans lequel il affirmait la foi et le dévouement des Francs et leur invincible attachement à Rome. Le Saint-Père voulut répondre en français. Rendant hommage à l’énergie avec laquelle évêques, prêtres et fidèles de France supportaient la persécution et ses pénibles conséquences depuis la séparation de l’État d’avec l’Église (1905), il fit remarquer que ce douloureux état de choses ne diminuait en rien leur patriotisme. Il rappela que les intérêts de la France sont indissolublement unis à ceux de l’Église.

Nous Nous réjouissons avec vous, dit-il, catholiques bien-aimés de la France, qui, faisant écho à l’oracle de l’Église, combattez sous la bannière de la vraie patriote Jeanne d’Arc, où il nous semble voir écrits ces deux mots : religion et patrie !

Puis le Saint-Père, ayant béni les pèlerins, reprit place sur la Sedia. Le porte-enseigne du groupe orléanais de la jeunesse catholique, au passage du pape, inclina devant lui le drapeau français. Et Pie X, saisissant l’étendard aux trois couleurs, le baisa longuement.

Des applaudissements éclatèrent, pendant qu’une indicible émotion faisait battre le cœur des milliers de pèlerins [7].

Jeanne d’Arc était béatifiée. La France avait le droit de la prier : elle avait aussi le devoir de lui témoigner sa reconnaissance dans de grandes et solennelles fêtes religieuses. Dès le 19 avril, un triduum les inaugura à Rome même, dans notre église nationale de Saint-Louis des Français. Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, y parla de Domrémy ; Mgr Touchet, d’Orléans, et le cardinal Luçon, de Reims. Les fêtes d’Orléans furent fixées du 6 au 9 mai. Quarante-cinq évêques y assistaient. La ville de Jeanne d’Arc était dans l’enthousiasme : le passage des évêques à travers les rues soulevait d’unanimes applaudissements. On criait : « Vive Jeanne d’Arc ! Vivent les évêques ! Vive la France ! » La France tout entière fêta sa libératrice.

Des centaines de villes en France et dans le monde fêtèrent Jeanne. Il n’y eut pas de cité, de village ou de bourgade qui ne tînt à avoir sa fête et sa procession en l’honneur de la nouvelle bienheureuse. Le Saint-Siège ayant permis de placer dans les églises et chapelles de France la statue de Jeanne d’Arc, il n’est pas exagéré d’estimer entre vingt-cinq et trente mille le nombre des statues qui lui furent ainsi érigées sur notre territoire.

 

La procédure de canonisation

(1910-1920)

Le bruit se répandait déjà que notre Jeanne, ainsi priée de toutes parts, répondait en accordant des miracles à ceux qui la sollicitaient. Se basant sur ce fait, Mgr Touchet adressait au Saint-Père, dès le 6 janvier 1910, une lettre postulatoire demandant la reprise de la cause de Jeanne d’Arc en vue de la canonisation [8].

La réponse de la sacrée congrégation des Rites fut prompte et favorable. Le 15 février 1910, en présence du cardinal Ferrata, rapporteur, elle émit l’avis que fût signé le décret prescrivant de reprendre la cause de la bienheureuse Jeanne d’Arc en vue de la canonisation : le 23 février, le pape Pie X ratifia le jugement de la congrégation des Rites.

L’étude des miracles signalés commença aussitôt ; mais leur nombre lui-même fut une cause de retard. Il fallait établir sur chacun une relation minutieuse, précisément afin de savoir lesquels seraient présentés en cour de Rome pour obtenir la canonisation.

Bref, on se décida, et bien que deux miracles constatés suffisent pour l’élévation d’une bienheureuse au nombre des saints, M. l’abbé Hertzog, postulateur de la cause, d’accord avec Mgr l’évêque d’Orléans, décida d’en retenir trois. En voici la liste :

1 — Guérison parfaite et instantanée de Marie-Antoinette Mirandelle, souffrant d’une tumeur blanche du talon. Les pièces officielles désignent ce mal sous le nom d’« ostéo-périostite granuleuse-fongueuse, de nature tuberculeuse » du talon droit, accompagnée d’un abcès par la congestion. Cette guérison a eu lieu à Lourdes.

2 — Guérison parfaite et instantanée de Thérèse Bellin, atteinte d’une affection tuberculeuse du péritoine et du poumon droit avec lésion organique composée de l’orifice mitral.

3 — Étonnante et inexplicable préservation de Jean Dumoitier, exposé dans un incendie à un péril certain de mort. Ce troisième « miracle » eut pour théâtre le hameau de l’Hôtel-ès-Bas, commune de Tribehou (Manche), le 10 mai 1909. Les Annales du Mont-Saint-Michel en publièrent un récit dû à la plume de M. Lepetit, vicaire général de Coutances. Ces lignes émouvantes furent maintes fois reproduites dans les publications religieuses de France.

Les miracles proposés et dûment constatés doivent tout d’abord être étudiés par une première commission composée de consulteurs des Rites. Le travail de cette commission est éminemment sérieux. Le promoteur de la foi y présente ses observations sur la réalité des miracles comme sur leur valeur probante dans la cause en question, et l’avocat du postulateur doit les réfuter. Tout : procès apostoliques, rapports, objections, réponses, est imprimé et distribué aux consulteurs et officiers de la sacrée congrégation. Dans l’espèce, l’examen de ces trois miracles forme un volume in-quarto de 793 pages.

Enfin, après de longs délais, le 17 avril 1913, eut lieu chez le cardinal Ferrata, ponent de la cause, la réunion où chacun dut émettre son vote. C’est la congrégation dite anté-préparatoire ; elle eut plein succès et la cause continua. Mais l’examen des miracles proposés doit recommencer avec d’autres juges ; de nouveaux et longs travaux furent demandés à d’autres médecins et à d’autres canonistes. Cette congrégation dite préparatoire eut lieu au Vatican, le 21 avril 1914.

Devant les cardinaux membres de la congrégation des Rites, les consulteurs émirent leurs votes et formulèrent d’autres objections qui rendirent nécessaire un nouvel examen.

De graves événements allaient surgir [9]. Le mois d’août 1914 vit éclater la première guerre mondiale. Le monde civilisé presque tout entier prit part à cette terrible boucherie. On retrouve le nom de Jeanne d’Arc dans toutes les prières qui s’élèvent de France pendant l’affreuse tourmente. La miraculeuse victoire de la Marne, le 8 septembre 1914, se dessina le jour même où l’armée alliée avait reçu de son généralissime, comme mot d’ordre, le nom de Jeanne d’Arc. Les jours terribles de la guerre n’empêchèrent point pourtant le procès de canonisation de poursuivre son cours vers la solution des objections qui avaient été soulevées.

Les examens médicaux se succédèrent et aboutirent à l’évidence des miracles. Les théologiens, de leur côté, prouvaient que Lourdes, le lieu sanctifié par Marie immaculée, où s’était produit un des miracles, n’empêchait nullement de l’attribuer à l’intercession de Jeanne d’Arc, spécialement invoquée par Thérèse Bellin et sa famille.

A saint Pie X, mort de douleur dès les premiers jours de la guerre, Benoît XV avait succédé le 3 septembre 1914. La protection de ce grand pape, à l’âme si pleine de justice et d’amour de la paix, n’avait pas manqué, dès son élévation, à la cause de Jeanne d’Arc. Le souverain pontife aimait notre héroïne nationale du même cœur qu’il aimait la France ; il fut heureux de la réussite du procès de canonisation, qui se décida nettement le 18 mars 1918, lors de la congrégation dite « seconde préparatoire ».

Un an après, le 18 mars 1919, dans une dernière réunion, fut émis le vote définitif sur les miracles présentés au jugement de la sainte Église. Seuls les deux premiers furent acceptés par elle et firent l’objet du décret par lequel Benoît XV reconnut la validité des miracles proposés [10].

 

La proclamation du décret sur les miracles (6 avril 1919)

La proclamation de cet acte décisif ne se fit pas attendre. Le dimanche de la Passion, 6 avril 1919, dans la salle Consistoriale du Palais du Vatican, se tinrent des assises solennelles. De nombreux archevêques, évêques et prélats, les représentants des grands ordres religieux, tous les établissements français de Rome, de nobles étrangers, le pèlerinage des veuves de guerre arrivé la veille de Paris et une nombreuse assistance, parmi lesquels beaucoup de nos compatriotes, remplissaient la vaste enceinte. Benoît XV, accompagné des cardinaux Vico, Granito di Belmonte et Luçon, et escorté de toute sa cour, pénétra dans la salle. 

Dès que le pape eut pris place sur son trône, Mgr Alexandre Verde, secrétaire de la congrégation des Rites, donna lecture du décret.

Aussitôt après, Mgr Touchet et M. l’abbé Hertzog, postulateur de la cause, s’approchèrent du trône pontifical. L’évêque d’Orléans prononça alors une exquise harangue de remerciements, terminée par ces mots :

Bénissez, Saint-Père, cette France de gratitude. Elle a été récemment encore si belle ; belle de son entente qu’elle n’avait pas goûtée depuis longtemps ; belle de son idéalisme mis au service de la justice et du droit ; belle de son héroïsme qui l’immolait en d’effroyables hécatombes sur ses frontières envahies ; belle d’un tel sentiment de foi qui ne s’était jamais remarqué à ce degré au sein d’une armée quelconque, celle de Jeanne exceptée ; bénissez, Saint-Père, cette France, et puisse-t-elle être toute baptisée dans votre bénédiction : elle a trop de vertus pour n’être pas chrétienne.

Le pape répondit à l’évêque d’Orléans par un éloquent discours. Parlant notamment de la joie patriotique des Français en cette circonstance, il s’exprima ainsi :

Nous trouvons si juste que le souvenir de Jeanne d’Arc enflamme l’amour des Français pour leur patrie, que Nous regrettons de n’être français que par le cœur. Mais la sincérité avec laquelle Nous sommes français de cœur est telle qu’en ce jour Nous faisons Nôtre la joie ressentie par les Français de naissance, à la considération du grand progrès que la cause de la canonisation de Jeanne d’Arc a fait aujourd’hui, grâce à l’approbation des deux miracles attribués à son intercession. Les Français de naissance se réjouissent à bon droit de voir dans la vérité de ces miracles un témoignage qui confirme le pouvoir de Jeanne d’Arc auprès de Dieu. A bon droit, ils en déduisent que le culte plus étendu de Jeanne, tel que celui qui découlera de sa canonisation, obtiendra des grâces et des bienfaits plus grands à leur patrie. Or, dans ce désir, dans ce vœu, le Français de cœur s’harmonise avec les Français de naissance pour souhaiter à la France accroissement de gloire et de bonheur. Qu’il Nous soit donc permis de dire que la dernière fleur attestant l’amour des enfants de France pour leur mère chérie dégage un parfum spécial. Nous demandons seulement qu’on en fasse aussi part à celui qui, sans être né en France, veut être appelé l’ami de la France [11].

A plusieurs reprises, des applaudissements éclatèrent et saluèrent avec enthousiasme la chaude parole du souverain pontife. Puis, avant de donner la bénédiction papale, Benoit XV formula le vœu suivant :

Nous appelons les grâces du ciel sur tous les bons Français, dans la douce espérance que Jeanne d’Arc devienne réellement le trait d’union entre la patrie et la religion, entre la France et l’Église, entre la terre et le ciel.

 

Ultimes préparatifs à la canonisation

Cette séance décisive et émouvante n’épuisait point la série des formalités théologiques de rigueur pour la canonisation. Le 17 juin fut tenue, sous la présidence du souverain pontife, une réunion générale de la congrégation des Rites, au cours de laquelle le cardinal Granito di Belmonte, rapporteur de la cause, proposa la question suivante :

Étant donné l’approbation de deux miracles obtenus depuis que le culte de la bienheureuse Jeanne d’Arc a été concédé par le Siège apostolique, peut-on, en sécurité, procéder à sa canonisation solennelle ?

Le pape ayant entendu l’avis officiel de la congrégation, voulut encore se recueillir et prier avant de promulguer le décret de tuto qui devait en être la conclusion. Ce fut seulement le 6 juillet 1920 qu’il procéda à cette grave démarche. Ce jour-là, 4e dimanche après la Pentecôte, Benoit XV manda au Vatican les éminentissimes Vico et di Belmonte, le promoteur de la foi, Mgr Ange Mariani, et Mgr Verde, secrétaire des Rites ; en leur présence, il fit inscrire dans les Actes de la congrégation des Rites le vote du 17 juin, le rendit public et ordonna que fussent expédiées les lettres apostoliques sur la célébration aussi prochaine que possible, dans la basilique vaticane, des solennités de la canonisation.

La décision prise soulevait des questions d’ordre secondaire, mais dignes d’attention : quelle serait la date de la canonisation ?

Ces questions avaient bien leur importance. Les voyages, par suite de la guerre, étaient devenus très coûteux et difficiles. Rome regorgeait d’habitants, et on se souvenait des foules de Français accourus dans la Ville éternelle pour la béatification. D’autre part, Jeanne d’Arc avait une situation tellement à part dans l’histoire du monde, un rôle si spécial relativement à la France, que plusieurs, et l’auteur de ces lignes avec eux, auraient souhaité la voir canoniser seule. Mais la chose était difficile et de nature à entraîner des complications.

Au-dessus de tous, il y avait le souverain pontife ; à lui seul, heureusement, appartenait le dernier mot. Benoît XV, avant tout, nomma une commission cardinalice pour étudier les possibilités matérielles et déterminer les dates des canonisations et aussi celles des béatifications qui devaient les précéder et les suivre.

S’il faut en croire les « on-dit », les cardinaux consultés ne cachèrent point au souverain pontife leurs craintes sur les difficultés de l’entreprise. Cependant, le pape, qui a une âme de chef, sut prendre des décisions, et, au commencement de 1920, on murmura des dates qui venaient, en France, apporter des espoirs, mais non encore des certitudes.

Mgr Touchet, évêque d’Orléans, se rendit à Rome et fut entendu sur la question. La promulgation de la volonté pontificale ne tarderait plus.

Un Consistoire secret était convoqué au Vatican pour le lundi 8 mars 1920. On sait, en effet, que les canonisations doivent être précédées de trois Consistoires, au cours desquels le souverain pontife prend l’avis formel des cardinaux comme des évêques présents à Rome, sur les bienheureux dont la canonisation approche. Le 8 mars allait sans doute avoir lieu la première réunion consistoriale précédant les cérémonies attendues.

En effet, dès que le pape eut proclamé la nomination d’un nouveau camerlingue de la sainte Église romaine, il entretint les cardinaux des grandes choses qui se préparaient à Rome pour cette année même ; puis on entendit le cardinal préfet des Rites parler du bienheureux Gabriel dell’ Addolorata et des bienheureuses Marguerite-Marie et Jeanne d’Arc. Enfin, séance tenante, le souverain pontife proclama sa volonté : Gabriel et Marguerite-Marie seront canonisés le 13 mai, jour de l’Ascension, et Jeanne d’Arc le dimanche suivant 16 mai. La vierge de France sera donc à elle seule l’objet d’une cérémonie grandiose, et c’est le Saint-Père qui, sans compter avec ses propres fatigues, celles de toute la cour pontificale, sans se soucier du supplément de dépenses entraîné par sa haute décision, a voulu pour Jeanne d’Arc cet honneur supplémentaire et pour la France cette joie incomparable ; il importe de ne jamais l’oublier.

L’annonce officielle de ce grand jour remua la France entière, et dès cet instant on prépara des projets de pèlerinages, tandis que les archevêques et évêques annonçaient leur intention de se rendre à Rome pour la circonstance, invitant leurs prêtres et leurs diocésains à les accompagner dans la mesure du possible.

Le Consistoire secret fut suivi d’un Consistoire public convoqué pour le jeudi 22 avril. La noble assemblée s’ouvrit par une plaidoirie des avocats consistoriaux en faveur des causes de canonisation pendantes. Ensuite le Saint-Père fit lire par Mgr Galli, secrétaire des Lettres aux princes, sa réponse, dont voici un résumé :

Sa Sainteté se réjouit vivement des sentiments exposés dans les plaidoiries et totalement en harmonie avec les siens. C’est vraiment par un dessein de Dieu que le pape procède à ces canonisations, surtout à cette époque de négligence et d’oubli de la vie éternelle. Le Saint-Père met en relief les exemples que donneront les nouveaux saints ; Jeanne en particulier, appelée par Dieu pour sauver sa patrie, sera un modèle par la parfaite innocence de vie unie à une force incomparable, manifestée autant dans l’accomplissement de ses exploits que dans le support de ses malheurs […].

On approchait maintenant du terme. Les Français commençaient à se mettre en route quand des grèves éclatèrent en Italie, dans le nord du pays surtout. Turin fut plus particulièrement atteint, et durant un temps assez long les communications directes entre Paris et Rome furent interrompues. Mais les pèlerins de France ne se découragèrent pas ; les plus pressés se mirent en route par la Suisse et Milan. Au commencement de mai, les choses reprirent leur cours à peu près normal.

Les évêques de France arrivèrent les premiers. De nombreux représentants de l’épiscopat d’Italie et du Canada, ainsi que plusieurs autres de diverses nations, les rejoignirent pour le Consistoire semi-public. Tous ces prélats trouvèrent dans les appartements qui leur étaient préparés deux communications qui les attendaient, l’une officielle, l’Intimatio, les convoquant aux cérémonies des 13 et 16 mai, leur indiquant l’heure, le lieu du rendez-vous qui leur était assigné et la tenue dans laquelle ils devaient se présenter ; cette invitation était signée par Mgr Charles Respighi, protonotaire apostolique et maître des cérémonies pontificales. La seconde communication était l’œuvre de la postulation de la cause de Jeanne d’Arc ; elle résumait, en vingt pages d’un latin impeccable, non seulement la vie terrestre de Jeanne d’Arc, mais aussi tout ce que la sainte Église avait fait pour elle, depuis le procès de réhabilitation jusqu’à l’heure présente. Elle avait pour but de donner aux évêques non français qui assisteraient au Consistoire public un supplément d’information de nature à leur faire mieux connaître notre héroïne nationale.

 

Jeanne d’Arc est déclarée sainte

(16 mai 1920)

Le 7 mai, à 9 heures du matin, tous les archevêques et évêques présents à Rome, c’est-à-dire environ trois cents, prirent le chemin du Vatican, ainsi que les abbés mitrés et les supérieurs d’ordres religieux. A leur arrivée dans la cour Saint-Damase, ils se dirigeaient vers les salles du premier étage qui leur étaient désignées. Là, des prélats procédaient à l’appel nominal et remettaient à chacun le programme officiel des deux cérémonies des 13 et 16 mai, ainsi qu’un bulletin de vote. Dans les loges magnifiques où ils attendent, les prélats trouvent de longues tables et tout ce qui est nécessaire pour écrire d’avance et signer leur vote.

L’heure fixée approche ; les archevêques et évêques gagnent la salle du Consistoire. Déjà, à 9 h et demie, le Saint-Père s’y est rendu pour tenir avec les cardinaux un Consistoire secret, puis il s’est retiré dans ses appartements. A 10 heures précises, Benoît XV, escorté par la cour pontificale au complet, fait son entrée. Il prend place au trône et prononce aussitôt le mot : Recedant !

Après avoir invoqué les lumières du Saint-Esprit, le souverain pontife, dans une très brève allocution, rappelle ce qui a été fait dans les deux Consistoires précédents, affirme de nouveau son intention de canoniser les trois bienheureux. […]

Cependant, les Français continuaient d’arriver à Rome en grand nombre. A côté des pèlerins venus par groupes, il y a ceux qui ont voyagé isolément. Le nombre de nos compatriotes augmente d’heure en heure durant cette dernière semaine. On peut l’estimer entre quinze et vingt mille. Ils ont à leur tête six cardinaux et soixante-neuf évêques de France, seize évêques missionnaires français et plus de six cents prêtres venus de tous les points du territoire.

L’univers catholique tout entier témoigne son intérêt par la présence à Rome d’une partie de son épiscopat et d’un bon nombre de pèlerins venus de toutes les parties du monde. Tout est prêt pour la gloire de Jeanne d’Arc ; le cadre est en harmonie avec le grand événement qui va s’accomplir : la voix du pontife romain va pouvoir enfin, avec des accents infaillibles, répondre au cri de détresse que Jeanne, à trois reprises, a poussé vers lui, le 23 mai 1431 : « J’en appelle au pape. »

L’aube du 16 mai s’est dessinée sur Rome. La journée s’annonce radieuse et de toutes les rues on se dirige sur le Vatican. Sur cette place incomparable encadrée par la colonnade de Bernin, la foule s’entasse. Les portes de Saint-Pierre s’ouvrent, et bien longtemps avant le commencement de la cérémonie le plus vaste temple du monde est rempli.

Dans la basilique où soixante mille personnes attendent, le cortège s’avance au chant de l’Ave maris Stella. Clergé régulier et clergé séculier, vieilles institutions avec leurs longs siècles d’histoire, prélats, évêques, archevêques, patriarches, cardinaux, c’est l’Église militante qui vient au-devant de la nouvelle sainte.

Voici d’ailleurs sa bannière escortée par dix prêtres, œuvre d’art magnifique et de grande dimension, confectionnée pour la circonstance. D’un côté sainte Jeanne s’élève vers le ciel ; les anges qui ne l’ont pas quittée au cours de sa vie terrestre lui font cortège à son entrée triomphante parmi les saints du ciel ; de l’autre côté, la guerrière apparaît tout armée, tenant de la main droite son étendard sacré vers lequel se porte son regard inspiré.


Au moment où la bannière arrive à la Confession de Saint-Pierre, on distingue à droite et à gauche sur les énormes piliers du dôme les peintures représentant les deux miracles de Lourdes et d’Orléans. Avec la grande toile du portique d’entrée, ce sont les seuls décors spéciaux à la cérémonie de ce jour. Le reste de la basilique a reçu sa parure des grandes solennités, tentures de damas rouge à franges d’or, avec les tribunes disposées pour les personnages ayant le privilège d’une place spéciale en ces grandes circonstances. Cependant, le pape à son tour pénètre dans Saint-Pierre. A ce chef de l’Église de la terre, Jésus a confié aussi les clés du ciel. Cet homme est au-dessus de tous les hommes…

Et tandis qu’au son des trompettes au rythme majestueux, la Sedia suit le mouvement cadencé des porteurs, le pape apparaît au-dessus de la foule, bénissant les têtes inclinées sous sa puissante main. Cette multitude me fait songer aux flots de la mer sous la houle, et, vue de loin, la Sedia semble une barque qui vogue. Benoît XV avançant lentement du fond de la basilique représente bien Pierre dirigeant sur la mer de Génésareth son frêle esquif. Mais dans cette barque Jésus est monté. Nul naufrage ne l’engloutira. Les puissances de l’enfer liguées contre elle ne prévaudront point.

Cependant quarante-quatre cardinaux et deux cent cinquante-sept évêques en mitres et en ornements variés se sont placés à droite et à gauche de l’abside. Le pape a gravi les degrés de son trône. La cérémonie commence. Les représentants de la cause de Jeanne d’Arc, à trois reprises, sollicitent le souverain pontife de leur accorder sa canonisation… A chaque instance le pape fait répondre en son nom par Mgr Galli, secrétaire des Lettres aux princes. De sa première réponse j’extrais :

[…] Ce rite solennel comble les vœux du Saint-Père ; sa reconnaissance monte vers Dieu, dont la bonté lui accorde non seulement d’en voir le jour heureux, mais aussi d’y remplir le rôle principal. […] Ce qui réjouit surtout le cœur du souverain pontife, c’est la présence, aux premiers rangs de cette immense assemblée, de la France avec son ambassadeur et ses évêques. Le Saint-Père est convaincu que l’enthousiasme avec lequel ce peuple généreux honore Jeanne d’Arc sa libératrice sera pour lui dans l’avenir un gage de salut. Mais dans une chose de telle importance Sa Sainteté veut que tous ceux qui sont ici s’unissent pour invoquer Dieu par l’intercession de Marie immaculée, de Joseph, son bienheureux époux, des princes des Apôtres Pierre et Paul et de tous les saints.

Les chantres pontificaux font retentir alors les invocations répétées des litanies des saints. La masse des fidèles y répond unanimement. Cette prière qui monte, insistante, vers le ciel, impressionne, édifie, soulève l’âme. Aussitôt terminés ces derniers et pressants appels, la seconde instance se produit. Le Saint-Père se met à genoux, récite le Miserere, fait demander à l’assemblée entière d’invoquer les lumières de l’Esprit-Saint, auteur de la sagesse, puis il entonne le Veni Creator.

Après l’hymne, l’instance se renouvelle plus pressante que jamais. Alors Mgr Galli, une troisième fois, prend la parole et dit :

Voici donc venir l’heure que les bons attendent depuis si longtemps. L’autorité de Pierre va sanctionner la vertu universellement suréminente de Jeanne d’Arc. Que l’univers catholique dresse l’oreille et qu’il vénère dans l’héroïne, libératrice admirable de sa patrie, une splendide lumière de l’Église triomphante !

A ces mots, l’assemblée tout entière se lève, et le pape, mitre en tête, agissant en tant que docteur et chef de l’Église universelle, prononce cette solennelle sentence :

En l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre ; après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l’avis de nos Vénérables Frères les cardinaux de la sainte Église Romaine, les patriarches, archevêques et évêques présents dans la ville, Nous décrétons et définissons sainte et Nous inscrivons au catalogue des saints la bienheureuse Jeanne d’Arc, statuant que sa mémoire devra être célébrée tous les ans le 30 mai dans l’Église universelle.

Quand le Saint-Père eut achevé, ce fut un instant d’émotion intense qui domina l’assemblée. On sentait toute la grandeur de l’acte surnaturel accompli, et les yeux ne quittaient le trône pontifical que pour s’élever vers le ciel comme s’ils cherchaient à découvrir quelque chose du triomphe éternel de Jeanne. En effet, la sentence infaillible de l’Église de Jésus-Christ vient maintenant de définir ce qu’est en réalité notre héroïque libératrice : une sainte pour l’éternité.

Cependant Benoit XV a entonné le Te Deum, tandis que le bourdon de Saint-Pierre s’agite et donne le branle à toutes les cloches de Rome. L’hymne d’actions de grâces achevé, le premier des cardinaux diacres entonne le verset : « Sainte Jeanne d’Arc, priez pour nous afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ, Alléluia ! » Le souverain pontife chante l’oraison de la nouvelle sainte, et donne à l’assemblée la bénédiction papale.

La messe solennelle pontificale commence alors avec toute la merveille de ses cérémonies et le concours de chants magnifiques exécutés avec une admirable perfection.

Benoît XV gravit l’autel de la Confession ; tous les fidèles présents dans Saint-Pierre peuvent l’y apercevoir, s’unir à sa prière. Le Saint-Père revient quelque temps au trône prononcer l’homélie, car il veut indiquer immédiatement le sens divin de ce qu’il vient de faire. Dans un latin d’une élégance admirable, Benoit XV rappelle d’abord cette parole de saint Paul :

Dieu choisit les faibles de ce monde pour confondre les puissants. Une faible femme a fait retentir l’univers de ses faits merveilleux et aujourd’hui nous célébrons sa gloire éternelle. Choisie providentiellement, Jeanne, par les miracles que le ciel lui a donné d’accomplir, est une attestation de l’existence de Dieu. En elle, les voix secrètes qu’elle a entendues ont transformé une pauvre petite jeune fille ignorante en une héroïne accomplissant les plus durs sacrifices, connaissant la science militaire, remportant des victoires impossibles aux hommes, pénétrant les secrets des cœurs et prophétisant l’avenir, cela prouve que le doigt de Dieu était là. Tous ceux qui ont tenté d’expliquer Jeanne sans Dieu se sont perdus dans un labyrinthe aux dédales inextricables. Avec raison la France se glorifie de Jeanne, mais la sainte Église aussi triomphe en elle. Dieu fit naître cette enfant pour sauver sa patrie, mais en même temps l’héroïne fit tout pour établir le règne de Jésus-Christ. Avant de rien entreprendre, elle invoquait ardemment l’aide du ciel ; victorieuse, elle attribuait le succès non à elle-même, mais au Maître de toutes choses. Sa seule présence refrénait la licence des camps et donnait l’exemple du respect de Dieu. Sa mort manifeste davantage encore cette vérité. Pour prouver son mandat céleste, elle accepte le plus dur supplice, et, au milieu des flammes crépitant déjà autour de son corps virginal, elle embrasse avec amour l’image du divin Crucifié, recommandant son âme à celui pour lequel seul elle avait toujours vécu. Après cinq siècles, les vertus de Jeanne sont consacrées magnifiquement près du tombeau de saint Pierre ; elle reçoit les honneurs qui manifestent la gloire éternelle dont elle jouit au ciel depuis longtemps. Cela n’arrive pas sans un secret dessein du ciel à une époque où les gouvernements ne veulent plus reconnaître le règne du Christ. Et pourtant « il faut qu’il règne, celui que son Père a établi héritier de toutes choses. Que les rois donc et les juges de la terre comprennent que celui qui a sauvé par la main d’une femme une puissante nation d’un péril extrême, est le même qui dirige souverainement le cours des affaires de ce monde, et que c’est toujours en vain qu’on refuse de se soumettre à sa volonté souveraine. Et que les catholiques, s’inspirant des exemples de Jeanne d’Arc, se confient dans son patronage, soumettent en toutes choses leur esprit et leur cœur à Jésus-Christ ; servir le Sauveur, c’est régner maintenant et dans l’éternité. »

Quand il eut fini de parler, le souverain pontife reçut l’offrande mystique des canonisations, cinq cierges, le pain, le vin et l’eau pour le saint sacrifice, avec les colombes, les tourterelles et les petits oiseaux.

La cérémonie s’achève sans que les assistants aient songé à leur fatigue. Une heure de l’après-midi a sonné quand on quitte la basilique.

Les Français se répandent dans Rome, racontant leurs joies et disant leurs espérances. Vers 6 heures du soir, ils remplissent l’église du Gesù, où Mgr Touchet leur fait entendre sa voix éloquente et où le cardinal Amette chante le salut d’action de grâces ; cet office religieux termine ce jour sacré pour la France.

Le lendemain, Benoît XV veut recevoir ses enfants et leur parler. Nulle salle de Rome n’étant assez vaste pour les réunir, c’est à Saint-Pierre que le pape les a convoqués de nouveau. Quelle majestueuse assemblée ! Ce sont tous ceux qui, hier, étaient là pour la canonisation ; ils prennent place autour de l’autel pontifical devant lequel on a dressé un trône. Benoît XV est arrivé. La foule qui, en l’attendant, priait à haute voix, ou chantait le Credo et l’hymne désormais national A l’Etendard, s’est tue et écoute avec recueillement.

Le pape s’avance au bord du trône et prononce, en français, un éloquent discours plein des leçons les plus graves. Après un remerciement à Mgr l’évêque d’Orléans, un hommage et un regret à Pie X, trop tôt rappelé au ciel pour présider ces glorieuses fêtes, Benoît XV continue :

Nous ne pouvons pas dissimuler la profonde satisfaction de Notre âme à la pensée qu’il était réservé à Nous de couronner Jeanne d’Arc de l’auréole des saints. L’exercice de ce haut ministère Nous a ainsi permis d’accomplir un acte que Nous savons aller droit au cœur de nos chers fils de France. Ils étaient depuis de longs siècles si dévots à Jeanne d’Arc qu’ils voulaient que son nom fût respecté et aimé chez tous les peuples. Ils étaient si reconnaissants pour les bienfaits que leur patrie avait reçus de Jeanne qu’ils voulaient que ses gestes glorieux ne fussent pas ignorés du dernier enfant du plus humble village. Mais quelle voix plus puissante que celle d’un décret de canonisation aurait pu porter au delà des mers le nom de l’héroïne française ?

Voici, enseigne le pape, la grande vérité qui se dégage de la canonisation :

La figure de Jeanne d’Arc est telle qu’on ne peut la bien connaître qu’à la lumière du surnaturel.

Le souverain pontife souhaite donc à tous les catholiques, et aux Français en particulier, d’imiter pleinement la nouvelle sainte, et termine son discours par cette solennelle prière :

Ô Seigneur tout-puissant qui, pour sauver la France, avez jadis parlé à Jeanne et, de votre voix même, lui avez indiqué le chemin à suivre pour faire cesser les maux dont sa patrie était accablée, parlez aussi aujourd’hui, non seulement aux Français qui sont ici réunis, mais encore à ceux qui ne sont ici présents qu’en esprit, disons mieux, à tous ceux qui ont à cœur le bien de la France. Parlez, Seigneur, et que votre parole soit la bénédiction qui soutienne les évêques, qui facilite aux autorités, dont Nous saluons ici les très dignes représentants, la tâche d’assurer la vraie grandeur de la patrie, qui persuade tout Français de la nécessité de suivre la voix de Dieu, afin qu’après avoir imité Jeanne d’Arc ici-bas, il soit donné à tous de participer un jour à la gloire de l’héroïne devant laquelle Nous avons enfin le bonheur de Nous incliner, en lui disant : Sainte Jeanne d’Arc, priez pour nous ! sainte Jeanne d’Arc, priez pour votre patrie !

Ce n’était pas assez pour le cœur du pontife bien-aimé. Le même jour, il reçut au Vatican le général de Castelnau, avec les sénateurs et députés venus de France, la famille de Jeanne d’Arc si pleine de gratitude envers Benoît XV, et les six cents prêtres du pèlerinage. Cependant, Benoît XV voulait faire plus encore pour la gloire de notre Libératrice quand, subitement, la mort le terrassa.

 

Patronne de la France

(2 mars 1922)

Le 6 février 1922, les cardinaux, réunis en Conclave, élurent le 265e successeur de saint Pierre ; or, le premier souci de Pie XI fut de faire aboutir le projet de son prédécesseur : dès le 2 mars 1922, il publia un bref adressé à la France, « justement appelée la fille aînée de l’Église ».

Les lignes pontificales rappellent les faits historiques qui unissent notre nation, d’abord à la Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ensuite à cette autre vierge qui écrivit sur sa bannière les noms de Jésus et de Marie. Puis, solennellement, S. S. Pie XI proclame l’Immaculée, sous le vocable de son Assomption, première patronne de notre pays, et sainte Jeanne d’Arc, l’illustre Pucelle d’Orléans, seconde patronne de la France. Nous reproduisons ci-dessous, en son entier, l’émouvante lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam qui contient cet acte.

Que pourrait-on désirer de plus ? Quel titre exprimerait mieux les liens indissolubles qui nous rattachent à notre libératrice nationale ? Elle règne dans les cieux. De la demeure céleste, elle intercède pour la France et défend les intérêts sacrés de sa patrie. Ayons confiance : un jour on écrira l’histoire de ses bienfaits. Pour cela il faut que son culte se répande bien au delà des limites actuelles. Il faut qu’il ait des dévots convaincus et d’infatigables apôtres. Tout Français digne de ce nom doit connaître et aimer Jeanne. Dans le pays entier, ses autels et ses temples se multiplieront ; une prière vraiment nationale montera vers elle ; elle a tant de faveurs spirituelles et temporelles à nous obtenir encore !

Que partout donc, dans notre patrie bien-aimée, retentisse avec force et persévérance l’invocation qui l’appelle à notre secours :

Sainte Jeanne d’Arc, patronne de la France, sauvez-nous !

 

Annexe

Discours de saint Pie X

prononcé le 13 décembre 1908, en réponse au remerciement de Mgr Touchet

Je suis reconnaissant, Vénérable Frère, à votre cœur généreux qui voudrait me voir travailler clans le champ du Seigneur toujours à la lumière du soleil, sans nuage ni bourrasque. Mais vous et moi, nous devons adorer les dispositions de la divine Providence qui, après avoir établi son Église ici-bas, permet qu’elle rencontre sur son chemin des obstacles de tout genre et des résistances formidables. La raison en est d’ailleurs évidente : l’Église est militante et par conséquent dans une lutte continuelle. Cette lutte fait du monde un vrai champ de bataille et de tout chrétien un soldat valeureux qui combat sous l’étendard de la croix. Cette lutte a commencé avec la vie de notre Très Saint Rédempteur et elle ne finira qu’avec la fin même des temps. Ainsi, il faut tous les jours, comme les preux de Juda au retour de la captivité : 1) d’une main repousser l’ennemi, 2) de l’autre élever les murs du Temple saint, c’est-à-dire travailler à se sanctifier. Nous sommes confirmés dans cette vérité par la vie même des héros auxquels sont consacrés les décrets qui viennent d’être publiés. Ces héros sont arrivés à la gloire, non seulement à travers de noirs nuages et des bourrasques passagères, mais à travers des contradictions continuelles et de dures épreuves qui sont allées jusqu’à exiger d’eux pour la foi le sang et la vie. Je ne puis nier pourtant que ma joie est, en effet, bien grande en ce moment : car, en glorifiant tant de saints, Dieu manifeste ses miséricordes à une époque de grande incrédulité et d’indifférence religieuse ; car, au milieu de l’abaissement si général des caractères, voici que s’offrent à l’imitation ces âmes religieuses qui, pour témoigner de leur foi, ont donné leur vie ; car, enfin, ces exemples viennent, en effet, pour la plus grande part, Vénérable Frère, de votre pays, où ceux qui détiennent les pouvoirs publics ont déployé ouvertement le drapeau de la rébellion et ont voulu rompre à tout prix tous les liens avec l’Église.

Oui, nous sommes à une époque où beaucoup rougissent de se dire catholiques, beaucoup d’autres prennent en haine Dieu, la foi, la révélation, le culte et ses ministres, mêlent à tous leurs discours une impiété railleuse, nient tout et tournent tout en dérision et en sarcasmes, ne respectant même pas le sanctuaire de la conscience. Mais il est impossible que devant ces manifestations du surnaturel, quelle que soit leur volonté de fermer les yeux en face du soleil qui les éclaire, un rayon divin ne finisse pas par pénétrer jusqu’à leur conscience et, serait-ce même par la voie du remords, les ramener à la foi. Ce qui fait encore ma joie, c’est que la vaillance de ces héros doit ranimer les cœurs alanguis et timides, peureux dans la pratique des doctrines et des croyances chrétiennes, et les rendre forts dans la foi. Le courage, en effet, n’a de raison d’être que s’il a pour base une conviction. La volonté est une puissance aveugle quand elle n’est pas illuminée par l’intelligence, et on ne peut marcher d’un pas sûr au milieu des ténèbres. Si la génération actuelle a toutes les incertitudes et toutes les hésitations de l’homme qui marche à tâtons, c’est le signe évident qu’elle ne tient plus compte de la parole de Dieu, flambeau qui guide nos pas et lumière qui éclaire nos sentiers : Lucerna pedibus meis verbum tuum, et lumen semitis meis.

Il y aura du courage quand la foi sera vive dans les cœurs, quand on pratiquera tous les préceptes imposés par la foi ; car la foi est impossible sans les œuvres, comme il est impossible d’imaginer un soleil qui ne donnerait point de lumière et de chaleur. Cette vérité a pour témoins les martyrs que nous venons de célébrer. Car il ne faut pas croire que le martyre soit un acte de simple enthousiasme qui consiste à mettre la tête sous la hache pour aller tout droit en paradis. Le martyre suppose le long et pénible exercice de toutes les vertus. Omnimoda et immaculata munditia.

Et, pour parler de celle qui vous est connue plus que tous les autres – la Pucelle d’Orléans –, dans son humble pays natal comme parmi la licence des armes, elle se conserve pure comme les anges ; fière comme un lion dans tous les périls de la bataille, elle est remplie de pitié pour les pauvres et pour les malheureux. Simple comme un enfant dans la paix des champs et dans le tumulte de la guerre, elle demeure toujours recueillie en Dieu et elle est tout amour pour la Vierge et pour la sainte Eucharistie, comme un chérubin, vous l’avez bien dit. Appelée par le Seigneur à défendre sa patrie, elle répond à sa vocation pour une entreprise que tout le monde, et elle tout d’abord, croyait impossible ; mais ce qui est impossible aux hommes est toujours possible avec le secours de Dieu.

Que l’on n’exagère pas par conséquent les difficultés quand il s’agit de pratiquer tout ce que la foi nous impose pour accomplir nos devoirs, pour exercer le fructueux apostolat de l’exemple que le Seigneur attend de chacun de nous : Unicuique mandavit de proximo suo. Les difficultés viennent de qui les crée et les exagère, de qui se confie en lui-même et non sur les secours du ciel, de qui cède, lâchement intimidé par les railleries et les dérisions du monde : par où il faut conclure que, de nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais, c’est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens [12].

Oh ! S’il m’était permis, comme le faisait en esprit le prophète Zacharie, de demander au divin Rédempteur : « Que sont ces plaies au milieu de vos mains ? Quid sunt istæ plagæ in medio manuum tuarum ? » (Za 13, 6), la réponse ne serait pas douteuse : « Elles m’ont été infligées dans la maison de ceux qui m’aimaient. His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me » : par mes amis qui n’ont rien fait pour me défendre et qui, en toute rencontre, se sont rendus complices de mes adversaires. Et à ce reproche qu’encourent les chrétiens pusillanimes et intimidés de tous les pays ne peuvent se dérober un grand nombre de chrétiens de France. Cette France fut nommée par mon vénéré prédécesseur, comme vous l’avez rappelé, Vénérable Frère, la très noble nation, missionnaire, généreuse, chevaleresque. A sa gloire, j’ajouterai ce qu’écrivait au roi saint Louis le pape Grégoire IX :

« Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi, ici-bas, des royaumes différents suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et comme autrefois il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi choisit-il la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse [13]. Pour ce motif, continue le pontife, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Église qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France, qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France, où en aucun temps la foi n’a perdu de sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. »

Ainsi s’exprime Grégoire IX. Aussi, à votre retour, Vénérable Frère, vous direz à vos compatriotes que s’ils aiment la France ils doivent aimer Dieu, aimer la foi, aimer l’Église, qui est pour eux tous une mère très tendre comme elle l’a été de vos pères. Vous direz qu’ils fassent trésor des testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis – ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! » A ce titre seulement, la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ; à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les Livres saints, est dit d’Israël : « Que personne ne s’est rencontré qui insultât ce peuple, sinon quand il s’est éloigné de Dieu : Et non fuit qui insultaret populo isti, nisi quando recessit a culto Domini Dei sui. »

Ce n’est donc pas un rêve que vous avez énoncé, Vénérable Frère, mais une réalité ; je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe. […] Ce qui paraît impossible aux hommes est possible à Dieu. Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le cœur des Français, répète aussi sans cesse au ciel la prière : « Grand Dieu, sauvez la France ! » [14].

 

Lettre apostolique de Pie XI proclamant sainte Jeanne d’Arc patronne de la France

(2 mars 1922)

Les pontifes romains nos prédécesseurs ont toujours, au cours, des siècles, comblé des marques particulières de leur paternelle affection la France, justement appelée la fille aînée de l’Eglise. Notre prédécesseur de sainte mémoire le pape Benoît XV, qui eut profondément à cœur le bien spirituel de la France, a pensé à donner à cette nation noble entre toutes, un gage spécial de sa bienveillance. En effet, lorsque, récemment, nos Vénérables Frères les cardinaux, archevêques et évêques de France, d’un consentement unanime, lui eurent transmis par notre Vénérable Frère Stanislas Touchet, évêque d’Orléans, des supplications ardentes et ferventes pour qu’il daignât proclamer patronne principale de la nation française la bienheureuse Vierge Marie reçue au ciel, et seconde patronne céleste sainte Jeanne, pucelle d’Orléans, notre prédécesseur fut d’avis de répondre avec bienveillance à ces pieuses requêtes. Empêché par la mort, il ne put réaliser le dessein qu’il avait conçu. Mais à Nous, qui venons d’être élevé par la grâce divine sur la chaire sublime du Prince des Apôtres, il nous est doux et agréable de remplir le vœu de notre très regretté prédécesseur et, par notre autorité suprême, de décréter ce qui pourra devenir pour la France une cause de bien, de prospérité et de bonheur. Il est certain, selon un ancien adage, que « le royaume de France » a été appelé le « royaume de Marie », et cela à juste titre. Car, depuis les premiers siècles de l’Église jusqu’à notre temps, Irénée et Eucher de Lyon, Hilaire de Poitiers, Anselme, qui de France passa en Angleterre comme archevêque, Bernard de Clairvaux, François de Sales, et nombre d’autres saints docteurs, ont célébré Marie et ont contribué à promouvoir et à amplifier à travers la France le culte de la Vierge Mère de Dieu. A Paris, dans la très célèbre Université de Sorbonne, il est historiquement prouvé que dès le XIIIe siècle la Vierge a été proclamée conçue sans péché. Même les monuments sacrés attestent d’éclatante manière l’antique dévotion du peuple à l’égard de la Vierge : trente-quatre églises cathédrales jouissent du titre de la Vierge Mère de Dieu ; parmi lesquelles on aime à rappeler comme les plus célèbres celles qui s’élèvent à Reims, à Paris, à Amiens, à Chartres, à Coutances et à Rouen. L’immense affluence des fidèles accourant de loin chaque année, même de notre temps, aux sanctuaires de Marie, montre clairement ce que peut dans le peuple la piété envers la Mère de Dieu, et plusieurs fois par an, la basilique de Lourdes, si vaste qu’elle soit, paraît incapable de contenir les foules innombrables de pèlerins. La Vierge Mère en personne, trésorière auprès de Dieu de toutes les grâces, a semblé, par des apparitions répétées, approuver et confirmer la dévotion du peuple français. Bien plus, les principaux et les chefs de la nation se sont fait gloire longtemps d’affirmer et de défendre cette dévotion envers la Vierge. Converti à la vraie foi du Christ, Clovis s’empresse, sur les ruines d’un temple druidique, de poser les fondements de l’église Notre-Dame, qu’acheva son fils Childebert. Plusieurs temples sont dédiés à Marie par Charlemagne. Les ducs de Normandie proclament Marie Reine de la nation. Le roi saint Louis récite dévotement chaque jour l’office de la Vierge. Louis XI, pour l’accomplissement d’un vœu, édifie à Cléry un temple à Notre-Dame. Enfin Louis XIII consacre le royaume de France à Marie et ordonne que chaque année, en la fête de l’Assomption de la Vierge, on célèbre dans tous les diocèses de France de solennelles fonctions ; et ces pompes solennelles, nous n’ignorons pas qu’elles continuent de se dérouler chaque année.

En ce qui concerne la Pucelle d’Orléans, que notre prédécesseur a élevée aux suprêmes honneurs des saints, personne ne peut mettre en doute que ce soit sous les auspices de la Vierge qu’elle ait reçu et rempli mission de sauver la France. Car d’abord, c’est sous le patronage de Notre-Dame de Bermont, puis sous celui de la Vierge d’Orléans, enfin de la Vierge de Reims, qu’elle entreprit d’un cœur viril une si grande œuvre, qu’elle demeura sans peur en face des épées dégainées et sans tache au milieu de la licence des camps, qu’elle délivra sa patrie du suprême péril et rétablit le sort de la France. C’est après en avoir reçu le conseil de ses voix célestes qu’elle ajouta sur son glorieux étendard le nom de Marie à celui de Jésus, vrai Roi de France. Montée sur le bûcher, c’est en murmurant au milieu des flammes, en un cri suprême, les noms de Jésus et de Marie, qu’elle s’envola au ciel. Ayant donc éprouvé le secours évident de la Pucelle d’Orléans, que la France reçoive la faveur de cette seconde patronne céleste : c’est ce que réclament le clergé et le peuple, ce qui fut déjà agréable à notre prédécesseur et qui nous plaît à Nous-même. C’est pourquoi, après avoir pris les conseils de nos Vénérables Frères les cardinaux de la sainte Église romaine préposés aux Rites, motu proprio, de science certaine et après mûre délibération, dans la plénitude de notre pouvoir apostolique, par la force des présentes et à perpétuité, Nous déclarons et confirmons que la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité. De plus, écoutant les vœux pressants des évêques, du clergé et des fidèles des diocèses et des missions de la France, Nous déclarons avec la plus grande joie et établissons la Pucelle d’Orléans, admirée et vénérée spécialement par tous les catholiques de France comme l’héroïne de la patrie, sainte Jeanne d’Arc, vierge, patronne secondaire de la France, choisie par le plein suffrage du peuple, et cela encore d’après Notre suprême autorité apostolique, concédant également tous les honneurs et privilèges que comporte selon le droit ce titre de seconde patronne. En conséquence, Nous prions Dieu, auteur de tous les biens, que, par l’intercession de ces deux célestes patronnes, la Mère de Dieu élevée au ciel et sainte Jeanne d’Arc, vierge, ainsi que des autres saints patrons des lieux et titulaires des églises, tant des diocèses que des missions, la France catholique, ses espérances tendues vers la vraie liberté et son antique dignité, soit vraiment la fille première-née de l’Église romaine ; qu’elle échauffe, garde, développe par la pensée, l’action, l’amour, ses antiques et glorieuses traditions pour le bien de la religion et de la patrie. Nous concédons ces privilèges, décidant que les présentes lettres soient et demeurent toujours fermes, valides et efficaces, qu’elles obtiennent et gardent leurs effets pleins et entiers, qu’elles soient, maintenant et dans l’avenir, pour toute la nation française le gage le plus large des secours célestes, qu’ainsi il en faut juger définitivement, et que soit tenu pour vain dès maintenant et de nul effet pour l’avenir tout ce qui porterait atteinte à ces décisions, du fait de quelque autorité que ce soit, sciemment ou inconsciemment. Nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 2 du mois de mars de l’année 1922, la première de Notre pontificat [15].




[1]   — Cité par Mgr Touchet, évêque d’Orléans, dans la préface de son livre La sainte de la patrie, Paris, Lethielleux, 1921, t.1, p. XI.

[2]   —  Mgr Touchet, Lettre pastorale sur les fêtes de Jeanne d’Arc, Orléans, 1905. Voir aussi : Souvenirs de la béatification de Jeanne d’Arc, Orléans, 1909, et Avant, pendant et après la béatification de Jeanne d’Arc, Orléans, 1909.

[3]   —  Les miracles requis en pareil cas sont la guérison de maux organiques obtenue sans l’usage, même éloigné, de remèdes, guérison instantanée et durable, ne pouvant être attribuée qu’à l’intercession exclusive du personnage invoqué. Deux suffisent si les témoins oculaires peuvent déposer à la fois dans les procès ordinaires et apostoliques ; il en faut trois si les témoins n’ont pu déposer qu’au procès ordinaire ; quatre si, dans les deux procès, les témoins déposent seulement ex auditu.

[4]   — « Ah, si le cher pays de là-bas consentait, dans ses masses profondes, à réadorer ce Dieu, qui transparaît si évidemment dans Jeanne ; si encore, sous l’influence de celle qui fut guerrière, mais autant pacificatrice, il voulait… s’il imposait à tous ces enfants bien unis, Saint-Père, sur le terrain patriotique (nous tenons à l’affirmer dans ce Vatican qui est le plus haut lieu du monde), mais trop cruellement divisés sur le terrain religieux ; s’il imposait, dis-je, une ère de liberté, dans laquelle les catholiques trouveraient la paix d’aujourd’hui et les garanties de demain. O Jeanne, glaive et arc-en-ciel de la France, voilà une œuvre digne de toi. Rêve, qui sait, Saint-Père, bénissez ce rêve et bénissez-nous ». Cité par Mgr Touchet, évêque d’Orléans, dans son ouvrage La Sainte de la patrie, Paris, Lethielleux, 1921, t. 2, p. 398.

[5]   — Voir le texte de ce discours en fin d’article.

[6]   — Voir : Les fêtes de la béatification de Jeanne d’Arc : Rome, Orléans, la France (1909) ; Souvenirs et documents publiés sous la direction de Mgr Touchet, évêque d’Orléans, Paris, Lethielleux, 1910, 710 p.

[7]   — Cet épisode est relaté par plusieurs auteurs dont Harry Mitchell, Pie X le saint, Paris, NEL, 1954, p. 209-210.

[8]   —  La lettre est intégralement reproduite dans les Annales religieuses du diocèse d’Orléans, janvier 1910. Elle est aussi donnée par Mgr Touchet, évêque d’Orléans, dans son livre La Sainte de la patrie, Paris, Lethielleux, 1921, t. 2, p. 409.

[9]   — Ce paragraphe sur la guerre a été résumé. (NDLR.)

[10] — Voici en quels termes Mgr Touchet s’exprime à ce sujet dans sa Lettre pastorale sur la canonisation de la bienheureuse Jeanne d’Arc : « Par déférence aux conseils de Mgr le promoteur de la foi, nous avions retiré l’un des trois miracles proposés par nous, sous la réserve cependant de le présenter de nouveau, s’il en était besoin : c’était la préservation merveilleuse d’un ancien matelot de Tribehou, dans la Manche, au milieu d’un vaste incendie qui détruisit le village à peu près entier. Le vieil et rude homme était bien convaincu, et ses compatriotes l’étaient comme lui, qu’il devait son salut à Jeanne d’Arc. Tandis que la flamme dévorait sa maison, laissant à peu près intacte seulement la petite pièce du rez-de-chaussée dans laquelle il s’était réfugié, tandis que la fumée remplissait tout de ses miasmes et le devait étouffer, tandis que la chaleur élevée à un degré invraisemblable le devait tuer, il avait adressé à Jeanne cette prière ingénue : “Vous qui avez été brûlée, vous savez ce qu’on en souffre. Ayez pitié de moi : sauvez-moi du feu. Puis, vous étiez toute pure ; moi je suis un grand pécheur ; si je sors d’ici sain et sauf, je ferai appeler M. le curé et je me confesserai.” A la stupeur universelle, il sortit sain et sauf et tint son engagement. Ce prodige que Pie X avait coutume d’appeler « le prodige du feu » ne fut pas discuté. »

[11]  — Le discours est reproduit par Mgr Touchet, évêque d’Orléans, dans son livre La Sainte de la patrie, Paris, Lethielleux, 1921, t. 2, p. 442-445.

[12]  — C’est nous qui soulignons. (NDLR.)

[13]  — Il s’agit, bien sûr, de la liberté de la vraie religion, et non pas du droit à la liberté religieuse (c’est-à-dire à professer en public ou en privé n’importe quelle religion), enseigné par Vatican II. (NDLR.)

[14]  —  Acta Apostolicæ Sedis du 15 janvier 1909, p. 142-145.

[15]  — Pie XI, Lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam, 2 mars 1922.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 83

p. 124-152

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