Les lettres de sainte Jeanne d’Arc
Les lettres de sainte Jeanne d’Arc ont été plusieurs fois publiées. De toutes celles que la Pucelle écrivit, seul un petit nombre est parvenu jusqu’à nous, parmi lesquelles cinq originaux autographes seulement, dont trois portent la signature de Jeanne.
Nous reproduisons ces lettres, dans le français savoureux et l’orthographe des originaux, telles que les a transcrites le père Paul Doncœur S.J. (1880-1961), dans son ouvrage Paroles et lettres de Jeanne d’Arc (Paris, Plon, 1960, p. 163-186) [1].
Le Sel de la terre.
Introduction
Les lettres écrites par Jeanne nous apportent sa parole sans intermédiaire, telles qu’elle-même en dicta l’expression à ses secrétaires. C’est dire leur valeur incomparable.
Nous savons que Jeanne en dicta un grand nombre, dont quelques-unes seulement nous sont parvenues. Les plus précieuses à nos yeux, seules reliques que nous possédions de Jeanne, sont les lettres conservées jusqu’à nos jours en original. De quelques autres, le texte ne nous est parvenu que dans des transcriptions contemporaines. Nous signalerons enfin, en raison de leur intérêt, quelques-unes des lettres dont l’existence est témoignée, sans que nous en possédions les textes.
Nous savons que les lettres, selon l’usage, ne sont pas de la main de Jeanne. Elles ont été dictées par elle à des secrétaires ; ce qui ne prouve pas que Jeanne ne sût pas écrire. Sa signature autographe apparaît dans trois lettres originales adressées, l’une à la ville de Riom, et les deux autres aux Rémois en 1430 (voir les fac-similés reproduits dans ce numéro) [2].
On se rendra compte de l’intérêt qu’auraient les lettres perdues, en lisant les rares qui ont été conservées. Comment ne pas déplorer, par exemple, la disparition de la lettre qu’arrivée à Fierbois, au débotté de ces cent lieues franchies, Jeanne écrivit au dauphin, dont elle-même témoigne :
J’ai envoyé des lettres au roi alors que j’étais à Sainte-Catherine de Fierbois [3].
Ou celle que, de Chinon, elle adressa aux clercs de Sainte-Catherine de Fierbois, dont elle déposa au procès :
J’ai écrit aux gens de cette église qu’il leur plût de me faire avoir l’épée en terre derrière l’autel [4].
Ou enfin la lettre que, de Selles-sur-Cher, après les victoires, Jeanne envoya, « avec un bien petit anneau d’or », aux dames de Laval, aïeule et mère des jeunes Guy et André, arrivés tout bouillants à l’armée. La grand-mère, veuve du connétable Bertrand du Guesclin, avait recommandé à Jeanne ses petits-fils.
Mais que ne donnerions-nous pas pour lire la lettre qu’elle écrivit à ses parents pour implorer leur pardon. Elle dit en effet à ses juges, qui lui reprochent d’être partie sans le congé de ses père et mère :
En toutes autres choses je leur ai bien obéi ; excepté de ce partement ; mais depuis, leur en ai écrit et m’ont pardonné [5].
Lettres aux Anglais
Les plus fameuses sont les lettres qu’au printemps de 1429, avant d’entrer en campagne, et pendant le siège d’Orléans, Jeanne écrivit aux Anglais. De ces lettres aux Anglais, le procès a inséré un texte composite, qui mélange en une seule rédaction plusieurs lettres envoyées à des destinataires et à des dates différentes. En effet, les recueils du 15e siècle et les dépositions au procès de réhabilitation témoignent de billets dont les destinataires sont formellement désignés et différenciés : le roi d’Angleterre, le duc de Bedford, le comte de Suffolk, J. Talbot, Th. de Scales, les gens d’armes.
Nous en donnons les textes dans la forme qui semble primitive, telle que l’attestent la Chronique de la Pucelle, le Registre delphinal de Thomassin, le Journal du siège d’Orléans et les témoignages de G. Thibaut, P. Milet et frère Pasquerel, en 1456.
Dès le mois de mars, à Poitiers même, elle avait dicté à maître Jean Erault un premier message :
Avez-vous du papier et de l’encre ? Écrivez ce que je vous dirai : Vous, Suffort, Classidas et la Poule, je vous somme, de par le Roi des cieux, que vous en alliez en Angleterre [6].
Mais voici que cette paysanne de dix-sept ans adresse de bonne encre, au roi d’Angleterre en personne, cette inouïe sommation, comme si la France elle-même parlait par sa bouche. D’ailleurs, c’est au nom de Dieu qu’elle se présente :
Roy d’Angleterre, Faites raison au Roi du ciel de son sang royal. Rendez les clés à la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées en France. Elle est venue de par Dieu pour réclamer tout le sang royal. Elle est prête de faire paix, si voulez faire raison, par ainsi que rendez France, et payez de ce que l’avez tenue. Et si ainsi ne le faites, je suis chef de guerre ; en quelque lieu que j’atteindrai vos gens en France, s’ils ne veulent obéir, je les en ferai issir, veulent ou non ; et s’ils veulent obéir, je les prendrai à mercy. Croyez que, s’ils ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient de par le Roi du ciel, corps pour corps, vous bouter hors de France. Et vous promet et certifie la Pucelle qu’elle fera si grand hahay, qu’il y a mil ans que en France ne fut si grand. Si vous ne lui faites raison, croyez fermement que le Roi du ciel lui enverra plus de force que ne lui saurez mener d’assaut à elle et à ses bonnes gens d’armes.
Mais Henri VI n’est qu’un enfant. Jeanne joint ce billet au duc de Bedford, oncle du roi :
Duc de Bedford, Qui vous dites régent de France de par le roi d’Angleterre, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous fassiez mie détruire. Si vous ne lui faites raison, elle fera que aux yeux pourrez voir qu’en sa compagnie les Français feront le plus beau fait qui oncques fut fait en chrétienté. Écrit le mardi de la grande semaine. [22 mars 1429]Au duc de Bethfort, qui se dit régent le royaume de France pour le roi d’Angleterre [7].
Ces lettres sont pour les politiques.
Cette Pucelle séjournant à Blois en attendant la compagnie qui la devait mener à Orléans, écrivit et envoya par un héraut aux chefs de guerre qui tenaient le siège d’Orléans une lettre dont la teneur s’ensuit.
Aux capitaines des Anglais :
Guillaume la Poulle, comte de Suffort, Jehan, sire de Talbot, et vous, Thomas, sire de Scalles, lieutenants du duc de Bethfort, soi-disant régent de France de par le roi d’Angleterre, faites réponse si voulez faire paix à la cité d’Orléans ; et si ainsi ne le faites, de vos dommages vous souvienne brièvement.
Quant aux pauvres « gens d’armes », elle sait qu’ils ne pensent qu’au « pays ». Elle leur parle en camarade :
Aux gens d’armes, Entre vous autres, archers, compagnons d’armes gentils et vaillants, qui êtes devant Orléans, allez en votre pays, de par Dieu. Et si ainsi ne le faites, donnez-vous garde de la Pucelle, et de vos dommages vous souvienne brièvement. Ne prenez mie votre opinion, car vous ne tiendrez mie France qui est au Roy du ciel, le Fils de sainte Marie ; mais la tiendra le gentil roi Charles, vrai héritier à qui Dieu l’a donnée, qui entrera à Paris en belle compagnie. Si vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous frapperons dedans à grands horions ; et verrons lesquels meilleur droit auront, de Dieu ou de vous [8].
Évidemment, Jeanne n’a pas de réponse ; mais elle ne se lassera pas d’offrir la paix.
Le samedi 30 avril 1429, à peine arrivée devant Orléans, elle écrit aux Anglais :
Messire vous mande que vous en alliez en votre pays ; car c’est son plaisir. Ou sinon je vous ferai un tel hahay [9]…
Mais tout est inutile. Du haut de leur bastille les Anglais ne répondent que par des insultes à la ribaude, à la vachère. Jeanne pleure.
Cependant les escarmouches se multiplient et déjà plusieurs bastilles ont succombé. Le 5 mai, fête de l’Ascension, Jeanne ne veut point qu’on se batte. Elle somme une dernière fois les Anglais :
Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous ordonne et vous mande par moi, Jeanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou je vous ferai un tel hahay, dont vous aurez éternelle mémoire. Je vous écris ces choses pour la troisième et dernière fois. Je n’écrirai plus. Jhesus Maria – Jeanne la Pucelle J’ajoute : Je vous aurais envoyé les lettres plus honnêtement, mais vous détenez mes hérauts. Vous détenez mon héraut dit Guyenne. Veuillez me le rendre et moi je vous enverrai aucuns de vos gens prisonniers à la bastille Saint-Loup, car ils ne sont pas tous morts [10].
Enfin, le 7 mai, le grand assaut et donné. Jeanne est blessée, mais elle mène un combat acharné. Les Tourelles sont prises. Les Anglais disparaissent dans la Loire !
Ces lettres furent vivement reprochées à Jeanne lors de son procès, alors qu’elles s’inspiraient des règles de la courtoisie chevaleresque, qui interdisait d’engager le combat sans avoir proposé la paix. Les juges voulurent n’y voir que l’expression d’un orgueil intolérable. Interrogée le 22 février sur le texte d’une lettre aux Anglais, Jeanne répond :
J’ai envoyé des lettres aux Anglais, qui étaient devant Orléans, par lesquelles je leur écrivais qu’il fallait qu’ils se partissent de là. En ces lettres, ainsi que j’ai ouï dire, on a changé deux ou trois mots. C’est à savoir : « Rendez à la Pucelle », et il doit y avoir : « Rendez au roi ». Où il y a : « Corps pour corps » et « chef de guerre », cela n’était point esdites lettres [11]. Jamais aucun seigneur ne m’a dicté ces lettres, mais je les ai dictées moi-même avant de les envoyer. Cependant elles furent montrées à certains de mon parti [12]. Quant aux lettres aux Anglais, je ne les ai point faites par orgueil ou présomption, mais par le commandement de Notre-Seigneur. Et je reconnais bien le contenu en ces lettres, excepté trois mots. Je requérais premièrement qu’on fît paix. Mais qu’au cas qu’on ne voudrait faire paix, j’étais prête à combattre [13].
Lettres aux villes de France avant le sacre
Après les victoires, le sacre !
Jeanne, qui a appelé au combat, a le droit d’inviter au triomphe. De Gien, le roi écrit aux grands seigneurs et aux bonnes villes ; Jeanne écrit elle-même aux habitants de Tournai, dont elle sait l’émouvante fidélité.
Jhesus Maria. Gentilz loiaux Franchois de la ville de Tournay, La Pucelle vous faict savoir des nouvelles de par decha, que en 8 jours elle a cachié les Anglois hors de toutes les places qu’ilz tenoient sur la rivière de Loire, par assault ou aultrement ; où il en a eu mains mors et prinz, et lez a desconfiz en bataille. Et croiés que le conte de Suffort, Lapoulle, son frère, le sire de Tallebot, le sire de Scallez et messires Jehan Falscof et plusieurs chevaliers et capitaines ont esté prinz, et le frère du conte de Suffort et Glasdas mors. Maintenés vous bien loiaux Franchois, je vous en pry, et vous pry et vous requiers que vous soiés tous pretz de venir au sacre du gentil roy Charles a Rains, ou nous serons briefment ; et venés au devant de nous quant vous saurés que nous aprocherons. A Dieu vous commans. Dieu soit garde de vous et vous doinst grace que vous puissiés maintenir la bonne querelle du royaume de France. Escript à Gien le 25e jour de juing. Sur l’adresse : Aux loiaux Franchois de la ville de Tournay [14].
Malgré le conseil royal, que cette marche vers Reims à travers un pays tenu par les forces ennemies épouvante, Jeanne entraîne le roi. On va se heurter à Troyes, qui est une façon de capitale de la France « reniée ». On s’attend à une résistance farouche. De Saint-Phal, à 22 kilomètres de Troyes, le roi d’une part, Jeanne de l’autre écrivent aux gens de Troyes d’ouvrir leurs portes, sans craindre ni pour eux ni pour leurs biens. Sinon le roi y entrera de force.
Aux habitants de Troyes. Jhesus Maria. Très chers et bons amis, s’il ne tient à vous, seigneurs, bourgeois et habitants de la ville de Troyes, Jehanne la Pucelle vous mande et fait savoir de par le Roy du ciel, son droiturier et souverain Seigneur, duquel elle est chacun jour en son service royal, que vous fassiez vraie obéissance et reconnaissance au gentil roi de France, qui sera bien bref à Reims et à Paris, qui que vienne contre, et en ses bonnes villes du saint royaume, à l’aide du Roi Jésus. Loyaux français, venez au devant du roi Charles et qu’il n’y ait point de faute ; et ne doutez de vos corps ni de vos biens, si ainsi le faites. Et si ainsi ne le faites, je vous promets et certifie sur vos vies que nous entrerons à l’aide de Dieu en toutes les villes qui doivent être du saint royaume, et y ferons bonne paix ferme, qui que vienne contre. A Dieu vous commant. Dieu soit en garde de vous, s’il lui plaît. Response brief. Devant la cité de Troyes, écrit à Saint Fale, le mardi 4e jour de juillet. Au dos : Aux seigneurs bourgeois de la cité de Troyes [15].
Mais les gens de Troyes font gorges chaudes de la lettre de Jeanne : « Une vraie coquarde, une folle pleine du diable ! » et cette lettre, « qui n’a ni rime ni raison, après s’en être bien moqués, ils l’ont jetée au feu, sans lui faire aucune réponse. » Jeanne tient bon. On forcera la ville et le 10 juillet, Jeanne introduit triomphalement le roi dans la ville arrachée aux Anglais.
Par Châlons, on marche au plus vite sur Reims.
Lettre au duc de Bourgogne
17 juillet 1429
Avec une audace innocente Jeanne a écrit au duc de Bourgogne de la part du dauphin pour l’inviter au sacre. Le duc ne répondit point à son message. Le jour même du sacre, le 17 juillet, de Reims, Jeanne lui envoie un second message [16] :
Jhesus Maria. Hault et redoubté prince, duc de Bourgogne, Jehanne la Pucelle vous requiert de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain Seigneur, que le roy de France et vous, faciez bonne paix ferme qui dure longuement. Pardonnez l’un a l’autre de bon cuer, entièrement, ainsi que doivent faire loyaulx chrestiens ; et s’il vous plaist à guerroyer, allez suz les sarasins. Prince de Bourgoingne, je vous prie, supplie et requiers tant humblement que requerir vous puis, que ne guerroyez plus au saint royaume de France, et faictes retraire incontinent et briefment voz gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume ; et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix a vous, sauve son honneur, s’il ne tient en vous. Et vous faiz a savoir de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain Seigneur, pour votre bien et pour vostre honneur et sur voz vie, que vous n’y gaignerez point bataille a l’encontre des loyaulx François, et que tous ceulx qui guerroient oudit saint royaume de France, guerroient contre le Roy Jhesus, Roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et souverain Seigneur. Et vous prie et requiers a jointes mains, que ne faictes nulle bataille ni ne guerroiez contre nous, vous, vos gens ni subjiez ; et croiez seurement que, quelque nombre de gens que amenez contre nous qu’ilz n’y gaigneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille et du sang qui y sera respendu de ceulx qui y viendront contre nous. Et a trois sepmaines que je vous avoye escript et envoié bonnes lettres par ung herault que feussiez au sacre du Roy qui, aujourd’hui dimenche, 17e jour de ce present mois de juillet, ce fait en la cité de Reims, dont je n’ay eu point de response, ni n’ouy oncques puis nouvelle dudit hérault. A Dieu vous commens et soit garde de vous, s’il lui plaist ; et prie Dieu qu’il y mecte bonne pais. Escript audit lieu de Reims, ledit 17e jour de juillet. Au verso : Au duc de Bourgogne [17].
Le « haut et redouté prince » ne daigne pas répondre. D’ailleurs, il négocie avec la cour qui trahit Jeanne.
Lettre aux Rémois
5 août 1429
Tandis qu’elle entraîne le roi vers Paris, les Rémois, se voyant menacés de représailles pour avoir livré la ville, et craignant d’être abandonnés par l’armée royale, écrivent leur angoisse au chancelier de France, leur propre archevêque. Nous ne savons la réponse de celui-ci. Mais voici celle de Jeanne.
Elle apprend aux Rémois que le roi a fait trève de quinze jours avec le duc de Bourgogne, ce dont elle est mécontente. Elle les met en garde contre toute attaque éventuelle.
Mes chiers et bons amis, les bons et loiaulx Franczois de la cité de Rains. Jehanne la Pucelle vous faict assavoir de ses nouvelles, et vous prie et vous requiert que vous ne faictes nul doubte en la bonne querelle que elle mayne pour le sang roial. Et je vous promeit et certiffi que je ne vous abandonneray point tant que je vivroy. Et est vroy que le Roy a fait treves au duc de Bourgoigne quinze jours durant, par ainsi qu’il li doit rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de quinze jour. Pourtant ne vous donnés nulle mervoille se je ne y entre si brieffvement ; combien que des treves qui ainsi sont faictes je ne suy point conteinte, et ne scey si je les tendroy. Mais, si je les tiens, ce sera seulement pour garder l’onneur du Roy ; combien aussy que ilz ne cabuseront point le sang roial. Car je tiendroy et maintendroy ensemble l’armee du Roy pour estre toute preste au chieff des dis quinze jours, si ilz ne font la paix. Pour ce, mes tres chiers et parfaiz amis, je vous prie que vous ne vous en donnés malaise tant comme je vivroy. Maiz vous requiers que vous faites bon guet et gardés la bonne cité du Roy ; et me faictes savoir se il y a nulz triteurs qui vous veillent grever. Et au plus brieff que je pourray, je les en osteray ; et me faictes savoir de voz nouvelles. A Dieu vous commans qui soit garde de vous. Escript ce vendredi 5e jour d’aoust, enprés Provins, un logeiz sur champs, au chemin de Paris. Au verso : aux loiaulx Franczois, bourgeois, habitans en la cité de Rains [18].
Lettre au comte B. d’Armagnac
Les Actes du procès mentionnent ici une très bizarre correspondance entre le comte d’Armagnac et Jeanne. Elle fut évoquée le 1er mars au procès de Rouen avec passion et mauvaise foi. Les juges reprochèrent vivement à Jeanne une soi-disant lettre qu’elle avait écrite à Jean IV, comte d’Armagnac, le 22 août 1429. Celui-ci lui avait écrit, pour savoir auquel des trois papes il fallait obéir : Martin V, qui est à Rome, Clément VIII, qui est à Paniscole, ou Benoît XIV [19].
– Qu’avez-vous dit touchant notre Saint-Père le pape et lequel croyez-vous être le vrai ? – Y en a-t-il deux [20] ? – Avez-vous reçu lettre du comte d’Armagnac demandant auquel des trois soi-disant papes il devait obéir ? – Le comte m’écrivit sur cette affaire. A quoi j’ai répondu entre autres que, quand je serai à Paris, ou ailleurs au repos, je donnerai réponse. J’allais monter à cheval, quand je fis cette réponse.
On fit lecture alors des lettres du comte et de Jeanne [21].
– Est-ce bien votre réponse ? – Je pense avoir donné cette réponse, en partie du moins, non en tout.


