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Le Saint Louis-Marie du père Le Crom contesté

 

 

Nous reproduisons ici le texte que le Bulletin de la Confrérie Marie reine des Cœurs (nº 100, mai 2013) a publié en réponse à un article de Présent de 2003 qui contestait le caractère « définitif » de la biographie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort écrite par le R.P. Le Crom (et rééditée par Clovis).

Le Sel de la terre.

 

 

Définitive ?

Le titre de « biographie définitive » a donc été contesté. Voici l’objection :

Après le livre du père Le Crom, d’autres biographies sont parues, puisant à des sources nouvelles, apportant d’autres éclairages… La biographie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort par le père Le Crom… n’est donc pas la biographie définitive du grand apôtre marial comme l’affirme son éditeur actuel. Mais elle a de nombreux mérites qui rendent sa lecture encore instructive [1].

L’objection est de taille. Mais faut-il se laisser impressionner par elle ? Pour y répondre, nous allons interroger un académicien. Celui-ci nous donnera le principe de solution pour notre problème.

 

Où est l’erreur ?

Qui dit biographie, dit biographes. Ce qui est donc en jeu ici, c’est la question de la conception que l’on se fait de l’auteur d’une biographie de saint : le biographe est-il un simple historien ou est-il quelque chose d’autre ou, plutôt, quelque chose de plus ?

Mgr Baudrillart, de l’Académie française, va nous répondre dans la Lettre-Préface qu’il a adressée à Mgr Laveille (biographe de notre saint) à l’occasion de la publication de la biographie de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en 1926 :

Assurément, d’autres vies ont déjà popularisé cette touchante et sainte existence ; il serait injuste d’en méconnaître le mérite. Il restait cependant quelque chose à faire : il convenait qu’une biographie aussi définitive que possible, riche de document et de doctrine, fût proposée… En ce genre de travaux, les qualités ordinaires de l’historien et de l’écrivain même poussées à un degré éminent ne sauraient suffire. Il faut le sens surnaturel, la connaissance approfondie de la théologie ascétique et de la théologie mystique. De tout cela, rien ne vous manque. N’avez-vous pas longtemps enseigné au scolasticat, au noviciat de l’Oratoire, montrant à des âmes sacerdotales le chemin de la perfection ? […] Tant de titres ne vous désignaient-ils pas pour la délicate mission de retracer une vie originale entre toutes par son extrême simplicité ? Vous étiez à même de la comprendre (12 septembre 1925).

Mgr Baudrillart rend ici un grand service à l’Église en rappelant les compétences et les exigences que doit posséder celui qui veut entreprendre la rédaction d’une vie de saint.

Le père Lallement, dans son ouvrage sur Le Mystère de la paternité de saint Joseph (p. 219-220), va même plus loin. Il affirme qu’il « faut toujours une grâce pour connaître un saint » et que « connaître un saint, c’est premièrement savoir qu’il est saint… Et lorsqu’on sait qu’un être est saint, il reste, pour le mieux connaître, à savoir pourquoi, comment il est saint. »

Il ressort clairement de ces deux arguments que le biographe d’un saint doit être quelque chose de plus qu’un simple historien. Et la confusion entre les deux qualifications est une erreur grave qui, malheureusement, domine aujourd’hui.

 

La solution

Si l’on veut bien, avec Mgr Baudrillart et tous les biographes dignes de ce nom, se rappeler qu’une biographie est l’histoire de l’action de Dieu, par sa grâce et sa Providence, dans un homme, on admettra facilement que l’ouvrage du père Le Crom restera la biographie « définitive » de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

D’autres biographies, et elles sont nombreuses, présentent un intérêt, c’est entendu. L’histoire pourra toujours apporter quelques précisions inconnues jusque-là, c’est entendu. On pourra améliorer quelques détails chronologiques chez les plus anciens biographes (ce n’était pas leur souci majeur !), c’est entendu.

Mais il reste que du point de vue de la sainteté, c’est-à-dire du point de vue de l’héroïcité des vertus – et c’est là le formel d’une vie de saint –, on parlera désormais d’un avant et d’un après Le Crom…

Il faut donc concéder que matériellement, les données historiques de la vie du père Grignion pourront s’enrichir, s’épurer ou se rectifier. Il n’en reste pas moins vrai qu’en tant qu’elle nous présente la vie d’un saint, cette biographie restera pour toujours « La Référence ». Ceci n’enlevant rien, du point de vue historique, aux mérites des biographies futures.

 

Louis Le Crom

Le R.P. Le Crom, montfortain, a été supérieur local plusieurs années à la maison provinciale de Paris. Il a ensuite été directeur spirituel au scolasticat de Montfort-sur-Meu. Il est décédé le 23 mai 1958, âgé de 69 ans, après 49 ans de profession religieuse.

Sa biographie, à laquelle il a travaillé une dizaine d’années, « reste parmi les meilleures » (lettre du 27 juillet 2003 d’un Montfortain).

Et il semble, ici, que l’éloge donné par Mgr Baudrillart à Mgr Laveille convient parfaitement au père Le Crom en raison de la similitude de leur curriculum vitæ

C’est aussi l’occasion de rappeler qu’il fut par ailleurs le dernier directeur spirituel et le biographe de Gabrielle Watine, mère de S.E. Mgr Marcel Lefebvre. Le Monfortain, sans préjuger des décisions de l’Église, écrivait, en 1948, dans sa Note liminaire :

Si j’ai accepté de présenter cette esquisse biographique, écrite d’après les témoignages directs et irrécusables, c’est que je crois à la sainteté de Madame Lefebvre.

Cette biographie a été remise à l’honneur en 1993 par le journal suisse Controverses, aujourd’hui disparu. Elle a été rééditée il y a quelques années par l’Association Notre-Dame du Pointet sous le titre Une mère de famille, Madame Gabrielle Lefebvre, mère de Monseigneur Lefebvre [2]. 

 

Mérite de l’ouvrage

Le mérite du père Le Crom est non seulement d’être allé aux sources les plus essentielles (quatre pages de références au début de son livre), mais aussi de les avoir citées in extenso dans le texte.

Pour ne citer que les trois sources les plus anciennes ce sont, d’abord, le mémoire du chanoine Blain (1722 ?), ami de jeunesse de Louis Grignion, « document de première valeur », comme le signale le père Le Crom ; ensuite la biographie de M. l’abbé Joseph Grandet, parue à Nantes en 1724, qui donne des « renseignements de première main » (voir L. Le Crom), puisque l’auteur a interrogé des témoins de la vie du père Grignion ; enfin, le manuscrit du père Besnard, 3e supérieur général de la Compagnie de Marie, qui a connu les premières recrues du père de Montfort, les pères Mulot et Vatel, ainsi que la sœur Marie-Louise de Jésus, première Fille de la Sagesse. Que veut-on de mieux du point de vue historique ?

Ces auteurs les plus anciens ont connu, ou le père de Montfort, ou des témoins oculaires. C’est ce qui fait qu’ils ont été placés par la Providence divine sous le rayonnement immédiat de la sainteté du père Grignion. Et eux seuls ont pu transmettre cette flamme de sainteté qui les a caressés.

C’est pourquoi, quand les biographes actuels se contentent de résumer et (ou) de reformuler les sources en indiquant les références dans le texte ou en bas de page, ils provoquent nécessairement, dans leur travail, un appauvrissement considérable. Il est vraiment étrange que ces biographes modernes, pour ne pas dire modernistes, reprochent sans cesse à ces auteurs leur enthousiasme spirituel sous prétexte qu’ils n’avaient pas « le recul » suffisant.

Étonnante, la prétention d’être plus réaliste sur le père Grignion, à 300 ans de là, qu’un contemporain ou, a fortiori, un ami intime comme M. Blain, l’ayant connu « à fond » (Blain, p. 15).

Ce qui nous intéresse dans la vie d’un saint, n’est-ce pas l’héroïcité de ses vertus et sa sainteté, la sainteté qu’il a rayonnée de son vivant ? Précisément la sainteté que les premiers biographes essayent de nous faire toucher du doigt dans leurs écrits ?

C’est le lieu de citer ici L. de Marchi, dans sa biographie de sainte Rita, lequel faisait, en 1939, une remarque très pertinente :

Comment est-il possible de raconter la vie des saints sans tomber, à tous moments, dans le surnaturel ? Tout en eux est en dehors de la vie commune. C’est Dieu lui-même qui œuvre dans ses créatures, et nous savons que rien ne lui est impossible (p. 16).

C’était dans ce climat surnaturel que les premiers biographes de Montfort ont couché sur le papier leur témoignage. Ils avaient pour objectif de montrer, avant toute chose et principalement, l’œuvre de Dieu dans la vie de leur héros. Ils étaient, par ailleurs, assez peu soucieux de la chronologie des événements. Et pour cause. Que le curé d’Ars ait multiplié la farine par miracle un lundi ou un mardi, qu’est-ce que cela change à l’œuvre de Dieu par sa personne ? Ce doute sur le jour exact du miracle ne sert, bien entendu, qu’aux incrédules qui profitent de l’occasion pour nier le fait historique et, en fin de compte, nier les faits surnaturels de la vie d’un saint.

 

La couverture

L’édition Clovis du Le Crom donne une légende de l’illustration de première page de couverture :

Saint-Louis Marie Grignion de Montfort remettant l’habit des Filles de la Sagesse à Mère Marie-Louise Trichet (2 février 1703). Tableau peint par Claude Lavergne en 1887 et conservé en la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Cette présentation du tableau qui se trouve au tombeau du père de Montfort, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, est assez courante.

Compte tenu des éléments figurant sur le tableau, ne pourrait-on pas émettre une autre hypothèse qui paraît plus « historique » ? Grignion est entouré de deux prêtres : ne sont-ils pas M. Mulot (de face, sur la gauche du tableau), son premier successeur, et M. Vatel (de dos, sur la droite du tableau), premier des messieurs du Saint-Esprit à l’avoir suivi ? A noter, pour tous ceux qui connaissent le portrait de M. Mulot, l’exactitude des traits du visage, spécialement le nez qui lui était très caractéristique. Par ailleurs, l’ex-voto en forme de bateau fait plutôt penser à La Rochelle, où M. Vatel a d’ailleurs été « intercepté » par Montfort, qu’à Poitiers.

Il faut aussi remarquer que M. Grignion ne remet pas l’habit religieux en tant que tel (bel et bien donné à Marie-Louise le 2 février 1703 à Poitiers), mais le manteau des Filles de la Sagesse. Or, cet événement a eu lieu à La Rochelle le 22 août 1715. C’est ce jour-là que Marie-Louise Trichet et Catherine Brunet ont fait des vœux proprement religieux (J.F. Dervaux, p. 223), tandis que deux nouvelles religieuses recevaient le saint habit : Marie Valleau et Marie Régnier. Une ancienne image indique comme légende : Le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort admet à la profession religieuse sœur Marie-Louise Trichet, 1ère supérieure des Filles de la Sagesse. Ce qui vient corroborer cette hypothèse puisque cela a eu lieu à La Rochelle. A moins que ce tableau ne soit purement symbolique, sans soucis de chronologie, puisque Montfort ne rencontrera M. Mulot qu’après le 22 août 1715 et que le tableau indique cette légende : Le vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort, fondateur de l’Institut des prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie et de la Congrégation des Filles de la Sagesse.

 

Un livre à lire !

C’est donc un livre à lire, à trois années seulement du tricentenaire de la mort de saint Louis-Marie Grignion de Montfort…

Pour commander la biographie de 640 p., 14 x 21 cm., Réf. 21318 – 22 € + port : Éditions Clovis – B.P. 118 – F 92153 – Suresnes Cedex. Tél. 01.45.06.98.88 – Site web : www.clovis-diffusion.com



[1]  — Article intitulé « Saint Louis-Marie Grignion de Montfort », d’Yves Chiron dans le journal Présent du 8 novembre 2003 (nous avons pris connaissance de cet article seulement cette année). L’auteur y affirme que le postulateur en faveur du titre de « docteur de l’Église » pour Montfort est le carme François-Marie Léthel. Il est vrai que ce carme s’est beaucoup dépensé pour cette cause, mais il n’en a jamais été le postulateur. Le postulateur de la cause est le montfortain Battista Cortinovis, à qui a été adressée la lettre du 2 août 2001 de la congrégation pour les Causes des saints, refusant le titre de docteur de l’Église à Montfort. Réf. : Prot. N. 2289-5/00. Voir Marie Médiatrice, Clovis, 2007.

[2]  — Revue Marchons droit n° 116. A commander à : Notre-Dame du Pointet B.P. 4 –F 03110 Broût-Vernet (7 € + port).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 86

p. 199-203

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