Aux origines de la
Première Guerre mondiale
Subversion religieuse et politique
par Philippe Girard
Les causes le plus couramment avancées pour expliquer le déclenchement de la première Guerre mondiale sont de nature géopolitique, économique, commerciale, maritime et coloniale.
Sur le plan géopolitique, les mondes germanique et slave s’opposent pour la suprématie en Europe du Sud-Est (la poudrière des Balkans) dont sont proches les détroits stratégiques contrôlant le passage entre la mer Méditerranée et la mer Noire, et au sort desquels la Grande-Bretagne attache une importance capitale pour la sécurité de la route des Indes et le contrôle du pétrole du Moyen-Orient. Sur les plans économique, commercial et maritime, la montée continue du Reich menace de plus en plus des positions que Londres pouvait croire inexpugnables. « Notre avenir est sur l’eau ! » (Guillaume II). Sur le plan colonial, les pays derniers venus dans l’expansion outre-mer – l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie, le Japon –, tendent à remettre en cause les situations acquises par leurs devanciers.
Ces causes, bien connues, ne seront pas développées ici. Certains historiens, d’ailleurs, tendent à en nuancer l’influence ; par exemple, estiment-ils, les milieux dirigeants de l’industrie lourde allemande préféraient poursuivre la croissance de leurs activités dans le cadre de la concurrence économique où ils se sentaient assurés d’acquérir bientôt une situation prépondérante, plutôt que de se lancer dans des conflits au résultat toujours aléatoire [1].
Nous inspirant des livres de Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale [2] et de Pierre Virion, L’Europe, après sa dernière chance, son destin [3], nous préférons mettre l’accent sur deux causes peu souvent évoquées, l’une de nature religieuse, le développement de l ’esprit protestant en Prusse, noyau dirigeant du Reich, l’autre de nature politique, l’établissement d’une nouvelle configuration de l’Europe, les deux étant connexes puisque le protestantisme sous la forme du luthérianisme profita de l’unification allemande à direction prussienne en 1871. Ces deux causes ont une cible toute désignée, l’Empire d’Autriche-Hongrie, bouclier de l’empire catholique contre l’islam et le protestantisme, et qui rassemblede près de vingt nationalités sous la couronne des Habsbourg, ces ducs d’Autriche devenus en 1438 empereurs du Saint-Empire romain germanique jusqu’à sa destruction par Napoléon Ier en 1806.
Après avoir œuvré tout au long du 19e siècle à l’abaissement de l’Empire austro-hongrois, les sociétés secrètes méditent sa disparition définitive.
Une subversion religieuse :
Le protestantisme et son incarnation dans l’État prussien
Le protestantisme, cause des guerres de religion au 16e siècle, opéra une cassure brutale en Europe centrale, là où le Saint-Empire romain germanique englobait dans une même unité religieuse et politique des peuples toujours prêts à s’affronter. Sous prétexte de réformer la discipline ecclésiastique, il s’en prit en réalité au dogme lui-même, aux notions de bien, de mal, de liberté, de morale et prôna le libre examen.
Toute la Réforme est convaincue d’avoir commencé par le blasphème, en faisant Dieu auteur du péché et en niant le libre arbitre [4].
Dans une controverse avec les dominicains, Luther développa sa doctrine de la justification par la foi seule sans les œuvres, selon laquelle le péché doit être pratiqué, car il est le moyen de glorifier la justice de Dieu qui vainc le monde et couvre tout :
Péchez, péchez vigoureusement, mais que votre confiance dans le Christ s’accroisse dans la même proportion [5].
Insurrection contre l’autorité, celle de l’Église comme celle du pouvoir civil, l’anarchie intellectuelle qu’est l’esprit protestant fut, par l’intermédiaire de Pierre Bayle, à l’origine de l’esprit « philosophique » du 18e siècle, qui en a hérité sa détestation du catholicisme romain et de la monarchie traditionnelle. Elle est ainsi une des causes de la Révolution de 1789 et des vingt-trois années de guerres européennes qu’elle provoqua. A la suite d’une question mise au concours par l’Institut de France en 1802 [6], le lauréat fut un protestant, Charles Villers. Tout en regardant avec faveur la Réforme, il la rendait néanmoins responsable de toutes les révolutions politiques opérées en Europe depuis Luther, ainsi que du prodigieux accroissement des moyens de faire la guerre et de l’état d’esprit nouveau qui en résulta :
Les guerres qui suivirent prirent un caractère religieux et fanatique, par conséquent plus animé, plus terrible, plus sanguinaire que celui des autres guerres […]. Et c’en est assez pour être forcé de convenir que, depuis le débordement des peuples du Nord sur l’Empire romain, aucun événement n’avait encore produit en Europe des ravages aussi longs et aussi universels que ceux causés par la guerre allumée au foyer de la réformation [7].
De son côté, Bonald écrit :
La Réforme a été l’événement des temps modernes le plus funeste à la société et la cause prochaine ou éloignée de toutes les révolutions qui, depuis le 15e siècle, ont agité l’Europe et de toutes les guerres qui l’ont ensanglantée ; et si la société doit finir, je n’hésite pas à la regarder comme le premier coup de cloche de cette dernière catastrophe [8].
La Prusse devait être le bastion européen du protestantisme. En 1511, les chevaliers teutoniques, dont elle était une possession, élirent grand maître un Hohenzollern, Albert de Brandebourg, qui, en 1525, embrassa la Réforme et sécularisa, c’est-à-dire s’appropria, les biens de l’Ordre.
Telles sont les origines et tels sont les fondements du royaume de Prusse. Aux origines de la famille [des Hohenzollern], on trouve le prêt usuraire, et aux fondements du royaume, l’apostasie, le sacrilège et le vol des biens de l’Église [9].
Les traités de Westphalie, en 1648, et des acquisitions ultérieures d’où le bon droit était absent, permirent au duché de Prusse de croître à tel point que l’empereur Léopold Ier accorda imprudemment la couronne royale aux Hohenzollern en 1701, au grand scandale des cours européennes et du Saint-Siège qui ne reconnut le royaume de Prusse qu’en 1787.
Les nations, comme les individus, subissent la fatalité du péché originel. Née d’une apostasie qui a profané l’idéal religieux et militaire des chevaliers teutoniques, la Prusse n’a jamais démenti ses origines frauduleuses et larronnes. D’Albert de Brandebourg à Frédéric II, de Frédéric II à Bismarck, de Bismarck à l’attentat du 2 août 1914 [violation de la Belgique par l’armée allemande], c’est toujours par la violation des droits les plus sacrés, par le parjure et par l’iniquité qu’elle est arrivée à ses fins [10].
Frédéric II de Prusse fut le grand homme des « philosophes » du 18e siècle et surtout de Voltaire ; leurs relations furent tumultueuses, puisque Voltaire reçut un jour la bastonnade sur l’ordre de son royal mécène, mais tous deux se retrouvaient unis dans leur haine commune de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Les jugements de ce roi de Prusse sur Voltaire et ses conjurés sont la chose du monde la plus curieuse. Lorsqu’il se livre à sa haine pour le christianisme, qui était chez lui une véritable maladie, une rage, alors il parle de ces messieurs comme de ses collègues, il fait cause commune avec eux, il dit : Nous. Mais lorsqu’il ne s’agit plus de théologie, il en parle et il leur parle avec le dernier mépris ; car personne ne les connaissait mieux que lui. Cette observation est justifiée par toutes les pages de cette correspondance [11].
En 1753, Frédéric II fut reçu maçon. La destruction du Saint-Empire romain germanique fut un des buts de la maçonnerie et de la Prusse, de même que la destruction de la confédération germanique à direction autrichienne qui lui avait succédé après Waterloo ; elle fut l’œuvre de Bismarck, aidé par le franc-maçon anglais Palmerston [12] et le carbonaro Napoléon III, en vue de la remplacer par une confédération à direction prussienne et sous influence protestante, qui déclencha une politique de persécution contre les catholiques allemands (Kulturkampf, 1873) et polonais.
Dès avant les victoires sur l’Autriche [Sadowa, 1866] et sur la France [1871] des mesures avaient été prises qui pouvaient être considérées comme préambule à la guerre à l’Église [13].
L’héroïque résistance des catholiques allemands sous la direction de leurs évêques, que n’intimidaient pas les peines de prison, et de Louis Windthorst [14] amena Bismarck à renoncer au Kulturkampf, du moins sous sa forme violente, en 1887.
Guillaume II voulut devenir le chef spirituel du protestantisme dans le monde.
En octobre 1892, […] l’Empereur se rendit à Wittenberg où Luther afficha, le 31 octobre 1517, sur les portes de l’église, ses fameuses propositions contre les indulgences. […] Puis, au banquet, Guillaume II s’écria, tenant en main le verre dont Luther se servait dans ses débauches : « Je me réclame de Luther [15]. »
Le pèlerinage qu’effectua le Kaiser à Jérusalem en 1898 fut à cet égard caractéristique. S’étant fait accompagner de pasteurs de toutes les sectes protestantes des pays européens, il voulut apparaître « comme le légat-né des intérêts protestants du monde entier [16] », dans un discours prononcé pour le trois cent quatre-vingt et unième anniversaire de l’affichage des thèses de Luther sur les portes de l’église de Wittenberg, le 31 octobre 1517.
A la veille de la Guerre de 1914-1918, sous l’influence de la Prusse et de son roi luthérien, l’état d’esprit en Allemagne tendait à exalter de manière inconsidérée des ambitions d’expansion universelle de nature messianique :
Le bon Dieu ne se serait jamais donné tant de peine pour notre patrie allemande s’il ne nous réservait pas une grande destinée : nous sommes le sel de la terre ; Dieu nous a appelés à civiliser le monde [17]. Rappelez-vous que le peuple allemand est le peuple élu de Dieu. L’esprit de Dieu est descendu sur moi. En ma qualité d’Empereur d’Allemagne, je suis son arme, son glaive et son vrai roi. Malheur aux désobéissants [18].
A la fin du 19e siècle, Frédérick Nietzsche, fils de pasteur protestant, avait développé ses théories du « surhomme » et du culte de la force et du mépris de la pitié, « accueillies et célébrées par un nombre effrayant de nos contemporains. Une foule de disciples se sont rangés sous le drapeau de Nietzsche [19] ».
Ces théories inquiétantes ne sont pas étrangères au luthérianisme : voulant justifier les turpitudes et les violences de Luther, un théologien protestant écrit qu’elles tiraient leur bien-fondé e de sa qualité de surhomme : « En lui a habité la surhumanité [20]. »
Une subversion politique
Le principe des nationalités, par la destruction de l’Autriche-Hongrie – L’homme qui pouvait y faire obstacle
Après le Congrès de Vienne, en 1815, qui conserve le mérite d’avoir garanti la paix en Europe pendant quarante ans, même s’il avalisa des mesures discutables comme l’attribution de territoires italiens à l’Autriche ou celle de populations catholiques à la Prusse, les insurrections libérales inspirées par les sociétés secrètes, Haute Vente et Charbonnerie, donnèrent naissance à un nouveau ferment révolutionnaire de nature politique : le principe des nationalités [21]. Associé au ferment révolutionnaire de nature religieuse qu’est le protestantisme, surtout dans sa version luthérienne, il sera l’arme de la Révolution pour abattre l’ordre européen issu du Congrès de Vienne et qui reposait essentiellement sur l’Empire d’Autriche-Hongrie. Le programme des sociétés secrètes remontait loin dans le temps : en 1657, Amas Komensky, dont le nom latinisé est Comenius, écrivit un libelle, Lux e tenebris (la lumière sortant des ténèbres), dans lequel le Saint-Empire romain germanique est décrit comme
la bête à tout faire de la courtisane [la papauté] ; Dieu ne tolérera plus longtemps ces choses ; bien mieux, il détruira enfin le monde des impies dans un déluge de sang. A la fin de la guerre, la papauté et la Maison d’Autriche seront détruites [22].
Deux cents ans après, Émile Keller, député catholique au corps législatif du Second empire, écrit :
L’Autriche sera de plus en plus acculée par ses ennemis qui lui demandent non seulement la Galicie, Venise et le Quadrilatère, mais aussi la Hongrie, la Bohême, l’émancipation des races slave et magyare, c’est-à-dire son complet anéantissement [23].
Le mot d’ordre du jour est donc le principe des nationalités [24]. Sous prétexte de « libération » de nationalités prétendument persécutées, l’édification du nouvel ordre européen voulu par les sociétés secrètes se traduisit par l’éviction de l’Autriche hors d’Italie, grâce au carbonaro Napoléon III (Solférino, 1859), puis d’Allemagne (Sadowa, 1866) et la fin des États pontificaux (1870). La Grande-Bretagne avait joué un rôle capital :
La protestantisation politique de l’Europe portera la marque anglo-saxonne de ce ministre d’Outre-Manche [Palmerston], avant de revêtir bientôt, plus brutale, la marque prussienne [25].
Pour la France, l’abaissement de l’Autriche et la montée parallèle de la Prusse conduisit à la défaite de 1870, suivie, le 18 janvier 1871 [26], de la proclamation, dans la Galerie des glaces du château de Versailles, du 1er Reich, sous direction prussienne et luthérienne [27]. Le nouvel ordre européen entraîna aussi la disparition de la Rome pontificale au profit de la dynastie libérale de la Maison de Savoie [28].
Un homme aurait pu s’opposer à la destruction de l’Empire par le principe des nationalités : l’archiduc François-Ferdinand, successeur désigné de l’empereur François-Joseph. L’archiduc fut un homme politique aux vues pénétrantes, conscient des dangers du libéralisme, du socialisme, de la haute finance apatride et de la franc-maçonnerie. Il était proche du parti chrétien-social de Karl Lueger, le bourgmestre de Vienne de 1897 à 1910 [29], et partisan de la doctrine sociale chrétienne dans l’esprit de l’encyclique de Léon XIII, Rerum novarum (1891).
Sur le plan de l’organisation de l’Autriche-Hongrie, il a profondément réfléchi. Pour lui :
L’Autriche est fondée sur des valeurs catholiques supranationales, sur l’idée d’un homo austriacus qui, en plus d’appartenir à une nationalité, est d’abord sujet d’un empire paternel à tous, aussi divers fussent-ils [30].
Dans un manifeste A mes peuples, devant être rendu public après la mort de François-Joseph et posant les principes sur les questions essentielles, François-Ferdinand avait fait écrire :
Nous voulons traiter avec le même amour tous les peuples, toutes les couches sociales et toutes les religions de la monarchie. […] Nos principes sur l’égalité de droit de tous les peuples et de toutes les classes de la monarchie signifient que nous nous efforcerons à ce que chaque peuple de la monarchie voie son développement national garanti, dès lors qu’il se situe dans le cadre des intérêts communs de la monarchie. […] Les peuples de la monarchie danubienne qui s’appartiennent l’un à l’autre par des liens historiques et géographiques doivent s ’aimer d’un amour fraternel [31].
Après avoir hésité sur la structure de l’Empire, l’archiduc avait opté pour une forme fédérale à base ethnique et géographique, dans laquelle une entité slave à noyau croate aurait équilibré les entités germanique et magyare.
Le but final, c’était la grande Autriche, l’union de beaucoup de peuples libres, autonomes et égaux en droit, dans une grande région économique, avec une armée commune puissante, un pouvoir central fort et l’Empereur comme chef suprême. […] L’héritier du trône n’était ni anti-magyar, ni slavophile. S’il avait été des deux, il n’aurait pas été un vrai Habsbourg. En réalité, il était, par son comportement, supranational, catholique et universel ; en tant que tel, il ne se sentait pas appelé à régner sur un seul peuple mais au contraire sur beaucoup de peuples, de par la volonté de Dieu [32].
On comprend qu’une telle hauteur de vues ait jeté Belgrade dans le désarroi et conduit à l’attentat de Sarajevo, dont les commanditaires touchaient de près à l’appareil d’État serbe, et qui de longtemps avait été prémédité ; une revue n’écrivait-elle pas, deux ans avant Sarajevo :
Peut-être la lumière se fera-t-elle un jour sur cette parole d’un maçon suisse au sujet de l’héritier du trône d’Autriche : « Il est bien, c’est dommage qu’il soit condamné, il mourra sur les marches du trône » [33].
*
Ici s’arrête le manuscrit de Philippe Girard. Il avait prévu une conclusion que son rappel à Dieu l’a empêché d’écrire. Nous y suppléons par deux documents pour illustrer et corroborer ses propos :
1) la lettre que Don Bosco écrivit le 24 mai 1873 à l’empereur d’Autriche, pour l’encourager à s’allier aux nations catholiques (cette lettre a déjà été publiée avec le texte original dans Le Sel de la terre 19, p. 399 ; on la trouve également dans le livre de P. Virion, L’Europe, après sa dernière chance, son destin, Paris, Téqui, 1984, p. 31-32) ;
2) l’instruction du chancelier Bismarck au comte Von Arnim, son ambassadeur à Paris, le 16 novembre 1871.
• Lettre de Don Bosco à l’empereur d’Autriche
A l’empereur d’Autriche, le 24 mai 1873. Ainsi parle le Seigneur à l’empereur d’Autriche : « Reprends courage : prépare mes serviteurs fidèles et prépare-toi toi-même. Ma colère est sur le point d’éclater sur toutes les nations de la terre, parce que l’on veut faire mépriser ma loi et parce que l’on veut porter en triomphe ceux qui la profanent et opprimer ceux qui l’observent. Veux-tu devenir l’instrument de ma puissance ? Veux-tu accomplir mes volontés les plus secrètes et devenir le bienfaiteur de l’humanité ? Appuie-toi sur les nations du Nord, mais pas sur la Prusse. Rapproche-toi de la Russie, mais sans conclure d’alliance avec elle. Allie-toi à la France catholique. Après la France, viendra l’Espagne. Soyez un seul et même bras, guidé par un seul et même esprit. Méfiez-vous des ennemis de mon saint nom. La prudence et l’énergie vous rendront invincibles. N’écoute pas les mensonges de ceux qui te poussent dans la voie opposée. Pas d’alliance avec les ennemis du crucifié ! Sois patient et mets ta confiance en moi, car je suis celui qui rend les armées victorieuses – le Sauveur des peuples et de leurs souverains. Amen. Amen. »
• Instruction du chancelier Bismarck au comte Von Arnim (16 novembre 1871)
« Nous devons enfin désirer le maintien de la République en France pour une deuxième raison qui est majeure : la France monarchique était et sera toujours catholique ; sa politique lui donnait une grande influence en Europe, en Orient et jusqu’en Extrême-Orient. Un moyen de contrecarrer son influence au profit de la nôtre, c’est d’abaisser le catholicisme et la papauté qui en est la tête. Si nous pouvons atteindre ce but, la France est à jamais annihilée. La monarchie nous entraverait dans ces tentatives. La République nous aidera… J’entreprends contre l’Église catholique une guerre qui sera longue et, peut-être, terrible ! On m’accusera de persécution et j’y serai peut-être conduit, mais il le faut pour achever d’abaisser la France et établir notre suprématie religieuse et diplomatique, comme notre suprématie militaire. Et bien ! Je le répète : ici encore les républicains m’aideront ; ils joueront notre jeu ; ce que j’attaque par politique, ils l’attaquent par formalisme anti-religieux. Leur concours est assuré. Entretenez dans les feuilles radicales françaises à notre dévotion la peur de l’épouvantail clérical, en faisant propager les calomnies ou les préjugés qui font naître cette peur… Faites aussi parler, dans ces feuilles, des dangers de la réaction, des crimes de l’absolutisme, des empiètements du clergé. Ces balivernes ne manquent jamais leur effet sur la masse ignorante. Oui ! Mettez tous vos soins à entretenir cet échange de services mutuels entre les républicains et la Prusse ! C’est la France qui paiera les frais ! »
Cette instruction fut citée par Gaudin de Vilaine, au Sénat, le 6 avril 1911 (Journal Officiel du 7 avril 1911).
Concluons par le constat de Benoît XV, en 1917 :
C’est l’athéisme légal érigé en système de civilisation, qui a précipité le monde dans un déluge de sang. [Allocution au Sacré Collège, Noël 1917.]
[1] — Encyclopédie de la Grande Guerre, sous la direction de Stéphane Audouin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker, Perrin, Collection Tempus, 2012, 2 t., 760 et 1050 p., 25 €.
[2] — 1920. Réédité en 3 tomes par les Éditions Saint-Rémi, BP 80, 33410 Cadillac, sd.
[3] — Téqui, 82 rue Bonaparte, 75006 Paris, 1984, 75 p.
[4] — Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, liv. XV, « 2e avertissement sur les lettres de M. Jurieu » (Œuvres de Bossuet, Paris, Firmin Didot, 1841, t. 4, p. 334). Cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. II, p. 350.
[5] — Cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. II, p. 353.
[6] — De l’influence de la Réformation de Luther sur la situation politique des différents États de l’Europe et sur le progrès des Lumières, Mgr Delassus, Les Pourquoi de la guerre mondiale, t. II, p. 385.
[7] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. II, p. 386.
[8] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. II, p. 387.
[9] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 10.
[10] — Godefroid Kurth, cité sans référence, dans Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 12.
[11] — Joseph de Maistre, in Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 17.
[12] — Henry Temple, Carol Palmerston (1784-1865). Homme d’État britannique, premier ministre de 1855 à 1858 et de 1859 à sa mort, franc-maçon, grand adversaire du catholicisme.
[13] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 87.
[14] — Louis Windthorst (1812-1891). Homme d’État allemand. Ministre du royaume du Hanovre avant sa disparition en 1866, il fut député au Reichstag et fonda le Centre, le parti catholique allemand.
[15] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 115.
[16] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 119.
[17] — Cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 139.
[18] — Cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 141.
[19] — R.P. Denifle O.P., dominicain allemand auteur de Luther et le luthérianisme, cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 152.
[20] — Cité par Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 152.
[21] — Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 56-57.
[22] — Cité par Pierre Virion, L’Europe, après sa dernière chance, son destin, p. 16.
[23] — Émile Keller, L’Encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789, ou l’Église, l’État et la Liberté, Poussielgue, 1865.
[24] — Quand le principe des nationalités lui aura rendu les services qu’elle pouvait en attendre, la Révolution le remplacera par la lutte des classes, puis, aujourd’hui, par la perversion organisée des mœurs. La Révolution n’est jamais à court de moyens dans son œuvre de démolition.
[25] — Pierre Virion, L’Europe, après sa dernière chance, son destin, p. 21.
[26] — 170e anniversaire du couronnement de Frédéric Ier, premier roi de Prusse, le 18 janvier 1701.
[27] — Avant même son élection à la présidence de la République en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte était favorable à l’unification allemande : Mgr Delassus, Les Pourquoi de la Guerre mondiale, t. III, p. 29.
[28] — Sa politique italienne devait valoir à Napoléon III cette terrible apostrophe d’Émile Keller au Corps législatif, le 11 mars 1861 : « Vous avez reculé, non devant le Piémont, non devant l’Angleterre, mais devant une force astucieuse dont le Piémont est l’instrument et le gouvernement britannique le tuteur. Vous avez reculé devant la Révolution. Êtes-vous révolutionnaires ? Êtes-vous conservateurs ? Ou êtes-vous simplement spectateurs du combat ?… Dites donc ce que vous êtes ! »
[29] — Sur Karl Lueger, voir Le Sel de la terre 85, été 2013, p. 192-194. Le parti chrétien-social sera ensuite illustré par le chancelier Dollfuss (Le Sel de la terre 63).
[30] — Jean-Marie Thiérot a rédigé une chaleureuse biographie de François-Ferdinand d’Autriche, mais qui ne désigne pas l’ennemi mortel de l’Autriche-Hongrie impériale, royale et catholique. Perrin, Collection Tempus nº 417, 2011, 537 p., 11 €.
[31] — Jean-Louis Thiérot, François-Ferdinand d’Autriche, p. 334.
[32] — Jean-Louis Thiérot, François-Ferdinand d’Autriche, p. 352.
[33] — Revue Internationale des Sociétés Secrètes de Mgr Jouin, 15 septembre 1912, p. 787-788.

