Intransigeance doctrinale et charité pastorale chez saint Pie X
par Thomas Belleau
Saint Pie X fut l’une des premières « victimes » de la guerre de 1914-1918, puisqu’il rendit son âme à Dieu le 20 août 1914, après avoir publié une exhortation, Dum Europa (2 août 1914), demandant à tous les catholiques d’implorer Dieu pour la cessation de la guerre. Le centième anniversaire de sa sainte mort nous donne l’occasion de rappeler comment saint Pie X, étant vicaire à Tombolo (1858-1867), curé à Salzano (1867-1875), vicaire capitulaire à Trévise (1875-1884), évêque à Mantoue (1884-1893), patriarche à Venise (1893-1903) et souverain pontife à Rome (1903-1914), fut, toute sa vie, à la fois d’une grande intransigeance doctrinale et d’une immense charité pastorale. Un modèle à imiter.
Le Sel de la terre.
– I –
Intransigeance doctrinale de saint Pie X
Après des études très sérieuses au séminaire de Padoue où il eut toujours la mention « éminent » dans toutes les matières théologiques et philosophiques, le jeune abbé Joseph Sarto ne cessa jamais d’étudier. De ses quatre années de grand séminaire, l’abbé Pierre Fernessolle écrit : « Quatre années de labeur intense, dont les archives du séminaire mentionnent le succès éclatant et ininterrompu. C’est toujours, jusqu’au bout, la même note : premier du cours de théologie, comme il le fut du cours de philosophie [1] . » Son assiduité à l’étude est relevée par tous ses biographes. Ainsi, après son ordination, devenu vicaire à Tombolo, petit village au sud de Riese en Vénétie, il se fait un devoir d’étudier lorsqu’il n’est pas occupé au ministère des âmes.
Il n’est pas rare, écrit Mgr Marchesan, que, se levant de bonne heure, don Giuseppe (c’est ainsi que Joseph Sarto était appelé), pour ne pas déranger le sonneur, montât lui-même au clocher pour sonner l’Angelus. La messe célébrée – et il la célébrait de grand matin avec une émouvante piété mais sans nulle singularité – il se mettait bientôt au confessionnal, s’il y avait des personnes à confesser, puis il retournait à sa chambre pour étudier [2].
Qu’étudiait-il ? « La sainte Écriture, la théologie, le Droit canon, les Pères et Docteurs de l’Église », écrit le père Dal-Gal, qui ajoute : « Don Joseph Sarto avait fait de bonnes études, il connaissait parfaitement la théologie et les sacrés canons, la Somme de saint Thomas et les avis des conciles et des pontifes [3] ». En arrivant à Mantoue comme évêque, il mit à l’honneur l’enseignement de saint Thomas au séminaire (discours aux séminaristes du 14 juillet 1885). Un contemporain de saint Pie X, le docteur Daëlli, confirme le fait :
Quand S.S. Léon XIII adressa aux séminaristes sa fameuse Lettre sur l’étude de saint Thomas d’Aquin, l’évêque de Mantoue en ressentit un tel bonheur qu’il voulut, tout pauvre qu’il était, donner aux élèves les plus besogneux la Somme théologique, pour qu’il leur fût possible de suivre, le texte en main, l’analyse succincte qu’il leur en faisait pendant la classe [4].
Il fut aussi un lecteur assidu des Pères de l’Église (saint Jean Chrysostome et saint Augustin en particulier) et ses prédications en sont toutes imprégnées. Du simple vicaire au souverain pontife, saint Pie X fut un passionné de Dieu et de sa vérité. Son souci permanent était la formation de saints prêtres, la prédication de la doctrine chrétienne, l’enseignement du catéchisme pour les enfants et pour les adultes, la diffusion de la vérité par la presse. Son amour de la vérité, sa vie vraiment chaste et sa piété profonde le rendaient par là même ennemi irréductible du vice et de l’erreur. Car, « quiconque aime la vérité, écrit Ernest Hello, déteste l’erreur […]. Mais cette détestation de l’erreur est la pierre de touche à laquelle se reconnaît l’amour de la vérité. Si vous n’aimez pas la vérité, vous pouvez jusqu’à un certain point dire que vous l’aimez et même le faire croire : mais soyez sûr qu’en ce cas vous manquerez d’horreur pour ce qui est faux, et à ce signe on reconnaîtra que vous n’aimez pas la vérité [5] ».
Or quel était le mal du siècle ? Joseph Sarto y répond en arrivant à Venise dans une page magistrale de sa deuxième Lettre pastorale :
Dieu est chassé de la politique par la théorie de la séparation de l’Église et de l’État, chassé de la science par le doute érigé en système ; chassé de l’art, avili par le réalisme ; chassé des lois, modelées sur la morale de la chair et du sang ; chassé des écoles, par l’abolition du catéchisme ; chassé de la famille, que l’on veut laïciser dans son origine et priver de la grâce du sacrement. Dieu est chassé de la pauvre cabane du paysan à qui, tandis qu’il gémit, on enseigne à discuter l’aide de Celui qui, seul, peut lui rendre supportable sa vie difficile ; chassé des palais des riches auxquels on n’enseigne plus la crainte du Juge éternel qui, un jour, leur demandera compte de l’administration de leurs biens.
La lettre indique les moyens pour remédier à ces maux :
Nous devons combattre ce crime capital des temps modernes qui est l’intronisation sacrilège de l’individu à la place de Dieu. La solution de toutes ces hérésies mortelles est donnée par l’Église, qui apporte la lumière des préceptes et des conseils évangéliques et celle des œuvres de l’Église, dans tous les problèmes que l’Évangile et l’Église ont si triomphalement résolus : éducation, famille, propriété, droits et devoirs [6].
Et quels sont les négateurs et les ennemis de la vérité catholique ? Joseph Sarto les nomme : catholiques libéraux, maçons, modernistes…
• Intransigeance face aux catholiques libéraux
Il ne faudrait pas croire que lorsque l’évêque Sarto arriva dans le diocèse de Mantoue, en 1884, la situation religieuse était florissante. Les vocations étaient rares, le séminaire était presque vide : « Le premier dimanche d’août, écrit Mgr Sarto à don Bressan, je ferai l’ordination d’un prêtre et d’un diacre, les seuls fruits que m’offre cette année mon séminaire. Quelle misère et quel serrement de cœur, alors qu’il m’en faudrait au mois quarante [7] ! » La pratique religieuse n’était guère meilleure. Le 30 octobre 1886, en visite pastorale, Mgr Sarto répondit à l’évêque de Padoue qu’il ne pouvait accepter son invitation à aller prêcher les exercices spirituels à Thiene. En voici la raison :
Ici, nous sommes in partibus infidelium. Imaginez-vous que dans une paroisse de trois mille âmes, à la messe de l’évêque, il y a quelques jours, il y avait quarante femmes, dont huit ont fait la communion… et à la Doctrine chrétienne, il y aura eu cent enfants et une centaine de curieux. Et celui qui préside au soin de ces âmes voulait même me persuader que le pays n’est pas aussi mauvais que je me le figurais [8].
Cette situation s’expliquait, pour une part, par un clergé peu instruit et en partie atteint par le libéralisme. A Mantoue, Mgr Sarto œuvra beaucoup pour que son clergé se distinguât par l’intégrité de la foi et eut le courage de la professer face aux catholiques libéraux. Ces derniers voulaient (et veulent toujours) l’union sacrilège de la Révélation et de la Révolution – union qui mène à l’apostasie. Le père Dal-Gal pointe du doigt ces ennemis particuliers de la foi : « Dans le camp des ennemis de la foi, il en est qui s’étalent au grand jour, d’autres qui trompent et se dissimulent et ce sont les plus dangereux. Tels sont ceux qu’on nomme libéraux et qui rêvent “d’une conciliation entre la lumière et les ténèbres, entre la justice et l’iniquité” [9] ». Pour mettre en garde son clergé, Mgr Sarto écrivit une lettre pastorale, particulièrement ferme, le 5 septembre 1894 :
Nulle race n’est plus dangereuse et, pour s’en convaincre, il suffit de remarquer l’obstination avec laquelle ces catholiques libéraux propagent leurs fausses doctrines, prétendant amener l’Église à leur manière de penser. Les prêtres doivent être en garde contre cette hypocrisie qui tente de s’introduire dans le bercail du Christ, qui prêche la charité et la prudence, comme s’il était charitable de laisser le loup déchirer les brebis et comme si elle était une vertu, cette prudence de la chair réprouvée par Dieu et dont il a été écrit : « Je disperserai la sagesse des sages et je confondrai la prudence des prudents ». Les prêtres doivent savoir que, spécialement à notre époque, ne peuvent être appelés ministres de Dieu ceux qui refusent de sacrifier leurs commodités propres et leurs avantages privés à la sauvegarde de l’intégrité de la foi. Or, celle-ci est menacée, plus encore que par la négation ouverte de l’incrédule, par l’astuce et le mensonge de ce perfide catholicisme libéral qui, s’arrêtant à peine au bord de l’erreur condamnée, s’efforce d’apparaître comme suivant une doctrine très pure.
Il ajoute ces vigoureuses recommandations :
Les prêtres se garderont d’accepter aucune des idées du libéralisme qui, sous le masque du bien, prétend concilier la justice avec l’iniquité... Les catholiques libéraux sont des loups couverts de la peau des agneaux. Le prêtre conscient de sa mission doit dévoiler leurs trames perfides, leurs méchants desseins. Vous serez appelés papistes, cléricaux, rétrogrades, intransigeants ; honorez-vous en ! et ne faites pas attention aux railleries des pervers. Soyez forts, ne cédez pas où il n’y a pas à céder. Vous devez combattre, non avec des moyens termes, mais avec courage ; non en secret, mais en public ; non à portes closes, mais à ciel ouvert [10].
• Intransigeance face aux contempteurs des droits de l’Église
Même si Mgr Sarto chercha les meilleurs rapports avec les autorités civiles, il ne manqua pas de rappeler à l’ordre ces autorités quand la saine doctrine et l’honneur de l’Église étaient en jeu :
Dans ses rapports avec les autorités civiles, il fut conciliant, sans ombre de servilisme. Il distinguait entre la personne et le principe. Envers la personne, toute indulgence et charité ; quant au principe, l’intransigeance la plus absolue. Il avait une pleine conscience de sa mission qui, supérieure à toute considération humaine, ne doit jamais sacrifier la liberté de l’action et de la parole au détriment de la justice et de la vérité. Pour tout ce qui concerne les droits de Dieu et de l’Église, la sainteté du culte divin, la grandeur de la doctrine catholique et le salut des âmes, il n’admettait aucune discussion, il était inflexible. Il n’a jamais abdiqué sa dignité d’évêque, ne s’est jamais abaissé à ces moyens termes et à ces demi-mesures qui sont la politique des pusillanimes. Toujours courtois, il parlait avec la force des trois cents de Nicée, et ses paroles étaient suivies d’une action prompte, immédiate, inébranlable, car « il ne craignait pas de devenir impopulaire ».
A Mantoue, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance du roi Humbert, le 14 mars, les autorités civiles et militaires venaient écouter un Te Deum à la cathédrale ; elles se rendaient ensuite à la synagogue pour une cérémonie analogue. L’abbé Ferrari, qui a connu Joseph Sarto dès son ministère à Trévise, témoigne :
Ce comportement bizarre, voire un peu sacrilège, ne pouvait que heurter Mgr Sarto. Quelques jours avant le 14 mars 1889, il signifia aux autorités de choisir : ou la cathédrale ou la synagogue ; ou l’évêque ou le rabbin ! Déconcerté par cet ultimatum, le préfet demanda des instructions au président du Conseil, M. Crispi, vieux garibaldien et fervent maçon, qui répondit : « Ni cathédrale, ni synagogue » ! Solution qui ne dénotait pas une grande sagesse politique. « Du moins, disait Mgr Sarto, en racontant ce curieux épisode, Crispi m’a-t-il aidé à faire cesser un scandale » [11].
Un autre fait, peu banal, est conté par don Pedrini, curé de Cavriana [12] :
Lui qui n’avait pas craint de se dresser contre le consortium libéral-juif-maçonnique de Mantoue, l’imagine-t-on cédant à la pression et aux caprices d’un simple syndic ? En effet, le syndic de Cavriana, un des gros bourgs du diocèse, avait coutume de solenniser le 20 septembre [13] et, pour mieux imprimer dans les mémoires de ses administrés cette date fatidique, il avait obtenu de la faiblesse du curé que l’on sonnât les cloches. Mgr Sarto, faisant sa tournée pastorale à Cavriana, interdit que les cloches saluassent son arrivée et sa présence. Étonnement de la foule qui l’attendait sur la place de l’église !
Le soir, avant de prendre congé, il monta en chaire et il expliqua pourquoi les cloches se sont tues : parce qu’elles ne doivent pas servir à commémorer un événement qui a fait pleurer le Vicaire du Christ, offensé l’Église et attristé les catholiques du monde entier. L’usage des cloches n’est pas soumis à l’arbitraire des autorités civiles et dépend exclusivement de l’autorité ecclésiastique. Alors, sur son ordre, les cloches se mirent en branle. Et l’on ne tarda pas à délaisser la fâcheuse commémoration du 20 septembre « au son des cloches [14] ».
On pourrait multiplier les exemples pour montrer que Joseph Sarto ne se contentait pas de défendre la doctrine par la prédication ou par l’écrit. Il la défendait aussi dans la pratique [15].
• Intransigeance face aux prêtres qui amoindrissent la doctrine
Le père Dal-Gal résume le souci du patriarche de Venise de voir ses prêtres instruire les fidèles des vérités de la foi. Dès le 17 janvier 1895, écrit-il, deux mois à peine après son installation, le patriarche de Venise adressa à son clergé une lettre où il retraçait le désordre moral du monde et l’oubli des vérités de la foi :
On prêche trop, on instruit trop peu. Qu’on laisse donc de côté les discours fleuris et que l’on expose en toute simplicité les vérités de la foi, les préceptes de l’Église, les leçons de l’Évangile, les vertus et les vices. Car il arrive souvent que les personnes versées dans les sciences profanes ignorent ou connaissent mal les vérités de la foi et possèdent moins bien leur catéchisme que les enfants les plus arriérés. Qu’on pense au bien des âmes plus qu’à l’impression produite. Le peuple est avide de vérité ; qu’on lui donne ce dont il a besoin et alors, instruit dans sa propre langue, pénétré, ému, il pleurera ses fautes et s’approchera des sacrements.
Le cardinal Sarto insistait sur les qualités qui conviennent à la parole de Dieu et sur les conditions auxquelles un prêtre devait s’astreindre pour être admis à prêcher dans le diocèse.
Qu’il renonce à l’éloquence de tribune, profane et non sacrée, dépourvue de toute efficacité surnaturelle et dont l’auditoire ne tire aucun profit. Les gens peuvent remplir l’église, mais leur âme reste vide. Ils applaudissent, mais ne se repentent pas, et ils sortent du sanctuaire comme ils y étaient entrés. Mirabantur, sed non convertebantur, disait saint Augustin.
Et, sans plus attendre, le cardinal Sarto établit un nouveau plan. Il exigea des curés une plus grande assiduité à prêcher et une explication mieux ordonnée du catéchisme ; il s’appliqua à susciter d’excellents catéchistes et à développer l’enseignement religieux, non seulement dans les paroisses, mais dans les écoles de la ville. « Pour montrer l’extrême importance qu’il y attachait, il survenait à l’improviste, le dimanche, dans telle ou telle église, afin de contrôler la façon dont on enseignait la doctrine chrétienne. […] Il s’informait des sermons de ses prêtres, il leur signifiait sévèrement que le peuple réclame le pain de la parole divine et non pas des phrases harmonieuses et une musique de clavecin [16]. »
• Son intransigeance face aux modernistes
Le père Dal-Gal insiste sur l’action de saint Pie X face aux modernistes : « La mission du souverain pontife est double : conserver intacte la vérité, en la préservant de toutes les erreurs susceptibles de l’altérer ; promouvoir, par le moyen de la vérité, le bien sur la terre. » Or, au moment où le patriarche de Venise montait sur le trône de saint Pierre, l’hérésie moderniste avait commencé à dévoyer les cerveaux, sous l’absurde prétexte de moderniser l’Église. Le modernisme avait profondément ébranlé la discipline, diminué chez beaucoup de prêtres le sentiment et l’estime de leur vocation et de la dignité ecclésiastique. Le pape Sarto en était brisé :
Une douleur qui m’accable — écrivait saint Pie X le 10 juillet 1912 à Mgr Bonomelli, évêque de Crémone — c’est l’effrayante diffusion du modernisme, notamment dans le clergé séculier et régulier. Modernisme théorique chez un petit nombre ; mais, chez d’autres, modernisme pratique dont les conséquences sont pareilles : affaiblissement et perte totale de la foi.
Pour extirper radicalement le modernisme, qui, de façon insidieuse, gagnait tous les domaines de la science et de la culture, et spécialement pour protéger le jeune clergé, saint Pie X publia la magistrale encyclique Pascendi. Il avait, en outre, ordonné dans chaque diocèse l’institution de Commissions de vigilance théologique. Le 1er septembre 1910, par le motu proprio Sacrorum Antistitum, il imposait aussi le serment antimoderniste. Le saint pape écrivait, le 23 novembre 1909, à l’évêque de Bergame :
Quelques-uns m’accusent d’être pessimiste et de voir partout le mal. Mais le mal latent est plus grave et plus répandu qu’on ne peut l’imaginer, et il n’y aura jamais trop de vigilance pour le découvrir. Ne sero medicina paretur !
Il disait encore à l’évêque de Crémone, 15 octobre 1911 :
Vous me recommandez, avec une sorte d’effroi, de la modération dans les mesures contre le modernisme. Si je fais très bien la distinction entre le « moderne », fruit d’études sévères et de recherches diligentes, et le modernisme, je m’étonne que vous trouviez excessives les mesures prises pour retenir le fleuve qui menace de déborder. L’erreur qui essaie de s’infiltrer est plus meurtrière que celle de Luther, parce qu’elle vise à la destruction non seulement de l’Église, mais du christianisme. […] Je suis d’accord avec vous, quant à user d’indulgence dans l’application des peines ; mais, en face d’un mal aussi grave, on ne prendra jamais trop de précautions, on n’édictera pas de lois trop sévères pour mettre en garde sans nuire à personne.
Quelques années plus tôt, le cardinal Capecelatro avait cru devoir prémunir le pape contre l’erreur de flairer partout des modernistes. Saint Pie X lui répondit, le 26 juin 1907, avec une certaine fermeté :
Je remercie votre Éminence du sage conseil qu’elle me donne de ne pas tomber dans la manie qui applique à de pauvres prêtres l’étiquette injurieuse de modernistes. Mais s’il y en a qu’on a désignés comme tels et qui ne le sont pas (et, pour beaucoup, j’en suis convaincu), le mal qui a atteint dans certaines régions un nombre considérable porte vraiment à réfléchir celui qui a l’obligation de garder intact le dépôt de la foi [17].
Saint Pie X appuiera aussi de son autorité le Sodalitium pianum (de Mgr Benigni) qui eut pour tâche d’informer Rome sur les infiltrations modernistes dans l’Église. De telles mesures firent reculer de cinquante années le désastre que fut Vatican II. Ce concile vit le triomphe des ennemis de la foi tant redoutés par Pie X.
De nombreux autres faits pourraient être rapportés sur son intransigeance doctrinale. Cette dernière – qui avait des conséquences pratiques comme nous l’avons vu – était à la mesure de son immense amour pour le prochain.
– II –
La charité pastorale de saint Pie X
Sa charité à Tombolo (1858-1867) et à Salzano (1867-1875)
Dans plusieurs pages intitulées « Charité sans mesure » (p. 27-29), le père Dal-Gal nous dit combien fut grand l’amour de Joseph Sarto pour le prochain, en particulier pour le pauvre et pour la pauvreté.
Sa charité fut la note caractéristique de Joseph Sarto, vicaire et curé, chanoine et évêque, patriarche et pape. Tous recouraient à lui : le pauvre qui manquait de pain ; le courtier qui ne gagnait pas un sou ; le paysan dont la grêle ou la sécheresse avaient gâché les récoltes ; la veuve qui n’avait pas de quoi vêtir les orphelins ; le malade sans médecine et sans nourriture. Don Sarto ne savait pas dire non. « Le Seigneur y pourvoira », était sa maxime favorite. Quelqu’un lui conseillait de penser davantage à lui-même : « Quel besoin avons-nous, répondit-il, des choses de ce monde, puisqu’il faudra les quitter ? Faisons ici-bas la charité aux pauvres ».
A Tombolo comme vicaire (1858-1867), la charité de don Sarto fut exemplaire. Relevons trois faits parmi d’autres :
D’après le témoignage d’une paysanne de Tombolo, don Sarto avait un manteau si usé que les vicaires des environs disaient en plaisantant qu’il avait sans doute été à la guerre. Un jour qu’on l’avait invité à prêcher à Castelfranco, don Costantini (le curé de Tombolo) lui suggéra de saisir cette occasion pour en acheter un neuf. Don Sarto écouta ce conseil. Mais, le sermon achevé, il rencontra un oncle qui lui supplia de l’aider à payer son loyer. Le vicaire, sans souffler mot, lui remit les trente-six lires qu’il venait de recevoir, et rentra chez lui avec son misérable manteau.
Rien n’était en sûreté dans ses mains. Sa sœur Rose, qui était couturière, avait réussi à économiser une vingtaine de lires, destinées à acquérir de la toile pour une paire de draps. Elle avait chargé de la commission don Joseph. Il prit l’argent, et, d’un pas léger, se rendit à Citadella. Au retour, il n’avait ni toile ni argent ! Les vingt lires avaient été distribuées aux mendiants.
On ne s’étonnera pas qu’il ait été très populaire auprès du peuple laborieux de Tombolo. Un jour, d’aucuns se lamentaient de ne savoir ni lire ni écrire : — Mettons sur pied une école du soir ! suggéra don Sarto qui cherchait le moyen de remédier à l’affreuse manie de blasphème, si répandue dans le village. — Parfait, répondirent-ils d’une voix unanime. — Mais comment faire ? objecta un jeune homme. Certains d’entre nous possèdent déjà quelques rudiments et d’autres ne savent rien. — Qu’à cela ne tienne, dit le vicaire. Ceux qui savent quelque chose, nous les confierons à l’instituteur. Les autres, je m’en chargerai, car l’alphabet est plus difficile à enseigner. — Et que vous donnerons-nous en échange ? lui demande-t-on. — Pas un centime, mais une chose plus importante : que vous cessiez de profaner le nom de Dieu, conclut avec force don Sarto. Ils le promirent tous, et de vigoureuses poignées de main scellèrent le pacte [18].
A Salzano comme curé (1867-1875), cette charité atteint l’héroïsme. Pour les pauvres, il se dépouillait de tout, au désespoir de ses sœurs (Rose, Anne, Marie, qui restèrent célibataires et s’occupèrent de leur frère jusqu’à Rome) : elles voyaient disparaître linge, vêtements, blé, maïs, leur modeste nourriture quotidienne. Si elles voulaient préserver quelque chose, elles devaient le cacher, afin que leur frère ne mit pas la main dessus.
Pendant son ministère à Salzano, ses sœurs se lamentaient un jour parce qu’il n’avait plus de bas : « Remettez-moi les vieux, dit-il, le froc les couvrira. » Un autre jour, sa sœur Marie lui fit remarquer qu’il avait besoin d’un vêtement. Il répondit : « Je n’ai pas le sou ! » Une autre fois, vers midi, sa sœur Rose entre à la cuisine. O surprise, elle n’aperçoit plus la marmite qu’elle avait installée sur le feu avec un morceau de viande. Don Joseph, qui l’entend gémir, lui dit doucement : — II est venu un pauvre hère dont la femme est malade et les quatre bambins affamés. Je lui ai donné la marmite, la soupe et la viande... Allons, calme-toi, et pense à Dieu. — Mais qu’est-ce que nous mangerons ? dit Rose. — Polenta et fromage ! répond don Joseph, qui se contentait d’ordinaire d’un œuf ou d’une soupe aux haricots. Il fallait beaucoup de vertu aux excellentes sœurs... Elles connaissaient d’avance l’invariable réponse : « Avez-vous peur de mourir de faim ? Nous ne sommes pas nés pour manger, mais pour travailler et souffrir. Quant à nous, Dieu y pourvoira. »
En 1873, le choléra fit de nombreuses victimes à Salzano, imposant au curé Sarto un surcroît de dévouement. S’agissait-il de confesser un malade ? Don Sarto ne permettait pas à ses jeunes vicaires de braver la contagion. Il accourait lui-même, à toute heure de jour et de nuit. Un mort à ensevelir ? C’est lui-même qui bénissait les dépouilles funèbres. Aux foyers perdus dans la plaine désolée, il apportait aide et réconfort. Aux familles abandonnées, il suggérait des remèdes ; il n’hésitait pas à se faire médecin et infirmier. Si l’on manquait de bras pour conduire un cadavre au cimetière, il s’offrait lui-même. Une nuit, dans une maison isolée, il n’y avait que trois hommes pour ce pénible office [19]. Don Sarto jeta l’eau bénite sur le cercueil, entonna le De Profundis et, revêtu de l’étole et du surplis, se joignit à eux pour transporter le défunt.
Sa charité à Mantoue (1884-1894) et à Venise (1894-1903)
Quand il fut nommé évêque à Mantoue, la mère de l’israélite Léon Romanin-Jacur, de Salzano, lui avait offert un splendide anneau pastoral avec un brillant de grande valeur. Un jour que cette personne était venue à Mantoue pour le saluer, elle se complaisait, au cours de la conversation, à regarder l’anneau. Mgr Sarto, à qui ce mouvement n’avait pas échappé, lui dit : « Ne regardez pas, Madame. C’est bien votre anneau, mais ce n’est plus le même brillant ». Que s’était-il passé ? Pour aider ses pauvres, il avait substitué au brillant un morceau de verre !
Un socialiste de Mantoue, Alcibiade Moneta, avait écrit et largement diffusé un libelle anonyme rempli de venimeuses insinuations contre l’évêque. Le nom de l’auteur ayant été découvert, on conseille à Mgr Sarto de le dénoncer à l’autorité civile, ne fût-ce que pour venger l’honneur de l’épiscopat. « Mais ne voyez-vous pas, répondit-il, que le malheureux a plus besoin de prières que de châtiment ? » Au bout de quelque temps, le calomniateur, par un revers imprévu de fortune, tombe dans la pire misère. Ses créanciers s’acharnent contre lui, l’accusent de banqueroute frauduleuse. Tout était perdu, quand intervient une générosité providentielle... et anonyme aussi. L’évêque, ayant appris l’épreuve d’Alcibiade Moneta, manda une pieuse dame et lui dit :
C’est un malheureux. Allez chez sa femme et portez-lui cette somme. Ne dites point que c’est moi qui vous envoie. Si elle vous interroge, dites-lui que la bienfaitrice est la femme la plus pitoyable qui existe : la Vierge du Secours.
Ainsi se vengeait l’évêque de Mantoue, fidèle au commandement divin : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Mt 5, 44).
A Venise, comme patriarche, tous les témoignages s’accordent à magnifier cette charité qualifiée de « proverbiale ». Il recevait tous les trois mois l’argent de la mense patriarcale, mais, au milieu du trimestre, d’après les attestations les plus autorisées, il n’avait plus un sou ; tout s’était évaporé en aumônes. Il en était réduit, pour subvenir aux frais de sa maison, à emprunter quelques centaines de lires. Aussi ne mentait-il pas, en écrivant à un curé de Mantoue qui lui avait demandé un secours :
J’ai honte de répondre à votre appel par cette mince offrande, mais je vous avouerai que je ne puis faire plus. Si, à Mantoue, j’ai toujours été pauvre, ici je suis tout à fait un gueux.
Préoccupé de la conversion des « éloignés » de l’Église, il s’empressait, à l’heure de l’agonie, pour les disposer au passage suprême. Son ardeur apostolique ne reculait devant aucun risque.
Un franc-maçon, converti depuis peu, touchait à sa dernière heure. Il réclamait un prêtre, et son entourage s’y opposait. Le patriarche, informé de son désir et du refus de la famille, se recueille un moment dans sa chapelle, prend le Saint-Sacrement et se dirige vers la demeure du moribond. La famille élève des protestations, même des menaces. Il arrive, malgré tout, jusqu’au malade et lui administre les secours de la religion. Quand il sortit de la chambre, ses yeux brillaient de joie, et, après avoir distribué sourires et poignées de mains, il retourne au patriarcat.
A l’hôpital militaire maritime, après une retraite prêchée par le chapelain à l’occasion de Pâques, une trentaine de malades avaient refusé de s’approcher des sacrements. Le cardinal Sarto l’apprit et, quelques jours plus tard, il se rendit lui-même à l’hôpital, célébra la messe et prononça une de ces allocutions auxquelles on ne peut résister. Les trente réfractaires, non seulement se confessèrent à lui, mais voulurent recevoir de ses mains la communion. Le conquérant des âmes avait triomphé encore une fois ! Les hôpitaux, l’hospice d’aliénés, les asiles de mendicité, les maisons d’arrêt, tous ces lieux d’infortune l’accueillaient comme un ange du ciel. En septembre 1900, pendant trois jours consécutifs, sans donner le moindre signe de lassitude, il entendit la confession de tous les détenus, dans la prison de la Giudecca [20].
Sa charité comme souverain pontife à Rome (1903-1914)
Dans toutes ses étapes et à tout âge, le saint pontife resta fidèle à l’esprit de pauvreté chrétienne dans lequel il était né et avait grandi. Il avait le droit d’écrire, au soir de son existence terrestre, en son testament : « Je suis né pauvre, j’ai vécu pauvre et je suis sûr de mourir très pauvre. » Aucun désir de richesse. Méprisant ce qui passe, il avait un complet détachement de l’argent. A Rome, des millions et des millions de lires ont passé dans ses mains ; il les a employées scrupuleusement, jusqu’au dernier centime, pour la gloire de Dieu, pour l’Église et le salut des âmes
Dépouillés de tout luxe étaient ses appartements privés. Ceux qui les ont vus ont noté leur extrême simplicité : « peu de meubles et simples ». Son linge était modeste, pareil à celui dont il avait toujours usé, dans sa maisonnette de Riese et dans son palais patriarcal de Venise. Pour lui, tout était superflu, excessif. Personne n’a été plus pauvre que lui, mais, au terme de sa vie, il eut la gloire de « laisser l’administration des deniers de l’Église en de meilleures conditions que celle où il l’avait trouvée en accédant au pontificat » aux dires de son secrétaire d’État, le cardinal Merry del Val.
A ceux qui lui conseillaient de modérer sa charité pour ne pas mettre l’Église en faillite, il montrait ses deux mains et répondait : « La gauche reçoit et la droite donne. Ce qui pénètre dans la main gauche dépasse ce qui sort de la droite. » Il disait encore : « Si je donne d’une main, je reçois beaucoup plus de l’autre. »
En 1911, le gouvernement maçonnique du Portugal se déchaînait contre l’Église, persécutait et spoliait les évêques et les prêtres, supprimait leurs droits civils et jusqu’à leurs moyens de subsistance. L’évêque d’Oporto se rendit à Rome, au nom de l’épiscopat portugais, pour implorer l’aide du pape.
Que vous faudrait-il pour l’instant ? demanda Pie X très ému. — Un million. — Un million, je ne l’ai pas, répondit-il. Mais revenez demain. J’examinerai, je chercherai... Dieu nous assistera. Le lendemain, le million était prêt !
La générosité de saint Pie X n’est pas moins admirable dans les multiples occasions où elle s’exerçait à l’égard d’humbles gens. Sa charité était de tous les instants : il évitait de déranger inutilement ses collaborateurs (en particulier Merry Del Val qui en témoigne) ; il était toujours ponctuel pour ne pas faire attendre ses visiteurs ; il était prévenant, cherchant à éviter les ennuis ; il gardait sa langue pour éviter les médisances ; s’il devait reprendre un évêque, un prêtre, un laïc, c’était toujours avec beaucoup d’aménité cherchant le repentir du coupable. Sa charité qui était sans limite fit du saint pontife un thaumaturge. Fernand Hayward, dans sa biographie de Pie X, consacre un chapitre, « Pie X thaumaturge », aux faits miraculeux :
Ces miracles, au cours d’audiences générales, furent assez fréquents pour avoir mérité d’être insérés dans les actes du procès. […] Il y eut, à plusieurs reprises, le cas de religieuses atteintes de tuberculose pulmonaire que la main du saint pape et un mot d’encouragement rendirent en un instant à la santé ; celui d’un Allemand distingué âgé de cinquante ans, aveugle-né qui acquit le sens de la vue au cours d’une audience ; celui d’un petit enfant, également aveugle-né, qui ouvrit les yeux au moment où le pape le bénissait dans les bras de sa mère ; celui d’une religieuse atteinte d’un cancer que le contact de la main de Pie X fit disparaître ; celui d’un petit garçon de Lyon qui recouvra l’ouïe au moment où le pape disait à sa mère : « La foi ! il faut avoir la foi ! » ; celui encore d’une jeune Bavaroise, novice au carmel de San-Remo, atteinte d’une otite purulente et qui devenait sourde, à laquelle il suffit, toujours au cours d’une audience, de demander au Saint-Père de la guérir pour qu’elle le fût incontinent. On pourrait multiplier les exemples [21].
Il fit même des miracles à distance par la simple bénédiction.
Conclusion
Ce pape de modeste origine apporta sur la chaire de saint Pierre quelque chose qui rappelait la fraîcheur des temps apostoliques, la charité des premiers chrétiens. Comment ne pas conclure avec l’une de ses vibrantes exhortations (à Venise) où se condensent son intransigeance doctrinale et sa charité pastorale :
L’évêque doit prêcher la vérité divine contenue dans les textes sacrés inspirés par Dieu, il doit être auprès du peuple leur fidèle interprète. Comment défendre aujourd’hui cette vérité, étouffée par la voix du siècle qui s’acharne à la corrompre, à la détruire ? Dieu dit dans l’Écriture : « Malheur aux chiens muets ! Malheur aux sentinelles qui ne crient pas ! ». Aussi le devoir m’incombe de parler franchement pour la défense de la vérité, afin que Dieu n’ait à me reprocher la perte de personne, pas même de ceux qui me haïssent et qui détestent en l’évêque le représentant de Jésus-Christ […] Oh ! combien, dans nos tristes temps, s’égarent dans les sentiers du vice, commettent toutes sortes de crimes ! Ne sont-ils pas mes fils ! Quel crève-cœur pour moi ! Sachez que je suis prêt à donner pour eux mon sang et ma vie.
[1] — L’abbé Pierre Fernessolle donne le tableau complet des mentions obtenues par le séminariste Sarto pour les quatre années (1854 à 1858). Voir : Pie X, essai historique, tome 1, De Riese au Vatican, Paris, Lethielleux, 1952, p. 25-26. Le Dr Louis Daëlli, dans son Pie X, notes biographiques (Tours, Mame, 1907, p. 49), présente les appréciations des professeurs dans les différentes matières enseignées.
[2] — Mgr Marchesan, Le pape Pie X, Rome, 1910, p. 110.
[3] — Père Jérôme Dal-Gal, Pie X, Editions Saint Paul, Paris, 1952, p. 302. Sur la connaissance que saint Pie X avait de saint Thomas d’Aquin, voir son discours au Congrès du clergé de Vénétie, à Monte Berico de Vicence en septembre 1881. « Cette vaste assemblée de prêtres et d’évêques fut soulevée d’admiration » dit Mgr Marchesan, ibid., p. 215.
[4] — Louis Daëlli, Pie X, notes biographiques, Tours, Mame, 1907, p.106-109.
[5] — Ernest Hello, L’Homme, Perrin, 1941, p. 214. Ernest Hello poursuit : « Quand un homme qui aimait la vérité cesse de l’aimer, il ne commence pas par déclarer sa défection : il commence par moins détester l’erreur. C’est par là qu’il se trahit. »
[6] — Cité dans Hary Mitchell, Pie X, Le Saint, Paris, Nouvelles Éditions Latines, p. 72.
[7] — Témoignage de Mgr Bressan. Cité par Pierre Fernessolle, dans Pie X, essai historique, tome 1, De Riese au Vatican, Paris, Lethielleux, 1952, p. 75. L’ouvrage de Pierre Fernessolle est – par endroits – davantage marqué par l’esprit « démocrate chrétien » que celui de Dal-Gal, en tous points remarquable.
[8] — Lettres du cardinal Giuseppe Sarto, patriarche de Venise, à l’évêque de Padoue, Giuseppe Callegari, p. XII. Cité par Fernessolle, Pie X, essai historique, ibid., p. 83.
[9] — Jérôme Dal-Gal, ibid., p. 105.
[10] — Extraits de la Lettre pastorale du 5 septembre 1894. Bien que nommé à Venise par Léon XIII en juin 1893, Mgr Sarto resta à Mantoue jusqu’en novembre 1894, en raison de l’opposition du gouvernement italien à cette nomination. Finalement, après dix-sept mois de pourparlers, le gouvernement accepta de voir Joseph Sarto à Venise. Il y fit son entrée triomphale le 24 novembre 1894.
[11] — Abbé Louis Ferrari, Mes Souvenirs, Vicence, 1922, p. 41.
[12] — Procès ordinaire pour la cause de béatification et canonisation, Mantoue, p. 56.
[13] — Le père Dal-Gal ajoute en note : « Le 20 septembre, cher au libéralisme et à la maçonnerie, rappelle la triste journée de 1870 où l’armée piémontaise entra dans Rome par la brèche de la porte Pia »(ibid., p. 134).
[14] — Témoignage de Don Pedrini, curé de Cavriana, dans le Procès ordinaire à Mantoue, publié par Dal-Gal, ibid., p. 134-135.
[15] — « En vertu d’une délibération du Synode, Mgr Sarto était très strict à exiger que la statue de la Madone ne fût pas portée dans les processions par les femmes et les jeunes filles. Un curé, qui n’était pas de cet avis, le pria de ne pas appliquer à sa paroisse cette prohibition. Mgr Sarto le laissa parler ; après quoi, d’un geste résolu, il lui montra la porte » (Dal-Gal, ibid., p. 136).
[16] — Jérôme Dal-Gal, Pie X, Éditions Saint Paul, Paris, 1952, p. 173-174.
[17] — Jérôme Dal-Gal, Pie X, Éditions Saint Paul, Paris, 1952, p. 305-306.
[18] — Pierre Fernessolle, Pie X, essai historique, tome 1, Paris, Lethielleux, 1952, p. 32-33.
[19] — Témoignage de Maria Sarto, Procès ordinaire à Rome, p. 48-49. Cité dans Dal-Gal, ibid., p. 46. Pierre Fernessolle précise que le quatrième individu était ivre. Il avait bu pour se donner du courage ! Don Sarto s’en indigna, le saisit par le bras et « le renvoya chez lui en disant : “Va, tu es indigne d’un tel ministère” » (ibid., p. 32-33).
[20] — Tous ces faits sont racontés par les témoins et recensés dans les différents Procès ordinaires. Ils sont cités dans les ouvrages déjà mentionnés de Jérôme Dal-Gal, Hary Mitchell, René Bazin, Louis Daëlli et Pierre Fernessolle.
[21] — Fernand Hayward, Pie X, Paris, Editions du Conquistador, 1951, p. 211.






