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Panégyrique de saint Pie X

par le pape Pie XII

  

Extrait du discours de béatification de Pie X (3 juin 1951 [1])

Le 3 juin au matin, eut lieu la proclamation du nouveau bienheureux dans la basilique de Saint-Pierre. L’après-midi du même jour, place Saint-Pierre, devant une foule de plus de 200 000 personnes venues vénérer les reliques du bienheureux Pie X, Pie XII prononça un discours dont nous extrayons les passages suivants :

 

• Bref aperçu de sa vie :

Il fut un pasteur et un bon pasteur. Il paraissait être né pour cela. A toutes les étapes du chemin, qui petit à petit le conduisait de l’humble foyer natal, pauvre de biens terrestres, mais riche de foi et de vertus chrétiennes, au sommet de la hiérarchie, l’enfant de Riese demeurait toujours égal à lui-même, toujours simple, affable, accessible à tous, dans sa cure de campagne, dans la stalle capitulaire de Trévise, à l’évêché de Mantoue, au siège patriarcal de Venise, dans la splendeur de la pourpre romaine, et il continua à être ainsi dans la majesté souveraine, sur la sedia gestatoria et sous le poids de la tiare, le jour où la Providence formatrice prévoyante des âmes, incita l’esprit et le cœur de ses pairs à remettre la houlette, tombée des mains affaiblies du grand vieillard Léon XIII, entre les siennes paternellement fermes. Le monde avait alors précisément besoin de telles mains.

 

• Dès son élévation au souverain pontificat, il fit preuve de lucidité et de fermeté :

Mais une fois qu’il eût prononcé son « fiat », cet humble, mort aux choses terrestres et aspirant de tout son être aux célestes, démontra l’indomp­table fermeté de son esprit, la vigueur virile, la grandeur du courage, qui sont les prérogatives des héros de la sainteté. Dès sa première encyclique, ce fut comme si une flamme lumineuse s’était élevée pour éclairer les esprits et allumer les cœurs. Les disciples d’Emmaüs ne sentaient point différemment s’enflammer leurs cœurs tandis que le Maître parlait et leur dévoilait le sens des Écritures [2].

N’avez-vous peut-être pas éprouvé cette ardeur vous aussi, chers fils, qui avez vécu ces jours et avez entendu de ses lèvres le diagnostic exact des maux et des erreurs de l’époque, et, en même temps, les moyens et les remèdes indiqués pour en guérir ? Quelle clarté de pensée ! Quelle force de persuasion ! C’était bien la science et la sagesse d’un prophète inspiré, l’intrépide franchise d’un Jean-Baptiste et d’un Paul de Tarse ; c’était la tendresse paternelle du vicaire et représentant du Christ veillant à toutes les nécessités, soucieux de tous les intérêts, de toutes les misères de ses fils. Sa parole était un tonnerre, était une épée, était un baume ; elle se communiquait intensément à toute l’Église et s’étendait bien au-delà avec efficacité ; elle atteignait à une vigueur irrésistible, non seulement par le fond incontestable du contenu, mais encore par sa chaleur intime et pénétrante. On sentait en elle frémir l’âme d’un pasteur qui vivait en Dieu et de Dieu, sans autre dessein que de conduire à lui ses agneaux et ses brebis. Aussi, fidèle aux vénérables et séculaires traditions de ses prédécesseurs, s’il conserva substantiellement toutes les solennelles (non point fastueuses) formes extérieures du cérémonial pontifical, en ces moments-là son regard suavement doux, fixé sur un point invisible, montrait que ce n’était pas à lui-même, mais à Dieu qu’allait tout l’honneur.

 

• Pie X possédait à un haut degré les vertus théologales :

Le monde qui l’acclame aujourd’hui dans la gloire des bienheureux sait qu’il parcourut la voie qui lui avait été désignée par la Providence avec une foi à transporter les montagnes, avec une espérance inébranlable, même aux heures les plus inquiétantes et incertaines, avec une charité qui le poussait à se vouer à tous les sacrifices pour le salut des âmes.

Par ces vertus théologales, qui étaient comme la trame fondamentale de toute sa vie, et qu’il pratiqua à un degré de perfection qui dépassait incontestablement toute excellence purement naturelle, son pontificat resplendit comme aux âges d’or de l’Église.

 

• De même il possédait les vertus cardinales :

Puisant à tout instant à la triple source de ces vertus reines, le bienheureux Pie X enrichit et consuma le cours entier de sa vie dans l’exercice héroïque des vertus cardinales : fermeté inébranlable aux coups du sort, justice d’une impartialité inflexible, tempérance qui se confondait avec le renoncement total à soi-même, prudence avisée, mais prudence de l’esprit qui est « vie et paix », détachée de la « sagesse de la chair, qui est mort et ennemie de Dieu [3] ».

 

• Il sut garder dans des circonstances difficiles, en particulier durant la crise moderniste, un parfait équilibre :

Serait-il vrai, comme certains l’ont affirmé ou insinué, que, dans le caractère du bienheureux pontife, la force prévalut souvent sur la prudence ? Telle a pu être l’opinion d’adversaires, dont la plupart étaient aussi ennemis de l’Église. Dans la mesure cependant où elle fut partagée par d’autres, admirateurs au demeurant du zèle apostolique de Pie X, cette appréciation se révèle comme contredite par les faits, quand on prête attention à sa sollicitude pastorale pour la liberté de l’Église, pour la pureté de la doctrine, pour la défense du troupeau du Christ contre les dangers menaçants, qui ne trouvait pas toujours chez certains toute la compréhension et l’adhésion intime que l’on pouvait attendre d’eux.

Maintenant que l’examen le plus minutieux a scruté à fond tous les actes et les vicissitudes de son pontificat, maintenant qu’on connaît la suite de ces événements, aucune hésitation, aucune réserve n’est plus possible, et l’on doit reconnaître que, même dans les périodes les plus difficiles, les plus dures, les plus lourdes de responsabilités, Pie X – assisté par son très fidèle Secrétaire d’État, la grande figure du cardinal Merry del Val – donna la preuve de cette prudence éclairée qui ne manque jamais aux saints, même lorsque, dans ses applications, elle se trouve en contraste douloureux mais inévitable, avec les postulats trompeurs de la prudence humaine et purement terrestre.

Avec son regard d’aigle plus perspicace et plus sûr que les courtes vues des myopes raisonneurs, il voyait le monde tel qu’il était, il voyait la mission de l’Église dans le monde, il voyait avec les yeux d’un saint pasteur quel était son devoir au sein d’une société déchristianisée, d’une chrétienté infectée ou du moins menacée par les erreurs du temps et la perversion du siècle.

Illuminé des clartés de la vérité éternelle, guidé par une conscience délicate, lucide, d’une rigide droiture, il avait souvent sur le devoir présent, et sur les décisions à prendre, des intuitions, dont la parfaite rectitude déconcertait ceux qui n’étaient pas doués de semblables lumières.


• Devant les menaces et les dangers, il témoignait d’un courage extraordinaire :

Par nature, personne de plus doux, de plus aimable que lui, personne de plus paternel. Mais, quand parlait en lui la voix de la conscience pastorale, plus rien ne comptait que le sentiment du devoir ; ce dernier imposait silence à toutes les considérations de la faiblesse humaine ; mettait fin à toutes les tergiversations, décrétait les mesures les plus énergiques, si pénibles qu’elles fussent à son cœur.

L’humble « curé de campagne », comme il a voulu parfois se qualifier lui-même – et ce n’est pas le diminuer que de l’appeler ainsi –, face aux attentats perpétrés contre les droits imprescriptibles de la liberté et de la dignité humaines, contre les droits sacrés de Dieu et de l’Église, savait se dresser comme un géant dans toute la majesté de son autorité souveraine. Alors son « non possumus » faisait trembler et parfois reculer les puissants de la terre, rassurant en même temps les hésitants et galvanisant les timides.

A cette force inébranlable de son caractère et de sa conduite, manifestée dès les premiers jours de son pontificat, on doit attribuer la stupeur puis l’aversion de ceux qui voulurent faire de lui le signum cui contradicetur, révélant ainsi le fond obscur de leur âme.

Donc, point de prépondérance excessive de la force sur la prudence. Au contraire, ces deux vertus, qui donnent comme l’onction sacrée à ceux que Dieu choisit pour gouverner, furent chez Pie X équilibrées à tel point que, à l’examen objectif des faits, il apparaît aussi éminent dans l’une que sublime dans l’autre.

Cette harmonie des vertus, dans les hautes sphères de l’héroïsme, n’est-elle pas la marque d’une sainteté accomplie ?


Le corps de Pie X exposé dans sa châsse, le jour de sa béatification (3 juin 1951).

 




[1]  — D’après le texte italien des A.A.S., XXXXIII, 1951, p. 468. Le texte français est tiré de Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII, 1951, réunis et présentés par R. Kothen (Saint-Maurice, éditions de l’Œuvre Saint-Augustin, Paris, Labergerie, p. 230-241). – Le 29 mai 1954, pour la canonisation de Pie X, Pie XII fit un autre discours également remarquable. Il se trouve dans les A.A.S., XXXXVI (1954, p. 307) et dans Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII, 1954, réunis et présentés par R. Kothen (Saint-Maurice, éditions de l’Œuvre Saint-Augustin, p. 172-179).

[2]  — Lc 24, 32.

[3]  — Rm 8, 6-7.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 89

p. 27-30

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