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Le gouvernement de Pie X

 Gérard Bedel

Sous le pseudonyme d’Aventino se cache le journaliste Charles Belin (1869-1939) à qui on doit, toujours à la Nouvelle Librairie Nationale : Croquis romains, 1913 ; La doctrine de Léon XIII, 1913 ; Rome – Flâneries mystiques et silhouettes, 1922.

Le livre sur le gouvernement de Pie X a pour but de défendre l’action du saint pape contre diverses accusations venant tant des milieux maçonniques que des officines de la démocratie chrétienne. Saint Pie X était le plus souvent représenté par les ennemis de l’Église comme un adversaire maladroit et borné de toute modernité ; mais il arrivait qu’on travestît en France ses propos pour faire de lui un ami de la République ! Le livre montre, citations à l’appui, comment saint Pie X essaya de maintenir le rayonnement de l’Église dans une Italie hostile et comment il lutta dans le monde entier contre le libéralisme de la démocratie chrétienne, face politique du modernisme.

Jusqu’à saint Pie X, Rome avait opposé aux rumeurs malveillantes un silence dédaigneux, mais le nouveau pape apprit vite à réagir contre les campagnes de presse. La surprise des adversaires de l’Église se tourna en fureur lorsque apparut la Correspondance de Rome qui fit la guerre aux fausses nouvelles. Par un décret de février 1868, Pie IX interdit aux catholiques italiens, libres sur le plan administratif, d’être électeurs ou candidats dans les élections du royaume d’Italie spoliateur du Saint Siège. C’est le non expedit, « il ne convient pas ». Saint Pie X, comme Léon XIII, autorisa quelques rapprochements ponctuels et temporaires avec des modérés, mais n’accepta jamais une conciliation qui aurait été la reconnaissance de fait de la spoliation subie. Sur la question romaine, Pie X montra toujours une grande douceur associée à une inébranlable fermeté et s’il accepta qu’on appuyât ici ou là des hommes d’ordre contre des hommes de désordre, il travailla à reprendre en main les catholiques que tentaient un véritable ralliement. C’est ainsi qu’il prononça la dissolution de l’Œuvre des Congrès fascinée par le jeu démocratique.

Aventino consacre plusieurs chapitres à exposer en détail la sage et lucide position du Saint-Siège face aux lois laïques de la République française de 1903 à 1905 (encyclique Vehementer nos du 11 février 1906 sur la séparation de l’Église et de l’État).

 

La pensée politique de saint Pie X

L’encyclique Il fermo proposito (11 juin 1905) sur l’Action des catholiques s’appuie sur le motu proprio du 18 décembre 1903. Le pape affirme que si l’Église a toujours « démontré qu’elle possède une vertu merveilleuse d’adapta­tion aux conditions variables de la société civile, il faut se garder de porter atteinte à l’intégrité ou à l’immutabilité de la foi, de la morale et aux droits sacrés de l’Église ». Les démocrates chrétiens les plus avancés désobéirent et furent condamnés par l’encyclique Pieni l’Animo du 28 juillet 1906. Ils persistèrent dans leurs erreurs et subirent un échec électoral en 1909. Ils obtinrent une vingtaine d’élus peu sûrs qu’Aventino qualifie d’intrus. Le virus démocratique continuera d’empoisonner l’action des catholiques italiens au Congrès de Modène de novembre 1910.

La pensée du saint pape était pourtant claire dès sa première encyclique (E supremi Apostolus du 4 octobre 1903) : Le point de départ est tout religieux : « Omnia instaure in Christo [1] ». Sur le plan politique et social il faut « par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons et par laquelle l’homme se substitue à Dieu ; rétablir dans leur ancienne dignité les lois très saintes et les conseils de l’Évangile ; proclamer hautement les vérités enseignées par l’Église sur la sainteté du mariage, sur l’éducation de l’enfance, sur la possession et l’usage des biens temporels, sur les devoirs de ceux qui administrent la chose publique ; rétablir enfin le juste équilibre entre les diverses classes de la société selon les lois et les institutions chrétiennes. »

La politique catholique n’est qu’un moyen d’instaurer le Christ. Saint Pie X développa sa pensée dans Jucunda sane du 12 mars 1904 à l’occasion du XIIIe centenaire de saint Grégoire le Grand. « Nous pouvons voir, écrit Aventino, sans attendre l’Encyclique sur le Sillon, que, dès le début de son pontificat, Pie X professait, en fait de constitution civile de l’État, des principes nettement opposés à ceux de la démocratie et de ses dérivés pour qui la puissance sur les hommes est donnée d’en-bas. » Le pape comprend qu’on puisse venir à la vérité par paliers : « sans doute, quand il s’agira d’éclairer des hommes hostiles à nos institutions et complètement éloignés de Dieu, la prudence pourra autoriser à ne proposer la vérité que par degrés », mais il ajoute immédiatement de prendre garde « de transformer une habileté légitime en une sorte de prudence charnelle » que les Apôtres « jugèrent incompatible avec leur mission ». Pie X réprouve la facilité et la vulgarité démocratique jusque dans les arts. Pour ramener l’humanité au Christ la prière ne suffit point, l’évêque doit entrer « dans la mêlée pour combattre vaillamment les combats du Seigneur ». Le pape rappelle l’exemple de saint Grégoire qui a maintenu les droits du Saint Siège. « Ses recommandations aux évêques en vue de la formation du clergé, toujours appuyées sur l’exemple de saint Grégoire, font présager, souligne Aventino, les mesures que Pie X prendra pour imposer la discipline et l’obéis­sance… Tels sont les caractères distinctifs de l’œuvre de Pie X ; on peut les analyser séparément en les dégageant de chaque document ; ils concourent tous au rétablissement de l’autorité divine et humaine ». La condamnation du Sillon dans Notre Charge apostolique sera la suite logique des premières encycliques.

On peut compléter la pensée du saint pape par l’allocution du 14 novembre 1904 sur les institutions politiques et par le discours du 19 avril 1909 à l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, qui aggrave les avertissements donnés en 1903 à la République française : « Non ! Ne peut prétendre à l’amour, cet État, ce gouvernement, quel que soit le nom qu’on lui donne, qui, faisant la guerre à la vérité, outrage ce qui dans l’homme est le plus sacré… on obéira parce que la religion prêche et anoblit la soumission aux pouvoirs humains, pourvu qu’ils n’exi­gent pas ce qui est opposé à la loi de Dieu. »

Le livre d’Aventino se poursuit par l’exposé des rapports entre l’Église et la République française, de la rupture des relations diplomatiques à la loi de séparation.

Ce livre montre jusque dans les détails de l’action quotidienne la justesse doctrinale, la prudence et la charité de saint Pie X ; il appelle les catholiques du monde entier à s’unir derrière lui et à le suivre hardiment pour faire triompher l’ordre chrétien. C’était en 1911. Avant de ruiner l’Europe aussi bien moralement que matériellement, la guerre allait briser le cœur du saint pape.

 

Aventino, Le gouvernement de Pie X, Concentration et défense des catholiques, Préface de Dom Besse, Nouvelle Librairie Nationale, 1911.



[1]  — Saint Paul, Éphésiens 1, 10.

Informations

L'auteur

Converti à la foi catholique par la lecture de Bossuet durant ses années de lycée, Gérard Bedel (1944-2022) voua efficacement sa vie, sa voix et sa plume au service de Dieu, de la France et des lettres.

Pour réagir à l’exclusion de plus en plus prononcée des auteurs ou des thèmes catholiques par les manuels scolaires de l’éducation officielle, il entreprit dans Le Sel de la terre une série d’articles sur notre littérature chrétienne, qu’il ne put malheureusement achever.

Notice nécrologique dans Le Sel de la terre 120.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 89

p. 204-206

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