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Pétain

 Claude Jacque

Faire rentrer en quelques cent vingt pages une vie aussi longue et aussi pleine que celle de Philippe Pétain tient du prodige. En huit chapitres nous allons voir se dérouler la carrière, du « soldat » au « Maréchal aux liens », en passant par la « gloire et les honneurs » (ministre de la guerre, ambassadeur, chef de l’État français) : comme écrit Yann Clerc dans la revue Le Maréchal (n° 248-mars 2014), c’est « l’ouvrage qui nous manquait. […] Il constitue désormais le livre le plus à la portée des jeunes qu’il nous tient à cœur de convaincre ».

Qu’a voulu faire l’auteur ? Il le dit lui-même dans son introduction : « L’histoire explique les mythes et détruit les légendes qui les composent en s’appuyant sur des documents et non sur des témoignages toujours subjectifs. […] Le mythe résistantialiste laissera un jour place à la vérité et le maréchal Pétain sera reconnu comme un des plus glorieux fils de la France. Puisse ce modeste travail contribuer à cette grande tâche ! » (p. 8). Cela est fait, bien fait, sans polémique, dans le calme et la sérénité.

Ce « modeste travail » contribue effectivement à rendre témoignage à la vérité par l’exposé clair, dense et méthodique d’une vie mêlée aux plus grands évènements du 20e siècle. Le personnage du maréchal apparaît au fil des pages dans la stature de l’homme qui domine les situations, remonte aux sources des maux pour trouver le remède et dont l’efficacité ne fait aucun doute, sur le terrain comme dans la vie publique… C’est pourquoi, en 1940, devant le désastre, c’est à lui que naturellement, on a fait appel par un télégramme qui le rappelait de son ambassade à Madrid ; n’écoutant que le devoir et son amour de la patrie, il répondit présent et rétablit ce qu’il put, pour éviter aux Français de plus grands malheurs, faisant « don de sa personne à la France ».

Nous tirerons la leçon des batailles perdues. Depuis la victoire, l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur. J’ai été avec vous dans les jours glorieux. Chef du gouvernement, je suis et resterai avec vous dans les jours sombres. Soyez à mes côtés. Le combat reste le même, il s’agit de la France, de son sol, de ses fils. (Appel du 20 juin 1940 ; p. 68.)

Gérard Bedel explique ce qu’est un armistice puis, par quelques mots sur l’État français (ce n’est pas l’objet du livre mais il faut bien en parler quand même), il donne le cadre de cette « Révolution nationale ». « L’idée de la Révolution nationale appartient au maréchal Pétain qui tenta, en s’appuyant sur son bon sens de terrien, de restaurer une société saine, fondée sur les principes du droit naturel. Il répondait ainsi aux aspirations confuses de la majorité des Français, las des idéologies qui les avaient conduits à l’abîme. » Mgr Valerio Valeri, nonce apostolique, parle dans le même esprit, lorsqu’en 1942 il présente ses vœux au chef de l’État : « En invitant tous les Français à se grouper sous la devise “Travail, Famille, Patrie”, en posant les “Principes de la Communauté” et surtout en lançant vos “Appels”, au style simple si prenant et si pathétique à la fois, vous êtes allés tout droit au fond du cœur de vos concitoyens et vous avez réellement préparé une France nouvelle ». Cette « France nouvelle » va s’appuyer sur l’Église pour l’aider au redressement moral de la société, dans la famille et l’école. L’auteur développe bien cet aspect. Il montre aussi la pudeur du maréchal au sujet de la religion, sa discrétion aussi. Mais, lorsqu’on lit la réponse à l’aumônier qui l’assiste à l’île d’Yeu : « Monsieur le Maréchal, vous avez fait à la France le don de votre personne. Consentez-vous à lui offrir votre martyre en sacrifice ? », on n’est pas étonné : « Oui, je le veux, je le veux bien. »

L’auteur conclut avec Tite-Live : « … jusqu’à ce qu’on arrive à notre époque, où nous ne pouvons supporter ni nos maux ni leurs remèdes… » Comme quoi les incohérences de l’histoire ne sont pas nées « de la dernière pluie » !

Pour finir, nous donnerons la parole à l’abbé Beauvais, citant l’homélie qu’il prononça sur la tombe du Maréchal à l’occasion d’un anniversaire – la tombe venait d’être profanée :

On vous a alors condamné, cher maréchal, parce que vous préconisiez l’esprit de sacrifice, l’effort, le don et la maîtrise de soi, parce que vous aviez redonné un sens au travail, remis la famille à l’honneur, exalté l’amour de la patrie, parce que vous cherchiez à communiquer la force des grandes certitudes et que vous étiez le dernier rempart de la civilisation chrétienne. Il est certain que derrière votre condamnation se sont cachées toutes les combinaisons qui ont fait le malheur de notre pays. Mais vous avez accepté l’offrande, et comme tout don passe par la croix, la croix vous a attendu et vous a suivi jusqu’ici. Et si l’échec reste au plan humain, la victoire est là sur le plan surnaturel.

G. Bedel, Pétain, Paris, éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », 2014, 128 p. illustrées avec chronologie et bibliographie, 12 €. [Attention : Pardès édite beaucoup de livres sulfureux. Le Pétain de G. Bedel est une rose au milieu des épines !]

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 89

p. 206-208

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