Suite à « l’Adresse aux fidèles »
Suite à « l’Adresse aux fidèles » (voir Le Sel de la terre 88, p. 138-141), Mgr Fellay a écrit plusieurs lettres au père prieur d’Avrillé.
Dans le souci de donner une information exacte à nos lecteurs, nous leur faisons connaître l’essentiel de cette correspondance.
Le Sel de la terre.
Dans une lettre du 10 février 2014, Mgr Fellay posait quatre questions. Les voici, suivies des réponses adressées à Mgr Fellay le 16 mai 2014 :
Question 1. Devons-nous comprendre votre geste [la signature apposée à « l’adresse aux fidèles » du 7 janvier 2014] comme une séparation d’avec la Fraternité Saint-Pie X ?
Réponse : La réponse est « non », comme cela apparaît clairement dans l’annonce faite le 19 janvier lors de la lecture de cette « adresse » à nos fidèles : « Avant d’en faire la lecture, sachez que les prêtres signataires de “l’Adresse aux Fidèles” nous ont précisé qu’ils ont estimé en conscience devoir présenter aux fidèles, non pas une déclaration de rupture avec la FSSPX mais, au contraire, le témoignage public de leur attachement ferme et fidèle aux principes qui ont toujours guidé Mgr Lefebvre dans le combat de la foi. »
Question 2. Comment voyez-vous désormais vos relations avec la Fraternité Saint-Pie X, son Supérieur général et ses prêtres, étant bien entendu que jamais nous ne tolérerons que l’on essaie de diviser ou séparer le corps de sa tête ?
Réponse : Comme son nom l’indique, « l’Adresse aux fidèles » s’adressait aux fidèles. Nous nous engagions vis-à-vis d’eux à continuer le « combat de la foi » et à les soutenir dans ce combat.
Dans la mesure où la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X continue ce combat, nous serons, comme par le passé, ses amis.
Question 3. Comment envisagez-vous les futures ordinations des membres de votre communauté ?
Réponse : Nous ferons appel, comme par le passé, aux évêques de la Tradition.
Question 4. Comment prévoyez-vous votre apostolat dans les maisons de la Fraternité Saint-Pie X, en particulier dans le district de France, mais aussi ailleurs ?
Réponse : Nous irons là où l’on voudra bien nous inviter et où nous serons libres de prêcher la vérité intégrale de la foi.
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Le 24 mars 2014, Mgr Fellay nous écrivait :
Toute collaboration entre Avrillé et la Fraternité Saint-Pie X est nécessairement suspendue, jusqu’à ce que vous fassiez une rétractation entière et publique du soutien que vous avez apporté à l’Adresse aux fidèles par votre signature et vos propos du 19 janvier, et jusqu’à ce que vous déclariez vous abstenir désormais de tout acte subversif à l’encontre des autorités de la Fraternité Saint-Pie X.
Réponse : Si le changement d’orientation esquissé dans votre conférence privée du 27 février [1] se confirmait, nous serions prêts à déclarer que l’adresse aux fidèles n’a plus sa raison d’être. Par exemple, il conviendrait que votre déclaration doctrinale du 15 avril 2012 soit rétractée de façon entière et publique. Il conviendrait encore que ce changement d’orientation se prolonge de façon durable, dans les paroles et les faits.
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Enfin, dans une lettre du 5 mai, Mgr Fellay posait une question supplémentaire :
Question : « Puisque vous récusez l’autorité actuelle de la Fraternité Saint-Pie X, sous quelle autorité entendez-vous mettre votre sacerdoce à la disposition des fidèles ? […] Est-ce une autorité réelle ou virtuelle ? Est-ce une autorité objective ou subjective ? »
Réponse : Nous sommes très étonnés de cette question. Voulez-vous dire que notre juridiction sur les fidèles nous venait de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ? […] La juridiction que nous avons vient du droit canon de l’Église catholique qui prévoit les situations extrêmes dans lesquelles peuvent se trouver les fidèles. Mgr Lefebvre a souvent expliqué cette question de la suppléance de la juridiction.
Commentaire : La question de la juridiction de suppléance a été traitée en détail par le père Marie-Dominique dans l’article « L’exemption des religieux, un exemple de la sagesse de l’Église » paru dans Le Sel de la terre 87 (hiver 2013-2014), p. 128 (voir notamment les pages 139 à 144).
Nous pouvons ajouter ici deux témoignages de la pensée de Mgr Lefebvre, qui était soucieux de préserver le droit des religieux.
— Quand un religieux d’Avrillé a voulu être relevé de ses vœux, du vivant de Mgr Lefebvre, ce dernier a refusé de s’en occuper. Il a conseillé de s’adresser à un religieux extérieur à la Fraternité Saint-Pie X qui avait une expérience en ce domaine.
— Le 19 juin 1986, Mgr Lefebvre écrivait au prieur d’Avrillé : « L’Ordre dominicain ayant accepté l’esprit révolutionnaire de Vatican II, le Prieur de votre communauté doit en fait assurer les charges de supérieur général et provincial. »
Mgr Lefebvre a souvent récusé vouloir être le chef des traditionalistes. Seul le pape a une juridiction universelle dans l’Église. Il y a un danger de schisme a vouloir s’attribuer une juridiction sur tous les catholiques fidèles à la Tradition, notamment sur les communautés religieuses exemptes. Or, nous sommes obligés de constater que telle est l’attitude de Mgr Fellay. Il est intervenu dans notre communauté pour faire sortir cinq religieux profès perpétuels et les constituer en communauté dissidente d’Avrillé, placée sous l’autorité directe de Mgr de Galarreta qui a nommé le premier supérieur [2]. Mgr de Galarreta, pour justifier cette intervention, a dit au prieur d’Avrillé que nous devions considérer Mgr Fellay comme jouant le rôle de Maître général de l’Ordre. On voit combien Mgr Fellay et Mgr de Galarreta sont éloignés de la pensée de Mgr Lefebvre sur cette question.
Jusqu’à présent l’unité dans la Tradition se faisait dans le combat pour le maintien de la foi catholique vis-à-vis des erreurs distillées par la Rome moderniste. Depuis trois ans, dans leur volonté de s’arranger avec « Rome », ou du moins d’éviter de nouvelles condamnations, les autorités de la Fraternité Saint-Pie X font l’unité autour de la personne de Mgr Fellay et demandent une obéissance aveugle et une confiance sans limite.
Le 21 juin 2012 vers 17 h, le Secrétaire Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X appelait au téléphone le père prieur d’Avrillé et lui posait cette question : « Mon Père, si nous signons un accord avec Rome, est-ce que vous nous suivez ? » Le père prieur, un peu surpris, exposa que l’accord éventuel avait pour base une Déclaration doctrinale de Mgr Fellay envoyée à Rome en avril et que nous ne connaissions pas.
« En effet, vous ne connaissez pas ce texte, mais je ne peux vous le communiquer. Il est secret. Il faut nous faire confiance. »
Le père prieur lui demanda deux jours de réflexion, qu’il obtint non sans peine. Mais, le lendemain 22 juin, à 9h26 du matin, sans attendre le délai de deux jours, Mgr Fellay envoyait un fax :
[…] La confiance envers le Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pie X a été entamée dans votre couvent, j’estime donc nécessaire de différer l’ordination des candidats que vous avez présentés pour la cérémonie du 29 juin prochain, à Écône. […] Nous attendrons donc que la confiance revienne ; ce sera ainsi mieux pour tout le monde !
Là encore, nous sommes bien loin de la manière de faire de Mgr Lefebvre, qui, non seulement n’imposait pas son point de vue, mais encore demandait volontiers conseil auprès des communautés religieuses en les convoquant pour les écouter, par exemple en 1984 quant il y a eu l’indult pour la messe traditionnelle ou en 1988 quand il a fallu prendre la décision de consacrer des évêques.
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Communiqué des dominicains d’Avrillé
Suite à une lettre circulaire envoyée le 9 mai 2014 par le supérieur de district de France de la Fraternité Saint-Pie X, les dominicains d’Avrillé ont publié ce communiqué le 15 mai.
Le Sel de la terre.
Le 9 mai 2014 à 16h38, l’abbé de Cacqueray, supérieur de district de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a envoyé la lettre circulaire suivante :
FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT-PIE X, Le Supérieur de district + Suresnes, le 9 mai 2014 Objet : Dominicains d’Avrillé Cher Monsieur l’abbé, Dans une lettre circulaire aux Supérieurs Majeurs du 10 avril que vous allez recevoir d’une façon imminente dans le prochain B.O. il nous est indiqué que « Monseigneur Fellay a dû suspendre toute relation avec le couvent d’Avrillé à la suite d’une ‘Adresse aux fidèles’ que les Pères ont signée et d’une conférence publique que le Père Prieur a cru devoir organiser le 19 janvier dernier au couvent. Dans cette conférence, les autorités de la Fraternité sont vivement attaquées en même temps qu’est lancé un appel à résister ouvertement à Mgr Fellay. Dans l’attente des éclaircissements et des explications que le Supérieur Général a demandés au Père Prieur par deux fois [3], et la nécessaire réparation que réclament les propos outranciers tenus à Avrillé, toute relation ou collaboration est nécessairement suspendue avec cette communauté. Souhaitons que cette mesure ne soit que temporaire. » Si des activités étaient prévues avec le couvent d’Avrillé, je vous remercie d’avertir le Père Prieur que vous ne pouvez les maintenir. Vous remerciant de vous conformer à ces directives, je vous prie de bien vouloir agréer, cher Monsieur l’abbé, l’expression de mon dévouement sacerdotal dans le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie, Abbé Régis de Cacqueray.
Voici quelques précisions et rectificatifs.
La « conférence publique » dont il est question a eu lieu dans une salle privée de l’hôtellerie du couvent, elle n’a fait l’objet d’aucune publicité. L’« Adresse aux fidèles » ayant été lue le 19 janvier après le sermon, le père prieur a invité les fidèles qui désiraient des explications à une réunion informelle.
Les propos du père prieur ont été enregistrés de manière clandestine, l’enregistrement, de qualité médiocre, a été envoyé à Menzingen et retranscrit assez approximativement. Après plusieurs réclamations [4], le père prieur a enfin reçu de Menzingen une copie de cet enregistrement, le jour même (9 mai) où la condamnation a été promulguée par Suresnes, ne laissant pas la possibilité de se défendre ni même de s’expliquer.
Dire que les autorités de la Fraternité ont été « vivement attaquées » et « qu’un appel à résister ouvertement à Mgr Fellay a été lancé », parler de « propos outranciers » sont des exagérations manifestes, voire des calomnies.
La conférence, qui a duré 33 minutes (+ 21 minutes de questions), a consisté principalement à commenter quelques document publics, dont la fameuse « déclaration doctrinale » de Mgr Fellay du 15 avril 2012 envoyée au cardinal Levada, déclaration retirée mais non rétractée, texte qui se trouve publié sur le site de la Fraternité en France et qui contient de graves erreurs et ambigüités doctrinales.
Nous nous étonnons qu’aucune réponse ne soit apportée sur le fond de la question (les erreurs doctrinales de Mgr Fellay jamais rétractées), mais que la seule réponse soit une condamnation extrêmement lourde (outre l’annulation de toutes les activités prévues avec la Fraternité, nous sommes privés d’ordinations et de saintes huiles), tandis que les autorités modernistes de Rome et ceux qui prônent le ralliement à la Rome conciliaire sont traités avec plus de douceur, voire, pour ces derniers, promus à des postes importants.
[1] — Conférence donnée le 27 février 2014 à Flavigny par Mgr Fellay aux prieurs de la Fraternité Saint-Pie X du district de France, dont Mgr Fellay a adressé des extraits aux dominicains d’Avrillé.
[2] — Cette fondation a été annoncée pudiquement dans le bulletin interne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X de cette façon : « A la mi-novembre [2013], une fondation dominicaine a été établie avec la bénédiction de Mgr de Galarreta à Steffeshausen, dans la Province de Liège, non loin de la frontière allemande. Peu après, le supérieur du district venait leur souhaiter la bienvenue et leur confier l’apostolat de l’église du Sacré-Cœur de Jésus. » – Ce que ce communiqué « oublie » de dire, c’est que les cinq religieux en question sont des profès perpétuels d’Avrillé. Trois d’entre eux ont quitté leur couvent sans permission de leur supérieur, dans la nuit du 11 au 12 avril 2011, et ont été accueillis à bras ouverts par l’abbé Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne. Le communiqué omet aussi trois circonstances importantes : 1. C’est le couvent d’Avrillé qui avait, en premier lieu, choisi et proposé cette maison de Steffeshausen pour la fondation envisagée ; 2. Mgr Fellay s’était engagé le 26 janvier 2013 devant quatre prêtres, dont le supérieur de district de France, à laisser cette fondation sous la juridiction du prieur d’Avrillé, supérieur légitime des religieux la composant ; 3. Mgr Fellay a décidé ensuite de mettre la fondation sous la juridiction de Mgr de Galarreta, sans prévenir Avrillé, et sans répondre à trois lettres demandant des explications. – Nous nous tenons à la disposition de ceux qui veulent des explications complémentaires et les preuves de ce que nous affirmons.
[3] — La circulaire laisse croire que nous n’avons pas répondu aux demandes de Mgr Fellay, ce qui est faux. – Voici les dates des correspondances : 1ère lettre de Mgr Fellay le 10 février : réponse le 12 mars ; 2e lettre de Mgr Fellay le 24 mars se référant à un enregistrement clandestin des propos du père prieur du 19 janvier : réponse le 2 avril demandant cet enregistrement ; 3e lettre de Mgr Fellay le 8 avril, prononçant la condamnation (« ni saintes huiles, ni ordinations, ni possibilité de collaborer au sein de nos maisons »), mais ne donnant toujours pas l’enregistrement ; lettre du 11 avril du père prieur (avant la réception de la lettre de Mgr Fellay du 8 avril) ; 4e lettre de Mgr Fellay le 5 mai, envoyant l’enregistrement : réponse du père prieur le 16 mai. – Toutes les lettres de Mgr Fellay ont eu une réponse, et la condamnation a eu lieu avant que le père prieur ait eu les moyens de s’expliquer.
[4] — Voir la note précédente. Outre la demande faite le 2 avril à Mgr Fellay pour vérifier ce qui nous était reproché, l’enregistrement clandestin a été réclamé le 14 avril à l’abbé Thouvenot et le 1er mai à l’abbé Nély. Il a donc fallu trois demandes avant d’obtenir (trop tard) cette pièce capitale.

