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Le symposium de Rome organisé par le c.i.e.l.t. Les 10, 11 et 12 juin 1993

 

 

Le C.I.E.L.T., fondé en 1988 par André Van Cauwenberghe, a tenu son deuxième congrès à Rome en juin dernier. Le premier congrès avait eu lieu en septembre 1989 à Paris, suite à la datation du suaire au carbone 14 (qui avait persuadé l’opinion et même des évêques que le linceul de Turin était un faux médiéval). A ce moment-là, « la confrontation des travaux des spécialistes de l’histoire, de l’iconographie, de l’anatomie, de la médecine, de l’hématologie, du tissu, des laboratoires isotopiques, des pollens, de la chimie, de la physique et de l’épistémologie (avait) conduit à constater après les tests de datation au carbone 14, réalisés par les laboratoires d’Oxford, d’Arizona et de Zurich, l’apparition d’une contradiction épistémologique [1] ».

De plus, la valeur réelle de la datation au carbone 14 avait été mise en doute : quinze anomalies avaient été soulignées (dans la manière de procéder à cette expérience).

En 1990, l’exposition prestigieuse du British Museum à Londres « False ? The art of deception » confirma que le linceul ne pouvait être considéré comme un faux. Il est reconnu (dans le catalogue officiel du British Museum) que « le fait générateur de l’image procède du cadavre d’un authentique crucifié-flagellé, conforme aux spécifications scientifiques, anatomiques et médicales requises. L’époque de ce supplice demeurant encore matière à débats scientifiques ».

 

Le deuxième congrès a réuni à Rome des spécialistes du monde entier qui ont fait le point de leurs recherches sur le linceul, en particulier sur :

— la date de cette pièce archéologique ;

— le moyen de la conserver ;

— le processus de formation de l’image.

Les thèmes abordés furent les suivants :

 

1°) Histoire

Le Codex de Pray, manuscrit hongrois datant de 1192-1195, contient deux miniatures sur lesquelles on voit le Christ étendu sur le drap mortuaire, marqué de traces de brûlures comme sur le linceul de Turin. Ce document prouve que le linceul existait au 12e siècle.

 

2°) Iconographie

Des représentations du Christ, conformes à l’image du linceul de Turin, existent sur les icônes (avec parfois même les chevrons du tissu de lin) et les monnaies byzantines, dès le 6e siècle.

 

3°) Tissu-Conservation

Divers moyens de protéger le linceul sont proposés (contrôle de la lumière, de l’atmosphère, enroulement ample).

 

4°) Caractéristique de l’homme du linceul

L’image est tridimensionnelle. Elle représente un homme ayant subi une flagellation romaine, couronné d’épines, avec la marque de la poutre de la croix sur ses épaules, etc. Tous les détails sont conformes à l’Évangile de Jean.

 

5°) La datation au carbone 14 de 1988

Monsieur Kouznetsov (de Moscou) fit une intervention pour expliquer que le textile de lin contient plus de carbone 14 que la plante vivante : la datation au carbone 14 serait donc entachée d’une erreur (le tissu semble plus jeune qu’il ne l’est réellement). Toutefois, Georges Salet critique, semble-t-il avec raison, les études de Kouznetsov dans le numéro 127 d’octobre 1993 de la revue De Rome et d’ailleurs. Cette personne fut introduite au symposium par Guy Berthault, membre du CESHE, et il reprend en effet des idées du CESHE sur la non-validité de la méthode de datation par le carbone 14. Il semble qu’il y ait eu là une imprudence de la part des organisateurs du symposium.

Cela n’est pas une raison pour admettre sans discussion les résultats des analyses de datation au carbone 14 de 1988. Par exemple, l’analyse statistique des données de la datation montre que celles-ci sont trop dispersées pour que l’on puisse affirmer avec certitude que le linceul de Turin date du 13e siècle.

Par ailleurs, en 1988, le protocole scientifique n’a pas été respecté. Plusieurs questions restent sans réponse :

— Pourquoi avoir abandonné la procédure aveugle ?

— Pourquoi avoir donné l’âge des tissus témoins aux laboratoires ?

— Quels sont les résultats bruts du dosage du carbone 14 ?

— Quels sont les résultats détaillés de l’étude statistique spécialisée ?

— Pourquoi avoir écarté toute discussion épistémologique ?

L’hypothèse de la substitution des échantillons, proposée par Georges Salet, repose sur des indices sérieux (De Rome et d’ailleurs 127, octobre 1993).

 

6°) L’image

— Il est démontré que le linceul de Turin ne peut être une peinture (absence d’émulsion colloïdale).

Le saint suaire comporte trois caractéristiques que ne peut produire un artiste :

• absence de contour ;

• perspective apparente de l’image, sans source lumineuse (la perspective est apparue au 15e siècle et nécessite une source lumineuse) ;

• une conception inversée de l’espace.

— La formation de l’image reste mystérieuse. Diverses hypothèses sont avancées :

Le linceul étant imbibé de myrrhe et d’aloès, on suppose que si le corps a été irradié par un éclair de lumière instantanée et aveuglante, comme la lumière solaire, il a pu s’imprimer sur le lin des empreintes telles que celles du linceul de Turin.

Une autre explication met en jeu un vernis biogénique (espèce de moisissure).

Un flux de protons aurait pu produire l’image.

— Le passage d’un flux de neutrons à travers le tissu (durant l’événement historique de la résurrection) pourrait expliquer une teneur élevée en carbone 14, faisant paraître le tissu plus jeune qu’il ne l’est en réalité.

 

7°) L’authentification - L’identification

Le linceul n’est ni l’œuvre d’un artiste ni l’œuvre d’un faussaire, c’est un linge ayant entouré le cadavre d’un crucifié-flagellé, avec toutes les caractéristiques des supplices romains. Les détails sont conformes à l’Évangile de Jean. La probabilité pour qu’il ne soit pas le linceul du Christ est donc extrêmement faible. Scientifiquement, le linceul peut être considéré comme le suaire ayant enveloppé le Christ après la crucifixion.

 

Deux inconnues demeurent :

1°) Le processus de formation de l’image-empreinte.

2°) Le processus de séparation du corps et du linge.

Le C.I.E.L.T. a formulé au Saint-Siège, propriétaire du linceul, la demande d’une nouvelle étude scientifique par des équipes internationales, en vue d’une extension du suaire qui pourrait avoir lieu le 28 mai 1998, date anniversaire du centenaire de la première photographie du saint suaire de Turin.

 

A Rome, le symposium du C.I.E.L.T. a eu un grand retentissement médiatique. Avant même l’ouverture, le 9 juin, à la suite d’une conférence de presse tenue par monsieur Upinsky, directeur scientifique du C.I.E.L.T., les quotidiens italiens titraient : « Le linceul est vraiment du 1er siècle. Les scientifiques démentent la datation médiévale » (Il Giornale). « Le linceul est authentique, l’Église s’est trompée » (Corriere della Serra). Toutefois, ce retentissement médiatique est à double tranchant, car les journalistes ont surtout rapporté les communications de Kouznetsov (le seul qui a parlé à la conférence de presse !) et nous avons dit que ces travaux sont très douteux.

Le Cardinal Stickler, préfet émérite de la bibliothèque et des archives du Vatican, fut présent aux conclusions du symposium. Là aussi, cette présence au symposium de représentants du Vatican n’est pas forcément un bon signe. L’intention est peut-être de surveiller ces travaux pour en empêcher une large diffusion. Depuis plusieurs années, le Vatican joue un rôle très négatif dans cette question, collaborant, au moins par son silence et ses imprudences, aux tentatives pour discréditer le saint suaire. Il faut dire que cet objet gêne l’œcuménisme, et particulièrement le rapprochement avec Israël.

 

Cécile Roy


[1] — Télégramme de clôture du symposium de Paris.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 9

p. 190-193

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