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Lumière pour l’âme (IV) Lettres à la conférence des jeunes gens chrétiens du Mesnil-Saint-Loup

par le père Emmanuel

 

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Après avoir publié le Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup du père Emmanuel, nous publions ici, toujours sous ce titre de « Lumière pour l’âme », les Lettres à la conférence des jeunes gens chrétiens. Ces textes sont extraits du Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance (numéros de juin à septembre 1885). Nous publierons dans la suite les Lettres aux jeunes filles de la paroisse.

Le Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup est également disponible sous forme de tirés-à-part édités par les Publications du Sel de la terre : voir les annonces en fin de numéro.

 

Louis, Émile, Ernest André, devenu par la suite le père Emmanuel, naquit en 1826 dans le village bourguignon de Bagneux-la-Fosse. Il fit son séminaire à Troyes où il fut ordonné prêtre en 1849. Aussitôt après, il était nommé curé du Mesnil-Saint-Loup, petite paroisse située entre Troyes et Sens. Il resta à ce poste jusqu’à sa mort, en 1903.

Dans cette minuscule paroisse, il ressuscita une chrétienté qui devint florissante et qu’il anima d’une piété liturgique intense. Cette œuvre de rénovation spirituelle s’effectua sous le patronage de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. L’invocation « Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous ! » se répandit dans le monde entier sous la forme d’une association pieuse : la Prière Perpétuelle. Pour cette archiconfrérie de prière, il édita le Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance où il instruisit sans relâche les âmes des vérités de la foi, présentant la doctrine de saint Thomas d’Aquin d’une façon accessible à tous.

Mentionnons dans son œuvre très vaste : l’érection de deux monastères bénédictins (olivétains) sur sa paroisse même et la fondation de la Revue de l’Église grecque unie, devenue la Revue des Églises d’Orient, où il montra une érudition peu commune.

 

Parmi les œuvres du père Emmanuel qui ont été rééditées récemment, signalons :

• Lettres à une mère sur la foi et catéchisme des plus petits enfants, éd. D.M.M.          (F. 53290 Grez-en-Bouere), 1978.

• Le naturalisme, éd. D.M.M., 1973 (épuisé).

• Le chrétien du jour et le chrétien de l’Évangile, éd. D.M.M., 1973 (épuisé).

• La grâce de Dieu et l’ingratitude des hommes, éd. D.M.M., 1973 (épuisé).

• Les deux cités, éd. D.M.M., 1973 (épuisé).

• Catéchisme de la famille chrétienne, éd. D.M.M., 1977.

• Méditations pour tous les jours de l’année liturgique, Dismas (3 rue de      Bayère, 5537 Haut-le-Vastia, Belgique), 1987 (épuisé).

• Traité du ministère ecclésiastique, Les Ateliers du Bec — L’Étendard (58                 Académie, Sherbrooke, Québec), 1963.

• Le bon Dieu, suite d’articles parus dans la revue Fideliter (112 route du   Waldeck, 57230 Eguelshardt) à partir du nº 52.

• De la présence de Dieu, paru dans Le sel de la terre nº 4 (printemps 1993).

• Le Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup,      Publications du Sel de la terre, 1994.

Le Sel de la terre.

 

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Première lettre

 

Mes chers amis,

 

C’est une belle chose d’être jeune, c’est une grande chose d’être chrétien : et c’est dans l’intérêt de ces grandes et belles choses que je vous écris cette lettre ou plutôt ces lettres ; car, si je vous donne aujourd’hui la première, d’autres la suivront, et ce sera un moyen pour moi d’entrer en plus intime communication avec vous, un moyen pour vous d’entrer en plus intime communication avec la vérité de Dieu, la vérité de Dieu qui réjouit et qui sauve.

Dieu aime toutes ses œuvres ; il ne saurait en être autrement, car Dieu est bon et il est la souveraine bonté. Mais il aime tout spécialement la jeunesse, et cela, il nous l’a montré de diverses manières.

Autrefois Dieu avait fait un commandement de lui offrir les prémices de toutes choses, et qu’est-ce que la jeunesse, sinon les prémices de la vie ?

Dieu aime la jeunesse, parce que cet âge est plus facilement mis à l’abri des vices qui gâtent trop souvent notre pauvre humanité. Dieu aime la jeunesse, puisque notre divin Sauveur a voulu passer par tous les âges, commencer par être petit enfant, pour ensuite grandir dans l’obéissance à la sainte Vierge et à saint Joseph.

Et, quand plus tard il prêcha son Évangile, vous savez qu’il aimait à avoir autour de lui les enfants, les jeunes ; et quand les apôtres voulaient éloigner ces enfants, ne sachant pas tout ce que le Sauveur avait d’amour pour eux, Notre-Seigneur les reprenait, et très fort, leur disant même qu’ils n’entreraient point au ciel s’ils ne devenaient comme des enfants. Et puis, quand Notre-Seigneur avait près de lui les enfants, il les embrassait, leur imposait les mains et leur donnait sa bénédiction.

Plusieurs des miracles de Notre-Seigneur ont été faits pour guérir des enfants : parmi les trois morts qu’il ressuscita, il y avait un jeune homme et une jeune fille.

Si donc votre âge est cher à Dieu, il faut qu’en cet âge Dieu lui-même vous soit cher par-dessus tout et c’est pour vous aider à arriver là que je vous écris ces lettres.

 

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Tant que l’enfant demeure sous l’aile de sa mère, il ne vit, pour ainsi dire, que de la vie de sa mère. L’enfant ne pense pas, sa mère pense pour lui.

Mais, au sortir de la première enfance, le jeune homme commence à penser, à penser tout seul, à penser pour lui.

C’est là une heure solennelle dans la vie.

Le jeune homme commence à voir. Dans la multitude des choses qu’il aperçoit, il reconnaît qu’il a beaucoup à apprendre, et rien n’est plus vrai.

Le jeune homme a un immense désir de savoir et il importe grandement de ne pas laisser perdre un désir si grand, si précieux.

Ici commencent à se révéler de grands périls.

Il y a des jeunes gens qui croient pouvoir apprendre de tous côtés, et qui, dès lors, acceptent les leçons de mauvais maîtres : combien se sont perdus par cette voie !

Il y en a qui croient devoir se défier de ceux-là mêmes que Dieu a placés tout près d’eux pour guider leur inexpérience : ils se ferment par là la porte de la sagesse.

Il y en a qui croient pouvoir se suffire à eux-mêmes, et qui veulent se devoir à eux-mêmes tout ce qu’ils apprendront : ils se trompent.

Enfin il y en a qui, désireux de plaire à Dieu, de marcher dans les voies du Seigneur, demandent à Dieu lui-même de les enseigner, d’éclairer leurs voies, et qui comprennent que Dieu leur répondra par la parole de ceux qu’il a préposés à la formation de leur vie, à la direction de leur âme : et ceux-ci prennent la bonne, la seule bonne voie.

 

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Vous entrez alors dans la vie réelle : tout est nouveau pour vous, mais aussi tout est mystère. Souvent, vous craignez de demander, il se pourrait faire que vous rencontriez des gens maladroits qui, au lieu de vous instruire, se moqueraient de votre ignorance.

Rien n’est comparable aux souffrances d’une âme jeune encore qui a besoin de savoir et qui ne sait à qui révéler son besoin. Celui qui vous écrit a passé par ces états de souffrances incompréhensibles, et il sait quel service on lui aurait rendu si l’on était venu avec précaution au-devant de ses ignorances.

Je souhaiterais que jamais personne d’entre vous n’ait à souffrir de cette façon-là ; et, quand vous avez besoin de la vérité, je prierais volontiers le bon Dieu de vous envoyer un ange pour vous la donner, de la manière et dans la mesure qui convient à chacun.

Car il y a manière, il y a mesure. Telle manière convient à une âme et ne convient pas à une autre. Telle mesure est nécessaire aujourd’hui, telle autre mesure sera nécessaire demain. L’enfant d’un jour ne saurait prendre la nourriture de l’enfant d’un an : et l’enfant d’un an ne supporterait pas l’alimentation de l’enfant de dix ans.

 

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La bonne manière d’apprendre est celle des chrétiens, je dis des chrétiens élevés chrétiennement.

Et, dans ce genre d’éducation merveilleusement adaptée à notre nature, je trouve qu’il y a trois degrés.

L’enfant apprend d’abord les mots, puis il apprend le sens des mots ou des choses, enfin il apprend la raison des choses, et c’est alors qu’il sait véritablement.

Ne reconnaissez-vous pas qu’il en est ainsi ? Tout d’abord, vous avez appris à dire papa, maman, le bon Dieu, Jésus ; c’étaient là des mots. Et puis, votre petite raison se mettant à l’œuvre, vous avez compris quelque chose du sens de ces mots, vous avez appris les choses. Alors, non seulement vous connaissiez les mots papa, maman, mais vous en démêliez le sens, vous saviez ce que c’est qu’un papa, une maman ; c’était déjà un grand progrès. Et quand vous êtes arrivés à reconnaître qu’un papa, une maman sont pour vous les images et les représentants du Père qui est dans les cieux, vous avez su non seulement le mot, mais la chose, et la raison de la chose, et alors vous avez été mis en pleine possession de votre bien, de la vérité. Que cela est beau ! que cela est grand !

Mais que d’autres mots à apprendre, que d’autres choses à connaître, que d’autres raisons des choses à pénétrer ! Et ces mots, et ces choses, et ces raisons, il vous les faut : c’est un bien que Dieu vous veut, un bien vers lequel votre âme aspire de toutes ses forces. Qui vous aidera à les acquérir ? Qui vous les donnera ?

Reconnaissez, mes chers amis, que vous avez beaucoup à acquérir.

 

 

Deuxième lettre

 

Mes chers amis,

 

Vous avez entendu souvent prononcer ce mot : élever ses enfants, un enfant bien élevé, un enfant mal élevé.

Je veux aujourd’hui vous expliquer ce mot-là : vous y trouverez quelque intérêt.

Remarquez tout d’abord que notre langue française est d’origine latine ; et, pour la comprendre bien, il faut remonter un peu loin dans le passé. Cela est surtout nécessaire pour notre mot élever.

Donc, chez les anciens Latins, alors qu’ils étaient encore païens, le père avait le droit de faire mourir ses enfants : c’était la loi humaine, ici en contradiction avec la loi de Dieu. Et, quand un enfant venait au monde, c’était l’usage que la sage-femme le déposât à terre aux pieds de son père. Si celui-ci laissait à terre le nouveau-né, cela voulait dire qu’il serait mis à mort, soit qu’on l’étranglât, soit qu’on le jetât simplement à l’égoût. Mais, si le père daignait se baisser, ramasser la pauvre petite créature et la remettre à la sage-femme, l’enfant était reçu dans la famille. Le père l’avait élevé.

C’est de là que nous est venu le mot élever ses enfants. Chez les païens cela commençait par l’acte que je viens de vous dire. Mais chez nous, que tout est bien différent, depuis que nous sommes chrétiens par la grâce de Dieu ! Les païens avaient le mariage, mais quel mariage ! La femme était une véritable esclave, que l’homme pouvait traiter en conséquence et mettre à la porte de sa maison selon son bon plaisir : l’enfant était absolument livré au caprice de son père, qui pouvait le tuer tout à son aise, et les sages de ce temps-là proclamaient que bien souvent c’était une belle action.

Si l’on savait un peu mieux ces choses-là, on aurait sans aucun doute plus de joie d’être chrétien, et plus de reconnaissance pour la grâce que Dieu nous a faite de naître en pays chrétien et de parents chrétiens.

 

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Vous avez donc compris l’origine du mot élever en parlant des enfants. Les anciens n’entendaient par là rien autre chose que la conservation de la vie naturelle de l’enfant.

Mais nous chrétiens, tout en gardant les mots de la langue des anciens, nous leur avons donné un sens que les anciens ne connaissaient pas. Depuis que le Fils de Dieu s’est fait homme, que la Vierge est devenue Mère de Dieu, tout a été ici-bas singulièrement renouvelé, tout a été élevé, relevé, d’une manière merveilleuse !

Qu’est-ce que le mariage des païens à côté du mariage chrétien ? Qu’est-ce que le père chez les Romains à côté du père vraiment chrétien ? Qu’est-ce que la femme païenne à côté de la femme chrétienne ? Et qu’est-ce que l’enfant païen à côté de l’enfant chrétien ?

Ah ! si l’on savait tout ce que nous devons à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à la sainte Vierge Marie et à l’Église notre mère qui nous a élevés et élevés en enfants chrétiens !

Élevés ! Voilà donc le mot qui pour nous résume de si grandes choses.

 

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Naissant de parents chrétiens, nous n’avons pas eu besoin d’être élevés de terre : en venant au monde, nous ne sommes pas tombés si bas. C’est un premier bienfait de Dieu ; et puis presque aussitôt nous avons été baptisés, c’est-à-dire élevés à l’incomparable dignité de chrétien, d’enfant de Dieu, de cohéritier de Jésus-Christ.

Notre famille nous a presque immédiatement reversés dans la grande famille de Dieu ; nous sommes devenus les enfants du Père qui est dans les cieux.

 

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Aussi l’enfant chrétien doit être élevé selon son rang d’enfant de Dieu. L’art de bien élever consiste à lui faire connaître son Père céleste, sa famille d’en haut, la volonté du Père qui est dans les cieux. Le devoir des pères et mères vraiment chrétiens c’est d’élever leur enfant d’une manière digne de sa vocation chrétienne, afin qu’il mérite d’avoir part à l’héritage de félicité éternelle que Dieu lui a préparé.

Ainsi donc, l’enfant chrétien est bien élevé quand il est maintenu à la hauteur de sa dignité d’enfant de Dieu et d’héritier du ciel.

L’enfant mal élevé serait celui qui perdrait la grâce de son baptême : car, alors, il retomberait dans l’état de l’humanité déchue, il perdrait son droit à l’héritage céleste et serait même exclu de la maison de son Père céleste, pour être jeté avec les démons dans les horreurs de l’enfer.

En un mot, l’enfant mal élevé, c’est le prodigue qui a tout perdu misérablement, l’enfant bien élevé , c’est celui qui a pour sa part ici-bas la sagesse, et là-haut la vie éternelle.

Mais qu’est-ce que la sagesse ?

A une prochaine lettre, mes chers amis.

 

 

Troisième lettre

 

Mes chers amis,

 

Nous avons prononcé ce mot : la sagesse !

Tous les siècles, tous les hommes ont loué, admiré, vanté, souhaité la sagesse. Il faut donc que ce soit un bien, un grand bien. Mais quel bien est-ce donc que la sagesse, en quoi consiste-t-elle et où la trouver ? Ces questions sont capitales, et tant élevées soient-elles, elles ne le sont point trop pour vous, parce que la grâce du baptême vous a grandis assez pour être à la hauteur de la sagesse, de la vraie sagesse.

Je vais vous faire lire un magnifique passage du livre de Job, un des plus anciens, si ce n’est le plus ancien livre du monde :

« Il y a des mines d’où l’on tire l’argent, il y a des lieux où se travaille l’or : le fer se tire de la terre et, en fondant certaines pierres, on en retire l’airain. Mais la sagesse, où la trouver ? L’homme n’en connaît pas le prix et elle ne se rencontre pas sur la terre. L’abîme dit : Elle n’est point en moi. Ni avec moi, répond la mer. On ne la vend pas au poids de l’or : on ne l’achète pas à prix d’argent. D’où vient donc la sagesse ? Elle est cachée aux yeux de tous les vivants : mais Dieu connaît sa voie et sait où elle habite. Car il voit jusqu’aux extrémités du monde, et il découvre tout ce qui est sous le ciel. C’est lui qui a vu la sagesse et qui la fit connaître : c’est lui qui l’a préparée et en a sondé la profondeur. C’est lui qui a dit à l’homme : La sagesse, c’est la crainte de Dieu ! » (Jb 38)

La sagesse, c’est donc évidemment un bien surnaturel : les hommes ne sauraient ni se la donner, ni se la procurer même au prix de l’or : la sagesse est un don de Dieu ; et, puisque Dieu a bien voulu nous apprendre en quoi elle consiste, nous disons : la sagesse, c’est la crainte de Dieu.

Et ici, mes chers amis, gardez-vous de donner à ce mot le sens de la peur : Dieu n’est point un mal, pour que nous ayons peur de lui. Tout au contraire, Dieu est le souverain Bien, et quand nous entendons ces mots très chrétiens : la crainte de Dieu, il nous faut entendre par là ce que nous devons à Dieu le souverain Bien, à savoir le souverain respect.

Nous devons le respect à tous, surtout à ceux qui sont au-dessus de nous, mais à Dieu, qui est au-dessus de tous, nous devons le souverain respect, et ce souverain respect, c’est la crainte de Dieu, c’est la sagesse.

Considérée comme la loi du respect, la sagesse, qui est un bien pour tous, devient un bien spécialement nécessaire à la jeunesse. Car, quoi de plus juste pour la jeunesse, pour ceux qui sont les derniers venus dans ce monde, quoi de plus juste que de respecter ceux qui y sont venus avant eux, leurs père et mère, leurs parents, leurs proches, et surtout les vieillards ? Et par-dessus tout le bon Dieu, le créateur de tous, le Père qui est dans les cieux ? Et, si rien n’est plus juste que cette loi du respect, quoi de plus convenable et de plus beau dans la jeunesse chrétienne que l’obéissance complète à cette grande et divine loi, quoi de plus beau dans la jeunesse que la sagesse ?

Remarquez, mes chers amis, un des traits les plus saillants de la stupidité du monde. Il dit : Il n’est pas possible d’être jeune et d’être sage ! O monde, voilà donc ta sagesse à toi. Tu proclames impossible d’unir ensemble la jeunesse et la sagesse. A qui donc et à quoi donc livreras-tu la jeunesse ? Quelle part lui feras-tu donc ici-bas ? Ah ! nous ne voyons que trop ce que deviennent à ton école ces jeunes âmes auxquelles tu as enseigné la prétendue impossibilité d’être sages. Elles ont perdu tout respect : elles ont perdu le respect de Dieu, le respect des parents, le respect du prochain, le respect d’elles-mêmes. Elles sont tombées dans l’abject, dans l’ignoble ; et tu viens nous dire : impossible qu’il en soit autrement.

Ne vous étonnez pas d’un pareil aveuglement, mes chers amis ; le monde, qui a perdu les dons de Dieu, en est venu à ne plus connaître ni les dons de Dieu qu’il a perdus, ni la source inépuisable de toute sagesse et de tout bien. Le monde est bien à plaindre, et bien coupable.

Pour vous, mes chers amis, instruits pas l’exemple de ces maux, tournez-vous avec une reconnaissance plus grande vers Dieu, la source de vos biens, gardez fidèlement la loi du respect, la crainte de Dieu, la sagesse, et souhaitez vivement de la connaître de plus en plus.

 

 

Quatrième lettre

 

Mes chers amis,

 

Dieu lui-même, dans la Sainte Écriture, nous a enseigné ce qu’est la sagesse. Il nous faut l’estimer, la désirer, la demander à Dieu.

La sagesse est d’autant plus digne de notre estime qu’elle est un bien plus précieux.

« J’ai préféré la sagesse, dit le Sage, je l’ai préférée aux trônes et aux royaumes, et j’ai cru que les richesses ne sont rien à côté d’elle. Je n’ai point mis en comparaison avec elle les pierres les plus précieuses ; car tout l’or du monde, au prix d’elle, n’est qu’un peu de sable, et l’argent devant elle n’est que comme de la boue. Je l’ai préférée à la santé et à la beauté : j’ai résolu de la prendre pour ma lumière, parce que sa clarté ne s’éteint point : avec elle me sont venus tous les biens, et de ses mains j’ai reçu des richesses inestimables. » (Sg 7, 8-11)

Le désir suit l’estime :

« J’ai aimé la sagesse, continue le Sage, et je l’ai recherchée dès ma jeunesse : j’ai souhaité de l’avoir pour épouse, et je suis devenu désireux de sa beauté. C’est elle qui enseigne la science de Dieu, c’est elle qui dirige ses œuvres. J’ai donc résolu de la prendre pour la compagne de ma vie, sachant qu’elle me fera part de ses biens, et que, dans mes peines et mes chagrins, elle sera ma consolation. Ayant donc pensé à ces choses, et les ayant méditées dans mon cœur, considérant que je trouverai l’immortalité dans l’union avec la sagesse, un vrai plaisir dans son amitié, des richesses inépuisables dans les ouvrages de ses mains, l’intelligence dans ses entretiens et une grande gloire dans la communication de ses paroles, j’allais, la cherchant de tous côtés, afin de la prendre pour ma compagne. » (Sg 8, 2-18)

Après l’estime et le désir doit venir la prière : c’est ce que le Sage continue à nous enseigner :

« Sachant donc que je ne pouvais avoir la sagesse si Dieu ne me la donnait, et c’était déjà un effet de la sagesse de savoir de qui je devais recevoir ce don, je m’adressai au Seigneur, je lui fis ma prière, et je lui dis de tout mon cœur : Dieu de mes pères, Dieu de miséricorde, qui par votre parole avez créé toutes choses, qui par votre sagesse avez formé l’homme, afin qu’il eût l’autorité sur toutes vos créatures, donnez-moi cette sagesse qui siège avec vous sur votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants : car je suis votre serviteur, et le fils de votre servante, un homme faible, ayant à vivre un temps bien court, et peu capable d’entendre vos lois et de bien juger. (…) Or votre sagesse est avec vous, et elle sait ce qui est agréable à vos yeux : envoyez-la donc du ciel qui est votre sanctuaire, afin qu’elle soit avec moi, qu’elle travaille avec moi, et que je sache ce qui vous est agréable. Elle a la science et l’intelligence de toutes choses : elle me conduira dans toutes mes œuvres avec circonspection, et me protégera par sa puissance. Ainsi, mes actions vous seront agréables. (…) Car, qui a connu votre pensée, sinon ceux à qui vous avez vous-même donné la sagesse, et envoyé votre Esprit-Saint du haut des cieux ? C’est ainsi qu’ont été redressés les sentiers de ceux qui étaient sur la terre, et que les hommes ont appris ce qui vous est agréable. Car c’est par la sagesse, Seigneur, qu’ont été sauvés tous ceux qui vous ont plu dès le commencement. » (Sg 8, 21 à 9, 18)

Ces paroles de nos livres saints sont si belles, si lumineuses, si touchantes, si priantes, que je n’y veux rien ajouter, vous pressant seulement de les lire, de les méditer, et surtout de les prier.

Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 9

p. 118-127

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