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Manuel du croisé La croisade pour le règne social de Marie

par le père Gabriel-Marie Jacquier, des frères de Saint-Vincent-de-Paul

 


Cette brochure du père Jacquier (1906-1942) fait suite à celle que nous avons publiée dans le dernier numéro de la revue : « L’ordre social chrétien par le règne social de Marie ».

Le Sel de la terre.

 

 ⚜️

 

Appel au combat

 

L’Église militante

 

La vie de ce monde est un gigantesque combat qui dresse Satan contre Dieu, les suppôts de Satan contre les enfants de Dieu.

La révolte de Lucifer et de ses démons a déchaîné la bataille :

« Et il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le dragon ; et le dragon et ses anges combattaient ; mais ils ne purent vaincre et leur place même ne se trouva plus dans le ciel. Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, et il fut précipité sur la terre et ses anges furent précipités avec lui [1]. »

Depuis leur chute lamentable, Lucifer et ses démons s’abandonnent à leur haine diabolique en attaquant tout ce qui est divin. Dès la création d’Adam et d’Ève, l’enfer cherche à troubler l’ordre établi par Dieu et, depuis, une lutte acharnée se poursuit sur la terre « car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l’air [2] ».

Les hommes qui se laissent séduire par Satan deviennent ses instruments perturbateurs et ils s’efforcent de désorganiser le plan divin dans tous les domaines : d’où ces combats incessants de la vie privée, de la vie publique, de la vie nationale, de la vie internationale.

Nous devons faire front contre l’enfer et ses troupes : la gloire de Dieu, le salut temporel et éternel de nos frères, notre propre salut y sont intéressés.

L’enjeu du combat est la vie sous toutes ses formes. Si l’enfer remporte quelques succès, le malheur s’abat sur les individus, sur les familles, sur la société, sur les nations.

Mais, si les enfants de Dieu résistent à l’attaque du démon, s’ils s’efforcent de maintenir partout l’ordre divin, la paix doit régner, d’autant plus sûre que leur courage et leur persévérance dans le combat auront été plus francs. Les hommes doivent, de ce fait, jouir ici-bas d’un avant-goût du ciel, car notre Père veut rendre ses enfants heureux.

« C’est pourquoi, prenez l’armure de Dieu afin de pouvoir résister au jour mauvais et, après avoir tout surmonté, rester debout. Soyez donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice, et les sandales du zèle aux pieds, prêts à annoncer l’Évangile de paix. Et, surtout, prenez le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin. Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit qui est la parole de Dieu. Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications et, pour cela, veillez avec une persévérance continuelle et priez pour tous les saints [3]. »

Le catholique est un guerrier au service de la vérité et non un diplomate qui cherche à composer avec l’enfer. Il n’y a pas de tractations possibles avec l’erreur et le mal ; mais la lutte sans trêve ni merci.

 

Vive le Christ-Roi !

 

Pour garder l’ordre divin, source de paix et de prospérité, il faut bien le connaître. Tout le plan divin est bâti sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Il est le Verbe fait chair, la Vérité incarnée, l’idée divine exprimée extérieurement, l’archétype de toutes choses. Tout ce qui existe est donc fait à son image et ressemblance et doit se maintenir à cette hauteur pour être selon Dieu.

Il est la plénitude : « Et c’est de sa plénitude que nous avons tout reçu [4] ! » La vie humaine dans toutes ses manifestations ne peut s’épanouir que par sa grâce.

Il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, puisqu’il est l’Homme-Dieu ! il lui revient d’exercer sa puissance sur l’ensemble et le détail de la création, sur chaque individu et sur chaque société.

Tout doit être régi par son sceptre divin, car « c’est en lui que toutes choses sont créées, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre (…) tout a été créé par lui et pour lui [5] ».

Il doit dominer toute la création pour en faire hommage à son Père. Cependant, sa royauté est toute d’amour et il attend le don spontané de nos cœurs pour l’exercer effectivement et nous faire bénéficier des dons de sa sagesse et de sa puissance. Si nous nous dérobons au sceptre divin du cœur de Jésus, nous devenons alors les misérables esclaves de l’enfer.

Les individus trouvent en Jésus le modèle ineffable, le soutien miséricordieux qui leur communique « grâce sur grâce [6] » : le maître assuré qui les éclaire et les guide intérieurement.

Les sociétés ont, en la Sainte Famille de Nazareth, vivante image de la Sainte Trinité, le prototype de la vie sociale, unité ineffable dans la multiplicité des personnes dont chacune concourt au bien de toutes les autres. Les exemples de Jésus à Nazareth ainsi que la manière dont il s’est comporté durant sa vie publique à l’égard de ses proches, à l’égard des autorités civiles et religieuses, sont un code complet et pratique de vie sociale. D’ailleurs il continue à nous préciser ses enseignements par l’Église qui le prolonge, sans compter que son influence personnelle pour illuminer et soutenir s’exerce sur toute société qui se dévoue pleinement à sa royauté. Ainsi, « aujourd’hui encore le remède fondamental consiste dans une rénovation sincère de la vie privée et publique selon les principes de l’Évangile chez tous ceux qui se glorifient d’appartenir au Christ, afin qu’ils soient vraiment le sel de la terre et préservent la société humaine de la corruption totale [7]. »

« Ce Jésus est la pierre rejetée par vous de l’édifice, et qui est devenue la pierre angulaire. Et le salut n’est en aucune autre, car il n’y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés [8]. » Et la pierre d’angle doit tout soutenir, aussi bien la vie individuelle que toutes les manifestations de la vie sociale ; autrement, l’édifice humain ne tient pas et est livré aux divisions suscitées par Satan.

 

La croisade mariale

 

Comprenons bien le plan de Dieu pour y conformer notre action. Nous devons combattre Satan et ses suppôts. Or c’est la Vierge Marie qui a été établie par Dieu pour écraser, de tout temps, la tête du serpent infernal. La lutte de ce monde n’est que la réalisation ininterrompue de la prophétie du paradis terrestre :

« Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité, celle-ci te meurtrira la tête et tu la meurtriras au talon [9]. »

Seuls les véritables enfants de Marie mènent un combat efficace dans la lutte gigantesque qui oppose à tous les instants la race infernale à la race des fils de Dieu.

Nous devons établir et maintenir dans tous les domaines la royauté du cœur de Jésus et c’est Marie, la reine, qui lui prépare les voies et dispose toutes choses pour son heureux avènement : Dieu est un dans sa conduite ; il a donné Jésus au monde par Marie, c’est par elle qu’il le forme encore en chaque individu, qu’il le fait régner sur chaque société, sur chaque génération. Ce rôle de Marie nous apparaît dans tout son éclat si on envisage qu’elle est la Mère de la grande famille de Dieu. Elle a engendré ici-bas le Verbe fait chair, celui « par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait de ce qui existe [10] ». Marie est ainsi devenue la Mère de toute la création puisque celle-ci n’est qu’un rayonnement plus ou moins lointain de la  plénitude qu’est Jésus. Or, dans une famille, le cœur maternel est le lien de tous les membres du foyer. Il appartient donc au cœur de la Vierge de maintenir l’union et l’harmonie entre toutes les créatures et spécialement entre les hommes, et de les soumettre avec force et douceur à l’autorité paternelle et royale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, pierre angulaire de tout.

En conséquence, pour être fidèles au plan de Dieu, nous avons organisé une croisade mariale. Pour faire front contre l’enfer, nous voulons grouper autour de Marie, l’antagoniste de Satan, toutes les âmes décidées à mener le bon combat.

Il y a chez les suppôts de Satan, sous la tourbe moutonnière, des sectes de promoteurs du mal. Il faut leur opposer dans l’Église militante une union compacte d’âmes entièrement données à la très sainte Vierge et dont elle pourra disposer pleinement selon les nécessités de la lutte. Ces âmes seront les chefs de file de tout le peuple de Dieu.

Soutenues par leur Mère invincible, elles seront toujours prêtes à s’opposer à l’invasion des troupes de l’enfer, de toutes manières et sur tous les terrains ; car il est inadmissible que les bons aient moins de zèle pour défendre la cause de Dieu et celle des âmes, que les mauvais n’aient d’acharnement et de persévérance pour ruiner la même cause.

Pour assurer le règne effectif du cœur de Jésus sur toute la vie humaine, nous voulons travailler de tout notre pouvoir au règne social de Marie.

Nous ferons tous nos efforts pour amener les chrétiens à se consacrer pleinement au Cœur Immaculé et mener en lui leur vie entière.

Nous introniserons le cœur de Marie dans nos foyers, et nous partagerons avec lui la vie domestique de chaque jour afin qu’il forme peu à peu nos familles sur le modèle de Nazareth.

Sur le terrain professionnel, nous grouperons patrons, techniciens et ouvriers dans le cœur de leur commune Mère pour l’organisation des unions mariales corporatives. Chaque métier se soumettra ainsi à la royauté de Marie qui deviendra l’animatrice de la plus efficace des collaborations sociales.

En France, nous lutterons pour que la consécration officielle de notre pays à la très sainte Vierge, par le roi Louis XIII, ne soit pas lettre morte, mais qu’elle inspire toutes les institutions et toutes les lois. Et notre patrie, réalisant ainsi sa mission de fille aînée de l’Église pourra étendre le règne de Marie parmi les nations et préparer la vivante consécration du genre humain au Cœur Immaculé. Que nos frères des autres nations travaillent pour leur part au règne social de Marie chez eux.

Bien des hommes, malheureusement pour eux, ne verront dans notre effort qu’une folle utopie. Mais nous savons qu’elle est vivante, notre Mère ! Elle est toute proche de nous. Elle gouverne les détails de notre vie humaine dans la mesure où notre bonne volonté lui en donne la possibilité. Des âmes, véritablement dévouées à son cœur très pur, sont capables de tout contre l’enfer et pour préparer le triomphe du cœur de Jésus.

Forts de notre confiance dans le cœur de celle qui est la toute-puissance suppliante et la reine et la Mère bien vivante de la création, nous ne nous laisserons rebuter par aucun obstacle, si insurmontable qu’il paraisse humainement, et nous mènerons sans relâche la croisade pour le règne social de Marie.

 

 

Le croisé de la Vierge Marie

 

Le guerrier de cette nouvelle croisade est bien, en vérité, un enfant de Marie, dans la vie privée et dans la vie publique, acceptant toutes les conséquences que commande cet état, réalisant ainsi pleinement l’action catholique à laquelle nous dévoue le sacrement de confirmation.

 

Rappel de quelques vérités fondamentales

 

L’action est la mise en valeur de l’être ; pour bien agir, il faut bien se connaître ; nous allons donc rappeler ce que nous sommes.

Originairement, nous appartenons à une race déchue par la faute de nos premiers parents. Jésus, plénitude divine, et Marie, son aide semblable à lui, ont en eux la possibilité de nous renouveler. Ils ont porté pour nous le châtiment du péché, ils ont réparé à l’égard de Dieu, ils nous ont rachetés.

Le baptême est le sacrement de la régénération : nous sommes engendrés à nouveau pour devenir « une nouvelle créature [11] ». Nous sommes alors arrachés à la souche corrompue d’Adam et d’Ève pécheurs, et incorporés au Christ, notre chef divin, par l’action médiatrice et vraiment maternelle de Marie. C’est dans ce sacrement magnifique que nous naissons tout ensemble enfants de Dieu et de Marie, que nous sommes comme plongés dans le sein divinement fécond de la Vierge-Mère pour y devenir d’autres Jésus, membres vivants de son Fils premier-né. L’eau baptismale, cause instrumentale de cette génération surnaturelle, n’est-elle pas dès lors comme le symbole efficace de « ce chaste sein de la Vierge dont nous sommes originaires », comme s’exprime saint Pie X dans sa belle encyclique mariale [12], et dans lequel nous demeurons, selon saint Grignion de Montfort, jusqu’au jour de notre naissance à la gloire. Jusqu’à cet instant bienheureux, il faut nous cacher et nous blottir dans le sein virginal de notre Mère, pour y être perfectionnés toujours plus dans notre qualité d’enfants de Dieu. Sans cesse, il nous faut « ressusciter » cette grâce initiale de notre baptême, grâce chrétienne et mariale tout ensemble, susceptible de développements indéfinis ; sans cesse, il faut nous replonger, par une foi vive, dans le sein maternel qui nous donna la vie, pour que toutes nos actions, nos paroles, nos pensées et nos sentiments soient vivifiés et fécondés par cette influence sanctifiante de notre Mère.

La confirmation développe en nous les effets du baptême. Nous sommes alors consacrés « croisés », puisque nous recevons la croix sur le front. Comme les apôtres et les premiers disciples réunis autour de la sainte Vierge le jour de la Pentecôte, c’est en Marie que nous est communiquée la flamme du Saint-Esprit pour que nous devenions, en union avec elle, les généreux témoins du Christ.

« Lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous serez revêtus de force et vous me rendrez témoignage (…) jusqu’aux extrémités de la terre [13]. »

Étant plongés en Jésus et en Marie, nous sommes sous le patronage spécial de saint Joseph, époux de Marie et Père virginal de Jésus. Ce protecteur de l’Église universelle est tout particulièrement le saint patron des classes laborieuses et le père de toute famille chrétienne.

Membres de Jésus en Marie, nous sommes tous unis ensemble dans l’unité d’un même corps mystique : le baptême et la confirmation établissent entre nous une intimité si grande et un ordre si merveilleux dans le cœur de notre Mère, qu’on parle alors de « communion » : « Je crois à la communion des saints ». Ainsi les sacrements font de nous des principes d’unité et de hiérarchie dans la vie sociale.

Comme baptisés, nous devons nous relever de notre déchéance causée par le démon et nous épanouir dans la chaude atmosphère du cœur immaculé de Marie ; sous son impulsion, par une intimité habituelle et une docilité constante, il arrivera qu’elle engendrera de mieux en mieux en nous Jésus, son divin Fils. Comme confirmés, nous devrons lutter vaillamment pour établir partout le règne de la vérité.

 

A la ressemblance de sa Mère et en union avec elle, le croisé est un antagoniste de Satan

 

Confiant dans le secours de la Vierge puissante, le croisé s’oppose vaillamment, partout où son influence est possible, aux manifestations de l’esprit diabolique : erreurs de l’esprit, mensonges, licence des mœurs, coutumes mondaines, etc.

Avant tout, il doit se dégager personnellement de la servitude des démons. Une âme en état de péché grave ne mérite, pour elle et pour les autres, que la malédiction divine. Une tentation est un combat singulier dans la grande bataille du monde ; chaque soldat doit tenir vaillamment. Une faute volontaire est une trahison. Faisons donc mourir en nous les complices de l’enfer, « la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux – l’ambition, l’amour des honneurs et des biens d’ici-bas – et l’orgueil de la vie [14] ».

Luttons avec tous nos frères du monde : « Soyez sobres, veillez ; votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi, sachant que vos frères dispersés dans le monde endurent les mêmes souffrances que vous [15]. » Une victoire remportée profite à toute l’armée du Christ. Soyons donc vaillants, car nous combattons en présence de Dieu, de la Vierge, de tous les anges et de tous les saints qui suivent avec intérêt le développement des hostilités, et qui soutiennent nos efforts si nous leur demeurons unis.

Le cœur de Marie est notre refuge assuré à l’heure de la tentation. Dès que le serpent diabolique essaie de nous fasciner, détournons-nous, rentrons en nous-mêmes, soumettons-nous à l’emprise de notre baptême et de notre confirmation. Ces sacrements nous feront retrouver l’intimité de notre Mère en nous : dans le cœur immaculé, Satan ne nous suit plus.

La réception fréquente des sacrements de pénitence et d’eucharistie renouvellera nos forces de résistance contre l’enfer et ses complices en nous.

 

Membre de Jésus, fils de Marie, le croisé est, avec son chef divin :

 

Un réparateur et un rédempteur

Jésus est le centre de la création, de toute vie humaine. Le croisé, membre de Jésus, doit être un centre de l’ordre divin dans son milieu social : le baptême et la confirmation le mettent en état de prolonger le Christ ici-bas.

Jésus et Marie ont réparé l’injure faite à Dieu par la désobéissance des hommes en poussant l’obéissance jusqu’à la mort de la croix. Ils ont ainsi mérité pour tous le pardon divin.

Le croisé doit continuer, dans son milieu social, la mission de Jésus et de Marie qu’il prolonge ici-bas. Pour réparer les révoltes de ses compagnons de labeur et leur mériter la miséricorde divine, il se soumettra avec amour aux exigences de ses devoirs d’état, il acceptera courageusement les épreuves quotidiennes et il ne craindra pas de s’imposer des sacrifices, s’efforçant de consoler par sa générosité, les saints cœurs de Jésus et de Marie outragés par ses frères. Ainsi le patron réparera pour les patrons, l’ouvrier pour les ouvriers, etc.

La croisade, d’ailleurs, est une réparation et une rédemption et notre divin maître a fixé dans ses exemples les conditions de tout rachat. Il faut donc nous attendre à bien des épreuves et disposer nos âmes à tous les sacrifices pour suivre Jésus et Marie au calvaire. Nous subirons les assauts du démon ; nous pourrons être trahis par d’autres Judas ; notre œuvre de salut récoltera, pour encouragement, les ricanements de la populace, les critiques des scribes et des pharisiens. Les meilleurs appuis pourront nous faire défaut à la dernière heure, comme à Jésus la fidélité des apôtres. Nous-mêmes, nous aurons probablement des heures d’agonie et peut-être nous arrivera-t-il de tomber plus de trois fois.

Nous sommes croisés, c’est pour porter la croix. Nous irons de l’avant envers et contre tout, avec une confiance inébranlable dans le cœur si tendre de Marie. Nous pouvons être certains que, si nous lui sommes fidèles, il nous conduira finalement à la victoire, en dépit des succès momentanés de l’ennemi.

Que les croisés aient donc l’âme des martyrs ! C’est à leur imitation que nous voulons triompher, leur sang a été une semence de chrétiens. Par notre immolation acceptée, nous voulons obtenir la régénération de notre patrie et du monde entier.

Nous supporterons tout en esprit surnaturel, unissant nos peines au sang du divin crucifié et aux larmes de la Vierge Marie, afin que, par cette union notre sacrifice ait une efficacité universelle dans l’espace et dans le temps.

Tout servira ainsi le but de la croisade : nos combats, certes, mais aussi nos peines de chaque moment, nos efforts isolés, et la mort enfin. C’est pour aller jusqu’au sacrifice complet, s’il est nécessaire, que nous nous sommes consacrés au cœur de Marie.

« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Celui qui sauvera sa vie la perdra ; celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera [16]. »

Jésus et Marie nous ont aimés jusqu’au calvaire, nous voulons répondre à leur amour. Que la grandeur de cet idéal ne nous effraie pas ! Par le baptême et la confirmation, nous avons en nous la grâce pour suivre Jésus.

Peu à peu, l’esprit de la croisade nous animera et nous soulèvera au-dessus de nous-mêmes. Il est bien vrai que par nos seules forces nous ne pouvons rien. Mais notre Mère est là pour soutenir ses enfants, comme elle a accompagné Jésus au Golgotha. Et puis, nous pouvons recevoir chaque jour notre Sauveur qui renouvelle, à la sainte messe, son œuvre rédemptrice : dans la communion, qu’il ne faut jamais manquer par négligence, le cœur de Jésus, immolé, nous communique son ardeur généreuse pour la gloire de Dieu et pour le salut de nos frères.

 

Un témoin de la vérité

Devant Pilate, Jésus a dit :

« Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix [17]. »

Le croisé veut être « de la vérité », comme son divin maître, comme Marie, l’illuminatrice. En toute question, il veut voir clair et parler net. La vérité intégrale est sa ligne de conduite. Une méditation assidue de l’Évangile, une lecture fréquente des encycliques des papes, l’organisation de réunions d’études sur tous les problèmes actuels intéressant la famille, la profession, l’État, la vie internationale, etc., le mettront à même de remplir sa mission de témoin authentique. S’il sait se dégager de son amour-propre, la lumière irradiée en lui par le baptême et la confirmation ne manquera pas à son intelligence.

Qu’il rende son témoignage envers et contre tout et qu’il s’efforce d’amener son entourage à réduire en organisations pratiques les directives de la vérité.

« Celui qui m’aura confessé devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Et celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux [18]. »

Pour le triomphe de la vérité, le croisé saura affronter sans ménagement les mercenaires de la vérité, ceux qui ne la servent pas mais qui s’en servent, et les faux prophètes qui se masquent d’une apparence de vérité. Notre-Seigneur nous a donné l’exemple de cette mâle énergie en chassant les vendeurs du Temple et en stigmatisant les scribes et les pharisiens hypocrites. Qu’on ne vienne pas arrêter notre élan sous le fallacieux prétexte de la charité. Celui-là n’est pas charitable qui ménage les loups au détriment des brebis. Celui-là n’est pas charitable qui laisse impunément les fauteurs du mal et de l’erreur poursuivre leur action néfaste. Il n’y a qu’une charité, celle qui assure partout le triomphe de la vérité. Il faut donc que « nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine par la tromperie des hommes, par leur astuce pour induire en erreur ; mais que, confessant la vérité, nous continuions à croître à tous égards dans la charité, en union avec celui qui est le chef, le Christ [19]. » « Jusqu’à la mort, combats pour la vérité, et le Seigneur Dieu combattra pour toi [20]. »

 

Une pierre angulaire

Saint Pierre disait aux anciens d’Israël : « Ce Jésus est la pierre rejetée par vous de l’édifice, et qui est devenue la pierre angulaire [21]» Saint Paul explique aux Éphésiens que Notre-Seigneur est la pierre d’angle parce qu’il a réuni en lui les Juifs et les Gentils, « car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un [22] ».

« Dans ce renouvellement, il n’y a plus ni Grec, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni esclave, ni homme libre, mais le Christ est tout en tous [23]»

Tout se maintient dans le Christ, aussi bien la vie surnaturelle que la vie naturelle selon tous ses aspects. Il est le roc sur lequel tout s’appuie, puisque chaque chose, nous l’avons rappelé, n’est qu’une participation de sa plénitude. Ainsi, en dehors de lui, rien ne tient des constructions humaines les plus savantes, pas plus que ne tiendrait la plus belle ogive sans la pierre d’angle.

Ce rôle de pierre angulaire, chaque croisé doit le remplir dans son milieu social.

« Et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l’édifice pour former un temple spirituel [24]. »

Dans sa famille, dans sa profession, dans l’État, le croisé doit promouvoir l’union des intelligences dans la vérité, l’union des volontés dans la justice, l’union des cœurs dans la charité. Il deviendra, avec le Christ, un centre d’unité au milieu du fourmillement humain ; il maintiendra ainsi, en toutes choses, l’ordre voulu par Dieu et fortifiera, autant qu’il est en lui, le corps social contre les assauts de l’enfer. Cette vie bien ordonnée sera pour tous une ambiance favorable au rayonnement de la grâce divine dans les âmes.

Le croisé porte en lui la base et le sommet de cette unité du monde, le baptême le plonge en Jésus, la confirmation fortifie son point d’appui sur le divin maître. La communion, comme le nom l’indique, entretient en lui l’union avec le Christ et avec les autres membres du Christ. D’ailleurs notre action s’appuie sur la prière même de Jésus :

« Je prie, non pas seulement pour eux (les apôtres), mais aussi pour ceux qui, par leur prédication, croiront en moi, pour que tous ils soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, pour qu’eux aussi, ils soient un en nous, afin que le monde croie que vous m’avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que vous m’avez donnée, afin qu’ils soient parfaitement un et que le monde connaisse que vous m’avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m’avez aimé [25]. »

Quelle assurance dans l’action d’avoir pour but de réaliser la prière du Sauveur lui-même, prière qui obtient tout ce qui est nécessaire à ses généreux soldats !

 

Dans le cœur de Marie

 

Principes

Nous ne craindrons pas de nous répéter, il est si essentiel de bien comprendre que le cœur de Marie est notre principale et notre plus précieuse source d’eau vive.

Incorporés en Jésus par le baptême et la confirmation, nous sommes devenus, avec lui et en lui, enfants de Dieu et enfants de Marie. Ici-bas, nous sommes des membres de Jésus en formation « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus (…) à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ [26] ».

Le baptême et la confirmation nous maintiennent donc, d’une manière ineffable, dans le sein maternel de Marie, pour y être, de mieux en mieux, incorporés à Jésus, notre chef sacré. C’est là une régénération totale, notre corps lui-même y reçoit les arrhes de la résurrection glorieuse.

Voilà ce que nous sommes. En conséquence, toute notre vie, selon ses modalités individuelles et sociales, devra s’épanouir dans le cœur de notre Mère et sous son impulsion. N’allons pas séparer les différents aspects de notre être : en tout et toujours nous sommes les membres de Jésus, Fils de Marie.

En dehors de cette chaude atmosphère maternelle, tout n’est que vains efforts, agitation, illusion et mort ; mais au contraire, en Marie, nous sommes vivifiés pour nous-mêmes, nous sommes fortifiés pour l’action sociale, nous sommes épanouis pour la gloire de Dieu.

On applique à Marie cette parole de l’Écriture :

« Et maintenant, mes fils, écoutez-moi ; heureux ceux qui gardent mes voies (…) car celui qui me trouve a trouvé la vie et il obtient la faveur du Seigneur. Mais celui qui m’offense blesse son âme ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort [27]. »

 

Comment vivre dans le cœur de Marie

Ce sont le baptême et la confirmation (l’ordre également pour ceux qui l’ont reçu) qui nous maintiennent dans le cœur de notre Mère, et cela efficacement, de par la volonté toute-puissante de Dieu dont les sacrements sont l’expression. En effet, nous l’avons dit, nous naissons enfants de Dieu par notre incorporation au Christ, en dépendance de Marie.

L’eucharistie nourrit et accroît en nous l’intimité : Jésus nous entraîne alors de plus en plus avec lui dans le sein de notre Père, in sinu Patris, et nous rend toujours plus dépendants de notre Mère selon la grâce. Notre permanence en Marie est une réalité divine à laquelle il faut adapter notre vie.

Comme il s’agit du divin, l’acte qui nous y unira sera un acte de foi profonde et d’amour surnaturel. Rentrant en nous-mêmes, nous renoncerons à tout, intérieurement, et nous nous abandonnerons à l’influence efficace de notre baptême et de notre confirmation pour être emportés par le cœur de Marie, avec Jésus, jusque dans les profondeurs de la vie trinitaire (profunda Dei).

Le regard intérieur de l’âme, prolongé avec amour vers le cœur de notre Mère, sera l’expression vive de notre intimité, tel le tout-petit fixant amoureusement sa maman dans un silence plein de tendresse qui l’absorbe tout entier. Plus nous maintiendrons notre âme ainsi unie intérieurement à Marie dans un oubli total de nous-mêmes, de nos désirs et de toute autre affection, et plus notre Mère pourra exercer son rôle maternel à notre égard comme elle le fit pour le petit Jésus ; elle nous infusera de plus en plus la vie de Jésus pour l’épanouissement de notre âme, elle pourra disposer librement de nous, à chaque instant, pour le plus grand bien de nos frères et pour le triomphe du cœur de Jésus. Redisons-le sans crainte : elle est bien vivante, notre reine et notre Mère, vivante et vivifiante. Elle agit profondément dans les âmes qui se soumettent à son rayonnement, elle s’en sert pour réaliser et maintenir partout l’ordre divin dont la réalisation est confiée à sa maternité, tout comme, en sens inverse, Satan se sert de ses suppôts pour tout bouleverser ici-bas.

 

Un grand moyen d’éducation mariale : le saint rosaire

Notre Mère a facilité l’intimité de ses enfants avec elle en leur révélant le grand moyen du rosaire. Prière vocale et prière mentale, il est tout à fait adapté à la nature humaine. Comme il nous présente à chaque dizaine une pensée nouvelle, il permet à notre faiblesse de se ressaisir dans les distractions, sans compter que l’effort demandé est proportionné à notre petitesse : c’est la mère qui nourrit son enfant, bouchée par bouchée, et qui le fait marcher pas à pas, dizaine par dizaine, mystère par mystère. Nous dirons donc pieusement notre chapelet en nous unissant profondément aux mystères de la vie de Jésus et de Marie. Cette communion spirituelle, que nous pouvons renouveler à tous nos moments libres, nous remplira de la vie même de Dieu.

D’ailleurs, le rosaire est une prière de combat, la prière des heures désespérées. C’est à lui qu’on a recours dans les dangers les plus pressants de l’Église militante. C’est lui qui a terrassé l’affreuse hérésie des Albigeois, c’est lui qui a barré la route aux Turcs en obtenant les décisives victoires de Lépante et de Vienne, c’est lui que récitaient les Vendéens partant à la guerre.

Pour mériter l’intervention du ciel contre les progrès croissants de l’esprit révolutionnaire, le souverain pontife Léon XIII organisa, pour chaque année, le mois du rosaire. Il écrivit plus de quinze encycliques pour recommander cette dévotion. Et, plus proche de nous, le pape Pie XI a terminé la série de ses lettres pontificales en déclarant à toute l’Église, comme en un testament solennel, qu’il n’y avait plus d’autre espoir que le rosaire de la Vierge Marie.

Le chapelet nous communiquera la force de triompher de l’enfer et d’assurer le règne du Christ-Roi, en nous et dans tous les rouages de la société.

 

L’offrande du cœur immaculé de Marie

Pour suppléer aux imperfections de sa vie intérieure, le croisé utilisera le cœur même de la sainte Vierge : ce cœur béni nous appartient. Jésus, de ses lèvres mourantes, a promulgué solennellement l’ordre divin : « Femme, voilà votre fils – Fils, voilà votre Mère. » C’est Dieu qui parle et qui réalise puissamment cette union ineffable de chaque âme baptisée avec la Vierge Marie. Le petit enfant enseveli dans le sein maternel ne fait qu’un avec celle qui le vivifie. Le baptême nous plonge mystérieusement dans le cœur de la « Mère des vivants ». Nous devenons « quelque chose » d’elle ; inversement, elle nous appartient de par la volonté même de Dieu. Mettons donc en valeur ce trésor que Jésus nous a légué du haut de la croix comme le don suprême de son amour.

Le cœur immaculé est la réponse parfaite de l’amour infini dont Marie est la fille, la Mère et l’épouse. Le cœur de Marie est la prière vivante, sans cesse devant Dieu pour chaque âme en particulier, prière toute-puissante, car le Seigneur ne saurait résister à la tendresse de sa bien-aimée. Enfin le cœur de Marie offre perpétuellement le cœur de Jésus à la gloire du Père et pour le salut du monde.

Ces quelques mots suffisent pour faire entrevoir au croisé quelles richesses il peut tirer de l’offrande du cœur de Marie pour sa sanctification personnelle et en vue de réaliser sa mission.

Par le cœur de Marie, il obtiendra la lumière pour connaître la vérité et la force pour en rendre témoignage. Par le cœur de Marie, il méritera l’union des esprits et des cœurs dans l’harmonie de l’ordre divin.

(On trouvera à la fin de l’article quelques formules de prières qui faciliteront au croisé sa vie mariale).

 

 

Notre combat

 

Après avoir indiqué ce que doit être un croisé de la Vierge Marie, nous allons maintenant envisager le combat public qu’il doit mener au service de notre reine et Mère.

 

Les conditions du combat

 

La docilité intérieure envers Marie

La Vierge Marie, antagoniste de Satan et reine qui prépare l’avènement de Jésus, est la généralissime des armées du Seigneur.

Aucune action efficace ne saurait être entreprise sans son impulsion glorieuse ! En dehors, tout n’est qu’agitation stérile et perte de forces et de temps. Ce principe est universel et englobe l’ensemble et le détail de notre activité, aussi bien dans notre vie privée que dans notre vie sociale et apostolique. Ne fixons pas nous-mêmes le moment de l’action. Disposons-nous, dans la prière et le travail prudent, à être de bons soldats de notre reine, et attendons patiemment son heure ; soyons persuadés qu’elle saura déclencher le combat à l’instant le plus favorable. Faisons tous nos efforts, mais sans précipitation humaine : toute impatience retarde le succès au lieu de l’avancer. Nous ne comptons pas sur nous pour aboutir, mais sur la sainte Vierge.

Que le croisé s’habitue donc à consulter intérieurement Marie avant toute action, si petite soit-elle. A cette fin, qu’il renonce à ses vues personnelles et à ses impatiences humaines, qu’il apprenne à discerner dans les circonstances et dans la lumière intérieure les signes de la volonté de Marie, et qu’il se soumette surtout à ceux qui représentent auprès de lui l’autorité de notre souveraine.

Lorsque les ordres de notre Mère sont reconnus, il ne faut plus hésiter, mais entreprendre le combat avec une grande ardeur et une confiance inébranlable en celle qui est terrible aux démons comme une armée rangée en bataille. Malgré notre faiblesse et la pauvreté des moyens dont nous pouvons disposer, nous triompherons en dépit des succès apparents de l’ennemi. Oh ! que de merveilles on opère lorsqu’on est un membre docile de notre Mère ! Sa sagesse nous fait agir à coup sûr et sa puissance soutient notre faiblesse.

 

La charité fraternelle

Nous avons à combattre la haine diabolique et à travailler au règne du Sacré-Cœur de Jésus : cela exige que la croisade soit animée du plus pur amour fraternel.

« Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; que, comme je vous ai aimés, vous vous aimiez les uns les autres. C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres [28]. »

Les exemples des premiers chrétiens seront l’idéal des croisés.

« La multitude des fidèles n’avait qu’un cœur et qu’une âme ; nul n’appelait sien ce qu’il possédait, mais tout était en commun entre eux. Avec beaucoup de force, les apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Sauveur Jésus, et une grande grâce était sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucun indigent : tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient et en apportaient le prix aux pieds des apôtres ; on le distribuait ensuite à chacun selon ses besoins [29]. »

Il est à remarquer que la force et la grâce des chrétiens avaient leur charité pour principe : « Car il n’y avait parmi eux aucun indigent. »

Les croisés, unis ensemble dans le cœur maternel de Marie, doivent s’efforcer de réaliser visiblement cette communauté de vie en se prêtant assistance mutuelle pour tout.

« Ainsi donc, pendant que nous en avons le temps, faisons le bien envers tous, et surtout envers les frères dans la foi [30]. »

Un point important : ne juger ni critiquer personne, pas même ceux qui ne suivraient pas.

« Frères, lors même qu’un homme se serait laissé surprendre à quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur, prenant garde à vous-mêmes, de peur que vous ne tombiez aussi en tentation. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la parole du Christ ; car, si quelqu’un croit être quelque chose alors qu’il n’est rien, il s’abuse lui-même. Que chacun examine ses propres œuvres et, alors, il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non en se comparant à autrui ; car chacun aura son propre fardeau à porter [31]. »

Faisons tous nos efforts selon toutes nos possibilités et ne jugeons pas les autres. Tous, en effet, n’ont pas le même rôle à remplir.

« Car, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous ne faisons qu’un seul corps dans le Christ, et chacun en particulier nous sommes membres les uns des autres ; et nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée [32]. »

 

Le stimulant du combat : tout pour le règne social de Marie

Le soutien du soldat est la fascination de l’objectif à atteindre. Le règne social de Marie est une œuvre d’amour ; cette œuvre doit nous absorber tout entiers. Jésus et Marie se sont livrés pour nous. Nous voulons que tous, individus et sociétés, leur rendent le témoignage d’amour auquel ils ont droit pour que cesse enfin de se vérifier la triste constatation de saint Jean :

« Le Verbe était dans le monde ; le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu [33]. »

Tout pour le règne social du cœur immaculé de Marie, afin qu’arrive le règne du cœur de Jésus ! Que ce soit notre obsession. Cette pensée nous aidera à bannir de notre vie tout ce qui n’est pas le pur amour, elle nous stimulera à une intimité toujours plus profonde avec le cœur de notre Mère, elle soutiendra notre générosité dans la prière et dans le sacrifice, elle sera la flamme qui éclairera et réchauffera notre action.

Tout pour le règne social du cœur immaculé de Marie ! Que ce programme attire les âmes généreuses et que chacune d’elles fasse tous ses efforts pour assurer, dans son rayon d’action, le règne du cœur immaculé ; tous peuvent prier, tous peuvent s’immoler à cette grande intention. Beaucoup peuvent promouvoir ce règne béni par leurs paroles, leurs activités sociales et leurs exemples. Que là où il se trouve, le croisé soit comme le guerrier à l’affût, épiant les occasions de se sacrifier ou de travailler sans avoir à attendre le mot d’ordre pour poser les actions qui se présentent à lui.

C’est à Marie en définitive, et à son divin Fils, que nous rendrons compte de notre fidélité à leur amour jusque dans les détails de tous nos instants ; ils ont sans cesse les yeux sur nous et « ne vous y trompez pas : on ne se rit pas de Dieu [34].» 

 

Les objectifs du combat

 

Afin de refouler l’enfer de partout et d’assurer en toute la vie humaine le règne du cœur de Jésus, le croisé travaillera de toutes ses forces au règne du cœur immaculé de Marie en lui, dans la famille, dans la profession et dans l’État. Il ne suffit pas, nous l’avons rappelé, d’organiser la société d’une manière humaine bonne, il faut que chaque rouage social reconnaisse ne pouvoir trouver qu’en eux la paix et la stabilité. L’amour que nous devons à Jésus et à Marie, l’amour que nous devons à nos frères, nous font un devoir d’établir le règne social de Marie.

La cellule-mère de toute société est la famille, mais le lieu central de toute vie sociale épanouie est la profession ; c’est par le travail que l’homme gagne le pain de son foyer ; d’autre part, une des tâches principales de l’État est le développement honnête et fécond de la vie professionnelle et, inversement, les corporations influent sur la vie de l’État et inspirent ses lois.

Le règne social de Marie sera donc établi, non seulement par la famille, mais par les corps de métiers : on constituera des unions mariales corporatives, là où ce sera possible, pour aboutir au règne de Marie sur les professions ; on groupera alors les familles dans le cadre du métier, et c’est surtout par la corporation bien constituée que la croisade aura une action efficace dans la vie de l’État.

Ainsi la vie humaine, selon tous ses aspects, deviendra comme le rayonnement de Nazareth, véritable foyer des personnes, des familles, des corps de métiers, de toute société.

 

La vie individuelle

a) Nécessité de l’effort constant
« Le royaume des cieux est emporté de force, et il n’y a que les violents qui le ravissent [35]. »

Le croisé aura à soutenir un combat de tous les instants pour se garder des attaques de l’enfer et des attraits du monde, pour renoncer de plus en plus à lui-même afin de vivre toujours mieux sa consécration au cœur immaculé de Marie.

« Entrez par la porte étroite, car la porte large et la voie spacieuse conduisent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent ; car elle est étroite la porte, et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent [36]. »

Il faudra au croisé un courage chevaleresque pour remplir sa mission d’antagoniste de Satan, de réparateur et de rédempteur, de témoin de la vérité et de pierre d’angle.

« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait en propre ; mais, parce que vous n’êtes pas du monde et que je vous ai choisis au milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait [37]. »
« Heureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, vous repousseront de leur société, vous chargeront d’opprobres et rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, votre récompense sera grande au ciel [38]. »

Le croisé devra donc être sans cesse prêt. Autant pour sa vie personnelle que pour son combat extérieur, il devra faire siennes les paroles de saint Paul :

« Je ne fais qu’une chose : oubliant ce qui est derrière moi, et me portant de tout moi-même vers ce qui est en avant, je cours droit au but, pour remporter le prix auquel Dieu m’a appelé d’en-haut en Jésus-Christ [39]. »

Nous allons maintenant préciser les obligations du croisé : elles sont le soutien de l’âme pour le combat et le sacrifice ; chacun devra réaliser ce qui est donné ici comme simple conseil.

 

b) Les obligations du croisé

Nous n’avons pas à parler des devoirs de la vie chrétienne ordinaire : observance des commandements de Dieu et de l’Église, des lois de la vie privée, familiale et sociale ; il s’agit des obligations propres au vrai croisé de Notre-Dame.

1 – Le renouvellement quotidien de la consécration personnelle, au moins par la brève formule.

2 – La récitation quotidienne du chapelet, accompagnée de l’union aux mystères du rosaire. Bien déterminer le moment de cet exercice et s’y tenir.

3 – La communion hebdomadaire, et tendre à la communion quotidienne.

4 – La confession régulière.

5 – La fidélité aux réunions de la croisade.

Ces pratiques n’obligent pas sous peine de péché. C’est à chacun d’être fidèle de toute son âme en présence de Marie. Pour progresser dans la vie d’intimité avec le cœur de Marie, on conseille, pour chaque jour, – de se réserver un moment d’oraison mentale avec Marie, aussi long que le permettent les devoirs d’état, – de faire une lecture spirituelle, spécialement la méditation du manuel, – si possible d’assister à la sainte messe et d’y communier, ne manquant jamais ces saints exercices par pure négligence. Puis, pour chaque mois, une récollection. Pour chaque année, une retraite fermée.

Nous recommandons aussi les ouvrages de saint Grignion de Montfort : L’amour de la sagesse éternelle, Le traité  de  la vraie dévotion à la sainte Vierge, Le secret de Marie et un petit livre du père Neubert, marianiste : Mon idéal : Jésus, Fils de Marie.

 

La vie familiale

L’intronisation dans les foyers du cœur immaculé de Marie reine de France et du monde.

La famille, cellule-mère de toute société et surnaturalisée par un sacrement, est un sanctuaire divin par excellence. A l’image de la Sainte Famille, elle est ici-bas le reflet de la très Sainte Trinité d’où elle tient l’amour qui fait sa vie. Le chef de famille, à la ressemblance de saint Joseph, est comme le Père, le principe, le chef, la Providence. La mère porte en elle la vie, la flamme, la tendresse du Saint-Esprit, le Dieu d’amour. Les enfants sont à l’image de Jésus incarné.

Le cœur de Marie, la Mère des vivants, est le centre de la grande famille de Dieu. Il doit être le centre de tout foyer chrétien pour en unir les membres entre eux par un amour tout divin, et pour le garder des attaques diaboliques.

Le croisé prépare donc sa famille à l’intronisation du cœur de Marie et il organise sa vie familiale dans ce cœur maternel. Ce sera un combat de rude patience pour amener paisiblement les siens à concevoir et à désirer ce règne de Marie. Et, ensuite, pour le maintenir chaque jour de plus en plus vivant malgré l’influence néfaste du monde et des démons, et malgré l’accoutumance routinière.

 

a) Préparation de l’intronisation

On choisira un jour de fête de la sainte Vierge, un samedi ou un dimanche, ou un anniversaire important pour la famille. Une neuvaine faite en commun, avec chapelet ou litanies, par exemple, pourra précéder cette solennité.

Durant ces jours préparatoires, les esprits et les cœurs devront être orientés vers la reine qui doit venir et dont il faut désirer ardemment l’avènement. Chacun en son particulier se consacrera au service du cœur immaculé selon la formule individuelle.

Le jour même de la consécration, il sera bon de faire tous ensemble la sainte communion, pour que Jésus communique aux âmes son esprit filial envers Marie.

Dans la pièce principale où la famille se trouve ordinairement réunie, une statue ou une image de la sainte Vierge sera disposée comme sur un trône de gloire avec des fleurs et des lumières.

Autant que possible, on invitera un prêtre pour présider comme représentant de Jésus et de Marie.

 

b) Après l’intronisation

Que le cœur de Marie soit désormais considéré comme le centre de cette famille : que son image ait une place d’honneur, à côté de celle de Jésus, partout dans la maison. Ses fêtes et les samedis seront célébrés en commun ; les pratiques de dévotion, en particulier le chapelet, seront multipliées au foyer. Le cœur de Marie sera mêlé à tous les événements heureux ou malheureux.

C’est devant son image qu’on se réunira pour remercier des faveurs reçues ou pour accepter les croix. On la saluera en entrant et en sortant, et souvent dans la journée. On ajoutera une invocation à Marie à la fin du Benedicite et des grâces. On fêtera avec la Vierge de Nazareth les principaux anniversaires de la famille, les baptêmes, confirmations, mariages, faveurs particulières, etc. Chaque année, on renouvellera solennellement l’intronisation, suivant, autant que possible, la préparation et le cérémonial indiqués.

Chaque jour, au début des prières du matin et du soir, une brève formule rappellera à toute la famille son appartenance à Marie. Chacun des membres de cette famille privilégiée s’efforcera de vivre dans une union intime et habituelle avec Marie, la reine et Mère du foyer, allant toujours à elle comme un petit enfant va à sa mère.

Pour être digne du cœur immaculé de Marie, la famille pratiquera les saintes lois du mariage chrétien. Elle assurera l’union des esprits et des cœurs, dans une hiérarchie paisible, et s’inspirera en tout des exemples de simplicité, de pureté et de dévouement du foyer de Nazareth.

 

c) Le rayonnement familial

Des réunions de familles pourront être organisées périodiquement pour prier ensemble le cœur immaculé de Marie et pour recevoir des instructions qui les aideront à reproduire les exemples de la Sainte Famille. Une grande part sera faite à l’éducation.

On se proposera de conquérir d’autres foyers à notre Mère. A cette fin, on se communiquera les expériences apostoliques et l’on étudiera la manière d’agir dans les différents milieux.

Pour donner plus d’intimité et d’efficacité à ces assemblées familiales, il sera bon de les organiser dans le cadre d’un même métier, réunissant tous les membres d’une même corporation, ce qui présente l’avantage de favoriser l’union des classes sociales.

 

La vie professionnelle : les unions mariales corporatives

Le travail a un caractère divin. Par son activité laborieuse, l’homme met en valeur ses facultés et épanouit son être ; il exerce la royauté qu’il a reçue de Dieu sur toutes les choses en les soumettant à son service et en glorifiant Dieu dans ses œuvres. Il répare ses fautes par le côté pénible de l’effort, qui est une conséquence du péché : « C’est à la sueur de ton front que tu mangeras ton pain [40]. »

Le Fils de Dieu, qui s’est fait homme véritable, a voulu être artisan pour nous montrer comment nous devons nous épanouir et nous sanctifier dans le travail de chaque jour. L’atelier de Nazareth nous offre l’archétype de toute corporation avec la collaboration charitable de tous les membres de la profession, la hiérarchie qui donne à chacun sa place et permet à tous l’exercice de leurs devoirs, la conscience professionnelle et la juste répartition des charges et des profits.

La Vierge Marie continue à remplir auprès de nous le rôle qu’elle avait dans l’atelier de saint Joseph ; elle doit donc être l’animatrice de notre vie professionnelle. En conséquence, il faut organiser les métiers dans le rayonnement du cœur de Marie, dont la douce et ferme influence préservera les classes laborieuses des attaques diaboliques et leur permettra de reproduire l’idéal de Nazareth. Le régime corporatif, en effet, n’est que la réalisation du christianisme dans la vie professionnelle ; il n’est qu’un corps sans âme, voué à la corruption, s’il n’est imprégné de surnaturel. Nous donnons ici les grandes lignes du travail à réaliser. On comprendra qu’il nous est impossible de fixer au préalable le détail des méthodes à employer pour atteindre notre but.

C’est sous la direction du cœur immaculé de Marie que nous nous efforcerons de travailler peu à peu à la reconstruction de la cité chrétienne. Il faut construire une œuvre vivante ; l’uniformité devra donc être bannie, puisqu’elle tue la vie ; seul le principe de base sera immuablement maintenu : le règne absolu de Marie sur le métier et sur les hommes qui en dépendent.

Ce qui va suivre semble, à cause de l’exemple pris, se rapporter plus spécialement à l’industrie, mais il va sans dire que nos indications valent aussi dans nos principes pour le commerce, l’agriculture et les professions libérales.

Les patrons, techniciens et ouvriers d’un même métier se grouperont autour d’un aumônier. Ils formeront ainsi, pour leur métier, l’union mariale corporative locale. Ils se mettront en rapport avec le centre du règne social de Marie, qui coordonnera les efforts « sous les auspices et le patronage des évêques[41] .».Un recrutement de cette nature ne peut, surtout au début, viser le nombre. Les membres des unions doivent, en effet, se recruter un à un et être des sujets d’élite, tant au point de vue spirituel qu’au point de vue professionnel ; il faut qu’ils soient décidés à vivre profondément leur vie chrétienne dans l’exercice de leur métier et qu’ils soient animés d’une piété toute filiale envers le cœur immaculé de Marie, auquel ils se consacreront.

Le premier acte de collaboration des membres d’une même profession sera d’introniser officiellement la très sainte Vierge comme patronne de leur métier, lui demandant de les unir entre eux comme doivent l’être les enfants d’une même mère. Ils se mettront en outre sous la protection du patron de leur métier.

A des époques régulières, selon les nécessités, ils se réuniront, soit localement, soit par région, pour communier ensemble, pour prier ensemble le cœur immaculé de Marie, pour relire leur consécration et pour recevoir d’un prêtre les instructions qui entretiendront en eux l’esprit de la reine des métiers. L’aumônier formera ses croisés à la vie mariale profonde et à l’exercice de leurs devoirs familiaux et professionnels.

Ensuite, et dans cette atmosphère mariale, ils examineront les problèmes qui se posent actuellement dans la profession et qui mettent en cause les principes de justice ou de charité. Ils s’efforceront de trouver des solutions chrétiennes au mieux des circonstances, en invoquant l’assistance de Marie, en s’éclairant des enseignements pontificaux et en exposant loyalement et charitablement leurs différents points de vue de patrons, de techniciens et d’ouvriers. Le prêtre ne prendra pas une part directe à ce débat, mais il sera là pour entretenir et diffuser l’esprit d’union et de collaboration voulu par la sainte Vierge, et pour juger les choses selon la justice divine et la charité.

Revenus dans leur milieu de travail, les croisés proposeront ouvertement l’application de la résolution prise dans l’union mariale et la soutiendront, sans jamais tolérer de compromissions, au sein de leur organisation professionnelle. Ils transporteront ainsi, peu à peu, dans la vie professionnelle la collaboration charitable qui est la vie même de l’union mariale, pour aboutir enfin, par ce ferment surnaturel, à vivifier les corps de métiers par l’esprit chrétien. Ils couronneront leurs efforts par la consécration de leur corporation au cœur immaculé de Marie, reine des métiers.

Marie, la reine de France et du monde, doit en effet animer toutes les manifestations de notre vie sociale : elle a droit à ce témoignage d’amour et, de par la volonté de Dieu, les hommes ne trouvent qu’en elle la stabilité de l’ordre divin. Les gardes du métier, comme le père dans sa famille, introniseront dans le cœur de Marie la vie corporative. C’est autour de son image qu’ils tiendront leurs conseils, c’est en l’invoquant qu’ils dirigeront la profession, c’est en union avec la Vierge de Nazareth que tous travailleront. Le prêtre n’a pas à intervenir dans cette vie strictement professionnelle, pas plus qu’il n’a à déterminer les détails de la vie domestique. Cependant il reste le magistrat de la justice divine et de la charité.

Dans les réunions des unions mariales, une part sera faite à l’action apostolique et charitable. Ensemble et sous la direction du prêtre, ils étudieront les meilleures méthodes de conquête de leurs compagnons de labeur à la royauté sociale de Marie. Ils organiseront l’assistance charitable de la profession, devoir inévitable, quels que soient les progrès matériels réalisés par le régime corporatif.

Nous avons la ferme confiance que la reine des métiers soutiendra notre faiblesse pour mener à bien la réforme du travail moderne ; nous attendons tout du cœur immaculé de Marie et nous sommes persuadés que sa sagesse et sa puissance nous permettront de triompher des discordes suscitées par l’enfer, et d’établir un régime vraiment corporatif, c’est-à-dire animé par l’esprit de Nazareth.

 

La vie politique

a) Principe fondamental

L’élément constitutif de la société est l’autorité. Or, à quelque degré que ce soit, toute autorité vient de Dieu. « Tu n’aurais aucune autorité sur moi, si elle ne t’avait été donnée par Dieu », disait Jésus à Pilate.

Il faut donc que les détenteurs de l’autorité reconnaissent officiellement qu’ils sont les lieutenants de la Vierge Marie et du Christ-Roi, et qu’ils usent de leur pouvoir en promulguant des lois conformes à l’ordre divin.

« Jésus règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, celle-ci reconnaît que c’est de lui que dérivent l’autorité et ses droits, ce qui donne au pouvoir ses règles, à l’obéissance son caractère impératif et sa grandeur, quand cette société reconnaît à l’Église le privilège, qu’elle tient de son fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide de toutes les autres sociétés [42]. »

Il faut d’autre part que les sujets obéissent à tout ordre légitime comme à la volonté de Dieu qu’il exprime, à l’imitation de Jésus, humblement soumis à Joseph et à Marie.

« Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures, car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été instituées par lui. C’est pourquoi celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront sur eux une condamnation (…). Il est nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience (…). Rendez donc à tous ce qui leur est dû [43]. »

 

b) Pratique

Afin d’écarter le plus possible de la patrie l’influence de l’enfer et d’y assurer le règne du cœur de Jésus, le croisé se proposera les objectifs suivants, auxquels il tiendra de toutes ses forces :

1 – Assurer de plus en plus, à tous les degrés de la vie nationale, la promulgation des lois et l’établissement d’institutions suivant la doctrine de l’Église.

2 – Donner l’exemple d’une obéissance surnaturelle aux lois légitimes comme il le ferait à l’égard de Marie elle-même et entraîner son entourage dans cette soumission. Il est bien évident que, si les détenteurs de l’autorité se laissaient aller à promulguer des lois manifestement injustes et contraires aux droits de Dieu ou de l’Église, le croisé serait en tête de la résistance : on ne serait plus alors en présence des lieutenants de Jésus et de Marie, mais on aurait affaire à des suppôts de l’enfer qu’il faudrait vaincre.

3 – Promouvoir la consécration de la nation, dans tous ses organes, au cœur immaculé de Marie et au Sacré-Cœur de Jésus. La nation, en effet, doit trouver la vie surnaturelle dans ses lois elles-mêmes par la grâce des institutions chrétiennes.

 

 

Formation et recrutement de la croisade

 

Formation de la croisade

 

Dans chaque localité, un prêtre et un chrétien prendront l’initiative du mouvement.

Un prêtre ! Qu’il soit prêtre dans toute la force du terme, c’est-à-dire comme Jésus, un véritable enfant de Marie, un réparateur et un rédempteur, un témoin de la vérité intégrale dans tous les domaines, une pierre d’angle ! Il sera prêt à braver tous les dangers pour détrôner l’enfer de partout et pour restaurer l’ordre social chrétien. Il sera l’âme de la croisade pour entretenir la flamme surnaturelle, l’organisation pratique étant réservée au laïc. Il s’appliquera à connaître intimement chaque croisé de la localité et à le former de mieux en mieux à la vie mariale et au combat surnaturel.

Un chrétien ! C’est-à-dire une âme décidée à vivre pleinement de son baptême et de sa confirmation, dans une intimité profonde avec le cœur de Marie, dans une dépendance totale à son égard, dans un combat incessant contre l’enfer pour la restauration du règne social de Marie et du Christ-Roi.

Une remarque cependant : on peut rencontrer un homme épris d’idéal et auquel la vie chrétienne ne s’est pas encore imposée. Ce sera au prêtre de lui montrer que l’âme ne trouve la plénitude de la vie et l’efficacité de ses efforts que dans le surnaturel. Sur le terrain du combat, la grâce nous réserve bien des surprises : beaucoup de nouveaux convertis sont devenus des entraîneurs.

Le premier acte de leur collaboration sera de se consacrer ensemble au cœur immaculé de Marie (voir cette consécration à la fin de l’article). Ensuite ils grouperont autour d’eux les âmes que la Providence leur a préparées, et ils prendront soin de se mettre en rapport avec le centre du mouvement afin que soient assurées partout l’unité d’action et la coordination des efforts.

 

Recrutement de la croisade

 

Principes

Compter avant tout sur les rencontres providentielles que la sainte Vierge ne manquera pas de nous ménager. C’est elle qui, par nous, recrutera son armée. Donc prier, être en éveil et savoir attendre les occasions. Ne pas être trop pressés. Il faut faire tous ses efforts, mais ne pas viser au grand nombre. Il faut surtout assurer la qualité du recrutement au point de vue surnaturel.

 

Dans quels milieux recruter

• Dans les milieux catholiques, discerner, parmi les personnes dont nous sommes sûrs, les esprits courageux, aux idées saines, capables de comprendre la nécessité de combattre pour le règne social de Marie. Le chrétien doit être l’animateur de toute la vie humaine.

• Dans les milieux non catholiques, montrer aux hommes qui veulent se dépenser pour l’ordre dans la cité qu’ils ne pourront aboutir que sous l’égide des réalités surnaturelles, et que les combats de ce monde sont commandés par le spirituel. Devant l’insuccès, savoir patienter, prier et offrir des sacrifices pour obtenir la décision des hésitants. Au temps voulu, Dieu bénira nos efforts.

Toute adhésion nouvelle est soumise à l’aumônier. Après avoir pris conseil des principaux croisés, il décide seul de l’opportunité de l’admission. Avant l’affiliation définitive, il aura soin de former le candidat à la vie de la croisade durant trois mois. Au bout de ce temps, si le postulant a fait preuve de fidélité, il sera admis officiellement.

 

Cérémonial de l’affiliation

Les affiliations se font au début des réunions. Le nouveau croisé, devant l’image de la sainte Vierge, prononce sa consécration à haute voix ; l’aumônier bénit et remet au croisé la médaille miraculeuse, et celui-ci passe lui-même autour de son cou le cordon qui la soutient, en signe de donation spontanée. Enfin, il reçoit la bénédiction du prêtre et l’accolade précédant le chant du Magnificat.

 

Une objection : nous serons peu nombreux

Il est bien vrai que nous trouverons peu d’âmes correspondant à l’idéal de la croisade, mais nous n’allons pas, sous prétexte de grossir notre nombre, amoindrir les exigences surnaturelles. C’est avant tout sur la sainte Vierge que nous comptons. Fondé dans le cœur d’une reine si puissante, notre mouvement, en dépit de sa faiblesse apparente, possède un dynamisme tout-puissant pour le renouveau de la France et du monde. C’est Marie qui agit pour nous ; elle est « cette femme qui mêle du levain à trois mesures de farine pour lever la pâte [44] ».

Jésus n’a choisi que 12 pauvres humains pour en faire ses apôtres et fonder sur eux l’Église universelle. De plus, notre mouvement est un appel vivant à l’intervention divine. Jésus nous a appris à souhaiter le règne de Dieu : « Notre Père (…) que votre règne arrive ! » C’est donc que nos désirs ont une réelle efficacité pour obtenir que Dieu intervienne ici-bas. La croisade, qui fait tous ses efforts pour établir en elle et autour d’elle le règne de Marie, se tient devant Dieu comme un désir concret et permanent de ce règne, comme un cri à la bonté toute-puissante pour qu’elle réalise l’objet de toutes nos prières et de tous nos sacrifices. Nous combattons donc, et Dieu et Marie nous donneront la victoire.

La croisade est bien capable d’attirer toutes les âmes généreuses. Le règne social du cœur immaculé de Marie nous offre la seule formule qui prenne notre vie entière : partout et toujours, nous sommes en état de travailler à la réalisation de notre idéal ; partout, en famille, dans notre métier, toujours, quoi que nous fassions, nous pouvons l’offrir pour que le règne du cœur immaculé arrive en France et dans le monde. Ainsi, nos prières, nos immolations, nos moindres actions, ont un retentissement universel et demandent, chacune, le don total de nous-mêmes.

Souvent les organisations d’inspiration humaine nous agitent en vain et usent nos forces en pure perte. En se consumant pour Marie, on ne perd jamais son temps. On œuvre toujours efficacement pour le triomphe du cœur de Jésus et pour le salut de la France et du monde.

La croisade aura l’adhésion des âmes d’élite parce que, au lieu de mirages et de vanités, elle présente l’unique réalité dans toute son étendue.

 

⚜️

  

Appendices

 

I – Consécration individuelle au cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde

 

Texte de la consécration

 

Cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde, je me prosterne humblement en votre présence pour reconnaître les droits absolus que Jésus vous a donnés sur moi. Regrettant sincèrement toutes mes fautes passées qui ont crucifié votre divin Fils et qui vous ont transpercée du glaive de douleur, je renouvelle de toute mon âme les vœux de mon baptême : je renonce pour jamais à Satan, au péché et même à l’occasion du péché pour vivre en état de grâce habituelle. M’unissant à mon père et modèle saint Joseph, je m’abandonne pleinement à l’influence de mon baptême et de ma confirmation pour être plongé en vous, ne faire qu’un avec vous, afin de répondre, par vous, à l’amour infini du bon Dieu, notre Père, de Jésus, notre frère et notre ami, qui continue en nous sa vie divine.

Cœur triomphant, je veux mener avec vous le bon combat à la place que votre autorité me confiera dans ma famille, dans ma profession et dans la cité. Permettez-moi de puiser sans cesse en vous la force d’être fidèle à la vérité intégrale et de la faire triompher dans mon milieu social envers et contre toutes les attaques de l’enfer et de ses suppôts.

 

La médaille miraculeuse

 

Portée au cou, elle sera le symbole de notre assujettissement d’amour au cœur immaculé de Marie qui est représenté avec le cœur de Jésus au verso de la médaille. De plus, Marie écrase la tête du serpent et se tient debout sur le globe de l’univers qu’elle irradie de ses grâces comme une reine et une Mère pleine de bonté. Cette médaille représente bien le combat contre l’enfer et le règne universel de Marie.

 

Brève formule de consécration pour renouveler l’intimité avec Marie

 

O Marie, ma bonne Mère, m’unissant à mon père saint Joseph, je m’abandonne à la grâce de mon baptême et de ma confirmation pour me perdre (pour être reçu) en votre cœur immaculé et répondre avec vous à l’étreinte de notre Amour [45]. (Vivre par vous en plénitude la vie de Jésus, votre Fils). (Rendre avec vous à la Trinité Sainte amour pour amour).

 

Chaque mot de cette prière est à méditer ; qu’il nous suffise de préciser que l’expression « notre Amour » désigne la très Sainte Trinité qui est l’Amour infini. En la vie de la grâce, les trois personnes de la Sainte Trinité nous donnent une véritable étreinte affectueuse et ininterrompue qui est le prélude du ciel. « Je m’abandonne » signifie que nous renonçons à tout nous-même pour nous incorporer au cœur de Marie afin d’être avec lui une réponse vivante d’amour au bon Dieu.

Cette prière, souvent répétée du fond du cœur, doit engendrer en nous une intimité habituelle et simple avec le cœur de Marie. Qu’il nous suffise de montrer, par quelques exemples, comment cette union doit résumer toute notre vie intérieure.

Pour répondre à l’amour créateur et paternel du Père, je renonce à mon faible amour, je rentre en moi-même et je me laisse emporter paisiblement par la grâce du baptême et de la confirmation dans le cœur de la fille unique et je communie longuement et intimement à l’amour filial que Marie porte au Père éternel en union avec son Fils bien-aimé. Je vibre alors à l’unisson de ma Mère comme le petit, avant sa naissance, ne vit que sous l’impulsion du cœur maternel.

Pour répondre à l’amour royal, sacerdotal et rédempteur du Verbe incarné, manifesté dans le cœur de Jésus, je renonce à mon faible amour, je rentre en moi-même et je me laisse emporter paisiblement par la vertu toujours agissante du baptême et de la confirmation dans le cœur de la Mère si tendre pour le cœur de Jésus, et là je communie spirituellement dans l’amour maternel que Marie porte à Jésus à cause de tous ses mystères ineffables depuis l’incarnation, la crèche, la vie cachée jusqu’à la croix, l’eucharistie et la gloire du ciel.

Pour répondre à l’amour sanctificateur du Saint-Esprit, je renonce à mon faible amour, je rentre en moi-même et je me laisse emporter paisiblement par le baptême et la confirmation dans le cœur de l’Épouse ; j’y communie longuement dans la tendresse éternelle de Marie pour la troisième personne de la très Sainte Trinité.

Il me faut assister à la messe et communier : je renonce à mes actes personnels et je me laisse emporter paisiblement par la grâce de mon baptême et de ma confirmation dans l’amour du cœur de Marie pour Jésus-Hostie.

J’ai à faire le chemin de croix : je renonce à ma pauvre compassion et je me laisse emporter paisiblement par la grâce de mon baptême et de ma confirmation dans la compassion du cœur de Marie.

Pour toute prière, sous l’influence du baptême et de la confirmation, je me confonds dans la louange éternelle qui s’exhale du cœur de Marie.

Tout le long de la journée, je m’efforcerai de me laisser emporter paisiblement par la force agissante du baptême et de la confirmation dans le cœur de Marie pour ne vivre que sous son impulsion et devenir, à chaque instant, une réponse vivante d’amour à l’Amour infini. Je profiterai du changement d’occupations pour renouveler cette union.

M’arrive-t-il de commettre une faute ? Avec un profond regret de n’avoir pas été fidèle à l’Amour, je me réfugie paisiblement dans le cœur de Marie par la grâce de mon baptême et de ma confirmation dont les caractères sont indélébiles, pour trouver là un nouvel élan vital en même temps qu’une réparation assurée : ma misère est absorbée dans le cœur de Marie qui trouve toujours grâce devant Dieu. S’il en était besoin, je recourrais sans tarder au sacrement de pénitence qui renouvelle en nous les effets du baptême et de la confirmation.

En présence d’une tentation, d’une peine, je me laisse emporter paisiblement sous l’influence de mon baptême et la vertu de ma confirmation dans l’asile de force et de paix qu’est le cœur de Marie, où l’âme et le corps sont apaisés.

J’ai quelque souci charitable : sous l’influence du baptême et de la confirmation, je m’abandonne avec ce souci dans le cœur miséricordieux qui me recevra ainsi et prendra soin de tout dans la mesure de mon abandon filial.

Je désire me rendre utile au prochain : je n’ai qu’à communier, sous l’influence du baptême et de la confirmation, dans la prière qui monte sans cesse du cœur de Marie pour l’Église et pour chaque âme en particulier ; même sans connaître les intentions de notre Mère, on devient ainsi une prière vivante qui porte secours à toutes les misères.

En un mot, à tout instant, efforçons-nous, comme des tout-petits, de nous soumettre à l’action maternelle de Marie, de réaliser toujours plus la grâce de notre baptême qui nous fait enfants de Dieu et de Marie, la grâce de notre confirmation qui nous fait soldats du Christ-Roi et de la reine-Mère, de nous perdre dans le cœur de Marie pour devenir, par une communion spirituelle ininterrompue à sa vie profonde, comme l’enfant réfugié dans le sein maternel, et dont la vie est la vie même de sa mère : – une reproduction fidèle de la vie du Christ, Fils unique de Dieu et de Marie, – une réponse vivante d’amour aux trois personnes divines, – une plénitude de grâce, – une source de toute bénédiction pour le prochain. Utilisons tous nos moments libres pour nourrir cette intimité par un repos paisible et prolongé dans le cœur de notre Mère afin d’aimer avec elle l’Amour infini.

Une âme qui se livre habituellement au cœur de Marie est toute disposée à une action féconde. Sous l’influence de la Mère de Jésus, cette âme sera de plus en plus incorporée au Christ dont elle continuera la mission. Le cœur triomphant de la reine lui donnera la puissance de vaincre l’enfer en toute rencontre. Le cœur généreux de la Femme la soutiendra dans la réparation et la rédemption. Le cœur simple de la Vierge lui infusera lumière et force pour voir la vérité et la confesser. Le cœur miséricordieux de la Mère lui communiquera la ferme tendresse qui fera d’elle un principe d’unité, une pierre angulaire dans son milieu social.

 

Le chapelet

 

Il doit nous servir à renouveler notre union avec Marie. Voici la méthode que nous conseillons pour développer en nous l’influence de notre consécration : avant chaque dizaine, arrêtons-nous un moment pour nous unir profondément au cœur de Marie aimant actuellement Jésus à cause de tel ou tel mystère de sa vie ; après avoir bien renouvelé cette intimité avec le cœur de notre Mère, récitons alors les Ave en maintenant cette communion spirituelle. Ainsi, chaque dizaine de notre rosaire sera pour nous l’occasion de nous embraser d’amour pour Jésus au contact du cœur immaculé.

 

L’offrande du cœur de Marie

 

O Trinité Sainte, Amour infini qui vivez en moi, en union avec notre père saint Joseph, je vous offre le cœur immaculé de Marie, votre fille, notre Mère, afin de vous glorifier en l’assemblée des anges et des saints et d’obtenir la miséricorde pour tous les fidèles vivants et trépassés.

Ou simplement : O mon Amour, je vous offre le cœur immaculé de Marie, votre fille, votre Mère et votre épouse.

 

Mettons en valeur ce trésor divin à tout propos : lorsque nous nous sentons portés à mieux aimer Dieu, lorsque nous désirons la grâce du pur amour, lorsque nous commençons une action pour mériter la grâce de la bien faire, surtout au début des prières ; lorsque l’on a péché, pour réparer ; lorsque l’on est au contact de la misère, pour obtenir la miséricorde ; lorsque nous voulons témoigner notre reconnaissance à la bonté de notre Père ; lorsque nous combattons pour le règne social de Marie, afin que nos efforts soient efficaces.

 

La sainte messe

 

Le saint sacrifice de la messe renouvelle l’œuvre de notre rédemption et de notre salut : tous les mystères de Jésus nous y sont donnés : l’incarnation et la naissance sur l’autel, la vie cachée sous les saintes espèces, le rayonnement de la vie publique dans l’influence mystérieuse de l’hostie, l’immolation mystique, la résurrection dans l’union de la parcelle au précieux sang, le Christ glorifié, etc. Le croisé trouvera donc dans la messe et la communion le renouvellement de sa vie de baptisé et de confirmé, la prière efficace pour obtenir le règne social de Marie, le stimulant pour remplir sa mission au milieu des hommes et être, avec Jésus, en état d’immolation pour les racheter et en état de communion pour se livrer à eux dans la réalisation du règne social de Marie. L’union spirituelle profonde au cœur de Marie, si pleinement mêlée à tous les mystères de Jésus, est la meilleure disposition pour l’assistance à la messe et pour la communion. Que le croisé prenne pour règle d’assister à la messe et d’y communier le plus souvent possible. C’est faire preuve de bien peu de foi que de négliger un tel trésor.

 

 

II – Consécration des familles au cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde

 

Cérémonial de l’intronisation et texte de consécration

 

1 – Récitation de trois dizaines de chapelet :

• la première, pour honorer l’amour mutuel du Père éternel et de sa fille bien-aimée et pour communier spirituellement à cet amour ;

• la deuxième, pour honorer l’amour mutuel du Verbe incarné et de sa tendre Mère et pour communier spirituellement à cet amour ;

• la troisième, pour honorer l’amour mutuel du Saint-Esprit et de sa virginale épouse et pour communier spirituellement à cet amour.

2 – Un cantique en l’honneur de la sainte Vierge, si cela est possible.

3 – Bénédiction par le prêtre de l’image ou de la statue – bénédiction du rituel – à moins que l’objet ne soit déjà bénit.

4 – Allocution du prêtre pour expliquer la portée profonde de cette consécration, les obligations qu’elle entraîne et les grâces qu’elle promet. (A défaut du prêtre, le chef de famille peut donner lui-même cette explication.)

5 – Le chef de famille prononce l’acte de consécration, tous étant agenouillés autour de lui.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

Cœur immaculé de Marie, tabernacle vivant de la Sainte Trinité et foyer du pur amour, nous proclamons la royauté que Jésus vous a donnée sur toute créature. Nous l’avons peut-être méconnue et méprisée, mais voici qu’en ce jour, humblement prosternés devant vous, nous vous en demandons pardon et reconnaissons avec joie les droits absolus que vous avez sur nous. Pour que vous les exerciez librement, cette famille se consacre volontiers à vous pour être la part bénie de votre héritage.

En union avec votre chaste époux saint Joseph, père, protecteur et modèle de toute famille chrétienne, nous nous jetons en vous pour que vous triomphiez ici par le rayonnement du pur amour. Communiquez au chef la prévoyante bonté et la ferme douceur du Père éternel, faites participer la mère à la tendresse éclairée du Saint-Esprit et donnez aux enfants la sagesse de Jésus, le Verbe incarné.

Nous nous offrons tous à vous, ô cœur maternel, pour que vous nous gardiez tous bien unis dans la charité vraie et que vous formiez ce foyer à l’image de celui de Nazareth, dont il veut reproduire la simplicité, la pureté ineffable, le dévouement généreux et le rayonnement bienfaisant.

Cœur très miséricordieux, daignez partager notre vie de chaque jour : soyez l’entrain de nos joies, mais aussi notre refuge aux heures douloureuses ; permettez-nous alors de puiser en vous le courage, le calme confiant et la consolation.

Cœur très puissant, nous sommes sûrs de vous et nous nous fions à vous jusqu’au miracle s’il était nécessaire. Nous abandonnons tous nos soucis à votre providence, afin d’avoir l’âme libre pour aimer. Nous vous confions aussi ceux que la vie ou la mort ont déjà dispersés ; faites que, malgré les séparations, nous demeurions tous unis en vous.

Cœur triomphant, nous vous promettons de mener avec vous le bon combat contre l’enfer et le monde, et de gagner d’autres foyers à votre royauté.

Cœur immaculé, embrasez de plus en plus cette famille de l’amour infini qui vous consume, afin qu’elle devienne par vous, avec vous et en vous, une réponse vivante d’amour au cœur de Jésus et à la très Sainte Trinité.

Ainsi soit-il !

6 – Le Salve Regina pour saluer la reine nouvellement intronisée.

7 – Trois Ave Maria pour honorer en Marie le chef-d’œuvre de la très Sainte Trinité, aux intentions de la famille, spécialement pour les absents.

8 – Prière à saint Joseph, père de toute famille chrétienne :

O glorieux saint Joseph, après nous être consacrés à votre sainte épouse, nous venons célébrer votre gloire et nous réjouir avec vous de votre prédestination à être l’ombre du Père éternel auprès de Jésus, et l’époux virginal de Marie.

Confiants en votre bonté si puissante, vivant reflet de celle du Père, nous vous demandons humblement d’étendre jusqu’à nous la paternelle providence dont vous avez entouré Jésus et Marie. Le baptême nous plonge dans le cœur de votre épouse et nous fait membres de votre divin Fils ; nous voulons donc, comme eux, nous abandonner totalement à vos soins.

Daignez nous aider à vivre à votre exemple en leur intimité habituelle qui nous introduira dans la vie familiale de la très Sainte Trinité.

Mais, comme les difficultés de la vallée de larmes pourraient nous distraire de cet unique amour, nous vous remettons tous nos soucis et toutes nos préoccupations. Soyez donc pour nous, comme vous le fûtes pour Jésus et Marie, le pourvoyeur du pain, du vêtement, du gîte de chaque jour et le médecin de nos pauvres corps ; soustrayez-nous aux attaques diaboliques comme vous avez évité les recherches d’Hérode ; mais surtout, soyez comme à Nazareth le voile qui nous dérobe à la curiosité du monde, pour que nous puissions nous épanouir en paix dans le pur amour.

O saint Joseph, nous glorifierons votre paternelle bonté par notre calme confiant et notre amour filial, et nous sommes sûrs que votre providence attentive ne manquera pas à vos enfants et qu’elle nous conduira dans une intimité toujours plus grande avec Jésus et Marie et, par eux, avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il !

9 – Magnificat pour les grâces accordées à Marie et à cette famille.

10 – Bénédiction du prêtre représentant Jésus et Marie.

 

Brève formule pour renouveler la consécration au début de la prière du matin et du soir

 

Cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde, nous reconnaissons votre souverain domaine sur notre famille. Nous nous abandonnons à votre conduite maternelle ; apprenez-nous à aimer le cœur de Jésus et à reproduire dans notre vie votre foyer de Nazareth. Nous vous offrons tous les mérites de cette journée pour obtenir que votre règne arrive en France et dans le monde et que, par vous, triomphe le Christ-Roi. Ainsi soit-il !

 

Consécration d’un enfant, après son baptême, au cœur immaculé de Marie

 

Cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde, nous venons reconnaître la royauté maternelle que Jésus vous a donnée sur notre enfant. Nous savons que, par le baptême, vous êtes devenue sa Mère et que vous nous le laissez comme un dépôt sacré.

Nous appuyant sur votre secours, nous le traiterons comme un tabernacle vivant de la très Sainte Trinité et nous le soignerons comme un membre souffrant de Jésus crucifié. Nous comptons sur votre ferme douceur pour nous apprendre à corriger en lui les conséquences du péché originel.

Cœur maternel, soyez pour notre enfant une forteresse contre les attaques du démon, une consolation dans les peines et un lieu de repos tous les jours de sa vie.

Cœur immaculé, daignez l’embraser de plus en plus du pur amour de Jésus et de la Sainte Trinité, afin que, développant sous votre influence la grâce de son baptême, il mérite d’aller, avec tous les siens, continuer en Dieu et en vous la vie de famille inaugurée ici-bas. Ainsi soit-il !

 

 

III — Consécration des unions mariales corporatives au cœur de Marie, reine des métiers

 

Cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde, voici que la corporation des … réunie sous la bannière de saint … vient proclamer les droits absolus que Jésus vous a donnés sur nous.

Jusqu’à présent, l’esprit diabolique de la Révolution nous avait dressés les uns contre les autres et la haine infernale qu’il nous soufflait au cœur faisait notre malheur commun. Nous reconnaissons humblement nos erreurs passées et nous vous conjurons d’user de miséricorde envers nous et de nous recevoir comme vos humbles sujets et vos enfants. Désormais nous voulons, sous votre conduite, mener ensemble la vie de famille pour contenter votre cœur de Mère.

Daignez être, ô cœur miséricordieux, l’animateur de notre vie corporative. Dirigez nos conseils par l’inspiration de votre sagesse, soutenez nos décisions par la fermeté de votre puissance et, surtout, unissez nos cœurs par la tendresse de votre amour, afin que nous soyons véritablement « un » comme le souhaite Jésus, notre Sauveur et notre roi. Inspirez votre douceur à ceux qui doivent être parmi nous les représentants de votre autorité royale et donnez aux autres la docilité et la confiance filiales qui faciliteront leur soumission.

O cœur très simple de la Vierge de Nazareth, nous vous offrons nos bonnes volontés pour que vous nous aidiez à réaliser entre nous la belle harmonie de l’atelier de Joseph et de Jésus-Ouvrier. Donnez-nous l’amour de notre métier qui nous permet de suivre de plus près Celui qui a voulu nous donner l’exemple du travail. Soutenez notre courage dans la tâche quotidienne, pour que nous puissions faire de nos moindres actions une œuvre d’amour éternel, et, surtout, apprenez-nous à pratiquer envers tous la justice et la charité.

Nous vous promettons, ô cœur glorieux de notre reine, de faire tous nos efforts pour conquérir à votre royauté nos autres compagnons de labeur, afin qu’en étendant de plus en plus en notre patrie et dans le monde votre influence royale, vous y établissiez enfin le règne de votre divin Fils, le Christ-Roi, à la plus grande gloire de la très Sainte Trinité. Ainsi soit-il !

Cœur Sacré de Jésus, que votre règne arrive !

Cœur immaculé de Marie, reine des métiers, priez pour nous !

Saint Joseph, modèle des artisans, priez pour nous !

Saint … (le patron de la corporation), priez pour nous !

 

 

IV – Consécration de la croisade au cœur immaculé de Marie, reine de France et du monde

 

Cette consécration est prononcée lors de la fondation d’une nouvelle section de la croisade et renouvelée à l’occasion des réunions générales ; elle est suivie de la consécration individuelle prononcée en commun par tous les croisés.

O Marie immaculée, nous sommes réunis pour reconnaître humblement la royauté d’amour que Jésus vous a donnée sur nous, sur notre patrie et sur le monde entier. Nous savons que le bon Dieu vous a établie pour délivrer de l’empire de Satan tout l’univers et pour instaurer partout le règne de votre amour.

O cœur maternel, nous voulons vous donner dans toute notre vie la première place après Dieu : nous vous livrons nos personnes pour que vous nous incorporiez de plus en plus à Jésus dont nous devons continuer la mission de réparateur et de rédempteur, de témoin de la vérité et de pierre angulaire. Nous vous introniserons dans nos familles pour que vous les formiez sur le modèle de Nazareth. Nous mènerons en vous notre vie professionnelle pour que vous nous aidiez à reproduire les exemples que vous avez admirés dans l’atelier de saint Joseph.

O cœur miséricordieux, daignez agréer notre ardent désir de travailler à votre règne social en notre patrie et même dans le monde entier. Nous voulons nous dépenser sans compter pour combattre Satan et ses suppôts et pour instaurer votre royauté aussi bien dans le secret de la vie privée que dans toutes les manifestations de la vie sociale : la pensée de répondre ainsi à votre amour sera le soutien de nos âmes dans la prière, dans le sacrifice et dans le combat.

O cœur triomphant, nous voulons glorifier votre sagesse, votre puissance et votre bonté par une confiance inébranlable. Malgré notre faiblesse et notre misère, nous sommes sûrs que vous pouvez vous servir de nous pour organiser un bataillon d’âmes généreuses, décidées à mener le bon combat pour terrasser l’enfer et pour assurer partout le triomphe du cœur de Jésus.

O cœur immaculé, afin que vous puissiez disposer sans réserve de vos enfants, voici que chacun d’entre nous se consacre spontanément à votre amour. Recevez cette humble offrande de tout notre être pour nous garder des attaques du démon et de la séduction du monde, pour nous unir entre nous dans une charité vraie et pour nous consumer avec vous à la gloire du cœur de Jésus et de la très Sainte Trinité. Ainsi soit-il !

 

⚜️



[1] — Ap 12, 7-9.

[2] — Ep 6, 12.

[3] — Ep 6, 13-18.

[4] — Jn 1, 16.

[5] — Col 1, 16.

[6] — Jn 1, 16.

[7] — Pie XII, Encyclique sur le communisme athée, 41.

[8] — Ac 4, 11-12.

[9] — Gn 3, 15.

[10] — Jn 1, 2.

[11] — 2 Co 5, 17.

[12] — Pie X, Ad diem illum, 2 février 1904.

[13] — Ac 1, 8.

[14] — 1 Jn 2, 16.

[15] — 1 P 5, 8-9.

[16] — Mt 10, 38-39.

[17] — Jn 18, 37.

[18] — Mt 10, 32-33.

[19] — Ep 4, 14-15.

[20] — Eccl 4, 28.

[21] — Ac 4, 11.

[22] — Ep 2, 14.

[23] — Col 3, 11.

[24] — 1 P 2, 5.

[25] — Jn 17, 20-23.

[26] — Ep 4, 13.

[27] — Pr 8, 32-36.

[28] — Jn 13, 34-35.

[29] — Ac 4, 32-35.

[30] — Ga 6, 10.

[31] — Ga 6, 1-5.

[32] — Rm 12, 4-6.

[33] — Jn 1, 10-11.

[34] — Ga 6, 7.

[35] — Mt 11, 12.

[36] — Mt 7, 13-14.

[37] — Jn 15, 18-19.

[38] — Lc 6, 22-23.

[39] — Ph 3, 13-14.

[40]— Gn 3, 19.

[41] — Léon XIII, Humanum Genus.

[42] — Pie XI, Arcano Dei.

[43] — Rm 13, 1-2 ; 5 § 7.

[44] — Mt 13, 33.

[45] — Nous avons mis une majuscule à « Amour » pour bien mettre en évidence qu’il s’agit de Dieu. L’âme se perd dans le cœur de Marie pour répondre avec la sainte Vierge à l’amour par lequel Dieu aime en même temps l’âme et la sainte Vierge. (NDLR)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 9

p. 130-164

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