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Avec le Christ, dans les prisons de Chine

 Louis Gravèthe

Le Sel de la terre a déjà publié quelques extraits [1] du témoignage de Rose Hu, édité pour la première fois en langue française dans son intégralité.

Hu Meiyu est née le 4 mai 1933 en Chine, à Shanghai, dans une famille païenne (dont plusieurs membres se convertiront avant de mourir) plutôt aisée qui menait une vie assez confortable : « Étant donné que je n’avais pas eu de contact avec une parenté ou des amis vivant dans une pauvreté totale, raconte-t-elle, je n’avais jamais fait l’expérience personnelle du goût amer des privations. […] Ayant été gâtée à la maison, écrit-elle aussi, je n’avais jamais rien lavé, pas même un mouchoir, jusqu’au jour de mon arrestation ». Confidences par lesquelles elle témoigne qu’elle n’était pas préparée physiquement aux dures conditions de vie qu’elle allait connaître dans les camps de travail.

Scolarisée dans l’école primaire du Sacré-Cœur, puis dans l’école secondaire pour jeunes filles L’Aurore, toutes les deux tenues par les religieuses du couvent du Sacré-Cœur, la jeune Meiyu chez laquelle apparaît déjà un tempérament très fort, décide de devenir catholique sous l’influence du père Joseph Shen, « ce prêtre au cœur tendre », qui mourra à l’hôpital de la prison de Shanghai. Le 16 avril 1949, à l’âge de seize ans, elle est baptisée (prenant le nom de Rose), avec neuf autres de ses camarades par le père Shen. Le 1er octobre de la même année, Mao Tsé-toung et le Parti communiste chinois (PCC) proclament la fondation de la République populaire de Chine.

Aussitôt après son baptême, Rose se joint à la Légion de Marie [2], mouvement développé particulièrement dans les écoles et collèges catholiques de la région par le père Aedan McGrath (missionnaire irlandais dont nous reparlerons plus bas). Dans l’école pour jeunes filles L’Aurore, la Légion comprenait jusqu’à vingt membres actifs et cent membres auxiliaires, répartis en six groupes, qui visitaient les malades à l’hôpital et faisaient le catéchisme aux enfants. Ces jeunes « légionnaires », le plus souvent récemment baptisées, étaient seulement âgées de quinze à dix-huit ans.

Le 8 octobre 1951, la jeune Légion de Marie devient la principale cible du PCC. Elle est déclarée par le régime « organisation contre-révolutionnaire » et ses membres doivent être enregistrés. Le père McGrath ordonne par prudence la dissolution immédiate des præsidia (groupes). A peine deux ans plus tard (juin 1953), le gouvernement arrête à Shanghai presque tous les prêtres et quelques religieuses et ferme toutes les églises catholiques.

Cependant, écrit Rose Hu, « le PCC ne pouvait diminuer notre amour pour Dieu. […] Plus les communistes luttaient contre nous, plus notre église grandissait », comme en témoignait après 1953 le nombre croissant d’enfants au catéchisme, grâce que l’auteur attribue aux sacrifices des prêtres et religieux déportés. Mais si les communistes semblaient marquer une pause en 1954, ils préparaient un assaut plus sérieux contre l’Église catholique.

Le 22 août 1955, Rose est « pressée de prendre des habits » et de suivre deux de ses camarades à l’université qu’elle fréquente, pour une « réunion de critiques » destinée à la pousser à désigner « les impérialistes et les membres contre-révolutionnaires de l’Église catholique ». Le 8 septembre, elle est finalement arrêtée et va retrouver de nombreux paroissiens en prison. L’orage était terrible…

La très sainte Vierge Marie et les dates mariales ont une grande importance dans la vie de Rose Hu. C’est à la suite d’une leçon de catéchisme donnée par le père Shen sur le thème : « Chacun d’entre nous a une Mère au Ciel » que la jeune fille « à partir de ce jour » a commencé « à prier la Vierge Marie ». Un mois après, elle décidait « d’embrasser la religion catholique et de garder fidèlement la vérité ». Le 22 août 1955, fête du Cœur immaculé de Marie, elle doit mettre sa foi à l’épreuve. C’est un 8 septembre, fête de la Nativité de Notre-Dame, qu’elle est emprisonnée pour la première fois, et qu’elle parle de « seconde naissance ». Le 12 septembre 1958, fête du Saint Nom de Marie, Rose est de nouveau arrêtée et condamnée, sans aucun procès, à quinze ans (en réalité, elle en fera vingt-quatre) de camp de travail :

Je pris conscience que j’allais être séparée du reste du monde pendant quinze ans, alors que j’étais dans les premières années de la vingtaine. Je serais devenue folle si je ne m’étais pas appuyée sur Notre-Seigneur.

C’est un 13 octobre, anniversaire de la dernière apparition de Notre-Dame à Fatima (et du miracle du soleil) que Rose Hu a rendu son âme à Dieu.

Plusieurs chapitres de ce livre nous présentent différents personnages, bons ou mauvais, païens ou catholiques, prêtres, religieuses, simples fidèles que Rose Hu a côtoyés en prison pendant deux ans puis dans les laogai (camps) pendant vingt-quatre ans, jusqu’à sa libération en 1982. Le soutien spirituel et même parfois l’aide physique que d’autres prisonniers lui apportèrent, étant donné sa fragilité et sa jeunesse, sont des démonstrations de l’union des cœurs qui existait parmi les catholiques fidèles dans ces camps. Nous ne détaillerons pas les conditions de vie inimaginables, les séances de lavage de cerveau, le travail même, les vexations. Prenons un exemple qui montre jusqu’à quel point Rose fut éprouvée. L’avant-veille de Noël 1961, le gardien lui remit une lettre de sa nièce (déjà ouverte, car tout le courrier était contrôlé) : « Après l’avoir lue, vous n’aurez pas le droit de pleurer ni de manifester de l’émotion ; ensuite, vous irez au travail en temps voulu, sans l’interrompre. » Lettre qui lui annonçait la mort de sa mère…

En 1973, ayant accompli ses années de condamnation, elle peut se marier (tout en restant prisonnière). Suite à sa libération en 1982, Rose Hu reste quelque temps en Chine, où elle découvre, perplexe, la célébration de la nouvelle messe. En 1989, elle émigre aux États-Unis. Ce témoignage a vu le jour suite aux demandes répétées du père Aedan McGrath qui la pressait « d’écrire l’histoire de nos saints prêtres et fidèles courageux » qu’elle avait rencontrés en camp de travail. En 1997, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein et met à profit sa maladie pour rédiger cet ouvrage, paru d’abord en langue chinoise en 2000, puis en version anglaise (2011) et japonaise (2012). La présente édition française a été traduite à partir de l’édition anglaise.

En 2001, grâce à un ami, Rose Hu retrouve le chemin de la messe traditionnelle. Elle fera profession le 8 décembre 2003 dans le Tiers-ordre de la Fraternité Saint-Pie X. Dieu l’a rappelée à lui le 13 octobre 2012.

Ce livre n’est pas un simple récit, mais aussi un texte qui se prête à la méditation. Chaque chapitre est rempli de réflexions très profondes et les pieux personnages que l’auteur nous présente sont des modèles à imiter. 

 

Rose Hu, Avec le Christ dans les prisons de Chine, Étampes, éditions Clovis, décembre 2013, 272 p. (16 p. de photographies).



[1]  — Voir les numéros 59 (hiver 2006-2007), 61 (été 2007) et 64 (printemps 2008).

[2]  — Organisation apostolique de laïcs au service de l’Église, sous une direction ecclésiale, fondée par Frank Duff (1889-1980). Né à Dublin (Irlande), Frank Duff entre en 1913 à la Société de Saint-Vincent-de-Paul dont il devient un membre très zélé. En 1917, il découvre le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, ouvrage qui change complètement sa vie. Le 7 septembre 1921, il fonde la Légion de Marie. Son but est la sanctification de ses membres par la prière, les sacrements et la dévotion à la Vierge Marie et à la Sainte Trinité, et par la pratique de l’apostolat.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 90

p. 199-201

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