top of page

Les Jours de cristal

 

 


 

Ami lecteur, ne cherchez dans ces pages ni les folles chimères du printemps, ni les ardeurs orageuses de l’été. Laissant peindre à d’autres la saison des tempêtes et des chaudes journées de la moisson, je veux que mes courts récits, lus entre le crépuscule du matin et le crépuscule du soir, ressemblent à ces jours de cristal où le soleil est si doux et le soir vient si vite, que nul voyageur ne songe à chercher l’ombre, et, marchant d’un pas alerte et joyeux, va s’enivrant d’air pur, de lumière et d’espace. [préface p. 9.]

C’est ainsi que Julie Lavergne présente son recueil.

Qui est Julie Lavergne ? Épouse de Claudius Lavergne, peintre lyonnais de renommée internationale, elle n’est pas moins artiste que son mari, dans un autre domaine, celui des lettres où, comme nous pourrons le constater, elle excelle. Alors pourquoi est-elle si méconnue aujourd’hui ?

Voici ce qu’elle place en exergue de son livre :

O royaume de France, le plus beau après celui du Ciel, ô nation fille aînée de l’Église, terre des saints et des braves, où les cathédrales et les palais germaient comme les lis…, c’est en souvenir de vos gloires passées que j’écris !

Ces quelques mots peuvent suffire à expliquer l’injustice dont elle est victime. Julie Lavergne ne cachait pas ses idées et travaillait à remettre la littérature sur le chemin du beau, du bien, à la fin du 19e siècle (elle a quitté ce monde en 1886). Elle s’était spécialisée dans les contes et nouvelles tirées de l’histoire.

Claudius Lavergne, après avoir été l’élève d’Ingres et produit diverses œuvres picturales qui le rendirent célèbre, fut mandaté par Viollet Le Duc comme inspecteur archéologique. Cette fonction l’amena à approfondir sa connaissance de l’art du vitrail et il devint maître-verrier. Nous lui devons de nombreuses et heureuses réalisations : à Paris, l’église Saint-Augustin par exemple, possède des verrières signées de lui. On ne peut ici énumérer tous les lieux qui bénéficièrent de son art, citons en quelques-uns : Senlis, Combourg, Cholet, Saint Nizier à Lyon, pour la France ; Lausanne, Genève, Burgos, Sydney, Buenos Aires pour l’étranger.

Le ménage Lavergne, parfaitement uni, eut la joie d’accueillir neuf enfants… et Julie écrivait !

Voilà bien un modèle aux antipodes des modes d’aujourd’hui : communier dans l’amour de l’art et l’harmonie conjugale !

Nous sommes heureux, nous qui essayons de maintenir un mode de vie traditionnel de voir ressortir l’œuvre de Julie Lavergne, une mère, une épouse fidèle, qui plus est, douée d’un grand talent.

Revenons aux « Jours de Cristal » : onze histoires variées par l’inspiration, par l’époque où elles se situent, pleines de charme ou de tendresse ; bien que souvent édifiantes, ces histoires n’ont rien de moralisateur, non, elles ont la transparence du cristal et sont faites pour distraire tout en élevant l’âme.

 

Les onze contes sont les suivants :

– « La sylphide de la Pélonière » : petit conte de fée où la « sylphide » joue le rôle de l’ange gardien auprès d’une jeune étourdie ;

– « Romée » : l’histoire se passe en 1470 dans la famille d’un jardinier, sujet du roi René, en Provence. Un mystérieux pèlerin surgit dans la vie de cette famille…

– « L’horloger de Nuremberg » : histoire originale, plaisante et tragique à la fois ;

– « Les petits bonnets » ;

– « La princesse Jahia » ou l’orgueil dompté !

– « La kermesse de Lillo » ou comment un Anglais fait la fortune d’un jeune peintre d’une manière extravagante ;

– « Claudia Stella » chronique lyonnaise du 16e siècle : une histoire amusante tirée de la vie du peintre Jacques Stella ;

– « La branche d’acacia », chronique du pays latin, se passe en haut de la rue Saint-Jacques à Paris à la fin du 19e siècle ;

– « Le beau dressoir » ;

– « Les fuseaux de Gulda » : les circonstances providentielles de l’introduction de la dentelle dans le Hartz ;

– « Mademoiselle de Montpensier à Trévoux ».

 

Plusieurs de ces contes se déroulent dans un pays étranger alors que Julie Lavergne veut peindre la France éternelle, cela peut surprendre : les Lavergne ont  beaucoup voyagé et notre auteur était à l’affût d’histoires attrayantes et édifiantes qu’elle traitait toujours avec un grand souci de vérité historique et son âme française.

 

« En guise d’épilogue » les éditeurs ont eu la bonne idée de citer quelques extraits de la Correspondance de l’auteur, dont une lettre à Mgr Mermillod du 6 avril 1877, qui nous rappelle que les Lavergne étaient très liés à ce prélat suisse [1]. Extraits :

On dit, et je n’y contredis point, que l’histoire de France est à refaire. Depuis la réforme : calvinistes, jansénistes, encyclopédistes et matérialistes n’ont cessé de la falsifier et de la salir. La génération qui nous a précédés n’a vécu que de mensonges. La littérature romantique n’a préconisé les monuments, les héros de la France qu’en les déguisant sous ses théories et ses guenilles de théâtre. […]

Et la moindre de nos provinces est plus riche en monuments, en production de sainteté, d’héroïsme et de poésie que ne l’étaient ces highlands, ces lowlands d’Écosse que la plume magique de Walter Scott nous a rendus chers et vivants comme une seconde patrie ; tout protestant qu’il était, il comprit mieux les ruines de son pays que ne l’ont fait les romanciers de France. C’est sur les traces de Scott que je voudrais marcher : ranimer le passé en respectant l’histoire, et ne présenter jamais que le côté noble des choses et des personnes. Je voudrais que tout lecteur, en fermant mon livre, se sentît le cœur embrasé pour Dieu et la France ; pour le vrai, pour le beau. Quant au mal, il n’en faut pas parler et je n’en parlerai jamais.

Julie Lavergne a bien réalisé son programme : Les Jours de cristal en sont témoins et nous ne pouvons souhaiter qu’une chose, c’est la réédition d’autres titres.

 

Claude Jacque

 

 

Julie Lavergne, Les Jours de cristal (« Les Jours de cristal. La branche d’acacia et autres contes et nouvelles »), éditions Sainte Philomène, 2014.


[1]  — Nommé évêque de Genève par Pie IX, Mgr Mermillod fut expulsé de Suisse et vécut dix ans exilé en France. Il participa avec La Tour du Pin, Albert de Mun et les Autrichiens Karl von Vogelsang et Gustave Blome, à des réflexions sur la question sociale qui constituèrent le point de départ de Rerum novarum. Léon XIII le nomma cardinal en 1890.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 91

p. 183-185

Les thèmes
trouver des articles connexes

Littérature et Humanités Chrétiennes : Analyse et Critique Classique

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page