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La Révélation et la foi

L’Église conciliaire face à l’Église catholique (III)

 

 

 

par le frère Pierre-Marie O.P.

 

 

 

Le cardinal Ottaviani (1890-1979), responsable de la foi catholique en tant que secrétaire de la congrégation du Saint-Office [1], avait préparé pour le concile Vatican II le schéma préparatoire d’une « constitution dogmatique sur le dépôt de la foi à conserver dans sa pureté [2] ». Ce schéma résume, avec une certaine autorité, les enseignements du magistère anté-conciliaire. On sait qu’il a été écarté dès la première session du Concile.

Nous en avons déjà publié les trois premiers chapitres. Nous traduisons et commentons ici les chapitres 4 (« La Révélation publique, la foi catholique ») et 5 (« Le progrès doctrinal ») [3]. On y trouve une condamnation des nouveaux concepts de Révélation et de foi promus par la « nouvelle théologie ».

Mais, loin d’être condamnés, ces nouveaux concepts seront accueillis et promus par l’Église conciliaire : nous sommes là au cœur de la crise dans l’Église, qui est avant tout une crise de la foi. De façon subreptice, une nouvelle conception de la foi s’est substituée à la conception traditionnelle. Et les catholiques perdent la foi sans même s’en rendre compte : « Lorsque le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouve la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8) [4].

Le Sel de la terre.

 

 

 

AU MOMENT DU CONCILE VATICAN II, une « nouvelle théologie » moderniste se propageait, avec, notamment, un nouveau concept de Révélation : celle-ci n’était plus une « locution de Dieu qui atteste [5] », à laquelle il faut répondre par une adhésion de l’intelligence à la vérité révélée, elle « appartient plutôt à la catégorie des impressions, qu’à celle de l’expression » réclamant « l’adhésion de tout l’homme, le cœur, l’esprit et l’âme, à l’Esprit divin à l’intérieur [6] ».

Nous sommes là au cœur de ce qui sépare les modernistes des vrais catholiques. Selon la foi catholique, Dieu s’est révélé en parlant aux hommes un langage humain, par les prophètes d’abord, puis par Notre-Seigneur Jésus-Christ et les Apôtres. Cette Révélation est transmise par un enseignement – un magistère – qui s’adresse à l’intelligence. Nous y répondons, si nous le voulons et si Dieu nous y aide par sa grâce, par l’adhésion de la foi, adhésion de l’intelligence à la vérité révélée.

L’intelligence est la faculté de l’être, la puissance de notre âme qui nous fait connaître l’être des choses. C’est par elle, et par elle seulement, que nous pouvons entrer en contact avec la réalité au-delà des phénomènes, que ce soit dans le domaine naturel comme dans le domaine surnaturel. Ainsi, nous pouvons par la foi entrer en contact avec Dieu qui se révèle à nous. Et il n’y a pas d’autre moyen de pénétrer dans le monde surnaturel.

Mais les modernistes, imbus de la philosophie moderne, dénient à notre intelligence cette capacité de connaître les réalités telles qu’elles sont en elles-mêmes. Nous ne pouvons atteindre la réalité que par le moyen des sentiments, des émotions, des impressions qui se produisent lorsque nous rentrons en contact avec elle. Cette règle vaut autant pour le monde surnaturel que pour le domaine naturel : nous ne le connaissons que par l’expérience d’une rencontre.

Cette expérience est traduite plus ou moins bien par des concepts. Ces concepts sont inadéquats à traduire toute la réalité de l’expérience : ils sont donc relatifs et changeants. De plus les expériences peuvent se multiplier : il y a place pour une évolution de la foi.

C’est cette conception moderniste de la Révélation et de la foi que le schéma avait prévu de condamner dans ces deux chapitres. Comme nous verrons en le commentant, les erreurs qui devaient être condamnées sont devenues l’enseignement ordinaire de l’Église conciliaire.

 

 

La Révélation publique, la foi catholique

 

Dans la présentation qu’il fit à la commission centrale, le 22 janvier 1962 [7], le cardinal Ottaviani, président de la Commission de théologie, expliqua que ce chapitre répondait aux vœux exprimés en vue du Concile, notamment à celui qui demandait de préciser la notion de Révélation face aux théories modernistes.

 

La notion catholique de Révélation

 

Le cardinal Ottaviani attirait l’attention sur le fait que

cette constitution a pour objet d’une part de reconnaître la part de vérité dans ce que beaucoup disent sur l’aspect historique de l’objet de la Révélation, et d’autre part de réprouver ce qui se dit de faux sur ce sujet. Il ne manque pas de personnes qui, imbues d’anti-intellectualisme, voudraient déclarer que la Révélation est constituée d’événements salutaires, auxquels les paroles des envoyés de Dieu seraient ajoutées de manière seulement subsidiaire, ce qui veut dire que la foi chrétienne peut être aidée par ces paroles, mais non pas dirigée par elles [8].

L’intention des rédacteurs a été de confirmer et de compléter l’enseignement du concile Vatican I. Notamment, on précise la notion de Révélation en affirmant qu’elle est « une locution de Dieu qui rend témoignage (locutio Dei attestantis) ». Cette affirmation, tirée des paroles mêmes de la sainte Écriture, est prouvée par de nombreuses citations du magistère de l’Église, soit extraordinaire, soit ordinaire. Il a semblé opportun à la Commission de théologie de préciser cette notion traditionnelle de Révélation pour la défendre contre les opinions de certains catholiques dont il est question, sans les nommer, dans les paragraphes 18 à 20.

 

17. La Révélation externe et publique, par laquelle l’objet de la foi catholique est communiqué par Dieu à l’Église, est une locution par laquelle le Dieu très bon, autrefois par les prophètes, dans ces derniers temps par le Fils (voir He 1, 1), a rendu témoignage à lui-même, aux mystères du salut et aux vérités connexes (voir Jn 3, 11), commandant à tous « l’obéissance de la foi » (Rm 16, 26) [9]. Dieu, qui nous donne la Révélation externe, enseigne aussi intérieurement, afin que chacun puisse recevoir comme il faut « la parole du salut » (Ac 13, 26), ajoutant l’illumination et l’inspiration de la grâce qui apporte la douceur pour consentir et croire à la vérité [10].

17. [Notio catholica revelationis]. Revelatio externa et publica, qua obiectum fidei catholicæ divinitus communicatum est cum Ecclesia, est locutio qua benignissimus Deus, olim in prophetis, novissime in Filio (cf. Hebr. 1, l), semetipsum, mysteria salutis veritatesque connexas testatus est (cf. Io. 3, 11), « oboeditionem fidei » (Rm 16, 26) omnibus præcipiens. Externæ autem revelationis dono, Deus, qui interius etiam docet, ut singuli « verbum salutis » (Act. 13, 26) sicut oportet suscipere queant, illuminationem inspirationemque gratiæ adiungit quæ suavitatem confert in consentiendo et credendo veritati.

 

Une note [11] était jointe à ce premier paragraphe pour appuyer ces affirmations sur des références scripturaires et magistérielles. Étant donné sa longueur, nous la reportons en annexe, nous contentant ici d’en donner les articulations principales

Que la Révélation soit une locution de Dieu à laquelle correspond la foi, cela se voit en premier lieu dans la sainte Écriture [six citations de l’Évangile de saint Jean].

Sur la foi qui vient par l’audition, voir : « La foi donc vient de ce qu’on a entendu, et l’on entend grâce à la parole du Christ » (Rm 10, 17) et « Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis à nos Pères par les prophètes, Dieu, tout récemment, nous a parlé par le Fils » (He 1, 1) cité dans le concile du Vatican [DS 3004]. Ajoutons que le dépôt de la foi, dans lequel est contenue toute la Révélation à croire, est appelé [dans ce concile] « la parole de Dieu [verbum Dei] écrite et transmise » [voir DS 3011].

En ce qui concerne le magistère, il ne sera pas inutile d’apporter des textes qui confirment directement ou indirectement la notion de Révélation comme « locution de Dieu rendant témoignage » (locutio Dei attestantis) ainsi qu’il est dit dans le schéma. Cette déclaration semble opportune pour protéger cette notion traditionnelle de la Révélation, fondée sur la sainte Écriture, contre les opinions incorrectes de certains théologiens catholiques qui suivent des auteurs protestants. Voici les textes du magistère [suivent vingt textes].

L’essentiel de tout ce chapitre est donné par ce premier paragraphe rappelant la vraie notion de Révélation. Il restera à préciser les rapports de la Révélation ainsi entendue avec l’histoire du salut (les événements par lesquels Dieu nous a apporté le salut, et notamment la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ), à réfuter les erreurs modernistes sur cette question, puis à expliquer quels sont les signes de cette Révélation.

 

La Révélation et l’histoire du salut

 

18. Parmi les objets de la Révélation divine, la longue série d’événements salvifiques qui culminent dans la vie, la mort et la résurrection du Christ est particulièrement remarquable et importante. Dans ces événements nous ont été aussi annoncés les plus hauts mystères. C’est pourquoi, même si l’on doit reconnaître que la Révélation nous a été donnée dans l’histoire du salut de l’homme, soit annoncée d’avance [dans l’ancien Testament], soit racontée [dans le nouveau Testament] [12], cependant, il ne faut pas penser que la Révélation est constituée par ces événements seuls, en sorte que la parole du Christ, le Fils de Dieu, et des autres légats divins ne seraient qu’un complément secondaire. En effet, ces événements n’appartien­nent à l’ordonnance révélée du salut que par les vérités qui s’y trouvent cachées ou qui y sont liées, et qui doivent être déclarées par la parole du Christ et des envoyés de Dieu, et qui doivent être tenues par nous par la foi.

18. [Revelatio et historia salutis]. Longa illa series eventuum salutarium, quæ in vita, morte et resurrectione Christi fastigium suum tandem attigit, inter obiecta divinæ revelationis conspicuitate et momento eminet, in eademque nobis altissima mysteria annuntiata sunt. Quapropter, etsi agnoscendum sit revelationem nobis datam esse in humanæ salutis historia, sive prænuntiata sive narrata : tamen minime sentiendum est, revelationem meris istis eventibus iam ita constitutam esse, ut sermone Christi, Filii Dei, aliorumque Dei legatorum secundarie tantum compleatur. Nam ad revelatum ordinem salutis ii eventus non pertinent, nisi per veritates quæ in iis latent aut cum iis connectuntur, sermone Christi et legatorum Dei declarandas atque a nobis fide tenendas.

 

Une note expliquait ce paragraphe :

La constitution a pour objet d’une part de reconnaître la part de vérité dans ce que beaucoup disent sur l’aspect historique de l’objet de la Révélation, et d’autre part de réprouver ce qui se dit de faux sur ce sujet. Il ne manque pas de personnes qui, imbues d’anti-intellectualisme, voudraient déclarer que la Révélation est constituée d’événements salutaires, auxquels les paroles des envoyés de Dieu seraient ajoutées de manière seulement subsidiaire, ce qui veut dire que la foi chrétienne peut être aidée par ces paroles, mais non pas dirigée par elles. Georges Tyrrel a écrit : « La Révélation n’est pas une déclaration, c’est une « présentation » (showing) : Dieu parle par des actes et non par des mots [13]. » Plusieurs protestants ont écrit des choses semblables ; certains catholiques, non sans danger, mettent en avant seulement l’aspect historique, les seuls événements, dans la Révélation divine.

Une erreur ne peut avoir de prise sur les esprits que par une part de vérité qu’elle contient. Les modernistes se servent du fait que Dieu a donné sa Révélation à travers une histoire du salut pour réduire la Révélation à des événements, évacuant ainsi la doctrine, ou n’en faisant qu’un accessoire. Comme les actes et les événements sont susceptibles d’interpré­tations diverses, c’est ouvrir la voie à l’arbitraire dans la formulation de la doctrine.

Il y a une parenté entre les modernistes et ceux qui exagèrent le sens mystique ou spirituel de la sainte Écriture aux dépens de son sens littéral. Dans la sainte Écriture, Dieu nous parle directement (c’est le sens littéral, par exemple lorsque Notre-Seigneur explique qu’il va donner sa vie pour sauver les hommes) et aussi indirectement, par des événements qui sont des figures d’autres événements (c’est le sens spirituel, par exemple l’agneau pascal offert par les Hébreux est la figure de Notre-Seigneur qui donne sa vie pour nous sauver). Le sens spirituel existe, il est même très utile, mais il ne peut se comprendre qu’en dépendance du sens littéral qui reste le premier et guide le second.

 

La Révélation et la doctrine

 

19. La Révélation, en plus des mystères montrés dans les faits singuliers de l’histoire du salut, contient aussi des vérités universelles, tant de l’ordre naturel que de l’ordre surnaturel, et elle concerne d’abord Dieu lui-même, que les élus verront dans la Patrie dans l’ineffable mystère des trois Personnes divines. C’est pourquoi les Pères du premier concile du Vatican ont appelé avec raison le résumé des vérités révélées du nom de « doctrine de la foi » (DS 3020), suivant les traces de Notre-Seigneur qui affirmait : « ma doctrine n’est pas la mienne, mais celle de celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 16), et aussi celles de l’Apôtre qui écrivait à Tite, à propos de la vie sainte à mener par les fidèles, que par de mœurs dignes « ils fassent honneur en tout à la doctrine de Dieu notre Sauveur » (Tt 2, 10).

19. [Revelatio et doctrina]. Insuper revelatio, præter mysteria, in singularibus factis historiæ salutis exhibita, continet etiam veritates universales tum naturalis, tum supernaturalis ordinis, atque primarie respicit Deum ipsum, quem electi in ineffabili mysterio trium Personarum divinarum in patria conspecturi sunt. Ideo Patres primæ Synodi Vaticanæ summam veritatum revelatarum iure nuncupaverunt « doctrinæ fidei » nomine, vestigiis inhærentes Domini nostri qui asseverat : « Mea doctrina non est mea, sed eius qui misit me » (Jn 7, 16), necnon Apostoli qui scribit ad Titum de vita sancta a christifidelibus agenda, ut dignis moribus, « doctrinam Salvatoris nostri Dei ornent in omnibus » (Tt 2, 10).

 

Une note expliquait ce paragraphe :

Déjà les modernistes opposaient la Révélation entendue comme expérience et impression des événements, qu’ils admettaient, à la Révélation entendue comme doctrine divinement proposée à croire, qu’ils refusaient. Tyrrel, dans l’ouvrage déjà cité, écrivait : « La Révélation appartient plutôt à la catégorie des impressions, qu’à celle de l’expression. […] La foi est maintenant un assentiment intellectuel à cette théologie révélée comme découlant directement de l’intellect divin ; elle n’est plus l’adhésion de tout l’homme, le cœur, l’esprit et l’âme, à l’Esprit divin à l’intérieur – avant tout un Esprit de vie et d’amour, et seulement par là un guide ou une balise conduisant l’esprit (humain) progressivement à une plus complète appréhension instinctive de la vérité religieuse implicite dans les inspirations de la grâce [14]. »

Il y a des catholiques qui ne sont pas assez prudents avec ce genre de propos, lorsqu’ils disent que Dieu n’a pas révélé une doctrine, et que l’objet de la foi est une histoire, non une doctrine.

Parmi ces catholiques imprudents, on peut ranger le pape François qui écrit dans son encyclique sur la foi des propos qui ressemblent étrangement à ceux de Tyrrel (Lumen fidei, 29 juin 2013, § 40) :

Pour transmettre un contenu purement doctrinal, une idée, un livre suffirait sans doute, ou bien la répétition d’un message oral. Mais ce qui est communiqué dans l’Église, ce qui se transmet dans sa Tradition vivante, c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencontre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la personne au plus profond, au cœur, impliquant son esprit, sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations vivantes de communion avec Dieu et avec les autres.

Dans la perspective catholique, la Révélation est d’abord un enseignement qui s’adresse à l’intelligence, sollicitant l’obéissance de la foi. Dans la perspective moderniste, elle est d’abord une série d’événements (§ 18) qui suscite une expérience en nous, elle s’adresse à l’homme dans son ensemble, et spécialement à son « cœur », c’est-à-dire à son fond le plus intime. De là, elle se traduit dans notre esprit en concepts plus ou moins adéquats, dans notre volonté et notre affectivité en diverses émotions et impressions.

 

La Révélation et la manifestation du Christ

 

20. C’est avec raison qu’on dit que la plénitude de la divine Révélation est apparue dans le Christ, le Fils de Dieu [15], non seulement parce que lui-même, l’auteur et le consommateur de la foi (voir He 12, 2), a enseigné aux hommes les principales vérités de la foi, mais encore parce qu’il nous a montré par toute sa vie le chemin du salut. Cependant, il demeure vrai qu’il faut placer dans la doctrine du Christ, le Verbe de Dieu incarné, la raison pour laquelle toute sa vie a le caractère d’un témoignage divin, et tout le mystère du Christ doit être cru à cause de l’autorité de Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. C’est pourquoi on ne peut tenir l’opinion que la foi divine et catholique est constituée d’abord par une expérience, par laquelle tout le mystère du Christ et tout ce qui est contenu en lui serait perçu comme vrai, consiste seulement secondairement dans l’acte par lequel, au moyen de concepts et de mots, seraient exprimées les réalités atteintes d’abord à un niveau plus élevé par l’expérience. Bien plus, la foi catholique embrasse la connaissance du magistère de Dieu et l’assentiment, à cause de l’autorité de Dieu, aux vérités révélées, telles qu’elles sont présentées à croire par l’Église [16]. Cependant, cette même foi, perfectionnée par la charité et les dons du Saint-Esprit, peut augmenter par la pensée du Christ (sensu Christi, voir 1 Co 2, 16) de sorte qu’elle connaisse plus profondément les vérités révélées, bien plus par une certaine fruition obscure du mystère du Fils de Dieu, qui habite avec le Père et le Saint-Esprit dans les âmes des justes.

20. [Revelatio et manifestatio Christi]. Divinæ revelationis plenitudo in Christo Filio Dei recte dicitur apparuisse, non solum quia ipse, auctor et consummator fidei (cf. Hebr. 12, 2), præcipuas fidei veritates homines docuit, sed insuper quia per totam vitam suam nobis viam salutis monstravit. Nihilominus verum manet in ipsa doctrina Christi, Verbi Dei incarnati, causam reponendam esse cur tota eius vita habeat indolem divini testimonii, totumque mysterium Christi propter auctoritatem Dei qui nec falli nec fallere potest, sit credendum. Proinde teneri non potest fidem divinam et catholicam constitui primarie experientia, qua totum mysterium Christi in eoque omne revelatum verum percipiatur, et secundarie tantum in actu consistere quo, per conceptus et verba, ea exprimantur quæ prius altiori gradu experientia attigerit. Quin potius catholica fides complectitur et agnitionem magisterii Dei et assensum, propter ipsius auctoritatem, veritatibus revelatis, prout ab Ecclesia credendæ proponuntur. Eadem autem fides, caritate et donis Spiritus Sancti perfecta, augeri potest sensu Christi (cf. 1 Co 2, 16), ad veritates revelatas profundius intelligendas, immo quadam fruitione obscura mysterii Filii Dei, qui cum Patre et Spiritu Sancto animam iustorum inhabitat.

 

Une note expliquait ce paragraphe :

Les tendances, qui sont corrigées dans ce paragraphe, sont comme une application à l’avènement du Christ des penchants dont il a été question dans les deux paragraphes précédents. Ces tendances mettent en avant de manière indue l’aspect mystique de la foi et déprécient son aspect doctrinal. On en trouve plusieurs chez les auteurs protestants dont les opinions ont une influence chez certains catholiques.

Malheureusement les erreurs qui sont signalées dans ce paragraphe se trouvent maintenant enseignées par le magistère conciliaire. Nous renvoyons les lecteurs à l’article du frère Emmanuel-Marie « Les fausses lumières d’une foi dénaturée – Réflexions sur l’encyclique Lumen fidei [17] », qui commence par cette appréciation d’ensemble :

Hélas, en dépit de son titre, la lecture de ce document n’éclairera pas les âmes, bien au contraire ; elle les écartera encore un peu plus de la doctrine traditionnelle et introduira dans leur esprit l’idée confuse d’une foi « expérience », rencontre personnelle avec un Dieu plus ou moins immanent, fondée sur l’amour et non pas sur la connaissance, et conduisant à une « communion » dont on ne saurait dire si elle se situe au plan surnaturel ou au plan simplement humain.

Voir aussi, dans le même nº 86 du Sel de la terre (automne 2013), l’éditorial « La foi et l’expérience », qui montre, avec de nombreuse citations à l’appui, que « dans l’encyclique Lumen fidei (29 juin 2013), les papes François et Benoît XVI nous décrivent la foi comme le fruit d’une expérience, celle de la rencontre avec Dieu et son amour ». Voici, entre autres, deux citations de cette encyclique :

La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous. (Lumen fidei, § 4.)

[Pour les premiers chrétiens] la foi, en tant que rencontre avec le Dieu vivant manifesté dans le Christ, était une « mère », parce qu’elle les faisait venir à la lumière, engendrait en eux la vie divine, une nouvelle expérience, une vision lumineuse de l’existence pour laquelle on était prêt à rendre un témoignage public jusqu’au bout (§ 5).

 

Les erreurs qui s’opposent à la notion de Révélation

 

Dans le paragraphe 21, le schéma réfute à nouveau le concept subjectif de Révélation déjà condamné dans l’encyclique Pascendi, ainsi que le concept de Révélation d’un auteur dont l’ouvrage venait d’être mis à l’index [18].

21. La notion catholique de Révélation est complètement rejetée par ceux qui affirment à tort que Dieu ne peut, par des légats enseignés ou inspirés par lui, communiquer avec les hommes par des paroles proférées ou encore par des Livres saints. Il faut en dire de même de certains autres qui pensent que la Révélation n’a pas produit seulement la religion de l’ancien et du nouveau Testaments, mais, même si ce fut de manière plus imparfaite, toutes les religions, et que cette Révélation consiste en ce que des hommes religieux, pour se tourner d’une certaine manière vers l’absolu, auquel l’homme est porté, se choisissent des choses sacrées, se forgent des notions qui, même si elles ne sont pas conformes à la réalité, leur servent de quelque manière à honorer Dieu par l’esprit.

21. [Errores qui notioni catholicæ revelationis plane adversantur]. Catholica revelationis notio penitus abiicitur ab iis qui falso contendunt Deum non posse, per legatos ab ipso eruditos aut inspiratos, communicare cum hominibus prolatis verbis aut Sacris etiam Litteris. Idem dicendum est de aliis quibusdam, opinantibus divinam revelationem non tantum religionem Veteris Novique Foederis, sed, etsi imperfectius, omnes religiones protulisse, eamque in eo consistere quod homines religiosi, ut ad absolutum, ad quod mens humana defertur, aliqua ratione spectare queant, res sacras sibi eligant, notionesque sibi effingant, quæ, etsi conformitate cum re careant, inservirent tamen ad Deum quodammodo mente prosequendum.

 

Une note expliquait ce paragraphe :

Cette opinion, qui n’est pas très différente de celles qui ont déjà été condamnées par le décret Lamentabili [19] et l’encyclique Pascendi [20], est tirée de H. Duméry, qui a écrit entre autres :

« Le sujet pénétré en son fond par la présence de l’Absolu, ne peut la reconnaître qu’en la réfléchissant ; il la projette sur les objets extérieurs (le sacré) ou sur ses objets intérieurs (sanctification de ses intentions, de ses actes psychologiques, de ses conduites) [21] »

« Il n’y a de religion que révélante et révélée : le processus de révélation se confond avec la suite des démarches que la conscience doit accomplir pour viser l’Absolu par et dans les représentations qu’elle parvient à s’en faire [22] » (ibid., p. 254, n. 4) ;

« Le christianisme obéit à une règle générale : il établit une visée de Dieu sur une sélection de faits ou d’objets “révélateurs de Dieu” selon le processus de toutes les hiérophanies connues dans l’histoire. Sa supériorité éclate néanmoins dans l’excellence de son choix : il n’insinue pas le sacré dans les choses, il ne le dépose pas sur des êtres dépourvus de raison ; il le dépose sur des hommes – les écrivains bibliques – spécialement sur un homme en qui la “révélation" culmine parce qu’il professe l’universel de la charité et qu’on ne voit rien qui puisse être ajouté au commandement de l’amour [23]. »

L’erreur du néo-modernisme consiste à imaginer un contact avec Dieu qui précède la foi conceptuelle. C’est la même erreur qu’on retrouve dans l’encyclique Lumen fidei [24], et que le père Labourdette O.P. réfute ainsi :

La Vérité première ou réalité divine absolument simple dans le mystère de son unité et de la trinité des Personnes, ne peut être directement atteinte et possédée telle qu’elle est que par la vision béatifique. Sous le régime de la foi, elle pénètre dans notre esprit sous la forme et avec les conditionnements de l’humble vérité humaine, ce qu’on appelle la « vérité formelle ou logique », propriété du jugement, lequel implique composition et division de notions diverses, propositions plus ou moins complexes, etc [25].

En condamnant ceux « qui pensent que la Révélation n’a pas produit seulement la religion de l’ancien et du nouveau Testament, mais, même si ce fut de manière plus imparfaite, toutes les religions, et que cette Révélation consiste en ce que des hommes religieux […] se choisissent des choses sacrées, se forgent des notions qui […] leur servent de quelque manière à honorer Dieu par l’esprit », ce paragraphe du schéma condamne par le fait même les affirmations du pape François. Ce dernier va encore plus loin que ne l’imaginaient les auteurs du schéma, en disant que les chrétiens peuvent profiter de la richesse d’invention des non-chrétiens :

Les non-chrétiens, par initiative divine gratuite, et fidèles à leur conscience, peuvent vivre « justifiés par la grâce de Dieu » et ainsi « être associés au mystère pascal de Jésus-Christ ». Mais, en raison de la dimension sacramentelle de la grâce sanctifiante, l’action divine en eux tend à produire des signes, des rites, des expressions sacrées qui à leur tour rapprochent d’autres personnes d’une expérience communautaire de cheminement vers Dieu. Ils n’ont pas la signification ni l’efficacité des sacrements institués par le Christ, mais ils peuvent être la voie que l’Esprit lui-même suscite pour libérer les non-chrétiens de l’immanentisme athée ou d’expériences religieuses purement individuelles. Le même Esprit suscite de toutes parts diverses formes de sagesse pratique qui aident à supporter les manques de l’existence et à vivre avec plus de paix et d’harmonie. Nous chrétiens, nous pouvons aussi profiter de cette richesse consolidée au cours des siècles, qui peut nous aider à mieux vivre nos propres convictions [26].

 

Une forme récente du relativisme

 

Le paragraphe 22 confirme la réprobation du relativisme dogmatique et théologique faite par l’encyclique Humani generis. Cela a semblé bon aux rédacteurs du schéma, parce que ce document très important n’avait eu qu’une faible efficacité auprès de certains auteurs catholiques.

22. Ils s’éloignent aussi dangereusement de la vérité ceux qui pensent que les formulations et les concepts par lesquels sont communiquées, même si c’est de manière incomplète et imparfaite, les vérités révélées, sont tout à fait incapables de signifier d’une façon parfaitement vraie les vérités divines ; mais qu’ils doivent être considérés comme des approximations toujours changeables et sans cesse à corriger de nouveau, autant que le demandent soit une certaine intelligence plus profonde du mystère qui est cru, soit une manière différente de penser chez les hommes. Alors qu’au contraire, Dieu qui révèle et l’Église qui, avec l’aide de Dieu, exerce le rôle de gardienne et d’interprète de toute la vérité révélée, signifient souvent de manière claire qu’ils entendent parler non seulement de manière métaphorique mais encore au sens propre et véritable, et en conséquence ils demandent un assentiment plein et immuable à la doctrine de la foi comprise dans le sens indiqué par les mots et les affirmations.

22. [Recens relativismi forma]. Periculose etiam a vero discedunt qui sentiunt enuntiationes et conceptus quibus, etsi utique incomplete et imperfecte, veritates revelatæ communicantur, impares esse ad res divinas omnino vere significandas ; sed consideranda esse ut approximationes semper mutabiles semperque denuo corrigendas prout postulet sive altior quidam sensus mysterii quod creditur, sive mutata inter homines cogitandi ratio. Dum contra Deus revelans et Ecclesia quæ, Deo adiuvante, munus exercet custodis et interpretis totius revelatæ veritatis, sæpe aperte significant se, non symbolice tantum, sed etiam proprie vereque loqui velle proptereaque assensum plenum immutabilemque postulant doctrinæ fidei illo sensu intellectæ quem eorum sermones declarationesque exhibent.

 

Une note expliquait ce paragraphe :

C’est la forme de relativisme dogmatique et théologique qui est condamnée par Pie XII dans l’encyclique Humani generis [27].

Voici quelques extraits de cette encyclique :

[Certains affirment] que les mystères de la foi ne peuvent pas être signifiés par des notions adéquatement vraies, mais par des notions, selon eux, approximatives et toujours changeables, par lesquelles la vérité est indiquée sans doute jusqu’à un certain point, mais fatalement déformée. C’est pourquoi ils ne croient pas absurde, mais absolument nécessaire que la théologie, qui a utilisé au cours des siècles différentes philosophies comme ses instruments propres, substitue aux notions anciennes des notions nouvelles, de telle sorte que, sous des modes divers et souvent opposés, et pourtant présentés par eux comme équivalents, elle nous exprime les vérités divines, sous le mode qui sied à des êtres humains. […] Or, il ressort, avec évidence, de ce que nous avons dit, que tant d’efforts non seulement conduisent à ce qu’on appelle le « relativisme » dogmatique, mais le comportent déjà en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée et le mépris des termes par lesquels on le signifie le favorisent déjà trop. […] Il va de soi que l’Église ne peut se lier à n’importe quel système philosophique dont la vie est de courte durée : ce que les docteurs catholiques, en parfait accord, ont composé au cours des siècles pour parvenir à une certaine intelligence du dogme, ne s’appuie assurément pas sur un fondement aussi caduc. En effet, il n’est pas d’autre appui que les principes et les notions tirés de l’expérience des choses créées ; et dans la déduction de ces connaissances, la vérité révélée a, comme une étoile, brillé sur l’intelligence des hommes grâce au ministère de l’Église. On ne s’étonne donc pas que les conciles œcuméniques aient employé et aussi sanctionné certaines de ces notions : aussi, s’en écarter n’est point permis. Voilà pourquoi négliger, rejeter ou priver de leur valeur tant de biens précieux, qu’au cours d’un travail plusieurs fois séculaire des hommes d’un génie et d’une sainteté peu commune, sous la garde du magistère sacré et la conduite lumineuse de l’Esprit-Saint, ont conçus, exprimés et perfectionnés en vue d’une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi, et leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues d’une philosophie nouvelle appelées à une existence éphémère, comme la fleur des champs, ce n’est pas seulement pécher par imprudence grave, mais c’est faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent. Le mépris des mots et des notions dont ont coutume de se servir les théologiens scolastiques conduit très vite à énerver la théologie qu’ils appellent spéculative et tiennent pour dénuée de toute véritable certitude, sous prétexte qu’elle s’appuie sur la raison théologique.

Il est remarquable que le pape Jean XXIII a donné, dès l’ouverture du Concile, une orientation contraire à cet enseignement de Pie XII (écrit douze ans plus tôt) et au schéma préparé pour le Concile lui-même. Il a dit :

Il faut que cette doctrine, qui doit être respectée fidèlement, soit étudiée et exposée suivant les méthodes de recherche et la présentation dont use la pensée moderne. Car autre est la substance de la doctrine antique contenue dans le dépôt de la foi, autre la formulation dont on la revêt, en se réglant, pour les formes, sur les besoins d’un magistère et d’un style surtout pastoral [28].

Les modernistes sont gênés par les formules dogmatiques. Aussi, cherchent-ils à distinguer entre les vérités à croire (« la substance de la doctrine » selon Jean XXIII) et les formulations qui les expriment.

Nous retrouvons toujours la même opposition entre la philosophie traditionnelle et la philosophie moderne.

Pour la philosophie traditionnelle, l’intelligence est capable de connaître la réalité (même si c’est imparfaitement), de lire dans le réel (intus legere) et donc d’être adéquate à la réalité (la vérité est « la conformité de l’intelligence avec la réalité »).

Pour les philosophes modernes (depuis Kant), l’intelligence ne peut dépasser les phénomènes. La réalité sous les phénomènes est inaccessible, sinon par l’expérience, la vie, les sentiments. Aussi la vérité est-elle « la conformité de l’intelligence avec la vie » et elle change avec l’homme et dans l’homme qui vit et change.

L’orientation donnée par Jean XXIII au Concile a permis de remplacer la philosophie traditionnelle par la philosophie moderne dans l’explication du dogme. Cela entraîne un changement radical, une révolution copernicienne [29], dans le fonctionnement du magistère : il devient évolutif, relatif, il perd son immutabilité et donc son caractère contraignant.

La nécessité de ne pas s’enfermer dans des formules dogmatiques est aussi fréquemment invoquée par le pape François :

Il ne faut pas penser que l’annonce évangélique doive se transmettre toujours par des formules déterminées et figées, ou avec des paroles précises qui expriment un contenu absolument invariable [30].

Bien sûr, dans ce chercher et trouver Dieu en toutes choses, il reste toujours une zone d’incertitude. Elle doit exister. Si quelqu’un dit qu’il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu’il n’y a aucune marge d’incertitude, c’est que quelque chose ne va pas. C’est pour moi une clé importante [31].

Le monde a changé et l’Église ne peut pas s’enfermer dans des interprétations présumées du dogme. Nous devons aborder les conflits sociaux, anciens et nouveaux, et essayer de donner la main pour rassurer, ne pas stigmatiser, ne pas simplement reprocher [32].

 

Les signes externes de la Révélation

 

Dans les paragraphes 23 et 24, il est question des signes externes de la Révélation, entre lesquels les miracles et les prophéties tiennent une place éminente. Le schéma est donc dans la continuité de la doctrine traditionnelle qui donne le pas sur l’objet et non sur le sujet : les signes externes sont plus importants que les signes internes. Ces derniers ne sont pas à mépriser pour autant et il en sera question plus loin.

La doctrine proposée peut paraître une simple répétition de l’enseignement du concile Vatican I, cependant des précisions sont ajoutées sur la congruence de ces signes avec la nature humaine ; de plus ce qui est dit ici sert de préambule aux paragraphes suivants sur les diverses sortes de signes.

23. Même si la foi salutaire, par laquelle nous croyons à Dieu, selon cette parole de saint Jean : « le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l’intelligence, afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils » (1 Jn 5, 20), procède d’une lumière envoyée par Dieu dans notre esprit, cependant, comme cette grâce est cachée dans l’esprit, le Dieu très sage, voulant que l’obéissance de la foi, qui vient par l’audition, soit en accord avec la raison (voir Rm 10, 17 et 12, 1), aux secours internes du Saint-Esprit a joint de multiples signes de la Révélation, et en premier lieu des signes externes, accommodés au caractère publique de la Révélation et à la nature sociale de l’homme qui est appelé à la foi. Ces signes font que la raison si elle fonctionne droitement peut prouver par des arguments certains l’origine divine de la Révélation.

23. [Externa revelationis signa]. Etsi fides salutaris, qua Deo credimus, secundum illud Ioannis : « Filius Dei venit et dedit nobis sensum, ut cognoscamus verum Deum et simus in vero Filio eius » (1 Io. 5, 20), procedit a lumine divinitus in mentem immisso, nihilominus, cum illa gratia fidei lateat in mente, sapientissimus Deus, volens ut obsequium fidei nostræ, quæ est ex auditu, rationi consentaneum esset (cf. Rom. 10, 17 et 12, 1), internis Spiritus Sancti auxiliis coniunxit multiplicia revelationis signa, eaque imprimis externa, atque indoli publicæ revelationis et naturæ sociali hominum, qui ad fidem vocantur, accommodata. Quæ quidem signa efficiunt, ut recta ratio divinam revelationis originem certis argumentis probare valeat.

 

Le concile Vatican I s’était exprimé sur ce sujet :

Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi soit conforme à la raison (Rm 12, 1), Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés de preuves extérieures de sa Révélation, à savoir des faits divins et surtout les miracles et les prophéties qui, en montrant de manière impressionnante la toute-puissance de Dieu et sa science sans borne, sont des signes très certains de la Révélation divine, adaptés à l’intelligence de tous. C’est pourquoi Moïse et les prophètes et surtout le Christ notre Seigneur firent des miracles nombreux et éclatants et prophétisèrent ; et, à propos des Apôtres, nous lisons dans l’Écriture : « Étant partis, ils prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux et confirmant leurs paroles » (Mc 16, 20). Il est également écrit : « Nous avons une parole prophétique plus forte, sur laquelle vous faites bien de fixer votre attention comme une lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 P 1, 19). [DS 3009.]

Si quelqu’un dit qu’il ne peut pas y avoir de miracle et qu’en conséquence tous les récits qui les mentionnent, même ceux qui se trouvent dans la sainte Écriture, doivent être rejetés comme des fables ou des mythes, ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude ni servir à prouver efficacement l’origine de la religion chrétienne, qu’il soit anathème. [DS 3034.]

Une note renvoyait à ce texte du concile du Vatican et expliquait :

Ce paragraphe n’ajoute pas grand chose (au texte de Vatican I), sinon une précision sur la congruence [= bonne adaptation] des signes externes avec la nature sociale de l’homme. Mais il est nécessaire pour préparer la suite sur les divers signes.

 

La primauté des miracles et des prophéties

 

24. Parmi ces signes, les miracles et les prophéties sont à distinguer à cause de leur importance et de la clarté de l’argumentation qu’ils apportent, comme l’enseigne avec grande sagesse le concile de Vatican I [33]. C’est seulement à cause de fausses opinions préconçues que ces signes sont soit complètement niés, soit exagérément affaiblis ; tandis que Notre-Seigneur dit à leur sujet : « les œuvres [34] que le Père m’a données d’accomplir, les œuvres mêmes que je fais, rendent de moi le témoignage que c’est le Père qui m’a envoyé » (Jn 5, 36), et encore : « vous scrutez les Écritures, […] ce sont elles aussi qui rendent témoignage de moi » (Jn 5, 39).

24. [Primatus quidam miraculorum et prophetiarum]. Inter ea signa, momento et perspicuitate argumenti quod præbent, eminent miracula et prophetiæ, ut sapientissime docuit Concilium Vaticanum primum. Quae nonnisi ob præiudicatas falsas opiniones vel absolute negantur, vel nimium extenuantur ; at vero de illis Dominus noster declaravit : « Opera enim, quæ dedit mihi Pater ut perficiam ea, ipsa opera, quæ ego facio, testimonium perhibent de me, quia Pater misit me » (Jn 5, 36) etiamque : « Scrutamini Scripturas, … illæ sunt quæ testimonium perhibent de me » (Jn 5, 39).

Dans la perspective moderniste, les signes externes (miracles et prophéties) sont dévalués du fait que les objets ne sont pas connus tels qu’ils sont, mais tels qu’ils nous apparaissent :

Déjà dans les visions extérieures, il existe aussi un facteur subjectif : nous ne voyons pas l’objet pur, mais celui-ci nous parvient à travers le filtre de nos sens, qui doivent accomplir un processus de traduction [35].

Ainsi les miracles et les prophéties, faits externes, sont entachés d’une valeur subjective et ne prouvent pas plus que les sentiments intérieurs. Et ceux-ci ont l’avantage d’être plus près de nous, de « parler au cœur ».

 

La résurrection du Christ, les prophéties messianiques, le Christ lui-même

 

Le paragraphe 25 traite de la résurrection du Christ, des prophéties messianiques et du Christ lui-même, comme signes de la Révélation. Sur ces sujets rien n’avait été dit à Vatican I. Il convenait d’en faire mention, spécialement du fait que ce sont les principaux signes que le Christ lui-même a indiqués et proposés – et qui seront toujours valables – pour prouver avec une parfaite évidence sa propre légation divine.

25. Cependant l’Église a toujours considéré, et considère encore, que la résurrection corporelle du Christ est le plus grand des signes : clairement annoncée d’avance par lui, elle est devenue un signe historique lumineux à cause du sépulcre retrouvé vide et des apparitions du ressuscité lui-même. Dans la catégorie des arguments tirés des prophéties, l’Église a toujours estimé particulièrement l’accomplissement admirable, dans le Christ Jésus, de l’attente prophétique du Messie et de son règne. Le Seigneur s’est servi lui-même le premier de cet argument (voir Lc 24, 13-32 [36]) et saint Pierre a écrit à ce sujet : « Nous avons aussi la parole des prophètes, d’autant plus certaine, à laquelle vous faites bien de prêter attention comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître, et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs » (2 P 1, 19). Il ne faut pas passer sous silence le signe divin très lumineux, qui peut attirer par sa clarté spécialement les humbles de cœur, qu’est Jésus lui-même, Docteur, dont la sagesse sublime et l’éminente sainteté confirment à tel point le témoignage qu’il a rendu de lui-même que, distinguant entre lui-même et ses miracles, il a pu dire : « Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres » (Jn 10, 38).

25. [Resurrectio Christi, prophetiæ messianicæ, Christus ipse]. Ecclesia autem maximum in genere signorum semper habuit et habet resurrectionem corporalem Christi quæ, ab Ipso clare prænuntiata, ob sepulchrum deprehensum vacuum. apparitionesque ipsiusmet Redivivi, fulgens signum historicum facta est. In genere autem argumentorum ex prophetiis desumptorum, Ecclesia plurimum semper æstimavit admirandam in Christo Iesu adimpletionem propheticæ exspectationis Messiæ et regni eius. Quod argumentum ipse Dominus prius adhibuit (cf. Lc. 24, 13-32) et de eo scripsit insuper S. Petrus : « Habemus firmiorem propheticum sermonem cui bene facitis attendentes, quasi lucernæ lucenti in caliginoso loco, donec dies elucescat » (2 P 1, 19). Nec prætereundum est præfulgens signum divinum, quod præsertim humiles corde sua claritate allicere valet, esse ipsum Iesum Magistrum, cuius sublimis sapientia et summa sanctitas testimonium quod de se perhibuit adeo solide confirmant, ut ipse, distinguens inter se et miracula sua, asseverare potuerit : « Si mihi non vultis credere, operibus credite » (Jn 10, 38).

 

Une note expliquait ce paragraphe :

On rappelle ici l’enseignement de Vatican I qui a été oublié par plusieurs [37]. On explique aussi en quoi consiste la prééminence des miracles et des prophéties. On ajoute une remarque très utile aujourd’hui sur la résurrection de Jésus comme signe historique et sur les prophéties messianiques. On ajoute encore quelque chose sur le signe constitué par Jésus lui-même avec sa sagesse et sa sainteté, de crainte que le Concile ne semble négliger ce signe qui est si important pour beaucoup de fidèles attirés au Christ par la divine grâce.

Sur la valeur apologétique des prophéties et de la résurrection du Christ, nous renvoyons aux tracts :

– « Les prophéties sont accomplies en Jésus-Christ » joint à la Lettre des dominicains d’Avrillé nº 56 (décembre 2010)

– « Jésus ressuscité » joint à la Lettre des dominicains d’Avrillé nº 57 (mars 2011) [38].

 

L’importance de l’Église comme signe

 

Le paragraphe 26 rappelle l’enseignement de Vatican I sur l’importance du signe qu’est l’Église. Cette répétition n’était pas superflue, puisque après le concile de Vatican I, il n’a pas manqué d’auteurs catholiques qui, agités par un faux esprit d’irénisme et de réforme, parlaient de l’Église comme si ne brillaient plus en elle les notes d’unité et de sainteté, voire comme si elles avaient presque disparu.

26. L’Église elle-même, à cause de sa présence encore maintenant sur toute la terre et de l’abondance des dons dont le Christ n’a pas cessé de l’orner, est par elle-même un signe important de la Révélation. « L’Église, à cause de son admirable propagation, de son éminente sainteté et de son inépuisable fécondité en tout bien, à cause aussi de son unité catholique et de son invincible fermeté, est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine » (DS 3013), et comme un signe élevé parmi les nations.

26. [Præstantia quædam signi Ecclesiæ]. Ecclesia ipsa, pro sua etiam nunc in orbe terrarum præsentia ac pro abundantia donorum quibus Christus eam ornare numquam destitit, per se inter revelationis signa præstat. « Ob suam nempe admirabilem propagationem, eximiam sanctitatem et inexhaustam in omnibus bonis foecunditatem, ob catholicam unitatem invictamque stabilitatem magnum quoddam et perpetuum est motivum credibilitatis », ac veluti signum, levatum in nationes.

 

Une note expliquait ce paragraphe :

On explique en quoi consiste l’importance du signe qu’est l’Église. On n’ajoute rien à la description du signe donné par le concile Vatican I, car un ajout devrait perfectionner l’argument sans préférer une opinion privée plutôt qu’une autre : cela semble difficile.

Ce qui constitue ce signe de l’Église, ce sont ses quatre notes : elle est une (« son unité catholique »), sainte (« son éminente sainteté et son inépuisable fécondité en tout bien »), catholique (« son admirable propagation ») et apostolique (« son invincible fermeté » à demeurer semblable à ce qu’elle était à l’origine).

On peut se demander ce qu’il en est aujourd’hui, 50 ans après Vatican II de ce signe. L’Église est-elle toujours « un signe élevé parmi les nations » ?

On peut répondre que les quatre notes de l’Église ont été considérablement altérées dans l’Église conciliaire, mais qu’elles continuent de briller dans la Tradition [39].

 

Les témoignages et les signes internes

 

Au paragraphe 27 on rappelle la doctrine de saint Thomas sur la valeur des signes internes, qui avait déjà été énoncée dans les annotations des schémas préparatoires à Vatican I. Il convenait d’y revenir, car certains apologètes après le concile de Vatican I ont exagéré l’importance des motifs internes, et ont méprisé – ou du moins pas suffisamment estimé – la valeur des signes externes.

27. Ainsi, pour ceux qui, mus par la grâce, cherchent la foi, ou pour ceux qui ont déjà reçu de Dieu la lumière de la foi, est ouverte la voie large des signes et des preuves externes qui prouvent invinciblement la divine Révélation, ce qui permet d’acquérir une connaissance convenable et de l’augmenter. A ces signes et arguments externes s’ajoutent d’autres formes de témoignage interne et d’appel interne à croire, et, par leurs moyens, Dieu peut solliciter l’esprit de telle sorte qu’ils peuvent confirmer ou corroborer ce qui demeure parfois obscur dans la connaissance des signes externes ; et même parfois, Dieu donnant une grâce particulière, ils peuvent suppléer aux signes externes. Il ne faut pas négliger de tels témoignages et signes internes par lesquels, comme le dit saint Paul, Dieu fait luire aussi sa clarté dans nos cœurs (voir 2 Co 4, 6) : mais il faut veiller à ne pas trop les exalter, et à ne pas, de ce fait, mépriser les signes externes plus manifestes. Le concile Vatican I, parlant des signes de la Révélation chrétienne, a solennellement interdit de penser que « les hommes doivent être poussés à la foi uniquement par leur expérience intérieure personnelle ou par une inspiration privée » (DS 3033).

27. [Testimonia signaque interna]. Sic fit, ut iis qui Dei moventis gratia fidem quærunt, aut iis qui a Deo fidei lumen iam acceperunt, largus aditus pateat ad congruam notitiam acquirendam eamque augendam externorum signorum et probationum quæ divinam revelationem invicte demonstrant. Quibus signis et argumentis accedunt plures formæ interni testimonii internæque vocationis ad credendum, iisque Deus ita mentem percellere potest, ut confirmare et corroborare etiam valeant ea quæ obscura interdum manent in notitia signorum externorum ; immo interdum, peculiarem gratiam Deo largiente, ipsa signa externa supplere possunt. Talia autem interna testimonia atque signa, quibus Deus, ut ait sanctus Paulus, in cordibus illucet (cf. 2 Co 4, 6), non sunt quidem prætermittenda : at cavendum etiam est ne plus æquo extollantur neve exinde despiciantur manifestiora signa externa. Synodus enim Vaticana Prima, de signis christianæ revelationis agens, sollemniter prohibuit ne quis censeret « sola interna cuiusque experientia aut inspiratione privata homines ad fidem moveri debere ».

 

Une note expliquait ce paragraphe :

Lisons saint Thomas d’Aquin :

« Celui qui croit a un motif suffisant pour l’induire à croire. Il y est induit en effet par l’autorité de l’enseignement divin que des miracles ont confirmé, et, qui plus est, par l’inspiration intérieure de Dieu qui invite à croire. Il ne croit donc pas à la légère. Cependant il n’a pas un motif suffisant pour l’induire à savoir, et c’est pourquoi la raison [= la nature] de mérite n’est pas supprimée » (II‑II, q. 2, a. 9, ad 3).

« L’incitation intérieure (interior instinctus), par laquelle le Christ pouvait se manifester sans miracles extérieurs, relève de la puissance de la Vérité première, qui illumine et enseigne l’homme intérieurement » (Quodlib. II, q. 4, a. 1, ad 3 [40]).

Dans les annotations des schémas préparatoires au concile de Vatican I, on lit ceci : « Il faut tenir aussi que la grâce interne de Dieu peut suppléer à ce qui manque dans la proposition de foi externe chez ces hommes (illettrés). Mais on ne peut pour autant leur refuser de leur proposer la foi par des motifs adaptés à leur capacité et avec la diligence nécessaire, pour tout ramener à l’expérience interne et l’incitation intérieure [41]. »

On voit, par ce paragraphe, que l’Église ne méprise pas les motifs de crédibilité internes, mais sait les mettre à leur place.

Dans la perspective moderniste, où la Révélation se fait par une rencontre personnelle avec Dieu qui se fait sentir au fond du cœur, toute la faveur est donnée aux signes internes.

 

Croire à Dieu, croire Dieu et croire en Dieu

 

Le paragraphe 28 confirme la doctrine de Vatican I sur la nature de la foi, sur son origine divine, sur le jugement dit de « crédentité », pour lequel la lumière de la grâce divine est exigée ; également sur la perfection de l’acte de la foi, en tant qu’il est un plein hommage de l’intelligence et de la volonté donné à Dieu, comme à un maître infaillible, embrassant Dieu principalement, et tendant vers Dieu comme vers la béatitude parfaite promise aux croyants.

28. Cependant, si la foi salutaire est préparée et protégée par des arguments qui prouvent l’origine divine de la Révélation, elle n’est pas acquise par eux ; elle est reçue plutôt par un consentement humble comme un don de la grâce de Dieu. En effet, par la foi nous n’embrassons la Révélation divine, après que celle-ci nous a été montrée comme devant être crue, que par le moyen d’un jugement procédant de la lumière divine : bien plus l’acte même de la foi est un plein hommage de l’intelligence et de la volonté, par lequel l’homme, poussé et tiré par la grâce de Dieu (voir Jn 6, 44), croit à Dieu, croit Dieu et croit en Dieu : c’est-à-dire qu’il s’appuie sur Dieu comme sur un maître infaillible, il affirme Dieu [tel qu’il est] dans toute la doctrine révélée, et il se meut librement par un saint désir vers Dieu notre salut [42] .

28. [Credere Deo, Deum et in Deum]. Quod si fides salutaris argumentis quæ divinam revelationis originem probant, præparatur atque protegitur, non tamen eisdem acquiritur ; quinimmo consensu humili suscipitur ut donum gratiæ Dei. Fide enim non amplectimur divinam revelationem, nisi postquam hæc ut credenda exhibita est ope iudicii ex divino lumine procedentis ; immo ipse fidei actus est plenum intellectus et voluntatis obsequium, quo homo, impulsus et tractus gratia Dei (cf. Io. 6, 44), credit Deo, Deum et in Deum : Deo nempe ut infallibili magistro innititur, Deum in tota doctrina revelata affirmat, in Deum salutem nostram sancto desiderio libere movetur.

 

 

Le progrès de la doctrine

 

En présentant ce chapitre 5 du schéma sur le progrès doctrinal, le cardinal Ottaviani expliqua qu’il s’agissait d’abord de confirmer ce qui a été dit au concile Vatican I sur la part de la raison dans l’élaboration de la vérité surnaturelle [43] et ce qui se trouve dans l’encyclique Humani generis sur la relation entre le magistère et la théologie.

Il s’agissait ensuite de préciser que le dépôt de la doctrine de la foi, ou le trésor de la vérité révélée, communiqué par le Christ lui-même aux Apôtres et complété par eux, puis transmis à l’Église soit par la parole soit par l’écrit, ne peut plus augmenter en lui-même.

En même temps, on affirme que le progrès doctrinal, soit dogmatique soit proprement théologique, doit être favorisé, soit en ce qui concerne les vérités à croire, soit en ce qui concerne les vérités à mettre en pratique. On admet donc uniquement un progrès dans l’intelligence des dogmes et dans la vie chrétienne, à conformer toujours davantage aux vérités de la foi. Ce progrès doctrinal est obtenu par les actes du magistère de l’Église, auquel collaborent soit avant, soit de façon concomitante, soit après, des catholiques qui cultivent la théologie soit positive, soit spéculative ou scolastique [44].

 

Il faut recevoir du Christ le trésor de la vérité

 

29. Le saint Concile de Vatican II professe fermement que le trésor de la vérité, qui doit nourrir la vie chrétienne jusqu’à la fin du monde, a été reçu du Christ Jésus, auteur et consommateur de la foi (voir He 12, 2), de telle manière qu’après qu’il fut complété par les Apôtres [45], il ne puisse plus être augmenté [46]. En effet les Apôtres, illuminés par le Paraclet qui leur enseignait toute chose et leur suggérait tout ce que le Maître avait dit (Jn 14, 26), prêchèrent partout ce que lui-même avait entendu d’auprès de son Père (Jn 15, 15, et ils transmirent à leurs successeurs cet enseignement comme un précieux dépôt (1 Tm 6, 20) que l’Église, aidée par le Saint-Esprit qui habite en elle, doit garder fidèlement [47].

29. [Thesaurus veritatis a Christo accipiendus est]. Sancta Vaticana Synodus secunda firmiter profitetur thesaurum veritatis, quo vita christiana usque ad finem mundi alenda est, a Christo Iesu, auctore et consummatore fidei (cf. Hebr. 12, 2), hac ratione fuisse acceptum ut, postquam cum Apostolis completus fuit, in seipso augeri amplius non possit. Apostoli enim, illustrati a Paraclito, qui eos docebat omnia, iisque suggerebat omnia, quæcumque dixerat Magister (cf. Io. 14, 26), prædicaverunt ubique quæ ille audiverat a Patre (cf. Io. 15, 15), eaque successoribus tradiderunt tamquam pretiosum depositum (cf. 1 Tim. 6, 20), ab Ecclesia, Spiritus Sancti in se inhabitantis auxilio freta, fideliter custodiendum.

 

Cette affirmation d’un dépôt qui ne peut plus augmenter, c’est-à-dire que la Révélation publique est close après la mort du dernier apôtre, est très importante. Malheureusement, au lieu de réaffirmer cette vérité, déjà enseignée par Vatican I et saint Pie X, le concile Vatican II va ouvrir la voie à une tradition vivante évolutive [48].

 

Comment il faut garder le trésor de la foi

 

30. Cependant ce trésor n’est pas gardé efficacement et avec fruit seulement par la conservation des livres et la répétition des paroles, mais aussi par un magistère vivant par lequel l’Église dirige vraiment la foi et les mœurs [49], comme le réclament la bonne intelligence des vérités révélées [50], la piété des chrétiens qui pousse à une recherche plus approfondie des richesses du Christ [51], la lutte contre les erreurs [52], enfin les nécessités des temps et les nouvelles questions à résoudre [53]. C’est pourquoi le saint Concile enseigne que la nature même du magistère sacré réclame l’investigation des sources de la Révélation, ainsi que la réflexion [perscrutatio] diligente, pieuse et sobre sur les mystères eux-mêmes.

30. [Custodiendi thesauri fidei ratio]. Hic autem thesaurus efficaciter fructuoseque non custoditur quidem mera librorum conservatione et verborum repetitione, sed viventi magisterio, quo Ecclesia fidem et mores reapse dirigat, prout sane postulent tum sincera revelatorum intellegentia, tum fidelium pietas ad altiorem divitiarum Christi investigationem impellens, tum errantium impugnationes, tum demum novæ temporum necessitates novæque quæstiones solvendæ. Quamobrem docet Sancta Synodus ipsam naturam sacri magisterii secum ferre et investigationem revelationis fontium, et sedulam ac piam sobriamque ipsorum fidei mysteriorum perscrutationem.

Cette recherche ne détourne en rien les esprits de la Révélation divine ; en effet, elle ne tend pas à changer les traditions divines au profit d’inventions humaines, ni à y substituer quoi que ce soit [54], mais cherche plutôt à scruter et exposer les richesses cachées dans la Révélation elle-même [55], par des voies qui préservent avec soin le lien avec le donné révélé [56].

Quæ inquisitio mentes a divina revelatione minime avellit ; nam nullatenus contendit divinitus tradita humanis inventis mutare aut quomodolibet subrogare, sed eo potius spectat ut divitias in ipsa revelatione latentes scrutetur atque declaret, iis sane viis quæ connexionem cum revelatis adamussim servent.

 

Ce n’est pas la Tradition qui est vivante, c’est le magistère. C’est-à-dire que la Tradition immuable nous est transmise par une hiérarchie vivante à qui est confiée la charge de la garder fidèlement et de la présenter infailliblement (DS 3020), de l’exposer et de l’expliquer, comme va le développer le paragraphe suivant.

 

Affirmation du progrès doctrinal

 

31. C’est pourquoi le saint Concile reconnaît et professe que dans l’Église du Christ s’accomplit un vrai progrès de la doctrine de la foi, tant dans sa compréhension que dans son exposition, au point que l’on puisse avoir de nouvelles définitions des vérités révélées [57] ; mais il déclare seul légitime le progrès qui est la conséquence d’un progrès dans la seule connaissance humaine de la Révélation, et non dans une augmentation du dépôt lui-même. Celui-ci, en effet, demeure inchangé, puisque toute vérité qui est nouvellement proposée par l’Église y est contenue au moins implicitement, et donc s’appuie sur l’autorité divine.

31. [Progressus doctrinalis affirmatio]. Quapropter Sancta Synodus agnoscit et profitetur in Ecclesia Christi verum in doctrina fidei intellegenda et proponenda progressum peragi, adeo ut etiam novæ definitiones veritatum revelatarum haberi valeant ; sed illum tantum legitimum declarat, qui in incremento humanæ dumtaxat cognitionis de revelatione consistit, non vero in ipsius depositi augmento. Illud enim in seipso immutatum permanet, cum quælibet veritas quæ ab Ecclesia noviter proponatur, saltem implicite ibidem contineatur, ideoque auctoritate divina fulciatur.

 

Il n’y a donc pas de nouvelles vérités dogmatiques enseignées par l’Église. Mais celle-ci peut expliquer les mêmes vérités de manière plus claire, en enseignant de manière explicite (claire) ce qui était contenu de manière implicite (obscure) dans sa doctrine. Par exemple, l’Église a enseigné de manière explicite le dogme de l’Immaculée Conception en 1854, qui était déjà implicitement contenu dans l’Écriture (la plénitude de grâce de Notre-Dame, sa victoire sur le Serpent) et la Tradition (la liturgie, les différents écrits des Pères, etc.).

 

 

Discussion

 

Ces deux chapitres furent acceptés sans difficultés par les membres présents de la commission centrale : 24 placet (dont Mgr Lefebvre), 32 placet juxta modum, aucun non placet [58]. Les remarques faites par les Pères concernaient surtout des points de détail, généralement des questions de style.

Le cardinal Ottaviani fut le premier étonné de cette unanimité. Il dit :

Les réponses que j’avais préparées pour d’éventuelles difficultés sont heureusement inutiles. Car je m’attendais à des difficultés puisque ce schéma concerne des enseignements modernes et actuels qui circulent. Aussi je craignais que certains aient des difficultés au sujet de certains points de ce schéma. Aussi je m’abstiens de dire ce que j’avais préparé et je dis volontiers que nous pouvons accepter presque toutes les observations qui ont été faites.

Il répond plus particulièrement à une observation faite par le cardinal Pizzardo [59]. Celui-ci avait dit :

Il est dit au § 18 que la Révélation n’est pas constituée uniquement d’une locution « humano sermone adhibito (utilisant le langage humain) [60] », elle comprend non seulement des paroles et des locutions, mais aussi des faits (des événements historiques salutaires) : il apparaît par la lecture de ce § 18 que la Révélation est aussi constituée de ces événements.

Malgré plusieurs références alléguées, on ne peut affirmer que la définition de la Révélation (« locutio Dei attestantis ») rende compte de toute la notion de Révélation telle qu’elle se trouve dans toute la Tradition de l’Église.

Dans le manuel de théologie d’un illustre membre de la Commission de théologie, on lit que la Révélation historique de Dieu est faite par les actions divines ou les locutions divines, ou les deux à la fois (M. Schmaus, Katholische Dogmatik I, ed. 5, 1953, p. 9).

Le cardinal Ottaviani lui répond :

Le cardinal Pizzardo traite d’une question très importante, car c’est le point fondamental de ce schéma. Vous avez remarqué qu’il y a un progrès dans la définition depuis le concile Vatican I. [Le cardinal concède qu’on pourrait omettre l’incise « humano sermone adhibito » – ce qui fut effectivement fait dans le schéma révisé – puis il continue :] Ce qui nous intéresse surtout c’est de savoir si l’on peut dire que la Révélation est une locution. En réalité cette locution se produit également par des faits, mais ces faits eux-mêmes, comme il est expliqué plus loin ont besoin le plus souvent d’une explication par des mots, par une doctrine par laquelle les faits sont interprétés et la vérité manifestée. Les faits, souvent, ne parlent pas d’eux-mêmes, mais conjointement avec une doctrine ou des paroles prononcées. D’ailleurs cette définition a été proposée en se référant à saint Paul : « Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé (locutus est) jadis à nos Pères par les prophètes, Dieu, tout récemment, nous a parlé (locutus est) par le Fils » [He 1, 1]. Dieu nous a parlé par le Fils non seulement par une doctrine, mais aussi par des faits ; le Christ lui-même a dit, à propos de tout ce qu’il fait : « ma doctrine n’est pas ma doctrine » (Jn 7, 16), embrassant dans sa charge de Maître enseignant divinement aussi des faits, mais la plupart du temps il les a expliqués aussi par des paroles.

La Commission de révision théologique [61] avait répondu au cardinal Pizzardo que la doctrine selon laquelle « la Révélation divine proprement dite est une locution de Dieu qui rend témoignage (locutio Dei attestantis) » est une doctrine traditionnelle de l’Église, suffisamment prouvée par la note 1 (voir l’annexe) et que cette doctrine est aussi scripturaire [62].

Le père Tromp ajoutait deux réflexions intéressantes :

Nous traitons de la Révélation, à laquelle correspond la foi [due] à cause de l’autorité de Dieu qui parle. Dieu peut aussi se manifester autrement, par exemple dans les créatures et dans la nature humaine. Mais à une telle manifestation correspond la science, non la foi ; pour cette raison, l’Église ne reconnaît pas la connaissance naturelle des réalités divines et morales comme une révélation proprement dite.

Toute locution de Dieu à l’extérieur (locutio Dei ad extra) est une manifestation de Dieu. Mais toute manifestation de Dieu à l’extérieur n’est pas une locution. Autre, en effet, est la manifestation d’une chose, autre la manifestation d’une pensée sur un sujet quelconque. A la première correspond la science, à la seconde cependant la foi. C’est pourquoi on ne croit à des faits que s’ils sont attestés ; ou encore s’ils sont équivalents à des locutions comme cela arrive parfois, par exemple le son d’une cloche ou encore dans certains cas un miracle, par exemple si un thaumaturge invoque Dieu pour que, en faisant un miracle, il atteste de la vérité (voir He 2, 4 : « Dieu a appuyé le témoignage par des signes et des prodiges »).

Il faut donc distinguer deux sortes de manifestations de Dieu :

— une manifestation par laquelle Dieu nous fait connaître certaines choses par le moyen de nos sens et de notre intelligence : par exemple nous pouvons, à partir des œuvres de la nature, prouver l’existence de Dieu et connaître certains de ses attributs (« les cieux racontent la gloire de Dieu » dit le psaume 18), ou encore à partir de la nature humaine, connaître l’existence et le contenu de la loi morale naturelle ;

— une manifestation par laquelle Dieu nous fait croire à des vérités par un enseignement (locutio, une locution) dont il se porte garant (Dei attestantis, de Dieu qui atteste). A cette deuxième manifestation seulement correspond la foi : « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper. »

Le schéma fut donc quelque peu modifié, mais on conserva la définition de la Révélation comme « locution de Dieu portant témoignage (locutio Dei attestantis) ».

 

 

Conclusion

 

Malheureusement, au lieu d’être condamnée, la « nouvelle théologie » – qui n’est que du modernisme réchauffé – a été encouragée par le Concile. Si bien que les autorités de l’Église promeuvent maintenant une foi moderniste. Et par là ils construisent une nouvelle Église, l’Église conciliaire, véritable chancre qui investit l’Église catholique.

Le modernisme est une maladie de la foi : la foi théologale est peu à peu remplacée par une foi sentimentale. Cette maladie est mortelle, mais elle ne provoque pas la mort immédiatement : on peut être déjà moderniste et conserver un certain temps la foi catholique. Ce qui explique qu’on puisse faire partie de l’Église conciliaire tout en continuant à faire partie de l’Église catholique.

La foi est au principe de la vie chrétienne : à nouvelle foi correspondent nouvelle liturgie, selon l’adage « Lex orandi, lex credendi », et nouvelle morale, car on vit comme on pense. La nouvelle foi néomoderniste conciliaire a donc produit une nouvelle liturgie, une nouvelle morale, un nouveau droit canon, etc.

C’est pourquoi nous assistons à l’apparition d’une nouvelle Église, l’Église conciliaire (nous désignons par là tous ceux qui se réclament du Concile) : nous sommes en présence de la plus grave crise qu’ait connue l’Église en ses vingt siècles d’existence.

 

U

 

Annexe 1

 

La Révélation est une locution de Dieu

Texte de la note du paragraphe 17

 

Que la Révélation soit une locution de Dieu à laquelle correspond la foi, cela se voit en premier lieu dans la sainte Écriture : Jn 3, 11 : « En vérité, en vérité, je te le dis, ce que nous savons, nous le disons, et ce que nous avons vu, nous l’attestons ; et vous ne recevez pas notre témoignage. » Jn 8, 25-28 : « Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur répondit : Je suis le principe, moi qui vous parle. J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous. Mais celui qui m’a envoyé est véridique, et ce que j’ai appris de lui, je le dis dans le monde. Ils ne comprirent pas qu’il disait que Dieu était son Père. Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m’a enseigné. » Jn 8, 38 : « Moi, je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez vu chez votre père. » Jn 12, 50 : « Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C’est pourquoi, les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites. » Jn 14, 10 : « Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père, qui demeure en moi, fait lui-même mes œuvres. » Jn 17, 13 : « Mais maintenant je viens à vous, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient ma joie complète en eux-mêmes. » 

Sur la foi qui vient par l’audition, voir : « La foi donc vient de ce qu’on a entendu, et l’on entend grâce à la parole du Christ » (Rm 10, 17) et « Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis à nos Pères par les prophètes, Dieu, tout récemment, nous a parlé par le Fils » (He 1, 1) cité dans le concile du Vatican [DS 3004]. Ajoutons que le dépôt de la foi, dans lequel est contenue toute la Révélation à croire, est appelé [dans ce concile] « la parole de Dieu [verbum Dei] écrite et transmise » [voir DS 3011].

En ce qui concerne le magistère, il ne sera pas inutile d’apporter des textes qui confirment directement ou indirectement la notion de Révélation comme « locution de Dieu rendant témoignage » (locutio Dei attestantis) ainsi qu’il est dit dans le schéma. Cette déclaration semble opportune pour protéger cette notion traditionnelle de la Révélation, fondée sur la sainte Écriture, contre les opinions incorrectes de certains théologiens catholiques qui suivent des auteurs protestants. Voici les textes du magistère :

« Nous croyons également en l’Esprit-Saint, […] qui a parlé dans la Loi, dans les prophètes et dans (les Apôtres et) les Évangiles » (Symbole de saint Épiphane, DS 44).

« Nous croyons […] au Saint-Esprit […] qui a parlé par les saints prophètes » (Symbole de Nicée-Constantinople, DS 86).

« Nous confessons conserver et prêcher la foi qui a été donnée au commencement par notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ aux saints Apôtres et qui a été prêchée par eux dans le monde entier ; que les saints Pères ont confessée et expliquée » (Concile de Constantinople II en 553, Dz 212).

« Cette sainte Trinité, […] a donné au genre humain la doctrine du salut d’abord par Moïse, par les saints prophètes et par ses autres serviteurs, selon une disposition des temps parfaitement ordonnée. Enfin, le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, […] a montré plus manifestement la voie de la vie. » (Concile de Latran IV en 1215, DS 800-801).

« La très sainte Église romaine, […] professe qu’un seul et même Dieu est l’auteur de l’ancien et du nouveau Testament, c’est-à-dire de la Loi et des prophètes, et des Évangiles, car c’est par l’inspiration du même Esprit-Saint qu’ont parlé les saints de l’un et l’autre Testament. » (Concile de Florence en 1442, DS 1334).

« […] la pureté même de l’Évangile, lequel, promis auparavant par les prophètes dans les saintes Écritures, a été promulgué d’abord par la bouche même de notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui ordonna ensuite qu’il soit prêché à toute créature par ses Apôtres comme source de toute vérité salutaire et de toute règle morale (Mc 16, 15). » (Concile de Trente en 1546, DS 1501).

« Les hommes sont disposés à la justice elle-même lorsque, poussés et aidés par la grâce divine, concevant en eux la foi qu’ils entendent prêcher (Rm 10, 17), ils vont librement vers Dieu, croyant qu’est vrai tout ce qui a été divinement révélé et promis » (Concile de Trente en 1547, DS 1526).

« Or comme notre très sainte religion n’est pas une invention de la raison humaine, mais une révélation faite très gracieusement par Dieu aux hommes, il est très facile à quiconque de comprendre qu’elle acquiert toute sa force de l’autorité de Dieu qui parle » (Pie IX, encyclique Qui Pluribus, 9 novembre 1878, DS 2777).

« […] La raison humaine doit s’enquérir diligemment sur le fait de la Révélation, pour savoir avec certitude que Dieu a parlé et pour lui rendre, comme l’enseigne très sagement l’Apôtre, “un hommage conforme à la raison” (Rm 12, 1). Qui donc ignore ou peut ignorer qu’il faut avoir une confiance totale en Dieu quand il parle […] ? » (Pie IX, encyclique Qui Pluribus, 9 novembre 1878, DS 2778).

« Toutefois, il a plu à sa sagesse et à sa bonté de se révéler lui-même au genre humain ainsi que les décrets éternels de sa volonté par une autre voie, surnaturelle celle-là : “Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis à nos Pères par les prophètes, Dieu, tout récemment, nous a parlé par le Fils” (He 1, 1) » (Concile Vatican I en 1870, DS 3004).

« Cette Révélation surnaturelle est contenue, selon la foi de l’Église universelle affirmée par le saint concile de Trente, “dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues par les Apôtres de la bouche du Christ lui-même, ou transmises comme de main en main par les Apôtres sous la dictée de l’Esprit-Saint, sont parvenues jusqu’à nous” » (Concile Vatican I en 1870, DS 3006).

« Ajoutons qu’on doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise par la Tradition, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel » (Concile Vatican I en 1870, DS 3011). Voir aussi 3012 : « Son Fils unique, a institué l’Église […] afin qu’elle puisse être reconnue par tous comme la gardienne et la maîtresse de la Parole révélée. »

« D’autre part, la doctrine de foi que Dieu a révélée […] comme un dépôt divin confié à l’Épouse du Christ » (Concile Vatican I en 1870, DS 3020). Voir aussi 3070 : « la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. »

« Bien que l’assentiment de la foi ne soit nullement un mouvement aveugle de l’esprit, personne cependant ne peut donner son adhésion à la prédication évangélique de la manière requise pour obtenir le salut “sans l’illumination et l’inspiration du Saint-Esprit qui donne à tous son onction lorsqu’ils adhèrent et croient à la vérité” (2e concile d’Orange : DS 377) » (Concile Vatican I en 1870, DS 3010).

« Il faut que l’Église s’adapte davantage à la civilisation d’un monde parvenu à l’âge d’homme et que, se relâchant de son ancienne rigueur, elle se montre favorable aux aspirations et aux théories des peuples modernes. Or, ce principe, beaucoup l’étendent non seulement à la discipline, mais encore aux doctrines qui constituent le dépôt de la foi. » (Léon XIII, Testem benevolentiæ, 22 janvier 1899, Dz 1967).

« Je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des Apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; […] je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi […] est un véritable assentiment de l’intelligence à la vérité reçue du dehors, de l’écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l’autorité de Dieu souverainement véridique, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur » (Serment antimoderniste, DS 3541-3542).

« Le Christ n’a pas enseigné un corps de doctrine déterminé applicable à tous les temps et à tous les hommes, mais il a plutôt commencé un mouvement religieux adapté ou à adapter à divers temps et à divers lieux (proposition condamnée) » (Décret du Saint-Office Lamentabili du 3 juillet 1907, DS 3459).

« Le Christ Seigneur a confié à l’Église le dépôt de la foi, afin qu’elle conserve religieusement la doctrine révélée et l’expose fidèlement avec l’assistance continuelle du Saint-Esprit. » (Code de droit canonique de 1917, c. 1322, § 1).

« Il en résulte qu’il ne peut y avoir de vraie religion en dehors de celle qui s’appuie sur la parole de Dieu révélée. […] L’un et l’autre de ces deux commandements […], celui d’enseigner et celui de croire pour obtenir la vie éternelle, ces deux commandements ne peuvent même pas se comprendre si l’Église n’expose pas intégralement et visiblement la doctrine évangélique et si, dans cet exposé, elle n’est à l’abri de tout danger d’erreur. […] Le magistère de l’Église […] a été établi ici-bas pour que les vérités révélées (revelatæ doctrinæ) subsistent perpétuellement intactes » (Pie XI, Mortalium animos, 6 janvier 1928).

« Révélation, au sens chrétien du mot, désigne la parole dite par Dieu [verbum Dei] aux hommes. » (Pie XI, Mit brennender Sorge, 14 mars 1937).

 

U

 

Annexe 2

 

Le miracle d’après le cardinal Pie

 

Ce sermon, prononcé par le cardinal Pie dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre 1858, résume parfaitement l’enseignement de l’Église sur la Révélation et sur la façon dont le miracle en est un signe privilégié. Il est à noter que ce sermon fut prononcé quelques mois après les événements de Lourdes, mais il est difficile de savoir si ces événements ont influencé le prédicateur. En tout cas, pendant que Mgr Pie condamnait et fustigeait avec éloquence la fausse science rationaliste, le Ciel agissait de même par des faits plus éloquents que tous les discours.

Le Sel de la terre.

 

 

On parle beaucoup aujourd’hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c’est oublier l’Écriture et l’histoire ; et, de plus, c’est déroger. Dieu n’a pas jugé qu’il lui convînt de raisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n’est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l’a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d’une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanæ sapientiæ verbis, mais par le déploiement d’une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l’homme, mais sur la force de Dieu (1 Co 2, 4 & 5). On ne le veut plus ainsi aujourd’hui ; on nous dit qu’en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n’abolira point cet ordre, on n’abolira ni l’Évangile ni l’histoire. N’en déplaise aux lettrés de notre siècle, n’en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l’appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l’oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l’Église, et pour jusqu’à la fin, la vertu des miracles. Qu’il y en ait eu de faux, qu’il y en ait eu de contestables, ce n’est pas douteux : l’Église, qui est ennemie de l’imposture, a été la première à les démasquer. Notre thaumaturge [saint Martin] excella lui-même à confondre les faux prophètes, les visionnaires menteurs (Sulp. Sev., De vita B. Martin, 33-34) ; on sait comment il renversa l’autel érigé à ce voleur dont le sépulcre était fréquenté par une multitude ignorante (ibid. 11). Mais enfin, la puissance des miracles n’en subsiste que plus certainement dans l’Église. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.

Le miracle, qui appartient à l’ordre des faits, est infiniment plus probant pour les multitudes que tous les autres genres d’arguments ; c’est par lui qu’une religion révélée s’impose et se popularise. Si vous laissez debout la notion du miracle, vous ouvrez la porte au surnaturel, qui entrera avec un cortège de preuves invincibles. Au contraire, si vous supprimez le miracle, vous ôtez au surnaturel son garant efficace, son témoin nécessaire. Vous transportez la question du domaine historique dans le domaine métaphysique. Là, le philosophisme aura beau jeu. La plupart des doctrines révélées se donnant elles-mêmes pour des mystères, et ne pouvant avoir l’évidence intrinsèque en leur faveur, il en résulte que, le thaumaturge disparu, les objections rationnelles et les fins de non-recevoir abondent à l’encontre du révélateur. Guerre donc et guerre à mort au miracle : tel est le mot d’ordre, telle est la consigne de la coalition rationaliste. Pas de raison à alléguer. C’est ici un principe premier dont on n’a pas le droit de demander la preuve : le miracle n’existe pas, le miracle n’est pas possible ; quiconque admet le miracle devient le transfuge de la raison, le maudit de la philosophie, l’excommunié de la critique ; il y a un abîme entre lui et la science positive. Que sais-je, Messieurs ? Il faudrait plusieurs pages pour reproduire tous les dédains, les sarcasmes, les anathèmes lancés aux partisans du miracle.

Mais tout ce bruit ne sert qu’à trahir l’embarras de ceux qui le font. Ce ton sentencieux et tranchant, ces déclamations, ces colères, ces injures déguisent mal l’absence de preuves et de raisons. Évidemment, l’école du libre examen et de la libre discussion se sent serrée de très près, quand elle invente de définir une sorte de dogme et d’en décréter l’inviolabilité. On conçoit que la politique recoure à ces sortes d’arrêts, et qu’elle interdise la controverse à propos du principe fondamental d’un gouvernement établi. Mais l’ostracisme philosophique n’est pas encore passé dans nos mœurs ni dans nos lois. Si le suffrage universel ne se discute pas, l’axiome de l’impossibilité du miracle se peut discuter toujours ; ou plutôt, il est toujours permis de représenter poliment à la pseudo-philosophie qu’elle n’a su répondre jusqu’ici ni aux témoignages, ni aux raisonnements qui établissent le fait et la donnée du miracle.

Au reste, Messieurs et chers Coopérateurs, l’acharnement que met la fausse science à combattre le miracle nous donne la mesure de l’impor­tance, que nous devons nous-mêmes lui attribuer. Le miracle, en effet, est le véritable pivot de la religion chrétienne. Ni dans la personne de ses prophètes, ni dans la personne de son Fils, Dieu n’a essayé de démontrer par des raisonnements quelconques la possibilité des vérités qu’il enseignait ou la convenance des préceptes qu’il intimait au monde. Il a parlé, il a commandé ; et, comme garantie de sa doctrine, comme justification de son autorité, il a opéré le miracle. Il ne nous est donc en aucune façon permis d’abandonner ou d’affaiblir, en le reléguant au second plan, un ordre de preuves qui occupe le premier rang dans l’économie et dans l’histoire de l’établissement du christianisme.

 

La religion s’est établie dans le monde par les miracles. Il le fallait pour notre foi. La matière de la foi, c’est la parole de Dieu. Dieu, sans doute, est infaillible ; il doit être cru par lui-même, puisqu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper ; il est à lui-même le propre témoignage de sa parole, et sa grâce suffit à la foi. Mais comment savoir que Dieu a parlé ? Quelle garantie avons-nous ? Quel est le sceau authentique de sa parole ? Quels moyens, enfin, Dieu a-t-il de se rendre croyable aux hommes ? Les arguments de la raison ont leur valeur ; à eux seuls ils ne sont pas suffisants. L’argument surnaturel est nécessaire à la base de tout acte de foi. Ainsi s’est fondée la religion sur la terre. Jamais la croix n’eût renversé l’idolâtrie, jamais le christianisme n’aurait pris possession de l’univers comme il l’a fait, s’il n’eût été accrédité par des signes de la toute-puissance divine. « Si vous ne croyez pas à ma parole, dit Jésus-Christ, croyez à mes œuvres » (Jn 10, 38). Ces œuvres, où éclate manifestement la divinité du Sauveur, rendent inexcusables ceux qui n’ont pas cru en lui.

Les Apôtres, après Jésus-Christ, ont conformé leur doctrine par des miracles, et même par de plus grands miracles que ceux de leur Maître, suivant la parole de l’Évangile : Qui credit in me, opera quæ ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet (Jn 14, 12) [celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes]. Ils ont ainsi transformé le monde païen. A leur tour, les hommes apostoliques ont fondé les chrétientés en faisant suivre leurs prédications de prodiges éclatants. C’est ainsi que dans nos contrées les Martial, les Hilaire, les Martin, les Radegonde, ont prêché la foi.

Sans doute la parole de Dieu est belle et élevée ; elle répond aux aspirations des nobles âmes, éprises d’amour de la vérité ; mais même dans celles-ci il y a des passions qui obscurcissent l’esprit, qui subjuguent la volonté. Il est sans exemple que la doctrine de Jésus-Christ, si contraire aux erreurs de l’esprit et aux passions du cœur, ait été acceptée quelque part sans miracle. En définitive, dit le Seigneur par le prophète Isaïe, « mon peuple connaîtra mon nom et en ce jour-là, parce que, moi qui parlais, je me montrerai et je dirai : Me voici – (Is 52, 6 : Propter hoc sciet populus meus nomen meum in die illa : quia ego ipso loquebar, ecce adsum).

A la vérité, Dieu n’est pas tenu de renouveler les témoignages extérieurs de sa puissance et de véracité. Ces signes, suivant la doctrine de saint Paul, appartiennent surtout aux premiers temps. Quand l’Évangile a été annoncé à un peuple, à une contrée ; quand la doctrine de Jésus-Christ a jeté les racines dans le sol et qu’elle y a fructifié avec le temps, il n’y a plus la même raison pour Dieu de recommencer les prodiges. Les premiers miracles opérés à l’origine pour la conversion du monde, miracles avérés et absolument certains, sont une garantie suffisante de la foi pour les siècles. Toutefois, le Seigneur tout-puissant s’est réservé d’opérer, dans le cours des siècles chrétiens, de nouveaux miracles ; et par là, sa miséricordieuse providence est venue au secours de nos incroyances et des infidélités trop promptes à revivre. In signum sunt non fidelibus, sed infidelibus (1 Co 14, 22) : « Ces signes sont à l’adresse, non des fidèles, mais des infidèles » : à la bonne heure ; mais hélas, par suite des ténèbres que répand l’impiété, combien n’y a-t-il pas d’infidèles aujourd’hui !


[1] — A cette époque, le pape était le préfet du Saint-Office et le secrétaire en était le responsable de fait.

[2] — Le premier schéma distribué à la Commission centrale préparatoire se trouve dans Acta et Documenta Concilio Œcumenico Vaticano II apparando, Series II (Præparatoria) [dans la suite : AP], Vol. II, Pars II, p. 279-423 et dans AP III, I, p. 54-89. Il a été discuté dans les 6e, 7e et 8e congrégations de la 3e session de la Commission centrale préparatoire, les 20, 22 et 23 janvier 1962. — Les discussions concernant la révision du schéma par la Sous-Commission de la Commission centrale préparatoire chargée des schémas à réviser se trouve dans AD II, IV, III-1, p. 343-453 — Le schéma révisé se trouve dans Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II [dans la suite : AS], Volumen I (Periodus prima), Pars IV (Congregationes generales XXXI-XXXVI), Typis polyglottis Vaticanis, 1971, p. 653 et sq. Le schéma a été envoyé aux Pères conciliaires le 23 juillet 1962 dans un volume intitulé : Sacrosanctum Oecumenicum Concilium Vaticanum Secundum. Schemata Constitutionum et Decretorum de quibus disceptabitur in Concilii sessionibus. Series prima, Typis Polyglottis Vaticanis, 1962, p. 25-69.

[3] — Nous avons déjà publié les trois premiers chapitres : dans le Sel de la terre 89 (été 2014) le chapitre 1 sur la connaissance de la vérité, et dans Le Sel de la terre 91 (hiver 2014-2015) le chapitre 2 sur Dieu et le chapitre 3 sur la création et l’évolution du monde.

[4] — Notons deux études parues sur ce schéma (dont les auteurs sont favorables à la nouvelle théologie) : Antonino Indelicato, « Lo schema “De deposito fidei pure custodiendo” e la preparazione del Vaticano II », dans Cristianesimo nella storia, vol. 11 (1990), p. 309-355 ; et Brendan Cahill, The Revewal or Revelation theology (1960-1962) : The Development and Responses to the Fourth Chapter of the Preparatory Schema De deposito fidei, Rome, Université grégorienne, 1999 (thèse de doctorat, 342 p.). – Une traduction italienne du schéma faite par le cardinal Schuster se trouve sur : https://cardinalschusteravarese.files.wordpress.com.

[5] — Nous avons traduit le plus littéralement possible l’expression utilisée dans le schéma : « locutio Dei attestantis ».

[6] — Georges Tyrrel, Through Scylla and Cbarybdis, London, 1907, p. 213. Georges Tyrrel 1861-1909, Irlandais né dans l’anglicanisme mais élevé dans le calvinisme, se convertit au catholicisme en 1879. Il entre chez les jésuites en 1880 et est ordonné prêtre en 1891. Peu après, il se fait un ardent propagateur du modernisme, subordonnant le caractère intellectuel de la Révélation aux émotions de la piété et opposant le rôle de l’Église aux influences de l’Esprit-Saint : il est expulsé de l’ordre des jésuites en 1906 et excommunié en 1907. Il meurt en 1909 sans s’être réconcilié avec l’Église.

[7] — Cette relation écrite par le cardinal Ottaviani a été lue par le cardinal Felici. Elle nous servira de guide pour présenter plusieurs paragraphes du schéma.

[8] — Le cardinal cite ici une note qui présentait le § 18 du schéma. Nous la retrouverons plus loin telle qu’elle a été publiée dans le schéma révisé.

[9] — Concile Vatican I, DS 3031 : « Si quelqu’un dit que la raison humaine est si indépendante que Dieu ne puisse exiger d’elle la foi, qu’il soit anathème. » [Sauf indication contraire, les notes du texte du schéma sont dans l’original.]

[10]   —             2e concile d’Orange, DS 377 ; concile Vatican I, DS 3010 : « Bien que l’assentiment de la foi ne soit nullement un mouvement aveugle de l’esprit, personne cependant ne peut donner son adhésion à la prédication évangélique de la manière requise pour obtenir le salut "sans l’illumination et l’inspiration du Saint-Esprit qui donne à tous son onction lorsqu’ils adhèrent et croient à la vérité" (2e concile d’Orange : DS 377) ».

[11]   —             Le cardinal Cicognani précisa, lorsque commença la discussion du premier schéma dans l’aula conciliaire, que les notes ajoutées à chaque paragraphe ne font pas partie du schéma mais qu’elles ont été élaborées par la Commission préparatoire pour aider la lecture du texte (AS 1, 1, p. 262). Nous en donnerons la teneur à la fin de chaque paragraphe.

[12]   —             Saint Augustin, De la vraie Religion, c. 25, n. 46 (PL 34, 142) : « Mais il a voulu que ce qu’il fait pour le genre humain nous fût transmis par l’histoire et les prophéties. »

[13] — Georges Tyrrel, Through Scylla and Cbarybdis, London, 1907, p. 287 : « Revelation is not a statement, but a “showing”; God speaks by deeds, not by words. »

[14]   —             « Revelation belongs rather to the category of impressions, than to that of expression. […] Faith is now an intellectual assent to this revealed theology as deriving directly from the divine intellect ; it is no longer the adhesion of the whole man, heart, mind and soul, to the divine spirit within – primarily a spirit of life and love, and only thereby a guide or beacon leading the mind gradually to a fuller instinctive apprehension of the religious truth implicit in the inspirations of grace. » Georges Tyrrel, Through Scylla and Cbarybdis, p. 280 et 213.

[15]   —             Pie XI, Mit brennender Sorge, 14 mars 1937, AAS 29 (1937), p. 150 : « In Jesus Christus, dem menschgewordenen Gottessohn, ist die Fülle der göttlichen Offenbarung erschienen ».

[16]   —             Concile Vatican I. DS 3008 : « Puisque l’homme dépend totalement de Dieu comme son Créateur et Seigneur, et que la raison créée est complètement soumise à la Vérité incréée, nous sommes tenus de présenter par la foi à Dieu qui se révèle, la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté. Cette foi, qui est commencement du salut de l’homme, l’Église catholique professe qu’elle est une vertu surnaturelle par laquelle, prévenus par Dieu et aidés par la grâce, nous croyons vraies les choses qu’il nous a révélées, non pas à cause de leur vérité intrinsèque perçue par la lumière naturelle de la raison, mais à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle, lequel ne peut ni se tromper ni nous tromper. » — DS 3011 : « Ajoutons qu’on doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise par la Tradition, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel. »

[17]   —             Le Sel de la terre nº 86 (automne 2013), p. 83-107. On peut aussi consulter dans le même numéro l’article du frère Pierre-Marie « Le chemin vers la vérité » (p. 72-82), notamment le paragraphe « La vérité est le fruit d’une expérience, d’une rencontre » (p. 76).

[18]   —             Henry Duméry, Philosophie de la religion : essai sur la signification du Christianisme, PUF, 1957, mis à l’index en juin 1958. L’abbé Henry Duméry a été professeur de philosophie au collège Stanislas (en 1949), chercheur au CNRS (1950-1959), professeur de philosophie et de sociologie à l’Université de Caen (en 1959) puis de Paris X. Il a écrit un livre sur Blondel et fut un ami de Paul Ricœur.

[19]   —             DS 3420 : « La Révélation n’a pu être autre chose que la conscience que l’homme a acquise de sa relation à Dieu. »

[20]  —             DS 3478 : « Ce sentiment qui apparaît dans la conscience, et Dieu qui, dans ce sentiment, quoique confusément encore, se manifeste à l’âme, n’est-ce point là une révélation, ou tout au moins un commencement de révélation ? »

[21]   —             Henry Duméry, Philosophie de la religion : essai sur la signification du Christianisme, t. 2, PUF, 1957, p. 189, n. 41.

[22]  —             Henry Duméry, Philosophie de la religion, p. 254, n. 4.

[23]  —             Encyclopédie française, t. XIX, art. « Foi, dogmes et sacrements », 19, 38, 10.

[24]  —             Voir frère Emmanuel-Marie : « Les fausses lumières d’une foi dénaturée – Réflexions sur l’encyclique Lumen fidei », Le Sel de la terre nº 86 (automne 2013), p. 83-107.

[25]  —             Labourdette, Cours de théologie morale (traité de la foi, commentaire de II-II, q. 1), pro manuscripto.

[26]  —             François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, § 254.

[27]  —             Pie XII, Humani generis, 12 août 1950 : AAS 42 (1950) p. 565-567.

[28]  —             Allocution Gaudet Mater Ecclesia, du 11 octobre 1962 in Jean XXIII / Paul VI, Discours au Concile, Paris, le Centurion, 1966, p. 64.

[29]  —             Copernic en effet imagina de faire du soleil, et non plus de la terre, le centre de rotation des planètes ; Kant imagina de faire du sujet, et non plus de l’objet réel extérieur, le point de départ de sa philosophie. Voir l’éditorial du Sel de la terre 2 (automne 1992), notamment p. 3.

[30]  —             François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, § 129.

[31]   —             François, interview publiée par la revue Études, 19 septembre 2013, p. 21.

[32]  —             François, interview au journal argentin La Nacion, 5 octobre 2014 .

[33]  —             Voir DS 3009, cité à la fin du paragraphe précédent.

[34]  —             Le mot « œuvres » désigne les miracles : voir Jn 9, 4-7 ; 10, 12 ; 15, 24 ; etc.

[35]  —             Cardinal Joseph Ratzinger, « La structure anthropologique des révélations privées », publié dans les « Documents sur le message de Fatima », 26 juin 2000, disponible sur http://www.vatican.va/. Sur cette question, voir l’éditorial du Sel de la terre 43 (hiver 2002-2003).

[36]  —             Lc 24, 25-27 : « Alors il leur dit : O insensés, dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. »

[37]  —             DS 3009 et 3034 cités après le § 23.

[38]  —             Ces tracts sont disponibles à nos bureaux (0,4 € pièce + port ; réduction par quantité).

[39]  —             Voir à ce sujet l’article « Ecclésiologie comparée » paru dans Le Sel de la terre 1 (été 1992), p. 25-38.

[40]  —             Voir aussi ad 2 : « Le Christ pouvait montrer qu’il était législateur, non seulement en faisant des miracles visibles, mais aussi par l’autorité de l’Écriture et par l’incitation intérieure. »

[41]   —             Coll. Lac., t. VIII, col. 1623 ; Mansi 50, col. 333-334.

[42]  —             Concile de Trente, DS 1526 : « Les hommes sont disposés à la justice elle-même lorsque, poussés et aidés par la grâce divine, concevant en eux la foi qu’ils entendent prêcher (Rm 10, 17), ils vont librement vers Dieu, croyant qu’est vrai tout ce qui a été divinement révélé et promis et, avant tout, que Dieu justifie l’impie “par sa grâce, au moyen de la Rédemption qui est dans le Christ Jésus” (Rm 3, 24) ; lorsque, aussi, comprenant qu’ils sont pécheurs et passant de la crainte de la justice divine, qui les frappe fort utilement, à la considération de la miséricorde de Dieu, ils s’élèvent à l’espérance, confiants que Dieu, à cause du Christ, leur sera favorable, commencent à l’aimer comme source de toute justice, et, pour cette raison, se dressent contre les péchés, animés par une sorte de haine et de détestation, c’est-à-dire par cette pénitence que l’on doit faire avant le baptême (Ac 2, 38) ; lorsque, enfin, ils se proposent de recevoir le baptême, de commencer une vie nouvelle et d’observer les commandements divins. »

[43]  —             DS 3016 : « Lorsque la raison, éclairée par la foi, cherche avec soin, piété et modération, elle arrive par le don de Dieu à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l’analogie avec les choses qu’elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l’homme ; jamais toutefois elle n’est rendue capable de les pénétrer de la même manière que les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins, par leur nature même, dépassent tellement l’intelligence créée que, même transmis par la Révélation et reçus par la foi, ils demeurent encore recouverts du voile de la foi, et comme enveloppés dans une certaine obscurité, aussi longtemps que, dans cette vie mortelle, “nous cheminons loin du Seigneur, car c’est dans la foi que nous marchons et non dans la vision” 2 Co 5, 6 s. »

[44]  —             Dans le schéma présenté à la commission centrale, il y avait un paragraphe 32 sur la valeur des révélations privées. Ce paragraphe est devenu un chapitre dans le schéma révisé : nous le présenterons donc dans le prochain article sur ce schéma. (NDLR.)

[45]  —             Concile de Trente, décret sur le canon des saintes Écritures, DS 1501 ; décret du Saint-Office Lamentabili, 3 juillet 1907, DS 3421.

[46]  —             Pie IX, bref Eximiam tuam à l’archevêque de Cologne, 15 juin 1857 (contre Günther), DS 2829 ; Pie IX, Syllabus, 5e proposition, DS 2905 ; concile Vatican I, constitution De fide catholica, chap. 4, DS 3020.

[47]  —             Concile Vatican I, constitution De fide catholica, chap. 4, DS 3020 ; Pie XII, Humani generis, 12 août 1950, Dz 2307 (absent de DS) et DS 3884-3886.

[48]  —             Pour Vatican I, voir la constitution Pastor æternus, chap. 4, DS 3070 : « Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » Voir aussi DS 3020. — Pour saint Pie X, voir Lamentabili, décret du Saint-Office du 3 juillet 1907, DS 3421 : « La Révélation, qui est l’objet de la foi catholique, n’a pas été achevée par les Apôtres. » (Proposition condamnée). — Pour Vatican II, voir Dei Verbum § 8 : « Cette Tradition qui vient des Apôtres se poursuit dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit : en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (voir Lc 2, 19 et 51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité. Ainsi l’Église, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu. » — Dei Verbum § 11 : « Il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l’Église et à l’analogie de la foi. » — Pour Jean-Paul II, voir la lettre apostolique Ecclesia Dei Afflicta du 2 juillet 1988 : « A la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné clairement le concile Vatican II [et il cite Dei Verbum § 8]. »

[49]  —             Léon X, Exsurge Domine, 15 juin 1520, DS 1477 ; Pie XII, Humani generis, DS 3884-3885.

[50]  —             Concile Vatican I, constitution De fide catholica, chap. 4, DS 3016 ; Pie XII, Humani generis, DS 3886.

[51]   —             Pie XII, Mystici Corporis, A.A.S. 35 (1943), p. 196.

[52]  —             Saint Simplicius, lettre Quantum presbyterorum (476), Dz 159 (absent de DS) : « […] Je vous exhorte, frère très cher [il s’agit d’Acace, patriarche de Constantinople], à résister de toutes les manières aux entreprises des pervers en vue de faire un synode ; on ne rassemble un synode que si quelque chose de nouveau apparaît dans des esprits pervers, ou quelque chose d’ambigu dans l’affirmation des dogmes, en sorte que, examinant l’affaire en commun, l’autorité de la délibération sacerdotale éclaircisse ce qui peut être obscur […] ». — Saint Gélase I, lettre Licet inter varias, 28 juillet 493, Dz 161 (absent de DS) — Pie IX, lettre Gravissimas inter à l’évêque de Munich‑Freising. (contre Frohschammer), DS 2860 — Pie XII, Humani generis, DS 3879 ; Mystici Corporis, 29 juin 1943, A.A.S. 35 (1943), p. 197‑198.

[53]  —             C’est surtout dans le domaine moral que, avec l’évolution de la culture, surgissent de nouveaux problèmes ; cependant, même dans un ordre plus spéculatif, un progrès se réalise à l’occasion de nécessités religieuses récemment apparues. Voir Mystici Corporis, ibid., p. 196‑197.

[54]  —             Pie IX, bref Eximiam tuam, DS 2829 ; Syllabus, 5e proposition, DS 2905 ; concile Vatican I, constitution De fide catholica, chap. 4, DS 3020 ; concile Vatican I, constitution Pastor Æternus, chap. 4, DS 3070 : « Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. »

[55]  —             Saint Simplicius, lettre Quantum presbyterorum (476), Dz 159 (absent de DS) ; saint Gélase I, lettre Licet inter varias, Dz 161 (absent de DS).

[56]  —             Concile Vatican I, constitution De fide catholica, chap. 4, DS 3020 ; voir aussi le canon 3, DS 3043 ; décret du Saint-Office Lamentabili, 3 juillet 1907, DS 3459-3465 ; saint Pie X, encyclique Pascendi, 8 septembre 1907, Dz 2080 (absent de DS).

[57]  —             Pie IX, Bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854, DS 2803 ; concile Vatican I, constitution De Ecclesia Christi, chap. 3, DS 3064 ; chap. 4, DS 3072-3074 ; Pie XII, Constitution Apostolique Munificentissimus Deus, 1 novembre 1950, Dz 2332 (absent de DS).

[58]  —             Trois membres absents envoyèrent leur vote par la suite, et, parmi eux, il y eut un non placet, celui du cardinal d’Alton. Il expliqua que « la doctrine contenue dans le chapitre lui plaît en général », mais que le style est à revoir : « diffus, ambigu, et mêlant des choses importantes avec des choses peu importantes : «  Le chapitre est à refaire dans un style plus bref et surtout plus précis et mieux ordonné. » (AP II-II, p. 432.)

[59]  —             Giuseppe Pizzardo (1877–1970) est un cardinal italien qui exerça les fonctions de préfet de la congrégation pour l’Éducation catholique de 1939 à 1968 et de secrétaire du Saint-Office de 1951 à 1959. Il fut élevé au cardinalat en 1937.

[60]  —             Ce membre de phrase apparaissait dans la première version du schéma présenté à la Commission centrale au § 17. Il fut supprimé dans le schéma révisé.

[61]   —             Petit comité de la CT dirigé par le père Tromp S.J., chargé de réviser le schéma suite aux observations de la Commission centrale préparatoire.

[62]  —             Outre les nombreuses citations de la note 1, le père Tromp ajoutait Jn 20, 30-31 (« Jésus fit encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont point écrits dans ce livre. Ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, le croyant, vous ayez la vie en son nom. ») et il précisait que dans le livre des Actes on parle souvent de la parole de Dieu (verbum Dei), ou de la parole du Seigneur (verbum Domini).

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 92

p. 34-70

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