Le retour de la Rome conciliaire
Les deux opinions
APRÈS QUARANTE ANS [1] de tranquille unanimité parmi les défenseurs de la Tradition sur l’existence d’une Église conciliaire, une nouvelle opinion s’est fait jour depuis 2013 [2]. Conférences, articles, sessions, se sont multipliés en sa faveur, tandis l’ancienne opinion était dépréciée, voire interdite.
Voici brièvement les deux positions :
1. — Jusqu’ici, on tenait couramment qu’il existe une Église conciliaire organisée, qu’on peut définir ainsi : « L’Église conciliaire est la société des baptisés qui suivent les directives des papes et des évêques actuels, en épousant plus ou moins consciemment l’intention de réaliser l’unité du genre humain, et qui en pratique acceptent les décisions du Concile, pratiquent la liturgie nouvelle et se soumettent au nouveau Droit canon [3]. » Remarquons qu’on peut être « conciliaire » et rester catholique, même si on met sa foi en danger. C’est ainsi que le pape peut rester le chef de l’Église catholique, même s’il fait partie de l’Église conciliaire [4].
2. — Selon la nouvelle opinion, il n’existe, aujourd’hui comme hier, qu’une seule Église, l’Église catholique. La dénomination d’Église conciliaire, parfois employée dans le passé – notamment par Mgr Lefebvre –, est une métaphore pour désigner « un esprit nouveau, qui s’est introduit à l’intérieur de l’Église au moment du Concile », « une orientation ou un esprit étrangers à l’Église, mettant obstacle à son bien ». On pouvait employer cette expression « dans le contexte d’une subversion encore toute récente et évidente aux yeux du grand nombre », mais aujourd’hui il faut l’éviter car elle favorise une mentalité sédévacantiste : en effet, dire que le pape préside à une autre Église que l’Église catholique conduit à penser qu’il n’est plus le chef de l’Église catholique [5].
Nous allons voir que la nouvelle opinion s’appuie sur un sophisme (un faux raisonnement) qui conduit logiquement à une grave conséquence.
Puis nous constaterons que le concept d’Église conciliaire est à ce point nécessaire qu’on ne peut s’en passer dans la pratique, si l’on conserve les positions de Mgr Lefebvre.
Enfin nous verrons que l’ancienne position a été – au moins jusqu’à peu – celle de tous les évêques restés fidèles à la Tradition.
Le sophisme de la nouvelle position
L’argument des novateurs peut se résumer ainsi :
S’il existait une Église conciliaire considérée comme une société, celle-ci serait une nouvelle Église distincte de l’Église catholique, dont les membres (notamment le pape) auraient nécessairement rompu avec l ’Église catholique.
Or le pape (à moins d’admettre l’hypothèse du sédévacantisme, qui est fausse) est pape, il garde son inclination foncière au bien de l’Église, même s’il y a des obstacles à l’exercice de cette inclination.
Donc le pape n’est pas le chef d’une autre Église et l’Église conciliaire n’existe pas comme une société.
Ce raisonnement est faux dans sa majeure (la première proposition) : ce n’est pas parce qu’on appartient à une société autre que l’Église catholique qu’on a rompu nécessairement avec l’Église catholique.
On peut être catholique et appartenir à bien d’autres sociétés : une nation, une Académie, une association, voire la franc-maçonnerie [6].
Prenons précisément ce dernier exemple. Un franc-maçon pourrait être à la fois membre de l’Église catholique (s’il n’a pas formellement apostasié) et membre de la Contre-Église. Il n’y a pas d’incompatibilité. A fortiori il n’y a pas incompatibilité à être membre de l’Église catholique et de l’Église conciliaire, qu’il faut quand même distinguer de la Contre-Église [7].
Résumons : L’appartenance à l’Église conciliaire n’est pas un acte d’apostasie, comme le serait l’appartenance à l’Église luthérienne. On ne peut être catholique et luthérien, certes, mais on peut être catholique et conciliaire, hélas !
Conséquence de ce sophisme
Puisque, selon la nouvelle opinion, l’Église conciliaire n’existe pas comme une société, cette expression devient une métaphore pour désigner « une orientation ou un esprit étrangers à l’Église, mettant obstacle à son bien », « un esprit nouveau qui s’est introduit dans l’Église, en opposition avec le bien et la fin que recherche l’Église », « un esprit nouveau, qui s’est introduit à l’intérieur de l’Église au moment du concile Vatican II et qui fait obstacle à la fin de l’Église, c’est-à-dire à la Tradition de sa foi et de ses mœurs ».
Or cela est bien insuffisant pour décrire la réalité de la crise dans l’Église depuis le Concile. Ce qui fait la nouveauté et la gravité de la crise actuelle, ce n’est pas uniquement la diffusion du libéralisme et du modernisme, qui existaient déjà depuis longtemps ; c’est que ce libéralisme et ce modernisme ont pris corps dans une société, dans une secte, dans un clan qui occupe l’Église.
Au temps de saint Pie X les modernistes formaient une association secrète [8] ; depuis, ils sont sortis de l’ombre et enseignent leur doctrine en plein jour.
Si l’on définit la société comme « un ordre de relations unissant ses membres du fait qu’ils exercent sous la même autorité la même opération commune en vue de la même fin [9] », cette définition s’applique à l’Église conciliaire comme à l’Église catholique.
L’Église conciliaire est bien une société avec son autorité (le pape – au moins apparemment – et les évêques en communion « parfaite » avec lui), son opération commune (appliquer le Concile) et sa fin (les buts humanitaires – voire humanitaristes – poursuivis par l’Église conciliaire).
Mais ce n’est pas parce qu’on appartient à cette secte conciliaire que l’on a « manifestement brisé la relation qui rattache aux autres membres et à son chef, dans l’inclination de principe au vrai bien commun ».
L’Église conciliaire est bien une secte, une société, un clan. Voilà pourquoi, précisément, il convient d’être prudent dans nos rapports avec la hiérarchie de l’Église conciliaire. Voilà pourquoi, notamment, il ne faut pas nous mettre sous la juridiction directe de cette Église conciliaire. Car en se mettant sous sa juridiction, on entre, bon gré mal gré, dans cette Église : c’est le cas de tous les ralliés depuis le Concile.
Rome et le Vatican
En analysant les difficultés qu’ont rencontrées les dominicaines de Fanjeaux lors de leur pèlerinage à Rome au mois de février de cette année, l’abbé Simoulin se voit contraint de reconnaître : « Il y a Rome… et puis il y a le Vatican et ses fonctionnaires, les gardiens de la loi et du Temple ! Ce n’est pas toujours la même chose, hélas ! » « Il nous faut, hélas, distinguer entre Rome et le Vatican, entre ce qui vient de Rome et ce qui vient du Vatican ! »
C’est à Rome que les religieuses ont conduit leurs élèves, mais elles se sont heurtées au Vatican. Elles ont demandé l’autorisation d’avoir la messe dans une église, mais cela leur fut refusé sur intervention du secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei (Mgr Pozzo).
Elles avaient pourtant écrit au pape, à l’évêque de Rome : « Comment dire à nos élèves que les églises de Rome leur sont fermées et que nous ne savons pas où elles auront la messe ? […] Vous êtes le seul, Très Saint-Père, à pouvoir résoudre cette difficult é de la célébration des messes et à permettre ainsi à nos élèves et aux membres de notre congrégation le bon déroulement de ce pèlerinage. Pour tous il sera alors une occasion providentielle de grandir dans l’amour de l’Église et le désir de la servir. Sûres de votre compréhension, Très Saint-Père, nous vous demandons humblement votre bénédiction. »
Mais, note l’abbé Simoulin : « Le pape, qui semble ne s’intéresser qu’à la “périphérie”, ne donne ni réponse, ni compréhension, ni bénédiction ! »
Bref, le pape semble plutôt s’être comporté dans cette affaire comme le chef du Vatican que comme l’évêque de Rome.
Ne retrouve-t-on pas, dans cette analyse, la distinction des deux Églises : Rome (l’Église catholique) et le Vatican (l’Église conciliaire) ? Et, jusqu’à preuve du contraire, le Vatican, avec le pape à sa tête, c’est aussi la hiérarchie de l’Église catholique. Ne retrouve-t-on pas l’idée qu’il y a une hiérarchie pour deux Églises ?
Entrer dans l’Église
Dans un article paru dans le Courrier de Rome d’avril 2015 (n° 386), l’abbé Jean-Michel Gleize s’interroge sur la signification de la phrase énoncée par Mgr Pozzo le 20 mars de cette année : « Le pape attend que la Fraternité Saint-Pie-X décide d’entrer dans l’Église [10]. » Il se pose notamment cette question :
Dans l’esprit des autorités romaines actuelles, que signifie « entrer dans l’Église » ? Et qu’est-ce que l’Église ? Remarquons-le d’ailleurs au passage : Mgr Pozzo ne dit pas que la Fraternité doit se décider à « entrer à nouveau », à « rentrer » ou à « revenir » dans l’Église ; il dit précisément : « entrer », ce qui suppose, en bonne logique, que la Fraternité n’a jamais fait partie de l’Église. Une pareille conclusion est évidemment contraire aux faits historiques les plus avérés, puisque la Fraternité a obtenu de Son Excellence Mgr Charrière une reconnaissance canonique en bonne et due forme, précisément le 1er novembre 1970, date de sa naissance au sein de la sainte Église. Cependant, il y a là une piste, qui doit nous mettre sur la voie de ce que l’on est bien obligé d’appeler une « nouvelle » ecclésiologie. Ecclésiologie nouvelle, peut-être, mais certainement rien moins que catholique. La nouvelle définition de l’Église apparaît surtout dans les textes où, à Vatican II et depuis, les papes justifient la pratique de l’œcuménisme. Car cette pratique présuppose une conception nouvelle de l’Église.
L’abbé Gleize développe alors une longue argumentation pour expliquer que la « nouvelle » ecclésiologie de Vatican II est inadmissible et que la proposition de Mgr Pozzo « s’inscrit dans une ecclésiologie étrangère au dogme catholique ».
Mais, de fait, il ne répond pas à la question qu’il avait lui-même posée : « Dans l’esprit des autorités romaines actuelles, que signifie “entrer dans l’Église” ? »
Il y a pourtant une réponse simple : puisque – au dire de l’abbé Gleize lui-même – il y a depuis Vatican II une nouvelle ecclésiologie, une nouvelle définition de l’Église, c’est qu’il y a une nouvelle Église, qu’on appelle justement : Église conciliaire. Ce que Mgr Pozzo demande à la Fraternité Saint-Pie X, c’est tout simplement d’entrer dans l’Église conciliaire.
Encore une fois, le concept d’Église conciliaire répond à la réalité et résout les problèmes posés.
Mgr Antonio de Castro Mayer et la nouvelle Église
C’est en 1976 qu’est apparue pour la première fois l’expression « Église conciliaire ». Mais la réalité avait déjà été perçue bien avant par Mgr Antonio de Castro Mayer. Le texte que nous reproduisons est un extrait de la lettre pastorale « Aggiornamento e Tradição », en date du 11 avril 1971 [11]. Les titres des paragraphes sont dans l’original.
Caractéristique de la nouvelle Église : la religion de l’homme
Soit par la difficulté de l’entreprise, soit par une concession à l’esprit du temps, le fait est que, dans l’exécution du plan décrit par le concile Vatican II, dans les grands milieux catholiques, l’effort dans l’adaptation est allé au-delà de la simple expression plus ajustée à la mentalité d’aujourd’hui. Il a touché la substance de la Révélation elle-même. On ne se préoccupe pas d’une exposition de la vérité révélée en des termes que les hommes puissent plus aisément comprendre ; on vise plutôt, par un langage ambigu et fleuri, à proposer une nouvelle Église, au goût de l’homme, formé selon les maximes du monde moderne. Avec cela on propage, plus ou moins partout, l’idée que l’Église doit se soumettre à un changement radical, dans sa morale, dans sa liturgie, et même dans sa doctrine. Dans les écrits, ainsi que dans la conduite, qui sont apparus dans les milieux catholiques après le Concile, on diffuse la thèse que l’Église traditionnelle, telle qu’elle avait existé jusqu’à Vatican II, n’est pas à la hauteur des temps modernes. De sorte qu’elle doit se transformer complètement.
Et une observation radicale, sur ce qui se passe dans les milieux catholiques, conduit à la conviction que, vraiment, depuis le Concile, il existe une nouvelle Église, essentiellement distincte de celle connue, avant le Concile, comme l’unique Église du Christ. En effet, on exalte, comme un principe absolu et intangible, la dignité humaine, aux droits de laquelle doivent se soumettre la Vérité et le Bien. Semblable conception inaugure la religion de l’homme. Elle fait oublier l’austérité chrétienne et la béatitude du Ciel.
Dans les mœurs, le même principe fait oublier l’ascèse chrétienne, et est plein d’indulgence pour le plaisir même sensuel, puisque c’est sur la terre que l’homme doit chercher son accomplissement.
Dans la vie conjugale et familiale, la religion de l’homme exalte l’amour et met le plaisir au-dessus du devoir, justifiant, par la même, les méthodes contraceptives, diminuant l’opposition au divorce, et favorisant l’homosexualité et la coéducation, sans craindre la suite de désordres moraux, qui lui sont inhérents, comme des conséquences du péché originel.
Dans la vie publique, la religion de l’homme ne comprend pas la hiérarchie, et défend l’égalitarisme propre à l’idéologie marxiste et contraire à l’enseignement naturel et révélé, lequel assure l’existence d’un ordre social exigé par la nature elle-même.
Dans le domaine religieux, le même principe préconise un œcuménisme qui, au bénéfice de l’homme, réconcilie toutes les religions et désire une Église comme une société d’assistance sociale, et rend inintelligible le sacré, qui ne se peut comprendre que dans une société hiérarchique.
D’où la préoccupation excessive de la promotion du clergé, dont le célibat est considéré comme absurde, ainsi que le contenu d’une vie sacerdotale singulière, intimement lié à son caractère de personne consacrée, entièrement, au service de l’autel. En liturgie, on rabaisse le prêtre à un simple représentant du peuple, et les changements sont tels et si nombreux qu’elle cesse de représenter, convenablement, aux yeux des fidèles, l’image de l’Épouse de l’Agneau, une, sainte, immaculée.
C’est évident que le relâchement moral et la dissolution liturgique ne peuvent pas coexister avec l’immutabilité du dogme. En réalité, ces changements indiquent déjà des changements dans les concepts des vérités révélées. Une lecture des nouveaux théologiens, pris comme porte-parole du Concile, montre comment, en fait, dans certains milieux catholiques, les mots avec lesquels s’énoncent les mystères de la foi impliquent des concepts complètement différents de ceux de la théologie traditionnelle. […]
Subversion doctrinale
[…] La nouvelle terminologie introduit une nouvelle religion. Nous ne sommes plus dans le christianisme authentique. Les nouveautés ne sont pas seulement dans un changement de mots. Cela va plus loin. En réalité, on provoque une subversion totale dans l’Église. Comme la philosophie moderne surestime l’homme, qu’elle fait juge de toutes choses, la nouvelle Église établit, comme nous le disions, la religion de l’homme. […]
A la liste, déjà longue, de ceux qui affirment que l’Église conciliaire existe bel et bien, il faut donc ajouter le nom de l’illustre évêque de Campos, l’ami de Mgr Lefebvre et le seul évêque qui ait lutté avec lui contre l’Église conciliaire : « Depuis le Concile, il existe une nouvelle Église, essentiellement distincte de celle connue, avant le Concile. »
On peut noter que, Mgr de Castro Mayer étant évêque diocésain à cette époque, cette lettre constitue un document du magistère authentique de l’Église catholique.
Autres évêques qui partagent cette opinion
Un lecteur nous a envoyé un texte largement diffusé par la Fraternité Saint-Pie X [12], signé par les quatre évêques de cette Fraternité, s’appuyant sur l’autorité de Mgr Lefebvre, qui décrit dans des termes non équivoques cette nouvelle Église.
Le document est intitulé « Écône 27 juin 1991 : Déclaration des quatre évêques catholiques sacrés par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988 au sujet d’un sacre épiscopal à Campos (Brésil) — et documents annexes ». Il fut distribué dans les chapelles desservies par la Fraternité Saint-Pie X. A la question posée « Le sacre projeté, en dehors des lois canoniques, est-il légitime ? », on peut lire cette réponse :
Il est non seulement légitime, mais nécessaire.
1. « Parce que les prêtres et les fidèles ont un droit strict à avoir des pasteurs qui professent dans son intégrité la foi catholique, essentielle pour le salut de leurs âmes, et des prêtres qui sont de vrais prêtres catholiques »
2. « Parce que l’“Église conciliaire”, désormais répandue universellement, diffuse des erreurs contraires à la foi catholique et, en raison de ces erreurs, a corrompu les sources de la grâce que sont le saint Sacrifice de la Messe et les sacrements. Cette fausse Église est en rupture toujours plus profonde avec l’Église catholique » (Mgr Lefebvre, 4 décembre 1990).
(Par « Église conciliaire », expression de feu le cardinal Benelli, nous entendons le système néomoderniste qui a investi l’Église depuis Vatican II et en dirige tous les rouages.)
Donc ce n’est pas à l’« Église conciliaire » que l’on peut raisonnablement demander un évêque catholique, ni de consacrer un évêque catholique, un pasteur tel qu’y a droit le troupeau fidèle de Campos.
Dans ce texte, les quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X admettent qu’il existe une « fausse Église » dénommée l’« Église conciliaire », qui se trouve « en rupture toujours plus profonde avec l’Église catholique », et ils s’appuient pour l’affirmer sur une lettre de Mgr Lefebvre adressée à Mgr de Castro Mayer et datée du 4 décembre 1990. Ils donnent même une définition de cette Église conciliaire : « Le système néomoderniste qui a investi l’Église depuis Vatican II et en dirige tous les rouages. » Enfin, ils affirment que « ce n’est pas à l’“Église conciliaire” que l’on peut raisonnablement demander un évêque catholique, ni de consacrer un évêque catholique ».
Gardons la tradition de la Tradition
Gardons donc l’ancienne position, la « tradition de la Tradition », car elle répond à la réalité, elle résout les problèmes posés et elle a été tenue par les principales personnalités qui ont défendu la Tradition, notamment par tous ses évêques. De plus, la nouvelle position s’appuie sur un sophisme.
Ajoutons que le concept d’Église conciliaire permet d’identifier clairement le problème auquel nous nous heurtons depuis le Concile. Il maintient l’esprit de combat contre l’ennemi qui s’est infiltré dans l’Église. Dans toute guerre, il importe de bien identifier l’ennemi. Or, l’ennemi actuel, ce n’est pas seulement une erreur qui flotte en l’air, c’est un système qui s’est formé avec le Concile, et qui cherche à absorber tous les catholiques.
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Annexes
Textes de Mgr Lefebvre *
– 29 septembre 1975, conférence à Écône
Il y a certainement eu une rupture à partir de Vatican II. C’est l’esprit nouveau, une réforme, une nouvelle Église, une Église libérale, une Église réformée, semblable à l’Église réformée de Luther, en définitive, qui s’est introduite dans l’Église catholique. Ce n’est plus l’Église catholique. On dira : « Mais ce n’est pas possible... le Saint-Père ne peut pas... ». C’est un mystère.
– 29 juillet 1976, réflexions de Mgr Lefebvre à propos de la suspense a divinis
[…] C’est parce que je refuse la nouvelle messe qu’on me prive de la dire. On peut par là deviner le peu de dommage que me cause cette suspense.
C’est une preuve de plus que cette nouvelle Église, qu’ils ont désormais qualifiée eux-mêmes de conciliaire, se détruit elle-même. C’est S. Exc. Mgr Benelli, dans sa lettre du 25 juin dernier, qui la désigne ainsi. Parlant des séminaristes, il écrit :
« Il n’y a rien de désespérant dans leur cas ; s’ils sont de bonne volonté, et sérieusement préparés à un ministère pastoral, dans la fidélité véritable à l’Église conciliaire, on se chargera ensuite de trouver la meilleure solution pour eux ; mais qu’ils commencent d’abord, eux aussi, par cet acte d’obéissance à l’Église. »
Quoi de plus clair ! Désormais, c’est à l’Église conciliaire qu’il faut obéir et être fidèle, et non plus à l’Église catholique. C’est précisément tout notre problème ; nous sommes suspens a divinis par l’Église conciliaire et pour l’Église conciliaire dont nous ne voulons pas faire partie.
Cette Église conciliaire est une Église schismatique parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte déjà condamné par l’Église en maints documents officiels et définitifs.
C’est pourquoi le fondateur de l’Église conciliaire insiste tant sur l’obéissance à l’Église d’aujourd’hui, faisant abstraction de l’Église d’hier comme si elle n’existait plus.
Cette Église conciliaire est schismatique [13] parce qu’elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l’Église catholique : ainsi la nouvelle conception de la messe, exprimée dans le n° 5 de la préface du Missale romanum et le n° 7 du premier chapitre qui donne à l’assemblée un rôle sacerdotal qu’elle ne peut avoir ; ainsi également le droit naturel, c’est-à-dire divin, de toute personne et de tout groupe de personnes à la liberté religieuse.
Ce droit à la liberté religieuse est blasphématoire car c’est prêter à Dieu des intentions qui détruisent sa majesté, sa gloire, sa royauté. Ce droit implique la liberté de conscience, la liberté de pensée et toutes les libertés maçonniques.
L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique [14]. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres et fidèles, adhèrent à cette nouvelle Église, ils se séparent de l’Église catholique. L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Église d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c’est la Tradition. La demande de S Exc. Mgr Benelli est donc éclairante : soumission à l’Église conciliaire, à l’Église de Vatican Il, à l’Église schismatique. Pour nous, nous persévérons dans l’Église catholique avec la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie.
– 4 août 1976, dans Le Figaro : « Nous ne pouvons par obéissance servile faire le jeu des schismatiques » (Un Évêque parle, t. 2, DMM, 1976, p. 97-98.)
En ce qui nous concerne, c’est le concile Vatican Il et ses réformes, ses orientations officielles, qui nous préoccupent plus que l’attitude personnelle du pape, plus difficile à découvrir.
Ce Concile représente, tant aux yeux des autorités romaines qu’aux nôtres, une nouvelle Église qu’ils appellent l’Église conciliaire.
Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican Il, c’est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce Concile, que celui-ci, tournant le dos à la Tradition et rompant avec l’Église du passé, est un Concile schismatique. On juge l’arbre à ses fruits. Désormais, toute la grande presse mondiale, américaine et européenne, reconnaît que ce Concile est en train de ruiner l’Église catholique à tel point que même les incroyants et les gouvernements laïcs s’en inquiètent. […]
Tous ceux qui coopèrent à l’application de ce bouleversement, acceptent et adhèrent à cette nouvelle Église conciliaire comme la désigne Son Excellence Mgr Benelli dans la lettre qu’il m’adresse au nom du Saint-Père, le 25 juin dernier, et entrent dans le schisme.
– 20 août 1976, conférence à Écône
Mais qu’est-ce que c’est que cette Église conciliaire ? Ils se vendent là, ils se trahissent, parce qu’enfin nous ne connaissons pas… Qu’est-ce que c’est que cette Église conciliaire ? Fidélité véritable à l’Église conciliaire ! Donc, à ce Concile. Ils sont obsédés, vous voyez, par la fidélité à ce concile Vatican II, n’est-ce pas, qui pour eux est la nouvelle Église ; c’est l’Église conciliaire avec ses sacrements, sa foi, son culte, enfin ses catéchismes, […] une nouvelle Église, une Église qui a douze ans. […]
Les gens vont devoir faire un choix. Nous, nous avons fait. Nous avons choisi [d’être] pour l’Église catholique de toujours, nous refusons cette Église conciliaire, cette Église nouvelle. Eh bien, maintenant, les gens vont devoir faire un choix. Ou ils seront pour l’Église conciliaire, ou ils seront pour l’Église catholique, il n’y a pas, il n’y a plus à choisir. Les quelques congrégations religieuses qui restent encore, je dirais, auprès de nous, qui semblent vouloir nous suivre, vont être obligées aussi de prendre leur orientation. Malheureusement, Fontgombault a pris l’Église conciliaire. […] Je regrette pour Fontgombault parce que quand même ils ont choisi l’Église conciliaire. Eh bien ! je pense que maintenant, si nous connaissons des groupes de personnes qui hésitent, il faut absolument qu’elles n’hésitent plus, qu’elles se mettent avec la Tradition, n’est-ce pas, avec l’Église catholique. […] Il ne faut pas dire : on suit Mgr Lefebvre, on est avec Mgr Lefebvre, mais on est d’Église catholique tout simplement. Et si il y a quelques familles encore une fois, et des prêtres qui résistent et qui ne nous connaissent pas, et qui ne veulent pas de cette Église conciliaire, ils sont l’Église catholique, c’est l’Église catholique. Toute personne qui résiste et qui dit : moi, je garde ma foi catholique, je ne veux pas devenir protestant, je ne veux pas devenir moderniste, c’est l’Église catholique.
– 22 août 1976, sermon à Ecône
Alors, nous sommes avec deux mille ans d’Église et non avec douze ans d’une nouvelle église, d’une église conciliaire comme nous l’a dit Monseigneur Benelli en nous demandant de nous soumettre à l’« Église conciliaire ». Je ne connais pas cette église conciliaire, je ne connais que l’Église catholique.
– 18 et 27 août 1976, J’accuse le concile, Martigny, 1976, p. 6
Les équivoques et ambiguïtés de ce Concile pastoral contenaient le poison qui s’est répandu dans toute l’Église par l’intermédiaire des réformes et applications conciliaires. De ce Concile est née une nouvelle Église réformée que S. E. Mgr Benelli appelle lui-même l’Église conciliaire. […]
Il est aisé de penser que quiconque s’opposera au Concile, leur nouvel évangile, sera considéré comme hors de la communion de l’Église. On peut leur demander de quelle Église ? Ils répondent de l’Église conciliaire.
– 13 janvier 1977, conférence à Écône
C’est cette conception que l’on a maintenant de l’Église, et c’est pourquoi Mgr Benelli nous demande d’être fidèles à l’Église conciliaire. Et c’est ce que dit très bien monsieur Salleron [15], sa conclusion est admirable, sa conclusion vaut vraiment la peine d’être lue, elle correspond tellement à la réalité !
Dans sa lettre du 25 juin 1976 à Mgr Lefebvre, Mgr Benelli invoque la nécessaire fidélité à l’Église conciliaire. [Il vous l’a demandée à vous aussi d’ailleurs.] Voulue ou inconsciente, l’usage de cette expression est significative : un évêque n’agit plus chrétiennement du fait que sa foi est la foi catholique et qu’il obéit à la loi de l’Église, il doit désormais, pour être chrétien, et par conséquent catholique, il doit désormais être fidèle à l’Église conciliaire. [On ne demande plus à un évêque d’être fidèle à la foi de l’Église catholique, mais fidèle à l’Église conciliaire.] En quoi consiste cette fidélité ? En quoi consiste cette innovation absolue d’une Église conciliaire, distincte de l’Église catholique ? Nous attendons qu’on nous le dise, mais nous constatons l’innovation, nous constatons qu’un magistère de plus en plus mal défini fait de sa volonté propre la norme suprême de la vie religieuse.
Ça c’est capital, cette phrase-là est absolument considérable.
– 13 mars 1978, conférence à Écône
Cette nouvelle Église conciliaire, ce n’est pas l’Église catholique. Cette nouvelle Église conciliaire n’est pas l’Église catholique à cause de son œcuménisme.
– 8 juin 1978, conférence à Écône
C’est en approfondissant les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce qu’est Notre-Seigneur Jésus-Christ, que vous éviterez toutes les déviations, déviations doctrinales, déviations modernistes, déviations de l’Église conciliaire, les erreurs de l’Église conciliaire – et on peut presque dire les hérésies, n’est-ce pas – et dont la principale, à mon sens, est l’œcuménisme.
– 21 juin 1978, conférence à Écône
Par contre je pense qu’à la prochaine rencontre, ou avant la prochaine rencontre d’ailleurs, s’ils me demandent vraiment ce colloque, c’est moi qui leur poserai des questions. C’est moi qui les interrogerai, pour leur dire : « Quelle Église êtes-vous ? A quelle Église avons-nous affaire ? Je voudrais savoir si j’ai affaire à l’Église catholique, ou si j’ai affaire à une autre Église, à une contre-Église, à une contrefaçon de l’Église ? » Or je crois sincèrement que nous avons affaire à une contrefaçon de l’Église et non pas à l’Église catholique. Pourquoi ? parce qu’ils n’enseignent plus la foi catholique, ils ne défendent plus la foi catholique. Non seulement ils n’enseignent plus la foi catholique et ne défendent plus la foi catholique, mais ils enseignent autre chose, ils entraînent l’Église dans autre chose que l’Église catholique. Ce n’est plus l’Église catholique. Ils sont assis sur le siège de leurs prédécesseurs, tous ces cardinaux qui sont dans les congrégations et tous ces secrétaires qui sont dans les congrégations ou à la secrétairerie d’Etat ; ils sont bien assis là où étaient leurs prédécesseurs, mais ils ne continuent pas leurs prédécesseurs. Ils n’ont plus la même foi, ni la même doctrine, ni la même morale même que leurs prédécesseurs. […]
Je pense que l’on peut, et l’on doit même croire que l’Église est occupée. Elle est occupée par cette contre-Église, par cette contre-Église que nous connaissons bien et que les papes connaissent parfaitement et que les papes ont condamnée tout au long des siècles. Depuis maintenant bientôt quatre siècles, l’Église ne cesse de condamner cette contre-Église qui est née avec le protestantisme surtout, qui s’est développée avec le protestantisme, et qui est à l’origine de toutes les erreurs modernes, qui a détruit toute la philosophie et qui nous a entraînés dans toutes ces erreurs que nous connaissons et que les papes ont condamnées : libéralisme, socialisme, communisme, modernisme, sillonisme et que sais-je ? Nous en mourons. Les papes ont tout fait pour condamner cela. Et voilà que maintenant ceux qui sont sur les sièges de ceux qui ont condamné ces choses-là sont maintenant d’accord pratiquement avec ce libéralisme et avec cet œcuménisme. Alors nous ne pouvons pas accepter cela.
– 8 février 1979, conférence à Écône
Mais il y a eu des réponses, des considérations qui ont été faites par ces personnes qui ont été consultées [au sujet d’un questionnaire auquel Rome avait demané à Mgr Lefebvre de répondre], qui sont très intéressantes.
L’un d’entre eux a dit : « L’Église conciliaire n’est pas seulement un mot, elle est une réalité. » Et il a fait toute une considération sur la réalité de l’Église conciliaire qui est une nouveauté, dans ses actes, dans son interprétation et dans son application.
– 1984, Lettre ouverte au pape (supplément au nº 37 de Fideliter, p. 10)
La nouvelle messe, comme la nouvelle Église conciliaire, est en rupture profonde avec la Tradition et le magistère de l’Église. C’est une conception plus protestante que catholique qui explique tout ce qui a été indûment exalté et tout ce qui a été diminué. […] La réforme liturgique de style protestant est l’une des plus grandes erreurs de l’Église conciliaire et des plus ruineuses de la foi et de la grâce.
– 29 janvier 1986, lettre à Jean Madiran
Le cardinal Ratzinger s’efforce une fois de plus de dogmatiser Vatican II. Nous avons affaire à des personnes qui n’ont aucune notion de la Vérité. Nous serons désormais de plus en plus contraints d’agir en considérant cette nouvelle Église conciliaire comme n’étant plus catholique.
– Septembre 1986, conférence à Écône (reproduite dans Fideliter n° 55, p. 18)
Louis Veuillot disait : « Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde : la Révélation et la Révolution ». Nous avons choisi de garder la Révélation tandis que la nouvelle Église conciliaire a choisi la Révolution. La raison de nos vingt années de combat est dans ce choix.
– 1987, Ils l’ont découronné, 1ère édition, p. 104
Comme c’est cet esprit de dialogue libéral qui est inculqué depuis le Concile aux prêtres et aux missionnaires, on comprend pourquoi l’Église conciliaire a perdu complètement le zèle missionnaire, l’esprit même de l’Église !
– 9 juin 1988, conférence à Écône
Alors le 24 mai, j’ai écrit à son Éminence [le cardinal Ratzinger] :
Il me semble nécessaire de préciser ce que je vous écrivais le 6 mai. A la réflexion, il nous apparaît clairement que le but des colloques et de la réconciliation est de nous réintégrer dans l’Église conciliaire, l’unique Église à laquelle vous faisiez allusion dans vos entretiens.
– 15 juin 1988, conférence de presse
La presse a annoncé : accord entre Mgr Lefebvre et le Vatican. Il semble que les choses s’arrangent, que tout va s’arranger. Personnellement comme je vous l’ai dit, j’allais avec méfiance. J’ai toujours éprouvé un sentiment de méfiance et je dois avouer que j’ai toujours pensé que tout ce qu’ils faisaient, c’était pour parvenir à nous réduire, à accepter le Concile et les réformes post-conciliaires. Ils ne peuvent admettre, et d’ailleurs le cardinal l’a dit récemment dans une interview à un journal allemand : « Nous ne pouvons pas accepter qu’il y ait des groupes, après le Concile, qui n’admettent pas le Concile et les réformes qui ont été faites après le Concile. Nous ne pouvons pas admettre ça. » Le cardinal l’a plusieurs fois répété : « Monseigneur, il n’y a qu’une Église, il ne peut pas y avoir d’Église parallèle. » Je lui ai dit : « Éminence, ce n’est pas nous qui faisons une Église parallèle puisque nous continuons l’Église de toujours, c’est vous qui faites l’Église parallèle en ayant inventé l’Église du Concile, celle que le cardinal Benelli a appelée l’Église conciliaire, c’est vous qui avez inventé une Église nouvelle, pas nous, c’est vous qui avez fait de nouveaux catéchismes, de nouveaux sacrements, une nouvelle messe, une nouvelle liturgie, ce n’est pas nous. Nous, nous continuons ce qui a été fait auparavant. Ce n’est pas nous qui faisons une nouvelle église. »
– 30 juin 1988, sermon des sacres
Vos applaudissements, tout à l’heure je pense, n’étaient pas une manifestation purement, je dirai, temporelle, c’est une manifestation spirituelle, manifestant votre joie d’avoir enfin des évêques et des prêtres catholiques, qui sauvent vos âmes, qui donnent à vos âmes la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la doctrine, par les sacrements, par la foi, par le Saint Sacrifice de la messe.
Vie de Notre-Seigneur dont vous avez besoin pour aller au Ciel, et qui est en train de disparaître partout, dans cette Église conciliaire qui suit des chemins qui ne sont pas des chemins catholiques et qui mènent tout simplement à l’apostasie. C’est pour cela que nous faisons cette cérémonie. Loin de moi de m’ériger en pape ! Je ne suis qu’un évêque de l’Église catholique, qui continue à transmettre, à transmettre la doctrine : Tradidi quod et accepi. […]
Si je suis dans l’erreur, si j’enseigne des erreurs, il est clair que l’on doit me remettre dans la vérité, dans l’esprit de ceux qui m’envoient cette feuille à signer, que je reconnaisse mes erreurs. C’est-à-dire : Si vous reconnaissez vos erreurs, nous vous aiderons à revenir dans la vérité. Quelle est cette vérité pour eux ? Sinon la vérité de Vatican II, sinon la vérité de cette Église conciliaire, c’est clair !
Par conséquent, il est clair que pour le Vatican, la seule vérité qui existe aujourd’hui, c’est la vérité conciliaire, c’est « l’esprit du Concile », c’est l’esprit d’Assise. Voilà la vérité d’aujourd’hui ! Et cela nous n’en voulons pour rien au monde, pour rien au monde !
– 9 septembre 1988, conférence à Écône
Vous continuez, et vous représentez vraiment l’Église, l’Église catholique. Je crois qu’il faut vous convaincre de cela : vous représentez vraiment l’Église catholique.
Non pas qu’il n’y ait pas d’Église en dehors de nous ; il ne s’agit pas de cela. Mais, ces derniers temps, on nous a dit qu’il était nécessaire que la Tradition entre dans l’Église visible. Je pense qu’on fait là une erreur très, très grave.
Où est l’Église visible ? L’Église visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique.
Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes. Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Église officielle. Un évêque croit à ceci, l’autre n’y croit pas, la foi est diverse, leurs catéchismes abominables comportent des hérésies. Où est l’unité de la foi dans Rome ? […]
La catholicité, c’est la foi une dans l’espace. L’apostolicité c’est la foi une dans le temps et la sainteté c’est le fruit de la foi, qui se concrétise dans les âmes par la grâce du Bon Dieu, par la grâce des sacrements. Il est tout à fait faux de nous considérer comme si nous ne faisions pas partie de l’Église visible. C’est invraisemblable. C’est l’Église officielle qui nous rejette, mais pas nous qui rejetons l’Église, bien loin de là. Au contraire, nous sommes toujours unis à l’Église romaine et même au pape bien sûr, au successeur de Pierre. Je pense qu’il faut que nous ayons cette conviction pour ne pas tomber dans les erreurs que l’on est en train de répandre maintenant.
Bien sûr, on pourra nous objecter : « Faut-il obligatoirement sortir de l’Église visible pour ne pas perdre son âme, sortir de la société des fidèles unis au pape ? ».
Ce n’est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l’Église. Quant à dire « sortir de l’Église VISIBLE », c’est se tromper en assimilant Église officielle et Église visible.
Nous appartenons bien à l’Église visible, à la société des fidèles sous l’autorité du pape, car nous ne récusons pas l’autorité du pape, mais ce qu’il fait. Nous reconnaissons bien au pape son autorité, mais lorsqu’il s’en sert pour faire le contraire de ce pour quoi elle lui a été donnée, il est évident qu’on ne peut pas le suivre.
Sortir, donc, de l’Église officielle ? Dans une certaine mesure, oui, évidemment. Tout le livre de M. Madiran « L’Hérésie du 20e siècle » est l’histoire de l’hérésie des évêques. Il faut donc sortir de ce milieu des évêques, si l’on veut ne pas perdre son âme.
Mais cela ne suffit pas, car c’est à Rome que l’hérésie est installée. Si les évêques sont hérétiques (même sans prendre ce terme au sens et avec les conséquences canoniques), ce n’est pas sans l’influence de Rome.
Si nous nous éloignons de ces gens-là, c’est absolument comme avec les personnes qui ont le SIDA. On n’a pas envie de l’attraper. Or, ils ont le SIDA spirituel, des maladies contagieuses. Si l’on veut garder la santé, il faut ne pas aller avec eux.
– 8 octobre 1988, conférence à Écône
[…] Tous ces moines et ces moniales qui sont entrés au Barroux ou chez les Bénédictines, sont entrés précisément parce qu’ils ont fait ce choix. Ils ne sont pas allés dans les monastères modernistes, qui sont soumis à l’Église conciliaire, qui sont soumis à l’Église moderniste. Ils ont fait exprès le choix du Barroux pour demeurer dans la Tradition, pour demeurer dans la foi de toujours. Et maintenant, on les met sous l’autorité de l’Église conciliaire. Alors, on est vraiment stupéfaits de penser que, malgré les constatations qu’ils doivent faire, […] ils restent. Ils ne prennent pas le parti de s’en aller ou de fonder un autre monastère, ou de demander à Dom Gérard de donner sa démission et d’être remplacé… Non, rien… On obéit.
– Novembre-décembre 1988 : « Je poserais mes conditions à une reprise éventuelle des colloques avec Rome », Fideliter 66
Je me suis aperçu de cette volonté de Rome de nous imposer leurs idées et leur manière de voir. Le cardinal Ratzinger me disait toujours : « Mais Monseigneur, il n’y a qu’une Église, il ne faut pas faire une Église parallèle. » Quelle est cette Église pour lui ? L’Église conciliaire, c’est clair. Quand il nous a dit explicitement : « Évidemment, si on vous accorde ce protocole, quelques privilèges, vous devrez accepter aussi ce que nous faisons ; et par conséquent, dans l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet il faudra dire une messe nouvelle aussi tous les dimanches », vous voyez bien qu’il voulait nous ramener à l’Église conciliaire. Ce n’est pas possible, car il est clair qu’ils veulent nous imposer ces nouveautés pour en finir.
– Juillet-août 1989 : « Un an après les sacres », Fideliter 70
Se mettre à l’intérieur de l’Église, qu’est-ce que cela veut dire ? Et d’abord de quelle Église parle-t-on ? Si c’est de l’Église conciliaire, il faudrait que nous qui avons lutté contre elle pendant vingt ans parce que nous voulons l’Église catholique, nous entrions dans cette Église conciliaire pour soi-disant la rendre catholique. C’est une illusion totale. Ce ne sont pas les sujets qui font les supérieurs, mais les supérieurs qui font les sujets. […]
Cette histoire d’Église visible de Dom Gérard et de M. Madiran est enfantine. C’est incroyable que l’on puisse parler d’Église visible pour l’Église conciliaire par opposition à l’Église catholique que nous essayons de représenter et de continuer. Je ne dis pas que nous sommes l’Église catholique. Je ne l’ai jamais dit. Personne ne peut me reprocher d’avoir jamais voulu me prendre pour un pape. Mais nous représentons vraiment l’Église catholique telle qu’elle était autrefois puisque nous continuons ce qu’elle a toujours fait. C’est nous qui avons les notes de l’Église visible : l’unité, la catholicité, l’apostolicité, la sainteté. C’est cela qui fait l’Église visible. […]
C’est pourquoi ils ont voulu que Vatican II soit un Concile pastoral et non un Concile dogmatique, parce qu’ils ne croient pas à l’infaillibilité. Ils ne veulent pas de vérité définitive. La vérité doit vivre et doit évoluer. Elle peut changer éventuellement avec le temps, avec l’histoire, la science, etc. L’infaillibilité, elle, fixe à jamais une formule et une vérité qui ne changent plus. Cela ils ne peuvent pas y croire. C’est nous qui sommes avec l’infaillibilité, ce n’est pas l’Église conciliaire. Elle est contre l’infaillibilité, c’est absolument certain, de par sa formation philosophique. Que l’on nous comprenne bien, nous ne sommes pas contre le pape en tant qu’il représente toutes les valeurs du siège apostolique, qui sont immuables, du siège de Pierre, mais contre le pape qui est un moderniste qui ne croit pas à son infaillibilité, qui fait de l’œcuménisme. Évidemment nous sommes contre l’Église conciliaire qui est pratiquement schismatique, même s’ils ne l’acceptent pas. Dans la pratique c’est une Église virtuellement excommuniée, parce que c’est une Église moderniste. Ce sont eux qui nous excommunient, alors que nous voulons rester catholiques. Nous voulons rester avec le pape catholique et avec l’Église catholique. Voilà la différence. […]
Cela [des évêques comme Mgr de Milleville qui est venu en civil pour faire les ordinations à Fontgombault] n’est plus l’Église catholique, c’est l’Église conciliaire avec toutes ses mauvaises conséquences. Ils contribuent à détruire l’Église. […]
Ce Paupert qui a été séminariste, sinon prêtre, a perdu la foi, puis l’a retrouvée plus ou moins et il est plutôt traditionnel d’esprit, mais il a peur de quitter l’Église conciliaire. Alors, il ne sait plus s’il est catholique ou non, s’il est pratiquant ou non. « Quand je suis dans une église actuellement, j’ai l’impression de ne pas être chez moi. C’est pourquoi je ne communie pas. » […]
Je ne connais pas personnellement le père de Margerie. Il est plein de contradictions. On voit bien qu’il est fort embarrassé pour défendre la liberté religieuse et pour affirmer qu’elle est conforme à la Tradition, qu’il n’y a pas de rupture. C’est une position insoutenable. Parce que les tenants de l’Église conciliaire, les personnalités les plus marquantes, comme par exemple le Recteur de l’Université du Latran, ou Mgr Pavan qui est un homme important à Rome (c’est lui qui a pratiquement rédigé toutes les encycliques sociales des papes), ont dit ouvertement l’an dernier au mois de mai au Congrès de Venise à propos de la liberté religieuse : Oui, il y a eu quelque chose de changé. Les autres, comme le cardinal Ratzinger et les théologiens qui ont écrit de nombreux ouvrages sur la question, s’efforcent de prouver que c’est la continuation de la Tradition. […]
Ils vont sans doute faire signer ces textes aux séminaristes de la Fraternité Saint-Pierre avant leur ordination et aux prêtres de cette Fraternité, qui vont alors se trouver dans l’obligation de faire un acte officiel de ralliement à l’Église conciliaire.
Ce que l’on peut espérer, c’est que les fidèles soient de plus en plus nombreux, qu’ils ouvrent les yeux et finissent par voir où se trouve la vérité et constatent que le salut est dans la Tradition et non dans l’Église conciliaire qui est de plus en plus schismatique.
– 1990, Itinéraire spirituel à la suite de saint Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique
L’instauration de cette « Église conciliaire » imbue des principes de 89, des principes maçonniques vis-à-vis de la religion et des religions, vis-à-vis de la société civile, est une imposture inspirée par l’Enfer pour la destruction de la religion catholique, de son magistère, de son sacerdoce et du sacrifice de Notre Seigneur.
Cette nouvelle Église ne pouvait plus logiquement chanter les louanges de Jésus-Christ, Roi universel des nations, ne peut plus avoir les pensées de Notre-Seigneur vis-à-vis du monde ; c’est pourquoi tout l’esprit de la Liturgie a été modifié, par la modification d’une multitude de détails, dans les textes et dans les gestes. […]
La volonté de Vatican II de vouloir intégrer dans l’Église les non-catholiques tels qu’ils sont, est une volonté adultère et scandaleuse. Le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens par des concessions mutuelles – le dialogue – aboutit à la destruction de la foi catholique, la destruction du sacerdoce catholique, l’élimination du pouvoir de Pierre et des évêques ; l’esprit missionnaire des apôtres, des martyrs, des saints, est éliminé ; tant que ce Secrétariat gardera le faux œcuménisme comme orientation et que les autorités romaines et ecclésiastiques l’approuveront, on peut affirmer qu’elles demeureront en rupture ouverte et officielle avec tout le passé de l’Église et avec son magistère officiel. C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire, tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du magistère de l’Église et de la foi catholique.
– Janvier ou février 1990, La petite Histoire de ma longue histoire, préfacée et publiée par Mgr Fellay en 1995
Or c’est exactement le même combat que nous subissons actuellement. Pourquoi sommes-nous persécutés ? Pourquoi suis-je persécuté aujourd’hui ? Et que vous l’êtes, que nous le sommes tous dans la Tradition ? Parce que nous affirmons la Vérité et que nous condamnons les erreurs, nous condamnons le libéralisme, nous condamnons le modernisme. C’est inadmissible pour l’Église conciliaire. Le Concile maintenant a changé tout cela, maintenant il faut être bien avec les libéraux, avec les modernistes, avec les francs-maçons, avec les communistes, avec tout le monde. On fait de l’œcuménisme avec tout le monde. Vous êtes contre, donc vous êtes contre le Concile, donc vous êtes contre le pape, condamnés !... Allez, condamnés ! C’est la même chose, les mêmes motifs, vous savez, c’est le même combat.
– Septembre 1990, conférence à l’issue de la retraite sacerdotale à Écône. (Publiée dans : L’Église infiltrée par le modernisme – cinq conférences fondamentales publiées par l’abbé Franz Schmidberger Supérieur général le 2 août 1993)
Je crois que nous avons vraiment une assise et une force qui ne sont pas de notre fait. Bien précisément, ce n’est pas notre combat que nous livrons, c’est celui de Notre-Seigneur, continué par l’Église. Nous ne pouvons pas hésiter : ou bien nous sommes avec l’Église ou bien nous sommes contre elle, nous ne sommes pas pour cette Église conciliaire qui a de moins en moins de l’Église catholique, pratiquement plus rien.
– 4 décembre 1990, dernière lettre à Mgr de Castro Mayer
Bien cher Mgr Antonio de Castro Mayer,
Des échos me parviennent du Brésil au sujet de votre santé qui décline. L’appel de Dieu serait-il proche ? Rien que cette pensée me remplit d’une douleur profonde. Dans quelle solitude vais-je me trouver sans mon frère aîné dans l’épiscopat, sans le combattant exemplaire pour l’honneur de Jésus-Christ, sans l’ami fidèle et unique dans le désert effroyable de l’Église conciliaire ! […]
Pourquoi envisager une telle succession en dehors des normes canoniques habituelles ?
1. parce que les prêtres et les fidèles ont un droit strict à avoir des pasteurs qui professent dans son intégrité la foi catholique, essentielle pour le salut de leurs âmes, et des prêtres qui sont de vrais prêtres catholiques.
2. parce que l’« Église conciliaire » étant désormais répandue universellement, diffuse des erreurs contraires à la foi catholique et en raison de ces erreurs, a corrompu les sources de la grâce que sont le saint Sacrifice de la Messe et les sacrements. Cette fausse Église est en rupture toujours plus profonde avec l’Église catholique.
– 7 janvier 1991, lettre au père prieur d’Avrillé
[…] En attendant que vous puissiez réaliser mon vœu d’une revue détruisant les erreurs du Concile et de l’Église conciliaire professées de plus en plus ouvertement par le pape et la curie romaine, remettant en lumière la doctrine catholique. Désormais nous avons affaire à des assassins de la foi catholique, sans aucune vergogne !
– Janvier-février 1991, « Entretien avec Mgr Lefebvre », Fideliter 79
Il ne faut pas se faire d’illusions. Les principes qui dirigent maintenant l’Église conciliaire sont de plus en plus ouvertement contraires à la doctrine catholique. […]
Quand ils [les ralliés] disent qu’ils n’ont rien lâché, c’est faux. Ils ont lâché la possibilité de contrer Rome. Ils ne peuvent plus rien dire. Ils doivent se taire étant donné les faveurs qui leur ont été accordées. Il leur est maintenant impossible de dénoncer les erreurs de l’Église conciliaire. Tout doucement ils adhèrent, ne serait-ce que par la profession de foi qui est demandée par le cardinal Ratzinger.
U
Textes du père Calmel
– Infiltration
Comment en sommes-nous descendus à ce point et avec cette rapidité ? Ce serait, me semble-t-il, une explication insuffisante de tenir compte, uniquement, des théologiens hétérodoxes ou même du savoir-faire et de l’audace des novateurs forcenés. Il a fallu, en même temps, l’action ininterrompue de ces organismes occultes qui sont experts dans l’art redoutable d’orchestrer les mots d’ordre ambigus (sinon franchement hérétiques), qui les imposent peu à peu à des laïcs ou à des ecclésiastiques, qui font peser sans en avoir l’air une pression écrasante sur les autorités officielles. – Ainsi, prenons garde de ne pas oublier les Franc-Maçonneries de toute espèce et leur fonctionnement méthodique lorsque nous cherchons une explication suffisante de cette nouveauté apocalyptique des temps actuels : une Église apparente qui s’infiltre dans la véritable Église et tente de la supplanter. Nous parlons d’infiltration. Il s’agit en effet, de nos jours, d’une pénétration peu visible à un regard superficiel, peu apparente, insidieuse, plutôt que d’une persécution ouverte. A la suite des suggestions de Roca et de Saint-Yves d’Alveydre, les Franc-Maçonneries se préoccupent moins de combattre l’Église violemment que de lui enlever en douceur, et sous anesthésie préalable, ce qui la constitue en elle-même : la vie surnaturelle et la structure hiérarchique avec la primauté pontificale.
In « Sociétés secrètes et victoire de Jésus-Christ », Itinéraires 105 (juillet 1966), p. 218.
– Alignée sur le communisme et sur l’humanitarisme maçonnique
De plus en plus une église « apparente », alignée sur le communisme (sans vouloir le voir) et sur l’humanitarisme maçonnique travaille à s’imposer à l’Église réelle, celle des conciles, et non celle que l’on dit du Concile, comme si l’Église commençait en 1962.
Lettre du 22 août 1966 (citée par le père Jean-Dominique Fabre dans Le Père Roger-Thomas Calmel 1914-1975, p. 309-310).
– Une pseudo-église
Et maintenant, supposez le cas, peut-être plus fréquent qu’on n’aimerait le penser, de clercs inavertis, sans grande préparation ni piété solide qui se laissent imbiber par la doctrine teilhardienne, qui la monnaient (serait-ce avec gaucherie) dans la prédication, les catéchismes, les « carrefours » et les rencontres, vous voyez aussitôt comment la religion chrétienne risque d’être subvertie. On parlera toujours du baptême et de la croix, de l’Agneau de Dieu et du sacrifice, mais ces paroles sorties de la bouche de Dieu perdront leur signification surnaturelle, leur référence à la vie de Dieu et au péché des hommes. Ainsi les maîtres-mots du dogme chrétien seront encore maintenus mais les dogmes seront vidés et détruits. Lorsque les clercs travaillent de la sorte, peut-être sans bien le savoir, à détruire les dogmes, ils ne parlent certainement pas au nom de l’Église véritable ; ils parlent comme les ministres d’une Église apparente, et ils tendent à faire naître, par leur langage menteur, une Église apparente au sein même de l’Église véritable ; in sinu et gremio Ecclesiæ disait saint Pie X. Il nous faut avoir le courage de voir ce qui est : par un processus insensible une église apparente est en train de se substituer à l’Église véritable. Nous savons qu’elle ne réussira pas ; mais enfin la confusion et la corruption peuvent aller très loin et jusqu’à, séduire, s’il se pouvait, les élus eux-mêmes. C’est surtout, me semble-t-il, par l’extension de l’Église apparente que se réalise la montée de l’apostasie. […]
Le lecteur connaît peut-être le dessein de certains occultistes, personnages effrayants, qui se sont mis, en toute conscience et liberté, au service du démon pour préparer son règne ; leur dessein grandiose et ténébreux est de changer l’Église du dedans, de l’intégrer sans heurt (après l’avoir transformée) dans une super-église universelle qui ne serait autre que le royaume de l’Antéchrist. On a quelquefois demandé si le Père Teilhard de Chardin n’était pas en collusion avec certains grands initiés de la famille des Stanislas de Gaita, Roca ou Saint-Yves d’Alveydre. Je ne connais pas de raison fondée de parler de collusion formelle, délibérée, explicite. En revanche il ne paraît pas douteux qu’il y ait convergence spontanée. Sans doute le célèbre Père jésuite et les « mages » de l’initiation se situent dans des sphères très différentes. Le prêtre paléontologue est avant tout un inventeur de système qui, au lieu de soumettre son esprit au magistère infaillible, gardien de la Révélation, entend au contraire soumettre la doctrine révélée à sa doctrine personnelle.
Les grands initiés dont j’ai cité les noms sont des esprits pratiques, préoccupés de dresser les plans réalistes d’une organisation très perfide qui soit capable de fonctionner à l’intérieur des diverses religions et qui vise premièrement à changer de fond en comble puis absorber l’Église catholique. Ces grands initiés n’ont rien de l’inventeur d’un vaste système évolutionniste. Il reste que le Père Teilhard, avec son système, arrive à point pour servir leur projet. Il leur présente l’ensemble des dogmes chrétiens tels qu’il les a préalablement révisés et refondus. C’est exactement ce qu’il faut pour faire « muer » l’Église (si c’était possible) et lui permettre de s’intégrer, ou plutôt de se désintégrer, dans une super-église universelle. – Ainsi l’organisation des grands initiés et les conceptions du Père Teilhard se prêtent un appui réciproque. Le système teilhardien profite merveilleusement à l’organisation de l’église initiatique et cette pseudo-église a tout intérêt à répandre et monnayer le système teilhardien. Ne cessons de combattre l’un et l’autre et grandissons dans l’amour de Dieu en poursuivant cette lutte sans répit.
In Théologie de l’Histoire, « Annexe VII. – Pseudo-église », Itinéraires 106 (septembre 1966), p. 178-180. (2e édition, DMM, 1984, p. 153-155.)
– Accrochée comme un vampire
L’écrivain qui n’avait pas eu le bonheur de tomber dans les assauts de Champagne ou d’Artois, comment n’aurait-il pas été, dans son âme, meurtri et torturé à la limite du tolérable par le triomphe impavide de l’absurdité et de la décomposition ? Rentrer vivant du front de bataille pour trouver un pays victorieux qui se vautre dans l’imposture, une église apparente accrochée comme un vampire aux flancs de la seule Église véritable, – comment faire alors pour apaiser ces sanglots qui vous étranglent, ces larmes qui vous brûlent les yeux ?
In « Note sur Bernanos », Itinéraires 127 (novembre 1968), p. 346.
– La fausse Église post-conciliaire se contredivise de plus en plus à la sainte Église
Le Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai homme, a fait une Église sainte, une société au niveau des mystères et de la sainteté du Dieu unique en trois personnes : et societas nostra sit cum Patre et cum Filio ejus, Jesu Christo [16]. Il a muni cette Église de pouvoirs particuliers en vue de la sainteté. Ces pouvoirs sont hiérarchiques, assistés, personnels ; hiérarchiques, ils comportent des degrés, une ordonnance mutuelle, un droit de commander, un devoir d’obéir (en un mot une juri-diction, une aptitude réelle à dire le droit) ; assistés, ces pouvoirs sont garantis par l’action de l’Esprit-Saint contre l’hérésie dogmatique et l’invalidité sacramentelle ; personnels, ces pouvoirs sont détenus par une personne déterminée (vulgaire ou noble, sainte ou médiocre) en tout cas une personne personnellement responsable ; ils ne peuvent être transférés à aucune de ces multiples variétés d’organisations de type rousseauiste et maçonnique, dans lesquelles le pouvoir réel est occulte et masqué tandis que la personne qui détient officiellement le pouvoir est dépossédée du pouvoir réel et transformée en agent d’ex écution.
La fausse Église qui se montre parmi nous depuis le curieux concile de Vatican II, s’écarte sensiblement, d’année en année, de l’Église fondée par Jésus-Christ. La fausse Église post-conciliaire se contredivise de plus en plus à la sainte Église qui sauve les âmes depuis vingt siècles (et par surcroît illumine et soutient la cité). La pseudo-Église en construction se contredivise de plus en plus à l’Église vraie, à la seule Église du Christ, par les innovations les plus étranges tant dans la constitution hiérarchique que dans l’enseignement et les mœurs.
In « Autorité et sainteté dans l’Église »,Itinéraires 149 (janvier 1971), p. 15-16.
– Rome m’a fait mal
Quand nous voyons ce qui s’enseigne et ce qui se pratique dans l’Église entière sous le pontificat d’aujourd’hui, ou plutôt lorsque nous constatons ce qui a cessé d’être enseigné et d’être pratiqué et comment une église apparente, qui se donne partout pour la véritable, ne sait plus baptiser les enfants, enterrer les défunts, célébrer dignement la sainte Messe, absoudre les péchés en confession, lorsque nous regardons attentivement grossir la crue empoisonnée de la protestantisation générale, et cela sans que le détenteur du pouvoir suprême donne l’ordre énergique de fermer les écluses, en un mot lorsque nous acceptons de voir ce qui est, nous sommes obligés de dire : Ah ! Rome m’a fait mal. […]
Ah ! Rome m’a fait mal. On voudrait se redire avec tant de douceur et de justesse les paroles de vérité, les simples paroles de la doctrine surnaturelle apprises au catéchisme, que l’on n’ajoute pas encore au mal mais plutôt que l’on se laisse profondément persuader par l’enseignement de la Révélation, que Rome, un jour, sera guérie ; que l’Église apparente bientôt sera démasquée d’autorité. Aussitôt elle tombera en poussière, car sa principale force vient de ce que son mensonge intrinsèque passe pour la vérité, n’étant jamais effectivement désavoué d’en haut. On voudrait, au milieu d’une si grande détresse, se parler en des mots qui ne soient pas trop désaccordés d’avec le discours mystérieux, sans bruit de paroles, que l’Esprit-Saint murmure au cœur de l’Église.
In « De l’Église et du pape », Itinéraires 173 (mai 1973), p. 23-24.
– Rome n’est plus dans Rome
La pseudo-église qui depuis quelques années s’est emparée de l’enseignement et des sacrements est une sorte de mouvement religieux qui ne convertit plus et ne veut plus convertir. Cette Église se dit à l’écoute du monde, à l’écoute des jeunes mais c’est pour enseigner au monde et aux jeunes que leurs requêtes, comme on dit, leurs exigences les plus stupides ou les plus dénaturées c’est déjà l’Évangile qui se cherche. Lorsque cette fausse Église qui est à l’écoute de tout, excepté de la Tradition des Apôtres, entend par hasard l’aveu du péché elle se hâte de couper la parole au pécheur contrit et humilié, elle détourne l’aveu hypocritement et se dérobe à donner l’absolution. Cette pseudo-église a faussé le sacrement de pénitence comme elle avait faussé la messe et la communion. Elle a faussé tous les sacrements par décret pseudo-romain car Rome n’est plus dans Rome.
In « Écrivains convertis », Itinéraires 187 (novembre 1974) p. 250.
– Il n’y a plus une Église mais deux
Les innovations postconciliaires ne sont pas un ensemble plus ou moins disparate de modifications. C’est un système. C’est plus qu’un système théorique c’est un système stratégique d’occupation. – L’Église d’une part est instruite dans une croyance nouvelle, ou plutôt dans l’incroyance moderniste. L’Église d’autre part est « sous la botte » ; elle est en grande partie régentée par un parti apostat qui tient en grand nombre les postes de commandes, à commencer par les plus élevés. Vous hésitez à le croire. Vous trouvez inacceptables ces affirmations massives. Prenez alors le temps de voir et de lire. Car ces affirmations sont démontrées. La grande force du livre de Madiran [17], c’est d’être une démonstration victorieuse. Les mailles de la démonstration sont solides, serrées, mais surtout elles sont imbrisables. Nous attendrons longtemps l’adversaire qui en ferait sauter une seule.
La démonstration est imbrisable. La démonstration n’est point platonique. Ceux qui lisent Madiran savent assez qu’il est tout le contraire de ces penseurs stériles et paresseux qui vous disent à longueur d’articles et d’ouvrages :
« J’ai dressé mon constat : voyez son exactitude ; après quoi je me moque des conséquences : je me retire au chaud les pieds sur les chenets ; débrouillez-vous si ça vous intéresse. » Les diagnostics de Madiran sont toujours suivis de l’indication du remède. […]
Ayant vu où nous sommes, mesurons ce qui reste en notre pouvoir. Ce qui reste en notre pouvoir, c’est d’abord l’oraison et la vie cachée en Dieu ; ce qui reste en notre pouvoir c’est encore ce que la revue Itinéraires a tant de fois préconisé : sans éclat et sans bruit élever des fortins de résistance, d’attachement pieux et vivant à la tradition. Ces fortins paraîtront dérisoires ; face à l’Église apparente et occupante ils paraissent une défense trop faible. Qu’importe. La grâce de Dieu ne se mesure pas à ce qui paraît. Il est en notre pouvoir de dresser de modestes ouvrages de résistance et de les entretenir. Donc nous n’avons pas à hésiter, avec la grâce de Dieu. Je parle surtout de les entretenir de l’intérieur, de l’entretien qui procède de la vie de prière, de l’étude sacrée humblement conduite, de la charité fraternelle, de la modestie. On peut reprendre à ce sujet toutes les recommandations adressées par saint Paul à ces minuscules communautés naissantes, ces premiers fortins de Salonique ou d’Éphèse. – Ainsi donc les diagnostics implacables de Madiran se concluent par le réalisme le plus net sur les humbles moyens à prendre pour survivre au monde moderne (chapitre VII), pour perpétuer et transmettre, malgré l’Église apparente et occupante, d’abord la messe de l’Église catholique, la messe latine et grégorienne de saint Pie V ; ensuite, et d’un même mouvement, le catéchisme romain ; l’Écriture loyalement traduite, sauvegardée intacte. […]
« Pas un mot sur Rome disent-ils ; Rome a parlé, obéissez. Sinon vous vous comportez en révoltés, vous tombez dans l’état d’esprit protestant. » « Rome a parlé », disait énergiquement un visiteur apostolique à des moniales récalcitrantes sur « l’hospitalité eucharistique » de leur aumônier. « Vous ne sauriez reprocher à votre aumônier de ne pas se tenir dans les normes romaines. Rome a parlé. Soumettez-vous. » – « Quelle Rome ? » répliqua aussitôt la mère supérieure. Quelle Rome en effet et quelle Église, car il y en a au moins deux. La Rome qui trouve le moyen d’exalter la dévotion à l’Eucharistie dans Immensæ Caritatis du 29 janvier 1973 ou la Rome qui dans le même document – oui, le même – suggère aux malades et à leurs voisins d’avaler une rasade de kirsch un quart d’heure avant de communier ? Il faut lire de très près le chapitre IV de Madiran qui brûle d’une foi pure et indignée, il faut lire ce chapitre sur « la dérision » pour constater sur pièce qu’il y a deux Romes et deux Églises. Obéissez à l’Église, mais laquelle ? Celle qui laisse passer l’hérétique catéchisme batave ou celle qui demande d’y insérer un petit dépliant pour la forme ? Quelle Église ? Celle qui célèbre la grandeur du sacerdoce catholique ou celle qui dans le même décret supprime le sous-diaconat et déclare en substance : mais vous pourrez toujours, si cela vous plaît, appeler sous-diacre un acolyte ? La Rome qui affirme l’immutabilité du sacerdoce catholique ou celle qui maintient à son siège le sinistre Riobé pour qui le prêtre n’est plus que le président d’une célébration, et si l’on veut une sorte d’épicier occasionnellement déguisé en vue d’une quelconque élucubration de créativité liturgique ? Obéissez à l’Église : mais laquelle ? Car il y a une Église qui par exemple lors du décret sur la communion dans la main, a conjoint le oui et le non dans le même document et prétendu dire oui et non dans le même souffle. Ce n’est quand même pas la même Église ni la même Rome. L’une subit l’occupation. L’autre est la puissance diabolique occupante.
Et unam, sanctam, catholicam… Dans le Credo de la Messe l’Église, la sainte Église est d’abord caractérisée par l’unité : unité dans les siècles, unité dans les nations. Avant d’être sainte et pour être sainte il faut qu’elle soit ; et pour être il faut qu’elle soit une, non pas polyvalente, équivoque, fluente et relative mais UNE ; l’ « un » est la première propriété de l’être. C’est un tel sens de l’Église une qui se dégage avec grande force des études de Madiran. A mesure qu’on lit, on constate à l’évidence que depuis Paul VI il n’y a plus une Église mais deux. Obéissez à l’Église, obéissez à Rome, nous crient les hiérarques et les silencieux.
Ils peuvent s’époumoner à se rendre malades, ils ont bien fini de nous impressionner car nous savons désormais qu’il y a deux Romes comme il y a deux Églises. Obéir à Rome, obéir à l’Église nous ne voulons que cela ; nous sommes sûrs de ne pas faire autre chose. Mais justement, Rome, la seule Rome, la Rome qui est encore dans Rome, c’est celle des deux cent soixante-deux pontifes et qui ne se contredivisent pas à la Rome d’avant Paul VI et d’avant « le » Concile. L’Église, l’unique Église est celle qui n’oppose pas une messe moderne à celle de quinze siècles de messes ; qui ne substitue pas hypocritement le catéchisme batave au catéchisme de Trente ; qui transmet l’Écriture sainte intégrale au lieu de la trafiquer ; qui garde ce qui demeure encore intact de vie religieuse contemplative ou active au lieu de le déliter et de le dissoudre au nom de l’obéissance. Nous obéissons à l’Église une, celle qui domine le monde moderne et la prétendue civilisation technique. Nous n’obéissons pas à une Église moderniste, une Église apparente qui est irrémédiablement engagée dans l’engrenage d’un monde qu’elle a prétendu épouser. Cette pseudo-église peut bien s’acharner à réduire en esclavage l’unique Église, nous ne sommes pas dupes. Nous ne sommes pas de la Rome qui n’est plus dans Rome ; nous ne sommes pas de l’église apparente et polyvalente. Nous sommes de l’Église de toujours, de la Rome de toujours. Telle est l’âme de notre résistance. Telle est l’une des grandes vérités qui illuminent le livre de Madiran. Tel est aussi le sens de notre prière lorsque nous redisons les oraisons de la messe votive pro eligendo summo Pontifice. […]
La plupart des grands polémistes, Drumont, Péguy, Bernanos, travaillent d’ordinaire sur des états de mœurs plutôt que sur des textes. Madiran préfère travailler sur des textes : mais sa polémique ne va pas moins avant, ne creuse pas moins profond. Il lit les textes en effet – les textes de la pseudo-église – avec un tel soin, une telle patience, une telle dose d’objectivité et d’acribie, un si évident esprit de foi, qu’il les oblige à cracher leur venin. Ces textes révèlent alors l’état des mœurs dont ils témoignent et qui est proprement diabolique : faire muer l’Église, substituer « modernistiquement » une Église en devenir, fluante et polyvalente, à l’unam sanctam. Madiran dans un passage de son livre se plaint tout bas (p. 55) d’être peut-être le seul ou même effectivement le seul à poursuivre une lecture attentive des documents épiscopaux français. L’austérité de ce labeur est évidente.
Mais il est encore plus évident qu’elle est récompensée au centuple par la lumière rationnelle et surnaturelle que nous verse à flots sa lecture implacable. Grâce à lui nous recevons, avec quelle gratitude, la démonstration victorieuse que la vraie Église est sous la botte, qu’une église apparente, mondaine et maçonnique, s’acharne par tous les moyens à se faire identifier à l’Église unique et véritable. Grâce à lui le démarquage est réalisé ; nous sommes en mesure de ne plus être dupes, de tenir et de lutter dans la pleine lumière ; nous sommes capables de ne plus nous laisser impressionner le moins du monde par les menaces, pression, oppression et répression de la pseudo-église ; nous n’avons plus qu’un désir : vivre et nous sanctifier dans la véritable Église et lui rendre un beau témoignage, car rendre témoignage à l’Église c’est rendre témoignage à Jésus-Christ, puisque l’Église est Jésus-Christ répandu et communiqué ; nous comprenons un peu moins mal chaque jour, par l’intercession du Cœur Immaculé, que le Seigneur n’a permis que pour cette fin de témoignage et de sanctification l’épreuve présente de son Église.
In « Réclamation au Saint-Père », Itinéraires 190 (février 1975), p. 8-13.
(Le même numéro d’Itinéraires contient un article de Madiran, « Rome occupée », qui n’est pas moins explicite : « Cela, il faut que le sachent en toute clarté ceux d’entre nous qui iront en pèlerinage à Rome pour l’Année sainte. Il faut qu’ils sachent bien que Rome est occupée par l’ennemi […] Une Rome moderniste est installée au centre de la Rome éternelle, la réduisant au silence et parlant à sa place ; s’exprimant de préférence par la bouche ou la plume de prélats réputés traditionalistes, pour mieux décourager la fidélité chrétienne. »)
– Les organisations occultes d’une fausse Église
Puisque nous parlons de conciles et de réformes, disons qu’il importe assurément de distinguer entre conversion personnelle et réforme des abus. Mais il n’importe pas moins de saisir le lien entre les deux. C’est ainsi que, pour le concile de Trente, la réforme des abus n’a fini par aboutir que grâce à la vertu de quelques grands saints et à l’amendement intérieur de beaucoup de fidèles. C’est ainsi que, de nos jours, inversement, la fausse réforme que l’on veut imposer après le dernier concile, ne saurait être arrêtée si la résistance ne procédait pas d’une volonté délibérée de conversion personnelle. Sans une telle conversion comment échapper longtemps au scandale de certaines défections de l’autorité, aux pressions aussi tenaces que perfides d’une Église apparente ? Par ailleurs la réforme personnelle est le grand moyen, – non pas le seul, mais le premier de tous – de préparer les voies à la condamnation des erreurs, le démasquage et l’évincement des autorités parallèles, la mise en œuvre, assez vaste et au grand jour, de la tradition véritable. […]
Telle est notre foi dans l’Église : une et sainte, sans tache ni ride, sans lenteur ni vieillissement, sans à-peu-près ni insuffisance ; sans complicité pour l’erreur ni accommodement au péché, sans naïveté ou sottise en présence des sophismes captieux ou des organisations occultes d’une fausse Église, d’une Église apparente. – L’Église en laquelle nous croyons est toujours prête pour toutes les heures du temps du Salut, invulnérable aux erreurs et aux péchés du monde, d’une miséricorde que rien ne fatigue pour les âmes qui ont recours à elle. Son visage et son cœur gardent inaltérée la ressemblance de Notre-Dame, la vierge Mère de Dieu qui est son refuge, sa mère et sa reine.
In « Je crois à la sainte Église », annexe 1 de « Brève apologie pour l’Église », Itinéraires 316 (septembre 1987), p. 88 et 91.
U
Maurice Pinay : Une cinquième colonne
La plus perverse conspiration jamais réalisée contre la sainte Église est en passe d’être réalisée. Ses ennemis trament de détruire ses traditions les plus sacrées, en opérant des réformes aussi audacieuses et malignes que celles de Calvin, de Zwingle et d’autres grands hérésiarques, cela au moyen d’un faux zèle de « moderniser l’Église et de la placer à la hauteur de l’époque », mais en réalité avec le propos caché d’ouvrir la porte au communisme, d’accélérer la chute du monde libre et de préparer la destruction à venir du christianisme.
Tout ce projet qui apparaît incroyable, certains veulent le voir réalisé au cours du concile Vatican II, et nous sommes en possession d’évidences montrant comment tout a été tramé dans des réunions secrètes avec de hauts fondés de pouvoirs du communisme, de la maçonnerie mondiale, et de la puissance occulte qui tient les deux sous son contrôle.
Projetant de lancer un sondage préalable, ces gens là ont prévu de commencer par des réformes qui provoqueront le moins de résistance du coté des défenseurs de la sainte Église, et de poursuivre peu à peu sa transformation, en allant aussi loin que leur permettra la résistance opposée par ceux-ci.
Ils affirment en outre les choses même les plus incroyables pour ceux qui ignorent que ces forces anti-chrétiennes comptent à l’intérieur de la hiérarchie de l’Église sur une véritable cinquième colonne d’agents inconditionnellement au service de la maçonnerie, du communisme et du pouvoir occulte qui gouverne les deux, car ils indiquent que les cardinaux, les archevêques et les évêques de leur bord formeront une sorte d’aile progressiste dans le Concile et s’efforceront d’accomplir ces réformes perverses en surprenant la bonne foi et le désir de progrès de beaucoup de pieux Pères. Ils assurent que ce bloc progressiste qui se sera formé au début du Synode pourrait compter sur l’appui du Vatican, que ces forces anti-chrétiennes disent avoir sous influence.
Cela nous semble incroyable, et être, bien davantage le fruit d’une vantardise ostentatoire de la part des ennemis de l’Église que la réalité. Nous le mentionnons cependant, afin que l’on voie jusqu’où les ennemis de la sainte Église et du monde libre veulent aller. […]
Extrait de : Introduction et urgent avis au lecteur de l’édition italienne de Complotto contro la Chiesa (Complot contre l’Église), célèbre ouvrage de Maurice Pinay paru à Rome en 1962 et distribué alors aux Pères conciliaires.
U
Mgr Salvador Lazo : La Rome contrôlée par les francs-maçons
Je suis pour la Rome éternelle, la Rome des saints Pierre et Paul. Je ne veux pas suivre la Rome maçonnique. Le pape Léon XIII a condamné la franc-maçonnerie dans son encyclique Humanum Genus en 1884.
Je n’accepte pas non plus la Rome moderniste. Le pape saint Pie X a condamné le modernisme dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis, en 1907.
Je ne sers pas la Rome contrôlée par les francs-maçons qui sont les agents de Lucifer, le prince des démons.
Extrait de la Profession de foi de Mgr Salvador Lazo, écrite le 21 mai 1998 et adressée à Jean-Paul II (voir Le Sel de la terre 26, p. 162.)
[1] — Le père Calmel parle d’« Église apparente » et de « pseudo-église » dès 1966 ; le père Meinvielle, de « l’Église gnostique de la publicité » et d’un « pape présidant deux Églises » dès 1970 ; Mgr de Castro Mayer, d’une « nouvelle Église, essentiellement distincte de celle d’avant le Concile », dès 1971 ; Mgr Lefebvre, d’une « nouvelle Église qui n’est plus l’Église catholique » dès 1975. A partir de 1976 c’est le terme « Église conciliaire » qui prévaut depuis son utilisation par Mgr Benelli.
[2] — En 1976 Madiran défendait l’ancienne position. En 2003 il a adopté une position qui ressemble sur bien des aspects à la « nouvelle position ». Voir : « Jean Madiran et l’Église conciliaire » dans Le Sel de la terre 45, p. 36-41. Mais l’on sait que Madiran s’est séparé de Mgr Lefebvre après les sacres de 1988. Ce qui est nouveau depuis 2013, c’est que la 2e position de Madiran (« il n’y a pas d’Église conciliaire » : c’est là « une expression vicieuse », au moins en ce qu’elle laisse supposer « qu’il y aurait en présence deux Églises ». – « Il est loisible cependant de parler [de façon imagée] d’Église conciliaire », mais à condition de ne pas la contredistinguer de l’Église catholique) est maintenant défendue par ceux qui veulent continuer la ligne de Mgr Lefebvre.
[3] — Mgr Tissier de Mallerais : « L’Église conciliaire existe-t-elle ? », Le Sel de la terre 85 (été 2013), p. 2. C’est une définition par les quatre causes, tout à fait classique. L’abbé Gleize dans le Courrier de Rome 363 reproche – à tort – à Mgr Tissier de Mallerais de faire une pétition de principe, « une manière inopérante de raisonner » désignée sous le « nom de cercle vicieux ». Toute la suite de l’article de Mgr Tissier de Mallerais montre que cette société existe et réfute les objections contre son existence.
[4] — L’étude la plus complète sur l’Église conciliaire est celle de Mgr Tissier de Mallerais (voir la note précédente). On la trouve en ligne : http ://www.dominicainsavrille.fr/léglise-conciliaire-existe-t-elle. — On peut aussi consulter : « L’Église conciliaire est une Église bâtarde » dans l’éditorial du Sel de la terre 43, p. 2-3 ; l’éditorial du Sel de la terre 59, p. 3 : « Une hiérarchie pour deux Églises » ; Abbé Alain Lorans, « Un pape pour deux Églises » dans L’Église d’aujourd’hui, continuité ou rupture ?, Courrier de Rome, 2009.
[5] — Voir l’article de l’abbé Gleize : « Peut-on parler d’une Église conciliaire ? » paru dans le Courrier de Rome 363 de février 2013.
[6] — Dans l’ancien code, l’appartenance à la franc-maçonnerie entraînait une excommunication mineure, mais celle-ci ne suffisait pas à exclure de l’appartenance à l’Église, car il faut pour cela une excommunication majeure. Dans le nouveau code cette excommunication est supprimée (on se demande vraiment pourquoi) : l’appartenance à la franc-maçonnerie est considérée seulement comme un « péché grave » par la congrégation pour la Doctrine de la foi.
[7] — Quoiqu’on ait pu lire que l’Église conciliaire était « une contre-église dans l’Église » (Courrier de Rome 213, p. 3), ce qui nous paraît exagéré. Voir « Ecclésiologie comparée » dans Le Sel de la terre 1 (été 1992), p. 25.
[8] — « Ils n’ont cessé, en effet, de rechercher et de grouper en une association secrète de nouveaux adeptes, et d’inoculer avec eux, dans les veines de la société chrétienne le poison de leurs opinions, par la publication de livres et de brochures dont ils taisent ou dissimulent le nom des auteurs. » (Motu proprio Sacrorum antistitum du 1er septembre 1910.) Voir à ce sujet l’article de Christian Lagrave, « La tactique moderniste, de saint Pie X à Pie XI », paru dans Le Sel de la terre 89, été 2014, p. 36 sq.
[9] — Définition donnée par l’abbé Gleize dans le Courrier de Rome 213, p. 3.
[10] — http : //www.la-croix.com. (20 mars 2015.) Le texte complet se trouve dans Le Sel de la terre 92, p. 152-153.
[11] — Publié dans : Dom Antonio de Castro Mayer, Por um Cristianismo autêntico, São Paulo, Editora Vera Cruz, 1971, p. 360-362 et 365. Traduction par nos soins.
[12] — Le texte est reproduit dans la partie « Documents » de ce numéro du Sel de la terre.
* — L’expression « Église conciliaire » apparaît de très nombreuses fois dans les conférences données à Écône. Nous avons fait un choix assez restreint.
[13] — Il nous semble qu’il faut prendre cette expression de Mgr Lefebvre dans le sens : cette Église conciliaire mène au schisme. Dans ses réflexions postérieures, comme dans ses actes, Mgr Lefebvre n’a jamais considéré que tous les membres de l’Église conciliaire, à commencer par les papes, étaient formellement schismatiques ou hérétiques. (NDLR.)
[14] — C’est-à-dire qu’elle mène au schisme et à l’hérésie : voir la note précédente. (NDLR.)
[15] — Louis Salleron, « De l’affaire d’Écône à l’Église conciliaire » dans Itinéraires, n°209 (janvier 1977), p. 86-87.
[16] — Et que notre société soit avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ (1 Jn 1, 3).
[17] — Jean Madiran, Réclamation au Saint-Père, t. 2 de L’Hérésie du 20e siècle, Nouvelles Éditions Latines, 1974.

