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Actes du colloque du COSTAsur les reliques du Christ

 

 


Les auto-éditions COSTA (Cercle œcuménique et scientifique de la sainte Tunique d’Argenteuil) ont publié les Actes de leur dernier colloque sur les reliques du Christ, organisé en 2013 dans la ville carolingienne de Prüm. La date choisie pour leurs colloques est généralement le premier dimanche de la Passion : c’est dire qu’ils entendent vénérer les reliques qu’ils étudient dans leurs conférences. Cela laisse supposer que la dénomination « œcuméni­que » de l’association signifie qu’elle est ouverte à tous les scientifiques ayant un certain respect religieux pour Notre-Seigneur. L’ouvrage s’intitule Actes II parce qu’il s’agit des actes du deuxième colloque sur le sujet, le précédent ayant eu lieu en 2011 à Argenteuil, ainsi que le signale dans la préface le président de COSTA, Winfried Wermeling, que certains parisiens connaissent pour son organisation de pèlerinages à Argenteuil.

La ville de Prüm est, comme Argenteuil, une ville carolingienne. Elle abrite les reliques des sandales du Christ depuis Pépin le Bref, père de Charlemagne. Le colloque, qui consistait en une journée de conférences, s’est ouvert par un historique de la relique des sandales. En fait d’historique, ce fut plutôt celui de la ville, avec mention des événements concernant la relique.

 

Sous l’or de la Sandale de Prüm

 

L’exposé suivant, Sous l’or de la sandale de Prüm, constitue l’unique conférence véritablement scientifique du colloque. Elle occupe la moitié de l’ouvrage : une centaine de pages, dont plus de cinquante pour les figures. Le professeur Lucotte, de l’Institut d’anthropo­logie moléculaire de Paris (science annexe à la médecine légale), entre dans le vif du sujet sans présentation préalable de l’objet. Il commence par décrire certains éléments de la photographie de la sandale (pour le lecteur, située cinquante pages plus loin…). On voit une forme qui peut recouvrir une semelle, mais on ne sait pas très bien ce qui appartient au reliquaire (une enveloppe de cuir) ou à la sandale.

La première partie de la conférence consiste en un rapport scientifique minutieux des analyses effectuées pour découvrir ce qu’il y a sous l’enveloppe du reliquaire, en profitant d’une entaille ancienne faite dans cette enveloppe. Des prélèvements de poussières et de fragments ont été faits à l’aide de sparadrap et observés au microscope électronique grossissant plusieurs centaines à plusieurs milliers de fois. Un spectre établi par micro-fluorescence aux rayons X a mis en évidence les éléments atomiques des constituants et permis de connaître leur nature. C’est un peu austère à lire ; la conférence orale était certainement plus agréable et plus facile à suivre. 

L’interprétation des résultats et la conclusion sont fort encourageantes. Les examens ont en effet permis de déterminer : 1) la nature de l’enveloppe reliquaire, faite de cuir d’agneau ; 2) la présence de fils de soie, de fils de chanvre et de colle de poudre d’os ; 3) la nature de l’or recouvrant la sandale (il s’agit principalement d’électrum, alliage très précieux d’or et d’argent connu depuis l’antiquité) ; enfin, 4) la présence de cristaux d’arago­nite, constituant majoritaire du travertin, roche calcaire friable que l’on trouve sur le sol de Jérusalem. Tout cela dans une échancrure… Voilà qui encourage à continuer les recherches. Ce n’est pas tout : le professeur a découvert l’auteur de l’échancrure ! Probablement un dignitaire ecclésiastique, propriétaire de la relique, opérant sa découpe en forme de crosse pour savoir le contenu du reliquaire et œuvrant soigneusement avec des ciseaux d’acier. Ces découvertes laissent cependant notre curiosité insatisfaite, car elles ne nous font connaître que bien peu de choses de la relique elle-même. Mais cette étude n’est qu’un début qui pourra être exploité plus tard. En attendant la suite, le lecteur persévérant aura vu de ses yeux, aidés de puissants microscopes, le travail patient, réfléchi, rigoureux et minutieux qui a présidé à ces trouvailles.

 

Les reliques en tissu

 

La conférence suivante confirme la difficulté de la recherche sur les reliques en tissu : il faut séparer la relique du reliquaire, connaître le contexte historique et religieux, prendre son temps… La conférencière, Mechthild Flury-Lemberg, fait part de son expérience d’exper­te en la matière, en comparant différentes reliques [1].

Le lecteur découvre ainsi ce que l’on sait de la sainte Robe de Trèves (la robe du Christ conservée dans la cathédrale de Trèves) – c’est-à-dire peu de choses. Quelques faits d’histoire d’abord : elle est mentionnée dès le 11e siècle, emmurée en 1196, réapparue dans les textes au 16e. Quant à la relique proprement dite, nous apprenons qu’elle est en fibres de laine et qu’elle a été insérée dans différentes couches de gaze ou de taffetas de soie, fixées elles-mêmes sur une toile de lin. Toutes ces protections forment comme un reliquaire, dont l’état renseigne aussi sur les aléas de l’histoire. Au 19e, sa protection a été renforcée à la colle de caoutchouc, entraînant une perte irrémédiable des couleurs.

La conférencière a évoqué ensuite le Linceul de Turin : matériau, tissage, pliage, représentation iconographique, marques des dégradations par le feu ou l’eau, les sujets d’étude ne manquent pas.

Puis, c’est au tour de la chasuble de saint Ulrich : Mme Flury-Lemberg montre qu’elle ne peut pas avoir servi au saint en son état actuel, mais qu’elle renferme des fragments de soie pourpre qui proviennent sans doute du vêtement d’origine.

Pour finir, la conférencière évoque une émouvante découverte : la dernière bure de saint François est couverte de « rustines » parce qu’elle a été rapiécée par sainte Claire qui a taillé dans son manteau (après sa mort notamment).

Quelques remarques critiques : Au cours de cette intervention (relative, rappelons-le, aux reliques du Christ), l’auteur a cru bon de prendre l’exemple d’un statuette bouddhiste pour établir une ressemblance avec les autres religions ! Ce qui compte, a-t-elle expliqué, c’est « l’objet de mémoire », qui remplit tout son office s’il nous rappelle l’être aimé ou admiré (« Leur grande valeur [des reliques] réside dans le fait qu’elles sont pour beaucoup de personnes des souvenirs »). Pourtant le métier de cette experte n’est pas seulement d’œuvrer à la conservation des reliques, mais de participer à leur authentification, c’est-à-dire d’assurer leur véracité objective. De même, à propos du linceul, elle soutient qu’« on ne peut apporter la preuve que Jésus-Christ [y] a demeuré ». Et elle conclut, à la manière protestante : « Même si nous pouvions être sûrs [de son authenticité], il ne serait quand même pas plus qu’un mémorial, une pièce de souvenir, un objet qui parle du Christ, une toile, qui – comme la Bible – [relate] la passion de Jésus ». Mais si le divin maître en est réellement l’auteur, cela n’en change-t-il pas la valeur du tout au tout [2] ?

Il faut, hélas, dire aussi un mot sur le style maladroit, rempli de germanismes, les fautes de temps qui corrompent le sens des phrases, l’emploi de prépositions impropres et les répétitions nombreuses qui rendent la lecture pénible et difficile. Quel dommage qu’une meilleure traduction (ou transcription) n’ait pas été faite !

 

Du Linceul de Turin au Suaire d’Oviedo

 

Michael Hesemann (qui n’est pas présenté), a ensuite récapitulé de manière vivante et imagée l’histoire du Linceul de Turin et les découvertes dont il a été l’objet, depuis la fameuse photographie qui révéla le caractère négatif de l’image, à savoir : la trace de pollens d’origine palestinienne ; la présence de sang humain ; l’iden­tification d’un fragment d’ADN caractéristique de la descendance d’Aaron ; la qualité de la toile de lin ; l’image tridimensionnelle obtenue sur un ordinateur de la NASA ; la marque des pièces de monnaie sur les yeux.

L’épisode de la datation au carbone 14 (le linceul daterait du Moyen-Age !) a évidemment été évoqué, avec des explications permettant de comprendre comment on a pu en arriver à cette solution contradictoire avec toutes les autres conclusions scientifiques : la présence de fils de coton montre que les échantillons prélevés contenaient en partie des raccommodages, et le linge aurait été contaminé par un manteau comme l’indiquent des restes de bactéries. L’évangé­liaire nommé Codex Pray, qui représente sans conteste le linceul, infirme à lui seul cette datation bizarre.

Une autre preuve est le lien manifeste entre le linceul et le Suaire d’Oviedo, conservé dans cette ville depuis le 8e siècle. Le conférencier explique qu’il s’agit de l’empreinte d’une face ensanglantée sur une toile pliée à peu près au milieu, et qui probablement fut d’abord nouée. Mais on ne nous donne pas d’information ni d’image décrivant le suaire dans son ensemble. Les images présentées montrent seulement des tâches de sang. En tout cas, la correspondance de ces taches avec le linceul est frappante. Pour l’obtenir, un artiste espagnol a reconstruit minutieusement le visage du Christ à partir du linceul. A elle seule, cette œuvre réaliste a de quoi faire méditer… Elle permet de constater que Notre-Seigneur avait perdu toute beauté. Quelques pages plus loin, on voit une autre réalisation du même artiste : le même visage, débarrassé des traces de la passion. A quelques pages de distance, ces deux visages résument la passion et font comprendre ce que les âmes ont coûté à Notre-Seigneur. Il eût été judicieux d’ajou­ter à cet endroit quelques références, en renvoyant notamment aux travaux du docteur Barbet (La Passion selon le chirurgien). Signalons une erreur : il est dit que Joseph d’Arimathée (sic) porte le patibulum à la place de Jésus.

Enfin l’énigme de la formation de l’image est expliquée : ce n’est ni une peinture ni une empreinte (il y aurait distorsion de l’image en redéployant le linge enveloppant le visage), mais une image de type photographique, provenant d’un rayonnement venu droit du Christ. Des illustrations intéressantes viennent à l’appui de ces explications, mais elles sont dépourvues de légende et, par suite, incompréhensibles. Même si cette présentation se veut plus didactique que proprement scientifique, il est regrettable que dans des Actes on n’ait pas respecté une plus grande rigueur.

 

La sainte Tunique d’Argenteuil

 

Winfried Wuermeling expose ensuite, en dix-sept pages brèves et abondamment illustrées (plus de 40 images), ce qu’est la sainte Tunique d’Argenteuil et d’où elle vient. Offerte par l’impératrice Irène de Constantinople à Charlemagne, elle a survécu aux Normands (elle fut emmurée pendant deux siècles et demi), aux huguenots et aux révolutionnaires (grâce à un prêtre – jureur ! – qui l’enterra dans son jardin après l’avoir coupée en morceaux). Telle qu’elle se présente actuellement, la tunique est un assemblage de vingt pièces (toutes n’ont pas été retrouvées). Une basilique récente l’abrite et accueille les pèlerins : les ex-voto témoignent des nombreux miracles, mais aucune messe n’est dite à autel de la sainte tunique depuis 1960. Parmi ses dévots, saint Louis a inauguré l’humble coutume de faire toucher son chapelet par la tunique ; Pie IX a obtenu un grand morceau de l’étoffe.

Au point de vue scientifique, une étude a été commandée en 2004 par l’évêché, la préfecture, le Patrimoine de Paris et la mairie d’Argenteuil (dont les armes contiennent une figure de la sainte tunique). Le verdict fut le suivant : le tissage est sans couture, con­forme à ceux datés des premiers siècles de l’ère chrétienne, mais l’âge radio-carbone est du 6e siècle. Le diable portant pierre, de nombreux chercheurs se sont mis à étudier cette relique, dont le professeur André Marion (†) qui a mis en évidence les traces de sang, et le professeur Marie-Claire van Oosterwijck qui a révélé que le test au carbone 14 était faux. C’est lors du colloque COSTA de 2005 que ces résultats ont été publiés. Depuis 2005 également, et notamment sous l’impulsion de COSTA, les pèlerinages à la sainte tunique ont repris, généralement le premier dimanche de la Passion.

Ainsi, comme pour les sandales du Christ, la sainte Tunique d’Ar­genteuil – il s’agit de la tunique intérieure, tandis que la sainte Robe est la tunique extérieure – n’a encore livré que ses premiers secrets. Le bon Dieu semble avancer ses pions dans le jeu de la science des hommes et nous réserver de belles surprises ! La pièce maîtresse en est bien sûr le Linceul de Turin, autour duquel gravitent les autres reliques.

 

Le Voile de Manopello

 

La dernière conférence (du R.P. Joseph Laüfer) est une méditation à partir du Voile de Manopello, dont la correspondance avec le linceul est étonnante. Le voile de Manopello représente une sainte face. L’image semble au premier abord naïve : le visage est fortement asymétrique, avec de grands yeux ; les contours du nez, des yeux et de la bouche, bien formés, se démarquent nettement des parties claires (front et joues) qui sont au contraire sans volume. La bouche est entrouverte, un peu mollement. Les yeux nous regardent, et ce regard, souligné par le blanc visible sous l’iris, nous invite à le contempler en retour.

Les proportions et les traits sont sans aucun doute, mais d’une manière étrange et captivante, ceux du Christ. Car l’image se superpose parfaitement à celle du linceul, à condition de respecter le bon côté, à cause de l’asymétrie [3]. Les yeux sont dans les yeux, la bouche sur la bouche, le nez sur le nez, avec sa blessure. Il faut en effet préciser que le Voile de Manopello est en soie transparente et qu’il peut donc se voir des deux côtés indifféremment.

Cette correspondance avec la face du linceul est un indice d’au­thenticité. Mieux – mais le conférencier n’a pas souligné cet aspect –, ces deux reliques apparaissent complémentaires : le voile semble destiné à se superposer au linceul : en effet, le visage du linceul est, contrairement à celui du voile, charpenté, et les joues, osseuses et tuméfiées, sont celles d’un ascète. Les arcades sourcilières ont une épaisseur que le voile ne fait que souligner (surligner) d’un trait fin. La face du linceul est celle d’un mort, mais celle du voile est pleine de vie. D’un côté l’ascèse, de l’autre la douceur. D’un côté les marques aiguës de la passion, de l’autre, leur estompage. D’un côté, un corps rayonnant d’une énergie mystérieuse, de l’autre un visage humain animé par un regard profond, comme divin. Car ce visage nous regarde et nous parle : en l’obser­vant, on ne peut se défaire de cette impression.

 

Ces Actes sont intéressants par les liens qu’ils établissent entre toutes les reliques du Christ. On peut regretter cependant que, par manque de temps ou de moyens, la publication n’en soit pas plus soignée et rigoureuse, aussi bien dans la présentation des documents annexés qu’en ce qui concerne la rédaction et le style des interventions qui laissent souvent à désirer.

 

Matthieu Halard

 

 

Didier Huguet, Winfried Wuermeling, Actes II : Textes du colloque « Les Reliques du Christ » du 16 mars 2013 à Prüm, Éditions Pro BUSINESS, 2014, 214 p., ISBN : 978-3-86386-649-5.


[1] — Il est dommage que la qualité des conférenciers doive être devinée en lisant les conférences. Nulle part il n’en est fait mention, ni dans les en-têtes de conférences, ni dans les sommaires des colloques précédents.

[2] — Dans le même ordre d’idée, il n’est pas rare d’entendre ce propos moderniste : même si la relique se révélait un faux, ce ne serait pas grave, l’Église aurait eu raison d’en approuver le culte, car, ce qui compte, c’est sa signification pour la mémoire des chrétiens.

[3] — L’explication donnée à ce sujet est formulée de manière erronée : le côté percé par la lance sur le linceul est le côté droit, encore faut-il préciser côté droit du linceul et non du corps, car c’est le côté gauche du corps. A partir de ce constat, il ne faut pas dire que le côté doit être inversé du fait que le linceul est un négatif photographique et que les négatifs inversent les côtés ; c’est plutôt parce que la formation par rayonnement droit ou frontal entraîne que l’image est comme celle donnée par un miroir, l’inversion des clairs et des obscurs n’ayant pas de pertinence ici.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 93

p. 188-193

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