+ Mystiques franciscains
Une courte biographie précède les écrits de chaque mystique, replacé ainsi dans son cadre historique et dans la spiritualité de l’époque. Toujours d’une analyse précise et mettant l’accent sur l’essentiel, Ivan Gobry nous guide avec bonheur dans cet univers spirituel tant il a étudié les grandes figures de la chrétienté et publié d’ouvrages historiques, philosophiques et religieux. Il y ajoute une note personnelle et souvent poétique en assurant des fréquentes traductions du latin et de l’italien.
Point de classification thématique pour ces écrits mystiques qui se répartissent en trois axes majeurs : les expériences mystiques, les effusions... « de l’âme pleine de Dieu ou avide de Dieu », et les enseignements qui canalisent les élans et les assagissent.
Ainsi, chaque lecteur y trouvera-t-il nourriture, enthousiasme et discipline pour son âme suivant ses dispositions et les grâces de Dieu.
C’est par une prière de saint François d’Assise (1182-1226) que s’ouvre naturellement ces pages :
Seigneur, je vous en prie, que la force brûlante et douce de votre amour absorbe mon âme […] afin que je meure par amour de votre amour, puisque que vous avez daigné mourir par amour de mon amour.
Dans le dernier chapitre, Ève Lavallière (1866-1929) apparaît comme une Marie-Madeleine contemporaine : cœur ardent, elle quitte une vie de péché pour atteindre les cimes de l’amour :
Oui, Seigneur, j’ose vous le dire, tout ce que vous avez fait pour moi ne serait rien si, à mon tour, je ne vous aimais pas ; […] car tout mon être crie après cet amour, comme l’affamé après un morceau de pain. Ô Amour, Amour, donnez-moi votre flamme ; que je brûle, moi aussi pour vous…
Si les mystiques italiens (Toscane, Ombrie...) sont largement représentés, toute l’Europe apporte une magnifique contribution à l’éclosion de la vie mystique et tous les types de sainteté illustrent la munificence de Dieu : saints au berceau comme sainte Véronique Giuliani (1660-1727) et la bienheureuse Marie-Crescence Höss (1682-1744), saints repentis après une vie dissipée comme la bienheureuse Angèle de Foligno (1249-1309), saints savants théologiens tel saint Bonaventure (1221-1274), saints passionnés comme le bienheureux Raymond Lulle (1235-1315), saints poètes comme Jacopone de Todi (1230-1306), auteur du Stabat Mater.
Ce livre est un véritable enchantement où chacun peut y puiser réconfort, méditation, réflexion et sagesse. La variété des textes et des sensibilités convient à notre penchant à picorer ici et là, à survoler, à feuilleter, ce qui n’exclut pas l’envie d’approfondir la connaissance de certaines figures. La satisfaction vient aussi de l’écriture qui, marquée du sceau de la foi, garde l’empreinte de son époque, de son pays : tour à tour fleurie, didactique, savante, maniérée, primesautière ou intime.
Vivant dans le monde ou retiré dans un monastère, chacun porte la marque de son siècle. On pourrait en faire une exercice littéraire. Ainsi en est-il également des écoles de spiritualité.
Si certaines pages semblent moins attrayantes, c’est que la mystique y est plus retenue, l’âme apparaît comme un fleuve domestiqué qui conduit vers une contemplation plus dépouillée.
On aurait aimé voir un index alphabétique des écrivains, permettant de retrouver facilement leurs écrits. Un index thématique aurait été utile (par exemple : la croix, la joie, le repentir...).
Les auteurs mystiques présentés (une cinquantaine) ne sont pas tous placés sur les autels, mais tous ont été reconnus par l’Église comme d’authentiques chrétiens.
De tous, fougueux ou pondérés, fantaisistes ou scolastiques, nous avons à apprendre de grandes choses ; qu’ils soient nos intercesseurs pour en obtenir une plus lumineuse intelligence ! [I. Gobry.]
A lire, à savourer dans les joies et les peines, les désolations et les élans. Un livre qui fait du bien.
B. Guérin
Ivan Gobry, Mystiques franciscains, Paris, Artège, 2013, 261 p., 18 €.

