Le féminisme contre la famille
par Christian Lagrave
Cette conférence, dont une version abrégée fut lue aux Journées Jean Vaquié 2014, résume une série d’articles que l’auteur fit paraître en 1982 dans les numéros 301 à 307 de la revue Lectures Françaises, sous le titre « Féminisme, avortement et franc-maçonnerie » ; le sujet y était traité jusqu’à 1973. Étant donné l’ampleur du sujet, la présente étude s’arrête à 1914, mais les principales caractéristiques du mouvement féministe étaient déjà parfaitement évidentes à cette date.
Le Sel de la terre.
Qu’est-ce que le féminisme ?
Le féminisme est une utopie. Il en présente les deux caractéristiques essentielles : il ne tient aucun compte du réel, en l’occurrence la nature humaine, et il prétend atteindre un but impossible : supprimer toute distinction entre les hommes et les femmes. Toutes les utopies sont meurtrières et le féminisme ne déroge pas à cette règle car il détruit littéralement la femme qui se laisse séduire par ses mensonges : il détruit toujours son âme, et souvent son corps. Le féminisme détruit la personnalité authentique de la femme en niant sa féminité et en faisant une caricature : celle de l’homme qu’elle ne pourra jamais être. Naturellement le féminisme détruit la famille, il tue souvent l’enfant, et il détruit l’homme également.
Nous allons voir que le féminisme s’insère parfaitement dans le mystère d’iniquité car il émane de celui qui est « menteur et homicide dès le commencement ».
I. – Pourquoi et comment détruire la famille ?
Le plan de Dieu et le plan du démon
• Le plan de Dieu
« Dieu créa l’homme à son image : il le créa à l’image de Dieu : il les créa mâle et femelle », nous dit la Genèse. Ainsi dès le commencement Dieu établit une distinction entre ces deux êtres qu’il crée : cette distinction a-t-elle pour but d’établir une opposition entre eux, une rivalité, une guerre ? Bien au contraire ! Ils sont destinés à s’aimer. En voyant Ève, Adam s’écrie : « Celle-ci est os de mes os et chair de ma chair ! »
Et le Saint-Esprit commente, par l’intermédiaire du rédacteur inspiré de la Genèse : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair. »
Plus tard, citant ces passages, Notre-Seigneur concluait : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Lc 19, 6).
Et dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul ajoutait :
Que les femmes soient soumises à leur mari comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l’Église. […] Maris aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle. […] Les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Qui aime sa femme s’aime lui-même. Personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la soigne. […]
L’épouse s’est vue assigner par Dieu un rôle qui est à la fois merveilleux et irremplaçable : participer au plan divin sur ce monde en donnant la vie, ainsi que Dieu l’a prescrit à nos premiers parents « croissez et multipliez ». L’épouse porte les enfants dans son sein, les met au monde, les nourrit et les élève : elle en éprouve un besoin très fort car c’est sa mission et Dieu l’a organisée pour cela.
L’époux, lui, coopère à cette mission mais il n’engendre pas dans sa chair : il nourrit et préserve sa famille en travaillant de ses mains ou de son cerveau, en bâtissant, en créant, au besoin en combattant : il en a besoin car Dieu l’a organisé pour cette mission.
Les aptitudes, les goûts et les besoins des époux sont forcément différents puisque leurs rôles sont complémentaires pour réaliser le plan de Dieu qui est un plan d’amour et de vie.
• Le plan du démon
Le plan du démon est un plan de haine et de mort qui va consister à renverser l’ordre naturel des choses.
Il y a quelques décennies, un auteur dont j’ai malheureusement oublié le nom faisait cette réflexion : « Là où Dieu unit, le démon sépare et là où Dieu sépare, le démon unit. »
Il est facile de vérifier la justesse de cette observation en constatant qu’aujourd’hui les agents du démon s’efforcent frénétiquement de réduire à un seul être androgyne [1] les deux sexes que Dieu a séparés : pour cela, ils s’acharnent à persuader la femme qu’elle « un homme comme les autres » et l’homme qu’il est « une femme comme les autres ». Nous voyons les organisations féministes, appuyées par les pouvoirs publics et les média, s’évertuer à abolir la distinction entre les sexes au nom de l’égalité et de la non-discrimination, en prêchant l’idéologie du « gender » et en prônant les pratiques homosexuelles.
En même temps, nous voyons ces mêmes organisations féministes, appuyées par ces mêmes pouvoirs, s’appliquer à séparer les deux êtres dont Dieu a décrété l’union, en facilitant le divorce et en généralisant la corruption des mœurs grâce à la pornographie.
Nous voyons les organisations féministes, les pouvoirs publics et les média introduire la révolte et la discorde dans le foyer conjugal, s’acharner à persuader la femme qu’elle est une victime séculaire de l’oppression masculine à cause de son état d’épouse et de mère : que cet état constitue une injustice qui l’infériorise par rapport à l’homme, et qu’elle doit donc non seulement se révolter contre le chef de famille, mais encore refuser ou au moins réduire au minimum ce qui constitue l’essence même de sa mission de femme.
Nous voyons une propagande permanente pousser les femmes à refuser le don de la vie grâce à la contraception et à l’avortement. Nous voyons une pression sociale intense contraindre les femmes à délaisser leur famille et leur foyer au profit d’un travail salarié présenté comme une libération, alors qu’il constitue trop souvent un esclavage.
• Les grands axes de l’offensive démoniaque
Les conséquences de cette politique infernale sont les bouleversements que nous pouvons constater dans les mœurs, dans la culture et dans les lois. Bouleversements si graves qu’ils constituent de véritables révolutions : révolution sociale, révolution des mœurs dite révolution sexuelle, révolution culturelle et révolution législative [2].
Le but de ces révolutions, comme celui de toutes les révolutions, est d’anéantir les lois divines dans l’ordre naturel : les révolutions sont des conséquences dont la grande cause est la révolte contre Dieu et contre ses lois.
Les lois divines se traduisent ici-bas dans l’ordre surnaturel et dans l’ordre naturel. L’ordre surnaturel c’est tout ce qui nous prépare directement à la vie céleste, tout ce qui nous relie à Dieu.
L’ordre naturel nous permet d’organiser notre vie terrestre conformément à la volonté de Dieu, nous aide indirectement dans la poursuite de nos fins surnaturelles. La famille est d’ordre naturel, comme la propriété privée ou le pouvoir public.
Dénaturer le mariage, arracher les enfants à leurs parents, corrompre les mœurs, c’est détruire la famille et remplacer l’ordre naturel d’origine divine par un désordre antinaturel d’origine démoniaque.
En détruisant la famille, on travaille plus efficacement pour le démon qu’en supprimant la propriété privée par le socialisme ou en supprimant l’État pour établir l’anarchie, car la famille est la cellule fondamentale de la société.
Les révolutionnaires bolcheviks l’avaient parfaitement compris et le congrès du Komintern du 16 novembre 1924 proclamait : « Aucune révolution ne sera possible tant que la famille et l’esprit familial existeront [3]. »
La femme étant tout naturellement la gardienne du foyer et le pilier de la famille, c’est à elle que devait s’attaquer prioritairement la subversion pour réussir : là encore les bolcheviks l’avaient compris et le journal L’Humanité du 16 novembre 1924 écrivait : « Toute tentative révolutionnaire est vouée à un échec certain si elle n’est pas soutenue par la femme [4]. »
Nous allons essayer de montrer comment l’idéologie féministe a été créée et instrumentalisée pour accomplir cette œuvre de mort.
Les origines : des gnostiques aux saint-simoniens
• Des gnostiques aux révolutionnaires
On trouve les origines de cette œuvre de mort dans La République de Platon, qui prônait la communauté des biens et des femmes et voulait arracher les enfants à leurs parents. Il écrivait par exemple :
Les femmes de nos guerriers seront communes toutes à tous : aucune d’elles n’habitera en particulier avec aucun d’eux : de même les enfants seront communs, et les parents ne connaîtront pas leurs enfants ni ceux-ci leurs parents [5].
De plus Platon prescrivait l’infanticide à l’encontre des mal-conformés ou des inaptes.
On rencontre des idées semblables chez la plupart des gnostiques, surtout les marcionites et les manichéens, et ensuite chez leurs continuateurs du Moyen Age comme les cathares. Pour ces gnostiques, nous dit Bossuet :
Comme nos corps venaient du mauvais principe, […] il n’était pas permis d’avoir des enfants, […] de sorte que le mariage, ou plutôt la génération des enfants était défendue. [6]
Si beaucoup de ces hérétiques affectaient la vertu et la continence, en réalité, nous explique encore Bossuet :
L’autre caractère des Manichéens est qu’ils savaient cacher ce qu’il y avait de plus détestable dans leur secte avec un artifice si profond, que non seulement ceux qui n’en étaient pas, mais encore ceux qui en étaient, y passaient un long temps sans le savoir. Car sous la belle couverture de leur continence, ils cachaient des impuretés qu’on n’ose nommer, et qui même faisaient partie de leurs mystères. Il y avait parmi eux plusieurs ordres. Ceux qu’ils appelaient leurs auditeurs ne savaient pas le fond de la secte ; et leurs élus, c’est-à-dire ceux qui savaient tout le mystère, en cachaient soigneusement l’abominable secret, jusqu’à ce qu’on y eut été préparé par divers degrés [7].
Cet héritage maudit se transmettra ensuite d’âge en âge et comme le constatait sous le Second Empire l’abbé Freppel, futur évêque d’Angers :
Les extravagances de Fourier, de Saint-Simon et d’autres utopistes modernes, touchant la réhabilitation de la chair, la communauté des femmes, etc., ne font que reproduire mot pour mot les théories morales de certaines écoles gnostiques, telles que les nicolaïtes et les carpocratiens [8].
Plus près de nous, au 18e siècle, de nombreux membre de la secte dite des « philosophes », posèrent en principes la souveraineté du désir et la liberté du plaisir avec pour corollaires l’abolition du mariage et de la famille, cela au nom des Droits de l’homme, de la liberté et de la nature.
Le plus radical de ces philosophes fut un moine bénédictin, Dom Deschamps qui commença à diffuser ses idées vers le milieu du 18e siècle : protégé par le marquis de Voyer d’Argenson, il sut établir à partir du château des Ormes, en Poitou, une société secrète politico-militaire qui en liaison avec le duc de Choiseul, noyauta l’armée et la haute noblesse, et répandit dans les milieux religieux et les salons philosophiques de Paris, les manuscrits de Dom Deschamps qui réclamait l’abolition du mariage et de la famille, une totale liberté sexuelle et la communauté des femmes de manière, écrivait-il, à « nous procurer la jouissance la plus facile » [9], l’autorisation de l’inceste considéré comme une chose naturelle [10] et la communauté des enfants enlevés aux parents dès le plus jeune âge.
Certaines de ces idées furent reprises par des théoriciens subversifs comme Morelly, dans son Code de la Nature paru en 1755, ou Adam Weishaupt, créateur des Illuminés de Bavière, et surtout par le tristement célèbre marquis de Sade qui, dans un texte écrit en 1795 intitulé Français encore un effort pour être républicains proposait d’anéantir le christianisme, de restaurer le paganisme antique, d’abolir la pudeur, de généraliser l’immoralité, et même de la rendre obligatoire, d’encourager l’avortement et l’infanticide, d’abolir le mariage et la famille et d’obliger toutes les femmes, et même les fillettes impubères, à se prostituer à tout homme qui en ferait la demande.
Nous allons rencontrer par la suite, et jusqu’à notre époque, ces obsessions mortifères chez la plupart des agents de la subversion : supprimer la vie par la contraception, l’avortement, l’infanticide et l’euthanasie et tuer les âmes en diffusant tous les vices et toutes les perversions.
• Des révolutionnaires aux Carbonari
Dans la seconde moitié du 18e siècle, la propagande du parti philosophique répandue par les salons et par les loges maçonniques dites « d’adoption » contribua fortement à subvertir les mentalités féminines surtout dans les classes aisées. Les idées révolutionnaires trouvèrent donc un terrain bien préparé, chez les femmes comme chez les hommes.
Les féministes modernes font grand cas de celles qu’elles considèrent comme des pionnières de leurs mouvements, à savoir les intellectuelles du parti philosophique, comme Olympe de Gouges, auteur d’une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et apologiste de la suppression du mariage, mais aussi les émeutières de la Révolution, comme la prostituée Théroigne de Méricourt, ou les sinistres « tricoteuses » de la guillotine, les enragées hébertistes du Club des citoyennes républicaines révolutionnaires, comme la comédienne Claire Lacombe ou la chocolatière Pauline Léon.
Ces femmes s’agitèrent beaucoup mais n’eurent aucune influence politique réelle. Les révolutionnaires d’alors estimaient n’avoir nul besoin de ces viragos : ils interdirent les associations politiques féminines, expédièrent les plus excitées en prison et envoyèrent à la guillotine Olympe de Gouges qui s’était compromise avec les Girondins.
Ce ne fut qu’après la Révolution que les états-majors de la subversion finirent par comprendre que pour révolutionner la société, il était essentiel de s’emparer de l’esprit des femmes car elles n’avaient presque pas été atteintes par la déchristianisation. Les Carbonari italiens furent, les premiers à diffuser ce mot d’ordre dans les années 1820-1830 :
Pour abattre le catholicisme, il faut commencer par supprimer la femme. Le mot est vrai dans un sens, mais puisque nous ne pouvons supprimer la femme, corrompons-la avec l’Église [11].
La corruption des mœurs est donc une nécessité :
Popularisons le vice dans les multitudes. Qu’elles le respirent par les cinq sens, qu’elles le boivent, qu’elles s’en saturent… Faites des cœurs vicieux et vous n’aurez plus de catholiques [12].
Double avantage, on détruira la famille tout en facilitant le recrutement maçonnique :
L’essentiel est d’isoler l’homme de sa famille, de lui en faire perdre les mœurs… après l’avoir séparé de sa femme et de ses enfants, et lui avoir montré combien sont pénibles tous les devoirs, vous lui inculquez le désir d’une autre existence… Quand vous aurez inculqué dans quelques âmes le dégoût de la famille et de la religion (l’un va presque toujours à la suite de l’autre) laissez tomber certains mots qui provoqueront le désir d’être affilié à la loge la plus voisine [13].
• Des Carbonari aux saint-simoniens
En 1821, la première Vente de Carbonari fut créée à Paris, par deux jeunes francs-maçons, Joubert et Dugier, qui s’étaient fait initier à Naples [14] : ils établirent un comité directeur de sept membres parmi lesquels siégeait un jeune commis d’octroi, Saint-Amand Bazard, qui, comme eux, avait fait partie de la loge maçonnique Les Amis de la Vérité. Après l’échec du grand complot carbonaro de 1822, l’ultragauche changea de tactique et essaya des méthodes plus prudentes : c’est alors que Bazard se rallia aux théories socialistes du comte de Saint-Simon [15]. Ce célèbre utopiste franc-maçon diffusait des idées étonnamment modernes puisque dans sa Réorganisation de la société européenne, publiée en 1814, il prévoyait un parlement européen, dans son Catéchisme des Industriels (1823) il préconisait de confier le pouvoir politique aux chefs d’entreprises et aux ingénieurs et de supprimer la propriété héréditaire au profit de l’État, enfin dans le Nouveau Christianisme, il proposait de réhabiliter la matière au détriment de l’esprit et de réformer la religion en transformant la morale de manière à laisser libre cours aux passions et à la recherche du bien-être : en bref, le père spirituel de nos technocrates modernes !
Saint-Simon mourut en 1825, mais ses principaux disciples réunis autour de Bazard et de Prosper Enfantin entreprirent de développer et de diffuser sa doctrine dans un ouvrage collectif, L’Exposition de la doctrine de Saint-Simon, et dans des journaux, Le Producteur puis Le Globe. Bazard allait se séparer du groupe en 1831 et mourut l’année suivante, mais la leçon des Carbonari ne fut pas perdue pour autant, et Enfantin, suivant d’ailleurs logiquement la « morale » de Saint-Simon, réclama « l’affranchissement » de la femme, c’est-à-dire la fin de la fidélité conjugale et même du mariage, et la suppression de tous les interdits sexuels : en effet, « tant que la femme ne serait pas libérée de la loi de fidélité elle serait esclave, car la fidélité ne tient pas compte des instincts de la nature humaine [16]. »
Cette prétendue libération n’était en fait qu’une corruption et Enfantin avait bien compris qu’il fallait corrompre l’âme féminine pour assurer la victoire de son système puisqu’il proclamait : « C’est l’affranchissement des femmes qui signalera l’ère saint-simonienne : ce sont elles qui contribueront le plus à son installation [17]… »
Cent quatre-vingts ans après, le programme de Saint-Simon est réalisé : nous avons le parlement européen, les technocrates au pouvoir, la suppression progressive de la propriété, le matérialisme religieux et la « nouvelle morale » qui a établi la corruption généralisée sous prétexte de « libération sexuelle » !
Enfantin ne fut d’ailleurs pas le seul, à cette époque, à préconiser la corruption comme moyen d’action : l’utopiste socialiste Charles Fourier, bien qu’adversaire de Saint-Simon, rêvait aussi d’établir dans ses phalanstères la communauté sexuelle qui en eut fait « d’immenses lupanars » ; il influença certaines féministes, surtout aux États-Unis [18]. L’anglais Robert Owen essayait vers 1830 d’établir en Amérique une colonie communiste New Harmony qui prenait pour devise : « le véritable Satan, c’est la religion, le mariage et la propriété » [19].
Néanmoins Saint-Simon eut l’influence la plus durable, grâce aux femmes que lui et ses disciples avaient su gagner à leur cause. Les saint-simoniennes fondèrent des journaux : La Femme nouvelle, La Tribune des Femmes, L’Apostolat des Femmes [20] et dès 1848 l’une d’elles, Eugénie Niboyet, protestante d’origine suisse, créa un journal La Voix des Femmes et un club qui firent campagne pour l’« émancipation » féminine et l’autorisation du divorce. Aux réunions du club vint prêcher un étrange ecclésiastique l’ex-abbé Chatel, hérétique et schismatique, fondateur d’une « Église catholique française » de tendance socialiste, et initié à un ordre gnostique de « Néo-Templiers » fondé par un médecin franc-maçon, Fabré-Palaprat [21].
Naissance du féminisme maçonnique
• Luc-Pierre Riche-Gardon et Léon Richer, apôtres de « l’émancipation féminine »
Si la maçonnerie avait connu dès le milieu du 18e siècle la pratique des Loges d’adoption, c’est-à-dire des loges spécifiquement féminines, celles-ci avaient presque toutes disparu à la Révolution. Au 19e siècle, quelques loges masculines continuaient à pratiquer des « tenues d’adoption », mais ces dernières étaient pratiquement réservées aux familles des « frères \ » et pouvaient difficilement constituer des officines de propagande féministe. D’ailleurs elles étaient « souchées » sur des loges masculines dont aucune n’accueillait de femme, sauf, à partir des années 1840, lors des « tenues blanches » ouvertes aux « profanes » [22].
A l’origine du féminisme maçonnique, on trouve deux hommes et deux loges. Le premier de ces hommes est Luc-Pierre Riche-Gardon [23] (1811-1885), un négociant lyonnais adepte de l’occultisme et de la maçonnerie dite « mystique », familier des milieux fouriéristes et saint-simoniens. Il fonde en mai 1858 une loge du Grand Orient de France intitulée La Renaissance par les Émules d’Hiram. Il en devient vénérable et il
… veut faire de sa loge un prototype d’une néomaçonnerie déiste et ouverte aux sœurs. L’affaire échoue. Le 15 avril 1860, 11 frères se réunissent […] pour constituer une loge provisoire dite Religion Naturelle Universelle qui finalement se nommera Le Temple des Familles. […] Riche-Gardon en est le vénérable durant les trois années de son existence. […] l’atelier organise des réunions […] ouvertes aux sœurs et/ou aux familles. La loge féminine souchée sur Le Temple des Familles est composée principalement d’aristocrates, de bourgeoises cultivées et féministes, d’intellectuelles ou d’artistes, comme la journaliste socialiste, romancière et critique d’art Angélique Arnaud-Bassin, la romancière, conteuse, grammairienne et moraliste Marie Guerrier de Haupt, l’écrivain féministe Jenny d’Hericourt, la baronne Albine Hélène Le Vassal-Roger, la pédagogue J. de Marchef-Girard, ou Mme Charles Fauvety, dite Maxime, du Théâtre-Français. Cet atelier, ni vraiment d’adoption, ni totalement mixte, disparut sous cette forme originale en 1864 pour devenir une loge de libre pensée laïque et socialisante au nom moins prosaïque : Travail [24].
Riche-Gardon avait échoué dans son projet et tomba vite dans l’oubli. Celui qui allait réussir à lancer l’idéologie féministe dans le monde maçonnique est un émule de Riche-Gardon nommé Léon Richer (1824-1911) ; franc-maçon du Rite Écossais Ancien et Accepté, il était membre, lui aussi, de la loge La Renaissance par les Émules d’Hiram [25]. Richer, journaliste anticlérical et ancien Saint-simonien, allait se faire l’apôtre de ce qu’il appelait « l’émancipation féminine », d’abord dans les loges du Grand Orient [26], puis dans l’opinion publique « profane ».
A cet effet, il fonda en 1866 la Société pour la revendication du droit des femmes en compagnie d’autres francs-maçons saint-simoniens, anticléricaux et socialisants : les journalistes Adolphe Guéroult (1810-1872) [27] et Charles Fauvety (1813-1894). Protestant libéral, occultiste, spirite, théosophe gnostique et petit-fils d’un terroriste de la Révolution, Fauvety avait été affilié à la loge La Renaissance par les Émules d’Hiram dès août 1858 par Riche-Gardon lui-même [28]. Il s’affilia en 1865 à la loge Mars et les Arts [29], présidée par Léon Richer, et fut ensuite vénérable de la loge La Renaissance par les Émules d’Hiram [30].
La grande habileté du F \ Richer et de ses acolytes fut de se placer sur le plan du droit et de la justice sociale, au lieu de revendiquer d’emblée la licence des mœurs, comme l’avaient fait les saint-simoniens et les fouriéristes, ce qui leur avait aliéné la quasi totalité du public féminin, qui était encore très imprégné de christianisme.
Le féminisme maçonnique allait ainsi profiter du Code civil, promulgué par Napoléon Ier et rédigé par le F \ Portalis qui avait placé les femmes dans la situation de perpétuelles mineures privées de tout droit politique et juridique. Cette injustice constituait une régression considérable par rapport à la législation de l’Ancien Régime, et elle fut mise à profit par la franc-maçonnerie qui put ainsi attirer beaucoup de femmes grâce à des revendications juridiques. Puis, par un savant usage de la propagande et de l’amalgame qui dura un siècle, la secte réussit à contaminer lentement le monde féminin par les idées maçonniques : irréligion, mondialisme, « libération » sexuelle, suppression du mariage et de la famille, contraception et enfin avortement.
• Maria Deraismes
Le F ∴ Richer sut s’adjoindre des collaboratrices d’envergure : une bourgeoise anticléricale, Maria Deraismes, issue d’une famille de négociants fortunés, voltairiens, libres penseurs et franc-maçons, et une aristocrate déclassée qui sera communarde, franc-maçonne puis socialiste révolutionnaire, Paulina Mekarski dite Paule Mink, fille d’un aristocrate polonais saint-simonien émigré en 1831.
Mais bientôt éclata la guerre de 1870, puis la Commune pendant laquelle les féministes révolutionnaires, anarchistes, blanquistes, nihilistes ou marxistes allaient s’illustrer comme révolutionnaires et incendiaires. La répression qui s’ensuivit obligea tout ce monde à la prudence, néanmoins le F ∴ Richer et Maria Deraismes n’en continuèrent pas moins leur ligue et leur journal Le Droit des Femmes ; la ligue fut dissoute en 1875 par le gouvernement de Mac-Mahon, mais rétablie dès 1878 ; quant au journal, il resta libre de faire une active propagande en faveur du divorce, du désarmement, de la suppression du service militaire, de la création d’une autorité d’arbitrage international « pour la paix », de la suppression de la peine de mort et de la séparation de l’Église et de l’État [31] – toutes choses qui furent réalisées par la suite ! Le F ∴ Richer publia des ouvrages de propagande La Femme libre (1877), Le Code des Femmes (1883) ; les campagnes féministes reçurent publiquement l’appui des FF ∴ Louis Blanc et Alfred Naquet, à l’occasion des élections de 1877 et les loges commencèrent à s’enthousiasmer pour la conquête du monde féminin : le 20 avril 1878, le Ven ∴ F ∴ Severiano de Heredia, futur ministre, déclarait à la loge L’Étoile Polaire du Grand Orient, à propos de la maçonnerie, que
ce qu’elle veut conquérir avant tout, c’est la femme, parce qu’elle est la dernière forteresse que l’esprit d’obscurantisme [lisez la religion] oppose au progrès humain.
Le 25 juillet 1878, le F ∴ Léon Richer et Maria Deraismes ouvrirent à Paris le premier Congrès international du Droit des Femmes auquel assistaient presque autant d’hommes que de femmes (107 contre 113 – les FF ∴ étaient venus en force) ; lors de la préparation du congrès, Léon Richer et Maria Deraismes avaient refusé de revendiquer le vote des femmes, car, disaient-ils, leur cerveau était encore « trop écrasé sous le joug de l’Église » [32]. En effet, la gauche venait de gagner les élections de 1877 et le rusé F ∴ Richer savait bien que les femmes étaient en majorité catholiques et conservatrices et que leur donner un bulletin de vote aurait abouti à faire battre son parti [33] ; l’heure du suffrage féminin n’était pas encore venue, il fallait continuer le « grand œuvre ».
• Des femmes en loge ?
L’entrée des femmes dans la maçonnerie allait constituer un puissant moyen de conquête du monde féminin. Le F ∴ Noirot proclamait, à la Loge française des Écossais et de l’amitié réunis, à Bordeaux, le 6 août 1878 :
Quel est le point d’appui que le 19e siècle doit fournir au levier d’Archimède de la maçonnerie ? Ma réponse est bien simple, mes FF∴, c’est la femme ! [34]
Maria Deraismes s’écriait à un banquet radical :
Comment la franc-maçonnerie, antagoniste du clergé, haïe par lui, n’a-t-elle pas compris que l’introduction de la femme dans son ordre était le moyen le plus sûr de le réduire et de le vaincre ? [35].
Mais aucune obédience n’admettait alors les femmes en loge, et même si Maria Deraismes avait, dès 1866, présidé des tenues blanches (ouvertes aux profanes), et avait participé comme vice-présidente, au côté du F ∴ Victor Poupin, au premier congrès anticlérical du Grand Orient, en 1881, cependant même l’obédience du F ∴ Richer lui refusait l’initiation.
Un autre maçon s’en chargea : le F ∴ Hougron, vénérable de la loge Les Libres Penseurs du Pecq, après avoir inscrit dans ses statuts particuliers le principe de l’admission des femmes dans la maçonnerie, quitta avec sa loge l’obédience de la Grande Loge Symbolique Écossaise et le 14 janvier 1882, initia au grade d’apprentie la S ∴ Maria Deraismes, en présence d’une foule de francs-maçons de marque parmi lesquels il faut mentionner les FF ∴ de Hérédia et Victor Poupin, déjà cités, et un médecin, le F ∴ Georges Martin, futur sénateur, qui va jouer un grand rôle par la suite [36]. L’affaire aurait pu tourner court, car la loge du Pecq, cinq mois après, demanda à réintégrer la Grande Loge Symbolique Écossaise et dut, pour cela, effacer de sa liste matricule le nom de la S ∴ Deraismes. Pour cette dernière, ce ne fut pourtant pas la fin de sa carrière maçonnique, mais bien au contraire la préparation d’un véritable triomphe dû au soutien de la maçonnerie américaine et du carbonarisme italien.
II. – Féminisme, occultisme et paganisme
Du carbonarisme à la théosophie… en passant par la rose-croix
• Mme Blavatsky et les Carbonari
Si Maria Deraismes cessa provisoirement de fréquenter les loges, elle n’en continua pas moins de recevoir dans son salon de nombreux dignitaires francs-maçons, ainsi que des adeptes d’une nouvelle secte qui commençait à se répandre en Europe, en Amérique et en Orient, la Société théosophique. A l’origine de cette secte, se trouve une femme extraordinaire d’origine russo-germanique, Héléna Pétrovna von Rottenstern Hahn, épouse Blavatsky : née en 1831, mal mariée, elle quitta en 1848 son pays et son mari et se mit à parcourir le monde. Au Caire, elle s’attacha à un mystique musulman d’origine copte qui l’initia aux « mystères d’Isis » : elle partit ensuite pour les États-Unis, fréquenta les Mormons, puis, à La Nouvelle Orléans, se fit initier aux rites magiques du Vaudou [37]. Elle gagna Londres, en 1851, où elle fréquenta les cercles spirites et les milieux subversifs.
Elle se lia également avec le fameux révolutionnaire carbonaro Mazzini, et il semble qu’elle se soit affiliée à l’association carbonariste La Jeune Europe [38].
Or Mazzini était non seulement carbonaro mais encore franc-maçon 33e degré [39]. Ultérieurement, Mme Blavatsky voyagea aux Indes, au Japon, aux États-Unis, puis vint en Italie où elle accompagna le F ∴ Garibaldi [40], en 1865, dans ses expéditions contre les troupes pontificales : elle fut même blessée à la bataille de Mentana. Puis elle repartit autour du monde, pratiquant partout le spiritisme et la magie : après l’Europe, la Chine, l’Inde, le Tibet, la Perse, l’Égypte elle revint à Londres, puis à Paris, et, en 1873, partit pour les États-Unis où elle allait rester cinq ans.
• L’inspiration rosicrucienne
Pour vivre, elle s’exhiba comme médium et rencontra en 1874 un riche avoué de New-York, journaliste amateur et passionné de spiritisme, franc-maçon naturellement, Henry Steele Olcott, dit le colonel Olcott, car il avait servi dans la police militaire nordiste pendant la guerre de Sécession. Subjugué par Mme Blavatsky, le colonel Olcott devint son élève en occultisme et ne la quitta plus : elle allait s’occuper de la doctrine et lui se chargerait de l’organisation et de la propagande. Ils commencèrent par s’affilier à une société secrète très fermée l’Hermetic Brotherhood of Luxor [41] qui était apparue à Boston vers 1850 : cette secte était d’inspiration rosicrucienne et avait été importée d’Allemagne et de Hollande aux États-Unis [42]. L’occultiste Papus, qui fut l’un des agents les plus actifs de l’H.B. of L. en Occident, nous apprend que :
Le mot d’ordre transmis de centre en centre par des Rose-Croix (et aboutissant à l’H.B. of L.) était de baser la propagande sur la science en mettant au jour quelques-unes des adaptations jusque-là réservées à certains collèges initiatiques. Une mission fut envoyée aux U.S.A. afin de créer le grand courant du spiritisme en provoquant ouvertement des phénomènes [43].
En fait, les « missionnaires » Rose-Croix apportèrent aux U.S.A. les pratiques de nécromancie et les rites égyptiens, institués par Cagliostro, qui étaient en honneur dans les milieux occultistes européens à la fin du 18e siècle, et c’est à eux qu’il faut attribuer l’extraordinaire vogue du spiritisme qui déferla sur les États-Unis, à partir de 1848, puis sur l’Europe [44]. Les implantations des Rose-Croix aux U.S.A. furent multiples : de Londres, la Societas Rosicruciana in Anglia, fondée en 1865, envoya des émissaires qui s’installèrent en Pennsylvanie [45] : à Chicago, des Allemands organisèrent une Fraternitas Hermetica en 1875.
• La Société théosophique
Cependant, tout cela ne suffisait pas et les grands initiés éprouvèrent le besoin « de poser les fondements d’une société renouvelée, et telle fut la signification du grand travail entrepris par la Société théosophique » [46]. Ce travail allait être mené à bien par Mme Blavatsky et le colonel Olcott : ils s’étaient liés avec les plus hauts dignitaires maçonniques comme Charles Sotheran et surtout Albert Pike [47] qui était depuis 1859, Grand Maître du Rite Écossais pour le sud des États-Unis mais il ne semble pas qu’ils aient eu dès le début pleinement conscience de la mission mondiale qui allait leur être assignée par les chefs de la Rose-Croix. En 1875,Mme Blavatsky et Olcott constituèrent un petit cercle d’occultistes dans le but d’étudier le spiritisme, l’hermétisme et les « mystères de l’Orient » : le 17 novembre 1875, cette société déposa ses statuts, désigna un bureau dont le colonel Olcott fut président et Mme Blavatsky secrétaire, et prit le nom de Société théosophique. C’est sans doute peu après qu’intervint un personnage-clé qui allait donner à la théosophie sa mission de conquête du monde féminin et d’apostolat mondialiste : le « chef suprême des Rose-Croix », dit « le maître Rakoczy » [48] : il allait fournir à Mme Blavatsky la documentation qui lui permettrait d’écrire son ouvrage essentiel La Doctrine Secrète et plus tard il allait être l’un des instigateurs de la maçonnerie féminine [49].
Ayant d’en arriver là, il fallait s’organiser et se fixer un but.
Le colonel Olcott – qui était franc-maçon – envisagea un instant avec d’autres francs-maçons influents de la Société de se constituer en loge affiliée qui serait placée sous le signe d’Isis. Cette proposition ne fut pas du goût de H.P. Blavatsky, les femmes n’étant pas admises dans la maçonnerie. On décida pourtant que les rapports avec celle-ci demeureraient étroits. La Société s’« organiserait à la manière d’une loge maçonnique et deviendrait, si possible, une fraternité ». [… Mme Blavatsky] déclara que la Société théosophique devrait constituer sinon une franc-maçonnerie féminine, du moins un mouvement ésotérique chargé de donner au monde une morale féminine contre la guerre, la violence et la haine [50].
« Isis dévoilée » ou la naissance du paganisme féministe et oriental
• Détruire la civilisation occidentale
Dans les années qui suivirent, Mme Blavatsky entreprit d’exposer sa doctrine en écrivant Isis dévoilée, vraisemblablement rédigé sous l’influence de ses supérieurs Rose-Croix et gnostiques. Dans cet ouvrage, Mme Blavatsky prêchait non seulement la libération de la femme, mais encore la création d’un véritable pouvoir féminin : ces idées, écrit Jacques Lantier,
ne pourraient s’accomplir que si elles découlaient… d’une évolution de l’opinion publique occidentale en matière religieuse. L’occident […] porté vers les vertus dites nobles, ne connaîtrait la paix que dans la mesure où il serait influencé par les traditions védiques et bouddhistes tournées vers l’amour et le renoncement [51].
En effet, l’auteur prétendait distinguer les religions femelles douces et pacifiques – en gros les paganismes antiques et les religions orientales [52] – d’avec les religions mâles belliqueuses et conquérantes – le judaïsme, le christianisme et l’islam.
Il fallait donc, pour que la femme s’émancipe, saper la toute puissance du dieu-mâle d’Abraham, de Moïse et surtout de Jésus, envers qui Mme Blavatsky accumulait les blasphèmes, tout comme elle poursuivait de sa haine l’Église catholique. Le plan d’action pour ce travail de sape était le suivant :
1° – Le culte de la déesse-mère et la pratique des vertus femelles n’existant guère qu’aux Indes et au Tibet, il fallait mettre à la mode la religion hindoue… [et d’abord]… ranimer la religion bouddhiste en Inde et en Extrême-Orient, et s’employer à la libération des peuples orientaux.
2° – Le mouvement théosophique étant à lui seul trop faible pour s’attaquer avec efficacité aux religions chrétienne, musulmane et juive, il fallait utiliser un appareil occulte puissant, la franc-maçonnerie, pour lutter contre le « dieu-mâle » en s’en prenant aux prêtres et à l’Église.
3° – II était indispensable d’ouvrir l’Occident aux doctrines bouddhistes, d’y introduire la pratique du yoga, d’intéresser le public aux mystères de l’Orient.
4° – Pour lutter contre la suprématie mâle, il était nécessaire, par la parole et par l’écrit, de répandre des idées opposées au principe masculin, de défendre la paix universelle, de condamner la guerre, de prôner l’égalité des sexes, de rendre la femme libre de son corps [53]…
Ceci fut écrit en 1875 ! On voit que le plan des Rose-Croix a bien marché depuis.
• Promouvoir le paganisme oriental
La maçonnerie américaine accueillit l’œuvre avec enthousiasme et, dès la publication d’Isis dévoilée, un Grand-Maître maçon américain, John Yarker, conféra à Mme Blavatsky le grade de « Princesse couronnée », le plus élevé des grades de la maçonnerie d’adoption du rite de Memphis et Misraïm [54]. Une correspondance internationale s’était établie avec des adeptes qui constituaient de petits noyaux théosophiques à Londres et surtout aux Indes et à Ceylan où le succès des idées théosophiques était très vif.
Ce fut alors que la franc-maçonnerie américaine reprit l’idée, abandonnée quelques années plus tôt, de faire de la théosophie une branche latérale destinée à mettre en relation les initiés supérieurs de l’une et l’autre obédience sous le signe d’Isis et du mysticisme oriental. Mme Blavatsky fut, cette fois, enchantée de l’idée car, dans son esprit, elle devait permettre de préparer l’affranchissement de la femme et d’envisager une métaphysique future, fondée sur l’équilibre entre l’Occident et l’Orient, les religions mâles et les religions femelles. Bref, c’était le chemin de la paix et de la fraternité universelles [55].
Toutefois, il était encore trop tôt pour réaliser le syncrétisme entre l’Orient et l’Occident : il fallait que l’Inde revienne à ses vieilles religions et accède à l’indépendance, mais ces idées flattaient l’orgueil national des correspondants hindous de Mme Blavatsky.
L’intérêt porté par les Hindous aux « idées américaines » attira l’attention du gouvernement des États-Unis et, tout particulièrement, de ses membres acquis à la franc-maçonnerie. On sait que Benjamin Franklin, « initiateur » de l’état américain, avait été un franc-maçon convaincu et qu’au 19e siècle la franc-maçonnerie jouait encore un rôle déterminant dans la conduite de la politique secrète des États-Unis. Il fut convenu que le colonel Olcott et Mme Blavatsky se rendraient aux Indes pour établir le grand contact qui permettrait aux occultistes et initiés d’Orient et d’Occident de parvenir à la fusion [56].
Le Tr∴ Ill∴ Fr∴ Rutherford Hayes, président des U.S.A., s’intéressa au projet : Mme Blavatsky reçut la nationalité américaine, le colonel Olcott un ordre de mission officiel et un passeport diplomatique et enfin le 17 décembre 1878 les deux théosophes s’embarquèrent à destination de Bombay.
Après une escale à Londres au cours de laquelle Mme Blavatsky reprit contact avec les occultistes et les rose-croix anglais, et fit la connaissance de quelques révolutionnaires hindous, l’étrange couple débarqua aux Indes où il allait rester cinq ans, prêchant partout la renaissance de l’hindouisme, ouvrant des loges théosophiques, annonçant la future indépendance de l’Inde et nouant dans les élites hindoues des contacts qui porteraient bientôt des fruits étonnants puisque plus tard, en 1890, le jeune Gandhi, au cours d’un séjour à Londres, se lia avec Mme Blavatsky, adopta avec enthousiasme ses idées, se fit initier à la théosophie et y puisa les principes qui par la suite allaient l’amener à obtenir l’indépendance « pacifique » de l’Inde, assortie des guerres et des massacres que l’on sait.
En 1882, Mme Blavatsky et Olcott fondèrent le centre d’Adyar, où se trouve toujours le siège central de la Société théosophique, acquis grâce à l’argent américain. Toutefois, leurs succès auprès des Hindous et leur propagande indépendantiste leur valurent la suspicion de la police anglaise et, comble de malheur, des savants anglais et américains, venus enquêter sur les phénomènes fantastiques que Mme Blavatsky utilisait pour subjuguer les hindous, réussirent à prouver qu’il s’agissait d’adroites supercheries. Les deux théosophes avaient préféré revenir en Europe et, en 1884, arrivèrent en France où s’était fondé, l’année précédente, le premier groupe théosophique français. Maria Deraismes – à laquelle nous allons bientôt revenir – avait vraisemblablement pris contact avec ce groupe.
• La Doctrine secrète, bible du monde nouveau
Mme Blavatsky n’avait plus que sept années à vivre : elle allait les utiliser de façon intensive, voyageant dans toute l’Europe, fondant à Paris, en 1884, la « Société théosophique d’Orient et d’Occident », puis, en 1887, une loge « Isis » directement rattachée au centre d’Adyar, qui « s’avéra un rassemblement de spirites, d’occultistes, de francs-maçons et de théosophes bouddhistes [57] ».
Loge dont les membres les plus célèbres furent l’astronome Camille Flammarion, panthéiste et spirite, le F ∴ 33e Papus, et l’écrivain occultiste Édouard Schuré, futur auteur des Grands Initiés, livre gnostique qui inspira Teilhard de Chardin.
A Londres, Mme Blavatsky fondait, en 1887, une revue théosophique intitulée, sans détour, Lucifer, et la même année créait à Paris la revue Le Lotus appelé plus tard Le Lotus bleu. Mais son travail principal fut la rédaction de La Doctrine secrète, gros ouvrages en six volumes directement inspiré par ses maîtres rose-croix. Ce livre est une sorte de fourre-tout nettement panthéiste, bourré des attaques habituelles contre la religion catholique : cependant, le programme d’action qu’il trace est fort intéressant, le but en est mondialiste car la Société théosophique veut
constituer le noyau d’une fraternité universelle de l’humanité ». […]
Madame Blavatsky pense que sa Doctrine secrète touchera les élites de tous les pays du monde et qu’elle permettra d’instaurer la coopération et la paix universelles. Elle estime qu’il faudra cent ans pour que ses idées mûrissent Elle prophétise que, de 1975 à l’an 2000, la théosophie secrète bouleversera les données du monde moderne et sauvera l’humanité de la perte vers laquelle elle court. Elle révèle que des « clubs » ont été formés aux États-Unis d’Amérique dans le but de poursuivre l’idéal qu’elle propose aux hommes. Ces clubs ne se disent pas « théosophiques » pour ne point attirer l’attention des sectaires. Ils s’intitulent « clubs nationalistes » : mais s’engagent à appliquer le principe essentiel qu’elle leur a imposé : le principe de la fraternité de l’humanité… [58].
En Angleterre et en France, les groupes théosophiques attiraient de nombreuses femmes, les unes appartenant à la meilleure société, les autres militant dans le socialisme ou le féminisme révolutionnaire : l’une de ces militantes rouges, convertie au théosophisme, Annie Besant, allait succéder à Mme Blavatsky et jouer un rôle de premier plan au carrefour de la théosophie, de la maçonnerie féminine, de la rose-croix et de la subversion féministe.
Annie Besant et Maria Deraismes
• Annie Besant, de la révolte au socialisme
Annie Wood était née en 1847, dans une famille protestante d’Irlande et avait épousé à vingt ans le rev. Frank Besant, pasteur anglican. Le mariage fut malheureux et malgré la naissance de deux enfants, la jeune femme reprit son indépendance.
Très orgueilleuse, elle allait garder de ses déboires conjugaux une haine tenace envers le mariage, la famille et la religion. Se lançant dans le journalisme, elle s’introduisit dans les milieux libres penseurs et francs-maçons et se lia avec un de leurs chefs de file, Charles Bradlaugh, athée et socialiste en renom. Tous les deux militèrent dès lors violemment pour le contrôle des naissances et le socialisme matérialiste, si bien qu’en 1877 ils créèrent à Londres une Ligue malthusienne destinée à lutter pour le « birth control » et l’émancipation de la femme. La lutte antireligieuse n’en était pas oubliée pour autant et, en 1880, dans un congrès de libres-penseurs tenu à Bruxelles, Annie Besant s’écriait qu’il fallait « avant tout combattre Rome et ses prêtres, lutter partout contre le christianisme, et chasser Dieu du ciel [59] ».
Pour réaliser ce beau programme, elle s’affilia, de son propre aveu, en 1884, à une organisation socialiste, la Fabian Society qui allait être une des sources des mouvements mondialistes modernes [60].
• La succession de Mme Blavatsky
En 1889, ayant lu La Doctrine secrète, elle fut conquise par les idées théosophiques qui lui parurent les plus capables de réaliser ses visées antireligieuses et mondialistes : elle demanda à rencontrer Mme Blavatsky et fut subjuguée par sa personnalité. De son côté, la fondatrice de la Société théosophique la jugea très vite capable de lui succéder, et son ascension fut rapide : dès septembre 1889, elle fut admise parmi les hauts dignitaires du Conseil d’appel, et en 1891, elle devint « membre de la Section suprême, dite Section ésotérique, réservée aux initiés supérieurs [61] ».
Mme Blavatsky mourut à Londres le 8 mai 1891 et, avec l’appui du colonel Olcott, Annie Besant entreprit de conquérir la direction de la société : le 30 août, les journaux anglais publièrent un discours dans lequel elle annonçait « qu’afin de mener le combat en vue de la libération de l’humanité, elle quittait la voie socialiste et prenait la voie théosophique [62] ».
En 1893, elle représenta la Société théosophique au fameux Parlement des religions à Chicago, et y exposa longuement ses doctrines : il s’agissait de la première tentative d’établissement d’une religion syncrétiste mondiale. Vers 1895, malgré de nombreuses rivalités, elle parvint à diriger sans conteste le théosophisme.
Annie Besant avait été initiée, à une date que nous ignorons [63], à une secte maçonnique franco-anglaise, le rite de Memphis-Misraïm, qui admettait les femmes et avait déjà reçu, en 1875, Mme Blavatsky : Annie Besant en était grand inspecteur et, à ce titre, se trouvait en rapport avec un dignitaire franc-maçon français, le docteur Georges Martin, qui avait participé à l’initiation maçonnique de Maria Deraismes [64].
• La franc-maçonnerie internationale encadre les mouvements féministes
Le F ∴ Martin avait, pendant le Second Empire, combattu en Italie, contre les troupes pontificales, dans les rangs des « chemises rouges » du F ∴ Garibaldi, tout comme Mme Blavatsky ; puis il s’était marié avec une Anglaise issue d’une famille protestante et maçonnique, Maria Arundale, qui devint très vite, sous le nom de Maria Martin, une militante féministe célèbre et fit également une belle carrière dans la franc-maçonnerie, tout comme sa sœur, miss Francesca Arundale, qui deviendra la secrétaire générale du Suprême Conseil Universel Mixte, la plus haute instance mondiale de la maçonnerie mixte [65].
Ces quatre personnages, le F ∴ Martin et sa femme, les S ∴ Deraismes et Besant vont se rencontrer régulièrement à Paris, vers 1892, sous les auspices de la maçonnerie, de la théosophie et du féminisme [66] et unir leurs efforts pour créer une obédience maçonnique nouvelle qui réunirait les femmes et les hommes sur un pied d’égalité.
Pour accomplir le vieux rêve des Carbonari – conquérir l’esprit des femmes au profit de la maçonnerie et au détriment du christianisme –, il devenait en effet nécessaire de donner une solide ossature maçonnique aux mouvements féministes qui se créaient un peu partout, et aux groupes théosophiques qui attiraient de nombreuses femmes.
En effet, la situation avait bien évolué depuis 1882, date de l’initiation de la S ∴ Deraismes : le féminisme américain – qui avait été fondé peu après 1848 par une militante fouriériste, Margaret Fueller – cherchait à établir une organisation internationale et dès 1884 avait pris contact avec les milieux féministes français pour créer un Conseil International des Femmes (International Council of Women, ou I.C.W.) dont la première convention fondatrice eut lieu à Washington en 1888 et réunit 66 américaines et 8 européennes, parmi lesquelles il faut signaler une française, Mme Avril de Sainte Croix – que nous retrouverons dans les milieux mondialistes et notamment à la future S.D.N. – qui prit bien soin de souligner qu’il s’agissait non seulement de « libérer » les femmes, mais encore l’humanité tout entière [67].
III. – Féminisme, socialisme et athéisme
La fondation de la franc-maçonnerie du droit humain
• Sous les auspices du socialisme et de la « Libre-pensée »
En 1889, une militante pacifiste et propagandiste de l’Union libre, Eugénie Potonié-Pierre, créa une Ligue socialiste des Femmes qui fusionna deux ans plus tard avec Le Journal des Femmes dirigé par Maria Arundale-Martin, pour devenir la Solidarité des Femmes. Cette même année 1889, se tint le Congrès international de la Libre pensée où une jeune personne âgée de quinze ans siégeait comme secrétaire : elle s’appelait Maria Vérone et nous la retrouverons bientôt comme dirigeante féministe et membre de la maçonnerie mixte. Toujours en 1889 – centenaire de la Révolution et marqué par une intense activité maçonnique – Léon Richer et Maria Deraismes organisèrent à Paris le second Congrès international du Droit des Femmes [68] – le premier s’était tenu en 1878, voir supra – auquel « on ne voyait presque que des protestantes et des israélites [69]. »
Une Fédération française des sociétés féministes, à tendance socialiste, fut crée en 1891 par Eugénie Potonié-Pierre et Maria Arundale-Martin : la Fédération de la Libre pensée et le Groupe Etienne Dolet, violemment anticléricaux, en firent partie [70].
Devant de tels succès, le F ∴ Georges Martin pensa que le moment était venu d’accéder aux demandes de son épouse, de Maria Deraismes et d’Annie Besant, et, en 1890, sa loge, La Jérusalem écossaise, dont il était le Vénérable, demanda à l’obédience l’admission des femmes grâce à la création de loges mixtes [71]. Comme elle l’avait fait en 1882, la Grande Loge Symbolique Écossaise refusa. Alors le F ∴ Martin et la S ∴ Deraismes décidèrent, le 4 avril 1893, de créer une nouvelle obédience mixte dont l’existence fut annoncée officiellement en janvier 1894, sous le titre Le Droit Humain - Grande Loge Symbolique Écossaise : la Grande Maîtresse en fut Maria Deraismes qui ne devait pas jouir longtemps de sa nouvelle dignité puisqu’elle mourut le 6 février 1894.
• Une maçonnerie théosophique
Le Droit Humain n’allait pas péricliter pour autant ; pour succéder à Maria Deraismes, on choisit une institutrice socialiste, Marie Bonnevial, qui avait milité avec le marxiste Jules Guesde [72].
Dans l’ombre, à ses côtés, comme grand maître adjoint, on désigna Annie Besant. Sous l’influence de cette femme…, le Droit Humain allait à la fois connaître une audience universelle et donner à la franc-maçonnerie féminine une orientation nettement théosophique [73].
De plus la maçonnerie féminine et le théosophisme allaient exercer une influence occulte mais déterminante sur les mouvements et journaux féministes, puisque les principales dirigeantes de ces organismes étaient initiées soit au Droit Humain, soit à la Société théosophique. La S ∴ Maria Vérone fut secrétaire générale de la Ligue française pour le droit des femmes ; les S ∴ Clémence Royer et Annie Feresse-Deraismes (sœur de Maria Deraismes) furent présidentes d’honneur du Congrès International du Droit des Femmes en 1900 [74], auquel assistaient également les S ∴ Maria Martin, directrice du Journal des Femmes et secrétaire du Congrès, Marie Bonnevial, secrétaire du Syndicat de l’Enseignement et vice-présidente du Congrès, Mme Wiggishof,
vice-présidente de la Société pour l’amélioration du sort de la femme et la revendication de ses droits, fondatrice de la loge Le Droit Humain et du patronage Les Amis de l’adolescence, elle sera en 1901 membre fondatrice du Conseil national des femmes françaises [75].
• Les quatre états confédérés de la République
Ces milieux féministes étaient parfaitement représentatifs de ce que Maurras a nommé les « quatre états confédérés de la République », puisque leur recrutement s’effectuait non seulement dans la franc-maçonnerie, mais aussi dans la riche bourgeoisie protestante ou israélite. « Celle qui donne le ton, Sarah Monod… membre de la célèbre tribu protestante… [76] », anime à elle seule une vingtaine d’organisations féminines et va devenir, en 1901, la première présidente du Conseil National des femmes françaises : « Elle aura pour successeur en 1912 une autre protestante, Mme Jules Siegfried, épouse d’un parlementaire… [77] », tandis qu’une des vice-présidentes est « Mme de Witt-Schlumberger, petite-fille de Guizot – encore une protestante » [78], qui deviendra en 1909 présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes dont « la secrétaire générale, Cécile Brunschvicg, est issue d’une famille d ’industriels du textile, juifs alsaciens [79] ».
La carrière de cette dame, née Kahn (1877-1946) est intéressante puisqu’elle deviendra membre du Parti Radical-Socialiste en 1924, puis sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale, dans le gouvernement Blum en 1936-1937, membre de la Fédération démocratique internationale des femmes et présidente d’honneur du Conseil national des femmes radicales-socialistes [80]. Quant au mari, sa démarche est exemplaire, c’est le philosophe universitaire Léon Brunschvicg, fils d’un passementier juif, « théoricien de l’idéalisme critique, et c’est lui qui a orienté sa femme vers le féminisme [81] ».
Cet admirateur de Kant et de Spinoza devait avoir une idée derrière la tête, car il était en même temps membre du comité central de la Ligue des Droits de l’Homme et militant pour les États-Unis d’Europe dans la Ligue pour la paix et la liberté [82] – il faut noter que ce n’est qu’un des nombreux exemples des liens qui unissent le féminisme maçonnique et le mondialisme.
Parmi les féministes israélites on trouvait également Mme Louisa Wiggishof, Mme la générale Mardochée Valabrègue [83], née Anne Katz (de l’ICW), Mme Alphen-Salvador (de l’ICW), Mme Isaac Weil (du CNFF), etc.
Avec un pareil recrutement, il n’est pas étonnant que les milieux féministes aient été, au moment de l’affaire Dreyfus, puis à la séparation Église-État, à la pointe du combat dreyfusard et anticlérical.
La république maçonnique organise le congrès féministe de 1900
• La gauche anticléricale au service du féminisme
Le parti dreyfusard fut particulièrement soutenu par le journal féministe La Fronde qui fut lancé en décembre 1897, au plus fort de la crise, avec de grasses subventions – dont celles des Rothschild – qui permirent de faire construire un hôtel particulier et de tirer à 200 000 exemplaires [84] : la directrice était Marguerite Durand, mais la rédactrice la plus célèbre fut Séverine, ex-collaboratrice de Jules Vallès. Fait à noter, Marguerite Durand allait faire partie, après la guerre de 1914-1918, du très maçonnique parti républicain socialiste, en compagnie de la S ∴ Maria Vérone et de Cécile Kahn-Brunschvicg [85]. Le combat anticlérical était, nous l’avons vu, mené par Eugénie Potonié-Pierre, de la Fédération française des sociétés féministes, par les S ∴ Maria Arundale-Martin et Maria V érone, ainsi que par Maria Pognon, présidente de la Ligue française pour le droit des femmes, qui, en 1898, réclamait la laïcisation de 8550 écoles de filles dirigées par des religieuses.
L’arrivée au pouvoir de la coalition de gauche, en 1899, allait permettre au gouvernement de récompenser les bons services des dirigeantes féministes en organisant, du 5 au 8 septembre 1900, un Congrès international de la condition et des droits des femmes à l’Exposition Universelle de Paris. Il fut préparé par une Commission d’organisation composée de membres présentés par les sociétés féministes et de membres désignés par le gouvernement : les FF ∴ et S ∴ y étaient nombreux, nous avons déjà cité les SS ∴ Clémence Royer, Annie Feresse-Deraismes, Maria Martin, Marie Bonnevial et Mme Wiggishoff : il faut y ajouter la S ∴ Florestine Mauriceau [86] initiée au Droit Humain et secrétaire d’une société féministe, L’Egalité, dont la fondatrice, Mme Vincent, vieille compagne de Maria Deraismes, fut elle aussi membre du Congrès.
La commission comptait également les FF ∴ René Viviani, député, futur président du Conseil, Ferdinand Buisson, professeur, ancien directeur de l’enseignement primaire, futur député radical-socialiste et président de la Ligue des Droits de l’Homme, et Hippolyte Laroche, lui aussi futur député. Lors de la séance inaugurale, le 5 septembre 1900, le Bureau du Congrès fut installé officiellement : il comportait deux présidentes et un président d’honneur, tous maçons : Clémence Royer, Annie Feresse-Deraismes et Léon Richer ; aux autres postes, on retrouvait les S ∴ Marie Bonnevial et Maria Martin et le F ∴ Viviani.
• Le socialisme maçonnique veut abolir le mariage et la famille
Avec un pareil encadrement, il n’est pas étonnant que le Congrès ait adopté un ton nettement maçonnique et antireligieux, voire anarchiste. Le rapport le plus révélateur à cet égard fut présenté par Lucien Brunswick au nom du groupe de « Libre Pensée », les Amis de la Science [87]. Sous le titre Réforme des lois concernant le mariage, ce groupe, qui se proclamait socialiste révolutionnaire, refusait toute « distinction entre l’être masculin et l’être féminin », repoussait « toutes lois concernant le mariage comme oppressives », définissait le mariage légal comme « l’hypocrisie dans l’immoralité » et concluait « au remplacement du mariage actuel par l’union libre ». Naturellement la famille devait disparaître tout comme le mariage :
Partisan résolu de l’éducation intégrale de l’enfant par la collectivité, notre groupe ne reconnaît pas l’utilité de la protection des parents… notre groupe est socialiste révolutionnaire, par conséquent internationaliste antipatriote. Dans la famille, nous voyons l’embryon de la tribu, de la province, de la nation : dans le pater familias, l’embryon du chef, du seigneur, du roi. Altruistes, nous répudions l’égoïsme familial à l’égal de l’égoïsme individuel. Nous voulons la personnalité autonome dans la société harmonique. Point n’est besoin de la succession d’intermédiaires : famille, province, nation, entre l’individu et la collectivité. Point de famille, partant point de tyrannie du chef de famille. La famille naturelle de l’individu, c’est l’humanité.
Ce mémorable discours devait être imprimé aux frais du contribuable et figurer aux actes officiels du Congrès ; on peut le considérer comme un discours-programme indiquant le but à atteindre par la république maçonnique et dès lors on ne s’étonnera plus des progrès accomplis dans cette voie depuis 114 ans !
Toutefois, il était impossible de réaliser un pareil programme du jour au lendemain, car il fallait auparavant transformer complètement les mentalités et les mœurs ; c’était là le rôle de l’école laïque dont l’enseignement et les nouvelles méthodes éducatives devraient réussir peu à peu à tuer la religion, et dans ce but les congressistes adoptèrent à l’unanimité le vœu suivant :
Que la loi sur l’enseignement laïque aux deux sexes ne tolère dans aucune école les affirmations dogmatiques qui se réclament de la liberté de l’enseignement pour asservir les consciences [88].
Un autre vœu proclamait que « dans toutes les écoles publiques ou privées » l’enseignement devait avoir pour objet « de préparer dans le monde de la pensée la victoire définitive du bon sens et de la science, ou, en un seul mot, de la raison [89] ».
L’un des membres du comité d’organisation du Congrès, le F ∴ Léonce Ribert, ancien préfet et membre de la loge La Renaissance par les Émules d’Hiram [90], expliquait ainsi ce vœu :
La pensée fondamentale est la suivante : il faut donner aux jeunes générations une foi nouvelle. A la place de la foi surnaturelle et mystique toujours plus ou moins aveugle, il faut leur donner une foi lumineuse : la foi scientifique [91].
• Comment corrompre l’enfant par l’école
Comme il ne suffisait pas de corrompre les intelligences par l’enseignement du scientisme, il fallait également corrompre les mœurs de la jeunesse et pour cela imposer la mixité dans les écoles ; à cet effet, le Congrès vota, encore à l’unanimité, les deux résolutions suivantes :
Que dans tous pays où l’enseignement libre, communal ou d’État, est donné séparément à chaque sexe, il soit donné désormais en commun. Que l’enseignement à tous les degrés, y compris l’Université et à l ’exception des écoles maternelles, soit confié à des professeurs des deux sexes indistinctement [92].
La mixité scolaire étant jusqu’alors absolument prohibée, les congressistes se félicitèrent de l’expérience révolutionnaire menée à l’Orphelinat de Cempuis (Oise) où un normalien franc-maçon, Paul Robin, militant anarchiste et malthusien avait établi un internat mixte, et un des participants, Léopold Lacour, rappela le vœu voté au congrès féministe de 1896 :
Que partout où ce sera possible, les pouvoirs publics s’inspirent, pour l’enseignement primaire d’abord, et plus tard pour l’enseignement secondaire, des principes appliqués à l’orphelinat de Cempuis, et que l’initiative privée aide à la fondation d’établissements semblables à cet orphelinat [93].
Avec une duplicité remarquable, Léopold Lacour ajoutait :
… l’hypocrisie, c’est le grand piège, la gardienne du vice… ce qu’il y a de véritablement dangereux au point de vue sexuel, de véritablement immoral… c’est l’enseignement unilatéral, unisexuel. C’est là que se trouve la cause des grands vices… je dis donc que, loin de craindre la coéducation dans l’enseignement secondaire au point de vue des mœurs, ce serait peut-être au point de vue des mœurs que je la souhaiterais le plus [94].
Ces propos visaient évidemment l’homosexualité, censée être favorisée par l’éducation séparée des enfants. En voyant les résultats obtenus de nos jours, après moins de cinquante ans de coéducation généralisée, nous sommes à même d’apprécier tout le sel de cette déclaration !
Parmi les délégués étrangers qui intervinrent au Congrès, il faut citer Mme Cécilia Meyer, déléguée de deux sociétés féministes italiennes : l’Union Per la donna (pour la femme) fondée à Rome en 1897 par la doctoresse Maria Montessori, et le Club Femminile Internazionale créé en 1899 par Rosy Amadori. Cécilia Meyer fit un historique élogieux de ces deux organisations[95] dont la première devait acquérir une grande influence grâce à la personnalité de sa fondatrice, Maria Montessori, affiliée à la Société théosophique[96] et créatrice d’une méthode pédagogique dite « éducation Montessori », qui appliquait à « la formation morale de l’enfant… [de] fallacieuses théories libertaires [97] », dont la Société théosophique se fit la propagatrice et dont certaines idées furent reprises par l’instituteur Célestin Freinet créateur de la méthode pédagogique qui a inspiré les différentes réformes de l’enseignement qui se sont succédées après 1945.
Les campagnes pour le divorce, l’union libre et la contraception avant la guerre de 1914
• Détruire la famille pour faire le bonheur de l’humanité
L’agitation pacifiste et mondialiste ne faisait pas oublier à la maçonnerie, et à ses différentes filiales, la propagande malthusienne qui constituait un instrument de choix pour détruire la famille, corrompre les mœurs et anéantir la religion catholique ; profitant de ce que cette dernière perdait lentement son influence sur la société, en particulier sur les milieux féminins, grâce à l’école laïque [98] et aux bouleversements sociaux qui marquèrent le début du 20e siècle – et qu’allaient encore amplifier la Première puis la Seconde Guerre mondiale –, les milieux libres-penseurs, socialistes, communistes, anarchistes et maçonniques allaient diffuser inlassablement dans la population l’idée que le bonheur de l’humanité passait par l’abandon des obligations familiales, l’union libre, la contraception, l’avortement et même l’infanticide.
Il fallait bien sûr procéder par étapes et s’efforcer de modifier l’opinion publique avant de s’attaquer à la législation ; c’est ce qu’avait très bien compris le F ∴ Alfred Naquet, le « père du divorce », et qu’il expliquait en 1903 dans la préface de son livre La loi du divorce ainsi résumée par son coreligionnaire Paul Abram :
il faut distinguer entre la doctrine, faite d’aspirations idéales et lointaines, et l’action qui reste subordonnée aux possibilités du moment. L’union libre lui apparaît toujours comme le mode d’union auquel devra tendre l’humanité ; mais elle ne pourra s’imposer qu’après une évolution complète de notre société au point de vue politique et économique [99].
Naquet avait publié dès 1869 un livre de propagande en faveur de l’union libre [100], et plus tard, en 1908, préparant un autre ouvrage intitulé Vers l’union libre [101], il ajoutait :
Pour légitimer l’union libre, il faudrait un changement de notre mentalité. Car, au fond, le mariage nous est plutôt imposé par nos mœurs que par nos lois… Or, on ne change pas la mentalité d’une nation par un décret ou une loi, surtout quand cette mentalité est, comme la nôtre, aussi imbue de préjugés catholiques [102].
• Changer les mentalités par la littérature
Pour changer la mentalité des Français, le F ∴ Naquet et ses émules disposaient d’une arme de choix : la littérature, particulièrement le roman et le théâtre ; en effet, le succès de Zola et de l’école naturaliste avait favorisé l’éclosion d’une pléiade d’écrivailleurs médiocres qui, dépourvus de talent, utilisaient la luxure et le scandale pour atteindre les gros tirages. Or, le théâtre, et surtout le roman, constituaient d’excellents moyens de propagande, en particulier à l’égard des milieux féminins, car, en bouleversant la sensibilité par la peinture de cas imaginaires soigneusement élaborés, ils étaient à même de fausser le jugement et de contrebattre efficacement ce que la maçonnerie appelait « les préjugés catholiques ».
L’offensive littéraire contre le mariage et la famille se déclencha dès la fin du 19e siècle et prit d’emblée le caractère d’une manœuvre délibérée, comme l’avouait l’écrivain socialiste Paul Abram :
Depuis que le divorce est entré définitivement dans les mœurs, l’opinion s’est déjà prononcée réclamant une législation plus large et une nouvelle poussée n’a pas tardé à se manifester dans notre littérature. Le mouvement en faveur de la révision de la loi de 1884 [qui autorisait le divorce avec de nombreuses restrictions] n’a attendu que onze ans pour se produire, lorsque M. Hervieu donna au théâtre le signal de l’attaque dans sa remarquable pièce Les Tenailles dont la première représentation eut lieu le 28 septembre 1895. Depuis cette date, les réclamations contre notre système conjugal se sont multipliées et affirmées avec une étrange force. Les attaques contre le mariage se sont singulièrement développées et il semble bien que l’institution ait fait son temps [103].
Le dramaturge Paul Hervieu mettait en scène dans Les Tenailles une épouse malheureuse à qui son mari refusait le divorce ; la pièce était faite pour tirer des larmes au parterre et lui faire souhaiter l’élargissement du divorce. Après ce premier succès, la campagne de propagande allait s’amplifier :
Peu à peu, les partisans de l’élargissement du divorce devinrent plus nombreux, leurs revendications s’affirmèrent, s’organisèrent en système ; les différents efforts se coordonnèrent et aboutirent à former l’importante campagne de révision actuelle. Le développement des idées socialistes et féministes, la multiplication d’articles de journaux, des livres, des pièces de théâtre, des arrêts et des jugements, des dépôts de projets de loi, ont déterminé un courant large, une crue subite qui bat en brèche le mariage lézardé [104].
Cette campagne littéraire contre le mariage fut surtout l’œuvre des romanciers féministes Paul et Victor Margueritte :
Elle débuta en 1899 par une série d’articles publiés dans l’Echo de Paris, intitulés Femmes nouvelles… Puis le 1er décembre 1900 parut, dans le Figaro, une première lettre ouverte, adressée aux sénateurs et députés, réclamant le respect de la liberté individuelle… et demandant l’élargissement de la loi de 1884, par l’introduction, dans notre code, du divorce par consentement mutuel et même par la volonté d’un seul. Le même jour, La Revue publiait une importante étude intitulée : « Mariage et divorce », qui n’était en somme que le développement de l’adresse envoyée au Parlement et le journal La Presse en profitait pour ouvrir une enquête, où MM. Raymond Poincaré, Lucien Descaves, Abel Hermant, Alfred Naquet, Jules Renard, Michel Provins, etc., venaient témoigner de leur acquiescement à ces nouvelles tendances. La question se trouvait ainsi posée pour la première fois devant le grand public… en première page de tous les grands journaux surgissaient des articles, signés Paul Adam, Louis Barthou, Henry Bérenger, Bradamante, Auguste Dorchain, Urbain Gohier, Marcel Prévost, Viviani, Léon Millot. Une seconde enquête vint hausser le débat ; elle parut dans La Revue en février 1901 et comprenait de nouveaux noms favorables à MM. Margueritte, parmi lesquels : E. Estaunié, Camille de Sainte Croix, Mme Marcelle Tinayre, Gustave Toudouze et Emile Zola… Le but, que s’étaient proposé Paul et Victor Margueritte, semblait donc atteint : l’opinion s’était émue ; on discutait ferme… Mais il fallait faire plus encore. Il fallait pénétrer plus intimement la conscience publique, diffuser plus largement les idées émancipatrices. Seule une œuvre romanesque, reflétant les exigences des mœurs, pouvait, grâce à l’agrément d’une intrigue, conquérir le grand public [105].
Ainsi les frères Margueritte publièrent-ils en 1904 un roman intitulé Les deux vies que devait suivre en 1905 Le Prisme, ainsi que de nombreux articles de journaux et de revues, tous dirigés contre le mariage et faisant l’apologie du divorce. Plus tard, Victor Margueritte fera l’apologie du saphisme dans La Garçonne (1922) et de l’avortement dans Ton corps est à toi (1927).
• Promouvoir le vice et la stérilité
D’autres plumitifs leur emboîtèrent le pas, ainsi Léon Blum qui publia, en 1907, Du Mariage [106], long plaidoyer verbeux dans lequel il défendait les idées à la mode à grands renforts d’exemples prétendument véridiques ; il conseillait par dessus tout aux jeunes filles de se débarrasser du « préjugé » de la virginité dès le plus jeune âge [107] et de multiplier les « expériences » sexuelles – simples fonctions naturelles – moyennant quoi elles atteindront au bonheur par les « liaisons polygamiques » et l’union libre.
Le mariage, dans le système de Léon Blum, ne devait plus être le résultat d’un amour partagé, il fallait le débarrasser « de tout son appareil mystique » [108], et le réduire à l’association de deux êtres vieillissants lassés des aventures. Pour atteindre ce brillant résultat, il fallait transformer les mœurs par la coéducation généralisée des garçons et des filles, et l’éducation sexuelle à l’école [109], de même que par la généralisation du divorce et la stérilité volontaire grâce aux techniques contraceptives [110]. De plus Blum n’hésitait pas – ce qui fit tout de même scandale – à recommander l’inceste dont il fit l’éloge en ces termes :
Je n’ai jamais discerné ce que l’inceste a de proprement repoussant, et, sans rechercher pour quelles raisons l’inceste, toléré ou prescrit dans certaines sociétés est tenu pour un crime dans la nôtre, je note simplement qu’il est naturel et fréquent d’aimer d’amour son frère ou sa sœur [111].
On conviendra qu’il était difficile d’aller plus loin dans l’ignoble ! Et pourtant Blum fit école : la socialiste suédoise Ellen Key, à la même époque, prêcha l’union libre dans son livre De l’Amour et du Mariage qui fut traduit en 1906, tandis que Paul Adam, pornographe prétentieux, fit paraître une Morale de l’Amour [112] qui préconisait l’immoralité totale. Naturellement cette propagande porta rapidement ses fruits avec l’augmentation du nombre des divorces, le progrès de l’union libre et l’accroissement du chiffre des enfants naturels qui, à Paris, en 1907, représentait le tiers des naissances ; les adversaires du mariage eurent le cynisme de s’en féliciter et Paul Abram attribuait cette encourageante évolution au « succès des doctrines socialistes réclamant l’union libre et (à) l’influence des théories féministes proclamant l’égalité des sexes [113] ».
Tout en poursuivant cette campagne littéraire en faveur du divorce et de l’union libre, les francs-maçons allaient développer une propagande intense pour la contraception en s’appuyant sur les loges et sur les milieux anarchistes. Ce mouvement néo-malthusien fut lancé d’abord par le F ∴ Paul Robin – l’apôtre de la mixité scolaire – que Blum citait élogieusement pour avoir voulu que les fillettes confiées à sa garde à l’orphelinat de Cempuis « fussent, dès l’école, mise au courant du mécanisme de la reproduction et notamment de son hygiène préventive [114] ».
On admirera le choix des termes : le refus de la vie présenté comme une mesure d’hygiène !
En 1896, Robin constitua avec des anarchistes, des socialistes, des radicaux et des F ∴ M ∴, une Ligue de la régénération humaine qui se livra à une intense propagande contre la maternité, publia un opuscule Moyens d’éviter les grandes familles, et un périodique Régénération. Robin vendait des préservatifs, préparait une agence pour unions libres, un syndicat de prostituées et faisait des conférences dans les loges maçonniques en compagnie du F ∴ Meslier, médecin, député socialiste de l’Yonne et membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient, pour prêcher la contraception [115]. Un autre acolyte de Robin était un militant anarchiste, Eugène Humbert, qui jouera un rôle discret mais important entre les deux guerres.
Vers le paradis socialiste, par l’eugénisme, l’avortement, l’euthanasie et l’infanticide
• Le F ∴ Charles Richet et la sélection humaine
Les campagnes littéraires pour le divorce et l’union libre étaient destinées, nous l’avons vu, à agir sur la sensibilité du public – surtout du public féminin. Quant à la propagande contraceptive du F ∴ Paul Robin et de ses émules, malgré l’accueil favorable que lui firent l’extrême-gauche et le Grand Orient, elle était trop triviale pour avoir une influence durable sur les milieux intellectuels et scientifiques ; une action à long terme sur ces derniers – en particulier sur le monde médical – nécessitait la création d’une doctrine, ou d’une philosophie, qui érigerait en principe le refus de la vie au nom du bonheur de l’humanité.
C’est à cette tâche que se consacra un universitaire franc-maçon de haut niveau, Charles-Robert Richet (1850-1935) professeur de physiologie à l’Université de Paris, prix Nobel de médecine, membre de l’Institut et de l’Académie de Médecine [116]. Passionné de spiritisme et d’occultisme, il se fit recevoir franc-maçon à la Grande Loge Écossaise, fréquenta les milieux théosophiques, fit partie de l’Institut métapsychique et publia, outre de nombreux travaux de physiologie, un pesant Traité de Métapsychique, des romans, et, en 1919, un ouvrage fondamental La sélection humaine qui préfigurait étrangement les réalisations d’Adolf Hitler. Qu’on en juge par cette analyse de l’abbé Bricout :
D’après M. Richet, on ne devrait, quand on veut perfectionner l’espèce, reculer devant aucun des moyens que la science indique comme efficaces.
D’abord, la loi ne devrait pas sanctionner le mariage d’un blanc (race supérieure) avec un noir ou un jaune ou un métis. Qu’ils s’accouplent, s’ils le veulent, mais l’État n’a pas à consacrer leur union par le mariage civil.
Puis, en ce qui concerne les blancs uniquement, s’ils sont « anormaux », on n’hésitera pas à s’en débarrasser à leur naissance, avant qu’ils aient conscience du traitement qu’on leur inflige. Si certains enfants, sains en apparence, ne se développent pas normalement, ils seront castrés ou stérilisés ou, tout au moins, le mariage civil ne leur sera pas accordé. Contrairement à quelques autres, qui ne tolèrent même pas l’union libre de ces malheureux, M. Richet la leur concède : d’une pareille union il naîtra encore, sans doute, des défectueux, des dégénérés, mais ceux-ci, à supposer même que l’opinion et les mœurs et la loi n’admettent pas qu’on les jette à l’eau ou à l’égout, n’auront pas grande chance de longévité ou de fécondité.
[Richet] va jusqu’à conseiller aux parents et à l’État de faire fi d’une « inhumaine philanthropie », de laisser mourir les nouveau-nés « anormaux ». Que dis-je ? A l’en croire, il serait bon de leur procurer, selon le mot de Wilm qu’il cite, « une paisible euthanasie », une fin tranquille et douce. Les anciens étaient plus sages que nous : « Tous les fleuves de nos grandes villes devraient recevoir le même tribut que l’Eurotas ». Pour le plus grand bien, pour le progrès de l’espèce humaine, de bonnes noyades seraient tout indiquées.
Ainsi, par l’exclusion des cacogéniques, on permettra le progrès de la race. Mais il faut, en outre, réaliser ce progrès par les blancs normaux et sains de corps et d’esprit, par les aristogéniques. Que la société assure, chez les femmes comme chez les hommes, avant la procréation, non seulement le développement de la santé et de la beauté, mais aussi un exercice cérébral approprié aux aptitudes de chacun : ainsi les procréateurs transmettront à leurs enfants des qualités, des aptitudes qu’ils possédaient et qu’ils ont accrues par un travail intelligent. Si les procréateurs ne veulent pas s’astreindre à l’hygiène que comporte le mariage, que le mariage civil leur soit refusé. De son point de vue, M. Richet déclare sans portée la question de la monogamie ou de la polygamie, – ce sont là détails insignifiants –, mais il recommande le mariage entre spécialistes. « Et moi aussi, conclut, p. 207, le trop célèbre professeur de physiologie à l’Université de Paris, je suis philanthrope, mais ma philanthropie me conduit à espérer une race humaine noble et forte ». II venait d’écrire : « Que nous importent les criminels, les sourds-muets, les hydrocéphales, les rachitiques, les épileptiques ? » Il ajoute : « Que m’importent les paresseux, les ignorants, les maladroits, les chétifs ? Ils sont tels, soit par défaut de volonté, soit par leur constitution psychologique. Si c’est par défaut de volonté, tant pis pour eux : nous les mettrons à l’écart de la société, et ils n’auront que ce qu’ils méritent. Si c’est par défaut d’intelligence et de vigueur, il ne faut pas que leur pâle sang vienne corrompre le sang généreux d’une race forte. »
• Ernest Tarbouriech et la société socialiste totalitaire
Richet avait d’ailleurs eu un prédécesseur plus radical encore, en la personne du théoricien socialiste Ernest Tarbouriech (1865-1911), avocat, professeur au Collège libre de sciences sociales, militant dreyfusard, qui fut l’un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme, exerça la vice-présidence de la Ligue française pour le droit des femmes, et fut élu, peu avant sa mort, député socialiste du Jura [117]. Il avait publié, en 1902, un ouvrage intitulé La Cité future qui
a dessiné avec le plus de précision la place et le rôle de la femme dans la cité socialiste future, qu’il conçoit comme un phalanstère régi de façon totalitaire [118].
Plus question de famille, mais plus question non plus de liberté car chacun, homme ou femme, sera astreint au travail. Plus de mère au foyer :
[…] Les femmes mariées travailleront toutes et remettront leurs enfants à la crèche : les enfants y gagneront, car on y corrigera les effets d’aveugles tendresses. La crèche sera… aussi obligatoire que l’école. […] La puissance paternelle aura disparu. […] L’éducation, affaire d’État, sera réglée par l’État au mieux. Les médecins représentant la communauté confieront chaque enfant à la personne qui donnera les soins les plus tendres et les plus éclairés [119].
L’enfant appartiendra donc à l’État qui, au nom de l’eugénisme pourra disposer de sa vie s’il n’est pas apte à devenir un travailleur (ou plutôt un esclave) « capable d’un raisonnable rendement économique ».
L’État ira jusqu’à s’immiscer dans l’intimité des couples :
L’union sexuelle permanente ou passagère sera permise seulement aux personnes dûment munies d’un casier médical. Si les autorités médicales l’estiment indispensable, la stérilisation sera pratiquée. L’État s’attribuera le pouvoir de supprimer les nouveau-nés que l’observation scientifique révélera voués à la mort prématurée, au crime, à l’impuissance économique [120].
• « C’est l’avenir tout entier que nous faisons basculer »
On admirera cette conception du paradis socialiste : le bon de saillie, l’élevage en batterie des nouveau-nés, avec élimination des sujets non conformes, et les travaux forcés pour tous à l’âge adulte ! Mais on aurait tort de taxer hâtivement ce socialisme totalitaire d’utopie inoffensive : méditez plutôt ce qu’écrivait en 1979 le docteur Pierre Simon, Grand-maître de la Grande Loge de France, se félicitant des conséquences sociales qui allaient découler de la généralisation de l’avortement, de la contraception ou de l’insémination artificielle :
Avec la pilule, on dispose d’une vie sexuelle normale sans procréation : avec l’insémination artificielle, la procréation va se dérouler sans acte sexuel. […]
La sexualité sera dissociée de la procréation, et la procréation de la paternité. C’est tout le concept de famille qui est en train de basculer ici : le père n’est plus le géniteur mais celui qui élève l’enfant. […]
La figure triangulaire se dessine ainsi […] d’un côté le couple affectif et sexuel – la femme procréatrice, l’homme non géniteur – de l’autre, la société, médiatisée par le médecin, qui rapproche la demande d’enfant d’une disponibilité de semence anonyme, contrôlée et gouvernée par la « banque du sperme ». C’est en un sens la société toute entière qui féconde le couple […] [121].
Et le grand maître du rite écossais annonçait triomphalement :
Qu’on le sache bien, la société contraceptive succédant à la société abortive, différera totalement de la nôtre : à changer notre attitude et notre comportement devant la vie – n’y voyant plus un don de Dieu mais un matériau qui se gère – c’est l’avenir tout entier que nous faisons basculer [122].
Savamment combinée et puissamment orchestrée, la campagne maçonnique en faveur de l’union libre, de la contraception et de l’avortement aurait dû logiquement aboutir bien avant la loi sur l’avortement de 1975 – en fait dès les années 1920. Mais un événement imprévu vint retarder de cinquante ans la réalisation du plan maçonnique : ce fut la guerre de 1914-1918, qui par l’épouvantable massacre qu’elle provoqua entraîna une dépopulation qui rendit odieuses les campagnes malthusiennes, et surtout permit l’élection d’une majorité de députés nationalistes qui votèrent, en 1920, des lois qui punissaient de prison l’avortement et la propagande contraceptive. De plus un sursaut religieux fit monter en puissance le catholicisme et fit reculer le divorce et l’union libre. Mais la franc-maçonnerie n’abandonna jamais ses objectifs, et, appuyée par une véritable internationale féministe néomalthusienne d’origine anglo-saxonne, réussira après 1945, à imposer progressivement la contraception, l’avortement, la corruption des mœurs et la destruction progressive de la cellule familiale.
Nous avons vu depuis le début de cette étude, les francs-maçons, les carbonari, les théosophes et les socialistes de toutes obédiences s’acharner à tuer la religion, saper l’autorité paternelle, substituer partout l’esprit de révolte à l’esprit d’obéissance, chasser les mères de leur foyer et s’appliquer à transformer toute femme en prostituée volontaire. Nous avons montré que le féminisme militant a été créé de toutes pièces puis conduit par des hommes, par des professionnels de la subversion, qui en ont fait une machine de guerre contre les fondements de nos sociétés chrétiennes. Nous voyons aujourd’hui, plus que jamais, l’internationale maçonnique et mondialiste financée par la ploutocratie américaine s’acharner à pervertir les peuples de l’Occident au nom d’une prétendue « libération » alors que l’« homme nouveau » qu’ils veulent créer ne sera qu’une marionnette docile prête à supporter sans révolte l’esclavage totalitaire imposé par le gouvernement mondial.
[1] — On trouve une réfutation du mythe de l’androgyne dans l’ouvrage de l’abbé Antoine Guénée intitulé : Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire…, Paris, Méquignon junior, 1826, t. I, p. 324 à 331.
[2] — La loi qui instaure le « mariage pour tous » en est le meilleur exemple
[3] — Cité par Vade-Mecum antibolchevique, Entente internationale contre la IIIe Internationale, Genève, 1926, p. 91.
[4] — Cité par Vade-Mecum antibolchevique, Entente internationale contre la IIIe Internationale, Genève, 1926, p. 91.
[5] — Platon, La République, Garnier-Flammarion, Paris, 1966, p. 212.
[6] — Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, livre XI, § 8.
[7] — Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, livre XI, § 11.
[8] — Abbé Freppel : Saint Irénée et l’éloquence chrétienne dans la Gaule pendant les deux premiers siècles, 2e édition, Paris, Bray et Retaux, 1870, p. 183-184.
[9] — Robinet (A.), Dom Deschamps, Paris, Seghers, 1974, p. 120.
[10] — Notons à propos de l’inceste que Léon Blum en fit l’apologie dans un ouvrage paru en 1907, Du Mariage, et qu’aujourd’hui nombre de films (Le souffle au cœur) et de journaux (notamment les hebdomadaires féminins comme Marie-Claire ou Elle) font une propagande sournoise tendant à le « déculpabiliser » !
[11] — Lettre de Vindice à Nubius, du 9 août 1838, citée par Jacques Crétineau-Joly dans L’Église romaine en face de la Révolution. Paris, Pion, 1861, t. II, p. 129 (Réédition par Le Cercle de la Renaissance française, 1976).
[12] — Ibid., p. 128.
[13] — Lettre de Piccolo Tigre aux agents de la Vente piémontaise, du 18 janvier 1822. Ibid, p. 104-105.
[14] — Lucien de La Hodde : Histoire des sociétés secrètes et du parti républicain de 1830 à 1848…, Paris, Julien, Lanier et Cie, 1850.
[15] — S. Charléty, Histoire du saint-simonisme, Genève, Gonthier, 1965, p. 30. L’affiliation maçonnique de Saint-Simon est révélée par M. Gaudard de Soulages et H. Lamant, Dictionnaire des francs-maçons français, Albatros, 1980.
[16] — J.-P. Alem, Enfantin, le prophète aux sept visages, Paris, Pauvert, 1963, p. 64.
[17] — Cité par Alem, ibid. p. 65.
[18] — Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet, Antoine Picon, Dictionnaire des utopies, notices « Fouriéristes américains » et « Féminisme américain ».
[19] — Cité par Nicolas Deschamps et Claudio Jannet, Les Sociétés secrètes et la société, 1881, t. I, p. 308.
[20] — Charléty, ibid., p. 180.
[21] — Alem, ibid., p. 31-32, 64. – Vapereau, Dictionnaire des contemporains, Paris, Hachette, 1858.
[22] — Voir les notices « Adoption » et « Femme » dans l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 8-10 et 294-296.
[23] — Voir les notices « Riche-Gardon » et « Renaissance par les Émules d’Hiram », dans l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie, p. 730-732 et 708-709.
[24] — Encyclopédie de la franc-maçonnerie, p. 731.
[25] — J. Rabaut, Histoire des féministes français, Paris, Stock, 1978, p. 171. – Encyclopédie de la franc-maçonnerie, p. 709.
[26] — Notamment la loge La Clémente Amitié, qui devint la plus importante du Grand Orient sous la IIIe République avec 250 membres en 1877 (voir Encyclopédie de la franc-maçonnerie, p.150).
[27] — Guéroult est cité comme maçon par Philip Nord, Le Moment républicain ; Combat pour la démocratie dans la France du XIXe siècle. Paris, Armand Colin, 2013.
[28] — Ibid., p. 292.
[29] — Ibid., p. 293.
[30] — Encyclopédie de la franc-maçonnerie, p. 709.
[31] — Ibid., p. 169-170.
[32] — Ibid., p. 168 et 174.
[33] — Cette méfiance à l’égard des femmes restera si forte dans les milieux anticléricaux que plus tard l’anarchiste André Lorulot, directeur de La Calotte et La Raison – deux brûlots antireligieux –, n’hésitera pas à publier une brochure intitulée sans détour : Notre ennemie, la femme. La femme et le cléricalisme, Herblay, Idée Libre, 1930.
[34] — Cité par Deschamps et Jannet, ibid., t. II, p. 486-487.
[35] — Rabaut, ibid., p. 172.
[36] — L’affaire de l’initiation de Maria Deraismes est assez embrouillée et les ouvrages spécialisés en donnent des versions fréquemment contradictoires. Nous avons suivi trois livres : Henry Coston, Un état dans l’État. La franc-maçonnerie, L.F., 1976, p. 271 ; Jacques Lantier, La Théosophie ou l’invasion de la spiritualité orientale, C.A.L., 1970, p. 138-139 ; Dictionnaire des Sociétés secrètes en Occident, C.A.L., 1971, p. 148. Signalons que l’article consacré au Droit humain par Marqués-Rivière dans Les Documents maçonniques, n° 1, octobre 1941, contient plusieurs erreurs.
[37] — Lantier, ibid., p. 43.
[38] — Jean Marqués-Rivière, Théosophie et franc-maçonnerie. Origine de la Société théosophique. Dans Les Documents maçonniques, n° 4, janvier 1942, p. 4.
[39] — II devait recevoir le 33e degré en 1864. La Massoneria in Italia. Mostra documentaria, Roma, 1978, p. 27-28.
[40] — Giuseppe Garibaldi (1807-1882), fut initié en 1844 à Montevideo, loge L’Asile de la Vertu ; il fut élu Grand Maître du Grand Orient d’Italie, à Palerme, en 1862 (La Massoneria in Italia…, p. 39).
[41] — Marqués-Rivière, Théosophie…, p. 4.
[42] — Sédir, Les Rose-Croix, Amitiés spirituelles, 1964, p. 77.
[43] — Cité par Dictionnaire des sociétés secrètes…, p. 250.
[44] — C’est ce qu’a affirmé l’initié belge Fr. Wittemans, Histoire des Rose-Croix, rééd. Baudoin, 1979, p. 190-191 ; il attribue également aux Rose-Croix d’Amérique la fondation du Mormonisme (1830), de la Christian Science (1866 et 1879) et de la Théosophie.
[45] — Sedir, ibid., p. 77.
[46] — Wittemans, ibid., p. 193.
[47] — Marqués-Rivière, ibid.,. p. 4.
[48] — Wittemans, ibid., p. 198-199. Nous n’avons pu trouver aucun renseignement sérieux sur ce personnage dont le nom est manifestement un pseudonyme ; les occultistes en parlent beaucoup et en font la réincarnation du comte de Saint-Germain. En fait ce nom peut soit symboliser l’enseignement des Rose-Croix ou de la Kabbale, soit dissimuler un des chefs d’une des nombreuses sectes issues des Rose-Croix du 17e siècle.
[49] — Ibid.
[50] — Lantier, ibid., p. 79-80.
[51] — Ibid., p. 148.
[52] — Ce jugement est une imposture ; il suffit de se rappeler les guerres sanglantes qui ont décimé les peuples de l’Antiquité et de l’Orient à toutes les époques pour s’en rendre compte.
[53] — Lantier, ibid., p. 149-150.
[54] — Marqués-Rivière, ibid., p. 6.
[55] — Lantier, ibid., p. 84.
[56] — Ibid., p. 84-85.
[57] — Lantier, ibid., p. 247.
[58] — Ibid., p. 166-167.
[59] — Cité par le R.P. Lucien Roure, art. « Théosophie », dans Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, t. VI, Paris, 1928.
[60] — Déclaration faite par Annie Besant à Bombay, en 1924, et citée par Léon de Poncins, La Franc-maçonnerie d’après ses documents secrets, D.P.F., 1972, p. 311-312. Sur la « Fabian Society », le lecteur pourra consulter les ouvrages de Jacques Bordiot : Une main cachée dirige et Le Pouvoir occulte fourrier du communisme, ainsi que ceux de Yann Moncomble : La Trilatérale et les secrets du mondialisme et L’Irrésistible expansion du mondialisme.
[61] — Lantier, ibid., p. 120.
[62] — Ibid., p. 121.
[63] — En tout cas avant 1893, date de la fondation du Droit Humain. Voir Lantier, ibid., p. 139.
[64] — Lantier, ibid., p. 139.
[65] — Marqués-Rivière, ibid., p. 7.
[66] — Lantier, ibid., p. 140.
[67] — A. Michel, Le Féminisme, P.U.F., 1979, p. 72-73, 76-77 et 83.
[68] — Discours de Maria Pognon in : Congrès international de la condition et des droits des femmes…, Paris, Imp. des Arts et Manufactures, 1901, p. 13.
[69] — Rabaut, ibid., p. 235.
[70] — Ibid., p. 212 et 235.
[71] — Dictionnaire des Sociétés secrètes…, p. 148.
[72] — Rabaut, ibid., p. 174.
[73] — Lantier, ibid., p. 140.
[74] — Voir la liste des participantes dans Congrès…, p. VII à IX. Une liste des principales sœurs du Droit Humain est donnée par le Dictionnaire des Sociétés Secrètes…, p. 148 ; une autre par Henri Coston, ibid., p. 273.
[75] — Rabaut, ibid., p. 207.
[76] — Ibid., p. 216.
[77] — Ibid., p. 217.
[78] — Ibid.
[79] — Ibid., p. 218.
[80] — Henri Coston, Dictionnaire de la Politique française, t. 1.
[81] — Rabaut, ibid., p. 218.
[82] — L. de Sainte-Lorette, L’idée d’union fédérale européenne, Paris, Armand Colin, 1955, p. 47.
[83] — Le général Mardochée-Georges Valabrègue fut très impliqué dans la défense de Dreyfus.
[84] — Rabaut, ibid., p. 214 et 231.
[85] — Ibid., p. 280.
[86] — Voir p. 91, note 3.
[87] — Congrès…, p. 388-389.
[88] — Ibid., p. 299.
[89] — Ibid., p. 298.
[90] — Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 709.
[91] — Ibid., p. 137.
[92] — Ibid., p. 300-301.
[93] — Ibid., p. 181, sur le F ∴ Robin, voir Rabaut, op. cit., p. 249-250 et 257.
[94] — Congrès…, p. 182.
[95] — Ibid., p. 287-288, 339-340.
[96] — Marqués-Rivière, Théosophie et franc-maçonnerie…, p. 6.
[97] — Fr. Datin, « La méthode montessorienne », dans les Études, t. CLXXVII, 20 novembre et 5 décembre 1923.
[98] — Sur le véritable triomphe maçonnique que constitua l’instauration de l’école laïque, il faut lire l’excellent ouvrage de François Brigneau, Jules l’imposteur.
[99] — Paul Abram, L’Évolution du mariage, avec préface de Léon Blum, Paris, E. Sansot, 1908, p. 114.
[100] — Alfred Naquet, Religion propriété famille, Paris, Éd. Poupart Davyl, 1869.
[101] — Alfred Naquet, Vers l’union libre, Paris, Éd. Juven, 1908.
[102] — Cité par P. Abram, L’Évolution du mariage, p. 117.
[103] — Ibid., p. 107.
[104] — Ibid., p. 128.
[105] — Ibid., p. 136 à 140.
[106] — Nous avons consulté la réédition donnée par Albin Michel, Paris, 1938, à laquelle correspondent nos renvois.
[107] — Et naturellement de la virginité elle-même, considérée comme malsaine – au besoin par une intervention chirurgicale (p. 273) !
[108] — Du Mariage, p. 213.
[109] — Du Mariage, p. 280-281.
[110] — Du Mariage, p. 228-229 et 313-315.
[111] — Du Mariage, p. 82.
[112] — Paul Adam, La Vie des élites – La Morale de l’Amour, Paris, Albert Méricant, p. 190.
[113] — Paul Abram, ibid., p. 132.
[114] — Du Mariage, p. 315.
[115] — Rabaut, ibid., p. 249, 257. Saint Pastour, La Franc-maçonnerie au parlement, p. 157.
[116] — L’initiation maçonnique de Richet est révélée par M. Gaudard de Soulages et H. Lamant, Dictionnaire des Francs-maçons français, Albatros, 1980. Pour l’analyse des idées de Richet, nous avons suivi les notices établies par l’abbé J. Bricout, art. « Avortement et infanticide », dans Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, t. I, Paris, 1925 ; art. « Eugénique », ibid., t. III, 1926 ; et par dom J. Baudot (O.S.B.), art. « Richet », ibid, t. VI, 1928.
[117] — Sur Tarbouriech, voir H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. I, et Rabaut, ibid., p. 191-193.
[118] — Rabaut, ibid., p. 191.
[119] — Ibid., p. 193.
[120] — Ibid., p. 192-193.
[121] — Dr. Pierre Simon, De la vie avant toute chose, Paris, Mazarine, 1979, p. 221-222.
[122] — Ibid., p. 219.

