Le devoir d’être hommes, et hommes de principes
Hélas ! cela est triste, mais depuis vingt ans qu’il y a des Cercles catholiques, des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, qu’est-il sorti de là ? Des jeunes chrétiens à la manière du 19e siècle, en assez bon nombre. Mais des esprits assez fermes, des hommes pratiques, le parti catholique n’en a pas plus préparés que le parti légitimiste.
[Cité par Mgr Baunard, t.1, p. 376.]
La France […] répète à tout propos ce que disait cet impotent, ce paralytique, placé à côté de la piscine curative sans pouvoir en ressentir l’effet salutaire : « hominem non habeo : je n’ai pas d’homme ». […] Je le crois bien : il n’y a pas d’hommes, là où il n’y a pas de caractères ; il n’y a pas de caractères, là où il n’y a pas de principes, de doctrines, d’affirmations ; il n’y a pas d’affirmations, de doctrines, de principes, là où il n’y a pas de foi religieuse, et par conséquent pas de foi sociale. Faites ce que vous voudrez : vous n’aurez des hommes que par Dieu.
[Homélie de Noël 1871. — ŒE, t. 7, p. 353.]
La lutte est principalement une lutte de doctrines.
Votre résistance, mes frères, consistera donc à maintenir votre intelligence ferme contre la séduction de tous les principes faux et menteurs ; et, pour cela, vous formerez toujours votre conscience à l’école de votre foi, à l’école de l’Église. […]
Quand je demande aux sages de ce temps quelle est la plus grande plaie de la société actuelle, j’entends répondre de toutes parts que c’est le dépérissement des caractères, l’amollissement des âmes. Il y a sur ce thème des phrases toutes faites, et qui sont à l’usage de tous.
Mais cette réponse provoque elle-même une question ultérieure […] : D’où vient donc ce symptôme si grave de l’affaiblissement des caractères ? Ah ! ne serait-il pas vrai qu’il est la conséquence naturelle et inévitable de l’affaiblissement des doctrines, de l’affaiblissement des croyances, et, pour dire le mot propre, de l’affaiblissement de la foi ?
Le courage, après tout, n’a sa raison d’être qu’autant qu’il est au service d’une conviction. La volonté est une puissance aveugle lorsqu’elle n’est pas éclairée par l’intelligence. On ne marche pas d’un pied ferme quand on marche dans les ténèbres, ou seulement dans le demi-jour. Or, si la génération actuelle a toute l’incertitude et l’indécision de l’homme qui s’avance à tâtons, ne serait-ce pas, ô Seigneur, que votre parole n’est plus le flambeau qui guide nos pas, ni la lumière qui éclaire nos sentiers [1] ? Nos pères, en toute chose, cherchaient leur direction dans l’enseignement de l’Évangile et de l’Église : nos pères marchaient dans le plein jour. Ils savaient ce qu’ils voulaient, ce qu’ils repoussaient, ce qu’ils aimaient, ce qu’ils haïssaient, et, à cause de cela, ils étaient énergiques dans l’action. […]
Aussi, mes frères, que d’autres se répandent en vaines doléances et en lamentations stériles ; moi je prendrai les accents du prophète pour dire : La terre est désolée d’une grande désolation parce qu’il n’y a bientôt plus de baptisé qui se souvienne, comme il le doit, de son baptême, qui ait la conscience des grandeurs et des énergies de son baptême. « Je n’avais jamais rencontré un si fier chrétien », s’écriait le Soudan après avoir entendu saint Louis. Grand Dieu ! cette race des fiers chrétiens, ne sommes-nous pas à la veille de ne plus la rencontrer nulle part sur la terre ? […]
Rendez donc, mes frères, rendez à votre âme toute la vie, toute l’expansion, tout l’épanouissement de son baptême ; redevenez ce que furent vos pères, de vrais chrétiens, de fiers chrétiens. […] Mais, pour cela, puisez aux sources pures, aux sources jaillissantes de la foi chrétienne. Ne vous arrêtez pas à ces doctrines de milieu que je ne sais quel tiers parti, né d’un caprice d’hier, invente chaque jour en matière religieuse. Est-ce que ce christianisme appauvri, débilité, le seul qui trouve grâce devant certains sages du Portique moderne, refera jamais les caractères vigoureux, les tempéraments fortement organisés des anciens âges ? Non, avec les doctrines amoindries, avec les vérités diminuées, on n’obtiendra que des demi-chrétiens. […]
Je veux le dire bien haut, mes frères : aujourd’hui plus que jamais, la principale force des méchants, c’est la faiblesse des bons, et le nerf du règne de Satan parmi nous , c’est l’énervation du christianisme dans les chrétiens.
[Panégyrique de saint Émilien, 8 novembre 1859. — ŒE, t. 3, p. 518-519 ; 521-522 ; 525.]
[1] — Ps. 118, 105.
Informations
L'auteur
Successeur de saint Hilaire sur le siège épiscopal de Poitiers, Mgr Louis-Édouard Pie (1815-1880) est un des grands docteurs catholiques du 19e siècle.
Tout le numéro 95 du Sel de la terre lui est consacré.
Le numéro

p. 303-304
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