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Mgr Pie apologète

 

 

 

Dans sa dénonciation du naturalisme, Mgr Pie est amené à faire œuvre d’apologétique ; trois thèmes retiennent son attention :

1. – L’existence de Dieu

– Les causes secondes chantent la gloire de la cause première !

– Dieu a bien fait toutes choses.

2. – L’ordre surnaturel

– Le déisme ne tient pas debout.

– Dieu authentifie sa parole par les miracles.

– Jésus a fondé notre foi sur ses miracles.

– Face au naturalisme du 19e siècle, Dieu multiplie ses miracles à Lourdes.

– L’ordre surnaturel n’est pas facultatif.

3. – La seule vraie Église du Christ

– Sans l’Église, l’Écriture sainte est dangereuse.

– Sans le sacrifice de la messe, le christianisme dégénère en idéologie.

– Le protestantisme, père des erreurs modernes.

1. – L’existence de Dieu

Les causes secondes chantent la gloire de la cause première !

La science contre Dieu ! L’objection n’est plus très neuve, mais reste assez courante. On présente Dieu comme une hypothèse « bouche-trou » qui aurait beaucoup servi dans les temps d’ignorance – où l’on s’étonnait de tout –, mais qui perdrait du terrain à chaque progrès de la science (car plus personne n’explique la foudre et le tonnerre par une intervention spéciale de Dieu). — Contresens total, montre l’abbé Pie, dans ce prône de 1841. Rien de ce qu’on accorde aux causes secondes n’est ôté à la cause première.

Le Sel de la terre.

 

On croirait, mes frères, que l’homme qui étudie et qui découvre les secrets de la nature, quand son esprit vient de saisir une loi longtemps cachée, va se prosterner devant le Créateur pour adorer sa puissance et sa providence dans cette merveille nouvelle. Il en devrait être ainsi, et c’est à la malice et à l’ignorance de l’homme qu’il faut s’en prendre, si le plus souvent il en arrive autrement.

En effet, Mes frères, la puissance de Dieu en est-elle moins admirable, soit qu’elle produise immédiatement certains effets, soit qu’elle ait attaché la reproduction constante de ces effets à une loi permanente de sa volonté ? Par exemple, le monde avait longtemps admiré la puissance et la magnificence du Très Haut dans ces admirables globes suspendus à la voûte des cieux, et qui décrivent si régulièrement le cercle de leurs révolutions dans le firmament. La poésie et la prière avaient souvent exalté Celui qu’elles se représentaient soutenant les astres dans sa main, ou les dirigeant au moyen d’une intelligence angélique. Des hymnes d’amour semblaient s’échapper du sein de ces harmonies célestes, et le prophète royal chantait : Les cieux instruisent la terre à révérer leur auteur : Cœli enarrant gloriam Dei.

Tout à coup, je ne sais quelle muse au visage désenchanteur, le crayon et le compas à la main, se présente froidement, et proteste contre l’ignare enthousiasme de tous les siècles passés. C’est la science naturelle ; écoutez-la. Elle vient de découvrir que ni Dieu ni les Anges ne sont pour rien dans la direction des astres ; elle a, par de savants calculs et par les riches ressources de l’analyse mathématique, constaté la loi naturelle d’après laquelle tous les astres s’équilibrent mutuellement.

Le génie de Newton a dérobé à la nature l’admirable loi de la gravitation, dans laquelle se combine une vertu attractive et répulsive, dont les forces, soumises au calcul, expliquent à la fois et la terre et les cieux. Donc, s’écrie la troupe insensée de ce qu’on appelle les savants, donc ce n’est pas Dieu, mais c’est une loi du monde naturel qui soutient les astres et qui équilibre l’univers.

Quelle déraisonnable conclusion ! Le génie d’un homme vient de découvrir une admirable loi, et de la découverte de cette loi vous triomphez contre le législateur ! Moi, je tire une conclusion toute contraire, et cette loi constante et régulière me semble infiniment propre à relever la puissance du Dieu créateur, lequel nous est montré par là pourvoyant dès l’origine des choses à une infinité d’effets divers par un ou deux principes d’une admirable simplicité. Parce que les lois de la nature, toujours constantes et toujours uniformes, ne ressemblent en rien à nos législations humaines, flottantes au gré du vent et fragiles appuis d’un ordre périssable, s’usant d’un soleil à l’autre et réclamant sans cesse la main de l’ouvrier pour être restaurées ; parce que toutes ces lois se déploient au milieu de l’univers dans une merveilleuse hiérarchie de causes et d’effets, régnant doucement et fortement sur le monde, soumises les unes aux autres suivant leur importance, gardant leur rang sans se heurter ni se confondre, et concourant ensemble, comme les rouages infinis d’une machine infinie, au but adorable que s’est proposé l’ouvrier tout puissant qui l’a formée, vous voulez que je nie l’intervention et la nécessité d’un législateur !

Ce n’est pas Dieu qui par lui-même ou par ses Anges conduit et soutient les astres, c’est la loi de la gravitation ! Et qui a fait la loi de la gravitation ? Et qu’est-ce que la gravitation ? Mes frères, que les calculs et les théories se perfectionnent tant qu’on voudra, pour déduire les phénomènes physiques les uns des autres et en faire une chaîne parfaite, il faudra pourtant bien que cette chaîne d’effets et de causes arrive à une cause première, à un premier anneau ! Or, cette cause première, quelle est-elle ? Cet anneau, qui en est l’auteur ?

Un des hommes les plus savants que notre siècle ait vu s’éteindre, après avoir exposé à l’Institut une suite d’admirables calculs par lesquels, au moyen d’un fluide dont l’existence est d’ailleurs démontrée, il établissait irréfragablement, ce semble, la cause physique et la loi constante du flux et du reflux de la mer, terminait son rapport par ces paroles ironiques : Le voilà donc, Messieurs, celui qui met un frein à la fureur des flots ! Mes frères, quelque éminent qu’ait été cet homme, je voudrais trouver dans mon cœur autre chose qu’un sentiment de pitié, non pas seulement pour lui, mais pour la pauvre science humaine, si faible, si arrogante, à qui le moindre succès fait tourner la tête jusqu’à la rendre insolente envers Dieu.

Ingrat ! Dieu vient de vous révéler un de ses mystères, et vous le blasphémez ! Ce fluide dont vous avez découvert la vertu et calculé la puissance, qui donc l’a fait ? Cet équilibre qui en résulte, qui donc le maintient ? Que Dieu, par une cause si simple, par un agent invisible dont soixante siècles ont ignoré l’existence, obtienne un effet si prodigieux, n’est-ce pas chose admirable ? Après votre découverte, est-il donc moins vrai que c’est Dieu qui met un frein à la fureur des flots, et que c’est lui qui a dit à la mer en lui montrant le grain de sable : Tu viendras jusque-là et tu n’iras pas plus loin ? Mes frères, c’est une vérité d’expérience, vérité désolante, que les hommes qui étudient la nature rejettent Dieu de plus loin, à mesure qu’il se révèle davantage à eux, et qu’ils se concentrent et s’enfoncent plus avant dans les causes et dans les lois purement matérielles et mécaniques, à mesure que le législateur suprême et intelligent veut les appeler dans les hautes régions de sa puissance et de sa sagesse [1].

 

[Prône pour le 5e dimanche après Pâques, 1841. — ŒS, t. 1, p. 432-435.]

Dieu a bien fait toutes choses

Le mal dans le monde : autre objection courante contre Dieu. Le mal physique (la souffrance, la mort), mais surtout le mal moral : comment l’homme peut-il être si facilement mauvais ? — En réalité, loin d’être une objection contre la religion catholique, le problème du mal l’appelle comme sa seule solution valable. Le mal manifeste d’abord que ni ce monde ni l’homme ne sont Dieu. (Rappel dont l’orgueil humain a souvent besoin.) Il manifeste aussi que l’homme est bel et bien libre, et cette liberté, malgré sa défaillance, est un bien. Enfin, il s’explique ultimement par la chute originelle, qui a déréglé un ordre parfaitement sage et bon.

Le Sel de la terre.

 

Pourquoi Dieu n’a-t-il pas formé de telle sorte le cœur humain, qu’il se portât de lui-même et toujours à la vertu ? Voilà ce que se demandent quelquefois les hommes. Ce qui équivaut à peu près à cette autre question : Pourquoi Dieu, au lieu de faire des créatures intelligentes et libres, capables de mériter, ne s’est-il pas contenté de faire des automates mus par des ressorts ? Pourquoi l’âme humaine ne produit-elle pas exclusivement, machinalement, par un effet de son organisation, des actes de vertu, comme le rosier donne des roses ?

Mes frères, il était de l’essence de l’homme qu’il fût libre ; c’est-à-dire, qu’ayant devant ses yeux la loi qui lui prescrit le bien et qui lui interdit le mal, il trouvât en lui-même la faculté de se déterminer, par un libre choix, dans un sens ou dans un autre. Sans cette faculté, la notion du bien et du mal, de la vertu et du crime disparaît ; il ne reste que la nécessité, la fatalité ; la conscience, le remords deviennent des mots vides de sens. L’homme de bien n’a pas plus droit aux louanges de ses semblables et aux récompenses divines, que la vigne n’est louée et ne sera récompensée pour avoir produit du vin et non pas des poisons. La liberté est une condition essentielle du mérite. La gloire éternelle, dit l’Esprit-Saint, sera le partage de celui qui a pu faire le mal et qui ne l’a pas fait : Gloria æterna erit illi qui potuit facere mala, et non fecit.

Mais du moins, me direz-vous, l’équilibre devrait être parfait. Placé entre le bien et le mal, l’homme devrait avoir reçu du Créateur un attrait, une inclination au moins égale, si ce n’est une préférence naturelle pour le bien ; et même la main divine, dont l’action est si douce, l’opération si délicate, aurait pu, sans anéantir la liberté, guider sa créature par une pente facile, et l’attirer par une chaîne souple, et, tout en lui conservant le mérite de la coopération, exciter, déterminer son mouvement dans le sens de la vertu.

Ce que vous demandez, mon très cher frère, c’est précisément ce que Dieu avait fait. L’homme, au sortir des mains du Créateur, était à la fois libre et incliné vers le bien. Dieu, dit l’Ecclésiastique, leur fit voir les biens et les maux : Et bona et mala ostendit illis ; mais en même temps il éclaira leur intelligence, créant en eux la science de l’esprit, et il imprima une sage direction à leur volonté, remplissant leur cœur de sens et de sagesse : Creavit illis scientiam spiritus, sensu implevit cor illorum. Exempt de l’ignorance et de la concupiscence, le cœur d’Adam se tournait vers Dieu comme l’aiguille vers le pôle. Adam pécha, et l’harmonie de ses facultés fut troublée ; l’axe de son cœur fut incliné comme celui du globe. Les ténèbres que Dieu avait dissipées autour de lui enveloppèrent son esprit, et les nuages plus épais encore des passions obscurcirent son cœur. L’homme s’était révolté contre Dieu ; par une juste punition, la chair se révolta contre l’esprit, les sens conspirèrent contre la raison. Ainsi naquirent dans un même homme ces deux hommes dont parle l’Apôtre ; ainsi commença ce grand duel qui devait durer jusqu’à la fin des siècles.

Car si Jésus-Christ par la rédemption répara les pertes essentielles causées par le péché, c’est-à-dire, rouvrit pour l’homme les portes de la gloire et lui rendit le secours de la grâce ; il est de foi catholique, hélas ! et notre propre expérience nous fait assez connaître ce dogme, que les autres conséquences du péché ne furent pas détruites. En devenant chrétien, on ne cesse pas d’être soumis à la loi de la souffrance et de la mort, et le foyer de la concupiscence n’est pas éteint non plus dans l’eau qui nous régénère. C’est une peine sans doute ; mais c’est surtout une épreuve, un sujet de combat : Ad agonem relicta, dit le concile de Trente. […]

 

[4e conférence de carême sur la grâce, 1845. — ŒS, t. 2, p. 248-250.]

2. – L’ordre surnaturel

Le déisme ne tient pas debout

Le déisme prétend se satisfaire de la religion naturelle (Dieu connu par la seule raison), et se passer du christianisme. Mais cette religion purement naturelle peut-elle tenir debout toute seule ? Examinant l’ouvrage où le philosophe Jules Simon (1814-1896) prétendait l’exposer et la défendre (La religion naturelle, 1856), Mgr Pie écrivait à Mgr Cousseau : « Ce livre est évidemment l’œuvre d’un chrétien qui oublie qu’il l’est. Jamais la théodicée naturelle des païens, qui cependant n’était pas elle-même sans mélange de révélation et de tradition, n’avait pu arriver à cela. Or, si M. Jules Simon, qui n’est pas de la taille d’Aristote et de Platon, parvient à quelque chose de plus substantiel, est-ce dans son fond naturel que ce philosophe baptisé et nourri d’écrits chrétiens a trouvé tout cela ? » (Mgr Baunard, t. 1, p. 622-623) Un peu plus tard, l’évêque interpellait les déistes dans sa deuxième instruction synodale et leur montrait que toutes leurs lumières viennent du christianisme.

Le Sel de la terre.

 

Tournez le dos à cet astre du christianisme tant que vous voudrez : votre stature ne sera jamais un obstacle suffisant à la diffusion de ses rayons ; au-dessus de vous, à côté de vous, ils s’avancent, se prolongent, se croisent, se rejoignent, et nonobstant le petit espace d’ombre et d’obscurité que vous avez pu conquérir sur eux, voici que, malgré vous, ils éclairent encore votre marche. […]

Mon frère, prosternez-vous à deux genoux devant le christianisme, car lui seul est le conservateur, le restaurateur, le promoteur de la religion naturelle ; lui seul en maintient toute l’intégrité doctrinale, au moyen de ses renseignements précis et inflexibles ; lui seul en obtient toute l’observation pratique au moyen de ses grâces. […]

 

[2e instruction synodale (1857-1858). — ŒE, t. 3, p. 163 et 227.]

Dieu authentifie sa parole par les miracles

Comment reconnaître la Révélation divine ? Grâce au sceau divin du miracle. Ce puissant argument d’autorité est nécessaire à notre foi. Mgr Pie l’explique le 17 décembre 1876 au lieu même d’un miracle célèbre : Migné.

Le Sel de la terre.

 

La religion s’est établie dans le monde par les miracles. Il le fallait pour notre foi. La matière de la foi, c’est la parole de Dieu. Dieu, sans doute, est infaillible ; il doit être cru par lui-même, puisqu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper ; il est à lui-même le propre témoignage de sa parole, et sa grâce suffit à la foi. Mais comment savoir que Dieu a parlé ? Quelle garantie avons-nous ? quel est le sceau authentique de sa parole ? quels moyens, enfin, Dieu a-t-il de se rendre croyable aux hommes ? Les arguments de la raison ont leur valeur ; à eux seuls ils ne sont pas suffisants. L’argument surnaturel est nécessaire à la base de tout acte de foi. Ainsi s’est fondée la religion sur la terre. Jamais la croix n’eût renversé l’idolâtrie, jamais le christianisme n’aurait pris possession de l’univers comme il l’a fait, s’il n’eût été accrédité par les signes de la toute puissance divine. « Si vous ne croyez pas à ma parole, dit Jésus-Christ, croyez à mes œuvres [2]. » Ces œuvres, où éclate manifestement la divinité du Sauveur, rendent inexcusables ceux qui n’ont pas cru en lui.

Les apôtres, après Jésus-Christ, ont confirmé leur doctrine par des miracles, et même par de plus grands miracles que ceux de leur Maître, suivant la parole de l’Évangile : Qui credit in me, opera quæ ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet [3]. Ils ont ainsi transformé le monde païen. A leur tour, les hommes apostoliques ont fondé les chrétientés en faisant suivre leurs prédications de prodiges éclatants. C’est ainsi que dans nos contrées les Martial, les Hilaire, les Martin, les Radegonde, ont prêché la foi.

Sans doute la parole de Dieu est belle et élevée ; elle répond aux aspirations des nobles âmes, éprises d’amour de la vérité ; mais même dans celles-ci il y a des passions qui obscurcissent l’esprit, qui subjuguent la volonté. Il est sans exemple que la doctrine de Jésus-Christ, si contraire aux erreurs de l’esprit et aux passions du cœur, ait été acceptée quelque part sans miracle. En définitive, dit le Seigneur par le prophète Isaïe, « mon peuple connaîtra mon nom en ce jour-là, parce que, moi qui parlais, je me montrerai et je dirai : Me voici : Propter hoc sciet populus meus nomen meum in die illa : quia ego ipso qui loquebar, ecce adsum ».

A la vérité, Dieu n’est pas tenu de renouveler les témoignages extérieurs de sa puissance et de sa véracité. Ces signes, suivant la doctrine de saint Paul, appartiennent surtout aux premiers temps. Quand l’Évangile a été annoncé à un peuple, à une contrée ; quand la doctrine de Jésus-Christ a jeté les racines dans le sol et qu’elle y a fructifié avec le temps, il n’y a plus la même raison pour Dieu de recommencer les prodiges. Les premiers miracles opérés à l’origine pour la conversion du monde, miracles avérés et absolument certains, sont une garantie suffisante de la foi pour les siècles. Toutefois, le Seigneur tout puissant s’est réservé d’opérer, dans le cours des siècles chrétiens, de nouveaux miracles ; et par là, sa miséricordieuse providence est venue au secours de nos incroyances et de nos infidélités trop promptes à revivre. In signum sunt non fidelibus, sed infidelibus : ces signes sont à l’adresse, non des fidèles, mais des infidèles [4], à la bonne heure ; mais hélas par suite des ténèbres que répand l’impiété, combien n’a-t-il pas d’infidèles aujourd’hui !

 

[Homélie prononcée à Migné pour la solennité du 50e anniversaire de l’apparition de la croix, 1876. — ŒE, t. 9, p. 428-430.]

Jésus a fondé notre foi sur ses miracles

On remarquera la date : c’est en 1858 – l’année des apparitions de Lourdes – que Mgr Pie proclame l’importance des miracles dans la cathédrale de Tours, le 14 novembre, à propos de saint Martin. « Notre siècle en a vu, il en verra encore… »

Le Sel de la terre.

 

On parle beaucoup aujourd’hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c’est oublier l’Écriture et l’histoire ; et, de plus, c’est déroger. Dieu n’a pas jugé qu’il lui convînt de raisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n’est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l’a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d’une philosophie humainement persuasive : non in persuasililibus humanæ sapientiæ verbis, mais par le déploiement d’une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l’homme, mais sur la force de Dieu [5]. On ne le veut plus ainsi aujourd’hui ; on nous dit qu’en Jésus-Christ le theurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n’abolira point cet ordre, on n’abolira ni l’Évangile ni l’histoire. N’en déplaise aux lettrés de notre siècle, n’en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l’appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l’oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l’Église, et pour jusqu’à la fin, la vertu des miracles. […] Notre siècle en a vu, il en verra encore.

 

[Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité de saint Martin, 14 novembre 1858. — ŒE, t. 3, p. 298-299.]

Face au naturalisme du 19e siècle, Dieu multiplie ses miracles à Lourdes

En 1874, dans l’église Sainte-Radegonde de Poitiers, Mgr Pie s’adressait ainsi à un groupe de pèlerins vers Lourdes.

Le Sel de la terre.

 

• Chaque siècle a ses prodiges

Les signes miraculeux, nécessaires pour l’établissement de la foi, ne devaient pas se perpétuer aussi nombreux, aussi quotidiens, après que l’Église aurait été assez affermie et assez étendue pour n’avoir plus le même besoin de ces secours. Toutefois, le Seigneur gardait toute sa puissance ; chaque siècle devait avoir ses prodiges ; et les siècles plus rapprochés de la fin des choses, précisément parce que l’empire du mal devait y prévaloir davantage, verraient renaître et se multiplier les phénomènes de l’Église naissante. […]

• Le défi naturaliste du 19e siècle

Ah ! génération incrédule, tu ne veux croire qu’à la raison et qu’à la nature : pour toi, as-tu dit, l’ordre de la foi et de la révélation est non avenu. A ton sens, l’Évangile n’est pas assez certifié, le ministère ordinaire de l’Église n’est pas assez suffisamment autorisé. Est-ce que le Dieu tout puissant, auquel il a plu de se communiquer surnaturellement à sa créature, va reculer devant tes négations ou tes dédains ? Ou bien, plutôt, à tes défis ne va-t-il pas répondre par d’autres défis ? C’en est fait du surnaturel, ont dit les hommes du dix-neuvième siècle. Eh bien ! voici que le surnaturel abonde, voici qu’il déborde, voici qu’il suinte du rocher, qu’il jaillit de la source ; voici qu’il s’abat, qu’il se précipite sur des multitudes que personne ne peut dénombrer, et qui sont emportées par la force supérieure d’un courant auquel rien ne résiste.

O hommes de la libre-pensée, vous n’avez voulu en croire ni Moïse, ni les prophètes, ni le Christ et ses apôtres, ni l’Église et ses décisions. Eh bien ! voici que dans la gorge reculée de la montagne, dans une contrée longtemps inaccessible, Marie, la Mère de Dieu, apparaîtra et parlera à une humble bergère ; la bergère racontera ce qu’elle a vu, ce qu’elle a entendu. Ailleurs, ils étaient deux [6]. Elle sera seule et sans témoins ; ni Moïse et les prophètes, ni le Christ et ses apôtres ne seront ses garants. L’Église même, par l’organe du pasteur ordinaire, après un examen approfondi, se contentera de délivrer un certificat de crédibilité, sans imposer à personne une obligation doctrinale ou pratique ; pourvu qu’on demeure dans les limites du respect, l’abstention est permise. Et dans ces conditions, la croyance s’impose d’elle-même avec tant d’autorité et d’efficacité que le monde entier s’en émeut ; l’ébranlement devient tel que l’administration des voies ferrées a peine à y suffire, et qu’elle y trouve un accroissement de ses richesses en un temps où la langueur des affaires l’aurait réduite à l’appauvrissement. Si le doigt de Dieu n’est pas là, dites-moi où il est !

• Le médecin céleste vient à Lourdes guérir l’incrédulité

Oui, « c’est bien ainsi que le céleste médecin oppose à tous les vices les médicaments qui leur sont contraires : Cœlestis medicus singulis quibusque vitiis obviantia adhibet medicamenta ». C’est là cette toute puissante médecine qui guérit la froideur incroyante du naturalisme par l’application de l’appareil surnaturel à son plus haut degré de chaleur, à sa plus forte dose. Sicut arte medicina calida frigidis, ita Dominus noster contrarium opposuit medica mentum peccatis [7]. Celui qui tient en ses mains les sources de la grâce, et auquel obéissent les lois de la nature, Dieu fait si bien que vous croirez à Bernadette, sous peine de ne pas croire à lui-même.

Dieu, en effet, s’est réservé en propre des moyens d’action et de persuasion dont il ne s’est pas dessaisi, même en faveur du ministère ordinaire de l’Eglise. « Il a une façon à lui de donner à sa voix l’accent qui révèle sa vertu » : Dabit voci suæ vocem virtutis ; nul alors ne peut le méconnaître, à moins qu’il ne soit de la famille de cet aspic sourd et qui se bouche encore les oreilles pour ne pas entendre ; Sicut aspidis surdi et obturantes aures suas. Disons-le, quand le miracle se produit dans de pareilles proportions, quand il s’opère instantanément, quand il se renouvelle quotidiennement, quand il déconcerte toutes les prévisions de l’art, quand il met en défaut toutes les lois accoutumées, il n’y a qu’à s’incliner et à croire. Excepté : pour celui qui nie le surnaturel à priori, manifestement il est là. « Ce n’est pas miraculeux, disait un de ces hommes à parti pris, mais c’est renversant » : comme si ce qui renverse l’esprit humain, placé en face du renversement de la nature, n’était pas précisément le miracle !

Pour vous, pieux pèlerins, rentrez sans appréhension dans vos foyers, prêts à répondre à ceux qui vous interrogent : Cæci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt [8] : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les malades couverts d’ulcères sont guéris, les sourds entendent, les paralytiques à demi-morts se relèvent ; à cette vue, beaucoup de morts spirituels ressuscitent, beaucoup d’ignorants et d’indifférents se font évangéliser pour sortir de leur détresse morale : Mortui resurgunt, pauperes evangelizantur ; et tant pis pour ceux qui prendront scandale de nous et de notre très raisonnable et très glorieux pèlerinage tant mieux, au contraire, pour ceux qui nous imiteront et prendront exemple de nous : Et beatus qui non fuerit scandalisatus in me [9].

 

[Allocution adressée à des pèlerins, 1874. — ŒE, t. 10, p. 430-435.]

L’ordre surnaturel n’est pas facultatif

Je veux seulement vous dire l’objection que j’ai recueillie plus d’une fois sur les lèvres des hommes du monde : elle me donnera lieu d’entrer au plus vif de la question.

A Dieu ne plaise, me disait l’un deux, que je m’attache jamais, de propos délibéré du moins, à cette vie grossière des sens qui assimile l’être intelligent à l’animal sans raison ! Cette vie ignoble est indigne d’un esprit cultivé, d’un cœur noble et bien fait : je repousse le matérialisme comme une honte pour l’espèce humaine. Je professe hautement les doctrines spiritualistes ; je veux, de toute l’énergie de ma volonté, vivre de la vie de l’esprit et observer les lois exactes du devoir.

Mais, ajoutait-il, vous me parlez d’une vie supérieure et surnaturelle ; vous développez tout un ordre surhumain, basé principalement sur le fait de l’incarnation d’une personne divine ; vous me promettez, pour l’éternité, une gloire infinie, la vue de Dieu face à face, la connaissance et la possession de Dieu, tel qu’il se connaît et qu’il se possède lui-même ; comme moyens proportionnés à cette fin, vous m’indiquez les éléments divers qui forment, en quelque sorte, l’appareil de la vie surnaturelle : foi en Jésus-Christ, préceptes et conseils évangéliques, vertus infuses et théologales, grâces actuelles, grâce sanctifiante, dons de l’Esprit-Saint, sacrifice, sacrements, obéissance à l’Église. J’admire cette hauteur de vues et de spéculations.

Mais, si je rougis de tout ce qui m’abaisserait au-dessous de ma nature, je n’ai non plus aucun attrait pour ce qui tend à m’élever au-dessus. Ni si bas, ni si haut. Je ne veux faire ni la bête, ni l’ange ; je veux rester homme.

D’ailleurs, j’estime grandement ma nature ; réduite à ses éléments essentiels et telle que Dieu l’a faite, je la trouve suffisante. Je n’ai pas la prétention d’arriver après cette vie à une félicité si ineffable, à une gloire si transcendante, si supérieure à toutes les données de ma raison ; et, surtout, je n’ai pas le courage de me soumettre ici-bas à tout cet ensemble d’obligations et de vertus surhumaines.

Je serai donc reconnaissant envers Dieu de ses généreuses intentions, mais je n’accepterai pas ce bienfait, qui serait pour moi un fardeau. Il est de l’essence de tout privilège de pouvoir être refusé. Et puisque tout cet ordre surnaturel, tout cet ensemble de la révélation est un don de Dieu, gratuitement surajouté par sa libéralité et sa bonté aux lois et aux destinées de ma nature, je m’en tiendrai à ma condition première; je vivrai selon les lois de ma conscience, selon les règles de la raison et de la religion naturelle ; et Dieu ne me refusera pas, après une vie honnête, vertueuse, le seul bonheur éternel auquel j’aspire, la récompense naturelle des vertus naturelles.

Vous avez reconnu le plus spécieux raisonnement du naturalisme. Personne ne nous accusera de l’avoir affaibli, car nous en avons plutôt augmenté la force. Or, ce raisonnement porte à faux, et il est de tout point inadmissible, puisqu’il méconnaît à la fois et le souverain domaine de Dieu sur sa créature, et les conséquences nécessaires de la venue de Jésus-Christ sur la terre, et le véritable état de la nature humaine dans sa condition actuelle.

• Le déisme méconnaît le souverain domaine de Dieu

Il méconnaît le souverain domaine de Dieu. En effet, on ne prouvera jamais que Dieu, après avoir tiré l’homme du néant, après l’avoir doué d’une nature excellente, n’ait pas conservé le droit de perfectionner son ouvrage, de l’élever à une destinée plus excellente encore et plus noble que celle qui était inhérente à sa condition native.

Au contraire, les mêmes faits qui établissent d’une façon irréfragable que Dieu s’est mis en rapport direct et immédiat avec l’homme par la révélation, les mêmes faits qui nous obligent d’admettre la divinité des saintes Écritures et l’existence de l’ordre surnaturel, nous forcent aussi de reconnaître l’obligation où nous sommes d’entrer dans cet ordre de grâce et de gloire, sous peine des châtiments les plus justes et les plus sévères.

En nous assignant une vocation surnaturelle, Dieu a fait acte d’amour, mais il a fait aussi acte d’autorité. Il a donné, mais en donnant il veut qu’on accepte. Son bienfait nous devient un devoir. Le souverain Maître n’entend pas être refusé. Si l’argile n’a pas le droit de dire au potier : « Pourquoi fais-tu de moi un vase d’ignominie ? » (Rm 9, 20), elle est infiniment moins autorisée encore à lui dire : « Pourquoi fais-tu de moi un vase d’honneur ? »

Quoi donc ! ouvrage rebelle, vous vous plaignez de ce que celui qui vous a pétri de ses mains, qui a tout droit sur vous, use de son autorité suprême pour assigner à votre obscurité une place brillante au-delà des astres ! Humble esclave de celui qui vous a donné l’être, vous vous plaignez de ce qu’il vous tire de la poussière pour vous ranger parmi les princes des cieux !

Le souverain domaine que Dieu peut exercer sur vous à son gré, vous trouvez mauvais qu’il l’exerce par la bonté ! Phénomène monstrueux de l’ordre moral, vous êtes indocile au bienfait, révolté contre l’amour ! Eh bien ! le domaine imprescriptible de Dieu s’exercera sur vous par la justice. Malheureux mendiant du chemin, le Roi vous avait invité aux noces de son Fils, au banquet éternel de la gloire : c’était à vous de vous acheminer et de revêtir la robe nuptiale de la grâce pour être admis ; vous vous êtes présenté sans cet ornement prescrit ; il n’y aura point de place pour vous, même dans un coin de la salle, même à la seconde table ; vous serez chassé dehors, jeté dans les ténèbres extérieures, là où il y aura des pleurs et des désespoirs [Mt 22, 12-13]. Le même Dieu qui, dans l’ordre de la nature, par une suite de transformations physiques, fait passer incessamment les êtres inférieurs d’un règne plus infime à un règne plus élevé, avait voulu, par une transformation surnaturelle, vous faire monter jusqu’à la participation, jusqu’à l’assimilation de votre être créé à sa nature infinie. Substance ingrate, vous vous êtes refusé à cette affinité glorieuse, vous serez relégué parmi les rebuts et les déjections du monde de la gloire ; portion résistante du métal placé dans le creuset, vous ne vous êtes pas laissé convertir en l’or pur des élus, vous serez jeté parmi les scories et les résidus impurs.

Noblesse oblige : c’est un axiome parmi les hommes.

Ainsi en est-il de la noblesse surnaturelle que Dieu a daigné conférer à la créature. La qualité d’enfant de Dieu, le don de la grâce, la vocation à la gloire, c’est là une noblesse qui oblige ; quiconque y forfait est coupable, coupable envers le souverain domaine de la paternité divine qui punira en esclave celui qui n’aura pas voulu être traité en fils.

• Le déisme méconnaît les conséquences nécessaires de l’incarnation

Du reste, supposer que Dieu n’a pu et n’a voulu faire de l’ordre surnaturel, c’est-à-dire du christianisme, qu’une institution libre et facultative, ce n’est pas seulement méconnaître le droit et la volonté du Père, c’est outrager son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, la seconde naissance de l’homme, sa régénération surnaturelle, son adoption divine ont coûté cher au Dieu Sauveur, elles ont été le prix de grands travaux. Celui qui était éternellement dans le sein du Père s’est incarné dans le sein d’une femme, celui qui était Dieu s’est fait homme, afin de nous élever jusqu’à des hauteurs divines. Pour acheter nos âmes, ou plutôt, ainsi que nous le dirons tout à l’heure, pour les racheter, pour leur ouvrir les portes du ciel, Jésus-Christ a donné sa vie ; pour les éclairer, il a laissé une doctrine, un symbole ; pour les guider, il a dicté des préceptes ; pour les sanctifier, il a institué un sacrifice, des sacrements, un sacerdoce ; pour les régir, il a établi une Église, une hiérarchie, Trente-trois années ont été consacrées à ce grand œuvre, qui ne s’est achevé que sur l’arbre douloureux de la croix.

Or, quel est le thème du naturalisme ?

C’est qu’il est permis à chacun d’accepter ou de refuser sa part dans les lumières de l’Évangile et dans les mérites de la croix. Pour lui, Jésus-Christ n’a été ni un révélateur divin qu’on est tenu de croire ni un législateur sérieux auquel on est tenu d’obéir ni un rédempteur nécessaire sans lequel il n’y a pas de régénération et de salut. L’Évangile devient une théorie dont on peut faire impunément abstraction ; la Croix est l’enseigne d’une école à laquelle on peut s’affilier ou se soustraire à son gré.

Or, que le Fils de Dieu ait été envoyé sur la terre, et que, dans la pratique de la vie, il puisse être considéré comme non avenu par ceux qu’il avait mission d’éclairer et de sauver, c’est là une supposition pleine d’injure pour la divinité, une assertion contre laquelle le bon sens réclame, une assertion que toutes les paroles de Jésus-Christ combattent, que toute la tradition chrétienne renverse. Entendez le Seigneur au moment solennel où il donne l’investiture aux apôtres de la religion : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre ; allez donc et enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ; enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Allez dans le monde entier, enseignez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera damné » (Mt 28, 19-20 et Mc 16, 15-16).

Philosophe, vous voulez n’être jugé que par le Père, par celui que vous appelez l’auteur de la nature ; et l’Évangile vous répond que le Père ne juge personne, mais qu’il a donné tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils aussi bien que le Père ; car celui qui n’honore pas le Fils outrage le Père qui l’a envoyé » (Jn 5, 22-23).

Vous permettez à quelques-uns de fléchir le genou au nom de Jésus-Christ, et vous stipulez pour d’autres le droit de rester debout ; et Dieu a exalté son Fils et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 9-10).

Vous voulez qu’en dehors et en face de la science chrétienne puisse s’élever une autre science totalement indépendante ; et Dieu « nous a donné des armes puissantes pour détruire cette forteresse philosophique où vous vous retranchez, pour renverser toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu, et pour captiver toute intelligence sous le joug de Jésus-Christ » (2 Co 10, 4-6).

Vous voulez un Christ restreint, limité ; et « il a plu à Dieu de restaurer, de récapituler toutes choses en Jésus-Christ » (Ep 1, 10 et 22) et « de lui soumettre tellement la nature entière que rien n’échappe à son empire » (He 2, 8).

Non, encore un coup, vous ne ferez pas un Christ qu’on puisse accepter ou refuser à sa guise, un christianisme abandonné au libre choix et au caprice personnel de chacun.

Cette pierre que vous voudriez pouvoir répudier, c’est la pierre angulaire, hors de laquelle il n’y a pas de salut ; car il n’y a pas, sous le ciel ; d’autre nom donné aux hommes dans lequel ils puissent être sauvés, si ce n’est le nom de Jésus » (Ac 4, 11-12).

Je vous le dis en vérité, quiconque ne voudra pas librement fléchir le genou au nom de Jésus sur la terre, et, par suite dans le ciel, sera forcé de le fléchir dans les enfers, là où les démons croient et rugissent [10]. […]

• Le déisme méconnaît le véritable état de la nature humaine

On ne peut douter que cette classe de partisans, ou plutôt d’adorateurs de la raison humaine, qui s’en font comme une maîtresse sûre, et qui, sous sa conduite, se promettent toute espèce de bonheur, ait oublié de quelle grave et cruelle blessure la faute du premier père a frappé toute la nature humaine, puisque tout à la fois l’esprit a été enveloppé de ténèbres et la volonté inclinée vers le mal. C’est pour cela que les plus célèbres philosophes des âges anciens, quoiqu’ils aient écrit excellemment sur bien des points, ont cependant souillé leurs doctrines de très graves erreurs. De là encore ce combat continuel que nous éprouvons en nous, et dont parle l’apôtre : Je sens dans mes membres une loi qui répugne à la loi de mon esprit [Rm 7, 13]. Maintenant donc qu’il est constant que la tache originelle, propagée à tous les enfants d’Adam, a affaibli la lumière de la raison, et que le genre humain a fait une chute très malheureuse de l’état primitif de justice et d’innocence, quel est celui qui pourra dire que la raison suffit pour arriver à la vérité ? Qui niera que, pour ne pas succomber et périr au milieu de si grands dangers et d’une telle infirmité, l’homme ait besoin des secours de la religion divine et de la grâce céleste [11] ?  

On doit donc l’affirmer : la prétention qu’a le naturalisme de vivre de la vie de la raison sans participer à la vie surnaturelle, est une prétention pratiquement chimérique et impossible. Car, depuis le péché du premier père, l’homme a été blessé dans sa nature ; il est malade et dans son esprit et dans sa volonté.

Sans doute, il lui reste assez de lumière pour connaître plusieurs vérités naturelles, assez de force pour pratiquer plusieurs vertus morales : le baïanisme, le jansénisme, le quesnellisme (et ce sont ces hérésies, pour le dire en passant, que la philosophie contemporaine, à laquelle aucune inconséquence ne coûte, honore de ses plus chaudes sympathies), ont été condamnés par l’Église, parce qu’ils attribuaient à la nature et au libre arbitre de l’homme déchu une impuissance complète.

Mais il est certain pareillement que, dans son état actuel, l’homme n’est capable par lui-même ni de connaître toute la vérité, ni de pratiquer toute la morale même naturelle, encore moins de surmonter toutes les tentations de la chair et du démon sans une lumière et une grâce d’en haut.

Je sais que Dieu ne refuse pas toujours ce secours à ceux qui ne sont pas encore régénérés en Jésus-Christ ; je sais que c’est une proposition condamnée de dire qu’il n’y a pas de grâce hors de l’Église [12]. Mais je sais aussi que cette grâce, Dieu se lasse de l’offrir à ceux qui, soit avant, soit après le baptême, persistent à repousser et à méconnaître le principe même et la source de la grâce qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ.

D’ailleurs, le fait de la révélation divine et de la venue du Fils de Dieu sur la terre étant une fois établi par des preuves évidentes, auxquelles la raison ne peut rien opposer, c’est être infidèle à la raison elle-même et à la saine philosophie que de ne pas croire à la révélation et à son auteur. Le péché contre la grâce devient un péché contre la religion de la nature, qui enseigne clairement que s’il plaît à Dieu de se révéler par des lumières mystérieuses et inattendues, c’est notre devoir d’ouvrir les yeux ; que s’il lui plaît d’épancher en nous des richesses surabondantes, c’est notre devoir d’ouvrir notre cœur.

Or, écoutez comment « la colère de Dieu se révèle du haut des cieux sur l’impiété des hommes qui retiennent la vérité captive dans l’injustice » (Rm 1, 18). Saint Paul écrit au peuple le plus policé du monde, aux Romains, et, il leur parle de leurs anciens philosophes : « Ils sont inexcusables, dit-il, car ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ils ne lui ont pas rendu grâces ; et, à cause de cela, Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs, il les a abandonnés aux passions d’ignominie, au sens réprouvé » (Rm 1, 20-29).

Or, si telle est la vengeance exercée contre les anciens philosophes, qui ne pouvaient guère connaître Dieu que selon la nature et par le spectacle des choses visibles, comment sera poursuivie l’infidélité de ceux qui, ayant été régénérés par le baptême chrétien, étant investis de la lumière révélée, enfin connaissant Dieu par l’Évangile de son Fils Jésus-Christ, ne veulent pas le glorifier en conséquence ?

La justice divine se manifeste sur eux du haut des cieux ; croyant être sages, ils deviennent insensés : ces hautes intelligences se perdent dans des systèmes absurdes, dans des doctrines où personne ne veut les suivre. Puis trop souvent, des jouissances orgueilleuses d’une raison fière et indépendante, ils tombent jusqu’aux voluptés grossières.

Ne voulant pas s’élancer jusqu’aux régions pures et sereines où la foi les conduirait, ils glissent sur la pente des sens. Et le prétendu sage cède aux passions d’ignominie ; et celui qui, en public, proclame les maximes les plus sévères de l’ordre moral, retombant sur lui-même, souille son corps par le péché, son âme par les mauvais désirs, quelquefois ses mains par l’iniquité.

Et ainsi s’accomplit la parole du Psalmiste (Ps 13, 21) : « L’homme ayant été constitué en gloire, n’a pas compris sa dignité, il est tombé, et, dans sa chute, il n’a pu s’arrêter à une région moyenne impossible à habiter ; il est tombé jusqu’au niveau des bêtes sans raison, et il leur est devenu semblable » et ayant vécu de la vie des sens, il a été trouvé digne de mort, de la mort qui consiste à être éternellement privé de Dieu, et de la mort qui consiste aussi dans la peine éternelle du sens coupable : Quoniam qui talia agunt digni sunt morte (Rm 1, 32).

Volontiers, nous en appellerions ici aux hommes du monde eux-mêmes, à leur conscience, à leur expérience, et nous leur dirions :

Vous qui vivez en dehors des pratiques de la religion positive, répondez : N’est-il pas vrai qu’avec la seule raison, avec la seule morale humaine, quelque beaux principes que l’on professe, quelque éducation savante et polie qu’on ait reçue, n’est-il pas vrai qu’on est impuissant à réprimer tous ses penchants coupables, à étouffer tous ses instincts mauvais ? Quand vous avez senti en vous ces deux hommes dont parle saint Paul, ne vous a-t-il pas été facile de reconnaître que l’homme selon la nature ne peut être entièrement régi et gouverné que par l’homme selon la grâce, et que l’homme selon la pure raison est un maître dont l’empire est bien fragile, l’autorité bien mobile et bien incertaine ?

Ah ! que de fois le maître s’est mis d’accord avec l’esclave ! que de fois l’esprit s’est fait complice de la chair ! Homme sérieux et presque austère le matin, homme d’études ou d’affaires dans le cabinet, le soir ce n’était plus qu’un homme léger et folâtre, un homme d’ambition et de plaisir. Philosophe drapé dans le manteau héréditaire de Socrate et de Platon quand il fallait poser devant le public, trop souvent, dans le secret, il ne restait qu’un disciple d’Épicure.

Oui, mon frère, avouez-le, non pas à nous, mais à vous-même : votre vertu humaine, votre sainteté humaine s’est au moins quelquefois démentie ; juste devant les hommes, vous ne l’êtes pas à vos propres yeux ; vous connaissez dans votre vie plus d’une page humiliante ; vous avez mis le pied dans la fange ; vous n’êtes pas pur de cœur ; et si, tôt ou tard, vous ne retournez aux sources de la grâce, s’il ne descend pour vous un pardon du ciel, si une goutte du sang de Jésus-Christ, que vous repoussez, ne vient toucher votre âme et la guérir, vous avez mérité le châtiment des coupables : Quoniam qui talia agunt, digni sunt morte.

 

[Première instruction synodale, 1855. — ŒE, t. 2, p. 380-397.]

3. – La seule vraie Église du Christ

Sans l’Église, l’Écriture sainte est dangereuse

C’est à son Église que Jésus-Christ a confié l’Écriture sainte. Les protestants qui s’en sont emparés et prétendent l’interpréter librement sont donc coupables de vol. Mais plus encore, ils sont responsables de l’incrédulité et des blasphèmes de tous ceux à qui ils ont impunément distribué les Livres saints sans aucune préparation – comme on jette des perles aux pourceaux –, et qui y ont trouvé une occasion de chute et de scandale. Les protestants ont prétendu exalter la Bible (sola Scriptura !), mais ils ont ruiné son autorité dans beaucoup d’âmes. Le recours à l’Église est indispensable, car le meilleur remède peut facilement devenir poison en des mains incompétentes. — Extrait d’un prône de l’abbé Pie, le 19 novembre 1843.

Le Sel de la terre.

 

D'abord, mes frères, je vous adresserai cette question : La Providence ferait-elle assez pour un enfant encore au berceau ; si elle déposait à côté de lui un pain pour lui servir de nourriture ? Que faut-il donc en outre ? N’est-ce pas une mère, une nourrice pour rompre ce pain, pour l’humecter, pour le distribuer selon le besoin ? Or, mes frères, auprès de l’homme, qui ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, ce n’est pas assez que Dieu ait placé son Écriture ; il fallait aussi une nourrice, une mère pour rompre ce pain : cette mère, c’est l’Église. 

Les saintes Écritures, mes frères, sont la propriété de l’Église. L’Église est avant l’Écriture, car l’Église remonte aux premiers jours du monde, et elle a été définitivement fondée par le Rédempteur ; or les Livres saints de l’ancienne alliance ne datent que de Moïse, et ce ne fut que plusieurs années après la mort du Christ et l’établissement de son Église que furent écrits les livres du Testament nouveau.

Donc, c’est à l’Église qu’il appartient de mettre les Livres saints entre les mains des fidèles, quand et comment elle le juge utile et convenable. Donc les sectaires qui sèment les bibles à profusion, et qui livrent la parole sainte à l’examen privé et au jugement arbitraire de chacun, sont coupables d’iniquité envers l’Église, disposent injustement de sa propriété, et sont responsables devant Dieu des blasphèmes et des scandales que l’Écriture peut provoquer, quand elle n’est pas interprétée par une autorité certaine. Donc les catholiques indiscrets qui s’arrogent d’eux-mêmes la faculté de lire indistinctement toute l’Écriture, qui ne demandent pas à l’Église ses conseils, qui ne tiennent pas compte de ses restrictions, qui ne recourent pas à ses commentaires, n’auront pas droit d’accuser la parole de Dieu des tentations et des doutes auxquels leur foi sera souvent exposée, ni du fanatisme et de l’exagération auxquels leur esprit sera parfois livré.

Mes frères, je le proclame avec Bossuet : pour celui qui lit l’Écriture avec un esprit raisonneur et plein de lui-même, il y a autant d’écueils que de versets. Aussi écoutez le principe fondamental qu’établit ce grand homme, et moyennant lequel l’Église catholique n’interdit à personne d’une façon absolue l’usage des Écritures. La plus utile observation qu’il y ait à faire, dit-il, sur la lecture de l’Écriture, est de s’attacher à profiter de ce qui est clair, en le goûtant et le méditant, et de passer ce qui est obscur, en l’adorant et soumettant toutes ses pensées au jugement de l’Église. Par ce moyen, on tire autant de profit de ce qu’on n’entend pas que de ce qu’on entend, parce qu’on se nourrit de l’un, et l’on s’humilie de l’autre.

Autre principe. On trouvera dans l’Écriture certains récits, certaines expressions que l’Esprit-Saint a insérés par de secrets desseins, et qui tendent ou à inculquer, quelques vérités ou à inspirer l’horreur des grands crimes. Mais comme elles peuvent faire d’autres effets sur les âmes faibles, il faut passer par-dessus et prendre bien garde surtout de ne pas s’y arrêter par curiosité ; car Dieu frapperait terriblement ceux qui abuseraient jusqu’à cet excès de sa pensée, et qui feraient servir de matière à leurs mauvaises pensées un livre qui est fait pour les extirper.

Dans les Écritures, dit saint Jean Chrysostome, celui-là est savant, qui ne sait pas seulement où l’on peut s’avancer, mais où il faut s’arrêter ; comme dans un fleuve, celui-là le connaît, qui sait où est le gué, et où les abîmes sont impénétrables.

Encore une fois, mes frères, moyennant ce principe de soumission humble et religieuse, l’Église catholique, loin de défendre la lecture des Livres saints, ne cesse de la recommander à ses enfants, comme un trésor de lumière, de vertu, de patience et de consolation. L’eucologe [13], qu’elle met entre les mains de tous, n’est guère autre chose qu’une Bible distribuée avec prudence, avec mesure, et mise en rapport avec les diverses circonstances des temps et des solennités. Et si l’eucologe est la Bible de tous, l’Église exhorte ceux de ses enfants à qui leur condition, leur éducation, leur piété le permet, de faire une étude particulière des saints Livres.

Ce fut pour de pieuses dames que saint Jérôme entreprit ses grands travaux de traduction de l’Écriture ; c’était à une vierge chrétienne qu’il écrivait : Nourrissez-vous des oracles sacrés et la nuit et le jour ; que le soir, quand votre tête est affaissée par le sommeil, elle tombe et s’endorme sur une page du Livre saint : Cadentem faciem pagina sancta suscipiat. Enfin, le grand et immortel Bossuet, occupé à la fois des plus hauts intérêts de l’Église et de l’État, trouvait le temps encore de dater du palais de Versailles des lettres à d’humbles religieuses auxquelles il envoyait ses traductions et ses commentaires des Psaumes, des Prophètes, des Évangiles et de l’Apocalypse même, leur indiquant quels fruits particuliers elles pourraient retirer des livres sapientiaux, des livres prophétiques, historiques et des écrits des Apôtres.

Soutenus par de telles autorités, nous vous le disons hardiment, mes frères, ô vous qui n’avez à cœur que de vivre d’une vie toute d’union avec Dieu : lisez, lisez, méditez les saintes Écritures ; ne passez pas une journée sans lire au moins un chapitre du nouveau Testament. […]

 

[Prône prêché dans la cathédrale de Chartres, dimanche 19 novembre 1843. — ŒS, t. 2, p. 185-188.]

Sans le sacrifice de la messe, le christianisme dégénère en idéologie

Le protestantisme, dégénérescence du christianisme, ne répond même plus à la définition d’une « religion », puisqu’il n’a pas de sacrifice. Il n’est plus qu’un système idéologique. On pourrait dire, pour employer une formule moderne, qu’il est « la religion de la sortie de la religion ». — Extrait d’un prône de l’abbé Pie, le 16 octobre 1842.

Le Sel de la terre.

 

En effet, dirai-je à l’hérétique, le sacrifice est l’acte nécessaire, essentiel de la religion. Or, si l’oblation eucharistique n’est pas un véritable sacrifice, il faut donc dire que la religion chrétienne n’a pas de sacrifice, par conséquent n’est pas une religion. Car je cherche vainement où est le sacrifice du Christ. Les sacrifices des animaux, ils sont abolis. Le sacrifice de la croix, il n’a été offert qu’une fois. Ce n’est pas là un sacrifice ordinaire, un sacrifice quotidien. Or si l’oblation de l’autel n’est qu’une ombre, qu’un souvenir, comme un souvenir, une figure ne sont pas la matière d’un sacrifice réel et véritable, il faut dire que l’Église de Jésus-Christ n’a pas de sacrifice.

Les juifs, par conséquent, étaient plus riches que nous, puisque nous voyons chez eux des sacrifices réels, des immolations véritables. Le culte des païens eux-mêmes obtenait à plus juste titre que nous le nom de religion, puisqu’ils avaient des sacrifices tels quels, plus ou moins défigurés.

Mais le christianisme n’est pas même un culte, puisqu’il manque du caractère constitutif de tout culte. C’est ainsi que le protestantisme, en niant le sacrifice de la messe, a cessé d’être une société religieuse, et n’est plus devenu qu’une société de raisonneurs, dont il faut reléguer les doctrines parmi les utopies et les systèmes.

 

[Prône sur le saint sacrifice pour le 22e dimanche après la Pentecôte, 16 octobre 1842. — ŒS, t. 2, p. 18.]

Le protestantisme, père des erreurs modernes

Depuis Pie VI, de nombreux papes ont dénoncé le protestantisme comme le père des erreurs modernes (« philosophie » des « Lumières », déisme, rationalisme, kantisme, etc.). Le concile Vatican I rappelle cette triste généalogie dans le préambule de la constitution dogmatique Dei Filius. Mgr Pie fit à ses prêtres un commentaire détaillé de cette constitution Dei Filius, le 17 juillet 1871 (c’est la quatrième instruction synodale). Il insiste, lui aussi, sur la funeste logique qui mène de Luther à l’enfer moderne.

Le Sel de la terre.

 

Les hérésies proscrites par le concile de Trente étaient d’accord sur deux points :

   – rejeter le magistère divin de l’Église,

            – et soumettre toutes les questions religieuses au jugement de chaque particulier.

Si négatif que fût ce double principe, la prétendue réforme s’y retrancha comme dans sa forteresse : elle s’intitula fièrement la religion du libre examen. Étant donné un pareil point de départ, il est arrivé ce qui devait arriver : les hérésies ne tardèrent pas à se fractionner en une infinité de sectes, parmi lesquelles éclatèrent de nouvelles dissensions et de nouveaux conflits.

Il ne se pouvait point, en effet, que la société de ceux qui s’obstinaient dans une séparation si manifestement coupable et si solennellement condamnée, ne se désagrégeât elle-même par cette force fatale des conséquences logiques qui n’est qu’une des formes des jugements de Dieu. Ce travail de décomposition et de mort, si visible déjà au temps de Bossuet écrivant son admirable Histoire des Variations, a été s’avançant toujours dans le cours du siècle suivant. On marcha, et l’on dut marcher de doute en doute, de division en division, et finalement de négation en négation à ce point que chez un trop grand nombre, la foi en Jésus-Christ reçut de mortelles atteintes. On s’était glorifié de s’en rapporter uniquement à la sainte Bible, comme à la seule source et au seul juge de la doctrine chrétienne ; et voici qu’on en vint à ne lui plus reconnaître d’inspiration divine, et qu’on alla jusqu’à la reléguer parmi les fables et les mythes. Les pères avaient nié que Dieu fût dans l’Église ; les fils nièrent à leur tour que Dieu fût dans l’Écriture ; et du sein même de ce protestantisme sortirent, des voix qui nièrent, dès la fin du dix-septième, et surtout dans le cours du dix-huitième siècle, que Dieu fût en Jésus-Christ : en attendant qu’une race plus descendue et plus perdue, mais que les premiers révoltés n’avaient pas le droit de déclarer illégitime, eût l’audace d’affirmer que Dieu n’est nulle part. Ici commence proprement le mal de notre époque.

 

[Quatrième instruction synodale, 1871. — ŒE, t. 7, p. 190-191.]


[1]  — Mgr Fayet, Mandement sur la prière, 1837. (Note de l’abbé Pie.)

[2]  — Jn 10, 38.

[3]  — Jn 14, 12.

[4]  — 1 Co 14, 22.

[5]  — 1 Co 2, 4-5.

[6]  — Allusion à l’apparition de La Salette, en 1846. (NDLR.)

[7]  — Saint Grégoire le Grand, homélie 32 sur l’Évangile.

[8]  — Mt 11, 4-5.

[9]  — Mt 11, 6.

[10] — Dœmones credunt et contremiscunt (Jc 2, 19).

[11] — Allocution de Pie IX du 9 décembre 1854.

[12]  — Alexandre VIII a condamné cette proposition : Pagani, Judaei, haeretici aliique hujus generis nullum omnino accipiunt a Jesu Christo influxum, etc. Et les 26e et 29e propositions condamnées de Quesnel sont celles-ci : Nulle dantur gratiae nisi per fidem. – Extra Ecclesiam nulla conceditur gratia.

[13] — Un eucologe ou livre de prières est l’équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui un « paroissien » ou missel des fidèles. (NDLR.)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 95

p. 268-287

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