top of page

Courrier de Rome


Le Courrier de Rome paraît depuis janvier 1967. Cette revue a rendu de grands services à la Tradition et nous l’avons souvent citée et recensée dans Le Sel de la terre.

Avec son numéro 390 d’octobre 2015 [1], elle change de forme de publication, proposant à côté de l’abonnement papier (passé de 20 euros à 30 euros pour un an) une mise à disposition des numéros au format pdf sur le site internet de la revue (www.courrierderome.org).

Le dernier numéro contient quatre articles intéressants de l’abbé Jean-Michel Gleize.

Dans le premier article, l’abbé Gleize montre comment le changement de langage voulu par les papes conciliaires est allé de pair avec un changement de doctrine. L’exemple donné est celui du concept de « miséricorde » :

La pseudo miséricorde renouvelée, que nous prêche le pape et dont il voudrait faire la matière du prochain Jubilé, n’est que l’expression du libéralisme qui s’est emparé des esprits, à l’intérieur de la sainte Église, libéralisme déjà condamné par Grégoire XVI, il y a bientôt deux cents ans. C’est pourquoi, loin de s’en réjouir, les catholiques soucieux de persévérer dans la voie de la vérité et de la justice, gardent tous les motifs de se lamenter.

Dans l’article suivant, l’abbé Gleize explique comment le concept de « sensus fidei » (sens de la foi) a lui aussi été modifié par l’Église conciliaire. Ce sens de la foi permet au peuple chrétien d’adhérer à l’enseignement de l’Église, de sorte que s’il y a une adhésion unanime de tout le peuple chrétien, on peut être certain qu’il ne porte pas sur une doctrine erronée.

 

Dans la conception traditionnelle de cette expression, le sens de la foi porte sur des dogmes de la foi déjà proposés par le magistère. Dans la conception conciliaire (moderniste) le sens de la foi a pour objet une expérience vitale et ainsi, comme l’explique l’abbé Gleize dans un troisième article, l’évêque doit être à l’écoute de son peuple, et le pape à l’écoute du synode épiscopal. C’est la pyramide renversée de l’Église conciliaire.

 

L’Église conciliaire prétend que le magistère divinement assisté se réduit au magistère du moment présent, lequel aurait pour rôle d’interpréter les textes du magistère passé. L’abbé Gleize, dans un quatrième article, explique que le magistère n’a pas ce rôle, « car il ne saurait y avoir une interprétation de l’interprétation » et le magistère du passé a déjà interprété les sources de la Révélation. Sur ce point nous serons moins catégorique : sans doute, habituellement, le magistère présent n’a pas à interpréter le magistère passé, mais il peut arriver que des précisions soient à apporter sur des textes non définitifs du magistère passé [2].

Ce dernier article est un peu confus, car l’auteur ne distingue pas explicitement le sujet du magistère (les évêques et le pape qui forment l’Église enseignante et peuvent enseigner avec autorité) et son objet (les documents ou enseignements du magistère). Les deux peuvent être appelés « magistère », le premier est le magistère au sens subjectif (le sujet du magistère), le second est le magistère au sens objectif (l’objet du magistère, c’est-à-dire ses enseignements).

On peut parler de magistère vivant dans le sens subjectif (il y a actuellement des représentants de l’Église enseignante qui sont vivants), mais pas dans le sens objectif (il est faux de prétendre, comme le font les modernistes, que la doctrine de l’Église est vivante et doit évoluer avec le temps).

L’erreur de l’Église conciliaire consiste à affirmer que le magistère vivant est libre d’interpréter le magistère passé. C’est évidemment faux, car le magistère (subjectif) est l’organe de la Tradition et il doit transmettre intégralement le magistère passé (le magistère objectif, dans le même sens et avec la même expression [3]), puisque ce magistère passé est une explicitation de la Tradition. S’il ne le fait pas, si de plus il contredit le magistère passé, c’est un magistère « infidèle [4] » qui perd toute son autorité.

L’abbé Gleize cherche à réfuter l’erreur moderniste en incluant le magistère passé dans le magistère vivant, ce qui aboutit à des formulations peu claires [5].

 

Enfin signalons que le même numéro du Courrier de Rome contient un article du professeur Paolo Pasqualucci montrant que Notre-Seigneur Jésus-Christ a bel et bien condamné l’homosexualité.

 

Fr. P.-M.

 

 

Courrier de Rome 390, octobre 2015, BP. 156, 78001 Versailles cedex


[1] — A noter une anomalie : le numéro du mois de septembre portait le même numéro 390.

[2] — Il est même possible que le magistère présent en vienne à corriger un enseignement non infaillible du magistère passé. Cependant cette hypothèse semble n’avoir jamais été vérifiée, malgré les efforts que Roberto de Mattei a faits pour essayer de trouver des « erreurs » dans le magistère passé (voir la recension de son ouvrage, Apologie de la Tradition, dans Le Sel de la terre 94 (automne 2015).

[3] — « In eodem sensu eademque sententia ». L’expression est de saint Vincent de Lérins, et elle est reprise par le concile de Vatican I (DS 3020).

[4] — Voir la conférence de Mgr Lefebvre donnée à Angers le 23 novembre 1980, parue en brochure aux éditions du Sel sous le titre : « Bilan de quinze années de réformes conciliaires » : « Il peut y avoir un magistère infidèle, un magistère qui n’est pas fidèle à la Tradition » (p. 24).

[5] — « Il y a bien sûr un magistère vivant qui est celui des autorités présentes. Mais ce magistère vivant d’aujourd’hui ne résume pas à lui seul tout le magistère vivant. […] Le magistère n’est pas “vivant” au sens exclusif d’un magistère présent. Il est aussi celui du passé. »

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 96

p. 167-168

Les thèmes
trouver des articles connexes

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page