Sainte Catherine de Sienne au service de l’Église
CE petit livre de soixante-six pages expose en vingt et un chapitres très courts la vie extraordinaire et la spiritualité de sainte Catherine de Sienne.
Tout est dit de façon très condensée. On comprend ainsi la mission de sainte Catherine : Dieu a voulu se servir de cette jeune femme (morte à trente-trois ans), pour conseiller le pape, la curie romaine et les potentats de l’époque.
Précisons pour les « défenseurs-de-la-cause-féminine-contre-l’obscurantisme-médiéval », que le pape, les évêques et les rois du 14e siècle ont accepté les conseils, et même les réprimandes, d’une femme du peuple. Catherine, en effet, était continuellement appelée auprès du pape et des autorités civiles et religieuses de l’époque. Que les tenants de la femme « perpétuelle mineure », du 18e siècle « éclairé » ou du 19e protestant et franc-maçon, aillent se rasseoir !
Le fondement de la spiritualité de sainte Catherine
Le père Bernadot livre le secret de sainte Catherine en ses chapitres 5 et 6 : la véritable humilité. « Tu es celle qui n’es pas, et moi, Je suis Celui qui est », lui dit un jour Notre-Seigneur.
Humilité magnanime. Il y avait en cette âme un irrésistible besoin de rendre justice à l’infini ; un mouvement puissant la pressait de s’abaisser, et de se prosterner devant « Celui qui est » [p. 12].
Mais la conscience de son néant n’aboutit pas à la dépression. Au contraire, Catherine s’écrie avec l’audace de l’amour :
O ineffable et très douce Charité, qui ne s’enflammera à tant d’amour ? Quel cœur se défendra de défaillir ? Toi, ô Abime de charité, il semble que tu deviens fou de tes créatures, comme si tu ne pouvais vivre sans elles, alors que tu es notre Dieu. […] Qui te pousse à tant de miséricorde ? L’amour… [p. 14].
En Catherine, se reflète exactement la doctrine de l’Église : la rencontre de la sainte crainte et de l’amour confiant. Ce parfait équilibre rend Catherine docile à l’œuvre de Dieu.
La mission de sainte Catherine
Attirée dès son plus jeune âge par l’Ordre de Saint-Dominique, elle rentre dans le Tiers-Ordre. Elle sera l’un des phares du 14e siècle. A travers ses lettres (au moins 373) et ses disciples de toutes conditions, elle conseillera tant les chefs de l’Église que ceux de la société civile.
Citons un passage d’une lettre à Grégoire XI, ancien prieur d’une certaine abbaye de la Haye-aux-Bonshommes, située près d’Angers.
Le monde est en plein bouleversement, me dites-vous, comment le mettre en paix ? – Je vous réponds de la part du Christ crucifié. Il faut employer votre pouvoir à arracher du jardin de la sainte Église les fleurs empestées ; ces mauvais pasteurs et gouverneurs remplis d’impureté et d’avarice, et gonflés d’orgueil qui empoisonnent et pourrissent le jardin. Vous êtes notre Maître ; usez de votre pouvoir pour arracher ces fleurs. Jetez-les dehors. Qu’ils n’aient plus rien à gouverner et qu’ils s’occupent de se gouverner eux-mêmes et de mener une vie sainte. Puis, plantez dans ce jardin des fleurs odoriférantes : des pasteurs et des gouverneurs qui soient de vrais serviteurs de Jésus-Christ, les pères des pauvres, ne cherchant que la gloire de Dieu et le salut des âmes [lettre 206, p. 31].
« Que la vérité soit mon excuse »
Catherine est éprise de Dieu et ne veut qu’accomplir sa sainte volonté. Elle doit rappeler au pape ses devoirs :
Si jusqu’à présent, vous n’avez pas été bien ferme, je vous demande et je veux en vérité que désormais vous agissiez virilement et que vous suiviez en homme courageux le Christ dont vous êtes le vicaire [lettre 364, p. 51].
Mais elle ajoute : « que la vérité soit mon excuse, l’éternelle Vérité. Je vous demande humblement votre bénédiction » (p. 33).
Catherine, qui aurait préféré rester dans sa petite cellule domestique à contempler les mystères divins « se souciait peu de plaire ou non dans ce qu’elle disait ; elle ne pensait qu’à l’honneur de Dieu », écrivait un témoin, le notaire Gudidini (p. 42). Voilà pourquoi elle avait cette sainte liberté de langage. A un prélat qui n’osait pas manifester la vérité, elle écrivait : « Pourquoi gardez-vous le silence, c’est lui qui perd le monde. L’Église est toute pâle ; on épuise son sang » (p. 41).
Catherine a beaucoup souffert du schisme. Elle n’a pourtant pas connu la triste époque des trois « papes » ! Elle offrait ses souffrances pour l’Église : « Soyez assuré que si je meurs, l’unique cause de ma mort est l’amour de l’Église qui me brûle et me consume » (p. 64).
En bonne tertiaire dominicaine qu’elle était, elle priait pour la conversion des ennemis de l’Église :
O Père éternel, Amour ineffable, triomphez de la dureté de leurs cœurs. Ramenez-les à vous pour qu’ils ne périssent pas. Et puisqu’ils vous ont offensé, souveraine Clémence, vengez sur moi leurs iniquités [p. 64].
Elle a été entendue. Les quatre derniers mois de sa vie furent un calvaire. Un feu intérieur la consumait et la desséchait. Les démons s’acharnaient contre elle : « Maudite, tu veux encore t’opposer à nous, mais nous nous vengerons et tu mourras d’horribles tourments » (p. 65).
Elle n’en priait que davantage. Et ses souffrances immenses ne l’empêchaient pas de « rayonner une douce joie » (p. 66).
Le 30 avril, vers la septième heure, sentant sa mort venir, Catherine appela ses disciples et leur dit : « Mes fils bien-aimés, je veux que vous n’hésitiez point à donner votre vie pour le pape légitime et pour la sainte Église » (p. 66). Elle mourut peu après, « consumée d’amour pour la douce épouse du Christ » (p. 66).
Sainte Catherine est l’une des gloires de l’ordre de saint Dominique. Les tertiaires l’ont prise pour protectrice. On peut vénérer son chef à Sienne et son corps à Rome.
« Que la vérité soit mon excuse et obtienne ma délivrance, l’éternelle Vérité », telle aurait pu être son épitaphe.
S. D.
Père Marie-Vincent Bernadot O.P., Sainte Catherine de Sienne au service de l’Église, Éditions Saint-Rémi, 2014, 8 €.

