Le Synode sur la famille
Dans cet ouvrage publié par Civitas en septembre 2015, intitulé : Le Synode sur la famille – La Révolution du pape François, François-Xavier Peron nous offre une approche globale du synode sur la famille, convoqué par François, en le replaçant dans son contexte.
Il convient de rappeler que ce synode s’est déroulé en deux étapes espacées d’une année : il y eut d’abord la troisième Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, sur le thème : « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation », qui s’est déroulée du 5 au 19 octobre 2014. Il y eut ensuite, du 4 au 25 octobre 2015, la quatorzième Assemblée Générale Ordinaire, sur le thème : « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain ».
Le livre a donc été publié avant la tenue de la deuxième étape, dans le souci d’alerter le public sur les menées subversives entreprises tout au long de cette année « synodale », et qui risquait de se concrétiser dans le synode d’octobre dernier par une attaque en règle contre la morale catholique du mariage, notamment en ce qui concerne l’accès à la communion pour les « divorcés remariés » et l’« accueil » des unions contre-nature. En fait, l’attaque était déjà réalisée et les brèches déjà largement perpétrées, quand ce deuxième synode s’est ouvert. C’est pourquoi cette deuxième étape a pu paraître « anodine » par rapport à la première profondément subversive. Mais le mal était fait. Les libéraux ont cru voir, dans cet « affaiblissement » du clan novateur, une « victoire » du parti conservateur. Mais c’est être bien naïf et montrer, une fois de plus, qu’on ne comprend pas la tactique de la Révolution. Au reste, la publication de l’exhortation post-synodale Amoris lætitia, survenue depuis, confirme le caractère destructeur de toute l’entreprise.
Cet ouvrage présente de façon objective les principaux acteurs, les faits saillants et les textes essentiels, tout en rapportant d’une manière simple et accessible le magistère de l’Église sur le sujet.
Le livre est assez court (148 pages) et de lecture agréable, mais le traitement du sujet s’arrête à vrai dire à la page 90, la dernière partie étant une annexe constituée par un recueil de textes de Pie XII sur le mariage catholique. Face au travail de désinformation permanente effectué par les médias et spécialement par les organes conciliaires, depuis le Vatican jusqu’aux diocèses et aux paroisses, qui auront passé l’année à tambouriner la nouvelle morale du mariage et sa praxis, au nom de la fausse miséricorde promue par François, ce livre fait une œuvre salutaire de ré-information. Il donne un aperçu clair de la situation et analyse précisément les enjeux du synode. Surtout, il dénonce la source du mal : l’humanisme et l’anthropocentrisme du concile Vatican II ; il montre que « les deux étapes du synode sur la famille de 2014 et de 2015 ne sont pas autre chose que l’esprit et la théologie du concile Vatican II appliqués aux mœurs » (p. 14).
Le synode de 2014
L’auteur explique que c’est lors du consistoire extraordinaire des cardinaux sur la famille, convoqué par François en février 2014, que les esprits ont été préparés « par une très habile praxis à la révolution que doit entériner le synode » (p. 20). Ce consistoire fut introduit par un long discours du cardinal Walter Kasper, ouvertement favorable au « droit » à une seconde union et à la réception de l’eucharistie par les « divorcés remariés ». C’est le pape François qui l’avait nommément désigné pour tenir ce rôle, après avoir fait son éloge public lors de l’Angélus du 21 février 2014, parlant de son sens de la « miséricorde », de sa « théologie sereine » et le remerciant de « faire de la théologie à genoux » (p. 24).
F.-X. Peron montre aussi que durant le synode de 2014 les novateurs ont pris comme fondement théorique de leur projet le principe moderniste de la gradualité, transposition dans le domaine de la morale de la fausse ecclésiologie de Vatican II énoncée par le fameux subsistit in de la constitution Lumen gentium. Cette nouvelle ecclésiologie enseigne que l’Église du Christ « subsiste » dans l’Église catholique sans s’identifier à elle, et qu’elle subsiste également dans les autres confessions et « communautés ecclésiales », quoique à des degrés divers, si bien que « des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent en dehors des structures de l’Église catholique » (Lumen gentium 8) et que la présence et l’action de l’Église du Christ se réalise par le moyen des communautés séparées dont « le Saint-Esprit ne dédaigne pas de se servir comme de moyens de salut » (Unitatis redintegratio 3).
Eh bien ! de même,
les autres formes de l’amour humain [union libre, concubinage, « remariage » après divorce], dans la mesure où y est vécu tel ou tel élément constitutif du mariage chrétien, [sont] à regarder positivement comme une réalité sacrée [p. 36].
L’Église se doit de les respecter et d’« en prendre soin pour les faire progresser » (idem) vers la plénitude du mariage chrétien à laquelle ils sont de soi ordonnés.
Ce principe théologique trompeur, exposé dans la Relatio post disceptationem – le rapport de mi-parcours du synode publié à la demande expresse de François – était accompagné, entre autres faussetés, d’une vision « accueillante » des homosexuels, qui ont « des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne » (p. 33)…
Cette Relatio ayant fait grand bruit, on fait en sorte que la Relatio Synodi (le texte final) soit un peu moins scandaleuse, selon la stratégie des novateurs qui consiste à avancer de deux pas pour ensuite reculer d’un seul. Sans l’avouer explicitement, le texte ouvre toutes les portes : « Les situations des divorcés remariés exigent aussi un discernement attentif et d’être accompagnées avec beaucoup de respect, en évitant tout langage et toute attitude qui fassent peser sur eux un sentiment de discrimination » (proposition 51, voir p. 37) ; « L’accès éventuel aux sacrements devrait être précédé d’un cheminement pénitentiel sous la responsabilité de l’évêque diocésain » (proposition 52, voir p. 38).
Ce synode de 2014 aura joué un rôle capital. C’est, après le concile Vatican II (1962-1965) et Assise (1986), la troisième grande étape de la révolution ecclésiale en cours. F.-X. Peron écrit :
Ce synode peut être vu comme étant le troisième événement le plus important dans l’actuelle crise de l’Église, et probablement sa dernière étape. Le premier fut le concile Vatican II, qui mit l’homme au centre et posa donc des principes mauvais. La réunion interreligieuse d’Assise en fut l’application ultime au niveau de la foi. Ce synode en est, quant à lui, le développement au niveau des mœurs et la dernière étape du processus conciliaire parce que le coup porté concerne la loi naturelle [p. 40-41].
L’inter-synode : la « miséricorde » à la rescousse
Après avoir développé quelques faits marquants survenus après la première partie du synode (la « résistance » des « conservateurs » faussée dès le principe, et la poursuite de la subversion par les « progressistes »), l’auteur aborde deux documents clés dans la révolution bergoglienne : la bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la miséricorde, Misericordiæ Vultus, et le document Instrumentum laboris signé par le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des évêques.
Par le premier, François institue une Année sainte extraordinaire pour commémorer le cinquantenaire de la clôture du concile Vatican II, en approfondir la mise en œuvre, et redonner une place centrale à la « miséricorde » divine. C’est un article essentiel « de la révolution des mœurs que le pape souhaite imposer à l’Église, mettant le synode sur la famille directement dans le sillage du concile Vatican II et dans la même optique anthropocentrique » (p. 74). La bulle d’indiction indique bien la direction que François entend donner : « Les murailles qui avaient trop longtemps enfermé l’Église comme dans une citadelle ayant été abattues, le temps était venu d’annoncer l’Évangile de façon renouvelée » (p. 74).
Le document Instrumentum laboris est conçu comme une base de travail pour préparer la deuxième partie du synode. Il incorpore à la Relatio Synodi les réponses apportées par les diocèses au questionnaire envoyé par le Vatican, et suggère plusieurs mesures audacieuses visant à « intégrer » les « divorcés remariés ».
Les dernières pages de l’ouvrage de F.-X. Peron sont consacrées aux « perspectives pour la deuxième partie du Synode », suivies d’une conclusion se terminant sur une large citation de l’ouvrage de Don Félix Sarda y Salvany, Le libéralisme est un péché.
On ne saurait que rejoindre l’avis de F.-X. Peron lorsqu’il dit « que la vraie conception de la miséricorde a été détruite, que la notion de péché a été effacée, que la doctrine catholique a été mise au décompte des voix et qu’elle a pu être combattue à visage découvert par des cardinaux et des évêques sans que le pape n’intervienne » (p. 86). Mais avait-il besoin d’intervenir ? C’est lui qui a placé aux postes de responsabilités les hommes qui se sont acquittés à merveille de cette œuvre de destruction de la morale catholique. Il est clair que l’orientation prise est celle qu’il a voulue ; il s’en est d’ailleurs clairement exprimé à plusieurs reprises.
Voici donc un ouvrage sérieux et de lecture aisée, à conseiller vivement à tous ceux qui veulent se faire une idée adéquate de la révolution opérée dans l’Église par les autorités conciliaires et singulièrement accélérée depuis l’élection du pape François.
Le livre est préfacé par le père Antoine de Fleurance, O.F.M. Cap., gardien du couvent Saint-François de Morgon, et plusieurs prêtres de la FSSPX en ont relu et approuvé les pages. Il est solidement documenté ; le ton est posé et ne s’écarte jamais du caractère de gravité que réclame le sérieux du sujet. Pourquoi donc a-t-il été interdit de vente et de diffusion dans les prieurés de la FSSPX ? Pourtant, il illustre parfaitement et fidèlement la ligne du combat de la foi mené par Mgr Lefebvre contre la Rome néo-moderniste et néo-protestante.
A. M.
François-Xavier Peron, Le Synode sur la famille – La Révolution du pape François, Paris, Civitas, 2015, 160 p., 10 €.

