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La Contre-révolution


Les contre-révolution­naires sont un peuple sans mémoire. Qui connaît la tombe de Mgr Henri Delassus ? Qui peut se vanter d’avoir participé aux célébrations du bicentenaire de la naissance de Louis Veuillot ? Qui sait où est né Mgr Jouin ?

A notre connaissance, bien rares sont les anthologies d’auteurs contre-révolutionnaires [1]. Il est d’une criante ironie que celle-ci paraisse aux éditions du journal Le Monde, phare et haut-parleur du politiquement correct révolutionnaire. L’ouvrage est loin d’être irréprochable, mais pour une fois que nos adversaires font œuvre utile, il serait regrettable de ne pas le signaler.

L’objectif de cet anthologie est essentiellement culturel et non sans référence à l’idéologie dominante :

Elle vise […] à restituer dans toute sa richesse et sa diversité une tradition irréductible aux classifications simplificatrices, à donner à lire les grands textes d’une sensibilité politique qui a aussi influencé le catholicisme social, la démocratie chrétienne et, pour certains, le choix de résister à l’envahisseur nazi. [p. 6.]

Les auteurs référencés sont exclusivement des laïcs, certains connus du grand public, d’autres familiers dans nos milieux, quelques uns complètement ignorés. Chaque figure est définie par quelques éléments biographiques et un ou deux textes dont le choix est parfois discutable.

C’est sans surprise que l’on découvre l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg. Le Savoyard Joseph de Maistre (1753-1821), spectateur de la Révolution française, est présenté à travers deux extraits de ses Écrits sur la Révolution : ceux où elle est jugée « châtiment divin » et où est donnée la célèbre définition de la contre-révolution :

Le rétablissement de la monarchie, qu’on appelle contre-révolution ne sera point une révolution contraire mais le contraire de la Révolution [p. 6].

Joseph de Maistre souligne aussi l’illusion des grands « mouvements populaires » et de la démocratie :

Dieu s’étant réservé la formation des souverainetés, nous en avertit en ne confiant jamais à la multitude le choix de ses maîtres. Il ne l’emploie, dans ces grands mouvements qui décident le sort des empires, que comme un instrument passif [p. 24].

Quelques pages sont heureusement réservés au plus grand journaliste chrétien Louis Veuillot : « Dans l’Illusion libérale, publiée en 1866, perce son hostilité farouche au catholicisme libéral, issu de Lamennais. Ce libelle s’inscrit dans la continuité du Syllabus antimoderne de Pie IX rédigé en 1864. » (p. 87).

Suit le célèbre incipit de cet ouvrage, où Veuillot présente avec verve, puis laisse parler le catholique libéral (on croirait entendre un conciliaire) :

L’Église périt par les appuis illégitimes qu’elle s’est voulu donner. Le temps est venu elle doit changer de maximes ; ses enfants doivent lui en faire sentir l’opportunité. Il faut qu’elle renonce à tout pouvoir coercitif sur les consciences, qu’elle nie ce pouvoir aux gouvernements. Plus d’alliance entre l’Église et l’État : que l’Église n’ait plus rien de commun avec les gouvernements, que les gouvernements n’aient plus rien de commun avec les religions, qu’ils ne se mêlent plus de ces affaires ! [p. 89].

Veuillot commente :

Notre catholique libéral s’animait beaucoup en déroulant ces merveilles. Il soutenait qu’on n’avait rien à lui répondre, que la raison et la foi et l’esprit du temps parlaient par sa bouche. Pour l’esprit du temps, personne n’y contestait. En matière de raison et de foi, on ne laissait pas de lui pousser des objections, mais il haussait les épaules et ne restait jamais sans répartie. Il est vrai que les assertions énormes et les contradictions énormes ne lui coûtaient rien. [p. 90].

Le portrait du « catholique libéral » est peint de main de maître, mais on reste dans la satire, sans aborder la question de fond (que Veuillot traite dans la suite de son ouvrage, ainsi que dans une belle page du Parfum de Rome, reproduite dans Le Sel de la terre 87, p. 87). L’anthologie ne permet guère de comprendre les principes contre-révolutionnaires de Veuillot.

Après le Comte de Chambord et La Tour du Pin, vient Jean de la Varende, qualifié de contre-révolutionnaire car il fut partisan de l’Action Française. On le découvre à travers un récit tiré des Manants du roi : l’enterrement civil d’une vieille catholique excommuniée à cause de son refus de quitter l’AF après la condamnation de 1926. Le récit, poignant, est bien connu. On perçoit la souffrance du catholique, incapable de comprendre la directive papale, se remémorant le dernier voyage de son ami Bainville décédé dans ces conditions.

Mais être un écrivain talentueux d’Action Française et de sensibilité catholique (ce que Jérôme Besnard confond trop facilement avec l’attachement indéfectible aux principes chrétiens) ne devrait pas suffire pour obtenir une place dans un tel ouvrage, alors qu’en sont bannis d’authentiques maîtres de la Contre-Révolution tels que le cardinal Pie, Mgr Delassus, Dom Besse ou Mgr Lefebvre.

 

Puissent les catholiques étudier avec enthousiasme leurs prédécesseurs dans le combat contre-révolutionnaire et travailler à rédiger une anthologie digne de ce nom (sans oublier que les auteurs contre-révolutionnaires des deux cents dernières années sont principalement des ecclésiastiques – ils sont nombreux et méconnus). Ils y puiseront lumière, force et courage pour ce combat qui ne cessera qu’avec le monde.

 

N. R.

 

 

La Contre-Révolution, une anthologie présentée par Jérôme Besnard, Le Monde, 2012, 191 p.



[1] — On peut signaler deux présentations générales de ces auteurs : l’Essai bibliographique sur l’antilibéralisme catholique, de Grégoire Célier (Écône, 1986) et la Galerie contre-révolutionnaire de Dominique Ancelle, Clovis, 2008.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 96

p. 180-182

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