Saint Thomas d’Aquinet l’immigration
Ce document est extrait de la Lettre de l’Église Saint-André de Marzy, (nº 26, Septuagésime-Passion 2016). A l’heure où le pape François encourage les anciennes nations chrétiennes d’Europe à un accueil massif des immigrés musulmans, avec la complicité du patriarche orthodoxe et du président grec réunis avec lui à Lesbos, les enseignements de saint Thomas sur cette question de l’immigration, pleins de sagesse chrétienne et de bon sens tout court, sont à connaître et à méditer.
Le Sel de la terre.
Le problème de l’immigration a été abordé par saint Thomas d’Aquin au 13e siècle dans sa célèbre Somme Théologique (I-II, q. 105, a. 3). Le Docteur Angélique établit clairement les limites de l’hospitalité due aux étrangers.
Avec les étrangers, le peuple peut entretenir deux sortes de rapports : dans la paix et dans la guerre. Pour régler les uns et les autres, la loi comportait les préceptes qu’il fallait.
Saint Thomas d’Aquin reconnaît que tous les immigrants ne sont pas égaux parce que les relations avec les étrangers ne le sont pas non plus : certains sont pacifiques, d’autres belliqueux. Chaque nation a le droit de décider quel type d’immigration peut être considérée comme pacifique et donc bénéfique pour le bien commun et quel type est hostile donc nuisible. Un État peut donc rejeter, comme une mesure de légitime défense, des éléments qu’il juge nuisibles pour le bien commun de la nation.
Dans la paix, une triple occasion s’offrait aux juifs d’entrer en contact avec les étrangers : tout d’abord quand des étrangers en voyage traversaient le pays ; ou bien quand des étrangers venaient dans le pays pour s’y installer en qualité d’immigrés. Dans ces deux cas, les prescriptions légales ont un caractère d’humanité; ce sont les maximes de l’Exode : « Tu ne brimeras pas l’hôte étranger »; et : « Tu ne seras pas cruel pour le voyageur étranger. »
Ici, saint Thomas reconnaît que les étrangers visitant un autre pays ou désirant y séjourner pacifiquement doivent être traités avec courtoisie, respect et charité.
Le troisième cas est celui d’étrangers désirant être reçus en pleine communauté de vie et de culte avec le peuple : à leur endroit on observait certaines formalités, et leur admission à l’état de citoyens n’étaient pas immédiates. De même, selon Aristote, c’était une règle chez certaines nations de réserver la qualité de citoyen à ceux dont l’aïeul, voire le trisaïeul, avait résidé dans la cité.
Pour les étrangers désireux de s’installer dans le pays, saint Thomas précise que, pour être acceptés, ils doivent avoir la volonté de s’intégrer parfaitement dans la vie et la culture du pays hôte. La seconde condition est que l’accueil ne soit pas immédiat. L’intégration est un processus long. Les étrangers ont besoin de s’adapter à leur nouvelle culture. Et cela peut prendre deux ou trois générations.
Et cela se comprend, à cause de multiples inconvénients occasionnés par la participation prématurée des étrangers au maniement des affaires publiques, si, avant d’être affermis dans l’amour du peuple, ils entreprenaient quelque chose contre lui.
L’enseignement du Docteur Angélique, fondé sur le bon sens, aujourd’hui sonne « politiquement incorrect ». Pourtant, il est parfaitement logique. Vivre dans un autre pays est chose très complexe. Il faut du temps pour connaître les habitudes et la mentalité du pays, comprendre ses problèmes et ainsi juger des décisions à long terme qui soient convenables pour le bien commun. Il est injuste et nuisible de mettre l’avenir du pays entre les mains d’étrangers qui viennent de s’y installer. Les conséquences peuvent en être désastreuses.
C’est pourquoi, selon les dispositions de la loi, certaines nations plus ou moins liées avec les juifs, comme les Égyptiens au milieu desquels ils étaient nés et avaient grandi, les Édomites descendants d’Ésaü, le frère de Jacob, étaient accueillis dès la troisième génération dans la communauté du peuple. D’autres au contraire qui avaient montré de l’hostilité pour les juifs, comme les descendants d’Ammon et de Moab, n’y étaient jamais admis ; quant aux Amalécites qui leur avaient été particulièrement hostiles et ne leur étaient liés à aucun degré de parenté, on devait à jamais les traiter en ennemis.
Saint Thomas d’Aquin montre qu’il est nécessaire de traiter différemment les étrangers selon leur capacité d’assimilation à la nation ou leur degré d’hostilité. Les règles peuvent cependant permettre des exceptions :
Toutefois, par dispense individuelle, un particulier pouvait, à raison de quelque haut fait, être agrégé au sein du peuple ; on lit dans Judith (14, 6) que le chef des Ammonites, Achior, fut incorporé au peuple d’Israël, lui et toute sa postérité. Il en fut de même pour Ruth, une Moabite, femme de grande vertu.
Ces exceptions ne sont jamais arbitraires mais sont toujours en vue du bien commun. Le général Achior, par exemple, était intervenu avec Holopherne en faveur des Juifs au péril de sa propre vie, gagnant ainsi leur gratitude éternelle en dépit de ses origines ammonites.
Des enseignements du Docteur Angélique on peut clairement déduire que toute l’analyse sur l’immigration doit être guidée par deux idées principales : l’intégrité de la nation et son bien commun.
L’immigration doit toujours viser l’intégration et pas la désintégration ni la ségrégation, c’est-à-dire, la création de petites « nations » en conflit dans le pays. En plus des avantages qui lui sont offerts par sa nouvelle patrie, l’immigrant doit également en assumer les charges, c’est-à-dire la responsabilité pour le bien commun, en participant à la vie politique, économique, sociale culturelle et religieuse. En devenant citoyen, l’immigrant devient membre d’une grande famille avec une âme commune une histoire et un avenir commun, et pas seulement une sorte d’actionnaire d’une société, intéressé seulement au profit et aux avantages.
L’immigration doit toujours viser le bien commun. Elle ne peut pas abuser ni détruire la nation. Beaucoup d’Européens éprouvent un sentiment de malaise et d’appréhension en face de l’immigration massive et disproportionnée de ces dernières années. Un tel flux d’étrangers originaires de cultures très éloignées et même hostiles introduit des situations qui détruisent les éléments d’unité psychologique et culturelle de la nation, torpillant ainsi la capacité de la société à absorber de nouveaux éléments de façon organique. Dans ce cas, on se trouve clairement devant un attentat contre le bien commun.
Un aspect secondaire, mais très important, est l’aspect économique. En proie à sa plus grave crise économique depuis des décennies, l’Europe peut-elle se permettre de prendre en charge des millions d’immigrants sans endommager le bien commun de ses citoyens?
Lorsque l’immigration devient démesurée et incontrôlée, mettant en danger les fondements de la société et de l’État, elle devient préjudiciable au bien commun.
Cela est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de l’immigration au moins potentiellement hostile, selon les catégories proposées par Saint Thomas. Ceci est le cas, par exemple, des musulmans, représentants des peuples qui ont fait la guerre à l’Europe pendant des siècles, cherchant sa destruction.
Les dirigeants des pays européens feraient bien de suivre les sages enseignements du Docteur Angélique. Certes, un pays doit employer la justice et la charité dans le traitement des immigrants. Mais il faut surtout maintenir l’harmonie et le bien commun sans lesquels un pays ne peut pas durer longtemps. Ceci sans mentionner la foi chrétienne, la plus profonde pierre fondatrice de notre civilisation.
[Fin de l’extrait de la Lettre de l’Église Saint-André, Marzy, nº 26,
Septuagésime Passion 2016].

