Courrier des lecteurs
Après avoir lu le Traité de l’éducation chrétienne des enfants du Cardinal Antoniano, un lecteur a voulu nous faire part de ses impressions et de son enthousiasme. Puisse cette lettre encourager les parents qui en prendront connaissance à acquérir cet ouvrage et à le lire avec le même profit.
Le Sel de la terre.
Mon Père,
Vous m’avez demandé il y a quelque temps déjà, de vous écrire quelques mots sur le Traité de l’éducation chrétienne des enfants du Cardinal Antoniano ; j’y réponds aujourd’hui, en espérant que vous voudrez bien m’excuser pour avoir tardé dans cet envoi.
Je dois d’abord vous avouer qu’après que vous m’avez conseillé la lecture de l’ouvrage, il y a quelques années déjà, j’ai mis longtemps avant de le prendre en main. Était-ce la couleur fade de cette couverture d’alors, ou bien ce titre qui me semblait austère ?
Jeune parent, trop peu formé, je pensais mener à bien l’éducation de nos enfants, fort des principes d’autorité et d’amour, mais aussi, de manière présomptueuse, fort d’une bonne volonté sans égale. Bonne volonté qui, peut-être comme beaucoup de jeunes parents, me paraissait suffisante pour réussir l’éducation de nos enfants, et me dispenser d’être moi-même éduqué en cette matière.
Cet enthousiasme dont je faisais preuve à l’époque, ne me semblait pas pouvoir être réduit, enfermé dans un traité d’éducation.
Double erreur, dont j’ai pris conscience à la lecture de ce traité, car c’était gravement ignorer que :
1°) l’éducation des enfants ne peut s’entendre en dehors des commandements de Dieu, non par crainte, mais par amour de Dieu.
2°) La nature humaine reste la même au travers des siècles ; les parents et les enfants du 21e siècle portent le même péché originel que ceux du 16e siècle.
Combien ai-je regretté, après avoir découvert ces précieux conseils du Cardinal, de n’avoir ouvert plus tôt ce livre ?
Car cela a été une vraie lumière de découvrir que les travers de nos enfants, mais également mes travers de parent, avaient franchi allègrement les siècles ! La désobéissance d’un enfant aujourd’hui ou il y a 500 ans, cela reste toujours un acte de désobéissance que, malgré notre environnement actuel, un père doit réprimer à sa juste hauteur.
Quelle actualité par exemple pour ce conseil : « Qu’on leur fasse perdre la mauvaise habitude de répondre oui ou non tout court ; ils doivent ajouter toujours au oui ou au non la qualité de la personne à laquelle ils s’adressent », conseil qui s’inscrit bien sûr dans la perspective du 4e commandement et non pas dans un objectif de civilité strict.
Que penser également de ce conseil « On apprendra aux enfants à ne pas tant admirer les richesses, comme le fait le monde aveugle et insensé qui ne connaît, n’estime et ne regarde que les biens qu’il peut voir et toucher ou goûter grossièrement par les sens […] le meilleur moyen d’augmenter ses revenus consiste à modérer ses désirs » ? Un conseil aux antipodes des valeurs que veut nous imposer aujourd’hui notre monde, mais, par là même, tellement « moderne » !
Nos enfants grandissant, ce traité n’en perd pas moins sa pertinence (la nature humaine, toujours cette même nature humaine qui voyage hélas si bien dans le temps) notamment au travers du livre troisième : « De l’indulgence excessive et de la fausse tendresse des parents », « il faut éviter la trop grande sévérité dans l’éducation des enfants et tâcher de les conduire plus par l’amour que par la crainte ; […] un père n’a pas tout fait lorsqu’il a frappé ses enfants. »
Au-delà des principes généraux d’éducation si bien argumentés, notre bon Cardinal ne craint pas d’entrer, toujours avec la même pédagogie, dans les détails de la vie quotidienne. Les enseignements sur les repas, moment crucial de la vie familiale, sont remarquables : « De la tempérance dans le boire et dans le manger » bien sûr, « De l’alimentation des enfants », « De la bonne tenue des enfants à table » chapitre si riche d’enseignements, mais aussi « De l’usage modéré du vin », du bénédicité que le père de famille permettra à un enfant d’entonner lorsqu’il l’en jugera digne… Tant de recommandations tantôt très générales, tantôt si précises, mais toujours posées avec justesse.
L’on trouvera également quelques chapitres plus loin, les mises en garde si avisées applicables à cette redoutable mais passionnante période de l’adolescence : précieux avertissements sur les amitiés, éclairages sur les différents métiers…
Je lisais récemment à …, avec beaucoup de délectation, ces quelques chapitres sur les études publiques en faculté : « Souvent le temps s’y passe à monter des cabales contre les professeurs, à former des factions, à se mêler à des rixes, ou à troubler le bon ordre des cours » ; les chahuts des amphithéâtres d’aujourd’hui ne renouvellent pas le genre, à la complicité des enseignants près.
Il y a tellement à dire, ou plutôt à lire.
Et si certaines consignes de prudence pourraient sembler surannées, telles celles à l’égard des domestiques de la famille, sont-elles pour autant affadies ? Il n’y a plus guère aujourd’hui de domestiques ; cependant combien de personnes proches de l’environnement familial, mais étrangères à nos valeurs, nos enfants sont-ils amenés à côtoyer : voisins, professeurs des activités extérieures à l’école, kinésithérapeute ?
« A quelle époque les soins de l’éducation doivent-ils se terminer ? » Telle est la dernière question à laquelle le Cardinal répondra, de manière une nouvelle fois si fine : « Aussi un père plein de prudence saura-t-il peu à peu rendre son autorité plus légère et plus douce… »
Et cette somme se termine bien sûr par une action de grâce rendue à Dieu, à laquelle je me joins et plus précisément ici pour cet ouvrage et pour tous ces conseils que vous-même, mon Père, vous nous prodiguez.
En espérant ne pas vous avoir ennuyé !
Que Dieu vous garde.
Cardinal Antoniano, Traité de l’éducation chrétienne des enfants, éditions Delacroix, 2003, 544 p., ISBN : 0010171800002, 27 € (disponible à DPF, Chiré-en-Montreuil).

