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Éditorial

Ils continuent de le découronner

Le 6 mai 2016, le pape François recevait le prix Charlemagne, récompense de ceux qui favorisent la « cause européenne » [1]. A cette occasion, le pape prononça un discours au cours duquel il s’interrogea :

Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères [2] ?

Dans un entretien accordé au journal La Croix le même jour (6 mai 2016), il s’est exprimé ainsi :

Un État doit être laïque. Les États confessionnels finissent mal. Cela va contre l’Histoire. Je crois qu’une laïcité accompagnée d’une solide loi garantissant la liberté religieuse offre un cadre pour aller de l’avant. Nous sommes tous égaux, comme fils de Dieu ou avec notre dignité de personne. Mais chacun doit avoir la liberté d’extérioriser sa propre foi. Si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire. De même, si un catholique veut porter une croix. On doit pouvoir professer sa foi non pas à côté mais au sein de la culture.

La petite critique que j’adresserais à la France à cet égard est d’exagérer la laïcité. Cela provient d’une manière de considérer les religions comme une sous-culture et non comme une culture à part entière. Je crains que cette approche, qui se comprend par l’héritage des Lumières, ne demeure encore. La France devrait faire un pas en avant à ce sujet pour accepter que l’ouverture à la transcendance soit un droit pour tous [3].

Le 1er mars 2016, le pape François avait accordé un entretien à une délégation d’acteurs du christianisme social, une rencontre organisée à l’initiative des Poissons roses. Le lendemain, Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction à La Vie, relatait ainsi les propos du pape :

Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïc. Il faut une laïcité saine. […] Une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. D’ailleurs même un athée peut avoir une intériorité. […] Une critique que j’ai envers la France est que la laïcité résulte parfois trop de la philosophie des Lumières, pour laquelle les religions étaient une sous-culture. La France n’a pas encore réussi à dépasser cet héritage [4].

Ces quelques citations suffisent à le montrer : « A Rome, rien de nouveau ». La Rome conciliaire continue de favoriser la politique maçonnique issue de la Révolution française, un laïcisme fondé sur les Droits de l’homme sans Dieu.

C’est la négation de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Celui-ci ne doit plus régner. Le pape n’a prononcé le nom de Jésus qu’une fois dans son long discours lors de la réception du prix Charlemagne ; mais ce n’était pas pour rappeler son droit à régner sur la société civile, c’était pour souligner le devoir de l’Église « d’aller à la rencontre des blessures de l’homme, en portant la présence forte et simple de Jésus ».

Jésus ne doit plus régner, il doit simplement aider l’avènement d’une société plus laïque, société « ouverte à la transcendance », respectant toutes les « différentes traditions religieuses et philosophiques » (car une religion est « une culture à part entière ») ; société ouverte à l’athéisme (car « même un athée peut avoir une intériorité ») ; société favorisant « les droits de l’homme, la démocratie et la liberté » et garantissant « la liberté religieuse », chacun ayant « la liberté d’extérioriser sa propre foi » et notamment, pour une femme musulmane, la liberté de porter le voile en public.

Selon l’expression de Mgr Lefebvre, choisie comme titre d’un de ses ouvrages : « Ils l’ont découronné. »

Cet abandon de la doctrine du Christ-Roi reste le crime capital de l’Église conciliaire, bien plus grave que les aberrations morales – ou immorales – que nous avons vues à l’occasion du dernier synode. Car le dogme passe avant la morale, celle-ci n’est qu’une conséquence : si Notre-Seigneur ne règne plus, alors on peut lui désobéir.

Il faut rappeler à temps et à contretemps la gravité de cette apostasie. C’est ce que faisait Mgr Lefebvre. Sinon, nous risquons de nous habituer au crime, d’en prendre notre parti, et peut-être même de nous préparer à l’idée de collaborer avec les criminels.


[1] — Assistaient à la cérémonie, entre autres, Martin Schulz (président du Parlement européen), Jean-Claude Juncker (président de la Commission européenne), Donald Tusk (président du Conseil de l’Europe), Mario Draghi (président de la Banque centrale européenne), Federica Mogherini (chef de la diplomatie européenne), Angela Merkel (chancelière fédérale d’Allemagne), Matteo Renzi (chef du gouvernement italien), le roi Philippe VI d’Espagne, le grand-duc Henri de Luxembourg, Mme Grybauskaité (présidente de la Lituanie), Najat Vallaud-Belkacem (ministre de l’« éducation » en France).

[2] — ORLF 19 du 12 mai 2016, p. 9.

[3] — http://www.la-croix.com.

[4] — Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction à La Vie : Conversation politique avec le pape François – http://www.lavie.fr/ le 2 mars 2016.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 97

p. 1-2

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