De saint François à l’écologie
Cet article est tiré de la Lettre aux Amis de Saint François (Couvent Saint-François, Morgon, n° 33 – 25 mars 2016).
Le Sel de la terre.
Le 24 mai 2015 paraissait l’encyclique Laudato si, dans laquelle le pape François appelle tous les chrétiens à une « spiritualité écologique » (n° 216), fondement d’une « conversion écologique » modifiant leurs « relations avec le monde qui les entoure » (n° 217), tout cela concrétisé par des directives pratiques. Pour y pousser, le Saint-Père propose saint François d’Assise (n° 218), afin de susciter « cette fraternité sublime avec toute la création, que saint François d’Assise a vécue d’une manière si lumineuse ».
La publication de cette encyclique a pu causer de la surprise, tant par son sujet (l’écologie), peu courant dans le magistère pontifical, que par le concert de louanges venant des grands de ce monde (comme Barack Obama, par exemple) qui œuvrent dans un sens tout autre que celui du règne de Notre-Seigneur.
Peut-on imaginer saint François comme patron de l’écologie telle qu’elle est conçue aujourd’hui par les grands de ce monde ? Enfants de saint François, nous ne pouvons rester indifférents à cette question ; c’est l’honneur de notre séraphique Père qui est en jeu.
Saint François et la nature
Les rapports entre le saint et la nature se résument ainsi : du Créateur à la créature ; de la créature au Créateur. D’abord, du Créateur à la créature. A travers les créatures, saint François discernait toute la bonté de Dieu. Il voyait en elles des frères et des sœurs, car tous, nous avons le même Père (1 Cel 81). Ainsi, dans un transport d’amour de Dieu, il invita un jour des oiseaux à louer Dieu et à le remercier de tout ce qu’ils recevaient du Créateur (1 Cel 58). En résumé, c’est en raison de son amour ardent pour Dieu qu’il aimait en même temps toutes ses créatures.
De la créature au Créateur. Pour son âme si pure, le monde était un miroir de la divine bonté et une échelle pour remonter à Dieu (2 Cel 165). Le saint avait une affection plus tendre pour les créatures qui avaient une ressemblance symbolique avec Jésus (1 Cel 77). Parmi elles, les agneaux avaient sa prédilection, car ils lui rappelaient Celui qui s’est laissé faire par ses ennemis, comme un agneau innocent. Tout cela, il l’a exprimé de façon si belle dans un poème inégalable, le Cantique des créatures. Citons-en la première et la dernière strophes, qui nous montrent le souffle surnaturel qui anime tout le cantique :
Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à vous appartiennent les louanges, la gloire et toute bénédiction. Elles ne sont dues qu’à vous seul Très-Haut, et nul homme n’est digne de vous nommer […].
Soyez loué, mon Seigneur, à cause de notre sœur la mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en état de péché mortel. Heureux ceux qui à l’heure de la mort se trouvent conformes à votre sainte volonté, car la mort seconde, [c’est-à-dire la mort éternelle] ne leur fera aucun mal.
L’écologie moderne
L’écologie est neutre en soi. C’est « l’étude des milieux où vivent et se reproduisent les êtres vivants, ainsi que des rapports de ces êtres avec le milieu ». Ainsi parle le dictionnaire. Le souci de ceux qui étudient cette science est la préservation de ces milieux, afin de ne pas mettre en péril les êtres vivants. Il est normal que les gouvernants aient ce souci.
Les préoccupations écologiques ont pris de l’ampleur en raison de l’industrialisation, et on peut dire que ces vingt dernières années ont vu un envahissement de la vie quotidienne par les questions écologiques.
D’où vient ce phénomène universel ? Cela fait plusieurs décennies que les instances internationales – en particulier l’ONU – se font les champions de ce mouvement. Or, qu’entendent-elles par écologie ? Quel objectif cherchent-elles ? Pour répondre à ces questions, il suffit de se reporter aux actes tout à fait officiels qui en émanent. Notons quelques-uns de ces objectifs.
Et d’abord le but fondamental : un changement de paradigme, c’est-à-dire un changement de notre conception du monde. La chrétienté avait à sa tête le Christ-Roi. Les hommes étaient soumis à ce maître tendrement aimé et fidèlement servi, tant par les nations que par les individus. Et l’homme lui-même régnait sur les créatures inférieures. La Révolution a chassé le Christ-Roi ; l’homme s’est alors proclamé seul roi, et s’est enivré de ses découvertes. Après avoir détruit la souveraineté de Jésus-Christ sur l’homme, la Révolution achève son œuvre en détruisant la supériorité de l’homme sur les autres créatures. Bref, c’est un renversement (comme le mot « révolution » l’indique). C’est l’adoration des éléments, le culte rendu à la terre, et finalement le panthéisme.
Ce nouveau paradigme doit être imposé au monde entier. L’écologie se trouve, pour cela, être un levier efficace sur tous les plans. D’abord, les problèmes écologiques réels se trouvent partout, donc sont susceptibles de susciter l’intérêt de tous. Ensuite, le souci de protéger l’environnement est un prétexte rêvé pour passer de là au culte de la nature.
Par ailleurs, beaucoup de communistes se sont recyclés en écologistes. Par exemple Gorbatchev. Dans son livre La Perestroïka (1988), destiné à redonner vigueur à la révolution mondiale, les problèmes écologiques ont une part prépondérante. Lui-même est le fondateur de la Croix-Verte internationale.
Enfin, il s’agit de faire une synthèse à la fois politique et religieuse : atteindre un gouvernement mondial et une religion mondiale. Il faut créer dans l’esprit des gens une menace de catastrophe afin d’assurer la cohésion sociale et l’acceptation d’une autorité politique mondiale. Celle-ci sera totalitaire.
Quant aux origines de ces idées, on les trouve réunies dans la mouvance New Age, elle-même issue de la société théosophique. Celle-ci fut fondée par la sataniste franc-maçonne Helena Blavatsky en 1875. Un de ses successeurs, Alice Bailey, fonda en 1922 le Lucifer Trust, rebaptisé ensuite Lucis Trust, véritable centrale mondiale de rayonnement des cultes lucifériens.
En conclusion, on peut dire que l’écologie a été subvertie par les groupes maçonnico-satanistes, en vue d’établir un gouvernement mondial et une religion universelle, pour achever ainsi l’œuvre de la Révolution.
L’encyclique Laudato si
Curieusement, on va retrouver dans ce document les mêmes préoccupations que celles de la mouvance écologiste.
Tout d’abord, le pape dénonce le « paradigme technocratique » comme étant la racine de la crise écologique (ch. 3) ; c’est-à-dire la volonté de puissance de la société industrielle. Pour y remédier, il propose un nouveau regard sur la nature. Il faut voir « le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain une échelle globale » (n° 9). Notons la confusion entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. Tout en récusant le panthéisme, il dit encore qu’« en toute créature habite l’Esprit [de Dieu] vivifiant qui nous appelle à une relation avec lui » (n° 88). « Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle » (n° 99). « Les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude » (n° 10). Tout cela est traversé par la même confusion constante entre nature et grâce. Non seulement le Christ s’est uni à tout homme, mais encore à toute chose. « Le Christ a assumé en lui-même ce monde matériel et à présent, ressuscité, il habite au fond de chaque être, en l’entourant de son affection comme en le pénétrant de sa lumière ; […] Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer » (n° 221). Cette doctrine nettement évolutionniste est presque mot pour mot reprise du père Teilhard de Chardin, d’ailleurs cité au n° 83 (note 53). (La mouvance New Age, quant à elle, revendique le père Teilhard comme un de ses inspirateurs).
En réalité, Dieu n’habite pas en toute créature. En tant que Créateur de l’ordre naturel, il est présent en toute chose. Mais il n’habite qu’en l’âme en état de grâce ; c’est par la foi surnaturelle animée de la charité que Dieu se rend ainsi présent d’une façon nouvelle (I q. 43, a. 3).
Mais poursuivons et terminons de voir ce nouveau regard sur la nature proposé par l’encyclique. L’eucharistie est toujours célébrée sur l’autel du monde (n° 236) ; encore une idée teilhardienne. Les sacrés canons ont toujours obligé de dire la messe sur un autel consacré, symbole de Jésus-Christ, autel de son propre sacrifice. Désormais, c’est le monde entier qui est sacré… puisque le Christ lui est uni. Enfin, « l’Esprit, lien infini d’amour, est intimement présent au cœur de l’univers en l’animant et en suscitant de nouveaux chemins ». Encore une confusion entre l’amour surnaturel, dont le Saint-Esprit est le principe, et l’amour de Dieu créant les choses naturelles. Bien qu’on ne puisse pas dire que le panthéisme soit affirmé formellement, c’est la pente naturelle de cette doctrine, puisque la participation à la nature divine (définition de la grâce) est en toute réalité naturelle.
Pour imposer ce nouveau paradigme et ce nouveau comportement, l’encyclique proclame la nécessité d’une autorité politique mondiale, infligeant, au besoin, des sanctions aux récalcitrants (n° 167-175). Pour manifester que cette autorité est désormais inéluctable, il est rappelé que les États ne peuvent plus faire face aux problèmes écologiques. L’imminence d’une catastrophe est largement décrite (n° 4 et tout le chapitre 1er).
Il faut établir un consensus mondial sur ces questions (n° 164). L’Église apporte sa pierre à ce processus (n° 216). Bref : le monde politique et le monde religieux convergent. Dans le monde religieux lui-même, les diverses confessions s’entendent sur ce point (n° 7-8).
En résumé, nous voyons une convergence entre l’idéologie écologiste et l’encyclique Laudato si. Même si cette dernière n’admet pas certains points de cette idéologie car trop ouvertement antichrétiens, néanmoins, ce qui compte pour la Révolution, c’est qu’on marche avec elle. Celle-ci est surtout une praxis, et c’est pourquoi il n’est pas permis de collaborer avec elle. Or, probablement à l’insu de son auteur, l’encyclique joue le jeu de la Révolution.
Conclusion
Nous ne reconnaissons pas la physionomie de notre séraphique Père saint François dans l’encyclique Laudato si. Pour lui, comme pour la doctrine catholique de toujours, la création est comme un miroir de la bonté divine. Le don de science nous fait réaliser combien les créatures sont vides de Dieu et nous fait désirer le ciel ; en même temps, il nous fait remonter d’elles vers leur Créateur, « bien suprême, bien total qui seul est bon » (Laudes du Seigneur, saint François).
Tandis que, selon la doctrine de l’encyclique au service d’une fraternité universelle et cosmique, Dieu habite en toutes choses, selon l’idéologie teilhardienne. Objectivement, ce document prête la main à la Révolution mondiale.
Plus que jamais, prions pour le Saint-Père, afin qu’il ait la lumière et la force pour se dégager des pièges de la Révolution. Cette dernière ne lui veut pas de bien ; si elle lui sourit aujourd’hui, c’est pour l’attirer dans son jeu ; mais demain elle pourrait bien lui réserver un triste sort. La sainte Vierge a plusieurs fois insisté à Fatima sur l’urgence de prier pour le Saint-Père. Redoublons nos supplications.
Bibliographie
Pour approfondir le sujet de la subversion de l’écologie par le mondialisme, on se reportera à l’excellent ouvrage de Pascal BERNARDIN, L’Empire écologique. Voir aussi son article dans Le Sel de la terre 53, « La Russie répandra ses erreurs dans le monde », p. 332-349 ; et l’article de M. Gérard Bedel dans Lectures françaises 706, p. 20-26.
Le pape Françoiset la soumission à l’islam
Cette analyse est tirée du blog de Guillaume Faye (http://www.gfaye.com), journaliste de tendance nationaliste, ancien du GRECE, dont il s’est fait exclure, aujourd’hui proche d’Alain Soral. Même si nous ne partageons pas toutes les opinions de l’auteur, c’est le lieu d’appliquer le conseil de saint Thomas : « Ne regarde pas à celui qui parle, mais tout ce que tu entends de bon, confie-le à ta mémoire. »
Le Sel de la terre.
LE PAPE FRANÇOIS ne procède pas à un « rapprochement » avec l’islam ; il va bien plus loin et essaie de tisser une véritable complicité. Il médiatise ouvertement sa démarche, en forme de provocation. Sa feuille de route est transparente et cynique. Elle est aussi très dangereuse.
Après avoir accueilli sur l’île de Lampedusa les « migrants » clandestins en leur souhaitant avec chaleur la bienvenue en Europe (« mes chers musulmans »), après avoir lavé les pieds d’autres immigrés musulmans à Rome devant les caméras, après avoir ramené de l ’île de Lesbos dans son avion personnel trois familles musulmanes réfugiées de Syrie, en les préférant à des familles chrétiennes pourtant beaucoup plus en danger […], voici que le pape François a fait de nouveaux gestes emblématiques de soumission envers l’islam.
L’islamophilie papale ignorante
Il est passé à la vitesse supérieure, c’est à dire théologique, en recevant au Vatican, le 23 mai, le cheikh Ahmed al-Tayeb, grand imam de la mosquée al-Azhar du Caire, la plus haute autorité de l’islam sunnite dans le monde. L’audience était censée produire un dégel entre l’institution sunnite et le Saint-Siège. En réalité, il s’agissait pour ce dernier de s’excuser des propos hostiles à l’islam, dénonçant sa violence et son intolérances intrinsèques, tenus (pourtant très doucement et allusivement) par Benoît XVI à Ratisbonne [1]. Le cheikh al-Tayeb, scandalisé, les avait fustigés. Cette audience au Vatican est une première et une victoire aux yeux des musulmans.
Second fait récent assez grave : dans un entretien accordé à La Croix (17 mai), le pape se livre à un éloge de l’islam – qui réfute implicitement Benoît XVI – et déblatère sur l’impérialisme occidental, ce qui est hors de propos ; mais il ne dit pas un mot sur les atrocités de Dae’ch et consorts ni sur le terrorisme islamique !
Le pape François explique : « L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. » Ces propos sont à la fois faux et pervers car il n’y a rien de comparable entre la conversion forcée exigée par l’islam et la conversion persuasive (sauf rarissimes épisodes) du christianisme. Ces propos sont aussi inouïs : c’est la première fois qu’un pape (par ignorance, par calcul, par intelligence défaillante ?) sort une ineptie historique et théologique pareille, culpabilisant le christianisme par rapport à l’islam. Dans quel but, un tel masochisme ? En tout cas, il a été respectueusement recadré par Rémi Brague, professeur de philosophie à la Sorbonne : « Contrairement à ce qu’a affirmé le pape François, les textes sacrés de l’islam et du christianisme ne justifient pas la violence de la même manière » (Le Figaro, 24 mai 2016).
Les chrétiens persécutés ? Silence !
Choquant : dans cet entretien, le pape – comme d’ailleurs le Vatican d’une manière générale – est resté muet sur les persécutions et l’exil massif subis par tous les chrétiens dans les pays musulmans. Alors même qu’il encourage le déversement migratoire des musulmans en Europe ! C’est la première fois dans l’histoire qu’un pape tente un « rapprochement » avec l’islam au moment même où ce dernier repart à la conquête de l’Europe et se débarrasse de tous les chrétiens du Proche-Orient après meurtres et persécutions. Vladimir Poutine est nettement plus efficace que le pape François – ou que les dirigeants européens – pour prendre la défense des chrétiens de Syrie persécutés.
Dans l’entretien précité à La Croix, le pape François affirme une autre énorme contre-vérité, que la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Et il donne l’exemple de son pays, l’Argentine. Ridicule : on y compte à peine 1% de musulmans.
En accord avec l’extrême gauche immigrationniste
Et plus récemment, le pape François en a encore rajouté. A la suite d’un naufrage récurrent de clandestins partis de Libye, il a déclaré devant 500 écoliers de Reggio di Calabria : « Les migrants ne sont pas un danger, ce sont eux qui sont en danger. » L’air bouleversé, avec son sens aigu de la communication et de la mise en scène, il a brandi un gilet de sauvetage recueilli sur une enfant syrienne noyée en lançant : « Je le conserve comme l’un des biens les plus chers [2]. »
Cet appel théâtral et basique à la pitié et à l’émotion, destiné à nous culpabiliser, d’un simplisme qui ravit tout ce que l’Europe compte de gauchistes immigrationnistes, dissimule un mépris envers les Européens. Ces derniers, en 2015, ont subi l’intrusion de 1,5 millions de « migrants » envahisseurs (à 90% musulmans) et les flux s’accélèrent en 2016. Du jamais vu dans toute l’histoire de l’Europe. Cette indifférence envers les Européens qui voient leur continent pris d’assaut cache peut-être aussi une approbation de cette invasion. Affirmer que « les migrants ne sont pas un danger », mais, sous–entendu, une chance, c’est exactement le discours des groupes et lobbies d’extrême gauche immigrationnistes et défenseurs des « sans papiers », d’obédience trotskiste. Des parentés entre la doctrine du pape et la position des « islamo-gauchistes » apparaissent de plus en plus souvent.
Le Prix Charlemagne attribué au pape François et le nihilisme
Quatrième fait récent (très peu noté par les médias comme tous les faits importants) qui renseigne sur la stratégie du pape : en mai 2016, il a reçu le Prix Charlemagne pour la construction européenne et a fait un discours devant les présidents du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne et du Parlement européen. Déjà, voilà qui en dit long sur l’idéologie des institutions européennes qui attribuent ce prix à un pape ouvertement favorable à l’immigration incontrôlée et à l’islamisation de l’Europe ; cette inversion du réel est orwellienne. Le discours du pape incite les Européens à la « capacité d’intégrer contre l’exclusion », mais aussi à « regarder l’étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture, comme un sujet à écouter, considérer et apprécier ». Langue de bois droit-de-l’hommiste, catéchisme de l’extrême-gauche.
Mais il y a beaucoup plus grave. Le pape, chef de l’Église catholique a déclaré dans ce discours, ce qui n’a pas été relevé, mais qui est explosif, que « la renaissance de l’Europe, l’âme de l’Europe […], ses racines chrétiennes, […] irriguées par l’eau pure de l’Évangile » reposaient sur l’accueil sans limites de tous les migrants. Autrement dit, le salut (moral) de l’Europe repose sur son invasion ethnique acceptée. Folie douce et absurdité ; cela s’appelle du nihilisme.
Le pape va encore plus loin : en rupture complète avec Jean Paul II et Benoît XVI, théologiquement accusés (implicitement, sans les nommer) de « triomphalisme chrétien », il a affirmé dans son discours qu’il suffisait d’une « simple présence chrétienne en Europe, un témoignage qui ne cherche plus autre chose sur le sol européen ». Paroles terribles et subversives : l’Europe peut s’islamiser et remplacer sa population, ce n’est pas grave, pourvu qu’il y ait un « témoignage » chrétien minoritaire. Le pape François manifeste ici un nihilisme souriant.
Le pape islamisateur contre les peuples européens
Quel est l’objectif du pape François, extrêmement politisé ? Mesurons d’abord le résultat de sa politique : elle va objectivement dans le sens d’une augmentation de l’invasion migratoire et de l’islamisation de l’Europe ; elle culpabilise l’enracinement européen, même chrétien, et répand l’idée que l’Europe n’est pas fondamentalement de tradition chrétienne et gréco-romaine, celtique, slave, germanique, scandinave, mais qu’elle doit s’islamiser, s’ouvrir aux immigrés musulmans et autres non-Européens. Sa politique va aussi dans le sens d’un pardon fait à l’islam et d’un appel au respect et, au fond, à la soumission des chrétiens européens à l’islam.
Quant à l’objectif recherché : le pape François est–il un naïf utopique halluciné ou un cynique destructeur de l’identité européenne ? Peut-être les deux à la fois, il est très difficile de répondre avec exactitude. En tout cas, le message adressé à la chrétienté et aux Européens est clair : ne résistez pas à l’islamisation, vous ne risquez rien. Le pape croit-il lui-même à ce mensonge ?
Une telle folie peut s’expliquer par un christianisme radical de retour aux sources (fantasmées) du christianisme primitif présent chez les jésuites ultra-politisés sud-américains proches de la « théologie de la libération » (marxisée) des années 60 et 70, que le pape François a certainement bien connue…
Dans cette perspective, ce serait au nom d’une certaine morale chrétienne égalitariste originelle que le pape s’en prendrait à la fois au catholicisme traditionnel et à l’identité européenne ethnique, qu’il semble ne pas apprécier ; alors qu’il n’a rien contre les identités ethniques des autres peuples, notamment musulmans. Cherchez l’erreur. Sa sympathie affichée et active pour l’islam pose néanmoins un problème très grave : c’est que l’islam ne lui voue et ne voue aux chrétiens, aux Européens, aux Occidentaux, etc., aucune sympathie. Pour ne pas dire plus.
De deux choses l’une : ou bien le pape François est un utopiste délirant, un de ces jésuites intello-gauchistes dont les rêveries sommaires et sincères explosent toujours en plein vol ; ou bien il appartient au clan des démolisseurs.
Lettre ouverte aux fidèles du Québec et d’Acadie
Cette lettre de l’abbé Pierre Roy a été rendue publique au début du mois de juin 2016. Elle est un document important à connaître pour comprendre la crise qui secoue la Tradition depuis maintenant quatre ans.
Le Sel de la terre.
Lakeville, 3 juin 2016. Fête du Sacré-Cœur de Jésus
« La nuit est avancée ; le jour approche. Laissons donc là les œuvres des ténèbres ; revêtons les armes de la lumière. Conduisons-nous comme en plein jour. » (Romains 13, 12-13.)
Chers fidèles,
Cette lettre a pour but de vous faire part de ma décision de quitter la Fraternité Saint-Pie X. Malgré mon sermon du 17 avril dernier, plusieurs seront étonnés d’apprendre mon départ. Je voudrais par conséquent que ces quelques lignes vous manifestent plus clairement les raisons pour lesquelles je pars.
Je voudrais tout d’abord vous dire que je ne souhaitais pas que mon sermon du 17 avril dernier soit publié urbi et orbi et j’ai moi-même fait tout ce que j’ai pu pour empêcher sa diffusion. Je prêchais pour la chapelle de Montréal, portion du troupeau du Seigneur qui m’a été confiée par mon supérieur. Cela dit, le Seigneur a voulu qu’il en soit autrement. Que son saint Nom soit béni !
Je suis né et j’ai grandi au sein de la Fraternité. Je dois tout à l’œuvre de Mgr Lefebvre. C’est pourquoi je suis bien conscient de la gravité du geste que je pose devant Dieu et devant vous et conscient aussi de devoir en rendre compte un jour au tribunal du juste Juge.
Depuis plusieurs années déjà les autorités de la Fraternité – elles ne s’en cachent plus – organisent notre ralliement à la Rome apostate. Est-il légitime de se mettre sous des autorités qui ont abandonné la vraie foi ou d’accepter de leur part une reconnaissance à condition qu’on ne nous demande « aucun compromis [3] » ? Je vous laisse en juger par ces paroles du pape Pie XI : « Personne sans doute n’ignore que saint Jean lui-même, l’apôtre de la charité, que l’on a vu dans son Évangile dévoiler les secrets du Cœur Sacré de Jésus et qui ne cessait d’inculquer dans l’esprit de ses fidèles le précepte nouveau : Aimez-vous les uns les autres, interdisait de façon absolue tout rapport avec ceux qui ne professaient pas la doctrine du Christ, entière et pure : Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez même pas (2 Jn 10). C’est pourquoi, puisque la charité a pour fondement une foi intègre et sincère, c’est l’unité de foi qui doit être le lien principal unissant les disciples du Christ. Comment, dès lors, concevoir la légitimité d’une sorte de pacte chrétien, dont les adhérents, même dans les questions de foi, garderaient chacun leur manière particulière de penser et de juger, alors même qu’elle serait en contradiction avec celles des autres ? Et par quelle formule, Nous le demandons, pourraient-ils constituer une seule et même société de fidèles, des hommes qui divergent en opinions contradictoires ? » (Mortalium animos.)
Vous savez également, chers fidèles, que la Fraternité a toujours dit dans le passé qu’il était illégitime de s’accorder avec ceux qui se sont écartés de la Tradition et qui ne professent plus la foi catholique dans son intégrité. Pourquoi donc nous sommes-nous permis de critiquer pendant trente ans la Fraternité Saint-Pierre ? Pourquoi avons-nous plus récemment critiqué Campos ? Pourquoi avons-nous rejeté les accords de l’Institut du Bon-Pasteur en 2006 ? Ayant récemment affirmé à un supérieur qu’il faudra que nous cessions de critiquer ces communautés, j’ai reçu la réponse suivante : « Ah, mais nous continuerons de les critiquer ! » J’ai alors demandé pourquoi, au nom de quel principe. Je n’ai évidemment pas reçu de réponse.
Non, soit nous nous sommes trompés depuis 1988 et même depuis 1975, soit nous nous trompons depuis 2012. A moins qu’on ne se soit rallié également à une conception subjective de la vérité : ce qui était vrai en 1988 ne l’est plus désormais. Dernière solution – qui est celle au nom de laquelle on semble tout légitimer : la situation a changé. Nous assistons, dit notre supérieur général, à un tournant dans l’histoire de l’Église : on ne veut plus nous imposer le Concile ; le pape François « paraît comme quelqu’un qui voudrait voir tout le monde sauvé, que tout le monde ait accès à Dieu [4] », dit-il encore. Jésus n’a-t-il pas dit : « Celui qui m’aime garde mes commandements » (Jn 14, 15) ? On peut légitimement se demander si le pape François, qui nie pratiquement les commandements de Dieu à la face de la terre entière, cherche vraiment à sauver les âmes. D’autre part, Mgr Lefebvre n’a-t-il pas écrit dans son Itinéraire spirituel, qui est son testament à ses prêtres : « Il est du strict devoir de tout prêtre et tout fidèle qui veut rester catholique de se séparer clairement de l’Église conciliaire, aussi longtemps qu’elle ne retrouvera pas la tradition du magistère de l’Église et de la foi catholique ! [5] », comme nous le rappelait Mgr Tissier de Mallerais il n’y a pas si longtemps ?
Certains diront : « Ce n’est pas encore fait. Attendez que ce soit fait ! » C’est ce que j’ai moi-même dit à plusieurs d’entre vous, chers fidèles, depuis des années, espérant et croyant sincèrement que les autorités de notre Fraternité feraient demi-tour. Mais je dois me rendre à l’évidence qu’il n’en est rien. Jour après jour, déclaration après déclaration, on continue d’inoculer dans l’âme des fidèles et des prêtres, l’erreur pernicieuse selon laquelle il serait légitime de rechercher de la part des autorités conciliaires une reconnaissance et une juridiction qui, en raison des défaillances quotidiennes dans la Foi des dites autorités, sont plus que douteuses. Cette erreur qui s’insinue dans les esprits de chacun fait que des prêtres qui étaient connus pour leur intransigeance doctrinale (ce qui est une vertu) deviennent de moins en moins combatifs et seront bientôt prêts à toutes les trahisons.
Cela se fait de façon progressive et sans que nous nous rendions vraiment compte des ambiguïtés qu’on introduit. On a commencé par nous convaincre qu’un Motu proprio qui met sur le même pied et même qui subordonne le sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ à ce que Mgr Lefebvre appelait très justement la « messe de Luther » était bienvenu et bénéfique. On a remercié les autorités conciliaires pour ce geste, tout en maintenant timidement que seule la messe de saint Pie V est légitime. C’était un premier pas, ou plutôt un premier faux pas. On nous dira : Le Motu proprio n’a-t-il pas produit des résultats merveilleux ? Mais depuis quand les résultats pratiques sont-ils devenus plus importants que la pureté de la doctrine du Christ ? Depuis quand la vérité profite-t-elle de nos compromis humains ? « Ne faites pas le mal pour qu’il en sorte du bien », nous dit l’Apôtre (Rm 3, 8).
On nous a ensuite convaincus qu’il était acceptable de chanter un Te Deum solennel pour la publication d’un document qui, en levant les « excommunications » des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, redit en principe que nos évêques étaient bel et bien excommuniés. Ce décret de levée des fausses sentences portées à l’encontre de nos évêques n’est rien d’autre en définitive qu’une nouvelle condamnation du geste posé par Mgr Lefebvre que nous avons encore l’insolence après cela d’appeler « notre vénéré fondateur ».
Ne mettant pas en pratique les conseils de saint Jean ni ceux de Notre-Seigneur Jésus-Christ (« Gardez-vous des faux prophètes », Mt 7, 15), de discussions en discussions, de rencontres en rencontres on finit par faire tomber les méfiances qui sont plus que légitimes et salutaires devant des personnes qui nient la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est ainsi que notre supérieur est devenu, selon le pape François, un homme « avec qui on peut dialoguer [6] », avec qui celui qui dirige en ce moment la subversion et la destruction de l’Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ estime qu’on fait « du bon travail [7] ». Comment s’étonner après cela qu’on nous accorde de grand cœur une juridiction pour les confessions (juridiction qui ne nous faisait pas défaut) ? Comment dire que nous ne demandons rien, que c’est Rome qui nous donne tout ? N’avons-nous pas naguère demandé la juridiction douteuse de la Rome conciliaire pour les autres sacrements ? Non, vraiment, nous ne demandons rien ! Rome qui flagelle Notre-Seigneur Jésus-Christ nous veut du bien ! C’est plutôt inquiétant : de quel côté sommes-nous ?
Cette nouvelle ligne de conduite de notre Fraternité est imposée aux prêtres, à de nombreux prêtres qui ne l’ont jamais désirée. Réduction au silence, mutations, promotions, procès, menaces, promesses, exclusion, tout devient légitime quand il s’agit de défendre la « position de la Fraternité » qui est en fait – comme toujours dans les révolutions – la position d’une minorité qui a pris le pouvoir et qui manipule avec habileté une majorité passive. Après mon sermon du 17 avril dernier, outre la réaction désespérée de certains confrères, on m’a donné l’ordre de me taire. On a voulu me faire promettre sur mon sacerdoce (!) de ne plus parler du haut de la chaire de la question d’un accord avec Rome qui a perdu la foi. « Vous avez beaucoup d’autres choses dont vous pouvez parler » m’a-t-on dit. Bien sûr, je suis conscient que l’objet principal de notre prédication n’est pas le ralliement de notre Fraternité à Rome, mais l’Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais je tiens à faire remarquer – vous en êtes témoins, chers fidèles – que c’était la première fois en cinq ans de ministère que je parlais directement de cette question du haut de la chaire. J’ai refusé d’être réduit au silence. J’ai cependant promis que j’avertirais les supérieurs avant de parler de nouveau de cette question en chaire. « Si vous avez l’intention d’en parler de nouveau, m’a-t-on dit, vous aurez droit de confesser et de dire la messe, mais vous ne pourrez plus prêcher. Sinon, partez de la Fraternité et dites ce que vous voulez. » C’est ce que je fais, chers fidèles, car un prêtre doit prêcher et mettre en garde le troupeau contre les loups qui risquent de le dévorer.
Je n’ai pas de certitude absolue que la Fraternité se ralliera à Rome. Cependant, j’ai la certitude morale qu’elle le fera, étant donnée la volonté exprimée clairement et à de nombreuses reprises de la part aussi bien de Rome que de la Fraternité d’en arriver à un arrangement et étant donné également le ralliement de ces derniers mois des dernières voix épiscopales qui s’y opposaient fermement. Que Dieu nous préserve de ce malheur ; cela continuera malgré mon départ d’être ma prière fervente !
En attendant, ayant le jour de mon baptême renoncé non seulement à Satan et aux œuvres de Satan, mais également à ses séductions, je ne peux accepter que mon âme immortelle soit vendue à la secte conciliaire, mais je ne peux accepter non plus qu’elle soit mise en vente. Le fait, par conséquent, que les supérieurs de la Fraternité aient manifesté à de nombreuses reprises leur acceptation d’un accord pratique sans que les autorités de Rome ne soient revenues à la vraie foi me suffit à poser prudemment le geste que je pose, non sans avoir prié longuement et pris conseil auprès de prêtres prudents. Il n’est absolument pas question pour moi de me taire plus longtemps sur ce qui se fait. J’ai gardé le silence trop longtemps, espérant et vous promettant, chers fidèles, que les supérieurs finiraient par ouvrir les yeux. Mais plus le temps est passé, plus j’ai dû me rendre à l’évidence que ceux qui nous dirigent n’ont pas l’intention de rebrousser chemin.
J’ai dû l’avouer moi-même : parler ouvertement de la trahison que nous vivons est affaire très délicate si l’on reste à l’intérieur de la Fraternité. C’est pourquoi je pars : pour pouvoir prêcher la vérité dans son intégrité, puisque j’aurai un jour à rendre compte de chacune des âmes qui m’aura été confiée. Garder le silence ne m’est plus possible sans me rendre coupable devant Dieu.
J’ai moi-même par le passé sévèrement critiqué les agissements de ce qu’on appelle la « Résistance », que d’autres appellent la « Subversion », d’autres encore la « Fidélité ». Je dois dire qu’outre le fait que je ne voyais pas à ce moment les choses aussi clairement que je les vois à présent par la grâce de Dieu, je réagissais principalement aux exactions de certains des confrères qui ont visité notre province et qui ont vu clair mais se sont comportés de façon plutôt cavalière, jetant ainsi le discrédit sur la position courageuse de ceux qui n’acceptent pas la trahison qu’on nous impose. Je tâcherai donc avec la grâce de Dieu d’éviter les attitudes que je dénonçais et de consacrer mon énergie à reconstruire plutôt qu’à m’en prendre à ceux qui veulent nous mettre dans les mains de Rome. Cela dit, dénoncer les erreurs et les tromperies demeure une nécessité et je le ferai avec le secours de Dieu.
Plusieurs prêtres clairvoyants n’ont pas le courage de réagir à ce qui nous est imposé. Je crois que la raison principale qui les retient est la crainte de briser l’unité des institutions qui ont été si difficiles à construire. Comment accepter qu’en divisant les fidèles, on risque de contribuer à la fermeture de telle ou telle chapelle ? Il faut répondre à cela que ce ne sont pas les prêtres fidèles qui sont à l’origine de la division qui gronde dans nos rangs, mais bien les autorités de la Fraternité qui veulent nous faire croire qu’on assiste en ce moment à un tournant dans la situation de l’Église, alors que la situation n’a pas changé, seules les têtes ont tourné. Chers fidèles, si les dirigeants de la Fraternité continuent de semer par leurs positions troubles méfiance et confusion, la division ira croissante et il pourra même devenir nécessaire de la faire éclater au grand jour dans nos régions pour le bien de tous.
Pour ma part, je voudrais que le Seigneur m’épargne de devoir briser prématurément l’unité des quelques chapelles que nous avons au Canada français. C’est pourquoi j’ai pris la décision de me retirer pour l’instant en Acadie. Les fidèles de ces régions n’ont pas accès de façon habituelle à la vraie messe et aux vrais sacrements. Ils sont la plupart du temps sans les secours spirituels. Ils doivent élever leurs enfants sans le soutien de l’Église. Aussi ai-je cru bon de me retirer dans ces régions et de concentrer mes efforts à développer les petits groupes qui n’ont que bien peu d’accès aux sacrements, espérant un jour pouvoir remettre dans les mains de la Fraternité des communautés rendues plus ferventes et plus nombreuses par la grâce de Dieu et par mon ministère. Car c’est bien mon espérance la plus grande : que la Fraternité fasse demi-tour de façon claire et sans équivoque, que je puisse lui remettre les missions et que je puisse moi-même rentrer dans les rangs et profiter de nouveau du cadre sacerdotal que nous offre notre Fraternité. Je me fais peu d’illusion sur cette possibilité, mais un miracle demeure toujours possible…
Il demeure cependant évident que plus la situation ira se dégradant, plus il deviendra nécessaire de s’occuper des âmes qui se sentent trahies et trompées au Québec. Mon espérance est que d’autres prêtres se lèvent et viennent porter le secours de la vérité à ceux qui la désirent pour eux et pour leurs enfants. Car s’il est évident que la Fraternité continue de nous donner le secours des sacrements – dont il serait illégitime de se priver sans raison très graves – ce n’est pas une petite chose dans cette crise de l’Église d’avoir accès à une prédication intègre de la vérité et de continuer de voir clair dans les évènements pénibles que nous traversons.
Pour terminer, je vous demande de prier ; que d’autres prêtres trouvent la force de se joindre à ceux qui élèvent la voix, pour que de véritables prieurés puissent être fondés pour le bien des prêtres et des fidèles. Vous devez bien sûr toujours prier pour que ceux qui nous dirigent ouvrent les yeux et reviennent aux positions que la Fraternité a toujours tenues. Mais le Seigneur donne-t-il sa grâce à ceux qui s’obstinent malgré toute évidence dans un chemin douteux et dangereux ?
Vous suppliant de prier pour moi, je vous assure également, chers fidèles, de ma prière à l’autel et de ma bénédiction.
« Servez le Seigneur dans la joie ! » Ps. 99
Abbé Pierre Roy
Mission Notre-Dame-de-Joie
1974 Route 134, Lakeville, E1H 1A6, Nouveau-Brunswick.
Peut-on juger son prochain ?
par l’abbé Pierre Vignalou
Cet article est tiré de l’ancien bulletin de la FSSPX au Canada, Communicantes (n° 16, de juillet 1984). Il a gardé toute son actualité et c’est pourquoi nous pensons utile de le republier aujourd’hui.
Le Sel de la terre.
Il s’agit en fait de savoir comment on doit interpréter la parole de Notre-Seigneur qui nous dit : « Ne jugez point et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés » (Lc 6, 37).
Qu’est-ce que juger ?
Juger : c’est affirmer ou nier un rapport entre un sujet et un attribut.
Synonymes : Trancher, évaluer, décider, noter, conclure, peser, jauger, prononcer, estimer, trouver, affirmer ou nier, approuver, désapprouver, apprécier, blâmer, condamner, critiquer.
Juger, c’est poser une décision mentale par laquelle le contenu d’une affirmation est énoncé à titre de vérité. Le jugement est un acte de notre faculté d’intelligence.
Juger est le propre d’une intelligence. A part Dieu, seuls l’ange et l’homme peuvent juger. Un animal qui n’a pas d’intelligence ne peut pas juger, il agit toujours en fonction de ses instincts.
Comment le Christ peut-il donc interdire l’exercice d’une faculté aussi essentielle à l’homme ? Pourquoi nous interdit-il de nous servir de notre intelligence ? Cette faculté resterait-elle sans objet ?
Pourquoi nous l’aurait-il alors donnée ?
Pour comprendre ce que veut dire Notre-Seigneur, il faut distinguer le jugement au for interne qui nous est interdit, du jugement au for externe qui est licite et même souvent obligatoire. C’est ce que nous allons voir successivement.
Interdiction de juger les consciences
L’Église use d’une règle très simple pour interpréter les passages difficiles de la sainte Écriture. Chaque fois que cela est possible, elle éclaire le texte obscur, par un passage parallèle plus explicite, plus intelligible de la sainte Écriture.
Pour éclairer ce passage un peu obscur de l’Évangile, nous avons un texte parallèle de saint Paul qui, lui, est parfaitement explicite : « Ne jugez pas avant le temps, jusqu ’à ce que le Seigneur vienne qui mettra en lumière les secrets des ténèbres et manifestera les secrets des cœurs » (1 Co 4, 5).
Avec ce texte, nous comprenons parfaitement ce que Notre-Seigneur nous demande de ne pas juger. Ce qu’il nous interdit de juger, ce sont les motifs, les intentions des gens que nous voyons agir ; et c’est aussi le degré de responsabilité de notre prochain.
Ex : Si je vois quelqu’un qui devant moi vole des objets dans un grand magasin, je ne puis pas pour autant affirmer :
1) qu’il vole par malice et qu’il commet un péché (motif, intention) ;
2) que son âme est en état de péché mortel (degré de responsabilité). En effet, il peut s’agir d’un malade mental, ou d’un kleptomane, ou de quelqu’un dont la conscience morale est insuffisamment formée.
Dans l’encyclique Apostolicae Curae (13 septembre 1896) qui traite de l’invalidité des ordinations anglicanes, Léon XIII traite dans un passage de l’intention de « l’évêque » anglican consécrateur, et il dit : « La pensée ou l’intention, en tant qu’elle est une chose intérieure, ne tombe pas sous le jugement de l’Église. »
Le jugement au for interne n’est permis qu’à Dieu, car seul Dieu peut sonder les reins et les cœurs. Il est seul à disposer de tous les éléments nécessaires pour porter un jugement vrai sur les consciences.
Ex : Histoire de la vénérable Catherine de saint Augustin et de la prostituée morte abandonnée dans une grotte des environs de Québec.
Il est permis et même souvent obligatoire de juger les actes– Licéité, et caractère parfois même obligatoire de ces jugements –
A propos de l’affaire des ordinations anglicanes, parlant de l’intention du ministre qui confère le sacrement, Léon XIII affirme de l’Église que si elle ne porte pas de jugement sur la pensée ou l’intention intérieure du célébrant, en revanche, « elle doit en juger la manifestation extérieure » (Apostolicae Curae, Léon XIII, 13 septembre 1896).
Avec la sainte Église, ma Mère, je crois qu’il faut juger la manifestation extérieure des pensées et des intentions de quiconque agit. J’ai parfaitement le droit de juger, d’apprécier et de blâmer l’attitude de mon prochain, dans la mesure où cette attitude m’est clairement manifestée et que je connais bien la règle morale qui la sanctionne.
J’ai parfaitement le droit d’approuver ou désapprouver les opinions manifestées par quelqu’un, dès lors que je ne touche pas aux intentions internes ou aux motifs qui l’ont amené à avoir ces opinions. En évitant de juger l’État de grâce éventuel ou non de mon prochain, je puis en revanche apprécier son comportement extérieur, et me prononcer sur la valeur des affirmations qu’il exprime.
Si je ne pouvais pas juger, mon intelligence serait une faculté sans objet. C’est pourquoi Notre-Seigneur ne nous a jamais interdit de juger en ce sens. Innombrables sont d’ailleurs les passages de la sainte Écriture qui affirment le contraire : « Sache que dans les derniers jours surviendront des moments difficiles. Les hommes en effet seront égoïstes… amis du plaisir plus qu’amis de Dieu ; ayant toutefois une apparence de piété, mais en repoussant la réalité. De ceux-là aussi détourne-toi » (1 Tm, 3, 1 à 5). « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne le saluez pas car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises » (2 Jn 10). « O Timothée, conservez le dépôt de la foi ; fuyez les profanes nouveautés de paroles et les objections qui se couvrent du faux nom de science. Quelques-uns qui en font profession, ont déchu de la foi » (1 Tm, 6 20-21). « Ne jugez point sur l’apparence, mais rendez un juste jugement » (Jn 7, 21).
« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, tandis qu’au-dedans ce sont des loups ravisseurs » (Mt 7-15). « Mes bien-aimés, ne croyez point à tout esprit, mais éprouvez les esprits s’ils sont de Dieu ; parce que beaucoup de faux prophètes s’en vont de par le monde » (1 Jn 4, 1).
Ne faisons donc pas dire de sottises à la sainte Écriture, et préservons-nous soigneusement du libéralisme moderne qui vise à nous rendre neutres en face du bien et du mal, sous prétexte de cette phrase interprétée : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Lc, 6, 37).
Le culte de la vérité est au-dessus des personnes,y compris des supérieurs quel que soit leur rang
Parlant des catholiques libéraux, voilà ce que disait Pie IX à propos de leur erreur : « Elle est bien plus dangereuse qu’une inimitié déclarée parce qu’elle se cache sous le voile spécieux du zèle et de la charité. » (Pie IX, Bref du 8 mai 1873).
De nos jours, on nous accuse aussi, souvent, de manquer à la charité quand nous dénonçons les erreurs ou les personnes qui les propagent. La vraie charité nous fait aimer Dieu par-dessus tout et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. L’amour de charité n’est pas un sentiment tendre et pleurnichard ; il consiste à vouloir le bien de celui qu’on aime. Et le bien suprême du prochain est identique au nôtre, c’est le bonheur éternel du ciel. Dieu est la Vérité incréée, et nous devons l’aimer en vérité pour parvenir au ciel. Le premier bien que nous devons donner à notre prochain est donc la vérité ; et nous avons l’obligation de lui en assurer la connaissance et de la prémunir contre tout ce qui pourrait l’en détourner.
Les saints comprenaient cela : ils savaient que la défense du peuple chrétien passait par cette charité-là, et que l’attaque contre les hérétiques est le meilleur moyen de les convertir.
Écoutons quelques exemples :
Saint Paul à l’égard des schismatiques crétois : « Perpétuels menteurs, mauvaises bêtes, ventres paresseux » (Tt 1, 12).
A Chypre, rempli de l’Esprit-Saint, le même saint Paul lance au magicien Elymas : « Être rempli de toutes les astuces et de toutes les scélératesses, fils du diable, ennemi de toute justice, tu ne cesses de rendre torses les voies droites du Seigneur » (Ac 13, 10).
Dans sa réprimande à Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, le pape saint Grégoire le Grand lui reproche ouvertement son « profane et criminel orgueil », sa « superbe de Lucifer », ses « sottes paroles », sa « vanité », son « esprit borné ».
Ces quelques exemples suffisent, mais je ne veux pas manquer de citer saint François de Sales, considéré comme l’homme le plus doux de son siècle, concernant les ennemis déclarés de Dieu et de son Église : « Ceux-là, il faut les décrier autant qu’on peut, comme sont les sectes des hérétiques et des schismatiques, et leurs chefs. C’est charité de crier au loup, quand il est entre les brebis, quelque part qu’il soit. » (Introduction à la vie dévote, livre 3, chap. 29).
La vérité est au-dessus de nos supérieurs, à quelque rang qu’ils se trouvent placés. Car eux aussi, il est certain, peuvent se tromper et commander contre Dieu. Dans ce cas, dit simplement saint Thomas d’Aquin « Il n’est pas permis de leur obéir ; obéir alors, serait manquer de jugement » (II-II, q. 104, a 5).
De plus, ce serait participer, se rendre complice du mal, en encourageant ses chefs à mal faire et en favorisant les désordres dans la société. C’est pourquoi la charité exige que l’on reprenne ses supérieurs, pour cette raison même que leurs erreurs sont plus dangereuses.
Cependant, eu égard à leur rang, il convient en général de reprendre ses supérieurs en privé, et avec modération et respect.
Pourtant, si la foi était en danger, alors les sujets devraient reprendre les supérieurs, même publiquement. Telle est la doctrine posée par saint Thomas d’Aquin (le Docteur commun). Cette doctrine va de soi, si l’on pense que nos chefs sont eux-mêmes au service de la foi, et que celle-ci engage notre destinée éternelle.
Comme le remarque saint Thomas, pratiquée par zèle pour la foi, la correction fraternelle ne signifie nullement que l’on se croit supérieur à celui que l’on avertit charitablement (II-II ; q. 33, a. 4, ad 3). Elle procède seulement de l’amour que l’on a pour le catholicisme et du désir que l’on a de procurer le bien de ses frères. Point n’est besoin pour cela d’être docteur en théologie, car autre chose est l’érudition, et autre chose est le sens catholique. Et ce sens catholique peut être aigu chez des personnes peu instruites mais remarquables par leur piété et plus ouvertes à l’action du Saint-Esprit.
Voici ce qui arriva à Constantinople le jour de Noël 428. Le patriarche Nestorius, profitant de la grande foule de fidèles en ce jour béni, laissa tomber du haut de la chaire épiscopale, cette parole de blasphème : « Marie n’a point enfanté Dieu ; son Fils n’était qu’un homme instrument de la divinité. » Un frémissement parcourut la foule, et ce fût un simple laïc, Eusèbe, qui osa se lever au milieu des fidèles et protester hautement. Comme le fait remarquer Dom Guéranger :
Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute, la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les fidèles dans l’ordre de la foi n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels, dont tout chrétien a la connaissance nécessaire et la garde obligée… les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner. [Année liturgique, « Saint Cyrille d’Alexandrie », au 9 février (temps de la Septuagésime).]
Autre exemple : l’incident d’Antioche où saint Paul s’opposa publiquement à saint Pierre (Ga 2, 11 à 14). Voici ce qu’en pensait saint Thomas d’Aquin :
S’il y a un danger très proche pour la foi, les prélats doivent être blâmés, même publiquement, par leurs inférieurs. Ainsi saint Paul blâma publiquement, en raison d’un danger imminent en matière de foi. Et comme il est dit dans la Glose de saint Augustin : « Saint Pierre lui-même donna l’exemple à ceux qui gouvernent, afin que ceux-ci, lorsqu’ils s’écartent parfois du droit chemin, ne repoussent pas comme chose inqualifiable une correction venant de leurs inférieurs eux-mêmes (II-II, q. 33, a. 4, ad 2).
Dans son commentaire sur l’Épître aux Galates, saint Thomas d’Aquin dit encore ceci :
La réprimande fut juste et utile et son motif grave : il s’agissait d’un danger qui menaçait la vérité de l’Évangile… Il fit cette réprimande comme il convenait, car elle eut lieu publiquement et ouvertement. C’est pourquoi saint Paul écrit : « J’ai parlé à Pierre devant tout le monde, car la ruse qu’employait Pierre allait occasionner un danger pour tous. » [Ad Ga 2, 11-14 – lect. III.]
Saint Robert Bellarmin, autre Docteur de l’Église, écrit :
De même qu’il est licite de résister au pontife qui attaque le corps, il est également licite de résister à celui qui attaque les âmes, ou qui perturbe l’ordre civil, et surtout à ce qui qui porterait dommage à l’Église. Je dis qu’il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il ordonne ou en empêchant l’exécution de sa volonté. [De Romano Pontifice, Livre II, chap. 29.]
Conclusion
Voilà les imitateurs de Jésus-Christ car les saints sont les imitateurs de Jésus-Christ. Voilà nos modèles.
Si tous furent intransigeants pour la vérité et impitoyables à l’erreur et à ses propagateurs, c’est en raison de l’importance de la vérité pour le salut des âmes. Cette vérité qui n’est protégée contre l’erreur que par ceux qui l’aiment et la défendent.
Écoutons encore ces quelques lignes d’un grand saint et Père de l’Église. Il vécut au cours de l’hérésie arienne qui faillit emporter l’Église au 4e siècle. Voici ce que saint Athanase osa écrire alors qu’il avait été condamné par les conciles d’Arles (353) et de Milan (355) et qu’il avait été excommunié par le pape Libère.
Ces quelques lignes ont une résonance étrange pour nous : « Vous avez contre vous tous les évêques ! » lui opposait-on, et il répondait :
Cela prouve qu’ils sont tous contre l’Église. C’est vous qui restez dans l’Église par votre foi ; vous qui tenez fermement aux fondements de la foi qui vous est parvenue de la Tradition apostolique et si, à maintes reprises, une jalousie exécrable a voulu l’ébranler, elle n’y a pas réussi. Ce sont eux qui s’en sont détachés dans la crise présente. Personne jamais ne prévaudra sur votre foi, frères bien-aimés, et nous croyons que Dieu nous rendra un jour nos églises.
Ainsi donc, plus ils s’acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Église ; en réalité, ils s’en expulsent eux-mêmes et s’égarent.
Les catholiques fidèles à la Tradition, même s’ils sont réduits à une poignée, voilà ceux qui sont la véritable Église de Jésus-Christ. [Saint Athanase, Lettre à ses fidèles.]
Le plus grand mal, dans notre siècle libéral, consiste à laisser par soi-disant « charité », le faux (l’erreur) se poser à côté du vrai. La fausse charité des catholiques libéraux a merveilleusement servi le progrès de nos ennemis dans les familles, dans les écoles et partout. Il s’agit là d’une fausse charité qui s’interdit toute critique parce qu’elle n’aime pas bien le prochain, qu’elle encourage ainsi dans l’erreur (qu’il répand ou qu’il écoute).
Prenons la résolution contraire de proclamer la vérité, de combattre l’erreur, les faux prophètes. Ainsi le voulait saint Jérôme, lorsqu’il écrivait : « Les chiens aboient pour leurs maîtres, et toi tu ne veux pas que j’aboie pour le Christ. »
[1] — La démission, fait inouï dans l’histoire de l’Église, de Benoît XVI reste un mystère.
[2] — Cet épisode du gilet de sauvetage est une opération de communication sophistiquée. Rien n’est improvisé ou spontané.
[3] — http://laportelatine.org/publications/entret/2016/fellay_national_catholic_register_ 160513/fellay_national_catholic_register_160513.php
[4] — http://www.dici.org/actualites/entretien-avec-mgr-bernard-fellay-dans-le-national-catholic-register/
[5] — http://laportelatine.org/mediatheque/sermonsecrits/tissier_150101_chicago/tissier_150101 _chicago.php
[6] — http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2016/05/pape-fran%C3%A7ois-mgr-fellay-est-un-homme-avec-qui-on-peut-dialoguer.html
[7] — Idem.

