Trois points de vue sur l’islam
par l’abbé Paul de Broglie
– I –L’islam jugé à sa racine
L’islam a-t-il des racines ?
L'islam n’a point la prétention d’être une religion nouvelle et sans antécédents. Tout au contraire, il prétend n’être que la continuation et la restauration de la tradition du monothéisme d’Abraham. Il importe avant tout de juger dans quelle mesure cette prétention est fondée. Si en effet Mahomet ne peut pas rattacher sa religion aux religions antérieures, comme il reconnaît que celles-ci étaient réellement divines, il rend témoignage contre lui-même.
Le rapport avec le passé est, de tous les caractères d’une religion, celui qui peut être le plus difficilement inventé quand il n’est pas réel. On peut supposer des miracles ; on ne peut pas se créer des ancêtres quand on n’en a pas. Voyons donc comment Mahomet essaie de se rattacher au passé.
Comment l’islam récupère le passé
Mahomet déclare qu’il veut rétablir la religion d’Abraham, altérée par l’idolâtrie. Mais entre Abraham et Mahomet il s’était produit deux grands faits, dont il était nécessaire de tenir compte. Il y avait eu l’établissement de la loi de Moïse et la fondation du christianisme. Les juifs et les chrétiens de diverses sectes qui habitaient l’Arabie et les pays voisins étaient en querelle sur la question de la venue du Messie : les chrétiens disaient qu’il était venu et le reconnaissaient dans la personne de leur fondateur ; les juifs l’attendaient encore. Il fallait prendre position entre ces deux groupes de sectateurs de la foi d’Abraham ; il était impossible de ne pas prendre parti dans leur querelle.
Question centrale : le Messie
Mahomet pouvait prendre trois attitudes différentes.
– Il pouvait se donner comme étant lui-même le Messie et essayer de rallier à lui les juifs qui refusaient de reconnaître Jésus-Christ.
– Il pouvait se donner comme un précurseur du Messie.
– Il pouvait au contraire prendre parti dans la querelle pour les chrétiens contre les juifs, reconnaître Jésus-Christ comme le Messie et se donner lui-même comme un prophète postérieur.
1. – Se poser en Messie était impossible par diverses raisons. D’abord il n’aurait pas été accepté par les juifs. Les prophéties étaient trop formelles. Le Messie devait descendre de David. Un descendant d’Ismaël, exclu des promesses, ne pouvait remplir ce rôle, et l’orgueil national des juifs, appuyé sur des paroles aussi claires, n’aurait jamais cédé. D’autre part, se déclarer le Messie, c’était se faire juif, c’était constituer une religion dont la base aurait reposé sur Israël. Or, bien que les juifs fussent nombreux en Arabie et y jouissent d’une certaine puissance, la race juive, depuis la prise de Jérusalem par les Romains, était une race déchue, une race vaincue, une race humiliée. Essayer de soumettre la fierté des Arabes à une religion qui aurait été le culte national de ce peuple méprisé aurait été une folie. Ce que Mahomet voulait, c’était faire un monothéisme arabe où sa race fût la maîtresse. Du reste, pour qui connaît Mahomet et son entourage, il est certain que se placer du côté des vaincus était une idée qui ne pouvait entrer dans leur esprit.
2. – Les mêmes raisons s’opposaient avec plus de force encore à ce que Mahomet se posât comme précurseur du Messie. Cela aurait été préparer la voie à un Juif, faire une œuvre provisoire et laisser à un Juif la fondation du culte définitif de l’humanité.
3. – Le troisième parti était le seul possible, ce fut celui que choisit Mahomet.
Les prétentions de Mahomet
Il reconnut formellement que le Messie était venu en la personne de Jésus-Christ. Mais il ajouta que l’œuvre de Jésus-Christ, avait été corrompue par ses disciples, que l’idolâtrie et le polythéisme s’y étaient glissés ; que ces abus étaient la vraie cause, tant de la division du christianisme en sectes, que du refus des juifs d’accepter la nouvelle doctrine, bien qu’enseignée par leur propre Messie. Afin de réparer tous ces maux et d’achever l’œuvre commencée, Dieu avait choisi un apôtre et un prophète supérieur au Messie lui-même et destiné à fonder une religion définitive qui réconcilierait juifs et chrétiens et réunirait toutes les sectes dans une croyance commune et une liturgie uniforme. Ce dernier prophète, c’était lui-même, et cette religion définitive c’était l’islamisme, la dernière venue mais la meilleure des religions, celle que toutes les autres avaient préparée et qui devait triompher de toutes les erreurs et détruire toutes les idoles.
Ce beau système a-t-il une base ?
Il y avait dans cette idée une certaine grandeur, et cette situation de Mahomet, dernier prophète, achevant l’œuvre commencée par Abraham, Moïse et Jésus-Christ, était, au premier aspect, simple et logique. Il y avait néanmoins une condition essentielle pour qu’un tel système fût admissible. Il fallait que les prophètes successifs, dont le dernier était Mahomet, eussent enseigné des doctrines concordantes ; il pouvait sans doute y avoir plus de vérités enseignées dans les dernières révélations, mais elles ne devaient pas contredire les premières. Il fallait qu’Abraham, Moïse et Jésus-Christ pussent être considérés comme des musulmans, croyant au moins implicitement à la doctrine de l’Islam.
Pour Abraham et Moïse, cela était admissible. Le mahométisme, quant aux dogmes, ne diffère guère du judaïsme. Les différences sont liturgiques et rituelles : elles auraient pu d’ailleurs être diminuées, et Mahomet, tant qu’il a espéré ramener les juifs, s’est rapproché beaucoup de leur culte. Dans les premiers temps de son séjour à Médine, la Kibla, ou le lieu central vers lequel on se tourne pour prier, était à Jérusalem ; ce n’est que plus tard que Mahomet, se séparant des juifs et se rattachant plus étroitement aux traditions nationales des Arabes, fit de la Mecque le centre religieux du monde musulman.
Mahomet contre l’histoire
L’islam en effet a pour dogme fondamental une idée absolue de l’unité de Dieu, qui exclut formellement les grands dogmes chrétiens de la Trinité et de l’incarnation. Aux yeux de Mahomet, qui les connaissait et les comprenait fort mal, ces dogmes étaient un véritable polythéisme aussi coupable que l’idolâtrie des Grecs anciens et que le sabéisme des Arabes nomades. Il fallait donc, pour établir cet accord doctrinal, supposer que Jésus-Christ n’avait pas enseigné ces dogmes, et que c’étaient des superstitions surajoutées par ses disciples à un enseignement de monothéisme simple, semblable à celui de l’islam. C’est ce que fit Mahomet. Peut-être a-t-il pu faire cette supposition d’une manière sincère, car il connaissait fort mal le christianisme et ne paraît pas avoir jamais lu l’Évangile. Mais ce que Mahomet a supposé, de bonne ou de mauvaise foi, pour le besoin de sa cause, nous, qui connaissons l’Évangile, nous ne pouvons l’admettre. Les dogmes de la Trinité et de l’incarnation sont l’essence même du christianisme. Ils sont primitifs, ils sont l’exprès enseignement de Jésus-Christ et des apôtres. Le Fils unique de Dieu égal à son Père, adoré conjointement avec le Père, c’est la doctrine primordiale des chrétiens ; c’est pour la gloire du Fils et l’adoration qui lui est due qu’ils ont souffert le martyre autant, sinon plus, que pour la gloire du Père éternel.
En invoquant Jésus, l’islam s’auto-détruit
Dès lors la théorie des religions établie par Mahomet s’écroule par sa base. Son christianisme est tout différent du vrai christianisme.
• Il reconnaît dans Jésus le Messie et ne reçoit pas son enseignement.
• Il déclare que Jésus a été un grand prophète envoyé par Dieu, qu’il a fait de grands miracles, et il contredit directement l’enseignement de Jésus-Christ.
Cette contradiction formelle détruit le système et montre que c’est en vain que Mahomet essaye de rattacher sa religion à la tradition monothéiste antérieure.
Le grand dilemme de l’islam : comment se situer face au Messie ?
• Mahomet ne peut pas abolir l’idée d’un Messie personnel ; cette idée est le fond même de la tradition juive.
• Il ne peut pas se déclarer le Messie, ni le précurseur du Messie ; il faut que le Messie soit venu avant lui. (Pour pouvoir fonder une religion définitive, il faut être débarrassé de l’attente d’un Messie futur.)
• Mais avant lui il n’y a, pouvant remplir le rôle de Messie, qu’un seul personnage : Jésus-Christ ; celui même dont il contredit l’enseignement et dont il cherche à détruire le règne et la religion.
Le reconnaître comme Messie et le combattre, c’est porter témoignage contre soi-même. Mais d’autre part, ne pas le reconnaître, c’est se faire juif et entrer dans une race et une religion vaincues.
Mahomet n’a pas pu sortir de ce dilemme, il n’a pas pu trouver une situation intermédiaire entre celles des juifs et des chrétiens. Ou plutôt, nous pouvons dire qu’il est sorti de ce dilemme et qu’il a trouvé cette situation intermédiaire, grâce à sa propre ignorance et à celle de ses disciples. Mais tout cet échafaudage disparaît devant la vraie histoire, et l’islam, privé de ces appuis factices, reste une religion sans ancêtres, une création bâtarde qui ne peut être rattachée à la tradition d’Abraham et des prophètes, tradition dont cependant elle reconnaît l’autorité.
Paul de Broglie (1834-1895) [1].
[C’est ainsi qu’un grand historien des religions analysait l’islam à la fin du 19e siècle. Sans donner de réponse définitive, il faisait ressortir deux problèmes essentiels à l’islam :
– Historiquement, l’islam tel qu’il se raconte est incohérent. Ses racines sont visiblement falsifiées.
– Religieusement, l’islam est en porte-à-faux sur la question centrale : celle du Messie.
Au 20e siècle, la thèse du père Édouard Gallez a essayé de résoudre ces problèmes [2].
Mais, à ce dilemme historique (la question des origines), s’ajoute, pour l’islam, un dilemme moral quand on le juge d’après ses fruits : le type d’homme et de société qu’il produit. C’est le deuxième point de vue de l’abbé de Broglie.]
– II –L’islam jugé à ses fruits
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cette première imperfection de l’islamisme, qui ne permet pas de le considérer comme une doctrine divine, nous pouvons en joindre une seconde. L’islamisme, venu après le christianisme, né après de glorieux siècles du règne de l’Évangile, a présenté à l’humanité un idéal moral et social de beaucoup inférieur à celui de la religion à laquelle il succédait. L’évidence de cette vérité est si grande qu’il suffit de signaler en quelques mots les différences des deux religions pour que toute contestation soit impossible.
1. – Le mariage et la famille
Prenons d’abord la loi du mariage et de la chasteté.
• La loi chrétienne, c’est le mariage unique, indissoluble et la prohibition absolue de tout ce qui s’écarte de cette union de deux êtres qui doit durer autant que leur vie [3].
• La loi musulmane permet le divorce à volonté. Les musulmans ont le droit d’avoir quatre femmes légitimes, plus autant de concubines esclaves qu’ils le veulent, sous la seule condition qu’ils aient pu les acquérir par la force ou à prix d’argent, et qu’ils soient assez riches pour les nourrir. C’est la liberté complète de la recherche des satisfactions sensuelles, sous une seule condition, celle de la richesse. Le riche a son harem ; le pauvre est obligé, faute de ressources, de se contenter d’une seule femme. Mais qui peut croire qu’en présence d’un exemple de liberté si grande accordée aux sens, venant des classes supérieures, les déshérités de la terre se tiendront volontiers dans les limites rigoureuses d’une continence imposée par la nécessité ? L’Orient musulman est la patrie des vices infâmes. Leur existence semble la nécessaire conséquence du régime légal que nous venons d’exposer. Il faut ajouter que ces vices n’ont même pas toujours pour excuse l’inégalité des conditions et qu’ils sont publiquement pratiqués par les riches et les puissants. Ils ne sont que faiblement réprouvés par la loi religieuse et sont considérés comme des fautes vénielles [4] . Il y a d’ailleurs une liberté qui appartient aux plus pauvres : celle du divorce. Tout musulman peut renvoyer sa femme et en prendre une autre à son gré. L’échange des femmes entre deux maris est même permis et se pratique quelquefois.
2. – Le Paradis
• Conformément à son principe de chasteté, le christianisme ne donne du bonheur des élus que des peintures idéales et pures.
• Le paradis de Mahomet, en revanche, est connu de tous. Les défenseurs de l’islamisme ne veulent voir que de simples allégories dans les houris aux yeux noirs qui habitent ou plutôt qui meublent les jardins célestes ; car ces créatures ne semblent pas avoir d’âme, ni être considérées comme des personnes. Soit. Admettons que ce soient des allégories ; ce sont des allégories dangereuses quand elles sont prêchées, revêtues des couleurs de la poésie et de la passion, sous le soleil de l’Arabie, à une jeunesse déjà violemment portée à la recherche des plaisirs des sens. Il est difficile de ne pas croire que le sens propre prévaudra souvent sur le sens figuré.
3. – L’esclavage
• Le christianisme n’a pas directement aboli l’esclavage, mais il a établi dès l’origine l’égalité de l’esclave et du maître au point de vue de la loi religieuse et a soumis les relations entre le maître et l’esclave à la règle du mariage unique.
• Selon la loi musulmane, l’esclave est la propriété du maître, sauf certains cas où il a le droit d’être affranchi. De là ces caravanes qui vont chercher des esclaves en Afrique et en Circassie et qui sont une des plaies toujours béantes du monde musulman.
4. – Violence et pillage
• Le christianisme a établi en principe que la religion doit être propagée par la persuasion et condamne la recherche excessive des richesses. Ses martyrs et ses ascètes ont dès l’origine glorieusement mis en pratique ces règles salutaires.
• L’islamisme a pour principe que le sabre est le moyen naturel et efficace de la conversion des infidèles ; que si on ne les force pas à se convertir, ils doivent au moins payer le tribut aux musulmans, favoris d’Allah, qui leur attribue les richesses de la terre. C’est conformément à ce principe que Mahomet a commencé, à Médine, ses expéditions religieuses par le pillage des caravanes, se réservant la cinquième part du butin, et prenant à la guerre pour sa part les plus belles esclaves.
L’islam est inférieur tout en étant postérieur
Cette comparaison, que nous pourrions prolonger, suffit pour montrer que l’islamisme, venu après le christianisme et s’en déclarant l’adversaire, ne saurait être une doctrine divine.
Si l’islamisme était plus ancien, s’il avait paru au temps de Moïse, la question serait plus douteuse. On pourrait dire en effet qu’il y a dans l’ancien Testament un certain nombre d’usages tolérés chez les patriarches, tels que la polygamie et le concubinat des esclaves, et que Jéhovah donne à son peuple pour apanage les terres conquises sur les Cananéens. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer comment ces faits, qui nous étonnent, peuvent être conciliés avec les attributs divins qui nous sont clairement révélés dans les mêmes livres de l’ancien Testament. Il s’agissait évidemment d’un état social primitif et barbare, dans lequel existaient des coutumes qui choquent nos mœurs plus civilisées et surtout nos mœurs chrétiennes, et que Dieu a pu tolérer dans une mesure qu’il nous est difficile de bien comprendre.
Il serait possible aussi de montrer qu’il y a encore loin des faits difficilement explicables de l’ancien Testament, au cynisme de mœurs et à la sauvagerie qui apparaît dans l’islamisme du vivant même du fondateur.
Mais cela n’importe pas à notre question. L’islamisme n’est pas né au temps d’Abraham, il est né en l’an 622 de l’ère chrétienne, en face du christianisme et en présence de ses exemples.
Un dilemme moral
Dès lors, si l’on voulait attribuer à l’islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l’islamisme est divin de son côté, ou c’est une œuvre humaine.
• S’il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l’une prêchant la chasteté, l’autre permettant les mœurs que nous avons décrites, l’une prêchant la patience et la douceur de ses martyrs, l’autre ordonnant la propagation de la vérité par le sabre : Dieu se contredisant lui-même.
• Si, d’autre part, on considérait l’islamisme comme divin et le christianisme comme une œuvre humaine, ce serait alors l’homme qui prêcherait la chasteté, l’indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité.
Nous pouvons aller plus loin encore et dire que l’idéal musulman, si tant est que ce nom soit applicable à une doctrine si basse, est encore inférieur à l’idéal purement humain du brahmanisme et du bouddhisme. C’est donc une folie et presque un blasphème d’attribuer à Dieu une telle religion.
Un proverbe du Moyen Age, attribué à Averroès, et répété par les rationalistes de l’époque, exprimait sur l’islamisme, vu de près, un jugement plus sévère encore que celui que nous venons de porter. Ce proverbe est la critique des trois grandes religions seules connues alors. Le christianisme, disait-on, est une religion impossible à cause de ses mystères, le judaïsme une religion d’enfants, l’islamisme une religion de pourceaux [5] . Le mot est dur, mais le proverbe pourrait presque être admis par les chrétiens. Car, en disant que leur religion est impossible, on dit implicitement qu’elle est divine, puisqu’elle existe, et que ce qui est impossible aux hommes n’est possible qu’à Dieu.
Paul de Broglie [6]
– III –L’islam : faiblesses et force
Les faiblesses de l’islam
1. – Faiblesse morale de l’islam
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e relâchement moral de l’islamisme, relâchement qui tient au principe même et à la vie corrompue du fondateur, ne lui permet de constituer qu’une forme de civilisation inférieure ; il rend cette religion radicalement incapable de progrès.
2. – Faiblesse doctrinale de l’islam
L’absence totale de preuves de la mission du fondateur, rendant la foi complètement irrationnelle, établit entre la croyance à l’islam et le développement philosophique de la pensée, une complète opposition.
La raison peut, sans abdiquer, se soumettre à une religion qui repose sur des preuves ; l’intelligence humaine peut se laisser enseigner par une autorité qui montre qu’elle est divine. Mais se soumettre à l’autorité d’un imposteur ou d’un fanatique, croire sur une affirmation sans aucune démonstration, c’est une véritable abdication de la raison. De là est résulté un grand affaiblissement de la force doctrinale de l’islamisme pendant la courte époque du développement intellectuel de l’empire musulman, et plus tard, une réaction de croyance aveugle qui a anéanti tout mouvement de la pensée.
3. – Faiblesse sociale de l’islam
L’union complète du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, qui est aussi un des principes de l’islam, constitue encore une grave imperfection sociale et religieuse ; elle fait de la religion une affaire de législation et de forme extérieure et publique, bien plus que l’œuvre libre de la conscience. Elle est la source du despotisme le plus absolu.
L’esclavage, conséquence nécessaire des harems des sultans et des pachas et de l’état inférieur de la femme, est encore une des plaies de la société musulmane. L’islamisme, capable d’élever les barbares et les païens jusqu’à un faible niveau de civilisation, est par tous ces motifs absolument stationnaire et hostile au progrès. C’est ce que sont obligés de reconnaître même ses partisans. Mais, être hostile au progrès quand le progrès existe, quand, à côté de l’islamisme stationnaire, se trouve la société chrétienne qui marche vers son idéal, qui développe le cœur, la conscience et la raison de l’homme, n’est-ce pas être funeste et nuisible à l’humanité ? Si donc l’islamisme est partiellement vrai et bon en tant que religion monothéiste et ennemie des idoles, il est funeste et pernicieux par les autres côtés de sa doctrine et de son organisation.
La force de l’islam
C’est peut-être ce mélange de bien et de mal qui est le secret de sa force.
1. – Une doctrine simpliste
La doctrine est simple et sans mystères, et par conséquent n’humilie pas l’orgueil.
2. – Une morale facile
La morale n’est que trop facile. Sauf la suppression de l’idolâtrie, rien n’a besoin d’être changé dans les mœurs, quelles qu’elles soient, des populations qui embrassent l’islamisme. L’union du pouvoir civil et du pouvoir religieux, un paradis sensuel offert sans autre condition au guerrier qui meurt pour sa foi, le droit au pillage et le tribut imposé aux infidèles satisfont certains instincts grossiers.
3. – La loi du plus fort
Enfin l’idée principale de l’islamisme étant de considérer Dieu comme un être fort, du moment que, par la puissance des armes, les musulmans sont vainqueurs, eux-mêmes ou leurs adversaires sentent sa force et reconnaissent Dieu. La conversion par le sabre fait des musulmans fanatiques et sincères ; on ne pourrait faire de cette manière que des chrétiens hypocrites. Cette souveraineté de la force est exprimée d’une manière frappante dans certaines objections posées par les musulmans au christianisme. Il y a, disent-ils, trois législateurs, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Mais Jésus-Christ est inférieur aux autres, il s’est laissé prendre et s’est laissé crucifier. C’est donc une folie de l’adorer et de croire en lui.
4. – Une force surhumaine ?
Ces explications de la force de l’islamisme ont une certaine valeur ; mais sont-elles suffisantes ? et la propagation si rapide et surtout la résistance si forte de cette religion à toute décomposition du dedans comme à toute destruction par le dehors, ne supposent-elles pas une cause surnaturelle ? La question est douteuse, je la laisse à l’appréciation de chacun, tout en penchant pour l’hypothèse que les causes humaines ne sauraient expliquer une institution aussi grande et aussi vivace. Seulement, quelle pourrait être cette puissance surnaturelle, ennemie du progrès de l’humanité et du christianisme, soutenant une religion peu soucieuse de la morale, employant la force brutale, excitant l’ambition et la cupidité, et courbant la raison sous le joug d’une autorité sans preuves ? Ce ne saurait être la puissance divine ; ce ne saurait être que celle du prince de ce monde à qui appartiennent les royaumes de la terre, et que l’Évangile appelle l’esprit immonde et le séducteur.
Malgré la vérité partielle de l’islamisme, s’il faut une puissance surnaturelle pour le soutenir, ce ne peut être que la puissance de l’ennemi de Dieu et de Jésus-Christ, de l’esprit menteur dont la parole ne mérite pas d’être crue. Ce ne saurait être une puissance divine.
Paul de Broglie [7]
[1] — Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885, p. 216-221.
[2] — La thèse du père Gallez sur Les Origines judéo-nazaréennes de l’islam a déjà été présentée dans Le Sel de la terre 55, p. 282. Voir aussi les nos 82, p. 157-176 et 96, p. 169-171.
[3] — Dans les pays chrétiens, les lois détruisant la famille viennent des ennemis de l’Église : – Divorce : Alfred-Isaac Naquet, franc-maçon (loi du 27 juillet 1884). – Planning familial : organisé en 1958 par Richard Dupuy (grand-maître de la Grande Loge de France), le Dr Pierre Simon (futur grand-maître de la même obédience maçonnique), Daniel Mayer (président de la Ligue maçonnique des Droits de l’Homme) et les féministes de la loge maçonnique du Droit Humain. – Contraception : Lucien Neuwirth (franc-maçon) et Pierre Simon (déjà nommé), en 1967. – Avortement : Robert Boulin (franc-maçon), puis Simone Veil (1975).
[4] — Koran, traduction de Kasimirski, ch. 4, v. 20.
[5] — RENAN, Averroès, 2e partie, ch. 2, § 15.
[6] — Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885, p. 221-225.
[7] — Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885, p. 237-239.

