Bazin renaît !
par Louis Medler
ÉTAIT-IL DONC MORT ? Pas dans tous les cœurs, assurément. On a pu lire, en 2003, dans Le Sel de la terre, l’éloge vibrant que lui rendait un jeune homme conquis et enthousiasmé par son œuvre [1]. Mais il faut reconnaître que le romancier René Bazin (1853-1932) n’attire plus les foules. Immensément populaire jusque dans les années 1950, il semble avoir disparu de la mémoire collective. A-t-il définitivement fait son temps ?
— Non ! ont crié d’une seule voix les participants au colloque international organisé à Angers les 10, 11 et 12 mars 2016 par l’Association des Amis de René Bazin et les Archives départementales de Maine-et-Loire (qui ont hérité des papiers de l’écrivain angevin). Non ! René Bazin n’a pas dit son dernier mot. Et si les années 1960 l’ont poussé dans le « purgatoire des écrivains », l’exil ne sera que temporaire. Mieux : l’hiver est désormais passé, et l’on sent germer, depuis quelques années, une véritable renaissance bazinienne. Attendez un peu, et vous verrez !
Qui a tué René Bazin ?
Mais d’abord, d’où vient cette désaffection ? Qui a tué René Bazin ? Car il ne s’agit pas d’une mort naturelle. C’est ce que Mathias Burgé (professeur agrégé d’histoire) a fait comprendre à demi-mot – ou, plus exactement, à grands mots universitaires – en montrant comment le « processus de cristallisation mémorielle » qui aurait dû, normalement, inscrire définitivement René Bazin dans notre patrimoine français, a été interrompu et perturbé dans les années 1960.
Jusque-là, le succès ne s’était jamais démenti. Une vingtaine de romans ont été tirés chacun à plus de 50 000 exemplaires. La Terre qui meurt a connu 300 éditions successives. Les œuvres de Bazin ont été adaptées au cinéma, au théâtre et même à l’opéra. Le portrait de l’auteur figurait parmi les images à collectionner offertes aux enfants dans les plaquettes de chocolat. Au Canada francophone – confirme Mireille Keller, doctorante à l’université de Manitoba – Bazin était non seulement étudié en classe, mais cité par les élèves parmi leurs auteurs scolaires préférés.
Tout cesse subitement dans les années 1960. Partout. En France, au Canada, en Espagne (où les traductions de ses œuvres avaient grand succès), René Bazin cesse d’être réédité. Il disparaît des librairies, des journaux, des manuels scolaires comme des travaux universitaires. Le patronyme demeure (comme pour aider la disparition à passer inaperçue), mais complété ; c’est celui du neveu révolté : Jean-Pierre Hervé Bazin (Vipère au poing, 1948). Que s’est-il passé ?
Différentes pistes
Comme toujours, les explications sont multiples.
Pour les uns, les thèmes de prédilection de René Bazin sont tout simplement dépassés. L’exode rural, qui inquiétait tant la vieille France, est désormais un fait accompli. La Terre qui meurt, dites-vous ? Mais elle est morte depuis longtemps, mon pauvre Monsieur ! Enterrée, même, si l’on ose dire, en entraînant son auteur dans sa tombe. — La question de l’Alsace-Lorraine, si longtemps brûlante, n’a plus qu’un intérêt historique. — Les problèmes sociaux ont trop évolué pour qu’on puisse se reconnaître dans des descriptions datant, au mieux, des années 1930. — La religion catholique, si prégnante dans les romans baziniens, n’est plus que l’ombre d’elle-même. — Sans parler de la « libération » des mœurs qui fait paraître non seulement vieillots, mais étranges et même incompréhensibles pour certains jeunes lecteurs, des jugements moraux qui semblaient évidents à l’auteur (une des intervenantes du colloque, enseignante en université catholique, eut, à ce sujet, des propos plutôt affligeants).
D’autres soulignent combien le style de Bazin – si descriptif – a été « ringardisé » par l’invasion des images animées, qui a changé, pour les masses, le rythme même de la lecture. Comme au cinéma, il faut de nouvelles images à chaque ligne. Pas question de s’attarder sur les nuances. A de tels lecteurs, Bazin paraîtra facilement mièvre : pas assez contrasté, pas assez agité, pas assez épicé.
Ces explications, qui ont leur part de vérité, demeurent insuffisantes. Oui, Bazin a perdu de son actualité. Mais pas davantage que Zola ou George Sand, qui ont gardé toute leur place dans les lettres françaises. Pourquoi Bazin n’a-t-il pas, au moins, une place de grand témoin ? Témoin non seulement d’une époque révolue, mais de bouleversements qui affectent encore notre présent et affecteront certainement notre avenir ?
La laïcisation forcée de notre pays, l’urbanisation intensive, la déshumanisation des rapports sociaux (désormais centrés sur l’argent) n’ont pas fini de porter leurs fruits. Bazin reste, sur ces thèmes, d’une actualité brûlante. Au moins pour comprendre comment on en est arrivé là.
Quant au style, Bazin demande sans doute plus d’efforts qu’un roman de gare. Mais n’apporte-t-il pas davantage ? Les éditeurs, professeurs, journalistes, libraires, bibliothécaires, fonctionnaires de la Culture et toutes les associations culturelles si largement subventionnées ne doivent-ils donc promouvoir et diffuser, en matière littéraire, que les produits dérivés des films à succès ?
Quand il s’agit de propagande subversive (en tout genre), on tient le discours inverse. Foin du populisme ! Peu importe le succès ! L’argent public coule à flots pour subventionner l’édition d’ouvrages qui ne seront achetés par personne, sinon par quelques bibliothèques complaisantes, financées elles aussi par l’État (la boucle est bouclée). Mais pour maintenir la mémoire d’un auteur de qualité, qui avait tout de même largement fait ses preuves, et connu un réel succès populaire, tous les « agents culturels » firent étrangement défaut. Pendant quarante ans, jusqu’à ce que l’Association des Amis de René Bazin s’emploie péniblement à remonter la pente : rien ! La mémoire de René Bazin a bel et bien été assassinée, pour des raisons essentiellement idéologiques.
Le masque de l’assassin
Le critique littéraire Jacques Vier, évoquant la biographie du père Charles de Foucauld que Bazin publia en 1920, s’exclamait : « Foucauld ? C’était s’exposer aux assassins ! »
Le mot fut cité, sans plus d’explications, dans la conférence de clôture [2]. Il était difficile à un colloque officiellement patronné par l’Académie française (grâce à l’académicienne Danièle Sallenave, qui prononça la conférence inaugurale [3]) d’aller beaucoup plus loin. Mais l’assassin n’est pas très difficile à identifier.
Il porte habituellement un masque, et le grand tort de René Bazin fut certainement d’oser y toucher. Car plus encore que la biographie de Charles de Foucauld, c’est le roman intitulé Davidée Birot (1911) qui attira sur René Bazin la haine féroce des autorités républicaines. Le bulletin L’École laïque expliquait que Bazin y peint « une petite institutrice publique qui s’aperçoit que son enseignement est vide [4] ». Institutrice publique ? Bazin employait le mot officiel : laïque. Mais un détail gênant laissait voir qui se cache derrière le masque de la laïcité, puisque Bazin montrait, sans insister, que le père de ladite institutrice est franc-maçon. Plus gênant encore : découvrant le vide de l’idéologie officielle, Davidée Birot se tourne vers Jésus-Christ. Et le pire est que ce portrait était si vrai, si réaliste que nombre d’institutrices s’y identifièrent, reprenant même son nom pour fonder le mouvement des Davidées.
Le roman déplut en très haut lieu. Le premier ministre Barthou – en bon pratiquant de la « tolérance » maçonnique – refusa en 1913 l’élévation de René Bazin au grade d’officier de la Légion d’honneur. Après la guerre de 1914-1918 (période dite de l’« union sacrée »), on tenta pourtant une réconciliation. L’auteur de La Terre qui meurt n’était-il pas tout désigné pour rédiger un manuel de lecture pour les écoles rurales ? Il n’avait qu’à taire ses convictions religieuses et la République (si tolérante…) lui entrouvrirait les portes des écoles primaires !
Bazin pouvait-il accepter ces propositions ? Il avait mobilisé tout son art d’orateur pour faire applaudir sous la coupole de l’Académie le nom du grand bienfaiteur de l’humanité : Notre-Seigneur Jésus-Christ (discours du 27 novembre 1913). Il ne pouvait supporter la haine avec laquelle la République maçonnique s’employait à bannir ce nom sacré. En 1926, son roman Baltus le Lorrain dénonce, à nouveau, le sectarisme laïcard. Dès lors, et logiquement, il devait en être lui-même victime.
De son vivant, il n’avait rien à craindre. Son talent était trop grand pour être étouffé. Après sa mort, encore, il bénéficia de la notoriété acquise. Mais durant la guerre de 1939-1945, les difficultés de son éditeur gênèrent la diffusion de ses œuvres. Après la guerre, l’obstruction laïciste se fit de plus en plus lourde. Les réseaux catholiques parvenaient encore à diffuser Bazin, et à le faire découvrir à une partie de la jeunesse, mais dans un climat général de plus en plus hostile. Et tout à coup, comme un barrage qui lâche, le concile Vatican II laissa l’idéologie maçonnique pénétrer à grands flots dans l’Église. Écoles, journaux, mouvements catholiques : tout fut submergé. Antéconciliaire, Bazin devenait, par le fait même, antédiluvien.
Entre la grande désaffection pour Bazin, au cours des années 1960, et le concile pas comme les autres qui porte le nom de Vatican II, le lien paraît certain, même s’il ne fut guère évoqué au cours du colloque. Il est vrai que celui-ci visait davantage à préparer l’avenir qu’à pleurer le passé.
Pourquoi Bazin renaît
Car l’avenir est prometteur. La tentative d’assassinat a échoué. Depuis quelques années, les rééditions de Bazin se multiplient chez Siloë, Via Romana, Marivole, Clovis, Edilys, Arthur, etc. [5], sans compter les versions électroniques disponibles sur internet [6] – où l’on peut même écouter plusieurs romans lus à haute voix [7]. On a noté, en particulier, une explosion des téléchargements du roman patriotique Les Oberlé.
Pourquoi cette renaissance ? Pourquoi Bazin ? Un participant le résuma d’une phrase : Parce qu’il nous parle !
Sentence très simple, où chacun des trois mots a son sens fort :
1) Il : c’est vraiment lui qui parle, pour transmettre une expérience personnelle, sans se contenter de répéter ce que tout le monde dit.
2) Il parle : il s’exprime de façon vivante, claire et expressive.
3) Il nous parle : il nous intéresse, car nous nous reconnaissons et même nous nous découvrons en ce qu’il raconte.
Qualités indémodables du véritable artiste, qui
– pénètre le réel, de façon personnelle et perspicace ;
– transmet cette expérience, en façonnant les images qui vont tout naturellement la susciter (c’est le propre de l’art) ;
– nous permet, ainsi, non seulement de mieux voir ce qui nous entoure, mais de mieux nous connaître et nous posséder nous-mêmes.
Voir le réel
Voir. Don inné, que Bazin manifesta dès l’enfance – accumulant toute une provision de sensations devant le ciel, les rivières, les bois et les prés –, mais qu’il développa volontairement, au prix d’un travail intensif.
Comme Zola – mais tout autrement – Bazin veut des romans réalistes. Comme lui, il enquête longuement avant d’écrire. Mais alors que Zola prépare son enquête et arrive sur place avec un questionnaire à remplir, Bazin ne veut aucune idée préconçue, même interrogative (la façon de poser les questions détermine si souvent les réponses) ! Il vient non seulement observer les gestes, les attitudes et les expressions des paysans ou des artisans qu’il veut peindre, mais se laisser surprendre par le réel.
Pierre-Jean Dufief (professeur de littérature à l’université de Paris-Ouest Nanterre) montre les étapes de cette enquête, en étudiant la genèse de La Terre qui meurt. Et Anne-Christine Faitrop-Porta (spécialiste de l’Italie) et Irène Atalaya (doctorante à l’université de Barcelone) relèvent les mêmes dons d’observation dans ses récits de voyage à l’étranger.
Bazin a su voir l’Italie – constate la première ! Il ne s’est pas contenté des grands monuments que tout le monde vient photographier, il a voulu fréquenter le petit peuple italien, hors des circuits officiels, pour en décrire la vie réelle. Visitant la Sicile, il consacra à la maffia un chapitre particulièrement pénétrant, qui contribua à introduire ce mot dans notre langue française.
Constat identique outre-Pyrénées : Bazin a su renouveler la vision française de l’Espagne. Ses récits de voyage, qui connaîtront un très grand succès [8], s’affranchissent des stéréotypes et des clichés romantiques (Bizet et Mérimée) au point de surprendre les lecteurs espagnols eux-mêmes. Enfin, s’écrie un journaliste espagnol, enfin un Français qui « fait l’effort de nous découvrir », et de voir l’Espagne telle qu’elle est, et non telle que les Français se l’imaginent !
Voir les choses telles qu’elles sont : saine philosophie, que Bazin cultive délibérément. Il affirme, dans son introduction, n’avoir « aucun plan, aucun projet, si ce n’est celui de bien voir ».
Pour cela, il ouvre des yeux attentifs, une intelligence aiguisée, mais aussi son cœur. Son « empathie avec les humbles » (selon l’expression de Georges Cesbron, dans la conférence finale) explique la réussite de ses romans sociaux, sur l’exode rural ou la misère ouvrière.
Brunetière voyait en Bazin « une sorte de Flaubert qui aurait du cœur ». Mais au delà même du secret naturel des cœurs, il y a le mystère des âmes – et de leur destinée surnaturelle. Le réalisme de Bazin va jusque là. Ouvert au réel dans toute son amplitude, sans les œillères matérialistes, il est, en définitive, bien plus hardi que Zola. Il réalise, disait Mauriac, le « naturalisme total » [9].
L’art des nuances
Voir n’est que le point de départ. Le romancier doit surtout faire voir, au prix d’un intense travail dont quelques brouillons gardent la trace.
Analysant les ébauches successives de La Terre qui meurt, Pierre-Jean Dufief montre que les premiers réflexes de ce Bazin, qu’on prétend parfois mièvre (voire « fade, impuissant, plat »), sont souvent mordants. L’étude de ses notes de voyage ainsi que la conférence sur « Angers dans l’œuvre de René Bazin » (par François Comte, conservateur du patrimoine) mènent au même constat. Chez Bazin, le premier trait est souvent incisif. Mais il a le souci de la mesure. Au lieu de s’abandonner à la première impression, qui mènerait à la caricature, il s’accroche au réel, qu’il refuse de trahir. Aussi, dans un second temps, il nuance, précise, polit sa description. Martine Taravel (de l’université d’Angers) voit dans ce souci d’exactitude – cette « courtoisie d’écriture » – l’héritage familial d’une lignée de juristes. Le sens de la justice se mêlerait à la douceur angevine. On pourrait aussi parler d’un goût de la lumière (les descriptions de l’Italie lues par Anne-Christine Faitrop-Porta sont de véritables flots de lumière, qui rappellent irrésistiblement la peinture de Fra Angelico). Quoi qu’il en soit, le dessein est classique : le vrai, seul, est aimable. Loin de toute brutalité comme de tout sentimentalisme, Bazin manifeste sa force dans sa maîtrise.
Maîtrise de la technique du roman, sensible dès les premières œuvres (Stéphanette, Ma tante Giron, La Sarcelle bleue, Une tache d’encre). Alain Lanavère les montre plaisantes, amusantes, divertissantes, bien construites, appuyées sur une documentation sérieuse (les détails sont exacts). Elles ouvrent déjà sur de graves sujets, qui annoncent les chefs-d’œuvre à venir. Seule réserve : Bazin n’a peut-être pas le génie des titres.
En tout cas, il écrit de vraies histoires – centrées sur des personnes – et non des œuvres à thèse. L’intervention de Gregory Bouak, qui le compare aux trois autres écrivains du groupe des Quatre B (Barrès, Bourget, Bordeaux [10]), est ici éclairante. Les quatre B ont été associés à cause de leur tendance « réactionnaire ». Mais, dans le détail, que de nuances ! Le plus proche de Bazin est peut-être Henri Bordeaux. Il partage avec lui un catholicisme paisible, « naturel », qui semble couler de source, alors que Paul Bourget, converti en 1901, restera toujours tendu et tourmenté sur ce chapitre, et que Maurice Barrès, malgré ses campagnes retentissantes pour la défense des églises, n’abandonnera jamais le paganisme vaguement philochrétien qui lui sert de religion.
Mêmes dissemblances quant au style. Barrès ne s’attache pas, comme Bazin, aux mille détails significatifs qui révèlent la vraie vie. Seul le mouvement général l’intéresse. Ses personnages, bien stéréotypés, sont ostensiblement au service d’une démonstration. Bourget lui aussi (qui dédia Le Démon de midi à Bazin) reste proche du roman à thèse. Bordeaux est plus chaleureux, plus humain, plus attentif aux décors, ainsi qu’au monde de l’enfance. Mais il ne ménage pas les clichés et laisse volontiers ses héros développer ses thèses favorites avec un didactisme très prononcé.
Bazin (qu’un manuel laïcard osait présenter comme « un sous-Bourget de province ») privilégie, au contraire, le réalisme psychologique – avec les nuances qu’on peut observer dans la vraie vie. Pas de personnage-repoussoir, aucun manichéisme, peu de discours didactiques (sauf dans les Oberlé). L’art de Bazin n’est pas polémique mais poétique. Au lieu de théoriser, il emploie le langage de la nature : les descriptions de paysages évoquent, avec une efficacité surprenante, les états d’âme des personnages. S’il s’agit d’une évolution surnaturelle, comment décrire très simplement l’action de la grâce dans une âme ? Bazin a un dernier recours, finement analysé par Anne-Simone Dufief (professeur de littérature à l’université d’Angers) : les formules de la sainte Écriture et de la liturgie habilement semées dans le récit.
Se retrouver soi-même !
Mais si Bazin renaît, c’est surtout qu’il redevient actuel. Madame Danièle Sallenave (qui occupe, à l’Académie française, le 30e fauteuil, qui fut le sien de 1903 à 1932) le montra avec pertinence.
Les grandes questions qui préoccupèrent Bazin, loin d’être dépassées, resurgissent avec une gravité décuplée : rapport à la terre, mondialisation uniformisante, laïcisme faisant le lit de l’islam, etc. Les années 1960-1970 ont imposé des « solutions » qui ont fait illusion un temps (et contribué à « ringardiser » Bazin) mais apparaissent aujourd’hui comme des impasses. Il faut rebrousser chemin. De plus en plus de gens le voient ou le pressentent.
Si Bazin renaît, c’est qu’au milieu des ruines, il ne revient pas comme l’idéologue revanchard proclamant triomphalement : Je vous l’avais bien dit, mais comme un inlassable porteur d’espérance.
A la fois réaliste et poète, indissociablement fort et doux, Bazin apporte à ses lecteurs la joie rare de se découvrir et de mieux se comprendre eux-mêmes. Les déracinés y retrouvent leur terre, les dépaysés leur patrie, les déchristianisés leur religion. Quel Français n’est pas concerné ?
Le Colloque international René Bazin aborda bien d’autres points. Une des conférencières (professeur de l’Université Catholique de l’Ouest) y fit malheureusement entendre une fausse note, péniblement appuyée. La publication des Actes est prévue d’ici la fin de l’année. — En attendant, le centenaire de la mort du père de Foucauld (assassiné le 1er décembre 1916) et celui de la fondation du bulletin Aux Davidées (décembre 1916) sont l’occasion de fournir, en annexe, deux éclatants exemples de l’actualité de René Bazin.
Annexe IPrière pour les musulmans
par René Bazin
René Bazin achève sa vie du père de Foucauld par une prière pour les musulmans, qui est aussi une prière pour la France [11]. La Fille aînée de l’Église a gravement péché en Afrique, refusant de transmettre les lumières et les richesses du christianisme [12]. René Bazin craint – comme Charles de Foucauld lui-même et beaucoup d’autres esprits clairvoyants [13] – que ce péché soit gravement puni. — A l’heure où la punition arrive sur la France, et en ce centenaire du Père de Foucauld (assassiné le 1er décembre 1916), cette prière est plus que jamais d’actualité.
Le Sel de la terre.
S |
Eigneur Jésus-Christ, mêlé à nous, mêlez-vous à cette foule de peuples et de tribus qui dépendent de nous. Seul remède à la mort, Dieu vivant, amenez à vous les âmes des musulmans, depuis si longtemps abandonnés à l’erreur. Et, pour cela, touchez d’abord quelques cœurs de notre France, par essence missionnaire, mère encore incertaine et trop peu tendre de millions de sujets africains ou asiatiques.
Votre serviteur Charles de Foucauld a montré la route : il a supporté leur orgueil, leur dureté, leur trahison parfois ; il vous a pour eux tant supplié ; il a été le moine sans monastère, le maître sans disciple, le pénitent que soutenait, dans la solitude, l’espoir d’un temps qu’il ne devait pas voir. Il est mort à la peine. A cause de lui, ayez pitié d’eux ! Faites part de vos richesses aux pauvres de l’Islam, et pardonnez leur trop longue avarice aux nations baptisées !
U
Annexe IIDavidée Birot et la morale laïque
Un roman plus vrai que nature
P |
EU DE ROMANS ONT SUSCITÉ à la fois autant de sympathie et de haine que celui publié par René Bazin en 1911 sous le titre Davidée Birot. Il n’a pourtant rien d’un brûlot polémique. Bazin n’est pas pamphlétaire. Son art, délicat et nuancé, dépasse par tous les côtés le sous-genre un peu primaire du roman à thèse. Ce n’est pas un principe abstrait qu’il veut peindre, mais la réalité : celle qu’il a lui-même perçue dans les gestes, lue sur les visages, devinée dans les cœurs. De façon très simple, sans avoir l’air d’y toucher, il décrit les âmes, avec tant de finesse et de précision que le portrait devient plus vrai que nature. Les lecteurs ont d’abord le plaisir de s’y reconnaître, mais ensuite, plus encore, la surprise de s’y découvrir. Ils ferment l’ouvrage en se comprenant mieux eux-mêmes.
Nombre de lectrices mais aussi de lecteurs en ont fait l’expérience, et se sont identifiés à Davidée Birot. Cette petite institutrice de campagne qui s’interroge sur le fondement de la « morale laïque » qu’elle doit enseigner aux élèves, et qui finit par se tourner vers Jésus-Christ, n’est pas la personnification romanesque d’une thèse apologétique : elle a réellement existé. Elle a même eu de nombreux visages, féminins et masculins, qu’on peut repérer dans l’histoire, avant même et juste après la publication du roman :
• dès sa première année d’enseignement, en 1904, l’instituteur socialiste Pierre Lamouroux a fait l’expérience de la fragilité de la « morale laïque » : c’est la première étape du parcours qui le mènera, dix ans plus tard, à la conversion.
• de même, en 1907, c’est le cours de « morale » qu’il doit donner à des élèves de 4e qui oriente Joseph Lotte vers la conversion (il se convertit vraiment en 1910, et fonde en 1911 – l’année de publication de Davidée Birot – le Bulletin des professeurs catholiques de l’université) [14].
• divers instituteurs ou institutrices laïques témoignent avoir suivi le même chemin, notamment Mlle Guillemin (institutrice à Louvigné), qui écrit à Lotte en 1912 :
J’ai déjà pu constater que le coup de grâce qui m’avait frappée a frappé d’autres de mes compagnes. Loin les unes des autres, sans relations entre nous, Dieu nous dirigeait vers le même but.
• enfin, il y a juste un siècle, en 1916, quelques institutrices des Basses Alpes fondent, sous le nom de Davidées, une petite association d’amitié spirituelle, qui s’étend dans les années 1920.
Avant de reprendre ces quatre exemples, rappelons les enseignements que l’héroïne de Bazin reçoit de sa directrice laïque :
La morale, c’est ce que je dis en classe d’après des programmes qui changent […], c’est ce que voudra l’inspecteur, ce que voudra le ministre. ça le regarde, ça ne me regarde pas !
Rappelons ses notes de cours de l’École Normale :
Est moral dans une société ce que cette société exige […] et elle exige ce que l’opinion sanctionne.
C’est presque dans les mêmes termes que le problème se pose à Pierre Lamouroux.
Pierre Lamouroux (1882-1915)
Pierre Lamouroux est né à peu près en même temps que l’école laïque : le 11 avril 1882, à Camy (petit village du Quercy). Il fait toutes ses études dans l’école d’État et devient instituteur auxiliaire à Paris, en 1904.
La lutte de la 3e République (maçonnique) contre l’Église est à son apogée. Pierre Lamouroux, engagé dans le syndicalisme révolutionnaire, est très zélé pour enseigner la morale laïque. Mais…
Sur quoi repose la morale laïque ?
Mais un petit épisode lui montre tout à coup la fragilité de cette « morale » :
J’avais surpris un gamin de la classe commettant une vilaine action.
Je prends ma voix la plus grave pour le réprimander :
— Mon ami, on ne fait pas ça.
Lui, me regarde de ses yeux gris, sans la moindre gêne.
— Et pourquoi, M’sieu ?
— Parce que c’est défendu.
— Et par qui ?
J’hésitai, abasourdi ; au fait, par qui ? Mais il ne fallait pas avoir le dessous. Je fronçai les sourcils :
— Par qui ?… Par moi !
Je me retournai, tandis que le gavroche murmurait à son voisin :
— Qu’est-ce que ça me fait ? C’pion !
Je songeai à partir de ce fait pour une leçon de catéchisme moral, laïque. Je possédais toutes les théories de nos manuels les plus récents : hygiène, respect de soi, solidarité. Par avance, je vis mes gaillards ouvrir des yeux immenses, puis éclater de rire. Jamais je n’avais senti aussi douloureusement la pauvreté, la sottise, la niaiserie de tout ce catéchisme auquel ses auteurs ne croyaient d’ailleurs pas plus que moi. Mais il fallait avoir l’air de faire quelque chose. Avouer tout de suite, comme certains hauts mandarins de l’enseignement primaire ou supérieur, que nous ne savions pas, que le bien et le mal étaient pour nous des mots vides de sens, qu’il existait, tout au plus, des actes utiles ou jugés tels par la majorité des consciences, et des actes nuisibles que la société réprouvait au nom de ses intérêts ; avouer cela devant nos gamins d’esprit très éveillé, autant eût valu les nourrir au trois-six. Puis, surtout, les parents n’auraient pas manqué de protester, de crier au scandale. A tout prix, il fallait sauver le mot fétiche : ceci est défendu. Oui, mais pourquoi et par qui ? N’y avait-il pas, dans la réplique de mon gamin, plus de philosophie que dans mainte docte dissertation de Léon Bourgeois, de Durkheim, de Lévy-Brühl, de Belot, d’Albert Bayet ? Pour conclure, je levai mon doigt d’un air menaçant.
— Si je te repince !
Et si je ne le pinçais plus ?
C’était donc là, réduite à ses proportions réelles, cette vocation d’éducateur dont je m’étais fait un si bel idéal. Faire naître la peur du gendarme ou du pensum, me transformer moi-même en gendarme ou en vulgaire « pion ». C’était moins beau qu’un métier de policier, car ce dernier, généralement, croit à la loi ; et je n’y croyais pas.
Service militaire (1905)
L’année de service militaire (1905) fait aussi réfléchir Lamouroux. Il était pacifiste, anarchiste, antimilitariste, et il souffre, à la caserne, de « ces interminables semaines d’abrutissement à ne rien faire ». Mais il a la chance de rencontrer un officier qui a le même idéal que lui : éduquer, éveiller, élever les âmes. Il va discuter avec lui. Il parle aussi avec un sergent, avec qui il s’est d’abord heurté. Il apprécie leur droiture et, peu à peu, perçoit la beauté de la discipline et de l’obéissance volontaire.
L’office de pédagogie pratique (1909)
Pierre Lamouroux reste militant socialiste, mais sans s’enfermer dans la logique sectaire de l’esprit de parti. Il veut surtout être un bon instituteur, faire du bien aux enfants. En 1909, avec des collègues instituteurs ou professeurs d’école normale, il fonde à Puteaux un office de pédagogie pratique, qui publie une revue : L’Avenir de l’enfant.
Lamouroux et ses amis (Albert Thierry, Lucien Marié, Camille Aussière, etc.) se sont jurés d’être de vrais éducateurs, et de « rendre une âme à l’école ». Très vite, ils se heurtent à la contradiction fondamentale de l’école laïque : la mensongère « neutralité ».
La neutralité impossible
En avril-mai 1910, l’Avenir de l’enfant (n° 7-8) réfléchit au problème de la morale à l’école. Il analyse les manuels de morale laïque alors en usage (Payot, Bayet, Froment). Constat inévitable : cette morale laïque n’a aucune solidité, puisqu’elle n’a aucun fondement. A moins qu’elle n’ait un fondement caché : la religion des Droits de l’homme, que Pierre Lamouroux commence à discerner. Mais on n’échappe pas à la contradiction, car, en ce cas, l’école prétendue « neutre » impose, sans le dire, une religion qui n’ose même pas se présenter à visage découvert.
De toute manière, la « neutralité » est un mensonge. C’est le thème de l’article de Pierre Lamouroux, intitulé : « L’impossible neutralité ».
Au mieux, montre-t-il, la « neutralité » laïque peut être un certain respect de la forme, qui interdit au maître d’afficher ses convictions, mais elle ne peut jamais l’empêcher de pousser les enfants dans telle ou telle direction par sa façon de présenter les choses, de sélectionner les faits historiques et les textes littéraires, de poser innocemment telle ou telle question (mais pas telle autre), et de suggérer ainsi, sans en avoir l’air, telle ou telle réponse. Même sans le vouloir, le professeur influencera nécessairement ses élèves. Encore plus s’il le veut, et s’il travaille tout exprès à saper les bases de la religion. Sans l’attaquer jamais en face – respectant les formes extérieures de la « neutralité » – il déchristianisera d’autant plus efficacement les enfants que ceux-ci croiront s’être déterminés librement et par eux-mêmes ! Pierre Lamouroux touche ici, sans s’en douter, au grand secret du monde moderne (et de la franc-maçonnerie) : remplacer l’autorité visible (clairement assumée, franchement exercée et responsable de ses décisions) par la manipulation occulte. Sans aller jusque là, il conclut :
Pourquoi poursuivre la réalisation d’une illusoire et menteuse neutralité, d’une neutralité qui, si elle était possible, serait la mort de tout enseignement moral (sinon de tout enseignement civique et historique) ?
Se tourner vers Dieu ?
La morale laïque n’a aucune base solide. La religion officielle (celle des « Droits de l’homme ») n’est qu’un mythe contradictoire. Où se tourner ? Dès 1905, un de ses camarades, Albert Bessières, devenu jésuite, conseille à Pierre Lamouroux de se tourner vers Dieu :
Je rappelai à Pierre qu’il y avait Dieu, la prière, par laquelle on converse avec Dieu.
– La prière suppose la foi, me répondit-il, et je ne l’ai pas.
J’insistai. Avait-il la certitude de la non-existence de Dieu ? Non. Il était donc raisonnable de tenter un appel de ce côté par une prière, même conditionnelle.
Il existe deux moyens de savoir s’il y a quelqu’un dans une maison. Se livrer à l’induction, partir des signes extérieurs, des mille caractéristiques par où une maison habitée se distingue d’une maison déserte. Puis, un procédé plus rapide et plus sûr, celui de l’action directe : appeler, frapper, insister pour obtenir une réponse. Et la réponse ne se fera pas attendre, quand il s’agit de Dieu, si l’âme qui appelle est parfaitement droite, si elle commence par pratiquer la vérité qui lui est connue.
Je tirais de là une seconde conclusion. Je disais à Pierre :
– La philosophie matérialiste et athée que tu as embrassée ne te donne pas la paix. C’est donc que tu n’es pas arrivé sur ce point à la certitude. Je demande à ta loyauté de ne pas l’enseigner à tes enfants comme certaine, de ne pas troubler leur foi, puisque, aussi bien, tu n’as rien de définitif à leur offrir en échange.
Il me fit cette promesse. Mais il ne devait se rendre que neuf ans plus tard à mes arguments sur la prière.
C’est seulement le 12 février 1914, en effet, après avoir cherché de tous les côtés, que Lamouroux, au terme d’une lente évolution (alimentée par la lecture de Pascal et de Bossuet) écrit à son ami :
Je sens bien qu’il faut faire quelque chose. Il faut prier, me dis-tu. Oui tu dois avoir raison : la discussion irrite, la spéculation lasse et la méditation elle-même est vide et inutile sans la prière. Je veux suivre ton conseil, je veux faire cet effort, je veux me promettre de faire une prière le matin et le soir.
Peu après, il va écouter à Notre-Dame de Paris une conférence du P. Janvier (dominicain). Il ressort « tout à fait emballé ».
Il se décide à aller suivre une retraite (exercices spirituels de saint Ignace), du Mardi saint (7 avril) au Samedi saint (11 avril) 1914. Il fait alors le pas décisif.
La conversion
Le jour de Pâques 1914, il écrit à son ami :
Comment te raconter ma conversion ? […]
En un mot comme en cent : j’ai prié, prié, de tout mon cœur, m’abandonnant tout entier à la miséricorde divine et Dieu m’a pris par la main et m’a conduit au pied du crucifix. Et là j’ai senti le Crucifié me tendre les bras et tout naturellement je m’y suis jeté avec toute mon âme. Et j’ai pleuré de joie en embrassant l’image du Sauveur et j’ai senti que je me fondais tout entier dans cet élan de tendresse inexprimable.
Et cela s’est passé le jour du Vendredi saint entre quatre et cinq heures. Alors la vie m’est apparue sous un jour tout nouveau. J’ai redoublé mes prières et mes actions de grâces. Dès lors, je n’ai plus eu de décision à prendre. J’ai senti que Quelqu’un l’avait prise pour moi, irrévocable.
Il expliquera plus tard comment, ayant échappé à la religion de l’égoïsme individuel – la religion des « Droits de l’Homme » – il avait été mené tout naturellement à l’Église catholique :
Ce qui existe, ce n’est pas l’individu, mais le groupe. La cellule, mère de toute société, ce n’est pas l’homme, mais la famille : le père, la mère, l’enfant. L’enfant ne peut vivre isolé du père, pas plus que l’ouvrier isolé du patron, pas plus que l’État isolé du chef de l’État, pas plus que l’humanité isolée de Dieu.
Cette vérité première acceptée, le monde s’éclaire, se comprend. Toute créature, pour être digne de commander, doit d’abord obéir.
Tous les groupements humains, pour ne pas se dissocier, doivent remonter à un premier exemplaire, à une première autorité, celle de Dieu, père et législateur des familles, des sociétés. Faute de cette reconnaissance, toute autorité sera arbitraire, donc précaire.
Pareillement, la société des âmes doit se relier à Dieu. L’homme ne peut pas plus prétendre arriver seul à la vérité qu’il ne peut prétendre arriver seul à la vie. Il doit exister une dispensation sociale de la vérité, comme il existe une dispensation et une protection sociale de la vie.
De même que l’homme ne peut aboutir à ses fins matérielles en dehors de la hiérarchie de la famille et de la société, l’âme humaine appelle impérieusement une société hiérarchique, par où le dépôt de la vérité lui soit livré, conservé. Se faire le disciple de cette société, ce n’est pas s’appauvrir, c’est élargir à l’infini le cercle étroit de la pensée individuelle, multiplier son avoir par le riche capital socialisé de l’Église des âmes, de la société des croyants.
Mobilisé en août 1914, Pierre Lamouroux fut tué au front, le 3 octobre 1915. Le volume qui retrace sa vie a été préfacé, en 1925, par René Bazin [15].
U
Joseph Lotte (1875-1914)
L’évolution de Joseph Lotte [16] est très semblable à celle de Pierre Lamouroux. En 1907, il a été chargé d’un cours de morale en quatrième, au lycée de Brest. Il racontera plus tard :
Ce qu’il faut bien se mettre dans l’esprit, c’est la vanité, l’inanité, l’inefficacité de tout enseignement moral vidé de religion. Il n’est de morale que religieuse. J’en ai fait l’expérience. J’ai, en effet, enseigné la morale en 4e B, à Brest. Je n’étais pas catholique, alors, j’étais même persuadé que je ne croyais pas en Dieu. Combien me trouvai-je subitement désemparé ! En latin, en français, je voyais bien ma compétence, je pouvais dogmatiser à l’aise. Mais en morale, devant des enfants, quand soi-même on se sait pécheur ? Oh ! l’âpre sentiment d’indignité !
Quant au mode d’enseignement lui-même, on ne peut imaginer une plus sinistre farce : il fallait dicter des résumés, les commenter, faire des interrogations. […] Ce malheureux résumé fait de phrases pillées dans deux ou trois manuels apparaissait alors à son auteur dans toute sa platitude, dans toute son insipidité, littéralement écœurant. C’était faussement vrai, bêtement intelligent, –triste. Heureusement que les enfants n’écoutent guère et oublient vite ; sinon ils eussent pris en dégoût non seulement ce bavardage, mais encore ce qui en faisait la matière. Rien ne vaut un cours de morale pour dégoûter les enfants du bien.
ça ne pouvait durer, ça ne dura pas. L’année suivante, je changeai tout : plus de cahiers, plus de résumés, plus de leçons. Ni mauvaises notes, ni punitions. Un entretien grave et pieux sur une question du programme. Nous causions, et de quel cœur… Ah ! je vous assure qu’on ne s’ennuya plus, mais quelle imprudence que la mienne ! Je m’étais livré, je ne m’appartenais plus, mes quarante petits Bretons étaient maîtres de moi, j’avais compté les guider, c’était eux qui m’entraînaient.
Neutralité, neutralité, qu’étais-tu devenue ? De pourquoi en parce que, dès les premières leçons, il nous fallut distinguer l’âme du corps ; dès le second mois, il nous fallut poser Dieu. Un jour, le nom de Dieu, en fin de phrase, me sortit spontanément de la bouche. J’en reçus comme un choc en retour…
Si une brusque mutation ne m’avait arraché à cet enseignement, je redevenais chrétien un an plus tôt. Car Dieu posé, Dieu reconnu, j’étais pris par la terrible logique de la chute et de la rédemption […]. Et c’est ainsi qu’un enseignement résolument sincère de la morale ramenait maître et élève directement à la religion.
A une directrice d’école normale qui reprochait véhémentement à Lotte son dédain pour « les grands moralistes qui honorent l’Université », Lotte répondait :
Quand on les replace dans la réalité française, c’est une bien odieuse figure que font ces grands moralistes.
Voilà un peuple façonné par dix-huit siècles de christianisme ; il a la plus belle parure de mœurs privées qu’on ait jamais vue sous le ciel ; et, au lieu d’entretenir l’arbre qui porte de tels fruits, sinistres bûcherons, on les voit qui s’acharnent à en couper les racines. Sans doute, ils affirment solennellement les vieux préceptes, mais en même temps ils renversent tout ce qui les soutient, tout ce qui les cale, c’est-à-dire la foi dans le cœur, l’Église dans la cité.
Alors, sentant la caducité de leurs constructions, ils cherchent partout de quoi les étayer. On les voit se précipiter sur les hypothèses scientifiques les plus hasardeuses, pourvu qu’elles semblent leur offrir une apparence d’appui […].
Ce qu’il faut dire, ce qu’il ne faut pas cesser de redire, c’est que s’il y a une morale chrétienne, c’est apparemment qu’il y a eu, d’abord Jésus-Christ.
Jésus ôté, tout s’écroule, parce que lui seul peut nous donner la grâce de nourrir, vivantes dans nos cœurs d’un jour, ses paroles éternelles.
Tel ou tel me disent : « A quoi bon s’occuper de toutes ces choses ? Je vis simplement ; c’est si facile d’être honnête… inutile d’être chrétien pour cela. »
Ces braves gens ne se rendent pas compte, d’abord, qu’ils vivent du capital amassé par soixante ou quatre-vingts générations chrétiennes, qu’ils sont maintenus dans leur honnêteté par la solide armature de mœurs, de coutumes, de préjugés, qu’a forgée le christianisme ; ils ne se rendent pas compte qu’ils ont une femme, une sœur, une fille qui prient pour eux, et que le bon Dieu maintient parfois toute une famille par la grâce d’un seul ; ils ne se rendent pas compte enfin qu’ils ont fait la plupart du temps une bonne première communion, que leurs patrons veillent sur eux, que leur ange gardien les assiste, que la sainte Vierge les garde.
Mais quand ils auront dissipé ces réserves et lassé ces intercesseurs, s’imaginent-ils qu’ils tiendront le coup aussi aisément ? Et si eux sont garantis jusqu’au bout, en sera-t-il de même de leurs fils et de leurs filles ? Assez de désastres devraient pourtant les avertir [17]…
U
Mademoiselle Guillemin (1912)
Le courrier que reçoit Joseph Lotte témoigne d’une évolution analogue chez un certain nombre d’enseignants. L’une d’entre elles, Mlle Guillemin [18] était auparavant, « la personnification de la mentalité moderne et laïque ». Mais elle a été touchée par la grâce.
Louvigné, 12 octobre 1912
Monsieur,
Voudriez-vous m’envoyer un numéro de votre bulletin des professeurs catholiques de l’Université ? Je désirerais m’y abonner et travailler à sa propagation dans l’enseignement primaire laïque. Il me semble être l’expression d’une sorte de revirement des âmes vers Dieu, d’une renaissance catholique qui paraîtrait s’affirmer au sein même du laïcisme en même temps qu’il me paraît propre à exercer une action sur des esprits modernes. Dieu dirige-t-il vers Lui le besoin du bien et d’idéal qui anime beaucoup d’âmes modernes incroyantes ? Les éclaire-t-il sur le sens des erreurs qu’elles vivent, leur révèle-t-il le sens de l’humilité si opposé à l’esprit qui les domine, leur fait-il voir d’une seule vue inoubliable la vérité ? En somme, Dieu répand-il en ce moment-ci une sève plus abondante sur la pauvre âme moderne ? Suit-il ceux-là qui se trompent d’une protection spéciale, les éclairant par l’opposition même de la vérité qu’il leur dévoile avec l’erreur qu’ils vivent ? Jette-t-il un regard particulier sur les malades pour en faire des apôtres ?
Ce que j’exprime ici à l’état de doute est ma certitude intime, car je sais une de ces âmes que Dieu a touchées, et ranimées de sa vie et qu’Il pousse à agir.
J’ai été la personnification de la mentalité moderne et laïque dans ses caractéristiques et ses mœurs ; j’ai été une libre-penseuse, une institutrice laïque – dans le sens pratique du mot – ardente et convaincue ; j’ai personnifié l’orgueil du moi, l’indépendance et le développement à outrance de la personnalité, j’ai partagé les préjugés laïques, les opinions révolutionnaires, la révolte contre toute autorité […], quand Dieu m’a subitement éclairée, satisfaite, équilibrée, détendue et animée de son esprit. Sous l’action intérieure de Dieu, j’ai été amenée progressivement à la foi, que j’ai obtenue par des actes de soumission et d’humilité plus que par la recherche personnelle d’esprit. Et aujourd’hui, dans l’élan de reconnaissance de mon âme vers Dieu, je n’ai plus d’autre souci et d’autre bonheur que celui d’éclairer les âmes semblables à moi qui se perdent.
Nous sommes plusieurs qui pensons ainsi, j’ai déjà pu constater que le coup de grâce qui m’avait frappée a frappé d’autres de mes compagnes. Loin les unes des autres, sans relations entre nous, Dieu nous dirigeait vers le même but. Et aujourd’hui nos âmes travaillent d’un même amour, au souffle de la vérité […]. Par hasard, nous avons connu votre bulletin, qui répondait à notre désir d’action et nous avons pensé faire dans l’enseignement primaire ce que vous avez pris l’initiative de faire dans l’enseignement secondaire. […].
Mlle Guillemin décrit de façon pénétrante le conditionnement anti-chrétien imposé (sous le nom de liberté de pensée !) aux jeunes étudiants de l’école normale :
On élève ces jeunes esprits dans la conviction instinctive que croire et raisonner sont incompatibles, l’on fait de l’incroyance la condition même de leur sincérité d’esprit et de leur valeur personnelle, et l’on fait de leur propre jugement et raisonnement leur seule force et direction.
Et ces jeunes mentalités, que l’on qualifie de libres et conscientes, sont en réalité des produits d’une mentalité ambiante, hostiles par principe à toute mentalité religieuse, incompréhensives semble-t-il sur ce point, dogmatiques et intolérantes en incrédulité.
Elles jugent et critiquent plutôt qu’elles ne pensent, et avant d’avoir même la matière sur laquelle juger. Elles jugent sous la seule lumière et autorité de leur propre jugement toujours entraîné chez elles par la tendance générale qu’elles ont de contredire et de nier. Contredire, nier, ne rien croire leur semble synonyme de supériorité. Les instituteurs en effet sont restés hommes de conviction, mais de conviction retournée ; ils me semblent incrédules plus par sentiment que par conviction et conscience personnelle de l’être. Chez eux la méthode est tout, et la connaissance insuffisante. C’est cette ignorance religieuse qui est le grand mal.
On voit ce qu’elle attend du Bulletin de Lotte :
Ah ! si de jeunes esprits laïcs sortant de l’école normale pouvaient constater une vie consciente et raisonnée à côté de la leur, et surtout l’accord de la liberté et ouverture d’esprit, de l’esprit critique avec l’esprit de foi, l’accord de la méthode raisonnée avec la croyance, le principal préjugé de leur incrédulité tomberait.
Mais la lecture du Bulletin de Lotte suppose déjà un certain courage : plusieurs abonnés demandent à le recevoir sous enveloppe discrète, afin que ni leurs supérieurs, ni leurs collègues, ni leurs voisins, ni le facteur ne puissent s’en rendre compte ! Pour la même raison, d’autres se le font expédier chez leurs parents, tant ils craignent les brimades de leur hiérarchie laïque. Détails révélateurs du terrorisme intellectuel que la franc-maçonnerie impose à la Troisième République.
U
Fondation des Davidées (1916)
Entre Pierre Lamouroux, Joseph Lotte, Mlle Guillemin et l’héroïne de René Bazin, la parenté d’esprit est évidente. Leurs trois exemples suffiraient à prouver que la petite Davidée peinte par le romancier n’est pas le pur fruit de son imagination, ni le masque arbitraire d’une thèse d’apologétique.
Mais il y a mieux encore, et plus troublant : le mouvement des Davidées, fondé en 1916 par quelques institutrices du département qu’on appelait alors les Basses-Alpes (aujourd’hui les Alpes de Haute Provence : 04). Dans leurs villages de montagne, à 1 600 et 1 800 mètres d’altitude, elles ont connu une évolution analogue à celle de Davidée Birot en Anjou, mais se reconnaissent davantage dans sa personnalité que dans sa démarche intellectuelle. Elles n’ont pas été frappées d’emblée, comme l’héroïne de Bazin (ou comme Lamouroux), par la caducité d’une morale sans Dieu. Il leur faudra même du temps et de la réflexion pour en arriver là. Mais elles ressentent un vide qu’elles ne s’expliquent pas, et une attirance vers ce roman qui les nourrit.
On raconte parfois, en simplifiant à l’excès les choses, qu’ayant « perdu la foi » elles la retrouvèrent en lisant Davidée Birot de René Bazin. Mais que veut dire une aussi massive expression : perdre la foi ? Cette formule sommaire recouvre des itinéraires spirituels complexes [19].
En réalité, à l’École normale, elles n’ont pas toutes perdu la foi (c’est-à-dire commis, contre cette vertu théologale, le péché grave, conscient et volontaire qui la tue dans l’âme). Elles en ont au moins perdu la pratique et la certitude. Enthousiasmées par leur nouveau métier, elles s’y donnent généreusement. Mais elles sont rapidement rattrapées par les difficultés et les désillusions :
Se replient-elles sur les principes qu’elles ont emporté de l’École Normale ? Elles s’étonnent de ne pouvoir en nourrir leur vie. Se recueillent-elles sur leur jeunesse ? Elles entendent encore le chant lointain de la foi, mais elles ont laissé la distance se creuser entre leur formation scientifique et leur formation religieuse, et l’intelligence est là, maintenant, avec ses exigences qu’on ne dupe pas.
C’est alors que Davidée Birot fut prêté à l’une d’entre elles. Sur ce point encore, on ne diminuera pas la légende en la ramenant à la vraisemblance et à la vérité. Un livre, bien qu’il puisse être l’instrument violent d’une irruption de la grâce, ne convertit pas une âme non préparée. Ce que trouvèrent ces lectrices, dans l’ouvrage de Bazin, ce fut au premier contact un peu de leur histoire, de leurs besoins, de leur problème. Ce fut surtout l’exemple d’une conscience délicate et d’une âme dévouée soutenue par le même amour du métier et le même désir de loyauté : « Une femme inconnue mais capable de bien ». Elles n’y apportèrent pas une exaltation fiévreuse, mais un étonnement qui était déjà une réflexion. Elles passèrent de longues heures, confessent-elles, à lire et relire l’ouvrage avant d’être non pas même convaincues, mais simplement portées à admettre la précarité, malgré ses noblesses, d’une morale purement humaine. […]
Bientôt, l’idée leur vint de réunir leurs efforts en échangeant entre elles des lettres circulantes sous le signe de leur récente lecture : Aux Davidées […]. Simple liaison entre quelques amies qui ne songeaient nullement à une diffusion plus large, pas même au jour prochain où le jeu des nominations administratives, en les dispersant, allait répandre du même coup la semence. Peu à peu, de proche en proche, d’autres amies s’agrégeaient au noyau. Une retraite souda leur union, et en décembre 1916, après des hésitations, la petite feuille mensuelle, jusque là manuscrite, devint un bulletin de cinq pages imprimées.
En 1927, les Davidées ont plus de 3 000 adhérentes (le premier bulletin Aux Davidées, en décembre 1916, ne s’adressait qu’à douze abonnées). Ce succès inquiète la très maçonnique Ligue de l’Enseignement qui publie, en juin 1930, un rapport alarmiste, largement reproduit par la presse de gauche. La revue La Vie spirituelle constate alors que
le nom de Davidée est devenu, à l’usage, un terme de combat et, comme tel, un vague synonyme de tout membre catholique de l’enseignement public. Quelquefois même, par une dernière torture, on en fait un nom masculin, et par une dernière imprécision on l’amène à désigner tout universitaire simplement « spiritualiste » [20].
Dans son maître-ouvrage Jules l’apostat, François Brigneau raconte comment les instituteurs laïcs que fréquentait son père avaient transformé en insulte le terme même de Davidée. Le passage, un peu long, mérite d’être intégralement cité, tant il aide à comprendre le climat de l’époque. Il prouve, en définitive, la réussite du roman de Bazin :
Mon père allait sur sa fin. Nous parlions.
— Oui, nous étions peut-être excessifs, dit-il. Mais il faut comprendre. Notre intolérance ne faisait que répondre à une intolérance dix fois plus grande. Tu n’as pas connu cette époque. Ou tu étais trop jeune pour t’en souvenir. La tyrannie de I’Église était totale. Implacable. On se soumettait ou on était exclu.
Je lui représentai que cette intolérance de l’Église était logique. Elle croit au Bien et au Mal ; à la vérité et à l’erreur ; au Salut et à la Damnation. Normal qu’elle soit intransigeante. C’est en ne l’étant pas qu’elle ne serait plus l’Église.
Je poursuivis :
—En revanche votre intolérance vous détruit puisque vous prétendez être le parti de la tolérance. Vous trichez quand vous défendez la neutralité scolaire. L’école laïque n’est pas neutre. C’est une école engagée. Vous êtes tout le contraire d’hommes neutres. Vous êtes des partisans, des sectaires, les bigots de la Libre Pensée.
Il ne l’admettait pas. Non qu’il fût de mauvaise foi, ni sot. Il n’entendait pas. L’empreinte était plus forte que tous les discours. Ils n’arrivaient même pas à le toucher. Les sectaires, c’étaient les autres, les curés, les calotins. Je pouvais m’obstiner, il n’en démordait pas. C’est en disant « le cléricalisme voilà l’ennemi » qu’il prouvait qu’il n’était pas sectaire !
Et le plus drôle, le plus tristement drôle, c’est qu’il l’était peu, sectaire, au regard de certains de ses amis, Rollo (du Morbihan) ou Drapier (de Brest) par exemple. Ce sont des noms qui me reviennent. Ils ne diront rien aux lecteurs. Ils étaient célèbres, à l’époque, dans le milieu enseignant. Je vois encore Rollo, son crâne luisant, son nez méchant, ses yeux comme des vrilles. Il tonnait contre les Davidées. On appelait ainsi les institutrices laïques qui se permettaient d’aller à la messe. La Ligue (maçonnique) de l’Enseignement orchestrait une grande campagne pour que cesse ce scandale. C’était intolérable. Il fallait révoquer ces sorcières, les chasser de l’enseignement afin qu’elles ne contaminent pas les petits républicains et les petites républicaines.
Seul un engagement d’honneur de ne plus continuer leurs pratiques coupables permettrait de surseoir à leur expulsion, disaient les moins frénétiques. Auxquels les enragés répondaient : – « Sur l’honneur ? Quel honneur ? Ces gens savent-ils ce qu’est l’honneur ? Ils vous promettront tout ce que vous voudrez et continueront comme devant. Vous serez grosjean. Non, non. Du balai. Traquons l’infâme. Chassons les Davidées. Et qu’on ne cherche pas à nous attendrir sur l’état misérable où les jetterait une révocation. Elles n’auront qu’à vivre de charité. » Les petits journaux laïques ouvraient leurs pages aux dénonciations. On avait vu Mme X sortir de la cathédrale de Quimper, qu’elle préférait à l’église de son bourg, croyant échapper à l’inquisition. Et Mme Y c’était pis encore. Elle avait été à Lourdes, pendant ses vacances. Quelle honte ! Une institutrice laïque ! […] [21]
[1] — Henri Darmont, « René Bazin, instrument de la grâce » dans Le Sel de la terre 46, p. 116-160.
[2] — Conclusion prononcée par George Cesbron, professeur émérite à l’Université d’Angers et à l’Université catholique de l’Ouest.
[3] — Danièle Sallenave, souligna prudemment qu’elle ne partageait pas les convictions de René Bazin. Elle venait rendre hommage, avec sympathie, au talent de l’écrivain dont elle occupe aujourd’hui le fauteuil académique, mais elle n’entendait pas cautionner ses idées.
[4] — C’est ainsi que le bulletin L’École laïque résumait le roman, sous la plume de S. S. (cité par Jean-Luc Marais, dans sa conférence : « Davidée Birot, une postérité imprévue »).
[5] — Signalons tout spécialement : La Terre qui meurt (éditions Siloë, 1999 et 2012 ; Marivole, 2015) ; Les Oberlé (éditions Siloë, 2002 ; Marivole, 2012) ; Gigolph l’abandonné (Éditions La Découvrance, 2008 ; Clovis, 2014) ; Magnificat (Via Romana, 2012) ; Douce France (en deux tomes : éditions sainte Philomène, 2013) ; Le Blé qui lève (Marivole, 2013) ; Le Roi des archers (Marivole, 2013) ; La Barrière (Arthur, 2015) ; Davidée Birot (Édilys, 2016), etc.
[6] — Plusieurs romans de Bazin sont disponibles sur le site www.ebooksgratuits.com ; pour d’autres références, voir le site de l’Association des amis de René Bazin : www.renebazin.org (très bien documenté).
[7] — On peut ainsi écouter, sur le site www.litteratureaudio.com : La Terre qui meurt, Baltus le Lorrain, les Contes de Bonne Perrette, Le Blé qui lève, Les Noëllet, Stéphanette, etc.
[8] — René Bazin, Terre d’Espagne, 1894 : vingt éditions successives.
[9] — « Naturalisme » étant évidemment pris ici dans son sens artistique (volonté de reproduire la réalité de la façon la plus naturelle possible, sans idéaliser ni styliser) – et non dans son sens philosophique (refus de l’ordre surnaturel).
[10] — On a même parfois parlé des Cinq B, en y associant le romancier Louis Bertrand (auteur, notamment, de Mademoiselle de Jessincourt et de Sanguis martyrum). Mais ce n’est qu’un ajout postérieur. L’appellation Quatre B fut, à l’origine, un pastiche de la publicité de l’éditeur Grasset, qui mettait en avant quatre auteurs qu’il appelait les Quatre M. On y opposa le groupe des Quatre B : Barrès, Bourget, Bordeaux, Bazin.
[11] — Charles de Foucauld, explorateur au Maroc, ermite au Sahara, Paris, Plon, 1921, p. 472
[12] — Voir notamment Le Sel de la terre 94, p. 57-62 et 116-121.
[13] — Voir entre autres le Général de Sonis (1864), le P. Burnichon (1891) et le chanoine Coubé (1927) cités avec le P. de Foucauld (1912) dans la Lettre des dominicains d’Avrillé 76 (décembre 2015), p. 5-7.
[14] — Sur la conversion de Joseph Lotte (1875-1914), voir Le Sel de la terre 96, p. 143-146.
[15] — Albert Bessières, Ames nouvelles, Paris, J. de Gigord, 1925.
[16] — Sur Joseph Lotte (1875-1914), outre le récit déjà publié dans Le Sel de la terre 96, p. 143-146 et l’ouvrage de l’abbé Maugendre (La Renaissance catholique au début du XXe siècle, t. II, entièrement consacré à Lotte), on peut lire les pittoresques souvenirs de Théodore Quoniam dans la revue Ecclesia (n° 191, p. 39-45) et ses trois articles sur les lettres à Joseph Lotte, dans les numéros 102, 103 et 104 de la revue Itinéraires.
[17] — Joseph Lotte, dans son Bulletin des professeurs catholiques de l’Université, cité par la Revue pratique d’apologétique, t. 16 (1913), p. 123-124.
[18] — Cette lettre, conservée dans les archives de Joseph Lotte, a été publiée par Théodore Quoniam, dans son article « Lettres à Joseph Lotte », dans Itinéraires 102, p. 147-149. — Elle était signée : « Mlle Guillemin, Institutrice, école de filles de Louvigné (par Argentré) ».
[19] — François Chauvières « Une amitié spirituelle : les Davidées », dans La Vie spirituelle, t. 27, n 139, avril 1931, p. 67. — Les citations suivantes sont tirées du même article.
[20] — François Chauvières « Une amitié spirituelle : les Davidées », dans La Vie spirituelle, t. 27, n 139, avril 1931, p. 66-67.
[21] — François Brigneau, Jules l’imposteur, Poitiers, DMM, 2012 (3e édition), ch. 21 (« Les intolérants de la tolérance »), p. 161-162.

