Ils étaient « Témoins de Jéhovah »
Quatre témoignages
Charles Taze Russell, fondateur des Témoins de Jéhovah (ou, plus exactement, de la Watchtower Society, qui contrôle le mouvement), est mort il y a cent ans, en 1916. Ce centenaire est passé largement inaperçu, même à l’intérieur de la secte – qui a de bonnes raisons de ne pas trop insister sur son passé.
C. T. Russell (1852-1916), protestant américain d’origine presbytérienne, avait rejoint le courant adventiste, qui prétend lire dans la Bible la date précise de la fin du monde [1]. Ayant refait les calculs, il annonça le retour du Christ pour 1874, puis 1914. Il créa en 1879 un périodique, Zion’s Watch Tower and Herald of Christ’s Presence (ou la Tour de Garde). En 1881, il fonda avec des amis une association qui fut légalement enregistrée en Pennsylvanie, en 1884, sous le nom de Watch Tower Bible and Tract Society.
A la mort de Russel, cette structure – toujours en place de nos jours –, est reprise en main par J. F. Rutherford (1869-1942). Il explique que la fin du monde a spirituellement commencé en 1914 et que la génération née en 1914 verra le retour du Christ (affirmation très largement répandue en 1925, dans une brochure intitulée : Des Millions actuellement vivant ne mourront jamais). Il réinterprète la pensée de son prédécesseur, remplace ses écrits par les siens, et exclut les réfractaires (qui lui reprochent d’avoir modifié l’enseignement du fondateur sur plus de cent points doctrinaux). Après la scission (1831), il impose au groupement le nouveau nom de Témoins de Jéhovah.
Son successeur N. H. Knorr (1905-1977) déclare que la transfusion sanguine (jusque là autorisée) est interdite par la Bible, et annonce Harmageddon (fin du monde actuel) pour 1975. L’échec de cette prophétie provoque une crise interne. Les pouvoir du Président sont limités, au profit d’un « Collège central » d’une quinzaine de membres.
Aujourd’hui, les Témoins de Jéhovah continuent d’annoncer une fin imminente, mais évitent de donner une date trop précise. Comme la plupart des protestants, ils refusent la messe, le sacerdoce, la transsubstantiation, la grâce sanctifiante, le culte de la Vierge Marie et des saints. Mais ils vont beaucoup plus loin. Ils s’acharnent à nier le mystère de la Sainte Trinité (qui viendrait, selon eux, non de l’évangile, mais d’une contamination du christianisme par le polythéisme). Ils refusent donc la divinité du Christ (qui serait l’incarnation de l’archange saint Michel). Ils nient l’enfer et l’immortalité de l’âme (seuls les bons ressusciteront, les méchants étant anéantis à jamais). Ils croient à deux paradis : l’un céleste, réservé à exactement 144 000 élus, l’autre terrestre (et fréquemment représenté sur leurs dépliants publicitaires) pour les autres bons. Enfin, ils persistent à affirmer qu’une étape décisive de l’histoire religieuse de l’humanité, de même importance que la venue du Christ, eut lieu en 1914 : le début du règne (encore invisible) de Jéhovah. En 1981, alors que F. W. Franz (1893-1992) présidait la Watchtower Society, son propre neveu, Raymond Franz, fut exclu du « Collège central » pour avoir mis en doute la réalité de cet événement fondateur de 1914.
Plutôt qu’une étude détaillée de ce mouvement, voici quatre témoignages, plus ou moins récents, d’anciens jéhovistes : Tiago Gadotti (converti en 2012), Günther Pape (1963), Jean-François Blanchet (1979) et Ken Guindon (1986). Les deux premiers étaient nés dans la secte. Les deux autres y avaient adhéré à la fin de leur adolescence.
Le Sel de la terre.
– I –En lisant saint Augustin (2012)
Présentation
JE suis né au Brésil en 1992. Cinq ans avant ma naissance, mes parents avaient adhéré à la secte des témoins de Jéhovah.
Dans ce groupe, comme chez la plupart des protestants, on reçoit le baptême à l’âge adulte. Je l’ai reçu à 14 ans.
Jusqu’à 18 ans, je croyais à toutes les doctrines des témoins de Jéhovah et j’avais une confiance totale dans les hommes qui dirigent l’organisation. Les choses ont commencé à changer quand j’ai fréquenté l’université et me suis intéressé à un cours de philosophie donné sur internet par un philosophe brésilien catholique. Ses écrits et son cours m’ont frappé, car c’était la première fois que je voyais une personne cherchant la vérité de manière passionnée et profondément personnelle. Je dus faire cette étude en cachette, parce qu’il est interdit aux témoins de Jéhovah d’étudier la philosophie.
Je remarquai – et ce n’est pas une coïncidence – que sa philosophie de la conscience utilisait beaucoup les Confessions de saint Augustin. Poussé par les suggestions de ce philosophe, j’ai donc lu les Confessions de saint Augustin, et cette lecture a tout changé.
Triple constat
1. — D’abord, j’ai constaté que saint Augustin cite continuellement la Bible, de façon toute naturelle et spontanée. Contrairement à ce que s’imaginent les témoins de Jéhovah, les Pères de l’Église sont imprégnés de l’esprit de l’Écriture sainte.
2. — Ensuite, saint Augustin raconte son expérience des sectes hérétiques de son temps, notamment, les Manichéens. Or elles présentent certaines ressemblances avec les témoins de Jéhovah : même façon de récupérer la Bible et de déformer la personne du Christ.
3. — Enfin, et c’est peut-être le principal, ce livre de saint Augustin, écrit il y a plus de 1600 ans, garde toute sa valeur aujourd’hui. Les ouvrages des témoins de Jéhovah deviennent très rapidement caducs à cause du changement constant de doctrine. Ils ne lisent plus, aujourd’hui, les livres publiés par le fondateur de la secte, C. T. Russell, ni même quelques livres publiés avant l’an 2000. Un témoin de Jéhovah qui lirait aujourd’hui les livres publiés par sa propre secte dans les années 1970, par exemple, les trouverait étranges. Ceux de Russell lui sembleraient appartenir à une religion différente. Or les écrits de saint Augustin gardent toute leur actualité, et les catholiques d’aujourd’hui s’y retrouvent facilement.
Enquête historique et doctrinale
Mon désir de connaître l’Église augmenta. Je commençai une recherche sur deux plans différents :
1. — Au plan doctrinal : j’ai lu les Pères Apostoliques, c’est-à-dire les auteurs chrétiens qui ont été, dans leur jeunesse, contemporains des Apôtres. J’ai constaté qu’ils sont à la fois fidèles aux Apôtres et conformes à la doctrine catholique que nous connaissons aujourd’hui. La Didaché, par exemple, parle déjà de la messe du dimanche, du rite du baptême, etc. Les épîtres de saint Ignace affirment clairement la divinité du Christ.
2. — Au plan historique : j’ai surtout regardé la vie des saints ; d’abord, la vie de Padre Pio, avec tous ses miracles, guérisons, lévitation, discernement des esprits, bilocation, don des langues... Padre Pio a le grand avantage d’être très proche de nous dans le temps. Ses miracles sont attestés par des centaines de témoins : on ne peut raisonnablement pas les mettre en doute. Or ces miracles sont similaires à ceux des prophètes de l’ancien Testament, de Jésus-Christ et de ses apôtres. Par sa vie et par ses miracles, Padre Pio ressemble à un prophète. Il y a là une très nette continuité avec la Bible. On ne trouve absolument rien de semblable chez les témoins de Jéhovah. J’ai lu ensuite la biographie de saint François d’Assise. Elle fait, pour ainsi dire, le lien entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et Padre Pio, dans la mesure où saint François a imité de très près la vie de Jésus, et Padre Pio celle de saint François.
Un jour est ainsi arrivé où j’ai compris que j’étais déjà catholique. J’ai récité mon premier Ave Maria. Je suis néanmoins resté dans la secte pendant plusieurs mois, avant de sortir définitivement. Pourquoi ? A cause des sanctions très strictes contre ceux qui quittent le mouvement. Ils sont littéralement excommuniés. Du jour au lendemain, vous vous retrouvez sans amis, voire sans parents (car ils ont l’interdiction de vous adresser la parole). J’ai reçu le vrai baptême – catholique – en 2012, au Monastère de la Sainte-Croix.
Comment faire réfléchir un témoin de Jéhovah ?
Il n’y a évidemment pas de recette miraculeuse pour convertir un témoin de Jéhovah. La conversion vient de Dieu, c’est une grâce, et elle s’obtient par la prière. Mais voici quelques indications qui peuvent être utiles si vous avez l’occasion d’en rencontrer.
1. — D’abord et avant tout : mettre dans la tête du témoin de Jéhovah un doute sur un point doctrinal quelconque de la secte.
Il faut bien comprendre que les témoins de Jéhovah ont une confiance totale et absolue dans leur groupe (qu’entre eux ils nomment couramment : la Société), et surtout dans son autorité doctrinale : le Collège Central. On ne s’en rend pas bien compte de l’extérieur, parce qu’ils parlent toujours de la Bible, la Bible, la Bible, comme si c’était vraiment pour eux la seule autorité. Dans leurs dépliants publicitaires et dans leur propagande porte à porte, les témoins de Jéhovah n’invoquent jamais l’autorité du Collège Central, ils ne parlent que de la Bible. C’est le discours pour l’extérieur. — Mais à l’intérieur du groupe, c’est très différent. Le Collège Central décide de tout, sans qu’on ait le droit de discuter ses décisions (même au nom de la Bible) ! Il y a en fait un double langage – le langage pour l’extérieur et le langage pour l’intérieur – et la plupart des témoins de Jéhovah y sont tellement habitués que cette duplicité leur paraît normale. Ce n’est pas de l’hypocrisie : c’est une sorte d’aveuglement produit par une forte pression psychologique et sociologique. Pour la briser, il faut faire douter de l’autorité que s’attribue leur Collège Central. Si on réussit à mettre en doute ne serait-ce qu’un point de la doctrine affirmée par ce Collège, on a déjà fait la moitié du travail.
2. — Pour cela, amener la discussion sur un sujet simple et pratique.
Un point assez aisé est, par exemple, la transfusion sanguine, que les témoins de Jéhovah interdisent. C’est un sujet facile, dont on peut rapidement faire le tour, car peu de versets de la Bible en parlent (seulement trois passages : Gn 9, 4 ; Lv 17 ; Ac 15, 28-29 ; nous les citerons plus loin).
Évidemment, la très Sainte Trinité ou la divinité du Christ sont des vérités plus importantes, mais aussi plus subtiles. Ce sont des mystères surnaturels, qui nous dépassent. De plus, on peut citer à leur sujet de nombreux passages de la sainte Écriture (bien ou mal compris). Ces questions demandent donc une bonne connaissance de l’Écriture sainte, soutenue par une solide méthode de discussion ; car un débatteur habile peut facilement fuir vos arguments en faisant sans cesse dévier la discussion d’un texte de l’Écriture à l’autre. On ne doit en discuter que si on est bien préparé.
Plus faciles sont les questions pratiques sur l’organisation des témoins de Jéhovah : l’autorité pour interpréter l’Écriture, les fausses prophéties, les changements doctrinaux constants, etc. (Cela demande tout de même une certaine connaissance de leur histoire.)
3. — Dans un premier temps, se contenter de réfuter une doctrine des témoins de Jéhovah, plutôt que d’essayer de prouver une doctrine catholique.
D’abord, cela évite de se laisser enfermer dans une position défensive (psychologiquement, c’est important). Surtout, votre interlocuteur est rempli de préjugés contre la foi catholique et quasi-incapable de l’ouverture d’esprit nécessaire pour entendre vos arguments. Il faut d’abord détruire cette cuirasse, qui est sa confiance absolue dans l’enseignement de sa secte.
4. — Être charitable, mais en même temps faire montre d’une grande assurance et d’une bonne connaissance doctrinale.
Si vous fermez violemment la porte à un témoin de Jéhovah, il se sentira persécuté. Cela renforcera sa conviction d’être dans la vérité, car on lui a répété la parole de Jésus : Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Mieux vaut l’accueillir avec bienveillance. Mais ce n’est pas une raison pour le laisser mener la discussion à sa guise. Il faut lui montrer que vous êtes sûr de votre foi, que vous connaissez l’Écriture sainte (en lui citant telle ou telle phrase de l’Évangile), et surtout l’empêcher de sauter continuellement d’un sujet à l’autre pour fuir vos arguments. Fixez avec lui le point dont vous voulez débattre (selon la règle précédente) ; ensuite, à vous d’être assez fort pour vous y maintenir, doucement mais fermement, en évitant les tentatives de diversion.
5. — Essayer de faire parler le témoin de Jéhovah du fond du cœur et non comme un robot. (Essayer de parler seul avec lui, si possible).
Souvent, le témoin de Jéhovah n’est qu’un propagandiste qui répète, au mot près, le discours de la secte, sans réfléchir personnellement. Un index, à la fin de sa « bible », lui indique les citations à utiliser sur tel ou tel sujet. Le fait de pouvoir ainsi brandir une référence scripturaire le met en position de supériorité psychologique, et le dispense de réfléchir au vrai sens du texte qu’il invoque. Mais si vous connaissez d’avance ces références (exemple : les trois textes sur la prohibition du sang), que vous les indiquez vous-même avant lui, et qu’après les avoir lues (ou fait lire) à haute voix, vous le mettez en demeure de justifier rationnellement son interprétation, il se sent comme désarmé, car il n’a plus rien à brandir : il va devoir argumenter logiquement. Or il n’est pas programmé pour ça ! (Il essaiera d’ailleurs de l’éviter en déviant vers un autre sujet).
Une autre manière de le faire sortir des schémas préconçus est d’aborder des sujets personnels (sa famille, son travail) et de parler de votre propre expérience. Si vous réussissez à lui faire oublier un instant son statut de représentant de l’organisation – obligé de tenir le discours officiel – et parvenez à parler réellement avec lui (et non avec le logiciel « témoin de Jéhovah »), vous pourrez plus facilement le faire réfléchir. Mais n’oubliez pas que les deux « témoins de Jéhovah » que vous avez en face de vous sont chargés de se surveiller l’un l’autre et de dénoncer l’éventuel « déviationniste ». Si l’un ou l’autre vous semble ébranlé, ne poussez pas trop loin les choses devant son accompagnateur, mais essayez d’obtenir ses coordonnées personnelles.
Exemple de discussion sur la transfusion de sang
Les trois textes cités par les témoins de Jéhovah [2]
1. — Loi donnée par Dieu à Noé (interdisant la consommation du sang) :
Seulement la chair avec son âme – son sang – vous ne devez pas la manger [Gn 9, 4] [3].
2. — Loi de Moïse (répétant la même interdiction) :
Quant à tout homme d’entre les fils d’Israël ou à tout résident étranger qui réside comme étranger au milieu de vous, qui prend à la chasse une bête sauvage ou un oiseau qui se mange, celui-là devra alors en verser le sang et le couvrir de poussière. Car l’âme de toute sorte de chair est son sang par l’âme [qui est] en lui. Voilà pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël : « Vous ne devez manger le sang d’aucune sorte de chair, car l’âme de toute sorte de chair est son sang. Quiconque le mangera sera retranché [Lv 17, 13-14].
3. — Lettre des Apôtres aux chrétiens de Syrie et Cilicie, après le concile de Jérusalem (au sujet des pratiques à imposer aux convertis venus du paganisme) [4] :
Car l’esprit saint et nous-mêmes avons jugé bon de ne pas vous ajouter d’autre fardeau, si ce n’est ces choses-ci qui sont nécessaires : vous abstenir des choses qui ont été sacrifiées aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication. Si vous vous gardez soigneusement de ces choses, vous prospérerez. Portez-vous bien ! [Ac 15, 28-29].
Discussion des textes
1. — Les deux premiers textes doivent être écartés, car les chrétiens ne sont plus sous la loi de Noé ni celle de Moïse.
Les témoins de Jéhovah l’admettent ordinairement. — Si, cependant, ils objectaient que l’Écriture ne contient pas d’abolition explicite de la loi de Noé, on peut répondre par un argument ad hominem : ils admettent la contraception, contre la loi de Noé (« Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre » Gn 9, 1).
2. — Les dispositions du concile de Jérusalem (Ac 15, 28-29) sont seulement disciplinaires (pour la bonne entente des chrétiens d’origine juive avec les chrétiens d’origine païenne) et temporaires. Plusieurs points tombèrent d’eux-mêmes en désuétude quand la fusion fut opérée, et qu’il n’y eut plus de risque de scandale et de division. — Dans sa première épître aux Corinthiens, saint Paul enseigne en effet qu’on peut, en certains cas, manger de la viande consacrée aux idoles (1 Co 8), alors que la lettre aux chrétiens de Syrie recommandait – tout ensemble – de s’abstenir « des choses qui ont été sacrifiées aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé ».
Le témoin de Jéhovah pourra objecter que la lettre du concile de Jérusalem associe aussi la consommation de sang à la fornication (Ac 15, 29). — A supposer que le terme grec porneias désigne bien ici la fornication [5], celle-ci est évidemment contraire à la loi naturelle et aux commandements de Dieu. Elle est explicitement condamnée par le même saint Paul (1 Co 6, 9). Son interdiction n’est donc pas une disposition temporaire. Tandis que l’interdiction du sang n’est qu’une survivance des interdits alimentaires de l’ancien Testament, qui ont été, dans leur ensemble, supprimés par une intervention spéciale de Dieu (Ac 10, 9-16). Si saint Paul permet, en certains cas, de manger la viande consacrée aux idoles, il doit permettre, a fortiori, la consommation de sang.
3. — De toute manière, même si l’on veut à tout prix maintenir la prohibition de manger ou boire du sang, il est illogique d’en conclure que la transfusion est interdite, car ce sont deux processus totalement différents. Dans un cas, le sang est digéré, c’est-à-dire dissous et décomposé par les sucs digestifs ; dans l’autre, il n’est pas détruit, mais seulement transféré dans le système circulatoire d’un autre individu, dont il permet de sauver la vie.
Objection des témoins de Jéhovah : Les deux processus sont semblables, car l’alcool directement infusé dans les veines enivre aussi bien que celui qu’on boit.
Réponse : Cela prouve seulement que la digestion de l’alcool n’est pas totale, si bien que le sang en reçoit une partie. Les deux processus sont essentiellement distincts. Si l’on veut les amalgamer, on doit dire que la transplantation d’organe est du cannibalisme, comme disaient les témoins de Jéhovah entre 1967 et 1980.
Instance : De toute manière, il y a des alternatives à la transfusion.
Réponse :
I. Mais dans le passé, il n’y en n’avait pas, et plusieurs sont morts pour avoir refusé cette transfusion qui les aurait sauvés. Le Collège Central de la Watchtower Society, qui leur a arbitrairement interdit cette transfusion, porte donc une grave responsabilité.
II. Ces méthodes alternatives ne sont pas accessibles partout, surtout dans les pays pauvres.
Tiago Gadotti
(témoignage rédigé pour Le Sel de la terre)
U
– II –Les variations doctrinales (1963)
J’ai été témoin de Jéhovah et j’ai été élevé dans cette croyance dès mon enfance. J’y suis devenu proclamateur et j’ai assumé des responsabilités dans l’organisation.
G |
Ünther Pape (prononcez : Pâpé) est né en 1927 à Thale, en Allemagne. Son père, « témoin de Jéhovah », est arrêté par les nazis et meurt au camp de Sachsenhausen en avril 1945. Sa mère continue à se dévouer à la secte, polycopiant les vieux numéros de La Tour de Garde.
De 1946 à 1957, Günther fait de même. Il est nommé « surveillant de congrégation » à Blankenburg (Allemagne de l’Est) puis à Waldshut (Allemagne de l’Ouest).
Divisions internes
Günther est troublé par les divisions et les rivalités existantes parmi les témoins de Jéhovah. Les dirigeants des TJ accusent les autres organisations d’accepter la guerre (qui serait, selon eux totalement interdite, même pour se défendre), mais…
malgré ces protestations de paix de nos frères de Brooklyn, aucune de nos congrégations n’a trouvé de paix et de tranquillité […]. Les rivalités intestines nous causaient à nous, les surveillants, de graves soucis. Chacun convoitait la fonction que l’autre exerçait. De là des intrigues contre les frères chargés de responsabilités. Je m’interrogeais quant à l’emprise divine sur la Société de la Tour de Garde [Watchtower Society]. Mais de quel droit pouvais-je émettre des doutes ? Je devais m’en abstenir car le doute est un péché et je ne voulais pas pécher.
Manipulation de foule à Nuremberg (1953)
Günther étouffe ses doutes. Mais ils se réveillent brutalement lors du grand rassemblement des TJ allemands, au parc Zeppelin de Nuremberg, en 1953. Depuis 80 ans, les dirigeants jéhovistes annoncent l’arrivée imminente d’un nouveau paradis terrestre, le royaume de Jéhovah, dont les princes seront les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, ressuscités et revenus sur terre. Pour Günther, comme pour les milliers de TJ massés ce soir-là, ce n’est plus qu’une question de jours.
Au-dessus de nous s’étendait un ciel étoilé. Sur l’assemblée planait un silence solennel. Soudain, toutes les têtes se dressent. Que vient de proclamer le haut-parleur ? « Les princes du Monde Nouveau sont au milieu de nous. » Dans le grand silence, c’est l’explosion d’un enthousiasme tel que je n’en ai jamais connu. Des minutes durant, on n’entend que la jubilation des centaines de milliers d’auditeurs. Incontestablement, la plupart d’entre nous s’attendaient à voir Abraham, Isaac et Jacob paraître sur la tribune.
Mais l’orateur ramène la foule à la raison : « Ces princes qui sont parmi nous, ce sont les surveillants de l’organisation des congrégations, des bureaux des filiales dépendant du collège central ». Et de nouveau les applaudissements crépitèrent. Dans un enthousiasme qui tenait du délire, tous les témoins venaient d’accepter une « vérité » nouvelle : or elle m’affligeait. Il y avait manifestement quelque chose qui ne « collait » pas.
Des années auparavant, j’avais fait de vives remontrances à une sœur qui s’était permis de se demander si nous ne suivions pas un fantôme. Voilà que cette question devenait brûlante en moi.
Avec le temps, ces doutes s’accentuent :
Je ne pouvais oublier ce que j’avais entendu à Nuremberg. D’autre part, les façons de calculer la fin des temps m’apparurent contestables. Enfin, le comportement des dirigeants était parfois suspect ; les modifications dans les vérités prétendument d’origine divine me rendaient songeur. Je ne savais que faire. A peine m’étais-je imposé un examen plus critique de la Tour de Garde, que, l’instant d’après, j’attribuais ces doutes aux démons.
Günther trouve dans la Bible le courage d’aller plus loin : « Ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu ; car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde » (1 Jn 4, 1).
Assurément ces paroles valaient pour moi. Cette obligation d’éprouver ce qui est juste et vrai, pour savoir ce qui vient de Dieu ou non, voilà ce dont la Société de la Tour de Garde ne pouvait me dispenser et ce qu’elle pouvait encore moins m’interdire.
Découvertes gênantes en bibliothèque
Or justement, la Providence offre à Günther l’occasion d’étudier l’évolution historique de la Watchtower Society (Société de la Tour de Garde) qui dirige les témoins de Jéhovah :
Chargé d’installer une bibliothèque pour la congrégation, j’eus la possibilité de consulter les numéros anciens de La Tour de Garde [revue officielle du mouvement]. Je fus surpris par les contradictions doctrinales et exégétiques. Je constatai des modifications constantes de la doctrine de La Tour de Garde, une incessante adaptation aux circonstances toujours changeantes. Cela me fit réfléchir. La prophétie divine, tant prisée dans les premiers numéros, ne me sembla plus déterminer les événements ; c’était bien le contraire : elle était à la remorque de l’évolution du temps.
A l’époque, N.H. Knorr, troisième président de la Watchtower Society, dirige les témoins de Jéhovah, à la suite du fondateur C.T. Russell et de son successeur J.F. Rutherford. Or Knorr écarte des enseignements que son prédécesseur, Rutherford, déclarait être « divins ». Et Rutherford avait fait de même après la mort du fondateur.
Je ne cessais d’établir des comparaisons entre les numéros de La Tour de Garde. Quel était l’enseignement que Dieu transmettait par son organisation quand Russell en était le premier président ? Et avec Rutherford, son deuxième président ? Qu’enseigne-t-il actuellement par le président Knorr et ses associés ? L’un contredit l’autre, l’un taxe d’erreur les « vérités divines » de l’autre. Il n’y avait apparemment aucune trace de direction divine dans la Société de la Tour de Garde.
Mais la direction de la Watchtower Society semble particulièrement habile pour faire oublier – ou réinterpréter – les enseignements et les « prophéties » données auparavant !
C’est alors que je trouvai le numéro 451 de la revue Consolation de 1941 (Aujourd’hui : Réveillez-vous). Sous le titre « Le plan de Dieu, exposé de J. Rutherford », je lus l’affirmation de Rutherford : « Cette déclaration faite par la Tour de Garde est totalement incompatible avec le Tout-Puissant ».
Comment ? Rutherford, qui dirige le « canal divin », taxe ici d’erreur le « canal divin » ? C’est donc que la Tour de Garde n’est pas nécessairement le canal de Jéhovah d’où nous vient la vérité divine ? Ou bien Jéhovah aurait constamment transmis à ses Témoins des erreurs ?
Crise d’angoisse
Ces découvertes plongent Günther dans une extrême angoisse.
Chaque nuit, je me retourne dans mon lit avec inquiétude.
Je mets des heures à m’endormir au milieu d’images angoissantes.
La terre tremble, des flammes tombent du ciel. Des cadavres humains jonchent le sol. Des anges munis d’une épée flamboyante exterminent tout ce qui se trouve sur leur passage. Un groupe d’hommes se tient sur le côté, regardant ce bain de sang, les mains tendues vers Jéhovah et exultant de joie : les Témoins ! L’humanité périt sous la colère de Dieu. En revanche, les Témoins de Jéhovah, la « Société du monde nouveau » vit, et je suis anéanti parce que j’ai douté de la vérité de Jéhovah. Il n’y a plus de retour possible. Je sombre dans le néant.
Je m’éveille. Était-ce un avertissement de Dieu ? Mon cœur bat sauvagement. Je suis bouleversé. Suis-je donc déjà perdu ? J’ai servi Dieu sincèrement, de nombreuses années durant, et les doutes que j’ai éprouvés étaient tout de même fondés. Il faut que je les surmonte.
Voilà des semaines que mon combat intérieur fait rage. Mes forces se désagrègent visiblement. Je maigris et je ressens des malaises cardiaques.
Un jour, en plein discours, il me faut arrêter. Chancelant, je prends une chaise. Je supplie instamment Jéhovah de venir à mon aide. Mais Jéhovah semble se taire. Il faut que je rassemble mes forces et que je me ressaisisse pour arriver enfin à une solution.
Je ne cesse de reprendre les numéros de La Tour de Garde pour les comparer les uns avec les autres. Mais ces comparaisons suscitent en moi un trouble croissant. Les citations bibliques sont presque toujours extraites de leur contexte ; or si on les y replace, elles ne démontrent pas du tout ce que nos frères d’Amérique veulent nous faire accroire.
D’où vient l’autorité que s’attribue la Watchtower Society ?
La question est de savoir où et quand le mouvement des témoins de Jéhovah a réellement commencé. Günther l’aborde courageusement.
Le fondateur se nomme Charles Taze Russel [1852-1916], jeune commerçant américain de Pittsburgh en Pennsylvanie. Russel était presbytérien. La doctrine de son Église ne lui convenait pas. Aussi se mit-il à chercher, allant d’une communauté à une autre. Ne trouvant nulle part la vérité – plus exactement : ne trouvant nulle part la religion qu’il imaginait, il fonda un groupe d’études bibliques. J’ai devant moi les sept volumes de ses « Études sur l’Écriture ». Il disait qu’elles étaient plus importantes que la Bible, parce que sans elles, personne ne pouvait comprendre correctement la Bible. Quelle prétention !
De toute évidence, on ne pouvait s’attendre chez un jeune homme de 20 ans, dépourvu de toute formation théologique, à une connaissance biblique sérieuse et scientifique. On trouve dans ses livres des enseignements dont la société de la Tour de Garde reconnaît aujourd’hui qu’ils furent inspirés par Satan, par exemple sur le sionisme et la pyramide de Gizeh. Russel, qui possédait une grosse fortune, fonda en 1881 la Société de la Tour de Garde, à Pittsburgh.
Russel se fit remarquer par sa vie conjugale peu recommandable. Que de fois la Société a tenté de minimiser ce qu’on appelle « l’affaire épineuse » ! Le Dictionary of American Biography de 1935 (vol. XVI, 99) écrit : « L’adultère fut considéré comme établi et maintenu, malgré les cinq appels en justice de Russel ».
Beaucoup des doctrines et des pratiques des témoins de Jéhovah remontent au successeur de Russel : Rutherford (1869-1942). Y a-t-il quelque raison de croire que J.F. Rutherford ait pu jouir d’une assistance divine ? Günther découvre les manœuvres et les ruses que Rutherford déploya pour succéder à Russell et éliminer ses opposants. Il se demande :
Où reconnaître une intervention de Jéhovah, dans cette façon d’instituer le Collège Central ? Je dus en convenir : nulle part ! Pour devenir président, Rutherford fit exclure 31 membres. A lire ces comptes rendus de la lutte pour ou contre Rutherford, j’avais l’impression de regarder derrière les coulisses d’un parti politique. La manière dont Rutherford s’annexa la direction des Témoins, doit-elle me faire croire que Jéhovah lui-même est responsable de l’organisation ? Non ! Car ainsi je croirais quelque chose d’impossible, et je serais finalement coupable devant Dieu.
Et d’où vient le nom Jéhovah ?
Avec effroi, Günther constate que la Watchtower Society, qui pilote les « témoins de Jéhovah », n’a absolument aucune garantie divine ! Son fondateur C.T. Russell n’a jamais prouvé qu’il était inspiré par Dieu. Son successeur, J.F. Rutherford a manifesté une grande habileté à prendre le pouvoir de cette société, mais rien de plus. Et le Collège Central, qui dirige maintenant la société, impose dans le monde entier une autorité qui ne repose sur rien.
Il se raccroche au nom de « Jéhovah » qui, selon la secte, serait le seul vrai nom de Dieu révélé dans la Bible, et le signe caractéristique de la vraie religion. Mais il découvre vite que cette façon de prononcer les quatre lettres qui, en hébreu, composent le nom de Dieu (YHWH) date en réalité du Moyen Age [6].
Alors – conclut-il – comment le nom de « Jéhovah » pourrait-il être une preuve de la vraie religion ?
Le départ (1957)
Günther essaye honnêtement de faire part de ses doutes. On l’accuse de se mettre « en contradiction avec la communauté » et d’agir « de façon anti-théocratique ».
L’année suivante, il lit dans la revue de propagande des témoins de Jéhovah, La Tour de Garde, ce conseil donné aux non-jéhovistes :
Ta religion devrait avoir une base digne de confiance. Tu ne devrais pas t’appuyer sur des chefs religieux ou des systèmes religieux, mais sur la parole de Dieu, la Bible. Tu devrais d’abord t’assurer que ta religion concorde avec la parole de Dieu, si tu veux t’y tenir fermement. Si tu te rends compte que ta religion enseigne quelque chose d’inexact, tu devrais t’en détourner (C’est l’auteur qui souligne). Mais alors surgit la question : es-tu prêt à soumettre ta religion à un tel examen ? Tu n’as rien à craindre... si tu as la vraie religion.
[Tour de Garde, 1er juillet 1958, p. 289.]
Or c’est précisément ce qu’il a fait :
J’ai examiné à fond la religion que j’avais jusqu’ici. Elle n’a pas résisté à l’examen que la Société de la Tour de Garde elle-même exige. J’ai donc suivi ma conscience et c’est pour cette raison que je me suis séparé de la Société de la Tour de Garde.
Quelle Église existe sans interruption depuis Jésus-Christ ?
Il est très dur de quitter la secte. Mais ce n’est encore que le début du chemin vers la vérité. Comment atteindre celle-ci de façon sûre ?
Comment, dans la pratique me comporter envers Dieu ? Dois-je essayer de trouver la vérité au moyen de la Bible, tout seul, sans tenir compte d’aucune Église ? Le Christ, qui est la Vérité, n’a-t-il pas promis de rester auprès des témoins de sa doctrine tous les jours jusqu’à la fin des temps ? Tous les jours… Donc l’Église du Christ existe sans interruption depuis l’époque de la primitive Église jusqu’à aujourd’hui et elle n’est pas invisible mais visible.
Or quelle Église existe sans interruption depuis l’époque de la primitive Église ? La réponse me porte un choc. N’était-ce pas l’Église catholique – que nous autres, Témoins de Jéhovah, traitions de servante du démon ? Tout se hérissait en moi à l’idée de reconnaître l’Église catholique comme la véritable Église du Christ. Non, telle que je connaissais l’Église catholique jusqu’à maintenant, elle ne pouvait pas être l’Église du Christ. Non, jamais de la vie !
Une enquête sur l’Église
Il faut pourtant trouver la véritable Église du Christ !
Avec avidité, je lus les récits bibliques sur l’Église primitive. Quelle Église y avait-t-il au commencement du christianisme ? Nulle autre que cette Église catholique que je haïssais tant jusqu’à présent. A contrecœur, j’entrai un jour dans une église catholique.
Je trouvais dans des prêtres catholiques des hommes ouverts, secourables, vraiment bons, prenant leur vocation au sérieux. Étaient-ils des faussaires de la Bible, formés à défigurer arbitrairement le texte biblique, comme la Société de la Tour de Garde me l’avait fait croire jusqu’à présent ? Non, j’appris à connaître en ces ecclésiastiques des chrétiens modestes qui se soumettaient humblement à la Parole de Dieu. Là, ce n’étaient pas des fanatiques prêchant la haine, ni des sectaires satisfaits d’eux-mêmes, jugeant ou condamnant avec n’importe quelle citation biblique, détachée de son contexte. Les hommes qui parlaient là, s’efforçaient honnêtement, malgré leur condition de pécheur, de prendre eux-mêmes le chemin qui mène à Dieu pour y conduire d’autres hommes.
C’est ainsi que je me suis mis à étudier sans préjugés la doctrine catholique, où j’ai trouvé une satisfaction véritable. Le chemin est long et rude qui mène de l’erreur du témoin de Jéhovah à la foi du chrétien catholique. Mais à présent, ma conviction est établie : l’Église catholique est la seule Église qui ait toujours existé et à laquelle le Christ ait promis son assistance tous les jours jusqu’à la fin du monde.
La Sainte Trinité
Du même coup, tous les malentendus au sujet de la foi catholique s’éclaircissent.
En tant que témoin de Jéhovah, je rejetais la foi en la Sainte Trinité comme étant une hérésie païenne. Aujourd’hui je sais que l’Église catholique n’a jamais enseigné qu’il y a trois dieux en Dieu. Elle a toujours cru « qu’il n’y a qu’un Dieu unique » (1 Co 8, 4). Mais que ce seul Dieu soit en trois personnes, cela est attesté par la révélation de Dieu sur lui-même. Ou bien il y a en Dieu trois personnes spirituelles, le Père, le Fils et l’Esprit, ou bien l’ordre du Christ « Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » serait une énigme, voire une absurdité.
L’immortalité de l’âme humaine
Quelle vilaine polémique la Société de la Tour de Garde déchaîne contre l’immortalité de l’âme humaine ! L’homme n’a-t-il donc pas été, conformément à la Bible, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est pur Esprit (Gn 1, 26 ; Jn 4, 24 ; Lc 24, 39) ? Le Christ n’a-t-il pas clairement révélé que le corps peut être tué, mais que l’âme, distincte du corps, est indestructible (Mt 10, 28) ?
Quels efforts la Tour de Garde déploie pour détruire la croyance biblique en une géhenne de feu ! Les damnés seraient (selon elle) anéantis pour toujours ; car, conformément à l’Écriture, ils seront jetés dans l’étang de feu. « C’est la seconde mort, cet étang de feu » (Ap 20, 14 ; 21, 8). Or, en fait, la Bible prouve sans ambiguïté que la seconde mort ne signifie pas un anéantissement éternel, mais la perte de la vie divine. D’après la Bible, les damnés seront ressuscités d’entre les morts tout comme les bienheureux (Jn 5, 28 ss ; Ac 4, 2 ; 17, 18, 32) et devront supporter en pleine conscience les tourments de l’enfer de feu (la géhenne), car « la fumée de leur supplice » s’élève « pour les siècles des siècles » et « il n’y a point de repos, ni le jour, ni la nuit, pour ceux qui ont adoré la Bête et son image » (Ap 14, 11). « Leur supplice durera jour et nuit pour les siècles des siècles » (Ap 20, 10). Si les damnés étaient anéantis comment « la fumée d’un supplice » pourrait-elle s’élever d’êtres qui n’existeraient plus ? Comment des créatures entièrement anéanties pourraient-elles « ne connaître de repos, ni le jour ni la nuit pour les siècles des siècles » ? Qui falsifie ici la claire pensée de la révélation sur l’enfer (le feu) éternel ? La société de la Tour de Garde, ou l’Église catholique ? Indubitablement, la direction de la Tour de Garde !
Est-il encore besoin d’autres preuves pour montrer que la foi des témoins de Jéhovah contredit la Bible, alors que la foi catholique correspond à l’Écriture sainte ?
Günther Pape reçoit le baptême catholique en 1963. Il explique alors :
Comment ai-je pu en venir à me trouver « chez moi » dans la doctrine et la vie de l’Église catholique ? Assurément par une pensée personnelle dépourvue de préjugés ; mais je n’y suis pas arrivé seul et ce n’est pas cela qui a été décisif, mais c’est la grâce de Dieu. J’en suis persuadé.
D’après Günther Pape, Ich war Zeuge Jehovahs
Traduction française : J’ai été témoin de Jéhovah,
Mulhouse, Salvator, 1977
(texte abrégé par nos soins)
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– III –Les fausses prophéties (1979)
Deux témoins de Jéhovah devant la porte !
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Était en 1966 – j’avais dix-sept ans, et j’étais en première à Nancy – deux témoins de Jéhovah m’attendaient devant chez moi. Ils étaient déjà passés à la maison en mon absence, et j’avais dit à ma mère mon souhait de discuter avec eux (à cet âge, on aime bien raisonner, et j’avais le secret désir de les ridiculiser !). De fait, je me plaçai aussitôt sur le terrain philosophique, et ils ne surent que répondre à mes questions. La semaine suivante, ils m’envoyèrent un autre « missionnaire ». Mais cette fois, ce fut lui qui attaqua d’emblée en me bombardant de citations de la Bible en apparente contradiction avec ce qu’enseignait l’Église catholique.
— Immortelle, l’âme ? Et de me citer l’Ecclésiaste 9, 5-10 : « Réjouis-toi de ce que tu fais de ton vivant, car dans le séjour où tu vas, il n’y a ni sagesse ni pensée » ; et la Genèse 3, 19 : « Tu retourneras au sol d’où tu as été tiré, car tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». — Jésus égal à Dieu ? Et de me sortir la parole du Christ en Jean 14, 28 : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi ». — La Trinité ? Absurde ! Les catholiques eux-mêmes disent que c’est un mystère ! — Ce fut aussi la question du célibat des prêtres, alors qu’il est écrit dans Timothée 3, 1 que « l’évêque doit être le mari d’une seule femme »… En une demi-heure, il ne restait plus rien de la foi catholique. J’étais complètement pantois !
Pendant les grandes vacances, je lus le livre et les périodiques qu’il m’avait laissés : ils annonçaient la fin du monde pour 1975, c’était imminent… et grâce à eux, j’avais le paradis à portée de main ! A la rentrée scolaire, complètement exalté, je décidai de me rendre à leurs réunions d’étude, d’endoctrinement dirais-je maintenant, dans lesquelles on procède uniquement par questions-réponses, en suivant scrupuleusement le programme envoyé par la Société (le nom qu’ils donnent entre eux à leur secte).
Les gens se tutoyaient, ils s’appelaient tous frères et sœurs, ils m’entouraient avec prévenance et gentillesse… A mon tour, j’étais joyeux, je me sentais bien !
Des réponses simplistes, mais efficaces
Les témoins de Jéhovah apportent des réponses extrêmement simplistes, mais qui vont droit au but. Et qui sont d’une logique apparemment imparable. En plus, leur conviction est impressionnante : ils passent des heures à prêcher de porte en porte ! Et ils sont chaleureux. Au point d’exercer une discrète surveillance sur tout ce que vous pensez, pour vous protéger d’éventuelles dérives. Finalement, c’est très sécurisant.
Les gens qui entrent dans une secte sont souvent angoissés face à la vie. En se soumettant à des règles fortes, ils évitent d’avoir à se poser trop de questions. Chez les témoins de Jéhovah, on répète sans cesse que se poser des questions, c’est une forme d’orgueil. Le disciple parfait, c’est celui qui se conforme le plus étroitement possible à l’enseignement de la Société avec un grand S, dont la parole a quasiment une valeur égale à celle de la Bible.
Une religion tout extérieure
Ce qui compte, finalement, ce n’est pas tant de vivre une conversion intérieure, que d’adopter un comportement.
C’est un système très proche de celui des pharisiens du temps de Jésus : le bon témoin de Jéhovah, c’est celui qui étudie bien les enseignements de la secte, et qui va les répéter inlassablement de porte en porte. La vie intérieure ne compte pas, il n’y a pas de moments de vraie prière ou de méditation, pas de temps réservé à l’adoration. Ni de culte à proprement parler.
Pour eux, « le monde » est le domaine exclusif de Satan. Y vivre, c’est donc s’exclure automatiquement du paradis (une espèce de « Club Méd » où tout le monde sera gentil et doux), que Jésus-Christ – c’est imminent ! – va venir fonder sur cette terre pour l’éternité... Le seul objectif, c’est d’être sauvé par Dieu à la fin du monde. Et le seul mode de salut, c’est d’entrer dans la Société.
J’ai sous les yeux le discours du président des témoins de Jéhovah prononcé en 1975 à Los Angeles. En voici un extrait :
Ainsi la fin du monde peut arriver dans un espace de temps très court après le dernier jour lunaire de septembre 1975. Nous ne devrions donc pas […] nous dire que, puisque le temps laissé après septembre 1975 est d’une longueur indéfinie, cela me permet de réaliser mes projets humains, me marier, avoir une famille et des enfants, ou encore aller au collège quelques années et apprendre le métier d’ingénieur ou quelque autre bon métier intéressant et bien payé. Non, mes amis ! Le temps ne le permet plus.
Ce genre de discours, ils le tiennent depuis un siècle pratiquement !
J’ai moi-même fini par arrêter mes études de médecine pour devenir instituteur. Si je les ai reprises, c’est que les adeptes de la Société ont quand même besoin parfois de se soigner…
Techniques d’enfermement
Au début, ils me paraissaient plutôt joyeux. C’est en fait une joie très superficielle : quand chacun épie plus ou moins son voisin, quand chacun est toujours plus ou moins suspect de dévier de la ligne, on ne peut pas dire que les choses se passent dans la spontanéité ! Derrière cette façade d’apparente amitié, il y a aussi pour la secte un moyen absolu de contrôler en permanence ce que deviennent ses membres.
Il y a un tel matraquage idéologique, qu’on est tenu par l’idée qu’il ne faut absolument pas qu’on se détourne de la Société, parce que la fin du monde est trop proche. Il s’agit d’un véritable ghetto spirituel ; et les miradors sont discrets, mais très efficaces ! Dès que quelqu’un commence à se poser des questions, il est très vite repéré, court-circuité, menacé. Il passe devant un comité, on le rappelle à l’ordre, et l’exclusion est très rapide. Or, être exclu, c’est assez dramatique : c’est tout votre monde qui s’écroule d’un seul coup ! Du jour au lendemain, on ne vous dira plus bonjour, on ne vous fréquentera plus. Médecin, mes seuls clients étaient les témoins de Jéhovah – j’en recevais des centaines : mon cabinet est devenu désert… On a beau s’y attendre, c’est quand même brutal !
Les premiers doutes
J’ai été surveillant-président de la congrégation du village de Dieuze, en Moselle ; j’étais un « ancien ». Exerçant une profession assez en vue, j’étais plutôt bien considéré dans la secte et j’y avais beaucoup d’amis. En tant que médecin, j’ai reçu énormément de confidences. Et c’est là que j’ai compris combien cette façade du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » masque de misères, de névroses et d’hypocrisies…
Je me rendais bien compte que la Société avait des tendances totalitaires... mais j’étais convaincu qu’elle détenait la vérité ! Et je m’y trouvais bien. Ce qui a créé la faille, c’est en soi un tout petit événement, mais qui après coup s’est révélé quasiment providentiel.
Un jour, je ne sais pas pourquoi, une petite flamme critique s’est soudain allumée dans mon esprit. C’était début 79, je devais diriger une étude biblique, toujours par questions-réponses, sur la résurrection. Et j’ai trouvé que, intellectuellement, elle n’était pas honnête ; que les versets choisis dans la Bible lui faisaient dire des choses qu’elle ne disait pas. J’ai d’abord pensé que c’était moi qui me trompais, que je n’étais pas encore arrivé à un stade suffisant de spiritualité pour bien comprendre cela. Mais j’ai quand même eu l’honnêteté de demander à mon adjoint : « Si tu veux, pendant les trois ou quatre semaines que va durer cette étude, j’aimerais que tu le fasses à ma place, parce que je suis mal à l’aise, que je ne suis pas d’accord avec ce sujet-là ».
Ce simple fait a suscité une véritable levée de boucliers ! Mais ça m’a poussé à chercher davantage.
Découverte des fausses prophéties
Voulant en savoir plus, j’allais acheter une bible protestante dans une maison évangélique à Nancy. Là, le libraire me dit : « Aux questions que vous vous posez, je vois que vous êtes témoin de Jéhovah ; alors, je voudrais vous montrer quelque chose ». Et de sous son comptoir, le voilà qui sortit une liasse de photocopies sur les prophéties que les témoins de Jéhovah avaient faites depuis un siècle : toutes fausses !
Ils disent, par exemple, aujourd’hui, que 1914 est la date de la venue invisible du Royaume de Dieu. Alors qu’à l’époque, ils entendaient bien que ce serait la fin du monde, et que le Royaume de Dieu allait venir littéralement sur terre. En 1925, ils avaient même attendu le retour d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; et ils en étaient tellement sûrs qu’ils leur avaient fait construire une maison en Californie ! Depuis, ils l’ont revendue…
Ce fut pour moi un bouleversement incroyable ! Je suis alors monté vers les autorités régionales, et là, j’ai appliqué une tactique toujours très efficace qui est d’être complètement têtu ! De vouloir une réponse nette et précise sur la question que je posais.
Mes trois questions
• Ma première question fut la suivante : ces documents prouvent que vous avez annoncé des choses fausses dans le passé. Considérez-vous que ce sont de fausses prophéties, oui ou non ? Surprise : c’était les trois principaux responsables de la région… et ils n’avaient pas de réponse ! Même si, plus tard, ils ont bien essayé de me dire que c’était de fausses interprétations de l’Écriture, et que la lumière allait grandissant (comme s’ils étaient très fiers d’avoir fait des erreurs et de les avoir rectifiées ensuite). Ou encore que c’était des épreuves envoyées par Dieu pour voir ceux qui étaient vraiment fidèles…
• Deuxième question : il est dit dans Deutéronome 18, 22 que celui qui fait une fausse prophétie est un faux prophète, et qu’on ne doit ni le craindre, ni lui obéir. L’un d’eux me répondit alors : Ce verset-là, tu le lis à ta façon ! Je tendis alors ma bible : Eh bien toi, dis-moi comment tu le lis. Silence.
• Dernière question : dans la mesure où vous vous êtes trompés sur des choses aussi importantes que les dates de la fin du monde ou du retour du Christ, quel crédit puis-je encore vous apporter lorsque vous dites que la Trinité, c’est faux, que l’immortalité de l’âme, c’est faux, etc. ?
« Nous, on n’est pas assez calés pour te répondre (ce fut leur expression exacte), il faudrait que tu ailles à Paris. » J’ai relevé le défi, je suis allé au quartier général de Boulogne-Billancourt, et j’ai reposé les mêmes questions. Les réponses furent sensiblement les mêmes. Plus le chantage affectif : « Tu sais, la Société est comme une maman pour nous (très révélateur !). Si ta maman te dit : va chercher papa au port, et que ta maman s’est trompée dans ses calculs, tu ne cesses pas de l’aimer ! » – Écoutez, si pendant un siècle ma mère me dit : papa va revenir, c’est sûr, et qu’il ne revient jamais, je pourrai, oui, encore aimer ma mère. Mais quand elle se mêlera de faire des calculs et des interprétations sur le retour de mon père, c’est certain que je serai devenu méfiant.
Une bible falsifiée !
Pire ! J’ai découvert que leur bible était falsifiée. Une falsification habile, certes, qui n’apparaît pas au non-spécialiste. Mais chaque fois qu’un verset pourrait les mettre en difficulté, les témoins de Jéhovah lui apportent une modification qui n’est pas du tout dans le texte grec d’origine.
Par exemple, à propos du Christ ; il est dit : « En lui habite la plénitude de la Divinité »(Col 2, 9). Chez eux, ça devient : « En lui habite la plénitude de la qualité divine ». Ce n’est quand même pas aussi fort.
Prenez encore, dans Jean, ce passage où Philippe dit à Jésus : « Montre-nous le Père ». Jésus lui fait cette réponse directe : « Comment ! Je suis depuis si longtemps avec vous et tu ne m’as pas connu ! Celui qui m’a vu a vu le Père ». Alors, les témoins de Jéhovah écrivent : « Celui qui m’a vu a vu aussi le Père ». Et Jésus continue : « Ne sais-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? ». Cela, évidemment, ça les dérange ! Alors ça devient : « Ne sais-tu pas que je suis en union avec le Père et que le Père est en union avec moi ? », etc. Il y a bien une cinquantaine de passages falsifiés comme ça ! Très vite, vers mars-avril 79, j’ai fini par démissionner de ma fonction d’ « Ancien ». Puis j’envoyai ma lettre de démission définitive, avant d’apprendre que j’étais « exclu pour apostasie ». Car il n’était bien sûr pas question que ce fût moi qui aie le dernier mot !
Du protestantisme à l’Église catholique
Je me suis d’abord tourné vers le protestantisme, à travers des groupes évangéliques eux aussi fondamentalistes, mais déjà moins éloignés de l’authentique foi chrétienne. Puis, grâce à une religieuse ermite qui ne vivait pas très loin de mon village, j’ai pu retrouver tout doucement le chemin de la foi catholique, en redécouvrant des choses qui me sont de nouveau apparues essentielles : l’histoire de l’Église avec ses conciles, le pape, l’eucharistie…
Vint le jour où j’eus un très grand désir de communier. J’entrai en cachette dans une église proche de chez moi. Et là, pour la première fois, j’ai réentendu le Credo. J’en avais les larmes aux yeux. Que Jésus était Dieu, et le Saint-Esprit une personne… la résurrection des morts… un seul baptême… tout cela était pour moi un terrain reconquis de longue lutte !
Il faut le dire : très peu de ceux qui quittent les témoins de Jéhovah retrouvent la foi. Ils sont devenus allergiques à toute forme de religion. Et c’est vrai pour toute secte : quand on en ressort, spirituellement, on est sec. Aujourd’hui, mon âme respire. Nourri par l’eucharistie, par la liturgie, la lecture de la Parole de Dieu, et par la fréquentation de groupes de spiritualité, j’ai retrouvé une vie intérieure… mais je reviens d’extrêmement loin !
Centrés sur Jésus, ou sur un texte ?
Pour les témoins de Jéhovah, la Bible doit être comprise littéralement, de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse. Cette lecture fondamentaliste oblige à une certaine gymnastique intellectuelle, proche parfois de l’acrobatie ! Et c’est ainsi qu’après avoir caricaturé tel ou tel point de la foi catholique, ils sélectionnent quelques versets bibliques tirés du contexte, pour y trouver une apparente contradiction.
Pour nous, catholiques, la Bible est évidemment la Parole de Dieu, en ce sens qu’elle est le témoignage de l’Alliance de Dieu avec son peuple au fil des siècles [7]. Mais être chrétien, c’est avant tout avoir une relation personnelle avec Celui qui est Parole de Dieu : Jésus-Christ. Ce n’est pas une relation avec un texte, mais une relation avec une Personne vivante.
Dès lors qu’on tombe dans cette perversion qui consiste à considérer la Bible presque comme un livre magique qui doit répondre dans le détail à toutes vos questions, on tombe dans le même légalisme que les pharisiens : des discussions sans fin. Et le règne de l’arbitraire, puisque tout n’est plus finalement qu’une question d’interprétation.
D’après le témoignage de Jean-François Blanchet,
dans l’ouvrage : Si des témoins de Jéhovah viennent vous voir
(écrit en collaboration avec Nicolas Hesse),
Paris, Téqui, 1992, p. 11-29 (texte abrégé par nos soins [8]).
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– IV –Sentiment du vide (1986)
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En Guindon (né en 1939) est militant jéhoviste depuis plusieurs années, lorsque tout à coup, en 1962, il est ébranlé par une répartie inattendue. Alors qu’il s’apprête à justifier ses négations habituelles (pas de Trinité, pas d’âme immortelle, pas d’enfer…), son interlocuteur demande :
— M. Guindon, pourquoi ne pas parler de l’essentiel ?
Un peu surpris, je lui demande ce qu’il entend par « l’essentiel ». — « Eh bien, Jésus-Christ et le salut ! »
Pendant dix ans, Ken est poursuivi par cette phrase, qui lui fait comprendre, peu à peu, le vide de son « apostolat », essentiellement négatif et polémique. Mais il reste dans l’organisation jéhoviste, rejoint même son siège central à Brooklyn, et c’est seulement en 1973 qu’un verset de saint Paul lui fait tout à coup saisir que, contrairement à l’enseignement de la Watchtower Society, Jésus est Fils de Dieu, de même nature que son Père :
Intrigué par la Trinité et surtout par la divinité de Jésus, je me mets à dévorer des livres sur ces sujets. Mon raisonnement est très simple : si Jésus est bien l’égal du Père, alors les témoins de Jéhovah sont dans l’erreur. Dans un de ces livres, je tombe sur le verset suivant :
« C’est pourquoi je vous le déclare : personne parlant avec l’Esprit de Dieu, ne dit : Anathème à Jésus, et nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, s’il n’est avec l’Esprit Saint » [1 Co 12, 3].
Réfléchissant sur la signification de ce texte, je comprends que le Seigneur que Paul prêchait était bien ce Jésus qui est Fils de Dieu, de même nature que son Père, et de ce fait, son égal. Mais pour arriver à croire cela, il faut que le Saint-Esprit me le montre, qu’il m’aide à comprendre avec mon cœur, et non avec ma tête [9]. Or l’Esprit-Saint est fidèle, et nous vient en aide dans notre faiblesse, pourvu qu’on veuille bien l’invoquer. Effectivement, l’Esprit vient m’illuminer, et je saisis tout à coup, comme par révélation, que Jésus n’est pas un dieu comme le disent les témoins de Jéhovah, mais qu’il est bien Dieu, et qu’il est mort sur la croix pour me sauver. Quelle nouvelle formidable, quelle grâce et quel amour de la part de Dieu : devenir homme pour moi, et mourir pour moi.
Ken rompt avec les témoins de Jéhovah, mais garde ses préjugés anti- catholiques : il devient pasteur baptiste. En 1978, il est envoyé « évangéliser » la France, pour la libérer des superstitions papistes.
Le livre de Marie Carré
Pour être efficace, Ken étudie la culture française et les arguments catholiques.
J’achète de nombreux livres, dont celui de Marie Carré J’ai choisi l’unité [10], autobiographie d’une protestante française, qui s’est convertie au catholicisme. Sa recherche historique est surprenante et passionnante. Elle cite de nombreux Pères dont saint Justin, qui dit du baptême que c’est un bain pour la rémission des péchés et la régénération.
Ken peut vérifier dans la Première apologie de saint Justin l’exactitude des citations sur le baptême et l’eucharistie.
Quelque peu secoué par de telles affirmations, je me dis qu’il ne peut y avoir que deux solutions : ou bien saint Justin a raison, auquel cas je suis dans l’erreur comme protestant et comme baptiste, ou bien déjà en 150 après Jésus-Christ, à l’époque de Justin, l’Église était rongée par l’apostasie et la superstition.
« Si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40)
Il y a aussi l’argument des pierres :
J’ai souvent l’occasion de visiter des cathédrales et des églises, et je suis frappé par l’attitude des gens : aussitôt entrés, ils chuchotent par respect pour ces lieux de prière, alors que dans nos églises baptistes, tout le monde discute avant le culte. […] Au cours de mes visites dans les vieilles églises, je suis également impressionné par l’âge des pierres, ces vénérables témoins de l’histoire. J’écoute attentivement les explications du guide sur tel autel du 4e siècle, ou ce monastère du 9e siècle, et je me pose cette question : « Ici, il n’y a pas de doute, les vestiges sont là ; mais où sont ceux de nos églises baptistes ? »
Pourtant, les clichés et les réflexes anticatholiques sont tellement tenaces qu’il faudra encore des années pour les vaincre. Un des intérêts du témoignage de Ken Guindon est de montrer toute la force de ces préjugés, qui ne disparaissent que peu à peu, et qui, en attendant, empêchent de voir tout simplement la réalité telle qu’elle est. Il est dommage que ce récit soit entaché de charismatisme [11].
Du même auteur, on lira, avec davantage de profit, un autre ouvrage intitulé Les Témoins de Jéhovah, l’envers du décor
