1517-1617 :
un siècle de Lutherrorisme
par Yves Gérardin
LE bourreau qui se prend pour la victime : le cas n’est pas unique, mais il revêt, chez les protestants, des dimensions grandioses. Vu dans son ensemble, le tableau est même saisissant.
• Ils ont mis l’Europe à feu et à sang pendant plus d’un siècle, suscitant partout des guerres civiles (seule l’Inquisition a permis à l’Italie et l’Espagne d’y échapper) [1].
• Ils se sont établis par la Terreur dans tous les pays qu’ils ont réussi à dominer.
• Ils ont partout persécuté, torturé et massacré les prêtres et fidèles catholiques, dont le seul crime était de garder la foi qu’ils avaient reçue.
Mais par un étonnant prodige, comme un loup parvenu à se glisser dans la peau de la brebis qu’il a lui-même égorgée, le protestantisme a su se donner, après tous ses crimes, un air de respectabilité. Mieux encore : il se fait passer, et se prend lui-même, pour un pauvre persécuté.
Le protestantisme assassin
Les crimes du calvinisme en France ont été décrits par Michel Defaye dans sa brochure : Le Protestantisme assassin [2].
Bien avant la fameuse Saint-Barthélemy (août 1572), les calvinistes avaient déjà froidement planifié le massacre de tous les prêtres de France [3]. Plan largement exécuté. En 1580 (dix-huit ans avant la fin de la guerre civile), on recensait déjà – rien qu’en France – 8 760 prêtres et religieux catholiques massacrés par les protestants en dehors de tout combat [4]. La correspondance de Théodore de Bèze montre qu’il suivait de très près la progression des massacres, avec la satisfaction d’un général en chef enregistrant ses victoires. Il ne s’agissait pas d’actes de vengeance (comme il y en eut en face), mais de l’application méthodique d’une idéologie meurtrière : mort aux prêtres !
Les sinistres méthodes dont usèrent Henri VIII et Élisabeth Ie pour établir le protestantisme anglican sont également bien connues.
Mais le luthéranisme aussi, le luthéranisme d’abord, s’est imposé par la terreur. En Allemagne, Luther n’a bravé le pape qu’appuyé par des princes qui voulaient piller les biens de l’Église (aux grands dépens des pauvres, qui se retrouvèrent sans assistance). Quand les paysans voulurent imiter leurs princes en pillant leurs châteaux, ce fut tout autre chose ! Dès que la victoire pencha du côté des princes, Luther appuya sans état d’âme la plus sanglante des répressions [5].
Partout où il a réussi, le luthéranisme fut d’abord un lutherrorisme, imposé à tous les étages de la société par la brutalité et le mensonge.
• En Suède (et du même coup, en Finlande), le principal lutherroriste fut Gustave Vasa.
• Au Danemark (ainsi qu’en Norvège et en Islande), le lutherroriste en chef fut Christian III.
Petite visite guidée des cinq pays luthériens du Nord de l’Europe.
Lutherrorisme en Suède
Le prince Gustave Ier Vasa (1496-1560) a délivré la Suède du joug danois. On loue son endurance physique, sa volonté de fer, son éloquence, son habileté. Mais on peut difficilement nier son autoritarisme, sa cruauté, son machiavélisme et son ingratitude envers ses meilleurs serviteurs [6].
Pour détruire la foi catholique de son peuple, il sut procéder par étapes, dissimulant toujours l’étape suivante, en même temps que le but ultime. Ce savant dosage de violence et de ruse fut le secret de sa réussite.
Un régime de terreur
Première étape : saper l’autorité des évêques (tout en se prétendant, encore, très dévoué à l’Église romaine). Dès 1521, le roi attaque Peder Jacobsson, évêque de Västerås. Le prélat aurait tenu – dans des lettres privées, saisies par les agents du roi – des propos injurieux envers le souverain. Plaintes au sujet de nouvelles taxes ? Commentaires désobligeants sur la vie privée du monarque ? On ne sait pas exactement, car les pièces ont disparu. En tout cas, le roi l’accusa de haute trahison. Il lui en fallait très peu pour s’estimer trahi. Son chancelier, maître Knut, va vite l’apprendre à ses dépens. Il avait été le premier à proposer l’élection de Gustave Vasa, lors de l’assemblée des États généraux du pays. Il l’avait ensuite toujours fidèlement servi. Mais il commet le crime de défendre l’évêque de Västerås. Il est immédiatement déposé. L’évêque et le chancelier seront finalement condamnés lors d’une parodie de jugement, puis torturés, soumis à diverses avanies publiques, et exécutés en 1527. L’avertissement est clair : qui brave Gustave, risque très grave.
Deuxième étape : s’emparer des biens de l’Église (monastères, cathédrales, chapitres, presbytères, etc.). Le principe de la confiscation est posé publiquement le 24 juin 1527 (recès de Västerås), mais Gustave doit procéder prudemment, car les paysans, qui bénéficient de la charité des abbayes, y sont très attachés. (La suppression des monastères en pays protestants fut une catastrophe pour les pauvres, surtout en Angleterre et aux Pays Bas [7].) En 1525 déjà, l’expulsion des moines de Gripsholm a fait réagir la population. En 1529, une émeute éclate autour du monastère cistercien de Nydala, dont le bailli Gotfrid Sure est venu s’emparer. Il y a plusieurs morts, dont le bailli lui-même. En 1530, Gustave devra donner l’ordre à ses agents de bien préparer leurs expéditions, afin d’expulser les moines sans bruit. Mais peu à peu, les trente monastères de Suède sont supprimés, les moines chassés, les bâtiments confisqués par le roi et les nobles. Les couvents subiront progressivement le même sort. (La loi interdisant les monastères en Suède ne sera abolie qu’en 1952.)
Tromper et soumettre le peuple
Troisième étape : la protestantisation. Il faut être encore plus habile, car le peuple est attaché à la vraie foi et à la liturgie catholique. Olaf Petersson (souvent connu sous son nom latinisé : Olaus Petri) rédige un manuel des cérémonies (Kyrkohandbok, 1529) qui conserve encore la plupart des cérémonies traditionnelles, tout en les amputant discrètement de ce qui exprime trop clairement la foi catholique. Une nouvelle messe (dite messe suédoise) est imposée dans certaines paroisses de Stockholm. On y exclut tout ce qui rappelle que la messe est un sacrifice ; on impose la communion sous les deux espèces ; mais on conserve largement, pour le reste, les formes extérieures traditionnelles. Gustave a ordonné de ne modifier que peu à peu le culte et la prédication, en tenant compte des dispositions locales. La progression vers le luthéranisme se fait donc à allure différente selon les régions. Les réactions sont décalées. Plus faciles à réprimer.
• La première révolte éclate à l’Ouest, dès 1529. Gustave réussit à la calmer en s’engageant (de façon ambiguë) à maintenir « les bons vieux usages chrétiens » et en promettant l’amnistie complète aux insurgés. Dès que tout est rentré dans l’ordre, il fait arrêter et exécuter les chefs qui ont eu la naïveté de le croire (notamment le juge Nils Olsson et le jeune seigneur Måns Bryntesson).
• En 1531, les montagnards du nord, les Dalécarliens, réclament à leur tour contre la nouvelle liturgie et le vol de leurs cloches (que Gustave veut convertir en monnaie). Les vétérans de l’indépendance sont à la tête de cette révolte des cloches. Gustave doit à ces rudes guerriers ses succès contre les Danois. Il faut les ménager. Il déclare n’être pas responsable des changements liturgiques. En même temps, il recommande aux pasteurs d’être discrets : supprimer les signes de croix et les génuflexions, oui ; mais maintenir provisoirement le rite de l’élévation à la messe, pour ne pas heurter le peuple. Lorsque les choses semblent apaisées, il fait subitement arrêter les meneurs. Plusieurs sont exécutés sur place. D’autres sont jugés à Stockholm. L’un d’eux (Måns Nilsson, d’Aspeboda) avait autrefois sauvé la vie de Gustave. Un autre (Anders Persson, de Rankhytta) l’avait hébergé chez lui pendant la guerre d’indépendance. Peu importe. Déclarés traîtres et rebelles, ils sont décapités en 1534.
• En avril 1540, ce sont les paysans de l’Est qui se plaignent de la dévastation des églises (auxquels Gustave a confisqué tous les vases sacrés, les croix, les châsses des saints et les ornements précieux – pour le plus grand profit du trésor royal). Ils protestent contre la nouvelle liturgie en langue vulgaire, mais, faute de chef, ils sont facilement écrasés.
• En mai 1542, un groupe de paroisses du Småland méridional trouve un chef en la personne d’un simple paysan : Nils Dacke, qui tient tête aux armée royales jusqu’en juillet 1543. La répression est impitoyable : supplice de la roue pour tous ceux qui sont pris par l’armée royale. Mais Gustave, de son côté, perd plus d’un millier d’hommes. Il remarquera mélancoliquement que cette guerre lui a coûté 700 000 marks : davantage que ce que lui avait rapporté, en sept ans, le pillage des églises du royaume.
Les prêtres fidèles à Rome, jusqu’ici plus ou moins tolérés s’ils ne faisaient pas de bruit, deviennent pour Gustave l’ennemi public numéro 1. Ils sont désormais arrêtés, torturés et tués sans aucune forme de procès. En 1544, Gustave fait abattre tous les calvaires, interdire les pèlerinages et fermer de force les onze monastères qui subsistaient encore.
Des pasteurs sous la terreur
En 1540, Gustave confisque définitivement la royauté suédoise. Elle était élective : elle devient héréditaire.
Mais l’Église suédoise a été confisquée dès 1528. Elle était divine : elle devient un service administratif de l’État. Ses évêques sont réduits au rang de fonctionnaires, à mi-chemin entre le préfet et le percepteur d’impôts. Ils sont autorisés à pontifier lors du sacre royal (qui a besoin d’un peu de solennité) mais, au quotidien, ils doivent surtout maintenir le peuple dans l’obéissance au roi et collecter des taxes ecclésiastiques au profit de la couronne.
Ceux qui refusent l’asservissement doivent quitter la Suède. Johannes Magnus, archevêque d’Uppsala, et Hans Brask, évêque de Linköping, sont contraints à l’exil.
Gustave se passerait bien d’évêques. Quel besoin de successeurs des Apôtres ? Des superintendants bien dociles suffisent pour relayer aux pasteurs les ordres du pouvoir. Le sacre épiscopal, qui transmet la plénitude du sacerdoce, n’a guère d’utilité pour ce type de fonctionnaires. Malheureusement, le peuple y reste attaché. Dans une lettre du 7 novembre 1527, Gustave constate que « le peuple ne veut plus se contenter d’évêques non sacrés, quoiqu’en vérité cette consécration soit peu nécessaire ». Pour éviter des troubles, il décide de faire sacrer ses superintendants de diocèse. Reste à trouver un évêque consécrateur.
De l’ancienne hiérarchie catholique, seuls deux évêques subsistent : le vieil Ingmar de Växjö (suffisamment inerte pour que Gustave le laisse mourir tranquillement dans son diocèse) et Peder Månsson, évêque de Västerås. Sans être luthérien, ce dernier n’a jamais osé s’opposer au roi. Il répugne tout de même à sacrer des évêques contre la volonté du pape. Pour le décider, on lui certifie qu’ils demanderont une confirmation papale après le sacre. Chacun des ordinands signe une déclaration écrite en ce sens. Peder Månsson y croit-il vraiment ? En tout cas, le sacre a lieu le 6 janvier 1528. Conformément aux exigences de Gustave, les nouveaux évêques prêtent serment d’obéissance non au pape, mais au roi.
En 1531, face à la révolte des Dalécarliens, qui réclament, entre autres, un évêque validement sacré, Gustave décide un nouveau sacre épiscopal. Cette fois-ci, Peder Månsson (évêque de Västerås) et Magnus Sommar (évêque de Strängnäs, sacré en 1528) ne peuvent plus croire – ni même faire semblant – que Gustave demandera ensuite la confirmation papale. Avant de procéder au sacre, ils signent secrètement – mais devant des témoins soigneusement choisis (deux docteurs en droit et un professeur de théologie) – un très curieux document.
Récusant l’hérésie luthérienne, et déplorant les nombreux abus « et autres innombrables et scandaleuses erreurs », les deux évêques déclarent :
Nous ne sommes pas capables de nous y opposer à la façon d’un rempart protégeant la maison de Dieu, comme c’est notre devoir, et comme nous le ferions si nous le pouvions.
Ils protestent :
Nous n’approuvons pas les élections faites ou à faire d’intrus que l’on voudrait promouvoir aux églises de Suède, au mépris et au préjudice du siège de Rome, et cela bien que nous procédions au sacre des évêques, contraints par la violence et mus par une crainte capable d’ébranler même des hommes solides, de quoi nous protestons ici.
Ils ajoutent :
De plus, au sujet de nos lettres présentes ou futures, scellées ou à sceller, concernant […] l’ordination de l’archevêque ou des évêques intrus, nous disons et nous protestons que nous ne voulons ni n’entendons leur accorder aucun droit ou autorité, mais que toutes ces choses et chacune d’elles faites par nous susdits évêques dans les matières luthériennes, par violence et par crainte, qu’il s’agisse d’écrits, de paroles, d’actes présents ou futurs au préjudice du siège de Rome, et de n’importe quel état ou dignité, nous déclarons le tout nul et non avenu.
Ils concluent :
Et puisque l’usage des notaires n’existe pas dans ce royaume, lesquels puissent rédiger en forme d’instrument public notre appel ou protestation, nous prions les vénérables maîtres susdits [les deux docteurs en droit] d’apposer aux présentes leur signature et leurs sceaux avec les nôtres.
Fait à Strängnäs, le 10 août 1531.
Suivent les signatures et les sceaux, encore bien visible sur l’original, qui fut découvert aux archives de Strängnäs à la fin du 19e siècle [8].
Une autre déclaration de même nature (à la fois clandestine et signée devant témoins) fut rédigée le 27 août, à la veille du sacre, par deux des futurs évêques : Sveno Jacobi (évêque de Skara) et Jonas Boetii (Växjö). Ils déclarent qu’ils n’acceptent ce sacre que pour éviter la prison et la ruine de leurs églises, et ils font le serment de solliciter leur confirmation à Rome « lorsque le temps et l’occasion seront opportuns ». Détail révélateur : avant qu’on découvre ce document (au 19e siècle), ces deux hommes avaient toujours passé pour de bons luthériens. Combien d’autres ont ainsi caché leurs convictions ?
On ne peut que blâmer cette faiblesse. Surtout chez des évêques, tenus de défendre la foi au péril de leur vie. Mais que dire de la religion qui s’est établie par de tels moyens ?
L’historien Magnus Nyman a montré qu’au début du 17e siècle, une bonne partie de la population suédoise n’a toujours pas réalisé qu’elle n’est plus sous l’autorité de Rome [9]. Mais le système protestant est solidement installé. Lorsque le deuxième fils de Gustave Vasa, Jean III, essaie de revenir vers l’Église catholique (il semble s’être secrètement converti le 6 mai 1578), il rencontre de terribles résistances. Son fils Sigismond III, sincèrement catholique, devra fuir la Suède. Soixante ans plus tard, la reine Christine de Suède devra également s’enfuir secrètement – en abandonnant la couronne – pour se convertir à l’Église catholique (1654). Depuis 1595, une telle conversion est un cas de haute trahison, passible de mort.
Le constat est terrible, mais inévitable : à tous les niveaux de la société suédoise – à la base comme au sommet, chez les laïcs comme chez les clercs – le protestantisme s’est imposé par la terreur et le mensonge. Comment nier que ce luthéranisme fût, avant tout, un lutherrorisme ?
Finlande : une exception au Lutherrorisme ?
Y a-t-il un avocat du protestantisme dans la salle ? Au lieu de défendre Gustave Vasa, il vous entraînera précipitamment vers l’Est.
— Assez parlé de la Suède ! Regardez plutôt la Finlande. Voyez ce beau pays. Examinez son histoire. Appréciez la continuité qu’on y remarque entre le christianisme du moyen âge et celui d’aujourd’hui. Aucune rupture, aucune violence. Comment, devant ce beau spectacle, oser encore parler d’un prétendu lutherrorisme ?
Effectivement, les historiens protestants aiment la Finlande. Ils racontent, d’un ton ému, que leur nouvelle religion s’y est imposée pacifiquement. Ils le disent, le répètent, le soulignent à gros trait, avec une curieuse insistance. On les sent tout heureux d’avoir un pays à présenter où les choses se seraient bien passées. Mais est-ce entièrement exact ?
Une protestantisation lente et discrète
En réalité, la Finlande n’a pas échappé au pillage des églises. Dès 1541, Gustave Vasa fait confisquer à son profit les objets d’or et d’argent, ainsi que les ornements précieux. Mais le vol se fait discrètement, sans manifestation iconoclaste, pour ne pas mécontenter la population. Et cette discrétion, il faut même parler de dissimulation, sera la caractéristique majeure de la « Réforme » finlandaise. Le secret de sa réussite. Peu à peu, les vieux prêtres sont remplacés par des pasteurs qui n’ont pas reçu d’ordination valide, mais qui continuent à chanter en latin et à entendre les confessions des fidèles, comme si de rien n’était. La nouvelle messe suédoise est introduite en certains lieux à partir de 1531, mais on garde en beaucoup d’endroits le rituel latin. Tout va très lentement. En 1582, on édite encore les traditionnels recueils de cantiques en latin pour les paroisse finlandaises.
Le roi Gustave Vasa s’impatiente parfois. Il reproche à l’« évêque » luthérien qu’il a nommé en 1554 de pontifier comme un évêque papiste. Mais le calme du pays vaut bien ces concessions. L’Église luthérienne finlandaise continuera donc jusqu’à aujourd’hui à honorer publiquement la sainte Vierge et à prier pour les âmes du purgatoire – de façon assez peu luthérienne.
Exécutions sanglantes
Les exécutions sanglantes viennent pourtant. En 1595, on se décide à protestantiser de force. Les paroisses reçoivent l’ordre de supprimer le rite de l’élévation à la messe. Les prêtres catholiques doivent être dénoncés et expulsés. A partir de 1598, ils sont passibles de peines de prison, qui sont parfois mortelles (le prêtre Johannes Jussula, conduit en Suède, meurt en prison après avoir été torturé). La peine de mort est ensuite expressément promulguée pour les prêtres catholiques, et même, en 1617, pour tout papiste surpris sur le territoire. Les jeunes Finlandais ont l’interdiction absolue d’aller faire leurs études dans des universités catholiques.
La protestantisation de la Finlande s’est faite davantage par la ruse que par la violence, c’est certain ; mais non de la façon pleinement douce et pacifique qu’on voudrait nous faire croire. De toute manière, elle n’aurait jamais eu lieu sans le lutherrorisme suédois.
Lutherrorisme au Danemark
Au Danemark, deux rois, surtout, doivent être nommés : Christian II et Christian III.
• Le roi Christian II (auteur du « bain de sang de Stockolm » en 1520, où il fit massacrer l’élite suédoise) fut le premier à appeler des prédicateurs luthériens. Ils y causèrent les mêmes troubles qu’ailleurs. Au surlendemain de Noël 1530, à Copenhague, une troupe de luthériens envahit l’église Notre-Dame pendant la messe et commence à briser les statues, saccager les livres, démolir le mobilier et profaner les lieux de toutes les manières possibles, avant qu’on parvienne à les repousser. Mais Christian II craignait pour son trône (qu’il finira d’ailleurs par perdre). Oscillant sans cesse entre le catholicisme et le protestantisme en fonction du contexte politique, il ne prit jamais définitivement parti.
• Le roi Christian III imposa le protestantisme par la force. Il avait participé à la Diète de Worms, en 1521. Très germanisé (il ne parlait presque jamais danois), il voulait soumettre son peuple à la religion allemande : celle de Luther. Il sut cacher ses desseins pour parvenir au trône royal. Il n’hésita pas à promettre fidélité à l’Église catholique lors de son sacre (1536). Ensuite, il jeta rapidement le masque.
Le coup de force de Copenhague (1536)
Dès son avènement, Christian III prépare un coup de force pour se faire déclarer chef de l’Église danoise. Les évêques sont invités, avec d’autres représentants de la nation, à une Assemblée nationale à Copenhague. La prison les attend. Au cours de la nuit, les rues de la ville sont bloquées. Dès quatre heures du matin, des hommes d’armes viennent arrêter les hommes d’Église. L’archevêque de Lund [10], Torben Bille, et l’évêque de Roskilde sont incarcérés. Leurs collègues subissent le même sort (l’évêque Joachim Rønnow, qui a réussi à s’enfuir par une fenêtre, est pris le lendemain). Dès que les huit évêques du pays sont sous les verrous, la réunion peut commencer (12 août 1536). L’Église n’a aucun défenseur dans l’assemblée qui décide de son sort. Les députés voient très clairement dans quel sens ils doivent voter s’ils ne veulent pas s’attirer de gros ennuis. Bon connaisseur de la nature humaine, Christian III manie la carotte en même temps que le bâton. Il fait discrètement avertir les députés les plus influents qu’ils recevront une part des dépouilles des monastères. Avec une belle unanimité – digne annonce des républiques soviétiques – l’assemblée de 1536 vote l’adoption totale et définitive du luthéranisme.
Guerre aux moines, paix aux curés
En 1537, une liturgie nouvelle (luthérienne, en langue danoise) est officiellement adoptée. La tactique est de procéder par étapes, pour éviter des troubles parmi le peuple. Dans un premier temps, les petits curés de paroisse ne sont pas trop inquiétés. On fait la chasse aux moines (monastères confisqués, récalcitrants exilés). Surtout, Christian remplace les évêques par sept fonctionnaires à sa solde (nommés superintendants) [11]. Ensuite, inutile de se presser, de jeunes pasteurs, formés dans les idées luthériennes, succèderont forcément aux vieux curés. Plutôt que d’attaquer directement les vérités catholiques, mieux vaut commencer par les taire, en attendant que les fidèles oublient.
Méthode lente, mais efficace, car elle maintient la masse dans la structure officielle. Il y eut toutefois des réfractaires. Pour les écraser, la Diète de Copenhague déclare en 1613 les catholiques inhabiles à toute fonction publique et les prive du droit d’héritage. En 1624, elle institue la peine de mort pour tous les prêtres catholiques (mesure qui ne sera levée qu’en 1849). Au Danemark, comme en Allemagne ou en Suède, la « Réforme » mérite le nom de lutherrorisme.
Lutherrorisme en Norvège
En Norvège (conquise par le roi danois Christian III), la prétendue Réforme est d’abord une entreprise de pillage [12].
Pillage organisé
Dans la seule ville de Bergen, on détruit la cathédrale, l’évêché, trois couvents et neuf autres églises, avec ordre de diriger « tous les matériaux » (surtout l’or et d’argent) sur le Danemark. Ce qui ne peut être emporté à Copenhague doit être vendu sur place, au bénéfice de la caisse royale.
Même pillage à Oslo, Stavanger et Nidaros (Trondhjem). Chaque fois, le pieux roi luthérien s’intéresse de très près au trésor de la cathédrale. Sans oublier le bronze des cloches et le plomb des cercueils, qui sont mis en lingots et emportés au Danemark. Les petits sanctuaires de campagne ne sont pas épargnés. En 1552, Christian III ordonne encore aux superintendants luthériens de « rechercher s’il ne reste pas d’églises superflues qui pourraient être démolies ».
Le roi sait intéresser les nobles danois à la « Réforme » norvégienne, en leur accordant une part du butin : le couvent de Nonneseter, avec tous ses biens et ses terres est attribué au seigneur Vincent Lunge. Le trésor de l’église des Apôtres de Bergen sera gracieusement offert à sa veuve, pour services rendus.
Et les évêques ?
Les historiens protestants affirment couramment que tous (ou presque tous) les évêques norvégiens sont passés sans difficulté au luthéranisme. La réalité est assez différente.
La Norvège comptait un archevêché (Nidaros, aujourd’hui Trondhjem) et quatre évêchés (Hamar, Bergen, Stavanger, Oslo).
• L’archevêque de Nidaros, Olav Engelbrektsson, avait été invité à participer à la fameuse assemblée nationale de Copenhague (en 1536) où tous les évêques furent arrêtés. Il devina le piège et resta chez lui. Les soldats danois vinrent l’arrêter en 1537, malgré une héroïque résistance de la population (sous la direction d’Einar Fjeld) et le secours de l’amiral norvégien Kristoffer Trondsen. L’archevêque mourut en exil, le 6 février 1538.
• A Hamar, il fallut aussi une véritable expédition militaire (15 000 hommes) pour arracher l’évêque catholique (Mogens Lauritssøn) à ses fidèles, en 1537. Sommé, au nom du roi danois, d’accepter le luthéranisme ou de démissionner de son siège, l’évêque refusa les deux solutions. Emmené par les soldats, il partit en bénissant son peuple, venu en masse lui dire adieu. Il mourut dans une prison danoise.
• Le dernier évêque catholique de Bergen, Olav Torkellsson, s’opposa fermement au luthéranisme et sa résistance lui valut la prison. Il fut finalement libéré, dans un état assez diminué. Avait-il promis de ne pas s’opposer à l’usurpateur luthérien qui avait occupé son siège (Gjeble Pederssøn) ? On l’a dit, mais ce n’est pas certain. Il n’a en tout cas jamais adhéré à l’hérésie. (Quant à Gjeble Pederssøn, il n’avait jamais été évêque catholique.)
• Le dernier évêque de Stavanger, Hoskuld Hoskuldsson, mourut en prison.
• Reste Oslo, dont le dernier évêque catholique, Hans Rev, fit scandale, en acceptant du roi Christian III le titre protestant de superintendant du diocèse. Le roi eut l’habileté de ne pas lui demander de profession de foi luthérienne. Il semble que Rev n’adhéra jamais explicitement aux erreurs de Luther, qu’il avait combattues avant l’emprisonnement des évêques danois par Christian III. Récupérer un évêque catholique pour cautionner la nouvelle structure était un avantage suffisamment important pour qu’on ne soit pas trop exigeant à son égard.
Mécontentement populaire
Le peuple norvégien manifesta longtemps son refus de l’hérésie. Les rapports officiels notent des mouvements de mécontentement lors des changements liturgiques. Ils mentionnent des pasteurs apostrophés en chaire lorsqu’ils enseignent les nouveautés luthériennes, voire chassés de leur paroisse par les paroissiens. A Setesdalen, un premier pasteur s’enfuit sous les menaces de mort, et son successeur est tué à l’intérieur même de l’église. Certaines paroisses offrent de l’argent aux autorités civiles pour qu’on ne leur envoie pas de pasteur. Des fidèles organisent des prières publiques pour demander « que la foi ancienne revienne, avec la doctrine du pape ». En 1552, le roi doit faire un décret pour obliger les paysans de Nidaros « à assister aux offices quand le superintendant [luthérien] vient visiter les églises ».
Il fallut quatre générations pour détruire la foi catholique. En 1613, un rapport officiel note qu’on trouve encore, dans la noblesse comme dans le peuple, de fortes inclinations vers la « doctrine papiste ». Les pasteurs eux-mêmes sont soupçonnés. Les superintendants, en visitant les paroisses, vérifient que leur bibliothèque ne contient pas d’ouvrages catholiques. En 1627, le rapport diocésain de Glostrup signale un pasteur, nommé Lauritz, qui déclare publiquement en chaire à « ses simples et pauvres fidèles » que la religion romaine est la vraie ; qu’on doit invoquer les saints, parce que, dans le Ciel, ils voient tout ce qui se passe sur la terre ; que la sainte Vierge a été exempte de tout péché. Pire : il aurait ajouté que d’autres pasteurs pensent comme lui, même s’ils n’osent pas le dire publiquement, car « il n’y a pas deux ou trois pasteurs sincères dans le pays ».
Bref, en Norvège comme ailleurs, la religion luthérienne fut imposée par la violence et par la ruse à une population qui n’en voulait pas.
Lutherrorisme en Islande
En Islande aussi, le luthéranisme est imposé par l’armée danoise. Comme en Norvège, églises et monastères sont pillés au plus grand profit du Danemark, tandis que les bibliothèques des couvents sont brûlées, pour effacer toute trace du passé catholique.
Le pays comprenait deux évêchés : Skálholt au sud, Hólar, au nord.
• Le dernier évêque catholique de Skálholt, Ögmundur Pálsson, est pris par les Danois et emmené au Danemark, où il meurt en prison, en 1542.
• Le dernier évêque de Hólar, Jón Arason, fait le serment solennel de lutter jusqu’à la mort contre l’hérésie. Il fait appel à son peuple. Une petite armée de 900 hommes réussit à chasser les Danois de l’île. Mais revenus plus nombreux, ils capturent l’évêque et le décapitent en 1550.
Des superintendants luthériens arrivent alors du Danemark pour diriger les églises. Ils prennent le titre d’évêques, pour tromper le peuple, mais la succession apostolique est rompue. C’est la fin de l’Église de Jésus-Christ en Islande, même si, comme en Finlande, beaucoup d’usages traditionnels sont conservés dans la liturgie, ainsi que le culte des saints.
Du terrorisme physique au terrorisme intellectuel
Reste un grand paradoxe : le protestantisme, qui s’est partout imposé par la terreur, a réussi à se donner une image pacifique et non-violente, renvoyant sur l’Église la responsabilité des flots de sang qu’il a fait couler.
Dans l’imaginaire collectif, le protestant est un doux persécuté. Le catholique un farouche persécuteur.
Comment une telle inversion de la réalité a-t-elle pu s’imposer ?
Le temps des faussaires
• D’abord, l’histoire n’est pas toujours écrite par les vainqueurs. En pays protestant, où les papistes étaient élimin és, elle fut facilement protestante. — En France, elle ne fut pas catholique [13]. Vainqueurs sur le terrain, les catholiques furent contraints au silence par l’autorité royale. Les Édits de pacification promulgués après chacune des Guerres de religion empêchèrent d’honorer les martyrs. Il n’y avait pas devoir de mémoire, mais d’amnésie, sous prétexte de promouvoir la paix. Parmi les 8 760 prêtres et religieux catholiques dont l’assassinat a été recensé, aucun n’aura les honneurs de la béatification [14]. Les héros de la Ligue sont aussi occultés. Les ouvrages ligueurs ont été saisis et brûlés par l’ordre de Henri IV (1er avril 1594) avec peine de mort pour ceux qui oseraient les conserver chez eux [15]. Le silence doit recouvrir les Guerres de religion. Mais un silence unilatéral. Les protestants, eux, n’oublient pas la fameuse, la terrible, la sinistre nuit de la Saint-Barthélemy qui a si brutalement ruiné leurs espoirs. Ils s’entretiennent dans l’esprit de vengeance. La propagande anglo-hollandaise jette sans cesse de l’huile sur le feu.
• Dans la France du 17e siècle, paradoxalement, la puissante argumentation de Bossuet renforce ce mouvement. Il met en lumière, de façon irrésistible, les contradictions et les variations incessantes de la doctrine protestante. Ceux qui sont sensibles à la logique abjurent en foule. Les autres doivent à tout prix fuir ce terrain rationnel. Ils se réfugient dans le sentiment, ou, plutôt, le ressentiment. La spirale de la victimisation s’enclenche, renforcée par les brimades de Louis XIV.
• En même temps, le protestantisme profite de son émiettement pour diluer ses responsabilités. Du côté victimes, il est rassembleur : toutes sont à lui. Du côté crimes, c’est l’inverse : il n’est jamais coupable, puisqu’il n’a pas d’autorité centrale. C’est toujours la faute de la secte d’à côté !
• De plus, comme toutes les révolutions installées, le protestantisme prend une allure conservatrice. Dès le 17e siècle, un respectable luthéranisme succède au lutherrorisme. Il affiche l’allure stricte, le visage sévère et l’austère costume noir d’un vertueux pasteur, dont les mains ne savent manier que la Bible. Peut-on décemment accuser un si digne personnage d’avoir commis des crimes dans sa jeunesse ?
• Enfin, la meilleure défense reste l’attaque. Pour cacher ses crimes, le protestantisme a très vite compris qu’il devait par dessus tout discréditer sa victime : la mettre elle-même en position d’accusée, pour l’empêcher de se plaindre. Hurler sans cesse contre elle, la couvrir de reproches, sur tout et sur n’importe quoi, pour la contraindre à la défensive. C’est ce qu’il fait depuis cinq siècles, avec un succès grandissant. A la Légende dorée, qui régala le moyen âge, le protestantisme a su opposer une légende noire dont chacun sait la ritournelle : la redoutable Inquisition, l’épouvantable colonisation espagnole, l’abominable Saint-Barthélemy, l’effroyable affaire Galilée, etc. Autant de mythes anti-catholiques, repris, développés, amplifiés au 18e siècle [16], et imposés aux enfants de France par l’Éducation totalitaire de Jules Ferry, mais lancés par la fabrique protestante. Ils ne visent pas seulement à attaquer l’Église : ils servent à détourner l’attention. A cacher les vrais squelettes que le protestantisme dissimule dans ses placards.
Légende noire
Voulez-vous entendre l’avocat du protestantisme ? Immédiatement, sans un mot pour la défense de son client, il se ruera à l’attaque :
– La répression des protestants par l’Église catholique n’a rien d’un mythe ! Oserez-vous nier les bûchers de l’inquisition en Espagne ? Ceux du roi en France ? Nierez-vous le massacre de Wassy ? La Saint-Barthélemy ? Les dragonnades ? La révocation de l’Édit de Nantes ?
Puisqu’il n’a pas d’autre argument, prenons-le au mot. Comparons !
Écoutons ce qu’il reproche aux catholiques et comparons avec la réalité protestante. Le contraste sera très utile pour distinguer les caractéristiques de la violence protestante et saisir la spécificité du lutherrorisme.
Seule cette comparaison nous intéressera ici. Il ne s’agit pas de réfuter toute la légende noire, déjà bien analysée par des spécialistes tels que Charles Barthélemy, Jean Guiraud, Jean Dumont ou Jean Sévillia. Ajoutons seulement, sur les Guerres de religion, une mention spéciale pour l’ouvrage de Jean Dumont : L’Église au risque de l’histoire. Il défend courageusement la Ligue (à la différence de Sévillia) et met en œuvre une si vaste et si solide documentation que l’historien protestant Pierre Chaunu a reconnu avoir été frappé « par l’étendue et la qualité de [son] information ». Dumont n’est jamais cité dans les bibliographies officielles : il mérite d’être ici mis à l’honneur [17].
Mais l’avocat protestant s’impatiente, et reprend son refrain : répression de l’hérésie, inquisition, guerres de religion, Saint-Barthélemy, dragonnades… Suivons-le donc. Petite visite guidée des grands lieux communs de la victimisation protestante.
La répression des hérétiques
La répression des hérétiques ? Le vrai, le gros, l’énorme scandale, c’est que des protestants puissent faire mine de s’en scandaliser. Les États protestants n’ont-ils pas banni sévèrement le culte catholique – souvent sous peine de mort – jusqu’au 19e, voire au 20e siècle ? N’ont-ils pas férocement persécuté les chrétiens qui voulaient simplement garder l’enseignement du Christ ? On ne les a guère entendus faire repentance. Par quelle aberration – ou quelle hypocrisie – s’indignent-ils de l’intolérance des papistes, alors qu’ils en ont manifesté au moins autant à leur encontre ?
Bossuet remarquait :
Je n’ai pas besoin de m’expliquer sur la question de savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l’Église et de la saine doctrine, puisque, en ce point, les protestants sont d’accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès pour établir sur ce point le devoir du magistrat. Calvin en vint à la pratique contre Servet et contre Valentin Gentil. Mélanchton en approuva la conduite par une lettre qu’il lui écrivit sur ce sujet.
La discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas, et on trouve parmi les articles de la discipline de l’Église [calviniste] de Genève que les ministres [les pasteurs protestants] doivent déférer au magistrat les incorrigibles qui méprisent les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes sans distinction [18].
Le champion du protestantisme français face à Bossuet, le pasteur Pierre Jurieu avoue naïvement :
Partout [la réforme] s’est faite par l’autorité des souverains. […] Ainsi s’est-elle faite à Genève par le Sénat ; en Suisse par le conseil souverain de chaque canton ; en Allemagne par les princes de l’Empire ; dans les Provinces-Unies [Pays Bas hollandais] par les États ; en Danemark, en Suède, en Angleterre, en Écosse par l’autorité des rois et des parlements ; et cette autorité ne s’est pas resserrée à donner la pleine liberté de religion aux réformés, elle a passé jusqu’à ôter les églises aux papistes, à briser leurs images, à défendre l’exercice public de leur culte, et cela généralement partout : et même, en plusieurs lieux, cela est allé jusqu’à défendre par autorité l’exercice particulier [= privé] du papisme [19].
Car le pasteur Jurieu, après avoir refusé l’autorité de l’Église, craint l’anarchie religieuse. Il réclame donc, pour protéger la foi, l’intervention de la seule autorité qui demeure : celle du prince et des magistrats. Il ne peut supporter que d’autres protestants veuillent s’en affranchir. Il accable ses adversaires en soulignant que le protestantisme a partout été imposé par le pouvoir politique :
En effet, Genève, les Suisses, les républiques et villes libres, les électeurs et les princes de l’Empire, l’Angleterre et l’Écosse, la Suède et le Danemark ont employé l’autorité du souverain magistrat pour abolir le papisme, et pour établir la réformation [20].
La France ne fait pas exception :
Quoique la réformation ait commencé en France sans l’autorité des souverains, cependant, elle ne s’est point établie sans l’autorité des grands ; et si les rois de Navarre, les princes du sang et des grands du royaume ne s’en fussent mêlés [Bossuet commente : « en se révoltant contre leurs rois, et en faisant nager leur patrie dans le sang des guerres civiles [21] »], la véritable religion aurait entièrement succombé, comme elle a fait aujourd’hui [22].
Et pour montrer aux protestants libéraux la terrible conséquence de leur refus du pouvoir doctrinal du prince, Jurieu ironise :
Voilà [selon leurs principes], la Réformation établie dans le monde par la violence, par la contrainte, par des voies injustes et criminelles. Ces messieurs sont de bonnes gens de vouloir bien demeurer dans une religion ainsi faite. Et qui a fait pis que le mahométisme [23] !
Bossuet n’a plus qu’à reprendre les arguments de l’un et l’autre parti pour conclure :
Tous les protestants se portent mutuellement des coups mortels. L’un dit que la religion universellement introduite par l’autorité et la contrainte n’est pas une religion, mais une hypocrisie ; et que forcer en cette sorte les consciences, c’est le pur et véritable antichristianisme. L’autre dit : Sortez donc de la réforme, qui, constamment, n’a point eu un autre établissement ! […] C’est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. […] La réforme a fait tout le contraire de ce qu’elle s’était proposé : elle se vantait de persuader les hommes par l’évidence de la vérité et de la parole de Dieu, sans aucun mélange d’autorité humaine ; c’était là sa maxime, mais, dans le fait, elle n’a pu ni s’établir ni se soutenir sans cette autorité qu’elle venait de détruire ; et, l’autorité ecclésiastique ayant chez elle de trop débiles fondements, elle a senti qu’elle ne pouvait se fixer que par l’autorité des princes : en sorte que la religion, comme un ouvrage purement humain, n’ait plus de force que par eux, et qu’à dire vrai elle ne soit plus qu’une politique [24].
Lorsque l’autorité royale manque aux protestants (comme en France), ils doivent recourir aux attentats :
La force et l’autorité sont si nécessaires à la réforme, qu’au défaut de la puissance légitime il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles [25].
Bref, ayant partout employé la contrainte et la violence, les protestants n’ont aucun reproche à faire aux catholiques sur ce terrain. Cette première conclusion suffit à montrer l’indécence de leurs jérémiades.
Mais il faut aller plus loin.
Compter les morts ?
Faut-il aborder l’aspect quantitatif ? Compter les morts, blessés, torturés dans chaque camp ? Et comparer le poids des cadavres ?
On laisserait volontiers ce genre de comptabilité macabre à ceux qui n’ont pas d’autre argument. Protégeons la paix des cimetières. Mais les pleureuses protestantes n’ont pas cette réserve. Leurs hurlements infatigables – mais fatigants – forcent un jour à poser la question : Voulez-vous vraiment la comparaison ?
Voulez-vous vraiment comparer le nombre des condamnations à mort prononcées par le grand épouvantail de la légende noire, le célèbre inquisiteur Torquemada, avec celles qui sont dues à ce brave petit juge luthérien de Leipzig qui avait nom Benedikt Carpzov (1596-1666), et qui est resté totalement inconnu du grand public ? Un « excellent homme », qui « lut, au cours de sa vie, cinquante-trois fois la Bible entière », nous dit l’Histoire générale du protestantisme [26]. Et modeste, avec ça : il ne réclama jamais son inscription au livre des records, bien qu’il ait, dans sa brillante carrière de chasse aux sorcières, prononcé 20 000 condamnations à mort ! Eût-il été catholique, son succès médiatique était assuré. Le monde entier connaissait son nom. Malheureusement, il était luthérien. Il dut laisser à Torquemada la place d’épouvantail en chef [27].
Voulez-vous vraiment comparer le nombre d’exécutions sous la reine Marie Tudor – que le parti protestant a voulu surnommer Bloody Mary (Marie la sanglante) – avec celui des victimes des fondateurs du protestantisme anglican : Henri VIII et Elizabeth [28] ?
On pourrait continuer la liste [29]. Mais l’essentiel est ailleurs. Évitons de nous centrer sur des chiffres, trop souvent discutés et toujours secondaires. L’important n’est pas d’ordre quantitatif.
Une différence capitale
Même en laissant de côté la question principale, qui est religieuse (où est la véritable Église fondée par le Christ ?), pour s’en tenir à la stricte justice humaine (le droit naturel), la différence est radicale entre :
• la violence protestante, essentiellement agressive,
• la violence catholique, essentiellement défensive.
Il est absurde de renvoyer dos à dos l’agresseur et l’agressé, l’envahisseur et l’envahi, le voleur et le volé, sous le facile prétexte qu’il y a eu des coups de chaque côté. En vérité, quoi de plus inique ?
Une société décadente pourra trouver des avocats pour mettre les torts sur le dos de la victime : si la vieille dame s’était gentiment laissé dépouiller, le voleur n’aurait pas eu besoin de la frapper ! Mais quoi de plus cynique ?
C’est pourtant l’argument protestant. Si la population s’était laissé arracher sa foi, sa loi, ses mœurs et sa civilisation sans réagir, il n’y aurait pas eu de problème ! Tout le mal vient de l’intolérance catholique !
Aujourd’hui même, les historiens protestants en sont encore là. Si vous en doutez, ouvrez le récit des Guerres de religion donné par Patrick Cabanel (directeur d’études à la prestigieuse École Pratique des Hautes Études) [30]. Est-il gêné par les attentats que les protestants multiplient pour renverser la religion millénaire de la France ? Pas le moins du monde ! Les protestants luttent pour leurs droits. Ils sont déjà, à leur manière, les champions des droits de l’homme [31]. Ceux qui veulent garder la vieille identité catholique de leur pays semblent, en revanche, n’avoir aucun droit de la défendre. Aucune excuse. Cabanel ne ménage aucun effort pour les rendre odieux. On croirait qu’il tient absolument à mériter le mot ironique de Bossuet :
Qui n’admirerait ces réformés ? Ils sont les saints du Seigneur, à qui il n’est pas permis de toucher et toujours prêts à crier à la persécution. Mais, pour eux, il leur est permis de tout ravager parmi les catholiques, et, si on les en croit, ils en ont reçu le commandement d’en haut [32].
Quand la minorité veut faire la loi
Un naïf pourrait s’étonner que les historiens modernes soient si favorables à une minorité qui brandissait le fer et le feu pour imposer sa loi à l’ensemble de la nation. Est-ce bien démocratique ? C’est oublier que la religion démocratique ne consiste pas à se soumettre à la volonté du peuple, mais, au contraire, à soumettre le peuple, de gré ou de force, au culte de la grande Déesse (et aux rites électoraux qui vont avec). Pas de démocratie pour les ennemis de la Démocratie. C’est élémentaire. Or le protestantisme va dans le sens du progrès, puisqu’il s’oppose à l’Église. Malgré son attachement regrettable – mais provisoire – à quelques restes de christianisme, il constitue une étape indispensable vers l’ère glorieuse de la Démocratie et des Droits de l’homme. Contrairement à ce qu’une arithmétique trop primaire pourrait laisser croire, c’était donc bien la minorité protestante – minorité éclairée – qui représentait la démocratie, à qui, malheureusement, la majorité obscurantiste a refusé de se soumettre (ce qui prouve son intolérance et son fanatisme).
Thèse sous-jacente chez Cabanel, on l’a vu, et développée sans fard par tous les propagandistes de la Pensée unique [33]. On n’est plus dans le réel, mais dans l’idéologie militante. Pourtant le réel demeure. Et notamment cette caractéristique de la violence protestante :
Ce n’est point comme dans certains pays (en Espagne, par exemple) les pouvoirs publics protégeant l’immense majorité dans l’exercice de sa religion – et contre les périls de la division religieuse – par des rigueurs quelquefois excessives ; c’est une minorité audacieuse qui entreprend par le fer et le feu de changer les croyances de tout un peuple et qui, après avoir acheté cet exécrable succès au prix de massacres sans nom, légalise ses violences […].
Pour avoir été étouffée par les clameurs intéressées, cette vérité n’en est pas moins constante et les déclamations contre les représailles catholiques ne prouvent rien. Les guerres religieuses portent naturellement au plus haut degré les fureurs des guerres civiles. Elles déchirent Dieu et la patrie, et ces suprêmes déchirements ne s’opèrent pas sans surexciter la férocité humaine jusqu’à des proportions inouïes. Mais, quand il serait vrai que les fidèles de l’antique Église eussent parfois outrepassé les droits de la défense, il n’en reste pas moins écrit dans tous les documents authentiques de nos annales qu’ils ont été attaqués avec un emportement sans égal et que ce n’est que par le meurtre des forts, l’oppression des faibles et la complicité tyrannique des couronnes que leurs adversaires ont imposé à certaines provinces de l’Europe d’impopulaires nouveautés [34].
Loin de réclamer une illusoire liberté religieuse, le peuple français demandait instamment à être protégé de l’hérésie :
Ce qui nous frappe le plus, dans les articles particuliers [de l’Édit de Nantes], c’est l’unanimité des réserves faites en faveur du catholicisme par les villes et les seigneurs qui se rendirent à Henri IV. L’exclusion du protestantisme est réclamée partout comme le plus grand bienfait [35].
Après avoir souligné « la généralité des réclamations contre l’introduction légale de l’hérésie dans le royaume très chrétien », le même historien commente :
Quelque partisan qu’on soit de la liberté religieuse, encore faut-il convenir que c’est en altérer singulièrement la signification que de l’imposer de par le roi à une nation qui lui préfère l’antique unité de la foi des ancêtres, et qu’il est étrange, si ce genre de progrès est une conséquence naturelle du développement de l’humanité, qu’il faille tant de ruse alliée à tant de tyrannie pour le lui faire accepter [36].
L’Inquisition : légitime défense
On voit combien la violence protestante diffère de l’inquisition catholique, qui – faut-il le redire ? – n’a jamais visé à convertir de force. Loin d’être un instrument de conquête ou de prosélytisme, l’inquisition était une institution de légitime défense. L’Église protégeait la foi de ses enfants ; le pouvoir civil défendait une société déjà catholique, où la foi, établie de façon pacifique, avait naturellement formé une civilisation chrétienne.
Rien à voir avec les méthodes d’un Gustave Vasa (Suède et Finlande), d’un Christian III (Danemark, Norvège, Islande), d’un Henri VIII (Angleterre) ou d’une Jeanne d’Albret (Navarre), qui mêlent savamment violence et mensonge pour agresser leur propre peuple, lui voler sa foi ancestrale et lui faire avaler de force une nouvelle religion qu’il voudrait vomir.
Considérons un instant la fameuse inquisition espagnole. Les cinq grands procès qui mirent fin aux tentatives luthériennes en Espagne firent périr, au total, 67 hérétiques [37]. Ceux-ci n’étaient pas poursuivis pour de simples opinions, mais pour des actes de rébellion. Ils s’étaient conjurés pour renverser l’ordre établi. Circonstance aggravante : plusieurs d’entre eux étaient prêtres. Ils continuaient tranquillement à jouir des honneurs ecclésiastiques, tout en travaillant secrètement à détruire la foi catholique qu’ils s’étaient engagés à défendre. Quelle institution pourrait subsister sans punir de telles trahisons ?
Le chef de la conjuration, le père Augustin Cazalla, remarqua mélancoliquement avant de monter au bûcher (le 21 mai 1554) :
Si seulement ils avaient attendu six mois avant de nous arrêter, c’est nous qui, aujourd’hui, leur ferions ce qu’ils sont en train de nous faire [38].
On ne pouvait mieux justifier la décision des juges. Face à l’agression protestante, la société espagnole était en état de légitime défense. Si elle ne sévissait pas immédiatement, c’était, comme en France, le début d’un immense incendie, avec des centaines d’églises détruites, des milliers de religieux assassinés, des dizaines de massacres aux quatre coins du pays. Il fallait s’opposer au lutherrorisme pendant qu’il en était encore temps.
Voltaire a écrit :
Il n’y eut en Espagne, pendant le 16e et le 17e siècle aucune de ces révolutions sanglantes, de ces conspirations, aucun de ces châtiments cruels qu’on voyait dans les autres cours d’Europe […] Enfin, sans les horreurs de l’Inquisition, on n’aurait rien eu alors à reprocher à l’Espagne [39].
Le bon sens de Joseph de Maistre commente :
Je ne sais si l’on peut être plus aveugle. Sans les horreurs de l’Inquisition, on n’aurait rien eu à reprocher à cette nation qui n’a échappé que par l’Inquisition aux horreurs qui ont déshonoré toutes les autres [40].
Et ailleurs :
Si vous pensez aux sévérités de Torquemada sans songer à tout ce qu’elles prévinrent, vous cessez de raisonner [41].
Et encore :
Jamais les grands maux politiques, jamais surtout les attaques violentes portées contre les corps de l’État ne peuvent être prévenues ou repoussées que par des moyens pareillement violents [42].
Parce qu’elle défendait vraiment le peuple, l’inquisition fut toujours populaire en Espagne. Sa légende noire n’est pas née sous le soleil andalou, mais dans les brumes de Londres, près de la fameuse Tour où Henri VIII et d’Élizabeth 1ère faisaient torturer leurs prisonniers. Dans cette tour, le bienheureux Nicholas Owen mourut, lors d’une séance de torture, avant même l’ouverture de son procès. Dans cette tour, aussi, le père John Gérard subit la torture, avant de réussir à s’évader [43]. Mais trois siècles plus tard, aux touristes étonnés d’y découvrir de tels instruments de torture, les guides raconteront qu’ils n’étaient là qu’en dépôt : ils avaient été apportés d’Espagne, où ils servaient à l’Inquisition.
C’est ainsi que l’Angleterre protestante se défaussait de ses crimes sur l’Inquisition espagnole.
L’Éducation totalitaire
Ce que les guides de la Tour de Londres faisaient en petit, l’Éducation totalitaire de Jules Ferry le fera en grand, à l’échelle de toute la France.
Marié à une calviniste, entouré de conseillers du même culte (Léon Say et Conrad de Witt), Jules Ferry livra littéralement l’école prétendue « neutre » aux protestants :
• Dans les bureaux du ministère, le protestant Ferdinand Buisson dirige l’enseignement primaire ; le protestant Élie Rabier l’enseignement secondaire ; le protestant Louis Liard l’enseignement supérieur. La protestante Pauline Kergomard est inspectrice générale des écoles maternelles.
• Pour couler dans un moule unique la formation des maîtres, les différentes Écoles normales d’instituteurs et d’institutrices sont chapeautées par deux Écoles Normales Supérieures qui en forment les professeurs, sous la surveillance du protestant Félix Pécaut.
• Pour l’enseignement secondaire des jeunes filles, une autre École Normale Supérieure est fondée à Sèvres : sa première directrice, Julie Favre, est fille d’un pasteur. (Les simples Écoles normales ne sont pas toutes dirigées par des protestants, mais ce n’est pas rare : Mme Bourguet à Paris, le pasteur Joseph Goy à Toulouse, etc.).
• Autre centre stratégique de propagande : le Musée Pédagogique, où règnent en maîtres les protestants Bonet-Maury et Jules Steeg.
• Enfin, les protestants Gabriel Monod, Alphonse Aulard et Charles Seignobos s’occupent des manuels d’Histoire, avec la belle « neutralité » qu’on peut imaginer.
Gabriel Monod (1844-1912) mérite une mention spéciale. Il a d’abord pensé devenir pasteur, comme son grand-père, son arrière-grand-père et quatorze de ses cousins. Mais de la foi protestante, il n’a plus que la haine de l’Église (il dira du protestantisme, peu avant sa mort : « Je n’en ai pas gardé la croyance, mais au fond, je suis un vieil huguenot »). Pour satisfaire cette haine, il choisit l’histoire. En face de la Sorbonne, qui a le grand tort de ne pas être encore assujettie aux historiens protestants (elle le sera bientôt, grâce à un habile système de cooptation), on fonde, aux frais de l’État, l’École des Hautes Études (1868), où Gabriel Monod dispense la bonne parole huguenote [44]. En face de la réputée Revue des questions historiques, jugée trop catholique, Monod fonde aussi, en 1876, la Revue historique, qui devient une véritable machine de guerre contre l’Église. Le sectarisme anti-catholique y est si violent que Gustave Fagniez, co-fondateur, en démissionne dès 1881.
Dans un tel contexte, qui peut croire que le protestantisme sera raconté de façon impartiale, ou même seulement honnête, aux élèves français ?
Komintern et Calvintern
Il est facile de cacher aux Français les atrocités du lutherrorisme suédois ou norvégien. Plus difficile de taire les attentats calvinistes dont beaucoup d’églises françaises portent encore la trace. Mais ce n’est pas le plus important. L’essentiel est de dissimuler les visées totalitaires du calvinisme. De faire oublier son organisation, sa stratégie, et tout ce qu’un historien américain a pu qualifier du nom évocateur de Calvintern, par analogie avec le Komintern soviétique. Robert Kingdon souligne en effet les ressemblances
entre le mouvement communiste international parrainé par une organisation appelée le Komintern, avec son quartier général à Moscou, destiné à miner les sociétés occidentales et à répandre le communisme à travers le monde, et un mouvement calviniste international parrainé par ce que j’aimerais appeler le Calvintern, avec son quartier général à Genève, destiné à miner les sociétés catholiques et à répandre le christianisme réformé à travers l’Europe.
Entre autres choses, les deux mouvements me semblaient structurellement similaires, organisés autour d’un principe alors appelé « centralisme démocratique », avec des unités locales, cellules ou congrégations, possédant chacune une autonomie considérable et, par là, capable d’agir indépendamment d’autres unités dans un territoire voisin qui pouvaient se trouver menacées, mais toutes soumises à un centre idéologique unique et autoritaire [45].
Dans cette entreprise de subversion calviniste internationale, la France est la première visée. Tout un réseau, solidement organisé, travaille à s’emparer du pays. C’est la première chose à garder en tête pour comprendre l’ensemble des événements. C’est ce que la mythologie huguenote – pieusement relayée par l’Éducation totalitaire – s’emploie à dissimuler. On a alors beau jeu de s’indigner des réactions ! Les agents subversifs deviennent les innocentes victimes de l’intolérance catholique.
Mythologie huguenote
Pendant plus d’un siècle, l’école de Jules Ferry a fait pleurer les petits Français catholiques sur
— les « martyrs » calvinistes,
— le « massacre de Wassy » (systématiquement présenté comme « le début des guerres de religion »),
— la Saint-Barthélemy de 1572,
— les dragonnades de Louis XIV,
— enfin, la fameuse révocation de l’Édit de Nantes, avec ses exilés et ses camisards.
Reprenons rapidement la litanie.
— Au centre : la Saint-Barthélemy, devenue un pivot essentiel du cours d’Histoire gratuite, laïque et obligatoire imposé aux petits Français (certains manuels scolaires n’y consacrent pas moins de quatre illustrations) [46]. Même aujourd’hui, elle surnage, dans le naufrage organisé de l’enseignement de l’histoire. Pas un mot, en revanche, des 3 000 catholiques massacrés à Orthez trois ans auparavant [47], ni des 860 catholiques massacrés à Montbrison le 15 juillet 1562 (dix ans avant la Saint-Barthélemy) [48], ou des 567 catholiques massacrés à Lauzerte-en-Quercy le 15 août 1562 [49], pour ne prendre que quelques exemples parmi beaucoup d’autres. Les cadavres protestants sont tellement plus intéressants ! Voilà déjà le mythe du protestant-victime solidement installé dans la tête des élèves de l’école « neutre ».
— Mais la Saint-Barthélemy n’est survenue qu’en 1572, et il faut bien expliquer les guerres qui précèdent. Pour innocenter ses coreligionnaires, un propagandiste protestant, Jean Crespin (1520-1572), entreprend dès 1554 de les d éguiser en martyrs. Belle trouvaille polémique, qui désarçonne pourtant ses amis calvinistes, opposés au culte des saints : est-il bien logique d’établir un martyrologe huguenot quand on critique les saints catholiques ? Crespin est soupçonné de déviationnisme. Le Conseil de Genève voudrait qu’on retire de son livre ce nom malsonnant de martyrs. Mais l’auteur y tient. Pour faire oublier les crimes et les sacrilèges commis par les huguenots, quoi de mieux que de les parer d’un titre que l’adversaire tient en si haute estime ? La manœuvre réussit au delà de toute espérance. Le Livre des martyrs de Crespin parvient à persuader les révoltés calvinistes qu’ils sont les dignes héritiers des premiers chrétiens. Patrick Cabanel remarque :
Le monument de Crespin a sans doute fortement contribué à doter le protestantisme français d’une identité victimaire, pour ne pas dire doloriste, puisque ses héros sont par définition des vaincus du monde, haïs par la foule, traqués sans trêve par la justice et les autorités. Ce livre est celui du sacrifice et de la défaite. Certes, ni les parjures, ni les lâches, ni les tièdes n’y figurent, mais des opiniâtres – qui l’ont payé au prix fort [50].
Opiniâtres : c’est le mot. Bossuet souligne justement « combien immense est la différence du courage forcené que la rage inspire, d’avec la constance véritable, toujours réglée, toujours douce, toujours paisible et soumise aux ordres publics, telle qu’a été celle des [vrais] martyrs [51] ».
Sans même s’élever jusqu’au jugement proprement théologique (qui empêche de considérer comme « martyrs » ceux qui meurent pour une erreur), on peut aisément constater, avec Bossuet, que la prétendue Réforme a eu, dès son origine, « un esprit contraire à celui du christianisme et à celui du martyre [52] ». Le grand évêque explique :
Tant que la réforme fut faible, il est vrai qu’elle parut toujours soumise, et donna même pour un fondement de sa religion qu’elle ne se croyait pas permis non seulement d’employer la force, mais encore de la repousser. Mais on découvrit bientôt que c’était là de ces modesties que la crainte inspire, et un feu couvert sous la cendre : car aussitôt que le nouvelle réforme put se rendre la plus forte dans quelque royaume, elle y voulut régner seule.
Premièrement les évêques et les prêtres n’y furent plus en sûreté ; secondement les bons catholiques furent proscrits, bannis, privés de leurs biens, et, en quelques endroits de la vie, par les lois publiques ; comme, par exemple, en Suède, quoiqu’on ait voulu dire le contraire : mais le fait n’en est pas moins constant.
Voilà où en sont venus ceux qui d’abord criaient tant contre la force ; et il n’y avait qu’à considérer l’aigreur, l’amertume et la fierté répandue dans les premiers livres et dans les premiers sermons de ces réformés ; leurs invectives sanglantes ; les calomnies dont ils noircissaient notre doctrine ; les sacrilèges, les impiétés, les idolâtries qu’ils ne cessaient de nous reprocher ; la haine qu’ils inspiraient contre nous ; les pilleries qui furent l’effet de leurs premiers prêches ; l’aigreur et la violence qui parut dans leurs placards séditieux contre la messe, pour juger ce qu’on devait attendre de semblables commencements [53].
Ceux que les huguenots veulent présenter comme des « martyrs » furent souvent condamnés pour des attentats sacrilèges ou des provocations blasphématoires. Ils voulaient choquer, blesser, terroriser. Ils y sont parvenus. La brutalité iconoclaste qui bouleverse la France des années 1520 – en attendant le paroxysme des années 1560 – a toutes les caractéristiques du terrorisme. L’attaque psychologique prépare l’affrontement physique. Cabanel lui-même le reconnaît du bout des lèvres :
Et peut-être l’initiative de la violence, symbolique et non charnelle, certes, vient-elle des protestants : ils cèdent […] au vertige de l’iconoclasme [p. 216].
Étonnant peut-être, qui, loin d’affaiblir l’aveu, en double la portée, en montrant le poids des réticences qu’un protestant doit réussir à vaincre, avant de se rendre à l’évidence.
Les terroristes calvinistes savaient ce qu’ils faisaient et ce qu’ils risquaient. Ils furent punis selon les lois de l’époque. Ils ne pouvaient pas ne pas l’être. Imagine-t-on, aujourd’hui, une série d’attentats contre les grands symboles de la religion laïque – loges maçonniques, centres de « planning familial », etc. – sans que les auteurs soient inquiétés ?
Le « martyr huguenot par excellence [54] », Anne du Bourg, dont les protestants répandirent partout l’image du supplice (car leur iconoclasme a des limites), fut d’abord poursuivi en justice pour avoir injurié le roi en face. ça ne lui suffisait pas. Il trouva moyen d’organiser, depuis sa prison, l’assassinat de ses juges [55]. Lorsqu’un d’entre eux, le président Minard, eut été massacré (deux autres ayant réussi à échapper), les magistrats n’étaient plus très portés à l’indulgence à son égard. N’est-ce pas là un curieux martyr ? Et n’est-il pas évident qu’un tel excité aurait persécuté les catholiques avec la dernière fureur – comme Gustave Vasa, Henri VIII ou Jeanne de Navarre – si on l’avait laissé faire ? Seule la mythologie peut en faire un champion de la liberté des cultes.
Quelle espèce de réformateurs et de martyrs a produit ce nouvel évangile ! Mais la haine, le dépit, le désespoir, et tout ce qu’il y a de plus outré dans les passions humaines, jusqu’à la rage […] ne pouvaient pas produire d’autres fruits [56].
— Mythe également, le prétendu « massacre » de Wassy (1er mars 1562) dont l’histoire officielle veut absolument faire le début des Guerres de religion. Bossuet, déjà, avait ramené ce drame à ses justes dimensions, en s’appuyant sur l’autorité d’auteurs protestants [57]. à un pasteur qui essayait d’invoquer ce mythe, il répliquait encore :
M. Jurieu donne pour raison de la justice de leurs armes le massacre de Wassy, sans répondre un mot seulement aux témoignages incontestables même des auteurs protestants, par lesquels nous avons montré que ce prétendu massacre ne fut qu’une rencontre fortuite, et un prétexte que la rébellion, déjà résolue, se voulait donner [58].
Dix fois, cent fois, le mensonge de Wassy a été réfuté. On a montré que ce ne fut pas un massacre (unilatéral), encore moins une entreprise délibérée, mais une échauffourée qui a mal tourné. Elle est due à une double provocation protestante : après avoir bravé l’édit royal leur interdisant de se réunir en ce lieu (à quelques mètres de l’église où le duc de Guise entendait la messe avec ses hommes), les huguenots eurent la judicieuse idée d’attaquer les soldats catholiques à coups de pierres. Vu le contexte, c’était jeter une étincelle dans un baril de poudre. Ils se déclarèrent pourtant très surpris, et totalement scandalisés, qu’on ait fini par leur répondre à coups d’arquebuse. Pourquoi tant de haine ? Bien sûr, ni eux ni l’histoire laïco-républicaine ne précisent le contexte. Et surtout les massacres bien plus importants (mais seulement de catholiques, il est vrai) qui avaient eu lieu durant les mois précédents :
• à Montauban, le 13 juillet puis le 15 août 1561 : incendie des églises avec massacre des catholiques qui veulent les défendre,
• à Montpellier, les 19 et 20 octobre 1561 : massacre de 250 catholiques ;
• à Nîmes, le 21 décembre 1561 : nouveau massacre de catholiques.
Deux semaines avant l’incident de Wassy, un synode protestant de 70 pasteurs (réuni à Nîmes du 2 au 15 février 1562) avait décidé d’entreprendre la destruction systématique de toutes les églises : il était présidé par le pasteur Pierre Viret, envoyé en France par le consistoire de Genève avec un mandat de « visiteur ». — Avant Wassy également, depuis le début des années 1560, une effroyable vague d’iconoclasme ravage et terrorise le midi de la France. — Deux ans avant Wassy, encore, un prince calviniste annonce (le 5 mars 1560) qu’« un grand coup sera bientôt frappé », dont le but est, ni plus ni moins, l’extermination de « tous les prêtres de France » [59]. — Et il n’y aurait personne pour orchestrer ces troubles ? Pas de mot d’ordre ? Aucun plan concerté ? A cette question, tous les regards se tournent instinctivement vers Genève. Mais on n’en saura jamais plus, car le dévoué successeur de Calvin dans la Mecque calviniste, Théodore de Bèze, qui disposait d’une abondante documentation sur toute cette période, en a détruit une partie après avoir écrit son Histoire ecclésiastique (1579). « Pour des raisons de sécurité », explique, d’un ton suave, le bon Cabanel, qui ajoute :
Il pouvait arriver malheur à Genève, et la documentation risquait d’être saisie par des lecteurs mal intentionnés [60].
On n’est jamais trop prudent. D’ailleurs, comme deux précautions valent mieux qu’une, le même Théodore de Bèze insiste beaucoup pour que tout le monde comprenne bien, une fois pour toutes, et sans qu’on ait besoin de le redire, que l’origine des Guerres de religion n’est à chercher nulle part ailleurs qu’à Wassy. Alors que d’autres mémorialistes protestants racontent tout simplement l’accrochage du 1er mars 1562 tel qu’il fut, avec ses vingt-trois morts (ce qui est à la fois beaucoup et relativement peu), Bèze le grossit démesurément, en fait le tournant essentiel de son Histoire ecclésiastique, y revient sans cesse et déclare d’un ton dramatique que ce massacre est le
premier commencement des guerres civiles qui s’en sont ensuivies et de tous les maux qui en sont advenus et adviendront à toute la Chrétienté [61].
Pourquoi cette insistance ? C’est qu’il faut sauver le soldat Calvin ! Cacher ses visées guerrières. Faire oublier le terrorisme protestant. Mettre les responsabilités de la guerre civile sur le dos des catholiques. Et pour cela, pas d’autre moyen que de braquer le projecteur sur Wassy.
Le matraquage dure toujours. Les Cahiers Science et vie sur les guerres de religion (déjà mentionnés) trouvent moyen de raconter sept fois le « massacre de Wassy » en trente pages de dossier [62] ! Visiblement, pour cette officine de propagande politiquement correcte, on n’en fait jamais trop. Les inexactitudes abondent (toujours orientées dans le même sens) [63]. Le plus important n’est pourtant pas ce qui est dit, mais ce qu’on veut à tout prix cacher. La tactique est de faire du bruit, agiter des images, remuer les émotions, marteler régulièrement les noms Wassy ou Saint-Barthélemy, comme en un rythme lancinant de tam-tam, afin d’empêcher le lecteur de réfléchir posément et de s’élever à une vue raisonnée de l’ensemble de la situation. Il faut à tout prix détourner son attention de la réalité centrale, qui s’impose immédiatement, comme une évidence, dès qu’on accepte de la considérer : le protestantisme a tenté de s’emparer de la France par la terreur.
Pour développer ses réseaux clandestins, le protestantisme a d’abord feint la douceur (période de taqyia [64]), réservant le terrorisme iconoclaste et les assassinats de prêtres à des « loups solitaires », officiellement désavoués par le reste de la communauté. Le plan était encore de type luthérien : s’emparer de la personne du roi, pour protestantiser la France de force, en son nom, comme dans les pays du nord. Après quelques essais manqués, les calvinistes préfèrent la rébellion armée. Dans les années 1560, ils se croient suffisamment puissants pour déclencher la guerre (période de djihad). Ils la préparent activement depuis au moins deux ans lorsqu’elle éclate en 1562 [65]. Wassy n’est là dedans qu’un prétexte.
Autre évidence : si les catholiques français ne s’étaient pas vigoureusement défendus, ils auraient été protestantisés de force. Qui peut le nier ? Personne. Il faut donc à tout prix en détourner les regards.
— Les lamentations sur les dragonnades ou la révocation de l’Édit de Nantes relèvent de la même stratégie de diversion. Si Louis XIV a fâcheusement subi l’influence du principe de son temps : Cujus regio, ejus religio (tout prince aurait le droit d’imposer sa religion à ses sujets), on ne peut oublier que c’était précisément le principe des pays protestants. On ne peut oublier, non plus, que les privilèges dont jouissait la religion prétendue réformée en France, depuis l’Édit de Nantes, n’avaient été obtenus que par le terrorisme et la guerre civile. Les protestants avaient, alors, fait subir aux catholiques bien pire que ce qu’ils auront eux-mêmes à endurer. Sans refuser de compatir à leurs malheurs de 1685, on doit répéter que les excès de Louis XIV ne suppriment rien des torts initiaux d’une religion, qui, partout, s’est imposée (ou a essayé de s’imposer) par la terreur.
Bossuet – qui s’était employé à empêcher toute violence contre les protestants dans son diocèse [66] – remarquait déjà :
Ceux qui n’ont que les dragons à la bouche, et qui pensent avoir tout dit pour la défense de leur cause quand ils les ont seulement nommés, doivent souffrir à leur tour qu’on leur représente ce que le royaume a souffert de leurs violences, et encore presque de nos jours. Ils sont convaincus par actes et par leurs propres délibérations qu’on a en original, d’avoir alors exécuté en effet par une puissance usurpée plus qu’ils se plaignent à présent d’avoir souffert de la puissance légitime. Le fait en a été posé dans l’Histoire des Variations [67] et n’a pas été contredit. On y a dit qu’on avait en main en original les ordres des généraux et ceux des villes à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la réforme par taxes, par logements, par démolition de leurs maisons, et par découverte de leurs toits. Ceux qui s’absentaient pour éviter ces violences étaient dépouillés de leurs biens. Les registres des hôtels de ville de Nîmes, de Montauban, d’Alais, de Montpellier et d’autres villes du parti sont pleines de telles ordonnances. On a été bien plus avant ; une infinité de prêtres, de religieux, de catholiques de tous les états ont été massacrés dans le Béarn par les ordres de la reine Jeanne [de Navarre], sans autre crime que celui de leur religion ou de leur ordre. […]
Ceux qui nous vantent leur patience et leurs martyrs sont en effet les agresseurs, et le sont de la manière la plus sanguinaire.
Ces dragons dont on fait sonner si haut les violences, ont-ils approché de ces excès ? Et tout ce qu’on leur reproche d’avoir entrepris sans ordre, de combien est-il au-dessous des violences où les protestants se sont emportés par des ordres bien délibérés et bien signés [68] ?
Un succès fragile
Bossuet avait déjà tout dit. Mais qui lit encore Bossuet ?
Ici, le découragement pourrait nous prendre. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, la légende noire anti-catholique, si efficacement relayée par l’école totalitaire de Jules Ferry et l’ensemble des médias, semble avoir gagné la partie. Elle s’est imposée. Elle domine en despote absolue. Inventée pour cacher les crimes du protestantisme, elle a surtout aidé à la déchristianisation de la France (au plus grand profit, non du luthéranisme ou du calvinisme, mais de l’ultime dégénérescence du protestantisme libéral : la religion des Droits de l’homme).
La France, qui avait su vaincre le terrorisme physique au 16e siècle, est aujourd’hui vaincue par le terrorisme intellectuel de l’Éducation totalitaire.
Comment renverser un tel Goliath ?
Peut-être suffit-il, en réalité, d’imiter David : viser au bon endroit.
Car si Goliath est solide, féroce et bien armé, il reste fragile en un point capital. Une seule vérité, bien placée, peut suffire à l’abattre. Un simple constat historique suffit à l’assommer. Constat très simple, et historiquement incontestable : le protestantisme s’est partout imposé par la terreur.
A Londres comme à Genève, en Allemagne comme en Norvège, en Navarre comme au Danemark, en Écosse comme en Suède, en Islande comme en Irlande, la loi est universelle : le protestantisme (qui se réclame du libre examen) s’est imposé par la violence.
Si cette formidable contradiction interne ne suffit pas à le faire exploser en plein vol, il n’y a plus de logique.
Et si ce constat peut être nié, il n’y a plus d’histoire.
De fait, personne ne s’avise de le nier. On se contente de détourner l’attention. Toute la légende noire anti-catholique n’est qu’une manœuvre de diversion. Et s’il convient d’en dénoncer les mensonges, il est encore plus important de crier à tue-tête : Diversion, diversion !
— Les accusations contre l’Église (inquisition, affaire Galilée, etc.) ? Diversion ! Diversion, pour faire oublier que l’Église s’est établie pacifiquement, après avoir subi la persécution pendant trois siècles, tandis que le protestantisme (comme ensuite la religion laïque des Droits de l’homme), s’est imposé par la terreur.
— La louange des prétendus « martyrs » du protestantisme ? Diversion encore, pour faire oublier sa tactique terroriste.
— Les pleurs sur les dragonnades ou la révocation de l’Édit de Nantes ? Diversion toujours ! Qu’on discute autant qu’on veut l’attitude de tel ou tel roi catholique. Aucun des reproches qu’on voudra lui faire ne pourra supprimer la donnée fondamentale : il était face à une religion nouvelle qui voulait s’emparer du pays par la violence. Tout ce qui tend à faire oublier cette vérité première n’est qu’une manœuvre de diversion.
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Par un incroyable retournement, la religion qui s’est partout imposée par la terreur, transmet aujourd’hui une identité victimaire. Tels des Corses héritant d’une vendetta familiale pendant vingt-cinq générations, les malheureux protestants vivent encore aujourd’hui de la colère de leurs ancêtres. Beaucoup d’entre eux semblent n’avoir d’autre religion qu’une rancune contre l’Église.
Victimes, certes, les protestants l’ont été. Mais d’abord de la révolte de leurs chefs, qui les ont entraînés dans une spirale de mensonge et de violence .
Devant les ultimes conséquences de cette révolte, ne serait-il pas temps qu’ils ouvrent enfin les yeux et se libèrent de cette culture du ressentiment, pour revenir vers leur mère ?
[1] — Sans parler des décennies de guerre internationale qui suivirent, notamment l’atroce Guerre de Trente ans (1618-1648) qui fit près de trois millions de morts : le tiers de la population de l’Allemagne. — La paix de Westphalie, qui conclut ce conflit, annonce des désastres encore plus grands (voir l’ouvrage de P. M. Bourguignon : Un bouleversement de l’Occident chrétien, éd. Association Saint-Jérôme, 2006).
[2] — Michel Defaye, Le Protestantisme assassin au 16e siècle en France, éditions du Sel, 2006 (voir Le Sel de la terre 28, p. 124-161). — L’auteur reprend et complète le travail fondamental de l’abbé Victor Carrière, Les Épreuves de l’Église de France au 16e siècle, Paris, Letouzey et Ané, 1936.
[3] — Le 5 mars 1560, l’électeur palatin Frédéric III, l’un des rares princes allemands qui aient adopté les doctrines de Calvin, écrit : « Un grand coup sera bientôt frappé. D’ici au dimanche de Reminiscere, tous les prêtres de France seront massacrés. » (Lettre à Melchior von Schaumburg, citée par August Kluckhohn, Briefe Friedrichs des Frommen, Brunswick, 1868, t. I, p. 126.)
[4] — Huit mille sept cent soixante (8 760) : c’est le chiffre donné en 1580 par un observateur impartial qui s’intéresse surtout à l’aspect économique des choses, et qui dispose de statistiques très précises, diocèse par diocèse : Nicolas Froumenteau, dans son ouvrage Le Secret des finances, 3e partie, p. 378. — Dix-sept ans auparavant, le 23 novembre 1563, au concile de Trente, le cardinal de Lorraine annonçait déjà 3 000 religieux français massacrés par les huguenots. — Le 20 avril 1569, le père Samérius, S.J. en dénombrait plus de 5 000 (voir Michel Defaye, p. 37-39).
[5] — Voir, par exemple, Léon Cristiani, Luther et la question sociale, Paris, Tralin, 1912.
[6] — Voir Jules Martin, Gustave Vasa et la Réforme en Suède, Paris, 1906.
[7] — Sur l’aggravation de la misère aux 16e-17e siècles, particulièrement dans les pays protestants (mais aussi en France, à cause des Guerres de Religion), voir, par exemple, Léon Lallemand, Histoire de la charité, Paris, Picard, 1910, t. IV (Les temps modernes), p. 1-10, 144-146, 185-187, 195-197, 205, 238-241.
[8] — Ce document a été publié par M. Lundström dans la revue historique suédoise (Svensk Historisk Tidskrift) en 1897, p. 61. Il est cité par Jules Martin, ibid., p. 416-418.
[9] — Voir Yannick Suhard, « How doctrinal changes were insisidiously forced upon the Swedish people », dans Mater Dei (Londres), vol. 5, nº 1 (printemps 2007), p. 38-39.
[10] — Lund, qui appartient aujourd’hui à la Suède, était alors sous domination danoise.
[11] — Sans aucun souci de la succession apostolique, le roi fait « ordonner » ces superintendants par un des collaborateurs de Luther, Johannes Bugenhagen (1485-1558), qui n’était aucunement évêque (2 septembre 1537).
[12] — Voir Per Skansen, « La destruction du catholicisme en Norvège », dans La Foi catholique nº 243 (p. 22-32), 247 (p. 117-132), 248 (p. 153-171) et 253 (p. 56-67).
[13] — En Bohème aussi (actuelle République tchèque), le catholicisme, vainqueur au 16e siècle, a fini par se laisser voler sa mémoire. La légende noire anti-catholique a été imposée au 19e siècle par la propagande maçonnique et l’historiographie prussienne bismarckienne. Voir notamment Olivier Chaline, La bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620), Paris, Noesis, 2000. Recension dans Le Sel de la terre 65, p. 161-169.
[14] — Il y a pourtant de magnifiques figures de martyrs. Voir quelques exemples dans Michel Defaye, Le Protestantisme assassin.
[15] — Comme certains persistent à s’y intéresser, Henri IV fait même mettre en circulation des exemplaires falsifiés. L’historien américain Peter M. Ascoli a retrouvé et publié en 1977 la version authentique d’un ouvrage ligueur : le Dialogue d’entre le maheustre et le manant. Il montre les nombreuses falsifications opérées par les agents royalistes.
[16] — Pour attaquer l’Inquisition espagnole, Montesquieu évoque d’un ton pathétique dans L’Esprit des lois (livre 25, ch. 13) une jeune fille qui aurait été brûlée pour la seule raison qu’elle était juive. Fable ridicule que l’Éducation totalitaire a fait lire à des générations de lycéens sans jamais préciser qu’elle n’avait aucun fondement réel. Montesquieu a des ancêtres protestants, a épousé une protestante, et fut reçu franc-maçon à Londres, le 16 mai 1730, à la loge de la Horn Tavern. — Voltaire en rajoute encore. Près de deux siècles après les faits, son petit cœur sensible ne peut supporter l’anniversaire de la Saint-Barthélemy. C’est, pour lui, déjà la Shoah. Chaque 24 août, il prend le deuil, pleure ostensiblement, se fait porter malade. Il enrichit la légende noire de l’inquisition espagnole de plusieurs morceaux d’anthologie, dont l’autodafé de Lisbonne, dans Candide (ch. 6). En réalité, l’autodafé comprenait une grande procession suivie de la messe, avec sermon et réconciliation publique des pécheurs, mais aucune exécution sanglante. Ces sortes d’exécutions – réelles, mais rares –avaient lieu à l’extérieur de la ville, et sans cérémonie. — Inutile de dire que l’Éducation totalitaire, qui impose cette lecture comme un passage obligé aux lycéens de 2e-1e, n’en rectifie jamais les mensonges.
[17] — Jean Dumont, L’Église au risque de l’histoire, Paris, Critérion, 1984. Réédité en 2002 par les Éditions de Paris, avec une préface de Pierre Chaunu mais aussi, hélas, de très nombreuses coquilles.
[18] — Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, livre X, §. 56 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 10, 1840, p. 365-366). — Sur cet usage de la puissance du glaive contre les ennemis de l’Église, Bossuet ajoute : « En un mot, le droit est certain : mais la modération n’en est pas moins nécessaire. »
[19] — Pierre Jurieu, Le Tableau du socinianisme, éd. A. Troyel, 1690, lettre viii, p. 502.
[20] — Pierre Jurieu, Le Tableau du socinianisme, p. 490.
[21] — Bossuet, Sixième avertissement sur les lettres de M. Jurieu, 1691, § 99 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 11, 1841, p. p. 419).
[22] — Pierre Jurieu, Le Tableau du socinianisme, p. 505.
[23] — Pierre Jurieu, Le Tableau du socinianisme, p. 502-503.
[24] — Bossuet, Sixième avertissement § 101 (p. 419-420) et 104 (p. 423).
[25] — Bossuet, Sixième avertissement § 99 (p. 419).
[26] — Émile G. Léonard (directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études), Histoire générale du protestantisme, t. II, L’établissement (1564-1700), Paris, PUF, 1961, p. 194. — Le chiffre des 20 000 condamnations à mort est fourni par le même auteur (protestant).
[27] — Quant aux condamnations portées par Torquemada, il est impossible de fournir un chiffre précis. Mais plusieurs travaux convergent pour évaluer à environ un millier le chiffre total des exécutions de l’Inquisition espagnole durant toute sa durée (330 ans). D’autres historiens vont jusqu’à deux voire trois milliers, très loin, de toute manière, des chiffres abracadabrants répandus aux 18e et 19e siècles. — Rappelons que l’inquisition espagnole fut instituée dans un état de quasi guerre civile, qu’elle mit fin à des émeutes sanglantes qui s’en prenaient, sans distinction, à tous les juifs convertis (soupçonnés collectivement de trahison) et qu’elle réprimait aussi des crimes de sang et des affaires de mœurs qui sont aujourd’hui passibles des tribunaux civils (et qui, à l’époque, étaient universellement punis de mort). — A titre de comparaison, le tribunal révolutionnaire de la seule ville de Nantes fit exécuter 30 000 personnes (par guillotine, fusillade ou noyade) en moins de dix ans. Les tribunaux de la Libération condamnèrent à mort 2 853 personnes en moins d’un an lors de l’épuration de 1944-1945.
[28] — L’historien anglais (et anglican) William Cobbett (1763-1835) note que la reine Elizabeth Ie – qui établit définitivement le protestantisme en Angleterre – fit, à elle seule, couler davantage de sang en un an que l’Inquisition espagnole durant toute sa durée (History of the protestant reformation, Londres, 1826, Letter XI, § 340).
[29] — Un historien qui ne cache pas son antipathie pour les Ligueurs doit reconnaître : « En août 1569, les Huguenots massacrèrent, à Orthez, près de 3 000 catholiques, qui avaient obtenu, par capitulation, la vie sauve. L’examen des documents originaux est formel : avant la Saint-Barthélemy, les atrocités protestantes l’emportent sur les atrocités catholiques. » (Jean Héritier, Catherine de Médicis, Paris, Fayard, 1942, p. 448.)
[30] — Voir Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, xvie–xxie siècle, Paris, Fayard, 2012, p. 102-117 et 204-284 (ainsi que la note suivante).
[31] — Voir surtout la très révélatrice appréciation sur la condamnation à mort de Michel Servet par Calvin. « De l’affaire Servet […], il est deux manières possibles de parler. Si l’on se place sur le plan de la liberté et de la morale, la tache est indélébile ; si l’on observe les enjeux de pouvoir dans la Genève du temps, la nécessité de bâtir une Église et, aussi, une image, que telle ou telle provocation, ici la théologie anti-trinitaire de Servet, risquait de miner, le bûcher est un geste de défense » (Cabanel, ibid., p. 45). — Vous avez dit geste de défense ? On peut alors en dire autant de l’inquisition ? Eh bien, justement, non ! Car ce qui justifie fondamentalement Calvin, c’est qu’il attaque l’Église catholique ! Pour cela, il avait besoin de bâtir une Église parallèle et de lui donner une image à peu près chrétienne. Pour défendre cette image, Calvin a malheureusement dû brûler l’iconoclaste qui risquait de l’abîmer : Michel Servet. Cela a scandalisé certains calvinistes, notamment Sébastien Castellion. Mais il faut poser la question : « qui a fait le plus en faveur de la liberté : Castellion le vaincu annonciateur, mais dont le legs se résume à des livres, ou Calvin le vainqueur violent, mais qui a enté au flanc de la France catholique l’aiguillon d’une cité et d’une idée que nul n’a plus fait taire ? » (Cabanel, ibid., p. 65 – résumant l’argumentation d’Ernest Lavisse). — Bref : ceux qui luttent contre l’Église catholique luttent, par le fait même, pour la liberté ; ils ont donc toujours, quoi qu’ils fassent, des circonstances atténuantes dont les défenseurs de l’Église seront toujours privés, puisqu’ils sont dans le mauvais camp.
[32] — Bossuet, Avertissement aux protestants sur leur prétendu accomplissement des prophéties.
[33] — Exemple récent : le nº 162 (juillet 2016) des Cahiers histoire et civilisation du magazine de vulgarisation Science et Vie (intitulé : « Guerres de religion, de l’intolérance à la laïcité »). Très influencé par les historiens protestants (notamment ceux de l’École Pratique des Hautes Études), ce numéro veut surtout promouvoir la religion officielle de la République : la Laïcité maçonnique (dissimulant qu’elle s’est, elle aussi, imposée par la Terreur).
[34] — Esprit-Adolphe Segrétain, Sixte Quint et Henri IV, Introduction du protestantisme en France, Quentin Moreau éditeur, 2016, p. 48 (1e édition : 1861).
[35] — Segrétain, Sixte Quint et Henri IV, p. 203.
[36] — Segrétain, Sixte Quint et Henri IV, p. 203.
[37] — Sur tout cet épisode, voir William Thomas Walsh, Characters of the Inquisition, Rockford, Illinois, TAN BOOKS, 1987, p. 223-236.
[38] — Cité par W.T. Walsh, Characters of the Inquisition, p. 224.
[39] — Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, chap. 177.
[40] — Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Paris, Méquignon, 1822, p. 93 (quatrième lettre).
[41] — Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, p. 8.
[42] — Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, p. 8.
[43] — Voir le passionnant récit du père John Gérard (1564-1637), réédité en 2013 sous le titre Prêtre traqué sous Élisabeth 1e (éd. Sainte-Philomène). — Recension dans Le Sel de la terre 86, p. 187-188.
[44] — La « section des sciences religieuses » de l’École Pratique des Hautes Études réserve systématiquement la présentation du christianisme à des protestants : Sabatier, Deramey, Albert et Jean Réville, etc. — Albert Réville (1826-1906) fut aussi le premier titulaire de la chaire d’Histoire des religions au Collège de France, et fondateur de la Revue de l’Histoire des religions. — A la Sorbonne, Jules Ferry supprime la chaire de théologie catholique, mais maintient la Faculté de théologie protestante (fondée en 1877). Le Livret de l’étudiant de l’année 1898-1899 propose dès la première page, avant tous les autres, les cours de dogme (luthérien ou calviniste, au choix), de morale, d’Écriture sainte, etc. de cette faculté hérétique. — Et cet enseignement prétendu « neutre » est payé par l’impôt des catholiques.
[45] — Robert McCune Kingdon, « postface », Geneva and the Coming of the Wars of Religion in France 1555-1563, Droz, 2e éd., 2007 [1e éd. : 1956], p. 165. — P. Cabanel, qui fournit aimablement la traduction française ici reproduite, s’empresse de contester cette analogie : « Une chose au moins rend vaine l’analogie : pour qu’elle ait du sens, il faudrait que le siège du Komintern n’ait pas été un vaste et puissant pays comme l’URSS. » (Histoire des protestants en France, 2012, p. 55). On lui accordera que Calvin a aussi quelques aspects trotskystes.
[46] — Sur le nombre de calvinistes tués lors de la Saint-Barthélemy parisienne d’août 1572, les évaluations vont d’un demi-millier (« environ 500 » selon B. Fatien) à plusieurs milliers, et il semble impossible de donner un chiffre exact. — L’Histoire des martyrs publiée en 1582 par le protestant Simon Goulart (continuateur de Jean Crespin), et qui essaie de fournir une liste nominative de tous les “martyrs” huguenots, ne réussit à citer que 152 noms de victimes de la Saint-Barthélemy parisienne (dix ans après les faits). En y ajoutant ceux qu’elle désigne de façon impersonnelle (vingt-cinq ou trente dans le quartier de la Croix du Trahoir, trente dans la rue Bétizy, seize aux prisons, vingt dans deux maisons entières, etc.), on parvient à y trouver mention de 468 victimes. On est très loin du chiffre global de 10 000 victimes que le même ouvrage avance ensuite sans explication. On comprend que, dans sa réponse (L’Anti-martyrologe ou la vérité manifestée contre les histoires des supposés martyrs de la religion prétendue réformée, Lyon, 1622), Jacques Severt juge ce nombre totalement fantaisiste : « Ils l’ont si excessivement agrandi à milliers, non à boule vue, mais à la volée et à plaisir par pure jactance, qu’il ne s’en faut rien persuader « (p. 765). — Notons au passage qu’il y eut des catholiques parmi les victimes de la Saint-Barthélemy, car ces commotions sociales sont toujours l’occasion de tristes règlements de compte. (Combien de vrais collaborateurs parmi les milliers de Français sauvagement massacrés lors de l’épuration de 1944-1945 ?)
[47] — Voir supra p. 63, note 2.
[48] — Huit cent soixante (860) : c’est le chiffre donné par un témoin oculaire, Estienne du Tronchet, dans une lettre privée au trésorier de l’artillerie, M. Bérard (lettre 202), et confirmé par les autres témoignages. Voir notamment la Revue lyonnaise, 1856, janvier, t. XII, p. 407-412.
[49] — Cinq cent soixante-sept (567) victimes, dont 194 prêtres : le chiffre est fourni par le protestant Théodore de Bèze, dans son Histoire ecclésiastique (Anvers, 1580), vol. 2, livre 9, année 1562, p. 775.
[50] — Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, xvie–xxie siècle, Paris, Fayard, 2012, p. 202-203. — L’aveu est d’autant plus remarquable que Cabanel reste lui-même prisonnier de cette « identité victimaire ». Témoin, le premier paragraphe de son introduction : « [Les protestants en France] ont tout enduré, tout perdu ; massacrés par des foules hystériques, asphyxiés par la froide loi de l’État, convertis de force, interdits pendant un siècle, empêchés de quitter un royaume devenu prison à ciel ouvert, longtemps privés de leur nom, haïs parfois dans les années 1900 encore, ils ont connu un destin en peau de chagrin […]. Traumatisés par la violence qui s’est abattue sur eux, de Saint-Barthélemy en Révocation, d’affaire Calas en Terreur blanche […]. » (p. 9). L’auteur ne semble même pas se demander si l’idéologie calviniste ne serait pas la première responsable de tous ces malheurs – sans compter ceux, immenses, qu’elle a fait subir à tout le reste de la France.
[51] — Bossuet, Cinquième avertissement aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu, 1690 § 35 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 11, 1841, p. 136).
[52] — Bossuet, Cinquième avertissement § 34 (Œuvres complètes, t. 11, p. 133).
[53] — Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, livre X, § 50 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 10, 1840, p. 358).
[54] — Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, 2012, p. 235.
[55] — Voir Bossuet, Histoire des variations, livre X, § 51 (Œuvres complètes, t. 10, p. 359) et Cinquième avertissement § 34 (Œuvres complètes, t. 11, p. 134).
[56] — Bossuet, Cinquième avertissement § 34 (Œuvres complètes, t. 11, p. 135).
[57] — Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, livre X, § 42 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 10, 1840, p. 353).
[58] — Bossuet, Cinquième avertissement § 22 (Œuvres complètes, t. 11, p. 111-112).
[59] — Voir supra, p. 45, note 3.
[60] — Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, 2012, p. 242. — Notons que beaucoup de documents compromettants ont été détruits par les protestants, jusque dans une période récente. « En étudiant cette période tourmentée, on constate avec étonnement que les catholiques ont laissé les protestants fabriquer ou falsifier l’histoire au gré de leurs passions, et on ne peut mettre en doute la destruction calculée (et même dans une époque relativement récente) de documents importants. Cependant, il en reste assez pour rétablir la vérité, et rendre justice aux glorieux martyrs de la foi catholique » (François Xavier Faucher, o.p. dans L’Année dominicaine, avril 1920, p. 102).
[61] — Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique (Anvers, 1580), I, p. 811. — Théodore de Bèze (1519-1605) fit un passage en France en 1561, quelques mois avant le déclenchement des guerres de religion, qu’il suivit attentivement depuis Genève.
[62] — Cahiers histoire et civilisation de Science et Vie, nº 162 (juillet 2016), p. 26, 28 (avec une illustration pleine page à côté), 43, 45, 46, 47 et 52.
[63] — Le nombre des morts à Wassy fluctue étrangement : ils étaient vingt-trois en 1562, mais ils deviennent « une cinquantaine » en page 26 ; « plusieurs dizaines » en page 43 ; « une soixantaine », page 45 ; etc. — Il serait évidemment trop long de recenser toutes les erreurs de ce dossier, visiblement construit pour accabler à tout prix les catholiques et excuser les protestants. La plupart des historiens cités sont protestants.
[64] — La comparaison du protestantisme au mahométisme a été développée par Rohrbacher, dans sa fameuse Histoire universelle de l’Église catholique (introduction du livre 89).
[65] — Bossuet a montré dans sa Défense de l’Histoire des variations comment toute une série de synodes calvinistes (à Nantes, Orléans, Saint Jean d’Angely, Saintes, Lyon) ont poussé les protestants à la guerre civile. Qui avait donné le mot d’ordre ? Théodore de Bèze lui-même avoue avoir exhorté à user des armes. (Bossuet, Défense de l’Histoire des variations § 33 et 34 – Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 11, 1841, p. 211-213).
[66] — Bossuet écrivait en 1686, à propos de ces dragonnades : « Ni chez moi, ni bien loin aux environs, on n’a pas seulement entendu parler de ce qui s’appelle tourments. Je ne réponds pas de ce qui peut être arrivé dans les provinces éloignées où l’on n’aura pu réprimer partout la licence du soldat ». — Le pasteur protestant Dubourdieu rendait ce témoignage à l’évêque de Meaux : « Il n’emploie que des voies évangéliques pour nous persuader de sa religion ». En revanche, Bossuet veillait à faire empêcher la propagande protestante : il requit l’intendant de faire enfermer Isaac Cochard et son fils, parce que leur auberge était un centre de propagande. Rappelons à ceux qui s’en scandaliseraient que des mesures du même genre ont toujours été prises dans tous les pays contre ceux qui contestaient les principes fondamentaux de l’État. Aujourd’hui, en France, les malpensants, sont poursuivis au nom des lois Pleven, Gayssot ou Neiertz. La « liberté d’expression » posée comme un principe absolu et universel n’est qu’une sinistre hypocrisie. — Émile Baumann, « Bossuet et les hérétiques », Nouvelle revue des jeunes, n° 7, 10-25 juin 1929, p. 646-667.
[67] — Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, livre 10, § 52.
[68] — Bossuet, Cinquième avertissement aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu, 1690 § 5 (Œuvres complètes, Outhenin-Chalandre, t. 11, 1841, p. 88).

