top of page

L’infiltration du protestantisme dans l’Église conciliaire

 

 

 

par le frère Pierre-Marie O.P.

 

 

 

A LA VEILLE DE VATICAN II, le protestantisme était sur le déclin. Des fiefs importants de la secte, comme Genève ou la Hollande, étaient devenues majoritairement catholiques. En Angleterre un important mouvement de conversion était en route depuis plus d’un siècle [1], notamment chez les pasteurs : un groupe de deux mille pasteurs s’apprêtaient à se faire catholiques. Le catholicisme progressait aussi aux États-Unis d’Amérique.

Mgr Lefebvre aimait dire que le Concile aurait entraîné la mort du protestantisme, s’il avait été ce qu’il aurait dû être.

Hélas ! il n’en fut rien. Le Concile fut détourné de sa fin, si bien que le protestantisme, surtout dans sa branche fondamentaliste (qui se nomme elle-même « évangélique »), connaît aujourd’hui un développement mondial impressionnant.

En 2015, on dénombrait 610 millions de protestants dits « évan­géliques » dans le monde, dont plus de 200 millions de pentecôtistes. On évalue à plus de 50 000 le nombre de conversions quotidiennes à ce mouvement.

En France, leur nombre a été multiplié par dix de 1950 à 2013. A les croire, ils fondent une église tous les dix jours dans notre pays.

Les protestants « traditionnels » (Luthériens, Calvinistes, Anglicans, Méthodistes) seraient 317 millions dans le monde. Moins nombreux et moins prosélytes, ils sont dangereux par leur influence sur la société et surtout sur les autorités de l’Église conciliaire.

L’influence protestante sur la liturgie conciliaire est bien connue. Mais l’influence théologique à travers le dialogue œcuménique est tout aussi importante, et les papes conciliaires n’ont fait qu’accentuer le mouvement.

Le dialogue œcuménique

La Commission mixte catholique-luthérienne a été fondée à la suite du concile Vatican II, en 1967, pour fournir un cadre au dialogue œcuménique. Elle a déjà publié une dizaine de rapports [2].

Elle a aussi publié une prise de position sur la Confession d’Augsbourg, en 1980, à l’occasion du 450e anniversaire de ce texte fondateur du luthéranisme. On y lit notamment :

Ensemble nous confessons la foi qui lie tous les chrétiens en un Dieu trine et l’action salvifique de Dieu par Jésus-Christ en l’Esprit-Saint (Confession d’Augsbourg, §1 et 3). A travers toutes les disputes et divergences du 16e siècle, chrétiens luthériens et catholiques sont restés unis sur cette vérité centrale et essentielle de la foi chrétienne.

Il y a là une grave ambiguïté. Il est vrai que les luthériens, comme les catholiques, disent qu’ils croient en un Dieu trine. Cependant les catholiques y croient de foi divine, et les luthériens de foi humaine, car il leur manque le motif formel de la foi. Les luthériens – en tant que tels – n’ont pas la foi divine, comme nous aurons l’occasion de le développer.

Il est également impropre de parler de « chrétiens luthériens et catholiques », comme si le luthéranisme et le catholicisme étaient deux formes de christianisme. L’Église du Christ s’identifie à l’Église catholique.

Nous analyserons ci-après les rapports de 1983 et 2013, ainsi que la déclaration publiée par la Commission spéciale sur la doctrine de la justification en 1997.

1983 : « Martin Luther, témoin de Jésus-Christ »

Martin Luther, témoin de Jésus-Christ : c’est le titre du rapport de la Commission mixte catholique-luthérienne publié en 1983, à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance de Luther.

Le texte avoue que « pendant longtemps », Luther fut « pour les catholiques, l’hérétique par excellence ». Mais « peu après le début du 20e siècle », de nouveaux travaux apportèrent une

contribution scientifique remarquable à la recherche sur la Réforme et sur Luther, et, en relation avec le progrès de l’entente œcuménique, prépar[èrent] la voie à une vision catholique plus positive de Luther. C’est ainsi que des images traditionnelles de Luther, marquées par la polémique, s’effacent des deux côtés. Ensemble, on commence à le reconnaître comme un témoin de l’Évangile, comme un maître dans la foi, comme un héraut du renouveau spirituel. […]

La prise en considération du conditionnement historique de nos modes d’expression et de pensée a également contribué à faire reconnaître largement dans les milieux catholiques la pensée de Luther comme une forme légitime de la théologie chrétienne, précisément en ce qui concerne son enseignement sur la justification [3].

Ce texte reconnaît implicitement que la vision « plus positive de Luther » est apparue « peu après le début du 20e siècle », en même temps que le modernisme condamné par saint Pie X dans Pascendi dominici gregis [4], et qu’elle s’est développée avec le faux œcuménisme dénoncé par Pie XI dans Mortalium animos [5].

C’est ainsi que Luther, autrefois « l’hérétique par excellence », est devenu depuis Vatican II, « un témoin de l’Évangile, un maître dans la foi, un héraut du renouveau spirituel » et sa pensée « une forme légitime de la théologie chrétienne ».

Le rapport souligne également l’influence des idées de Luther sur Vatican II :

Au cours de notre siècle, et tout d’abord dans les milieux catholiques de langue allemande, s’est développé un intense travail de révision des idées sur la personne de Luther et son idéal réformateur. On reconnaît le bien-fondé de son effort de réforme, étant donné l’état de la théologie et des abus dans l’Église à son époque, et l’on voit que précisément sa découverte réformatrice fondamentale (la justice accordée dans le Christ sans notre mérite) n’est nullement en contradiction avec la vraie tradition catholique, telle qu’elle se trouve, par exemple, chez Augustin et Thomas d’Aquin. […]

« Qui pourrait nier aujourd’hui que Martin Luther était une personnalité profondément religieuse, qui a cherché honnêtement et avec abnégation le message de l’Évangile ? […] Le second concile du Vatican n’a-t-il pas lui-même accueilli des exigences qui avaient, entre autres, été exprimées par Martin Luther, et par lesquelles bien des aspects de la foi chrétienne et de la vie chrétienne s’expriment mieux actuellement qu’auparavant ? Exprimer cela, malgré toutes les différences, est un motif de grande joie et de grande espérance [6]. »

Parmi les idées du concile Vatican II où l’on peut voir un accueil des requêtes de Luther, se trouvent, par exemple :

—    La mise en évidence de l’importance décisive de l’Écriture sainte pour la vie et l’enseignement de l’Église (constitution dogmatique sur la Révélation) ;

—    La description de l’Église comme « Peuple de Dieu » (constitution dogmatique sur l’Église, chap. 2) ;

—    L’affirmation de la nécessité d’une réforme permanente de l’Église dans son existence historique (constitution dogmatique sur l’Église, n° 8 ; décret sur l’œcuménisme, n° 6) ;

—    L’insistance sur la confession de Jésus crucifié et sur la signification de la croix pour la vie de chaque chrétien comme pour la vie de l’Église dans son ensemble (constitution dogmatique sur l’Église, n° 8 ; décret sur l’œcuménisme, n° 4 ; constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, n° 37) ;

—    La compréhension des ministères ecclésiastiques comme services (décret sur la charge pastorale des évêques, n° 16 ; décret sur le ministère et la vie des prêtres) ;

—    L’accent mis sur le sacerdoce de tous les baptisés (Constitution dogmatique sur l’Église, nos 10 et 11 ; décret sur l’apostolat des laïcs, n° 2-4) ;

—    L’engagement en faveur du droit de la personne à la liberté en matière de religion (déclaration sur la liberté religieuse).

D’autres exigences que Luther avait formulées en son temps peuvent être considérées comme étant satisfaites dans la théologie et dans la pratique de l’Église catholique d’aujourd’hui : l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie ; la possibilité de la communion sous les deux espèces ; et le renouvellement de la théologie et de la célébration de l’eucharistie.

Il nous est possible aujourd’hui d’apprendre ensemble de Luther. « Il peut être notre maître commun dans l’affirmation que Dieu doit rester constamment Dieu et que notre réponse humaine la plus essentielle doit rester la confiance absolue et l’adoration de Dieu » (Cardinal Jean Willebrands) [7].

L’influence de Luther sur le Concile est donc explicitement affirmée.

1997 : « Déclaration commune » sur la justification

En 1997, un groupe de « théologiens » catholiques et luthériens élaborèrent une « Déclaration commune » sur la justification [8]. Elle fut signée à Augsbourg le 31 octobre 1999 par le cardinal Edward Cassidy, représentant de l’Église catholique, et l’« évêque » Christian Krause, président de la Fédération mondiale luthérienne. Le choix d’Augsbourg pour cette signature était particulièrement symbolique, et se voulait un écho à la Confession d’Augsbourg considérée comme le texte fondateur du luthéranisme [9].

Le 18 juillet 2006, la déclaration a été signée par le Conseil méthodiste mondial, à Séoul, en présence du cardinal Walter Kasper.

Cette Déclaration propose un consensus différenciant constitué d’affirmations communes suivies d’accentuations différentes de part et d’autre, avec le présupposé que ces différences n’invalident pas ce qui est dit en commun. Il s’agit donc d’un consensus qui ne gomme pas les différences, mais les inclut explicitement [10].

L’Église conciliaire a réussi ce que les gnostiques appellent « la coïncidence des contraires » (coincidentia oppositorum). Ce que la Déclaration nomme pudiquement des « différences » constitue en réalité de véritables contradictions, puisque bon nombre de propositions luthériennes ont été condamnées par le magistère infaillible de l’Église [11].

Mgr Fellay affirmait en février 2000 :

Ce texte pose donc un problème majeur. Cette signature du 31 octobre 1999 est d’une gravité semblable à celle de l’événement d’Assise. Certes, cela est moins spectaculaire, mais la gravité est au moins aussi grande, car c’est le magistère qui est attaqué ici en lui-même, l’autorité de l’Église enseignante [12].

Ce texte a été analysé en détail dans le Sel de la terre [13]. Mgr Fellay notait :

Il est intéressant de relever, dans la Déclaration commune, les erreurs graves qui continuent à être soutenues par les protestants :

— la justification comprise comme une simple déclaration extérieure de pardon (n° 23) ;

— la justification qui ne peut jamais croître (n° 39) ;

— la justice du Christ est dite notre justice, comme si elle n’était pas inhérente à notre âme (n° 23) ;

— le rejet de toute coopération humaine (la question du mere passive, n° 21).

— la justification par la foi seule (n° 26) ;

— la foi considérée comme une confiance (n° 25, 26) ;

— le croyant qui est à la fois juste et pécheur, simul justus et peccator (n° 29) ;

— le justifié qui a la certitude de son salut (n° 34-36) ; etc.

Les principales erreurs protestantes sont clairement réaffirmées [14].

Dans la mesure où les catholiques disent, comme nous l’avons vu plus haut, que le consensus inclut explicitement les différences, on doit dire que l’Église conciliaire accepte ces erreurs protestantes.

2013 : « Du conflit à la communion »

Plus récemment, la Commission catholique-luthérienne a publié le 17 juin 2013 un rapport intitulé « Du conflit à la communion » pour préparer la « Commémoration luthéro-catholique commune de la Réforme en 2017 » [15].

Parmi les membres catholiques romains de cette Commission, on remarque le cardinal Ludwig Müller (co-président) préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, Mgr Karlheinz Diez évêque auxiliaire de Fulda et le père Michel Fédou, S.J. [16].

• « Ce qui nous unit, plus grand que ce qui nous divise » ?

Dès le préambule, ce rapport annonce :

En 2017, nous devons confesser ouvertement que nous avons été coupables devant Christ [17] de briser l’unité de l’Église. […] La Commission pour le dialogue luthéro-catholique romain a pris au sérieux les paroles du pape Jean XXIII : « ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise ».

Lancée comme un slogan au seuil du concile Vatican II, cette sentence de Jean XXIII est un dangereux sophisme [18]. Elle a malheureusement influencé tout le Concile, et elle a souvent été répétée par les papes conciliaires.

En réalité, ce qui nous divise avec les protestants est bien plus grand que ce qui nous unit, car ce qui nous divise, n’est rien d’autre que la foi.

Les vrais protestants, ayant commis le péché d’hérésie, n’ont pas la foi divine. Ils croient en Luther, mais ils ne croient pas en Dieu [19]. Citons sur ce point le Catéchisme catholique de la crise dans l’Église :

Celui qui nie ne serait-ce qu’un seul dogme, a perdu la foi, car il ne reçoit pas la Révélation de Dieu, mais s’établit lui-même juge de ce qui est à croire.

 

Ne peut-on nier un dogme et continuer à croire aux autres, et donc conserver, au moins partiellement, la foi ? 

 

— « Celui qui, même sur un seul point, nie une des vérités de foi, perd en réalité la foi tout entière, car il se refuse à respecter Dieu comme vérité suprême et motif formel de la foi [Léon XIII, encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896]. » Et le pape cite saint Augustin qui disait, à propos des hérétiques : « C’est en bien des choses qu’ils sont d’accord avec moi, et en peu de choses qu’ils ne le sont pas. Mais à cause de ce peu de choses dans lesquelles ils ne sont pas d’accord avec moi, les nombreux points d’accord ne leur servent de rien » [PL 36, 641].

 

Que faut-il penser du slogan couramment répandu selon lequel, dans nos rapports avec les « chrétiens séparés », nous devons regarder ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare ?

 

— Quand il s’agit de la foi, il est absolument faux et contraire à l’enseignement traditionnel de l’Église de dire qu’il faut regarder ce qui nous est commun plutôt que ce qui nous divise. On donne ainsi l’impression que les différences ne porteraient que sur des détails sans importance, alors qu’il s’agit en réalité de la plénitude de la vérité révélée [20].

Nous avons en commun avec les protestants la nature humaine et peut-être quelques vertus naturelles, mais les vrais protestants n’ont ni la vraie foi, ni l’espérance surnaturelle, ni la charité théologale. Cela fait une séparation immense. Au ciel il n’y a que des catholiques, il n’y a pas de protestants car, pour être sauvé il faut avoir la vraie foi : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16) ; entre les deux, dit Notre-Seigneur dans l’Évangile, « un grand abîme a été établi, de sorte que ceux qui voudraient passer d’un côté à l’autre, ne le peuvent pas » (Lc 16, 26). Voilà la vérité de l’Évangile : entre les catholiques et les protestants, il y a un grand abîme. Il peut être franchi en cette vie, lorsqu’un protestant revient à l’Église ; mais après la mort, c’est trop tard.

Après le préambule, le rapport commence ainsi :

§1 En 2017, les chrétiens luthériens et catholiques célébreront ensemble le 500e anniversaire des débuts de la Réforme. Aujourd’hui, les luthériens et les catholiques […] ont fini par reconnaître que ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare : avant tout, ils partagent la foi en Dieu trine et en la révélation en Jésus-Christ, et ils affirment les vérités fondamentales de la doctrine de la justification.

Le même sophisme (ce qui les unit est plus important…) est répété, mais cette fois-ci aggravé par l’affirmation que nous partageons la foi avec les luthériens, alors que nous venons de voir qu’il n’en est rien. L’acte de foi est clair : « Mon Dieu, je crois toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez pas votre sainte Église, parce que vous ne  pouvez ni vous tromper, ni nous tromper. » Or, précisément, les protestants refusent de croire à certaines vérités enseignées par l’Église, et de ce fait perdent la vertu théologale de foi. Ils ne peuvent réciter l’acte de foi ; ils n’ont donc pas la vertu théologale de foi, mais seulement une foi humaine, par laquelle ils adhèrent aux vérités que leurs enseignent leurs pasteurs ou qu’ils croient découvrir dans la sainte Écriture ; cette foi humaine ne peut les sauver.

• Avocats de Luther

Le rapport semble une plaidoirie en faveur de Luther. Il rappelle avec complaisance le titre qui lui fut donné en 1983 :

§ 29. Une nouvelle évaluation de la catholicité [de Luther] et la reconnaissance du fait qu’il n’avait pas l’intention de diviser, mais de réformer l’Église […] ont conduit à une compréhension œcuménique de Luther comme « témoin de l’Évangile ».

Il cherche à relativiser sa condamnation :

§ 50. Le 15 juin 1520, le pape publia la bulle Exsurge Domine qui condamnait quarante et une affirmations prises dans les écrits de Luther. Elles figurent effectivement toutes dans les écrits de Luther, et sont citées fidèlement, mais elles ont été extraites de leur contexte.

Une citation est toujours, inévitablement et par définition, extraite de son contexte. Si elle est bien choisie, le procédé n’appelle aucune réserve. Or les propositions condamnées par Exsurge Domine sont claires et expriment réellement la pensée de Luther (on les trouvera en annexe de cet article). L’appel au contexte n’est qu’une mauvaise échappatoire.

§ 55. Luther répondit à cette injonction par les célèbres paroles : « Je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience. »

La conscience doit se soumettre à la loi, en l’occurrence à la loi divine qui nous oblige à croire ce que Dieu nous enseigne. Rappelons que Luther a été catholique, et même prêtre et docteur dans l’Église catholique. Il a eu la foi, il l’a perdue. Il ne peut prétendre à l’innocence et à « la conscience invincible », c’est-à-dire non coupable.

§ 90. Si le concile de Trente a largement défini les relations entre catholiques et luthériens pour plusieurs siècles, il faut maintenant considérer son héritage au regard des actions du concile Vatican II (1962-1965). C’est ce concile qui permit à l’Église catholique de prendre part au mouvement œcuménique et de tourner le dos à l’atmosphère polémique chargée de l’époque postérieure à la Réforme. La constitution dogmatique sur l’Église (Lumen gentium), le décret sur l’œcuménisme (Unitatis redintegratio), la déclaration sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanæ), et la constitution dogmatique sur la Révélation divine (Dei Verbum) sont des documents fondamentaux pour l’œcuménisme catholique.

Affirmation typiquement moderniste : ce qui était vrai à une époque (celle du concile de Trente) n’est plus vrai à une autre époque (celle du concile Vatican II). Voilà, en même temps, une manifestation du caractère néfaste de ce concile, qui permet un œcuménisme de si mauvais aloi.

§ 151. En conséquence de la perte d’un concept global de commémoration, les catholiques se retrouvaient face à un manque de catégories adéquates pour exprimer le caractère sacrificiel de l’eucharistie. Liés à une tradition qui remontait au temps des Pères de l’Église, les catholiques ne voulaient pas abandonner l’identification de l’eucharistie à un réel sacrifice, et pourtant ils avaient du mal à identifier ce sacrifice eucharistique avec le sacrifice unique de Christ. Il fallut le renouveau de la théologie sacramentelle et liturgique du concile Vatican II pour revitaliser le concept de commémoration (anamnesis) (Constitution sur la liturgie [= SC] 47 ; LG 3).

Ce paragraphe est un tissu de contrevérités. En réalité, les théologiens catholiques ne manquaient pas de « catégories adéquates pour exprimer le caractère sacrificiel de l’eucharistie » et ils connaissaient parfaitement le concept de commémoration [21]. C’est la « nouvelle théologie » qui a faussé ce concept et tenté de rapprocher la messe catholique de la cène protestante par le biais du « mystère pascal ». Nous renvoyons à l’article : « La sainte messe : saint Thomas d’Aquin face au mystère pascal [22] »

• Faisons-nous partie du même Corps mystique ?

§ 238. Catholiques et luthériens comprennent qu’ils appartiennent, avec les communautés dans lesquelles ils vivent leur foi, à l’unique corps du Christ. Chez les luthériens et les catholiques, la conscience se fait jour que les luttes du 16e siècle sont terminées. Les raisons de condamner mutuellement la foi les uns des autres ont été abandonnées en chemin. C’est ainsi que luthériens et catholiques identifient cinq impératifs qui vont guider leur commémoration commune de 2017.

Nouvelle erreur, sur l’unité du Corps mystique [23].

Il y a, ici bas, identité entre le Corps mystique du Christ et l’Église qu’il a fondée : l’Église catholique romaine. Identité souvent affirmée par le magistère. Pour nous limiter au 20e siècle, citons saint Pie X, Pie XI et Pie XII :

• L’Écriture nous enseigne, et la tradition des Pères nous le confirme, que l’Église est le Corps Mystique du Christ. [Saint Pie X [24].]

• Le Corps Mystique du Christ, c’est-à-dire l’Église, est unique, homogène et parfaitement articulé, à l’instar d’un corps physique ; il est donc illogique et ridicule de prétendre que le corps mystique puisse être formé de membres épars, isolés les uns des autres ; par suite, quiconque ne lui est pas uni ne peut être un de ses membres, ni soudé à sa tête, qui est le Christ. Dans cette unique Église du Christ, personne ne s’y trouve et personne n’y demeure, à moins de reconnaître et d’accepter, avec obéissance, l’autorité et la puissance de Pierre et de ses légitimes successeurs. [Pie XI [25].]

• La doctrine du Corps mystique du Christ, qui est l’Église (Col 1, 24), recueillie primitivement des lèvres du Rédempteur lui-même, et qui met dans sa vraie lumière ce bienfait, jamais assez exalté, de notre étroite union avec ce Chef si sublime, invite certainement, par son excellence et son élévation, tous les hommes mus par l’Esprit de Dieu à en faire l’objet de leurs réflexions. […] Or, pour définir, pour décrire cette véritable Église de Jésus-Christ – celle qui est sainte, catholique, apostolique, romaine –, on ne peut trouver rien de plus beau, rien de plus excellent, rien enfin de plus divin que cette expression qui la désigne comme « le Corps mystique de Jésus-Christ » ; c’est celle du reste qui découle, qui fleurit pour ainsi dire, de ce que nous exposent fréquemment les Saintes Écritures et les écrits des saints Pères. [Pie XII [26].]

• Certains estiment qu’ils ne sont pas liés par la doctrine que Nous avons exposée il y a peu d’années dans notre lettre encyclique et qui est fondée sur les sources de la révélation, selon laquelle le Corps Mystique et l’Église catholique romaine sont une seule et même chose. Quelques-uns réduisent à une formule vaine la nécessité d’appartenir à la véritable Église pour obtenir le salut éternel. […] Il est trop certain que ces erreurs et d’autres du même ordre s’insinuent dans l’esprit de plusieurs de Nos fils, qu’abuse un zèle imprudent des âmes ou une fausse science : il Nous faut donc, l’âme accablée de tristesse, leur répéter des vérités très connues et leur signaler, non sans angoisse pour le cœur, des erreurs manifestes et des dangers d’erreur auxquels ils s’exposent. [Pie XII [27].]

D’ailleurs, l’identité de l’Église du Christ avec l’Église catholique romaine est une vérité prouvée par l’apologétique :

1. L’Église catholique est la seule Église hiérarchique et monarchique : caractères donnés par le Christ à son Église.

2. Elle est gouvernée par le pontife romain, successeur de Pierre dans le primat de l’Église universelle.

3. Elle seule possède les quatre notes de l’Église du Christ.

• Les cinq impératifs de la commémoration commune

Le rapport indique enfin « cinq impératifs qui vont guider la commémoration commune de 2017 » :

Premier impératif : catholiques et luthériens devraient toujours se placer dans la perspective de l’unité, et non du point de vue de la division, afin de renforcer ce qui est commun, même si les différences sont plus faciles à voir et à ressentir.

C’est toujours le même sophisme : imaginer que ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise et qu’il suffit de renforcer ce que nous avons en commun pour travailler à l’unité. Au contraire, si l’on voulait vraiment « se placer du point de vue de l’unité », il faudrait faire revenir les luthériens à l’unité de l’Église en les ramenant à la vraie foi. C’est ce qu’explique Pie XI dans Mortalium animos [28].

Deuxième impératif : luthériens et catholiques doivent continuellement se laisser transformer par la rencontre de l’autre, et par un témoignage de foi des uns à l’égard des autres.

C’est encourager les catholiques à se laisser enseigner l’hérésie luthérienne par les luthériens, en se mettant ainsi dans l’occasion prochaine de perdre la foi. On est loin des conseils de l’Apôtre de la charité : « Quiconque s’éloigne et ne demeure point dans la doctrine du Christ, n’a pas Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine, celui-là a le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises » (2 Jn 1, 9-11).

Troisième impératif : catholiques et luthériens devraient s’engager à nouveau à chercher l’unité visible, à en étudier ensemble les étapes concrètes, et à tendre sans se lasser vers ce but.

C’est le lieu de rappeler l’enseignement donné par Pie XI dans Mortalium animos : « Puisque la charité a pour fondement une foi intègre et sincère, c’est l’unité de foi qui doit être le lien principal unissant les disciples du Christ. […] Cette unité ne peut naître que d’un magistère unique, d’une règle unique de foi et d’une même croyance des chrétiens. […] Plaise à Dieu notre Sauveur, ”qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (1 Tm 2, 4), d’entendre Notre ardente supplication pour qu’il daigne appeler tous les égarés à l’unité de l’Église. »

Quatrième impératif : luthériens et catholiques devraient ensemble redécouvrir la puissance de l’Évangile de Jésus-Christ pour notre époque.

Mais l’Évangile de Jésus-Christ n’est pas contenu uniquement dans la sainte Écriture : il y a aussi la Tradition. Plaise à Dieu que les luthériens retrouvent cette puissance de la Tradition que Luther a bien imprudemment rejetée pour ne garder que l’Écriture seule.

Cinquième impératif : catholiques et luthériens devraient ensemble témoigner de la grâce de Dieu en proclamant l’Évangile et en se mettant au service du monde.

Ne voit-on pas ici la queue du diable ? Vouloir se mettre au service du monde, n’est ce pas tourner le dos à Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a refusé de prier pour le monde (Jn 17, 9), et se mettre au service du Prince de ce monde (Jn 12, 31) ? En cherchant ainsi à se mettre au service du monde, à s’en faire l’ami, ne se fait-on pas ennemi de Dieu ? Saint Jacques est très clair : « Ne savez-vous pas que l’amour de ce monde est inimitié contre Dieu ? Par conséquent quiconque veut être ami de ce siècle se constitue ennemi de Dieu [29]. »

Les papes conciliaires réhabilitent Luther

Les idées émises dans ce dialogue œcuménique sont malheureusement reprises et diffusées par les papes conciliaires.

Paul VI lance le mouvement

Le rapprochement avec les luthériens a été lancé par Paul VI :

— Il a créé la Commission internationale catholique-luthérienne en 1967.

— Il a fabriqué un nouveau rite de la messe en 1969 en se faisant aider par six pasteurs protestants, dont trois luthériens [30].

— Il a envoyé le cardinal Willebrands, président du secrétariat pour l’Unité des chrétiens, comme « légat » à la 5e assemblée de la Fédération luthérienne mondiale tenue à Évian-les-Bains du 14 au 24 juillet 1970. Ce dernier prononça un discours le 15 juillet, où il fit l’éloge de Luther :

Au cours des siècles, la personne de Luther n’a pas toujours été estimée à sa juste valeur du côté catholique […]. Qui oserait nier aujourd’hui que Martin Luther était une personnalité profondément religieuse qui a cherché honnêtement et avec abnégation le message de l’Évangile ? Qui pourrait nier que, malgré les tourments qu’il a infligés à l’Église et au Saint-Siège – on doit à la vérité de ne pas le taire –, il ait conservé une somme considérable des richesses de la foi catholique ancienne [31] ?

Jean-Paul II accélère

Au cours de son long pontificat, Jean-Paul II eut le temps de beaucoup faire avancer les choses.

Au cours de son voyage en Allemagne en 1980, lors d’une concélébration eucharistique dans le stade d’Osnabrück le 16 novembre, il lança aux catholiques : « Encouragez de manière opportune et amicale vos frères évangéliques [luthériens] à témoigner de leur foi et approfondir dans le Christ leur forme de vie religieuse [32]. »

A Mayence, le lendemain 17 novembre, il s’adressa au Conseil de l’Église évangélique luthérienne : « Aujourd’hui je viens à vous vers l’héritage spirituel de Martin Luther, je viens comme un pèlerin [33]. » Ces paroles contrastent avec celles de son prédécesseur, le pape Adrien VII, qui, dans sa bulle Satis et plus, désignait Luther comme « l’apôtre de l’Antéchrist ».

A l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du réformateur, le pape adressa le 10 novembre 1983, un message au cardinal Willebrands, président du secrétariat pour l’Unité des chrétiens. Le pape ne fait allusion ni à l’excommunication prononcée contre le réformateur ni au schisme protestant qui a suivi. Mais il affirme :

En réalité, les efforts scientifiques des spécialistes évangéliques et catholiques, qui d’ailleurs se rejoignent largement dans les résultats de leurs travaux, ont conduit à une image plus complète et plus différenciée de la personnalité de Luther. […] Ainsi a été mis en lumière, de manière convaincante, le profond esprit religieux de Luther, animé d’une passion brûlante pour la question du salut éternel. On a bien montré également, que la rupture de l’unité ecclésiale ne peut être attribuée uniquement, ni à une incompréhension de la part des pasteurs de l’Église catholique, ni à une intelligence insuffisante du vrai catholicisme de la part de Luther, encore que ces facteurs aient joué un rôle. Les décisions dont il s’agissait étaient plus profondes. […]

Il s’agit d’acquérir, par une recherche sans préjugé, uniquement guidée par la quête de la vérité, une image exacte du réformateur, ainsi que de l’époque tout entière de la Réforme et des personnes qui y ont été engagées. De quelque côté qu’elle se trouve, la faute doit être reconnue là où elle existe ; là où la polémique a déformé le regard, elle doit être rectifiée, encore une fois indépendamment du côté où elle s’est produite. A ce sujet nous ne pouvons nous laisser guider par l’intention de nous ériger en juges de l’histoire, mais le seul but que nous devons nous proposer est de mieux la connaître et ainsi de devenir des porteurs de vérité [34].

Cette lettre marque un pas important dans la révision du jugement que l’Église romaine a porté sur la réforme protestante et sur Luther. Même si le pape expose ensuite la nécessité de considérer les questions de foi, le réformateur n’est plus condamné et ses erreurs doctrinales sont passées sous silence. Plus grave encore, le pape le présente comme un esprit profondément religieux et demande de reconnaître la faute là où elle existe, « sans préjugé ». Veut-il dire que l’Église catholique serait responsable de la rupture ?

Au cours des cérémonies qui marquèrent l’anniversaire de la naissance du prétendu réformateur, le pape se rendit, le 11 décembre 1983, dans le temple protestant de Rome. La cérémonie commença par la lecture d’une prière que Luther composa à la fin de sa vie. A cette occasion, certains observateurs comme le père Sorge, directeur de la revue jésuite Civilta Cattolica, n’hésitèrent pas à affirmer que « le plus important résultat obtenu jusqu’à présent est la révision du jugement porté par l’Église sur la personne de Luther [35]. »

Benoît XVI continue dans la même ligne

Benoît XVI n’est pas en reste avec ses prédécesseurs.

Le dimanche 14 mars 2010, il s’est rendu au temple luthérien de Rome (déjà visité par Jean-Paul II) pour commémorer le 10e anniversaire de la Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification signée le 31 octobre 1999, à Augsbourg.

Le pape a participé activement à la célébration luthérienne de la parole : revêtu d’un surplis blanc, d’une mozette rouge et d’une étole pastorale, il a prié et chanté avec les membres de la communauté, récité avec eux le Credo de Nicée-Constantinople et le Notre Père. Puis il a succédé au pasteur Kruse dans la chaire du temple. Cette participation active, selon la morale catholique traditionnelle, est peccamineuse.

La communication active matérielle et publique est, en soi, prohibée par la loi ecclésiastique et par la loi naturelle, sous peine de péché grave, et cela pour plusieurs motifs : péril de perversion dans la foi, scandale des fidèles, apparence d’approbation d’une religion fausse ou de négation de la vraie religion [36].

Le 23 septembre 2011, dans l’église de l’ex-couvent augustinien de Erfurt où Luther a passé 6 ans de sa vie, le pape a participé à une cérémonie liturgique œcuménique au cours de laquelle une « évê­quesse » est intervenue, donnant une intention de prière, puis entonnant le Notre Père à côté du pape [37].

Le même jour et dans le même couvent, dans la salle du chapitre, il a affirmé :

La pensée de Luther, sa spiritualité tout entière était complètement christocentrique. […]

La chose la plus nécessaire pour l’œcuménisme est par-dessus tout que, sous la pression de la sécularisation, nous ne perdions pas presque par inadvertance les grandes choses que nous avons en commun, qui en elles-mêmes nous rendent chrétiens […]. C’était l’erreur de l’âge confessionnel d’avoir vu en majeure partie seulement ce qui sépare, et de ne pas avoir perçu de façon existentielle ce que nous avons en commun dans les grandes directives de la Sainte Écriture et dans les professions de foi du christianisme antique. Le grand progrès œcuménique des dernières décennies est pour moi que nous nous soyons rendu compte de cette communion, que nous pouvons la reconnaître comme notre fondement commun et impérissable dans la prière et le chant communs, dans l’engagement commun pour l’ethos chrétien face au monde, dans le témoignage commun du Dieu de Jésus-Christ en ce monde [38].

Le pape François : toujours plus loin !

Le pape François continue dans la « tradition » conciliaire.

• Le dimanche 15 novembre 2015, il accomplit la visite désormais traditionnelle au temple luthérien de Rome [39]. A cette occasion il offre un calice au pasteur protestant, comme s’il le reconnaissait capable d’offrir le saint sacrifice alors que les pasteurs n’ont pas le sacrement de l’ordre, et ne croient même pas que la messe est un sacrifice.

Il revient, dans son sermon, sur l’unité dans la diversité :

Un de vos grands [représentants] a dit une fois qu’il y a l’heure de la diversité réconciliée. Demandons aujourd’hui cette grâce, la grâce de cette diversité réconciliée dans le Seigneur.

Autrement dit : on se réconcilie tout en gardant ses différences.

Au cours de la cérémonie, une femme protestante mariée à un catholique a manifesté sa « douleur » de ne pas pouvoir partager avec son mari « la cène du Seigneur » et a demandé comment il est possible d’imaginer réaliser la communion entre catholiques et protestants sous cet aspect.

Le pape a donné une réponse très embarrassée, bien analysée par Matteo D’Amico.

François a commencé par affirmer que cette communion aura lieu « au banquet final de la Nouvelle Jérusalem », comme s’il tenait pour acquis le salut de cette luthérienne.

Mais en attendant ce banquet final, « je me demande – je ne sais pas comment répondre, mais je fais mienne votre question – je me demande : partager la Cène du Seigneur, est-ce la fin d’un chemin, ou bien est-ce le viatique pour marcher ensemble ? » Il est invraisemblable qu’un pape ne sache pas comment répondre à une question aussi simple. La suite de la réponse indique que le pape considère l’intercommunion comme un moyen pour arriver à l’unité, alors que la communion doit être un signe, et même le signe le plus fort, de l’union des chrétiens entre eux et avec le Christ. C’est pourquoi il n’est pas permis de communier à une messe d’un schismatique, même si elle est certainement valide.

Lisons la conclusion :

Un pasteur de mes amis me disait : « Nous croyons que le Seigneur est présent. Vous croyez que le Seigneur est présent. Quelle est la différence ? » — « Eh, ce sont les explications, les interprétations… » La vie est toujours plus grande que les explications et les interprétations. Référez-vous toujours au Baptême : Une seule foi, un seul baptême, un seul Seigneur, nous dit Paul, et à partir de là, tirez-en les conséquences. Je n’oserai jamais donner la permission de faire cela parce que ce n’est pas de ma compétence. Un baptême, un Seigneur, une foi. Parlez avec le Seigneur et avancez. Je n’ose pas dire davantage.

Le pape n’ose pas donner officiellement la permission, mais il semble bien qu’il invite la « base » à prendre l’initiative.

Les conséquences qu’il invite à tirer sont évidentes : initier sans hésitation, à partir de la base, de façon démocratique, la praxis de la communion eucharistique entre catholiques et luthériens. Le contexte dans lequel la phrase est prononcée fait clairement comprendre qu’il invite à aller de l’avant [40].

• Le 26 juin 2016, dans l’avion qui le ramenait d’Arménie, le pape a répondu à la question d’un journaliste :

Je crois que les intentions de Luther n’étaient pas fausses. C’était un réformateur. Peut-être que certaines méthodes n’étaient pas justes, mais à cette époque, si nous lisons l’histoire de Pastor, par exemple – un allemand luthérien qui s’est ensuite converti quand il a vu la réalité de ce temps et qui est devenu catholique – nous voyons que l’Église n’était pas vraiment un modèle à imiter : il y avait de la corruption dans l’Église, il y avait la mondanité, il y avait l’attachement à l’argent et au pouvoir. Et c’est pour cela qu’il a protesté. Ensuite, il était intelligent et il a fait un pas en avant en justifiant la raison de ce qu’il faisait. Et aujourd’hui, les luthériens et les catholiques, avec tous les protestants, nous sommes d’accord sur la doctrine de la justification : sur ce point si important, il ne s’était pas trompé. Il a préparé un « remède » pour l’Église, ensuite ce remède s’est consolidé en un état de choses, en une discipline, en une manière de croire, en une manière de faire, de manière liturgique [41].

Il n’est pas nécessaire de commenter. Si Luther ne s’est pas trompé sur la doctrine de la justification, c’est soit que le concile de Trente s’est trompé en le condamnant, soit que ce concile n’est plus valable aujourd’hui. Aucune de ces deux explications n’est catholique.

• Le 13 octobre 2016, le pape François a reçu un groupe de luthériens, et à cette occasion, il a fait mettre à l’honneur au Vatican la statue de Luther [42].

• Le 31 octobre 2016, le pape s’est invité en Suède – car c’est lui qui a pris l’initiative de ce voyage – pour aller fêter avec les protestants le début de « l’Année Luther » (le 31 octobre 2017 marquera le 500e anniversaire de la révolte de Luther). Le cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens et le pasteur Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, présentaient ainsi l’événement dans un document commun :

Le 31 octobre 2016, le pape François, pour l’Église catholique, et l’évêque Munib Younan et le pasteur Martin Junge, représentant la communion mondiale des 145 Églises de la Fédération luthérienne mondiale, donneront ensemble le coup d’envoi de la commémoration commune de la Réforme à l’occasion de son 500e anniversaire. Pour la toute première fois, des catholiques et des luthériens vont commémorer ensemble, à l’échelle mondiale, l’anniversaire de la Réforme. Cet événement, qui est appelé à faire date, reflète les progrès réalisés en cinquante ans de dialogue international catholique-luthérien. Établi après les importantes décisions prises par le concile Vatican II, le dialogue a permis aux deux traditions de mieux se comprendre l’une l’autre. Il a permis de venir à bout de bon nombre d’antagonismes et, surtout, il a instauré la confiance. Il a affirmé la conviction commune que ce qui unit les catholiques et les luthériens compte davantage que ce qui les divise. Il a donné expression à la profonde conviction de foi selon laquelle catholiques et luthériens sont, par le baptême, appelés à faire partie d’un seul et même corps.

Ce jour-là, le pape a signé avec le président de la Fédération luthérienne mondiale, Mounib Younan, une nouvelle déclaration commune dans laquelle il a répété le sophisme que nous avons déjà examiné au début de cet article : « Ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise ».


Il a eu aussi l’occasion de saluer une « évêquesse » luthérienne, Antje Jackelén, dans la cathédrale de Lund.

• Le 6 décembre 2016, le site officiel Radio-Vatican de langue allemande publie une photographie représentant le pape déguisé en Luther, accompagnée de ce commentaire : « Une belle variante », et de souhaits pour un bon dimanche. Visiblement, les bureaux du Vatican trouvent évident ce rapprochement entre François et Luther.

Brève conclusion

Nous laisserons le mot de la fin au président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, qui, au cours d’une conférence à Berlin le 6 novembre 1997, a appelé Luther « le docteur commun » (der gemeinsame Lehrer), titre habituellement donné par l’Église à saint Thomas d’Aquin.

C’est malheureusement la triste réalité. L’Église conciliaire accorde aujourd’hui une place plus importante au plus grand hérétique de l’histoire qu’à son plus grand Docteur.

 

 

 


 

Caricature de Luther :

La papauté sort de l’enfer et vénère le diable

(Frontispice du pamphlet de Luther : Contre la papauté de Rome, inspirée du diable, 1545)

 

U

 


Annexe : la bulle Exsurge Domine

 

Par la bulle Exsurge Domine du 15 juin 1520 (DS 1451-1492) le pape Léon X a condamné 41 erreurs de Martin Luther. On voit la vigilance de l’Église à cette époque, alors que les communications étaient moins rapides que de nos jours : trois ans après la révolte du moine augustinien, les catholiques étaient mis en garde et savaient quelles erreurs il enseignait.

La plupart de ces erreurs sont grossières. Nous ne ferons que de brefs commentaires, rappelant quelques-uns des textes du magistère, surtout du concile de Trente, qui les condamnent.

Le rapport « Du conflit à la communion » reconnaît dans son paragraphe 50 que ces affirmations « figurent effectivement toutes dans les écrits de Luther, et sont citées fidèlement », mais il prétend les excuser en ajoutant qu’elles « ont été extraites de leur contexte. » De plus, il argue de la phrase finale pour prétendre qu’on ne sait « quel qualificatif s’applique à quelle affirmation ». Par conséquent, il n’y a rien de grave semble dire le rapport. Mais la lecture de cette liste montre au contraire combien graves sont les erreurs luthériennes et qu’il n’est pas étonnant qu’elles aient mis l’Europe à feu et à sang.

On dit parfois que Luther s’est révolté à cause des abus concernant les indulgences, mais on verra en lisant cette bulle que plus de la moitié des enseignements erronés de Luther ont trait à la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, les autres à l’autorité de l’Église.

Quelle fut la réaction de Luther à la réception de cette bulle ? « Le 10 décembre 1520, devant la porte de l’Elster, il la brûla en public. Tandis qu’elle brûlait, il dit solennellement : “Puisque tu as troublé le saint du Seigneur, que le feu éternel te trouble à jamais”, ou peut-être plutôt : “Puisque tu as troublé la vérité de Dieu, que le Seigneur te trouble dans ce feu [43].” »

Voici donc le texte de la bulle (qui n’est qu’une longue suite de propositions de Luther condamnées) avec quelques commentaires (en petits caractères).

Le Sel de la terre.

 

 

1. C’est une opinion hérétique, mais fréquente, que les sacrements de la Loi nouvelle donnent la grâce sanctifiante à ceux qui n’y mettent pas obstacle.

2. Nier que le péché demeure dans un enfant après le baptême est fouler aux pieds tout à la fois Paul et le Christ.

3. Le foyer du péché empêche l’entrée du ciel pour l’âme qui quitte son corps, même s’il n’y a pas de péché actuel.

C’était fermer la porte du ciel aux enfants mourant après le baptême, contre toute la Tradition de l’Église.

4. La charité imparfaite du mourant comprend nécessairement une grande crainte qui par elle-même suffit à entraîner la peine du purgatoire et qui empêche d’entrer au ciel.

Luther insulte au sacrement d’extrême onction (qui peut ouvrir la porte du ciel s’il est reçu dans de bonnes conditions [44]). Il va s’en prendre ensuite au sacrement de pénitence (on peut penser que les difficultés personnelles de Luther l’ont conduit à rejeter ce sacrement).

5. Les trois parties de la pénitence, contrition, confession et satisfaction, n’ont de fondement ni dans la sainte Écriture, ni chez les saints docteurs anciens du christianisme.

6. La contrition, que préparent la recherche, la récapitulation et la détestation des péchés, lorsqu’on repense à sa vie dans l’amertume de son cœur (Is 38,15), en pesant la gravité, le nombre et la laideur des péchés, en voyant la béatitude éternelle perdue et la damnation éternelle encourue, cette contrition rend hypocrite et même plus pécheur.

Ces erreurs seront condamnées par le concile de Trente : « Si quelqu’un dit que la contrition que préparent l’examen, le rappel et la détestation des péchés, et par laquelle on pense à ses années dans l’amertume de son cœur (Is 38, 15), en pesant la gravité, l’abondance et la laideur de ses péchés, ainsi que la perte du bonheur éternel et la damnation éternelle encourue, avec le ferme propos d’une vie meilleure, que cette contrition n’est pas une douleur véritable et utile et ne prépare pas à la grâce, mais qu’elle rend l’homme hypocrite et davantage pécheur ; que, enfin, elle est une douleur contrainte et non pas libre et volontaire : qu’il soit anathème » (DS 1705).

7. Très vrai et plus excellent que tous les enseignements donnés jusqu’à ce jour sur les sortes de contrition est le proverbe : « Ne pas faire le mal à l’avenir est souveraine pénitence ; la meilleure pénitence, c’est la vie nouvelle. »

La vie nouvelle est sans doute une bonne chose, si elle est sans péché. Mais elle ne remplace pas la pénitence, notamment l’accomplissement de la pénitence sacramentelle : « Si quelqu’un dit que, pour ce qui est de la peine temporelle, on ne satisfait nullement à Dieu pour les pêchés par les mérites du Christ ni par le moyen de peines infligées par Dieu et supportées avec patience, ni par le moyen de celles imposées par le prêtre, les prières, les aumônes ou les autres œuvres de piété, et que, en conséquence, la meilleure pénitence est seulement une vie nouvelle : qu’il soit anathème [45]. »

8. N’aie nullement la présomption de confesser les péchés véniels ni même tous les péchés mortels, car il est impossible que tu connaisses tous tes péchés mortels. Voilà pourquoi dans la primitive Église, on confessait seulement les péchés mortels manifestes.

Luther « réinvente » le passé pour décourager de se confesser. « Si quelqu’un nie que la confession sacramentelle a été instituée ou est nécessaire pour le salut de droit divin ; ou s’il dit que se confesser secrètement à un prêtre seul – ce que l’Église catholique a toujours observé et observe depuis le début –, est contraire à l’institution et au commandement du Christ et que c’est une institution humaine : qu’il soit anathème » (Concile de Trente, DS 1706). « Si quelqu’un dit que, dans le sacrement de la pénitence, pour la rémission des péchés, il n’est pas nécessaire, de droit divin, que l’on confesse tous et chacun des péchés mortels dont on se souvient après avoir réfléchi comme il se doit et sérieusement, même les péchés cachés et ceux qui sont contre les deux derniers commandements du Décalogue, ni les circonstances, qui changent l’espèce du péché, mais que cette confession ne sert seulement qu’à instruire et à conso1er le pénitent, et qu’elle n’a jadis été utilisée que pour imposer une satisfaction canonique ; ou s’il dit que ceux qui s’efforcent de confesser tous leurs péchés ne veulent rien laisser au pardon de la miséricorde divine ; ou qu’enfin il n’est pas permis de confesser les péchés véniels : qu’il soit anathème» (Concile de Trente, DS 1707).

9. Quand nous voulons confesser tous nos péchés clairement, nous voulons équivalemment ne rien laisser pardonner à la miséricorde de Dieu.

« Si quelqu’un dit que ceux qui s’efforcent de confesser tous leurs péchés ne veulent rien laisser au pardon de la miséricorde divine : qu’il soit anathème » (Concile de Trente, DS 1707).

10. Personne n’a ses péchés remis s’il ne croit qu’ils sont remis quand le prêtre les remet ; bien plus, le péché demeurerait si l’on ne croyait qu’il est remis ; car la remise des péchés et la donation de la grâce ne suffisent pas, mais il faut encore croire que le péché est remis.

11. Tu ne dois nullement avoir confiance d’être absous à cause de ta contrition, mais à cause de la parole du Christ « Ce que tu délieras, etc. » (Mt 16, 19). C’est pourquoi, je te le dis, aie confiance si tu as obtenu l’absolution du prêtre, et crois fortement que tu es absous, tu seras vraiment absous, quoi qu’il en soit de la contrition.

Quand on pense que Luther a été prêtre catholique pendant plusieurs années, qu’il a certainement souvent exercé le ministère de la confession, on frémit de voir ce qu’il pense de la contrition. Que disait-il à ses pénitents ?

12. Si par impossible un pénitent n’était pas contrit, ou si le prêtre ne l’absolvait pas sérieusement, mais par plaisanterie, si pourtant le pénitent se croit absous, il l’est en toute vérité.

« Si quelqu’un dit que l’absolution sacramentelle. du prêtre n’est pas un acte judiciaire, mais un simple ministère qui prononce et déclare que les péchés sont remis à celui qui les confesse, pourvu seulement qu’il croie qu’il est absous, ou si le prêtre ne l’absout pas sérieusement, mais par plaisanterie ; ou s’il dit que la confession du pénitent n’est pas requise pour que le prêtre puisse l’absoudre : qu’il soit anathème » (Concile de Trente, DS 1709).

13. Dans le sacrement de pénitence et dans la rémission des péchés, le pape ou un évêque ne fait pas plus que le moindre des prêtres ; bien plus, là où il n’y aurait pas de prêtre, n’importe quel chrétien, même une femme ou un enfant, en peut tout autant.

« Si quelqu’un dit que les évêques n’ont pas le droit de réserver des cas, sauf pour ce qui relève de la discipline extérieure et que, par suite, la réservation des cas n’empêche pas un prêtre d’absoudre vraiment des cas réservés : qu’il soit anathème » (Concile de Trente, DS 1711).

14. Personne n’est obligé de répondre au prêtre qu’il est contrit, et le prêtre ne doit pas le demander.

15. Grande est l’erreur de ceux qui s’approchent du sacrement de l’eucharistie en ayant confiance de s’être confessés, de n’être conscients d’aucun péché mortel, d’avoir fait précéder des prières et des préparations : tous ceux-là mangent et boivent leur jugement. Mais s’ils croient et s’ils ont confiance d’obtenir la grâce, cette seule foi les rend purs et dignes.

C’est toujours l’erreur de Luther de la justification par la foi seule.

16. Il semble opportun que l’Église décide dans un concile commun de donner la communion aux laïcs sous les deux espèces et les gens de Bohème qui communient sous les deux espèces ne sont pas des hérétiques mais des schismatiques.

Le concile de Trente a démenti Luther : « Si quelqu’un dit que, en raison d’un commandement de Dieu ou par nécessité pour le salut, tous et chacun des chrétiens doivent recevoir les deux espèces du très saint sacrement de l’eucharistie : qu’il soit anathème » (DS 1731).  « Si quelqu’un dit que la sainte Église catholique n’a pas été amenée par de justes causes et raisons à ce que les laïcs, ainsi que les clercs qui ne célèbrent pas, ne communient que sous la seule espèce du pain, ou qu’elle a erré en cela : qu’il soit anathème » (1732).

17. Les trésors de l’Église d’où le pape donne les indulgences, ne sont pas les mérites du Christ et des saints.

18. Les indulgences sont une pieuse fraude pour les fidèles et une dispense des bonnes œuvres ; elles sont du nombre des choses permises, pas du nombre des choses utiles.

19. Les indulgences pour ceux qui les gagnent vraiment, n’ont pas de valeur pour remettre la peine due aux péchés actuels devant la justice de Dieu.

20. Se fourvoient ceux qui croient que les indulgences sont salutaires et utiles au profit spirituel.

21. Les indulgences ne sont nécessaires que pour les fautes graves publiques, et elles ne sont réellement accordées qu’aux gens endurcis et aux impatients.

22. Il est six espèces d’hommes pour lesquels les indulgences ne sont ni nécessaires ni utiles : les morts ou les moribonds, les malades, ceux qui ont un empêchement légitime, ceux qui n’ont pas commis de fautes graves, ceux qui ont commis des fautes graves mais non publiques, ceux qui font des œuvres meilleures.

Luther se trompe sur la théorie des indulgences, mais on voit que ce n’est qu’une conséquence de ses erreurs sur la justification et sur le pouvoir de l’Église. Là aussi, le concile de Trente, rétablira la vérité : « Le pouvoir de conférer des indulgences ayant été accordé par le Christ à l’Église, et celle-ci ayant usé de ce pouvoir qui lui avait été divinement communiqué (voir Mt 16,19 Mt 18,18 ), même dans les temps les plus anciens, le saint concile enseigne et ordonne que l’usage des indulgences, très salutaire pour le peuple chrétien et approuvé par l’autorité de ce saint concile, soit conservé. Et il frappe d’anathème aussi bien ceux qui affirment qu’elles sont inutiles que ceux qui nient qu’il y ait dans l’Église le pouvoir de les accorder » (DS 1835).

23. Les excommunications ne sont que des peines extérieures et elles ne privent pas l’homme des prières spirituelles communes de l’Église.

24. Il faut enseigner aux chrétiens d’aimer l’excommunication plutôt que de la craindre.

25. Le pontife romain successeur de Pierre, n’est pas le vicaire du Christ établi par le Christ lui-même, dans la personne de Pierre, sur toutes les Églises du monde entier.

26. La parole du Christ à Pierre « tout ce que tu lieras sur la terre, etc. » (Mt 16, 19) s’étend uniquement à ce que Pierre lui-même a lié.

27. Il est certain qu’il n’est aucunement au pouvoir de l’Église ou du pape d’établir des articles de foi, et moins encore des lois concernant les mœurs ou les bonnes œuvres.

28. Si le pape pensait de telle ou telle matière avec une grande partie de l’Église, il ne se tromperait pas ; cependant, ce n’est ni un péché ni une hérésie de penser le contraire, surtout dans une question qui n’est pas nécessaire au salut, jusqu’à ce que le concile universel ait condamné une opinion et approuvé l’autre.

29. Le chemin nous est ouvert pour énerver l’autorité des conciles, contredire leurs actes, juger leurs décrets, confesser avec confiance ce qui semble vrai, que cela ait été approuvé ou réprouvé par un concile quel qu’il soit.

30. Certains articles de Jean Hus qui ont été condamnés au concile de Constance sont tout à fait chrétiens, très vrais et évangéliques : pas même l’Église entière ne pourrait les condamner.

Toutes ces erreurs de Luther sur le pouvoir du pape et de l’Église ont été condamnées maintes fois, et particulièrement par le concile Vatican I.

31. En toute œuvre, bonne le juste pèche.

32. Une œuvre bonne parfaitement accomplie est un péché véniel.

On voit là le pessimisme exagéré de Luther (à ce sujet, voir l’éditorial de ce numéro, p. 5).

33. Que des hérétiques aient été brûlés est contraire à la volonté de l’Esprit.

34. Se battre contre les Turcs, c’est s’opposer à Dieu qui par eux visite nos iniquités.

On appréciera cette erreur de Luther à la lumière du terrorisme musulman que nous subissons de nos jours.

35. Personne n’est certain qu’il ne pèche pas sans cesse naturellement, en raison du vice très caché de l’orgueil.

36. Le libre arbitre, après le péché, n’est quelque chose que de nom ; et aussi longtemps qu’il fait ce qui est en son pouvoir, il pèche mortellement.

A nouveau, le pessimisme exagéré.

37. On ne peut pas prouver le purgatoire par un texte de la sainte Écriture qui soit dans le canon.

38. Les âmes du purgatoire ne sont pas sûres de leur salut, du moins pas toutes. Aucune raison et aucun texte d’Écriture ne prouve qu’elles ne sont pas dans un état où elles méritent et où leur charité augmente.

39. Les âmes du purgatoire ne cessent de pécher aussi longtemps qu’elles cherchent le repos et ont horreur des peines.

40. Les âmes libérées du purgatoire grâce aux suffrages des vivants sont moins heureuses que si elles avaient satisfait par elles-mêmes.

Ces erreurs de Luther sur le purgatoire seront condamnées par le concile de Trente : « L’Église catholique, instruite par l’Esprit Saint, à partir de la sainte Écriture et de la tradition ancienne des Pères, a enseigné dans les saints conciles et tout dernièrement dans ce concile œcuménique qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les suffrages des fidèles, et surtout par le sacrifice de l’autel si agréable à Dieu. Aussi le saint concile prescrit-il aux évêques de tout faire pour que la saine doctrine du purgatoire, transmise par les saints Pères et les saints conciles, soit l’objet de la foi des fidèles, que ceux-ci la gardent, et qu’elle soit enseignée et proclamée en tous lieux » (DS 1820).

41. Les prélats ecclésiastiques et les princes séculiers n’agiraient pas mal s’ils détruisaient tous les mendiants.

On appréciera la « charité » de Luther à l’égard des mendiants !

[Censure :] Tous et chacun des articles ou des erreurs précités, nous les condamnons, les réprouvons et les rejetons totalement, selon le cas, comme hérétiques, ou scandaleux, ou faux, ou comme offensant les oreilles pies ou comme induisant en erreur les esprits simples et comme opposés à la vérité catholique.


[1]  — Certains de nos lecteurs ont pu connaître l’abbé Quentin Montgomery-Wright (1914-1996, curé du Chamblac à partir de 1956) et l’abbé Bryan Houghton (1911-1992, retiré dans l’Ardèche en 1969) : tous deux étaient convertis de l’anglicanisme et restèrent fidèles à la messe traditionnelle.

[2]  — Voici les rapports publiés à ce jour : « L’Évangile et l’Église » (Rapport de Malte), 1972 (DC 1621 du 3 décembre 1972). — « Le repas du Seigneur », 1978 (DC 1755 du 7 janvier 1979). — « Tous sous un seul Christ », 1980, (DC 1785 du 4 mai 1980). — « Voies vers la communion », 1980 (DC 1880 du 8 janvier 1981). — « Le ministère dans l’Église », 1981. — « Martin Luther, témoin de Jésus », 1983 (DC 1855, 3 juillet 1983). — « Face à l’unité : modèles, formes et étapes de la communion ecclésiale luthéro-catholique », 1985 (DC 1936 du 15 mars 1987). — « Église et justification. La compréhension de l’Église à la lumière de la doctrine de la justification », Würzburg, 1993 (DC 2101 du 2 octobre 1994). — « L’apostolicité de l’Église », 2005. — « Du conflit à la communion. Célébration commune de la Réforme en 2017 », 2013.

[3]  — DC 1855, 3 juillet 1983, p. 694-695.

[4]  — Lettre encyclique sur les erreurs du modernisme, du 8 septembre 1907.

[5]  — Lettre encyclique sur l’unité de la véritable Église, du 6 janvier 1927. Citons juste deux phrases qui donnent le ton de l’encyclique : « Il est vrai, quand il s’agit de favoriser l’unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien. N’est-il pas juste, répète-t-on, n’est-ce pas même un devoir pour tous ceux qui invoquent le nom du Christ, de s’abstenir d’accusations réciproques et de s’unir enfin un jour par les liens de la charité des uns envers les autres ? […] Ils soutiennent, en effet, que l’unité de foi et de gouvernement, caractéristique de la véritable et unique Église du Christ, n’a presque jamais existé jusqu’à présent et n’existe pas aujourd’hui ; que cette unité peut, certes, être souhaitée et qu’elle sera peut-être un jour établie par une entente commune des volontés, mais qu’il faut entre-temps la tenir pour une sorte de rêve. »

[6]  — Cardinal Willebrands au cours de la Ve Assemblée plénière de la Fédération luthérienne mondiale, DC 1970, n° 1569, p. 766.

[7]  — DC 1855, 3 juillet 1983, p. 696-697.

[8]  — DC n° 2168, 19 octobre 1997, p. 875-885.

[9]  — Cette confession s’appuie sur un triple fondement : la justification par la foi du fidèle, le sacerdoce universel (tous les chrétiens sont égaux par le baptême et donc tous prêtres) et l’exclusion de toute autre autorité doctrinale que la Bible.

[10] — « Du conflit à la communion », document de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité, publié le 17 juin 2013, § 123. Publié par la revue Istina nº 58, 2013 et disponible sur http://www.vatican.va/

[11] — Voir notamment la bulle Exsurge Domine du 15 juin 1528 de Léon X (DS 1451-1492) reproduite ci-après en annexe, et les textes du concile de Trente, notamment le décret sur la justification (DS 1520-1583).

[12] — Mgr Bernard Fellay, L’Hérésie justifiée, Éditions du Sel, 2006, p. 69. Ce texte est paru d’abord en articles dans Le Sel de la terre (voir la note suivante).

[13] — Sel de la terre n° 38 (automne 2001), p. 21-37, et n° 39 (hiver 2001-2002), p. 39-73.

[14] — Mgr Bernard Fellay, L’Hérésie justifiée, Éditions du Sel, 2006, p. 69.

[15] — Publié par la revue Istina nº 58, 2013 et disponible sur les sites http://www.vatican.va/ et http://www.la-croix.com/.

[16] — Né en 1952, Michel Fédou, jésuite français, est professeur de théologie dogmatique, ancien président du Centre Sèvres, membre du   « Groupe des Dombes », ancien membre du Conseil épiscopal français pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux. Il est spécialisé en patristique (Origène, et plus largement la patristique grecque), en christologie, théologie trinitaire, œcuménisme et en théologie des religions.

[17] — Au sujet de cette manière protestante de nommer « Christ » dans l’article, nous renvoyons à l’annexe 2 de l’étude de Mgr Bernard Fellay, L’Hérésie justifiée, p. 73-74. On y lit notamment : « On ne voit aucune raison particulière de supprimer “le” devant “Christ” : dit-on “Messie” seul ? On a affaire à un titre, non à un nom de personne, et l’usage français n’est pas ici celui du grec. C’est donc essentiellement pour se distinguer des catholiques que les protestants s’expriment de cette manière. Il est possible aussi que cette coutume protestante vienne du fait qu’en allemand Christus s’emploie sans article défini. Étant donné le rôle joué par les pays de langue germanique dans l’éclosion et la propagation du protestantisme, il n’est pas invraisemblable de supposer aussi quelque influence de leur part sur cette façon de parler des protestants français. Cette hypothèse n’exclut pas la précédente, celle de l’archéologisme de mauvais aloi, et ne se justifierait pas davantage. La langue française n’est pas la langue allemande. »

[18] — C’est le deuxième des quatre sophismes de Jean XXIII analysés par l’abbé Michel Simoulin en l’an 2000 : Le Sel de la terre 36, p. 80-100.

[19] — Ceux qui sont dans l’ignorance invincible, et n’adhèrent que matériellement à l’hérésie, sans faute de leur part, après avoir reçu un baptême valide, ont la foi divine. Mais ils ne sont protestants que de nom, et, en réalité catholiques de cœur – même s’ils n’en ont pas conscience.

[20] — Abbé Matthias Gaudron, Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, éditions du Sel, 5e éd., p. 21- 22. Ce texte est paru dans Le Sel de la terre 48 (printemps 2004), p. 57-58.

[21] — Voir, par exemple, Adolf Hoffmann O.P., « Le sacrifice de la messe selon saint Thomas », dans Le Sel de la terre 45 (été 2003), p. 83.

[22] — Le Sel de la terre 45 (été 2003), p. 54.

[23] — Erreur fréquemment répétée par le pape François. Par exemple, dans un message au cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et aux participants du Forum chrétien mondial – « Global Christian Forum » – qui s’est tenu à Tirana du 2 au 4 novembre 2015, sur le thème : « Discrimination, persécution et martyre : ensemble à la suite du Christ », il écrivait : « Tous les baptisés sont membres du même Corps du Christ, son Église. »

[24] — Saint Pie X, Vehementer, 11 février 1906, ASS 39, p. 8.

[25] — Pie XI, Mortalium Animos, 6 janvier 1928, AAS 20, p. 14-15.

[26] — Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943, AAS 35, p. 193 et 199, FC 497.

[27] — Pie XII, Humani generis, 12 août 1950, AAS 42, p. 571, Dz 2319, absent de DS.

[28] — Lettre encyclique sur l’unité de la véritable Église, du 6 janvier 1927.

[29] — Jc 4, 4. Luther rejetait cette épître comme étant « une épître de paille ».

[30] — Voici les noms des protestants qui ont collaboré à l’élaboration du Novus Ordo Missæ : Dr George, Canon Jasper, Dr Shephard, Dr Konneth, Dr Smith et le frère Max Thurian.

[31] — DC 1569, 6 septembre 1970, p. 765-766. Walter Kasper était l’un des quatre observateurs catholiques envoyés à cette assemblée.

[32] — DC 1798, 21 décembre 1980, p. 1142.

[33] — DC 1798, 21 décembre 1980, p. 1146.

[34] — DC 1863, 4 décembre 1983, p. 1071.

[35] — Le Monde du 13 décembre 1983.

[36] — DTC, « hérésie », col. 2231-2233, article de A. Michel. Nos lecteurs pourront relire les fortes paroles de Mgr Lefebvre sur la « communicatio in sacris » dans Le Sel de la terre 30, p. 190-191, ainsi que le schéma préparé pour le concile Vatican II par la commission théologique, publié dans Le Sel de la terre 40, p. 71-87.

[37] — Mme Ilse Junkermann est « évêquesse » de l’Église évangélique de Thuringe (Allemagne Centrale).

[38] — Rencontre avec les représentants du Conseil de l’église évangélique, discours dans salle du chapitre de l’ex-couvent augustinien de Erfurt, le 23 septembre 2011. Voir Le Sel de la terre 84 p. 7-8 et Le Sel de la terre 85 (où le pape François rappelle ces paroles « historiques »).

[39] — Cette visite est analysée dans le détail dans un bon article de Matteo d’Amico dans Le Courrier de Rome de septembre 2016.

[40] — Matteo D’Amico dans Le Courrier de Rome de septembre 2016, p. 7.

[41] — ORLF 26 du 30 juin 2016, p. 10.

[42] — Pour la petite histoire, le même jour le pape recevait brièvement Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X.

[43] — H. Boehmer, Luther und der 10 December 1520, 1921, p. 16, cité dans DTC, « Luther », col. 1158.

[44] — « Hoc sacramentum immediate hominem ad gloriam disponit (ce sacrement dispose immédiatement l’homme à la gloire » (IV Sent. D. 23, q. 1, a. 1, q.la. 1, ad 1).

[45] — Concile de Trente, DS 1711.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 99

p. 135-162

Les thèmes
trouver des articles connexes

Le Protestantisme : Analyse de la Réforme et de ses Erreurs Doctrinales

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page