D’où vient cette religion sans nom ?
Du protestantisme au culte de l’homme : la pente fatale
par le frère Louis-Marie o. p.
Une religion sans nom domine la France depuis plus d’un siècle : à la fois officielle et anonyme, elle est imposée au peuple par l’école totalitaire de Jules Ferry, sous un masque de « neutralité ».
Lorsqu’ils sont obligés de constater son existence, les universitaires parlent de la religion séculière des droits de l’homme [1]. Pour être bref, on pourrait dire : la religion laïque. Pour être précis : le panthéisme humanitaire. Pour souligner son caractère initiatique : la religion maçonnique. Mais pour dresser sa généalogie, il faut remonter au protestantisme.
Le dieu de la République
Le parcours a été amoureusement retracé par un historien du protestantisme, Patrick Cabanel [2]. On sent, sous son récit, percer la nostalgie. Ah ! que l’école « neutre » était belle, lorsqu’elle était protestante ! Mais s’il cache mal ses sympathies, il raconte bien les débuts de l’école totalitaire (qu’il appelle, lui, républicaine). Et il montre, sans même sembler s’en apercevoir, la terrible responsabilité du protestantisme dans l’élaboration de cette arme de déchristianisation massive.
1865 : le débat Quinet-Michelet
Patrick Cabanel s’intéresse d’abord à celui qu’on pourrait nommer le grand-père de l’école laïque : Edgar Quinet. « Nous ne faisons que reprendre l’héritage de Quinet » dira Jules Ferry. Gambetta confirmera : « Le promoteur de l’enseignement laïque en France, c’est Quinet » [3]. Or en 1865, un grand débat oppose Edgar Quinet à son vieux complice Jules Michelet [4]. Les deux hommes demeurent d’accord sur l’essentiel : l’anti-catholicisme. Mais ils s’opposent sur la place à donner au protestantisme.
• Pour l’historien Michelet, la « Réforme » de Luther fut une étape importante de la libération de l’esprit humain, mais elle est maintenant dépassée : la religion des temps modernes n’est autre que la Révolution.
• Pour Quinet, le protestantisme est irremplaçable. La Révolution aurait dû permettre à la France de rattraper ce tournant manqué. La Terreur a malheureusement brûlé les étapes. Son antichristianisme radical a fait, finalement, plus de mal que de bien. Pour dissoudre efficacement l’Église, rien ne vaut le protestantisme.
Le plan laïcard avant 1870
Ici, une parenthèse s’impose.
Tel le loup de la fable, cherchant désespérément un prétexte pour égorger l’agneau, les laïcards aiment raconter que la Troisième République ne fut « anticléricale » que pour se défendre contre une Église réactionnaire qui s’accrochait frénétiquement à la monarchie.
La réalité est exactement l’inverse [5]. Dès les années 1850-1860, bien avant l’instauration de la Troisième République (1871), le complot est en place [6]. Une petite minorité de francs-maçons et de protestants ont déjà décidé d’arracher sa foi catholique à l’immense majorité de la population française. Pour atteindre ce but éminemment démocratique, ils ont déjà choisi un moyen qui ne l’est pas moins : s’emparer de l’école et imposer à toute la France un système d’éducation totalitaire.
Jamais à cours de mensonges, la propagande laïcarde essaiera de présenter l’étatisation de l’enseignement comme une réaction à la défaite de 1870, qui aurait fait prendre conscience d’un retard scolaire de la France sur l’Allemagne. Mais la chronologie est têtue. L’école totalitaire était en gestation bien avant cette guerre de 1870, puisque la Ligue (maçonnique) de l’Enseignement a été lancée en 1866 [7]. Et dès 1857, Edgar Quinet avait révélé le plan républicain dans sa préface à la réédition des œuvres d’un protestant du 16e siècle : Marnix de Sainte Aldegonde. Le choix de ce personnage était déjà tout un programme. Non seulement Marnix étalait sa haine et ses blasphèmes à longueur de pages, mais il n’hésita pas à fabriquer des faux pour faire égorger et couper en morceaux le père Antonin Temmerman, à Anvers, en 1582 [8]. Beau modèle pour la République ! Edgar Quinet avoue sans fard :
Il s’agit ici non seulement de réfuter le papisme, mais de l’extirper, non seulement de l’extirper, mais de le déshonorer, non seulement de le déshonorer, mais, comme le voulait l’ancienne loi germaine contre l’adultère, de l’étouffer dans la boue. Tel est le but de Marnix [9].
Tel est aussi le plan républicain. Puisque le catholicisme est la religion de l’immense majorité des Français, le grand démocrate Quinet proclame qu’il ne faut surtout pas respecter la majorité, mais unir contre elle les minorités protestantes et révolutionnaires ! La démocratie ne doit exclure aucun groupe religieux, pourvu qu’il soit en dehors de l’Église romaine. Car l’Église, c’est bien connu, est sectaire. C’est donc en la persécutant à mort que l’on prouve qu’on n’est pas sectaire. Reprise de vieux sophismes protestants, développés en Angleterre dès le 17e siècle, puis en France au 18e siècle, et qui ont déjà fait couler des flots de sang sous la Révolution.
Les conjurés ne sont pas tous protestants. Mais outre Quinet, qui se rattache au calvinisme par sa mère, on remarque, à la tête du journal fondé pour mener ce combat, L’Avenir national, le néo-protestant Alphonse Peyrat (1812-1890). Il lança dès 1865 le cri de guerre que Gambetta popularisa en 1877 : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » [10]. L’anti-catholicisme obsessionnel de la troisième République a incontestablement des racines protestantes.
On remarque surtout, près de Quinet, deux propagandistes du protestantisme libéral qui rejoindront bientôt l’équipe rapprochée de Jules Ferry : Ferdinand Buisson et Félix Pécaut. On revient ici au livre de Cabanel.
Le pacte secret
Dès 1879, le journal Le Globe dénonce le « pacte secret conclu entre la République et l’hérésie ». Cabanel ne désavoue pas la formule (p. 105) [11]. Il est bien obligé de constater, dans les bureaux de Jules Ferry, la conjonction des deux principaux courants anticatholiques :
• le courant antireligieux issu des Lumières,
• et le courant qu’on pourrait nommer sentimentalement religieux, issu du protestantisme libéral.
Au début, les protestants dominent. Ils prétendent être l’âme de la maison. A terme, le courant antireligieux l’emportera. Mais l’alliance n’a jamais été rompue, et les protestants gardent encore, au 21e siècle, un certain nombre de bastions dans l’Éducation totalitaire (notamment à l’École Pratique des Hautes Études).
Champions protestants de l’école totalitaire
Dans la galerie des pères protestants de l’école laïque, saluons d’abord un grand ancêtre : le pasteur Viret, qui, dès le 16e siècle, réclame un système d’éducation totalitaire pour faire triompher son culte. Ses propos seront repris trois siècles plus tard et cités à l’inauguration de la Faculté de théologie protestante de Paris, le 7 novembre 1879, sous les applaudissement d’un certain Jules Ferry :
Il faut des écoles en grand nombre, il faut qu’elles ne coûtent rien, il faut que les parents soient obligés d’y envoyer leurs enfants, et il faut que la moinaille n’ait rien à y voir [12].
École gratuite (mais sans moinaille, et donc payée très cher par le contribuable), obligatoire (au nom de la liberté) et anti-catholique. Dès le 16e siècle, le plan est complet. La réalisation devra toutefois attendre le 19e siècle.
Charles Renouvier impose le kantisme
Charles Renouvier (1815-1903) apporte deux idées nouvelles pour protestantiser la France :
• une curieuse méthode de recrutement, qui n’aura guère de succès ;
• un plan de subversion idéologique, qui réussira de façon terrifiante.
Sa méthode de recrutement est insolite car elle ne vise pas à convertir mais seulement à faire inscrire les libres penseurs dans les registres protestants. On explique à ces incroyants que, justement, ça tombe bien, le protestantisme n’impose aucune croyance précise : il n’est qu’une « méthode d’autonomie religieuse ». Face au si terrifiant cléricalisme, une inscription dans les registres du temple n’est-elle pas le meilleur moyen de rompre définitivement avec l’Église ? C’est même une nécessité. Pour le prouver, les amis de Renouvier soulignent le triste exemple de Littré, qui a trahi la « libre pensée » sur son lit de mort, en se convertissant au catholicisme, alors qu’il n’avait pas été baptisé enfant (sa mère était protestante et son père anticatholique). Or :
Si le père de Littré avait fait de son fils un calviniste, comme les ancêtres de sa mère, il eût fait souche protestante, et l’émancipation eût été définitive. Avec la libre pensée, vous créez une opposition individuelle, mais rien de permanent et d’héréditaire. Je ne connais pas d’exemple plus convaincant que celui de la mort […] de Littré [13].
En pratique, cette campagne porte peu de fruits. Les adeptes du temple maçonnique ne voient pas l’intérêt d’y ajouter le temple protestant. Une seule chapelle anticléricale leur suffit. Mais l’entreprise révèle la nature profonde du protestantisme. Une méthode d’autonomie religieuse, dit Renouvier, en son langage kantien [14]. Traduisons : une religion réduite à un vague sentiment que ne doit contraindre aucune autorité extérieure, et donc, logiquement, aucune Révélation divine. On est totalement sorti du christianisme.
Si on continue à se prétendre chrétien, c’est à la façon de Kant. Car Kant a poussé la logique individualiste de Luther jusqu’à son aboutissement ultime, et réduit le christianisme à une religion purement naturelle. Pour lui, Jésus n’a apporté aucune révélation surnaturelle : il s’est contenté d’exprimer la religion rationnelle. Celle-ci se réduit d’ailleurs à la morale. La morale de Kant, bien sûr : l’impératif catégorique. La gloire de Jésus est toute philosophique :
Il a proposé une religion naturelle […], il a fait de la religion universelle, qu’il a proposée, la condition suprême et nécessaire de toute croyance religieuse […], il a établi une Église fondée sur le principe de la religion rationnelle [15].
Bref : le grand dogme, c’est qu’il n’y a pas de dogme. Le contenu essentiel de la révélation chrétienne, c’est qu’il n’y a pas de vérité révélée !
De cette curieuse religion – dont on affirme d’un côté qu’elle est purement naturelle, mais aussi, de l’autre, qu’elle est le pur christianisme, ce qui permettra tous les tours de passe-passe intellectuel – Charles Renouvier devient le grand apôtre. Il veut faire du système de Kant un dogme fondamental de la République : la philosophie « quasi officielle », « dictée par les vrais besoins de l’enseignement public » [16]. Il y parviendra très largement [17].
En mars 1848, Renouvier publie (avec le soutien logistique et financier du ministre de l’Instruction publique, qui a souscrit par avance vingt mille exemplaires) un Manuel républicain de l’homme et du citoyen qui est construit comme un catéchisme (sous forme d’un dialogue entre l’instituteur et l’élève), et qui veut séculariser le message chrétien :
Le temps est venu où la morale, enseignée jusqu’ici dans les églises au nom de Jésus-Christ, doit entrer dans les assemblées des hommes qui font des gouvernements et des lois [18].
L’historienne Valentine Zuber remarque :
Il fait du message délivré par le Christ à chaque homme en son for intérieur le modèle même de la foi politique républicaine [19].
Pour Renouvier, le christianisme se résume finalement aux « droits de l’homme ». Ferdinand Buisson va suivre une voie analogue.
Ferdinand Buisson (1841-1932)
On retrouve au passage le cher Edgar Quinet, que Ferdinand Buisson rencontre pour la première fois à l’âge de vingt-cinq ans, le 25 juillet 1866. Les deux hommes discutent du calvinisme. Quinet le défend, car il a permis d’affaiblir l’Église. Mais Buisson l’attaque. Calvin est encore beaucoup trop catholique. Le vrai protestantisme doit être totalement libéral. En 1869, Buisson prône « la raison libre dans l’Église libre » dans un Manifeste du Christianisme libéral. Dix ans plus tard (10 février 1879), il est nommé directeur de l’enseignement primaire par Jules Ferry. Il gardera dix-sept ans ce poste stratégique. Quelles sont alors ses convictions religieuses ? Cabanel cite avec admiration (p. 76-77) l’article Prière de son Dictionnaire de pédagogie. Il y voit une preuve de son esprit religieux et conclut son chapitre par cette question oratoire :
« École sans Dieu », celle qui parle ainsi de Dieu ? [p. 78]
En réalité, le « Dieu » auquel se réfère Buisson est aussi vague et indéfini que le « grand architecte » de l’univers maçonnique. Buisson ne recommande pas n’importe quelle prière, mais « la prière telle que nous la présente toute religion arrivée à un certain degré de pureté et d’élévation morale » (discret coup de griffe à l’Église catholique, dont les saints n’ont, bien entendu, jamais atteint le degré de pureté et d’élévation morale de Ferdinand Buisson). Cette prière se retrouve, certes, dans « l’incomparable modèle du Notre Père », mais aussi « dans certaines pages des prophètes d’Israël, des livres bouddhistes, des philosophes grecs ». Et à y bien regarder, cette prière selon Buisson a trois caractéristiques essentielles :
• D’abord – et surtout – elle ne connaît pas le Dieu auquel elle s’adresse. Elle n’exprime que des « appétits d’infini », une « fascination qui par instants attire l’âme vers l’inconnu ». Buisson insiste :
[…] prier, ce n’est pas savoir ; prier est un mouvement de l’âme aussi naturel que rêver […]. Dégageons-nous donc et de la prière dogmatique et de la prière scolastique et de la prière mystique : il nous restera […] la prière humaine […], celle […] qui ouvre à chacun, au fond de lui-même une sorte de sanctuaire où il se ressaisit et ressaisit Dieu à sa manière : humble et délicieux sanctuaire sans prêtre et sans autel, sans dogme et sans miracle, où l’âme se retrempe […].
• Ainsi privée de toute connaissance certaine (« dogmatique »), la prière est essentiellement sentimentale. Elle n’est bonne que lorsqu’elle traduit « un certain état du cœur, de l’esprit, de l’imagination, de la conscience » : elle dépend de l’émotion.
• Elle est donc « l’acte individuel par excellence » qu’il ne faut surtout pas faire accomplir aux élèves en classe (« ce sera toujours un contresens, quand ce ne sera pas une indignité, de la transformer en un banal exercice de classe »).
Cabanel s’enthousiasme : voilà « un extraordinaire plaidoyer en faveur de la prière », « et de quelle manière, vibrante, intime, profonde […] ! »
Voilà surtout une vision très particulière, et fort sectaire, de la religion. On peut la résumer d’un mot : antichristianisme. Une bonne prière, pour Buisson, est une prière qui reste purement humaine, personnelle, sentimentale, aveugle. Une prière sans doctrine, une prière sans Jésus-Christ, qui s’est dit la Voie, la Vérité, la Vie. Que reste-t-il donc du christianisme, dans ce protestantisme libéral, sinon son inversion radicale ?
Félix Pécaut (1828-1898)
Autre ami d’Edgar Quinet : le pasteur Félix Pécaut, qui devient l’âme de la fameuse École normale supérieure de Fontenay-aux-roses. Buisson le nomme « notre saint François d’Assise » à cause de sa mine ascétique [20]. Cabanel tempère :
En fait […] Pécaut n’a pas dû ce « corps émacié d’un ascète » (Auguste Sabatier) à quelque discipline persévérante sur lui-même – ce n’était pas un sage oriental –, mais à un long cancer de l’estomac qui l’empêchait de se nourrir convenablement. L’impression n’en demeure pas moins. [p. 182.]
L’impression sera même très forte. En 1897, Maurice Talmeyr raconte dans la Revue des Deux Mondes sa triple visite aux Écoles normales supérieures de Sèvres et de Fontenay, et à l’École normale de la Seine (trois forteresses laïques, trois directions protestantes, remarque-t-il en passant) :
La plus haute école normale de filles, après l’école de Sèvres, est celle de Fontenay-aux-Roses, où se forment les maîtresses d’écoles normales primaires de province. C’est le centre du réseau, l’école-source d’où coule, par tous les conduits de l’État, dans toutes les cervelles féminines, l’esprit scolaire de la République. […] Quant au règlement, il se résume dans un mot : elles sont libres. […] La figure morale de l’élève de Fontenay se dessine déjà dans cette jeune fille de vie libre, chevronnée de certificats, « essentiellement démocrate et républicaine », et dans l’éducation de laquelle il faut aussi noter, plus encore qu’à Sèvres, un fort alliage de protestantisme. Le règlement adjoint un directeur à la directrice, et ce directeur, jusqu’ici, a toujours été un ancien pasteur. Ce fut d’abord M. Pécaut, c’est aujourd’hui M. Steeg, et M. Pécaut a même laissé dans l’école une façon de légende, et de légende fort honorable. Il réunissait tous les matins les élèves dans une conférence, et leur exaltait l’esprit sur leur mission de citoyennes et d’éducatrices, leur rôle de prêtresses de l’instruction. […] – Monsieur, me disait une jeune fille en m’ouvrant la porte d’une grande salle basse où s’alignaient des chaises devant la tête de déesse agricole de la République modérée, c’était là que M. Pécaut faisait ses conférences du matin ! [cité p. 167.]
Comme il se doit, Pécaut déteste l’Église [21]. Il rassure les jeunes filles en évoquant Dieu et la religion. Mais Ferdinand Buisson explique :
Il avait eu soin de leur dire, et il redisait à toute occasion qu’il n’y avait rien à attendre des religions positives, des Églises et des orthodoxies confessionnelles. Elles savaient qu’il n’entendait par religion, rien autre que la fleur même de la pensée laïque ; par « le divin », rien autre chose « que ce qu’il y a de plus humain dans l’humanité » ; par Dieu, enfin, rien autre chose que l’esprit, la raison, l’ordre idéal en nous et hors de nous. A un auditeur ainsi familiarisé avec ce retour au vrai sens des mots [sic], M. Pécaut pouvait se montrer philosophiquement et laïquement religieux [22].
On admire au passage la façon très personnelle dont Buisson redéfinit le « vrai sens des mots ». On retrouvera plus loin cet art de la jonglerie verbale. Surtout, on constate que cette très vague religiosité laïque (à saveur nettement panthéiste) est conçue comme la victoire de l’esprit protestant. Le pasteur Jules Steeg, ami et successeur de Pécaut, déclare :
Il paraît douteux que nous puissions jamais espérer voir la France entrer dans les cadres de notre Église [protestante]. Mais, nous avons quelque chose de mieux à souhaiter : c’est de voir se répandre autour de nous l’esprit protestant, c’est-à-dire l’esprit religieux, scientifique et libéral [23].
L’esprit religieux, c’est en réalité le sentiment religieux. Une vague intuition qu’il existe, au-delà de la matière, un monde spirituel : cela suffit. N’allons surtout pas plus loin. Ce serait tomber dans la mentalité dogmatique : l’horrible idée catholique d’une Révélation surnaturelle apportée par Jésus-Christ, qui viendrait ainsi limiter notre autonomie.
Le reflux
Pourtant, après avoir efficacement contribué à acclimater l’école totalitaire en France, la religiosité protestante reflue. Une laïcité franchement antireligieuse prend le dessus.
Les protestants vont bientôt être considérés, par leurs alliés de la veille, comme inutiles, déposés sur le bord de la route […]. Le « social » des positivistes et des sociologues envahit tout : et les champions de la personne morale, de la conscience, de la religion intérieure, apparaissent de plus en plus comme des dinosaures [24].
Cabanel pose, en conclusion, la terrible question : les protestants furent-ils les Girondins de l’école laïque – rapidement éliminés par les Montagnards ?
Les protestants propulsés aux premières places de la pédagogie républicaine n’auraient-ils été, à leur corps défendant, que les fourriers d’une laïcité plus « intégrale » selon un mot de Buisson, qui devait l’emporter à la génération suivante ? […] Il y aurait là une ironie de l’histoire : les nouveaux maîtres de l’État laïque auraient été en fait tournés sur leur gauche, « mencheviks » d’un laïcisme plus méthodiquement extrémiste et violent. [p. 248]
L’auteur est obligé d’avouer :
Il entre une part de vérité dans ces analyses. Certes, les thèses de l’instrumentalisation ou de la transition ne tiennent pas la route, si l’on entend pointer par là une habileté à longue détente. La République « protestante » a eu son autonomie, elle n’est pas le fruit de quelque complot supérieurement pensé ; mais elle n’a été qu’un moment de l’histoire. Ses pasteurs-pédagogues ont été finalement dépassés […].
Dépassés, oui, mais par qui, sinon par la logique qu’ils avaient eux-mêmes déchaînée ? Contre toute évidence, l’auteur essaie de dédouaner le protestantisme de toute responsabilité dans la terrible déchristianisation contemporaine. A ses yeux, la république laïco-puritaine de 1880 semble être la vertueuse ligne de crête surmontant les deux abîmes que sont le catholicisme à droite, et le matérialisme à gauche. Pour échapper à l’affreux dogmatisme du premier, les protestants ont hissé la République au sommet. Est-ce de leur faute, si elle a basculé de l’autre côté ?
Mais la réalité est tenace. Et la réalité, c’est que :
• 1. le protestantisme est essentiellement évolutif ;
• 2. cette évolution suit toujours la même pente ;
• 3. sur cette pente protestante, l’école totalitaire n’a fait que suivre le modèle déjà donné par la franc-maçonnerie.
L’engrenage de l’hérésie
Le protestantisme devait évoluer : c’était inscrit dès l’origine dans ses principes. Il a, de fait, constamment évolué : c’était frappant à tous les yeux dès Bossuet.
Les protestants des premières générations admettent encore toute une partie de la doctrine chrétienne. Ils gardent certains des mystères surnaturels révélés par Jésus-Christ (la Sainte Trinité, par exemple). Mais ils n’y croient plus de la même manière qu’un catholique. Le péché d’hérésie tue dans l’âme la vertu surnaturelle de foi. Le mystère divin est reçu avec une simple foi humaine, sans la lumière divine qui en fait pénétrer le sens. L’hérétique garde la lettre, la formule du dogme, mais il n’en n’a pas l’esprit. Il ronge l’écorce du fruit, sans atteindre l’amande [25]. Exercice assez frustrant, qui pousse à déformer cette vérité surnaturelle, pour la rendre plus conforme aux goûts, idées et sentiments humains.
Par sa pente naturelle, le libre examen protestant tend inévitablement à diminuer toutes les vérités qui nous dépassent. Des grands mystères surnaturels révélés par Jésus-Christ, il ne restera bientôt que les fragments accessibles à l’étroitesse de notre raison humaine (existence, bonté et justice de Dieu ; immortalité de l’âme humaine).
Voilà le protestantisme réduit à l’état de religion naturelle : un déisme vaguement chrétien. Il ne s’y arrête pas. Emporté par son élan, il passe au panthéisme humanitaire, puis à la révolte ouverte contre Dieu. Le processus s’est reproduit à l’identique chez les anglicans, les luthériens et les calvinistes, dans des pays aussi différents par la langue et la culture que l’Angleterre, l’Allemagne et la France, comme s’il était programmé une fois pour toutes dans les gènes de la pseudo-Réforme.
— En Angleterre, le protestantisme dégénère en déisme dès le 17e siècle. Avec sa fille, la franc-maçonnerie, il se mue en panthéisme humanitaire au cours du 18e siècle, avant de se révolter contre la loi morale naturelle. L’Angleterre sera, au 20e siècle, la triste pionnière de la culture de mort : contraception, avortement, manipulations génétiques, etc.
— En Allemagne, la philosophie luthérienne passe par des phases similaires à partir du 18e siècle, entraînant à chaque fois de nouvelles façons de comprendre la Bible. Pour Kant, le christianisme n’est rien d’autre que la religion naturelle ; ses successeurs (Fichte, Schelling, Hegel, Nietzsche, etc.) le transforment en panthéisme humanitaire, puis en révolte.
— En France, le protestantisme libéral d’un Ferdinand Buisson (inventeur de ce qu’il appelle lui-même : l’hérésie de laïcité) n’a déjà plus aucun élément du dogme chrétien ; il se transforme tout naturellement en religion laïque des Droits de l’homme, et ce panthéisme humanitaire finit par considérer le « droit » au blasphème, au divorce, à l’avortement, à la dénaturation du mariage et au suicide assisté comme la plus haute expression de la « dignité humaine » : l’homme conquiert la divinité en se libérant de toute loi naturelle. Philosophie toute luciférienne.
La pente vers le panthéisme
Vue globalement et à long terme – en faisant abstraction des variations saisonnières et des inévitables moments de réaction – la tendance est flagrante. Elle rencontre des résistances à l’intérieur du protestantisme – mais qui la freinent sans l’arrêter. Dans la France de la Troisième République, on trouve un protestant honnête, René Gillouin, pour noter :
Nous estimons que nos coreligionnaires, dans leur ensemble, ont commis plus qu’une imprudence […] en répondant sans restrictions d’aucune sorte aux avances dont ils ont été l’objet de la part des fondateurs de la Troisième République, et en paraissant considérer comme un triomphe personnel l’avènement d’une démocratie de type rousseauiste, optimiste et égalitaire.
Nous estimons que certains d’entre eux, arrivés aux premiers rôles politiques, ont commis plus qu’une faute, en couvrant de leur autorité intellectuelle et morale les chimères, les violences et les excès du pseudo-rationalisme jacobin, notamment en matière d’éducation [26].
On peut citer de même, chez les anglicans du 18e siècle, de solides polémistes qui défendirent avec succès la divinité du Christ et retardèrent efficacement la déchristianisation. Mais petit à petit, génération après génération, s’opère le glissement qu’on remarque à vitesse accélérée chez un John Toland (1670-1722). En une vie de cinquante ans, cet homme, qui était d’origine catholique, devient successivement protestant, presbytérien, déiste, puis panthéiste. Livre après livre, on constate l’évolution. En 1696, dans le Christianisme sans mystère (Christianity not mysterious), John Toland prétend que Jésus n’a révélé aucun mystère surnaturel, mais reconnaît quand même ses miracles. En 1709, il nie les miracles de l’ancien Testament : ce ne sont que des réalités toutes simples, racontées en style hyperbolique. En 1718, il attaque les Évangiles. En 1720, dans son Pantheisticon, il se réfère à une mystérieuse société d’incrédules « appelés le plus souvent panthéistes » et montre qu’il partage leurs idées. La même année, dans un autre ouvrage, il prône le double langage : en public, il faut donner un enseignement conforme aux préjugés populaires et à la religion établie ; en privé, devant une élite de gens capables et discrets, on peut parler sans déguisements [27].
N’est-on pas mûr pour la franc-maçonnerie ?
Le modèle maçonnique
De la maçonnerie, Cabanel parle très peu. Et pourtant, quel parallèle avec l’école laïque ! C’est à peu près la même histoire :
• même influence des pasteurs protestants au départ,
• même compromis religieux,
• même évolution à long terme.
— Des deux côtés, des pasteurs sont au premier rang des fondateurs. Pour la maçonnerie : les pasteurs Jean-Théophile Desaguliers (anglican d’origine calviniste) et James Anderson (presbytérien, auteur des fameuses Constitutions de 1723) [28]. — Pour l’école laïque : Ferdinand Buisson, Jules Steeg et Félix Pécaut, qui viennent tous les trois du séminaire protestant de Neuchâtel [29].
— Des deux côtés, on proclame, au départ, respecter la religion. Les Constitutions du pasteur Anderson avertissent le franc-maçon de ne pas être « un athée stupide, ni un libertin irréligieux ». Autrement dit : éviter de choquer en faisant stupidement étalage d’irréligion. Mais attention : la religion prescrite n’a aucun contenu positif. Elle est seulement celle « sur laquelle tous les hommes sont d’accord ». Comme la religion laïque de Ferdinand Buisson, elle ne professe aucun credo minimal, aucune vérité obligatoire, pas même la plus élémentaire de toutes : l’existence de Dieu. A y bien regarder, cette religion ne se définit que de façon négative. Tout est facultatif, sauf… le refus de se soumettre à la Révélation divine. En n’admettant que la religion « sur laquelle tous les hommes sont d’accord », on manifeste clairement que l’orthodoxie religieuse est désormais fixée par l’opinion générale et non par une Révélation divine. Même en matière religieuse, Dieu n’a plus son mot à dire ! C’est l’homme, désormais, qui est au centre. C’est lui qui est dieu – ou doit le devenir.
Sur ce programme négatif, la maçonnerie pouvait réunir aussi bien des adeptes du libre examen protestant que des déistes, des panthéistes, des kabbalistes ou des lucifériens. Et même, après tout, des catholiques, à la seule petite condition qu’ils laissent leur foi au vestiaire, ravalée au rang de simple opinion facultative. Bon moyen pour qu’ils la perdent.
Dans ces conditions, peu importe la véritable identité du Grand Architecte honoré en loge. Cette entité ambiguë présentait sans doute un visage assez différent aux yeux des différents maçons, selon qu’ils étaient protestants, déistes, panthéistes, kabbalistes ou lucifériens, mais cela ne les empêchait pas de travailler tous ensemble, en commun, à la seule chose qui compte : l’établissement du culte de l’homme.
Même attitude dans l’école républicaine de Jules Ferry. A l’origine, elle n’exclut pas le sentiment religieux. Elle admet même qu’on évoque le nom de Dieu. A condition que ce Dieu reste silencieux et indéfinissable. Protestants libéraux, déistes et athées s’accordent pour tolérer réciproquement leur conception du divin. Dieu peut ainsi être n’importe quoi (une réalité transcendante si on y tient, mais aussi une catégorie de l’idéal, ou bien la substance cachée du monde, ou une douce illusion), n’importe quoi sauf un Dieu « dogmatique » révélant une doctrine. La seule obligation religieuse est négative : refuser tout dogme, toute Révélation divine s’imposant à l’homme. Tout est permis, sauf ça. C’est le fameux Plan d’une religion universelle à l’usage de ceux qui ne peuvent s’en passer, et dans laquelle on pourra admettre une Divinité à condition qu’elle ne se mêlera de rien, autrefois aperçu par Jacob Nicolas Moreau [30].
— Finalement, dans la maçonnerie comme dans l’école totalitaire, le protestantisme cède progressivement du terrain à l’anti-religion. Les « devoirs envers Dieu », encore évoqués dans les débuts de l’école laïque, disparaissent bien vite. Mais la complicité ne sera jamais rompue. Protestants et mécréants se tolèrent gentiment. Lorsque certains athées français se déclareront choqués par la mention du Grand Architecte dans le rituel maçonnique, qui décidera de la supprimer ? Un grand maître du Grand Orient de France, qui se trouve être, en même temps, pasteur calviniste.
La clairvoyance des catholiques
Et les catholiques ? Ont-ils compris ce qui était en jeu ? Ont ils perçu cette nature religieuse de la laïcité ? Ont-ils su y répondre ?
Faussant compagnie à Patrick Cabanel, il faut évoquer quelques champions de la foi face au totalitarisme laïco-protestant [31]. On constatera qu’ils avaient déjà tout vu et tout dit.
Le chanoine Gaudeau face au panthéisme humanitaire
Fondateur de la revue La Foi catholique, le chanoine Bernard Gaudeau (1854-1925) avait bénéficié, en 1907, d’une confidence de saint Pie X :
Le kantisme, c’est l’hérésie moderne [32].
Sentence précieuse, qui atteint d’un même coup :
• le modernisme, condamné dans l’encyclique Pascendi (1907),
• l’hérésie de laïcité [33], qui n’est rien d’autre que le christianisme sécularisé de Kant. Vidé de sa substance, l’Évangile est transformé en une vague morale humaniste qui insiste tellement sur l’autonomie humaine qu’après avoir rejeté toute Révélation surnaturelle, elle refuse même la loi naturelle.
En 1923, le chanoine Gaudeau reçut de Rome une autre sentence mémorable, qualifiant la religion moderne de panthéisme humanitaire [34]. L’expression mérite de devenir classique, tant elle atteint précisément sa cible. Mais le mot hérésie, employé par saint Pie X (ainsi que par Ferdinand Buisson) a le mérite d’indiquer que cette religion moderne n’est qu’une déformation et une caricature de la vraie foi.
Appuyée sur l’enseignement des papes, la revue du chanoine Gaudeau démontre que la religion laïque est tout simplement le renversement du christianisme :
[…] il y a renversement des fins : où l’un met Dieu, l’autre met l’homme et l’État. Ce sont les propres paroles des papes Léon XIII et Pie X :
• Transferunt in naturam humanam ereptum Deo principatum, dit Léon XIII dans son encyclique Sapientiæ [35] ;
• dans l’encyclique Arcanum, il parle de l’idole de l’État : rei publicæ numen [36] ;
• Pie X, dans l’encyclique E Supremi [37], rapporte l’expression de saint Paul décrivant l’homme de péché : Homo ipse temeritate summa in Dei locum invasit […] adeo ut « in templo Dei sedeat, ostendens se tamquam sit Deus [38]. »
On pourrait donc dire de l’homme laïque ce que saint Thomas dit de l’ange : « Il voulut devenir semblable à Dieu de façon désordonnée, en choisissant comme fin dernière la béatitude qu’il pourrait se procurer par ses propres forces, et en se détournant de la béatitude surnaturelle qu’il ne pouvait atteindre que par la grâce de Dieu. »
Tel est bien l’idéal laïque : l’homme cherchant son bonheur en lui-même et par lui-même [39] .
Avant l’enfer éternel, ce culte de l’homme entraîne déjà l’enfer sur terre. Essentiellement totalitaire, il refuse la distinction chrétienne entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel et il aboutit logiquement à la divinisation de l’État :
On devait en arriver là. La déification de l’homme aboutit naturellement à la déification de l’État, et comme celui-ci est le plus fort, lui seul règne et réalise son autonomie. […] Pratiquement, la foi laïque devient la foi dans l’État laïque. Celle-ci est contenue en germe dans celle-là [40].
La Foi catholique cite Édouard Herriot déclarant en novembre 1924 au banquet de la Fédération des jeunesses laïques et républicaines :
Il n’y a pas de mot plus noble, il n’y a pas d’idée plus haute que le mot, que l’idée de laïcité. […] C’est la doctrine qui, dans un État, subordonne tout à la loi. C’est le principe qui subordonne tout à la nécessité de placer au-dessus des dogmes, des convictions, des erreurs et des violences, la sérénité impartiale de l’État [41].
Un État omnipotent, auquel tout doit être soumis, comme à Dieu. La perspective est terrifiante, mais elle a le mérite d’être claire.
Le père Emonet face à Ferdinand Buisson
Au même moment (1925), le père Emonet analyse et réfute le laïcisme dans le célèbre Dictionnaire apologétique de la foi catholique. Il le définit précisément ainsi :
C’est l’homme substitué à Dieu dans le culte du genre humain [42].
Il note :
Le laïcisme est évidemment une sorte de foi, de contre-Église, comme un nouveau baptême […] le laïcisme est une théocratie farouche [43].
Buisson, qui lut ce passage, essaya de contre-attaquer :
[…] le grief de l’Église […] serait fondé si l’État avait eu la prétention d’opposer une doctrine à la doctrine de l’Église, un credo à un autre, une métaphysique à la métaphysique chrétienne. Il n’y a jamais songé [44].
C’est que, selon Buisson, l’école étatique n’enseigne aucune doctrine, aucun credo, aucune métaphysique, mais seulement une morale, et cette morale ne saurait s’opposer à la religion, puisqu’elle n’est rien d’autre qu’une transcription laïque de la morale de l’Évangile. Comment les catholiques peuvent-ils s’en offenser ? Ils devraient plutôt s’en réjouir !
Vous voyez là une impiété. J’y vois le plus grand hommage qui ait jamais été rendu à l’Évangile. Et je ne puis m’empêcher de penser qu’un vrai chrétien doit s’en réjouir… Car dire que les prescriptions de la loi morale (et je ne dis pas du Décalogue seulement, mais de l’Évangile dans toute sa pureté idéale) sont devenues à la suite des siècles si indispensables à l’humanité, si naturelles et en apparence si innées à la conscience […] que nul homme, fût-il athée, ne peut vivre sans ce viatique, c’est dire que l’Évangile, sous un nom ou sous un autre, domine, anime et gouverne désormais le monde moral et social tout entier [45].
Gaétan Bernoville, à qui Ferdinand Buisson adressait cette explication, la résumait en ces termes :
C’est bien la morale de l’Évangile, laïcisée, sans doute, vidée de son contenu divin, délestée de tout dogme, mais enfin la morale évangélique dont nous voulons pénétrer l’âme des enfants de France [46] !
Mais après avoir ainsi résumé la pensée de son correspondant, pour montrer qu’il l’a bien comprise, Bernoville entreprend d’y répondre.
Bernoville démonte les sophismes
Il n’est pas aisé de discuter avec Ferdinand Buisson. Les contemporains ont noté sa « tortueuse dialectique » ; sa pensée « volontairement fuyante et embrouillée » ; sa facilité à glisser « du oui au non avec une virtuosité de dialecticien consommé ou de casuiste sans rival » [47]. Pourquoi s’embarrasserait-il de logique, puisqu’il estime que la religion n’est que sentiment ?
Bernoville refuse ces échappatoires et souligne fermement les contradictions de son adversaire. D’abord, contrairement à ce qu’il prétend, la laïcité n’est pas une pure « neutralité », mais une doctrine clairement identifiable, avec un contenu bien défini :
La lettre même de M. Buisson est la plus expresse confirmation de l’existence d’une « doctrine », d’un système intellectuel et moral, d’une contre-religion qui tendent à éliminer de l’âme française la doctrine et la morale catholiques, et qu’il faut bien appeler du seul nom qui lui convienne : le laïcisme [48].
Ce système intellectuel et moral imposé aux enfants par l’Éducation totalitaire est fondamentalement anti-catholique :
Il suffit, notons le bien, de se saisir de l’Évangile comme du seul code définitif de morale, pour le soustraire à sa seule interprète autorisée : l’Église ; il suffit de faire cet effort, recommandé par M. Buisson, de laïciser l’Évangile, c’est-à-dire de le vider de son essence même qui est le divin, il suffit d’en prétendre tirer un système de morale purement humain, qui a en l’homme seul son origine et sa fin, il suffit de déléguer à l’État le droit et le pouvoir de propager ce système par l’enseignement gratuit et obligatoire de ses écoles, il suffit largement de cette tentative organisée et consciente de doctrinaires installés aux carrefours essentiels du pouvoir, maîtres des postes officiels du commandement, pour qu’on soit en droit de signaler l’existence et le péril virulent d’un laïcisme authentique, historique, dont les grandes lignes intellectuelles et morales, dont la nature propre, anticatholique au premier chef, sont archiconnues [49]
La morale laïque que Buisson prétend tirer de l’Évangile (en le laïcisant) n’est rien d’autre qu’un contre-évangile. Elle l’est même à trois niveaux :
• elle substitue l’homme à Dieu,
• elle vide de tout contenu stable les quelques principes moraux qu’elle prétend garder,
• elle finit par révolter l’homme contre toute la loi naturelle.
La démonstration de Bernoville se fait implacable.
— D’abord, la morale laïque substitue l’homme à Dieu :
Si le laïcisme n’était que cette molle religiosité que me fait entrevoir, dans sa lettre, M. Buisson, cette morale amorphe et invertébrée qui prétend rayonner de je ne sais quelle phosphorescence, reflet lointain de l’éclatante lumière de l’Évangile, je n’y verrais déjà rien qui puisse retenir l’attention d’un esprit bien fait, ni répondre au profond et douloureux appel de l’âme humaine. Mais quand j’apprends auprès de tous les docteurs du laïcisme que l’origine de cette religion, de cette morale, c’est l’homme supplantant Dieu dans la conscience et dans l’univers, l’Humanité en soi proposée aux aspirations du cœur humain, je vois alors clairement quel effort singulièrement antichrétien, violemment anticatholique représente le laïcisme.
Doctrine contre doctrine, morale contre morale, métaphysique contre métaphysique, telle est l’antinomie foncière, l’antagonisme furieux, que la génération laïciste de M. Buisson a propagés dans le pays avec une ferveur sombre et une incroyable ténacité.
« Je n’ai pas conscience de cela », dit M. Buisson. Tout son livre, cependant, la Foi laïque témoigne de son effort pour donner un but métaphysique à l’activité humaine, pour projeter l’humanité en quelque sorte en dehors d’elle-même, dans la région éthérée des entités immuables, et la diviniser.
Rien ne va davantage contre l’Évangile qu’une telle conception de l’homme et de l’univers [50].
La « laïcité » se contredisait déjà elle-même en affirmant d’un côté n’être qu’une pure neutralité, et de l’autre être inspirée de l’Évangile. La voilà maintenant convaincue de double mensonge : non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est, dans son fond, le contraire même du christianisme.
— Garde-t-elle un certain nombre des préceptes évangéliques ? Même pas, puisqu’elle vide de leur substance les principes qu’elle prétend conserver.
Je donnerai à M. Buisson un exemple entre cent de l’opposition qu’il ne semble pas soupçonner entre la morale catholique, qui est la morale même de l’Évangile, et la morale laïque. Un des préceptes essentiels de la morale catholique est l’indissolubilité du lien conjugal, fondement de la famille, elle-même fondement de la Cité. D’où la morale catholique a-t-elle tiré ses fermes prescriptions touchant cette indissolubilité, si ce n’est de cet Évangile qu’invoque M. Buisson ? Et cependant le laïcisme n’a rien eu de plus pressé que d’établir solidement en France la loi du divorce, qui mine la famille.
Un autre exemple, M. Buisson ? La dépopulation, progressant à la suite du laïcisme, ravage la France, la dépeuple comme aucune guerre ne l’a jamais fait. « Croissez et multipliez-vous », ordonne au contraire l’Église de toutes ses voix.
L’entente sur le terrain moral n’est possible, le désaccord évitable que là où des points précis de rencontre peuvent être désignés. Où sont-ils ? Je ne les vois ni dans la lettre, ni dans les ouvrages de M. Buisson [51].
La laïcité conserve un certain nombre de mots chrétiens. Mais vidés de toute signification stable par trois cents ans de libre examen protestant. Ils n’ont plus qu’une charge affective sans répondre à aucune définition précise (ce qui favorise, bien sûr, toutes les manipulations).
Vidées de ce qui fait leur vigueur et leur donne un sens, les hautes réalités morales – droit, fraternité, justice, amour – qu’évoquait M. Buisson perdaient tout contour et toute netteté ; elles devenaient quelque chose de sombre, d’amorphe et d’indéfini […]. L’essentiel leur manque, c’est-à-dire leur fondement même, c’est-à-dire Dieu.
Charriées par tous les courants de l’âme humaine, les plus troubles comme les meilleurs, livrées à leurs remous imprévus, elles prennent les routes les plus bizarres, tournoient aux carrefours les plus inattendus, s’aiguillent à une vitesse folle vers les buts les plus saugrenus, bref, jettent l’être humain dans le désarroi le plus complet.
A vrai dire, ces réalités morales perdent ainsi tout leur sens, elles sont méconnaissables, bien pis elles agissent à rebours de leur raison d’être ; elles ne sont plus que des mots. […] Comment M. Buisson voudrait-il que nous rassemblions sur le terrain mouvant qu’il a choisi et qui n’est certainement pas celui de l’Évangile [52] ?
— Il y a encore pire. La « morale laïque » ne se contente pas de vider les préceptes moraux de tout contenu stable : elle s’attaque à la notion même de loi naturelle par sa façon de vanter sans cesse la liberté et l’autonomie de la raison.
C’est au nom de la dignité, du libre arbitre de la personne humaine, au nom de la Liberté, au nom de la justice, que le divorce s’installa dans la législation française. Une telle conception de la morale recouvre les pires crimes contre l’individu, la famille, la société, et, ce qui est plus grave encore, elle semble les légitimer, leur donner droit à l’existence et à la propagande. Elle aboutit à l’immoralisme [53].
On sait aujourd’hui, que le divorce n’était qu’un début. Au 21e siècle, il n’est plus un seul des dix commandements de Dieu qui ne soit attaqué frontalement par la religion laïque des Droits de l’homme. Voulant définir lui-même le bien et le mal, sans aucune référence à une morale transcendante, l’homme préfère se détruire lui-même, en un vaste suicide collectif, plutôt que d’accepter une loi supérieure (fût-ce le plus élémentaire Tu ne tueras pas, ou la plus évidente distinction des sexes). L’humanisme débouche sur une inhumanité complète, mais ça ne fait rien : l’homme conquiert son autonomie.
La religion de l’anti-religion
La religion laïque réalise ainsi l’inversion parfaite du message évangélique. Au lieu de l’appel à devenir fils de Dieu en s’incorporant au Christ, elle en propose la parodie satanique : Vous serez comme des dieux par vous-mêmes, en vous affranchissant des préceptes divins (Gn 3, 5).
Comme toute contrefaçon, le laïcisme reste pourtant prisonnier de son modèle. Il se veut anticlérical, antiecclésiastique, antireligieux ? C’est pour
devenir lui-même à son tour, par une nécessité immanente, justement tout ce qu’il condamne, une sorte de clergé, d’église, de religion, mais en caricature, c’est-à-dire une secte usurpatrice, violente, accapareuse, despote [54].
Car l’homme demeure obstinément un animal religieux. Il peut se révolter contre la religion, la tordre dans tous les sens, lui donner les formes les plus dégradées et les plus improbables, aller jusqu’à l’inverser dans des systèmes qui se proclament matérialistes et athées, mais il ne peut s’en échapper. Quand il croit sortir de la religion, il n’a réussi qu’à fabriquer un nouveau culte, officiellement sans dogme et sans tabou, mais non sans idole. C’est l’auto-adoration de l’Homme. La mythologie laïque à la place du catéchisme. La franc-maçonnerie à la place de l’Église. On n’est pas sorti de la religion, on l’a seulement dégradée en superstition et en idolâtrie.
Imposture, dictature, pourriture
Trois mots précis résument toute cette histoire.
— La laïcité est d’abord une imposture. Imposée au peuple sous le masque d’une prétendue « neutralité », elle ne maintient son empire qu’en dissimulant sans cesse sa véritable nature (religieuse), sa hiérarchie secrète (maçonnique), la signification de ses symboles (satanique) et la destination où elle mène l’humanité (infernale).
— La laïcité est, en même temps, une dictature. Elle l’est en fait, puisqu’elle n’a pu s’établir qu’à la suite de quatre révolutions (1789, 1830, 1848 et 1871), un génocide (en Vendée, 1793-1794), l’extermination de milliers de prêtres et de chrétiens (guillotinés, fusillés, noyés, etc.), le vol de tous les biens des paroisses, évêchés, couvents, monastères, congrégations religieuses (et jusqu’aux fondations de messes pour les défunts), la fermeture de plus de 20 000 écoles catholiques, l’expulsion de plus de 60 000 religieux, l’imposition d’une école totalitaire (et ultra-coûteuse) qui vise explicitement à arracher les enfants à l’influence de leurs parents, l’épuration de l’administration, où les catholiques (majoritaires en France) furent régulièrement brimés et les francs-maçons (ultra-minoritaires) systématiquement promus ; sans compter le financement public de toute une série d’organisations maçonniques (Ligue de l’Enseignement, Ligue des Droits de l’homme, etc.) travaillant sans cesse à manipuler une opinion qui peut difficilement résister à la pression permanente de ces organismes quasi-officiels, dotés de moyens colossaux. — Mais la laïcité est déjà une dictature dans son principe même, puisqu’elle refuse la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel et veut tout soumettre à l’État. Sous le drapeau de la Liberté, elle mène l’humanité à la pire des servitudes.
— La laïcité n’est pourtant qu’un produit de décomposition : une pourriture. Ses « valeurs » proviennent d’un christianisme qu’elle contredit radicalement, mais dont elle a capté l’héritage [55]. Ses principes sont autant de vertus chrétiennes devenues folles [56]. Ses réussites (de plus en plus ambiguës) plongent leurs racines dans la civilisation chrétienne. Mais peu à peu, tout se vide et se fane. On saisit de plus en plus nettement ce que fut, dans l’histoire, le génie propre du protestantisme : transformer progressivement la religion du Christ en celle de l’antéchrist.
[1] — Voir dans Le Sel de la terre 98, p. 186-193, la recension de l’ouvrage de Valentine Zuber, Le Culte des droits de l’homme, Paris, Gallimard (nrf), 2014.
[2] — Patrick Cabanel, Le Dieu de la République – Aux sources protestantes de la laïcité (1860-1900), Presses Universitaires de Rennes, 2003. — Patrick Cabanel est aussi l’auteur d’une Histoire des protestants en France dont Yves Gérardin a déjà eu l’occasion de parler dans cette revue (Le Sel de la terre 99, p. 63-74).
[3] — Cités par Georges Goyau, L’École aujourd’hui, t. 1, p. 72.
[4] — Sur Michelet et sa mystique de la Révolution, voir notamment Louis Daménie, La Révolution, phénomène divin, mécanisme social ou complot diabolique, Bouère, DMM, 1988, p. 5-33.
[5] — On sait comment le grand député catholique Émile Keller, d’abord indifférent à la forme du gouvernement et prêt à servir la France sous n’importe quel régime, est devenu monarchiste par réaction à la politique anti-religieuse de la 3e République. Jean Guiraud notait très justement, dans La Croix du 18 mai 1923 : « C’est l’anticléricalisme de la république qui faisait des monarchistes tels que Keller, et ce n’étaient pas les monarchistes qui acculaient la république à l’anticléricalisme ». — Sur la lumineuse figure d’Émile Keller voir la belle étude de Philippe Girard dans Le Sel de la terre 77 (« Le député du Syllabus »), 79 (« Le député du Sacré-Cœur ») et 81 (« Le drame du Ralliement »).
[6] — Voir l’étude de Jean Guiraud, « L’organisation de l’action laïque sous le Second Empire » dans les Nouvelles religieuses de décembre 1926, janvier, février et mars 1927.
[7] — Au congrès de 1885, le fondateur de la Ligue de l’Enseignement, Jean Macé (de la loge la Parfaite Harmonie), avouera cyniquement : « L’an dernier, nous affirmions encore que la Ligue n’était pas une institution politique et antireligieuse ; aujourd’hui, il n’en est plus ainsi ; il faut affirmer que la Ligue est bien une maçonnerie extérieure. » — Voir Le Sel de la terre 79, p. 58 et l’article de Philippe Girard, « La maçonnerie et l’enseignement, 1879-1914 » dans Le Sel de la terre 76, p. 20-41.
[8] — Le père Antonin Temmerman O.P., né en 1547, fut égorgé sur la Grand’Place d’Anvers, le 28 mars 1582. Les calvinistes, maîtres de la ville, ordonnèrent que son corps soit découpé à la hache en quatre parties qui furent suspendues aux quatre portes principales de la ville, où elles restèrent trois ans. Lorsqu’elles furent recueillies, en 1585, la tête du martyr était encore intacte, respectée par les oiseaux, la vermine et la corruption. Seules des colombes venaient parfois s’y reposer, tandis qu’une lueur mystérieuse l’environnait pendant la nuit. — Le procès du père Temmerman avait été présidé par le sinistre Marnix, qui n’hésita pas à en falsifier les pièces. Ces falsifications étaient de notoriété publique (voir Alexandre-Joseph Namèche, Cours d’histoire nationale, Louvain, Fonteyn, t. 19 [1887], p. 296-299) mais furent solidement prouvées par le père de Meyer après un examen méthodique des actes du procès (Le procès de l’attentat commis contre Guillaume le Taciturne, prince d’Orange, Paris, Bruxelles, Desclée de Brouwer, 1933).
[9] — Quinet, « Introduction générale » aux Œuvres de Ph. de Marnix de Sainte Aldegonde, Bruxelles, 1857, vol. 1, p. vii-viii.
[10] — Sur l’origine de ce slogan, on possède le témoignage de Juliette Adam, qui fréquenta ces milieux protestants et maçonniques avant de se convertir au catholicisme. Voir l’étude déjà citée de Jean Guiraud.
[11] — Dans sa théorie des « quatre états confédérés » (quatre « États dans l’État », qui, en France se seraient ligués pour former la République contre le « pays réel ») Maurras ajoute aux groupes protestant et franc-maçon celui des juifs et celui des « métèques ». Cabanel parle, quant à lui, d’un « judéo-protestantisme » qui serait « à la fois un phantasme catholique et une réalité républicaine » (p. 187). Curieuse expression. Faut-il comprendre : une réalité que seuls les vrais « Républicains » (c’est-à-dire ceux qui admettent la dictature maçonnique) ont le droit de voir, et qui doit être traitée de phantasme lorsque ces citoyens de seconde zone que sont les catholiques osent en faire mention ?
[12] — Pasteur Pierre Viret (1511-1571), cité par Cabanel, p. 105.
[13] — Cité par Cabanel, p. 86.
[14] — L’ambiguïté du mot autonomie est à la base du sophisme laïciste. Jean Madiran explique : « Il y a bien une autonomie naturelle de l’esprit humain, mais sa vocation, sa raison d’être est de reconnaître librement les supériorités temporelles et éternelles et de librement s’y soumettre. Le monde moderne au contraire est celui où l’homme se retranche dans l’autonomie intellectuelle et morale par le refus et la révolte. » (Troisième lettre au P. Congar, § VI, dans Itinéraires 221 [mars 1978], p. 171-172).
[15] — Emmanuel Kant, La Religion considérée dans les limites de la raison [1789], trad. J. Trullard, Paris, 1841, p. 281.
[16] — Cité par Cabanel, p. 97.
[17] — Cabanel constate que le système de Renouvier est « sans doute devenu, en effet, la philosophie officieuse de la République, ou tout au moins de son noyau, l’école primaire. Dès le début des années 1880, il fait son entrée à la Sorbonne. […] Il enseigne également dès les premières heures de l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, une morale vraiment laïque telle que la concevait Renouvier […]. Avec Marion, des hommes aussi importants dans l’école et l’université républicaine que les philosophes Louis Liard et Lionel Dauriac ont contribué à placer le kantisme au cœur de la morale laïque. Laurent Fédi a récemment montré le rôle joué dans la diffusion du renouviérisme et son institutionnalisation républicaine, par un groupe compact de normaliens nés au milieu des années 1840, et devenus {…] titulaires de chaires de philosophie, voire de postes de hauts administrateurs de l’instruction publique. » (p. 97-98).
[18] — Charles Renouvier, Manuel républicain de l’homme et du citoyen, p. 8.
[19] — Valentine Zuber, Le Culte des droits de l’homme, Paris, Gallimard, nrf, 2014, p. 247.
[20] — Cité par Cabanel, p. 57.
[21] — Voir Cabanel, p. 177.
[22] — Ferdinand Buisson, La foi laïque, extraits de discours et d’écrits (1878-1911), Paris, Hachette, 1912, p. 149-150.
[23] — Jules Steeg, La Mission du protestantisme dans l’état actuel des esprits, 1867, p. 40.
[24] — Cabanel, p. 213.
[25] — « Non medullam attingunt sed corticem rodunt » Saint Grégoire le Grand, Morales sur Job, XX, 9 ; cité par Léon XIII, Providentissimus (18 novembre 1893), § 17. — Sur cette image classique et sur la question générale de la « foi » des hérétiques, voir par exemple Réginald Garrigou-Lagange O.P., De Virtutibus theologicis, Turin, Berruti, 1948, p. 216-220.
[26] — René Gillouin [1881-1971], Une nouvelle philosophie de l’Histoire moderne et française, Paris, Grasset, 1921, p. 256.
[27] — Cette distinction entre la doctrine officielle (exotérique) et l’enseignement privé (ésotérique) est le titre du second opuscule de son Tetradymus (Londres, 1720, p. 61-136) : Clidophorus or the Exoteric and Esoteric Philosophy, that is, of the external and internal Doctrine of the ancients : the one open and public accomodated to popular prejudices and the establish’d Religion ; the other private and secrete, wherin, to the few capable and discrete, was taugh the real Truth stript of all disguises. — Sur tout le courant déiste en Angleterre, voir F. Vigouroux, Les Livres saints et la critique rationaliste, t. 2, Paris, Roger et Chernoviz, 1890, p. 1-196.
[28] — La maçonnerie hérite de divers mouvements subversifs, mais elle est proprement la fille du protestantisme. Voir la synthèse de Christian Lagrave « L’action maçonnique en Europe aux 17e et 18e siècles, ses origines, ses principes et ses objectifs », dans Le Sel de la terre 68, p. 112-146.
[29] — Sans compter tous les autres protestants impliqués dans la fondation de l’école totalitaire : Élie Rabier, Louis Liard, Pauline Kergomard, Julie Favre, Gabriel Monod, le pasteur Bonet-Maury, etc.
[30] — Jacob Nicolas Moreau (1717-1803), Nouveau mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs (voir Le Sel de la terre 97, p. 158). — Ce conte philosophique, écrit en 1757, semble offrir une description satirique de la franc-maçonnerie.
[31] — Cabanel mentionne la revue La Foi catholique du chanoine Gaudeau dans sa bibliographie mais sans le citer une seule fois dans le cours de l’ouvrage.
[32] — « Il kantismo è l’heresia moderna » Saint Pie X au chanoine Gaudeau, le 9 mars 1907. Cette phrase figurera désormais en exergue de chacun des numéros de La Foi catholique.
[33] — Hérésie de laïcité : cette formule, employée par Ferdinand Buisson (La Foi laïque, Paris, Hachette, 1912, p. 279), est exacte, puisque le mot et le concept de laïcité proviennent d’une vérité catholique déformée et corrompue. Le mot laïc a été forgé par l’Église pour distinguer le simple fidèle d’avec les membres du clergé ; le mot laïcité est, semble-t-il, une invention de Ferdinand Buisson (voir Le Sel de la terre 93, p. 129-131).
[34] — Cette expression panthéisme humanitaire vient-elle du pape Pie XI ou de son secrétaire d’État, le cardinal Gaspari ? Elle figure dans une lettre envoyée au chanoine Gaudeau peu après l’audience privée que le pape Pie XI lui a accordée le 29 mai 1923 (lettre du 10 juin 1923, réf. Secrétairerie d’État de Sa Sainteté nº 188.55 ; reproduite dans La Foi catholique, t. XXXI, n° 186-187, juin-juillet 1923, p. 177-178).
[35] — « Ils transfèrent à la nature humaine le pouvoir suprême qu’ils ont arraché à Dieu » Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ (10 janvier 1890) § 16 (Quo errores).
[36] — Léon XIII, encyclique Arcanum (10 février 1880) § 19 (Attamen naturalistae).
[37] — « L’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place de Dieu au point […] qu’il siège dans le temple de Dieu où il se montre comme s’il était Dieu lui-même » Saint Pie X, encyclique E Supremi (4 octobre 1903) § 5 (Hæc profecto).
[38] — 2 Th 2, 4.
[39] — Abbé Robert Prévost « Qu’est-ce que le laïcisme », dans La Foi catholique, t. XXXVII, n° 220, mai-juin 1926, p. 56-57.
[40] — Abbé Robert Prévost « Qu’est-ce que le laïcisme », ibid., p. 60.
[41] — Édouard Herriot, cité par Le Temps, numéro du 24 novembre 1924, p. 2. (Nous soulignons les mots tout et État)
[42] — Père B. Emonet, art. « Laïcisme » dans le DAFC, t. II, col 1783.
[43] — Père Emonet, DAFC, art. « Laïcisme » col 1768.
[44] — Ferdinand Buisson, lettre du 19 décembre 1922 à Gaétan Bernoville, DC 1923, c. 1222.
[45] — Ferdinand Buisson, lettre du 19 décembre 1922, DC 1923, c. 1223.
[46] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1224.
[47] — Albert de Mun, père Lecanuet, Louis Capéran.
[48] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1224.
[49] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1224.
[50] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1224-1225.
[51] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1225.
[52] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1226.
[53] — Gaétan Bernoville, réponse à Ferdinand Buisson, DC 1923, c. 1226.
[54] — Père B. Emonet, art. « Laïcisme » dans le DAFC (1925), t. II, col 1771.
[55] — La fameuse école de Jules Ferry, que la propagande laïcarde exalte comme une invention géniale, a tout simplement copié les écoles catholiques de l’époque. L’organisation du primaire décalquait celle des frères des écoles chrétiennes ; le programme du secondaire plagiait le cursus des jésuites.
[56] — G. K. Chesterton, « The modern world is full of the old christian virtues gone mad », Orthodoxy, 1907, ch. 3 (« The suicide of thought »).
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 61-82
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