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Le message de Fatima,

dernier remède donné au monde

 

 

 

par le frère Marie-Dominique O.P.

 

 

 

Renaissance, protestantisme, Révolution, communisme, mondialisme, telles sont les étapes d’un orgueil grandissant qui ne connaît plus de limites et rejoint le Non serviam de Lucifer.

Les conséquences sont la multiplication des péchés dans le monde, et les âmes qui tombent en enfer en tourbillon.

Pour ramener les hommes en révolte, à l’humilité qui est la première étape du salut, Dieu se plaît souvent à intervenir en prenant les instruments les plus faibles, pour leur faire accomplir des actions humainement sans proportion avec le résultat visé. Ainsi, il est évident pour tous que c’est Dieu qui a donné la victoire. Les exemples abondent dans l’histoire : de Gédéon aux enfants de l’Île Bouchard, en passant par les Machabées, sainte Jeanne d’Arc, etc.

A Fatima, pour sauver les âmes et obtenir la paix mondiale par la conversion de la Russie, Dieu va chercher trois petits enfants qui ne savent ni lire ni écrire, dans un humble village inconnu du sud du Portugal, mais qui a conservé des mœurs chrétiennes admirables [1]. Nous connaissons les noms des enfants : François Marto (7 ans et demi), Jacinthe Marto (6 ans), et Lucie dos Santos (9 ans), leur cousine.

Les demandes qu’ils auront à transmettre seront des plus simples, faciles à accomplir, aussi bien celles qui concernent tous les fidèles, que celles qui concernent le pape.

Et pourtant, voilà un siècle que les hommes d’Église se refusent à obéir au Ciel, malgré tous les châtiments qu’entraîne leur résistance à la grâce : Seconde Guerre mondiale, expansion du communisme avec ses millions de morts, mondialisme anticatholique.

Ces hommes d’Église ressemblent à Naaman, ce général des armées de Syrie, à qui le prophète Élisée avait demandé de se laver sept fois dans le Jourdain pour guérir de la lèpre. Naaman se mit en colère, pensant qu’en lui donnant un remède si simple, le prophète se moquait de lui (4 Reg 5, 1-13). L’orgueil humain préfère toujours se fier à ses propres plans, plutôt que d’accepter humblement celui de Dieu.

Ainsi, pour obtenir la paix du monde, les hommes d’Église ont préféré se fier à l’habileté de leur diplomatie au lieu de consacrer la Russie : ce fut l’Ostpolitik avec les communistes ; et c’est l’œcuménisme d’Assise avec les autres religions, en mettant de côté le seul Prince de la paix, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les faux remèdes n’ont fait qu’aggraver le mal.

Aussi, c’est vers Fatima, qu’il faut se tourner, c’est au message de Fatima qu’il faut sans cesse revenir, car « il ne sera jamais trop tard pour recourir à Jésus et à Marie », dit Notre-Seigneur à sœur Lucie [2]. Étudions donc le message de Notre-Dame.

Les leçons des apparitions de l’Ange du Portugal

(printemps, été et automne 1916)

Mais nous devons commencer en voyant comment l’Ange du Portugal s’y est pris pour préparer les enfants à la venue de la Vierge Marie. Ce qu’il leur fait faire, ce qu’il leur demande est déjà une leçon fondamentale pour l’homme moderne qui se prend pour Dieu. Par François, Jacinthe et Lucie, l’Ange veut ramener l’humanité à l’humilité, et à l’adoration qui en découle.

L’apparition de printemps 1916

Il faudrait recopier ici le récit délicieux de sœur Lucie. On le lira dans ses Mémoires.

Les enfants étaient en train de jouer. L’ange gardien du Portugal leur apparut et leur dit : « Priez avec moi ».

Et s’agenouillant à terre, il baissa le front jusqu’au sol. Poussés par un mouvement surnaturel, écrit sœur Lucie, nous l’imitâmes et nous répétâmes les paroles que nous lui entendions prononcer : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas. »

Après avoir répété cette prière trois fois, il se releva et nous dit : « Priez ainsi. Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications » [3].

Par cette prière, l’Ange du Portugal indique les différentes étapes qui conduisent de l’athéisme à l’union à Dieu. Parcourons-les rapidement.

• Le péché fondamental de l’homme moderne est l’orgueil : c’est le péché d’Adam étendu à toute la société. L’homme a voulu devenir comme Dieu : il se crée sa vérité, organise le monde sans tenir compte de Dieu, voulant décider lui-même ce qui est bien et ce qui est mal. C’est l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme, fondement des sociétés modernes : « La loi est l’expression de la volonté générale ».

Pour être sauvé, l’homme moderne devra d’abord revenir à la vérité, et c’est la vertu d’humilité qui détruit l’orgueil :

L’humilité, dit le père Garrigou-Lagrange, est fondée sur la vérité, surtout sur cette vérité qu’il y a une distance infinie entre le Créateur et la créature. Plus cette distance apparaît de façon vive et concrète, plus on est humble [4].

• L’humilité pousse alors à l’adoration :

L’adoration consiste principalement dans la révérence intérieure de Dieu, dit saint Thomas d’Aquin, et secondairement en signes corporels d’humilité : fléchir le genou, se prosterner. [II-II, q. 84, a. 2.]

Rappelons ici que le mot « humilité » vient du latin humus qui veut dire « terre ». On fléchit le genou, ou on se prosterne à terre, pour reconnaître qu’on est poussière devant notre Créateur.

• Alors la foi, qui est un don de Dieu, peut être reçue dans l’âme ; c’est l’humilité qui lui a ouvert la porte :

L’humilité, dit saint Thomas d’Aquin, écarte cet orgueil qui fait que l’intel­ligence refuse de se soumettre à la vérité de foi. [II-II, q. 4, a. 7, corpus.]

Et maintenant, tout va pouvoir s’enchaîner.

• Pour aller à Dieu, l’âme comprend qu’elle doit s’appuyer sur Dieu : c’est la vertu d’espérance.

• Viendra enfin la vertu de charité, qui réalise l’union immédiate de notre volonté à la volonté divine : c’est la perfection, le sommet de l’union avec Dieu.

Évidemment, tout ce cheminement, rappelé par la prière de l’ange, est une grâce, une succession de grâces.

Comment les obtenir pour l’homme moderne ?

C’est toute la doctrine de la satisfaction pour autrui, du latin satis facere (faire assez pour réparer le mal du prochain) :

La satisfaction offerte pour un autre, dit saint Thomas d’Aquin, ressemble à une certaine somme que l’on acquitte pour racheter son péché et sa peine. [III, q. 48, a. 4.]

La prière enseignée par l’ange est ainsi une prière réparatrice :

Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas.

Il s’agit d’offrir à Dieu des actes de foi, d’adoration, d’espérance et de charité, en compensation de ce que les hommes modernes ne font pas, afin de leur obtenir la grâce de le faire.

On sait que, dans la suite, les enfants diront cette prière pendant des heures, jusqu’à épuisement.

L’apparition de l’été 1916

Après avoir laissé les enfants s’exercer à cette prière réparatrice pendant plusieurs mois, l’ange revient au cours de l’été pour apporter un élément nouveau : le sacrifice.

François, Jacinthe et Lucie étaient en train de jouer sur le puits, dans la propriété des parents de Lucie, à l’heure de la sieste, lorsque l’ange se montra à eux pour la deuxième fois :

Que faites-vous ?, dit-il. Priez, priez beaucoup ! Les saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés dont il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. […] Surtout acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra [5].

Le sacrifice est une offrande faite à Dieu en signe de la sujétion et de l’honneur que nous lui devons. Le sacrifice est d’abord intérieur : c’est l’oblation spirituelle que l’âme fait d’elle-même à Dieu, parce qu’elle reconnaît en lui son premier principe et sa fin dernière, autrement dit son créateur et le but de sa vie. Mais cette oblation intérieure, si elle est réelle, cherche à se manifester extérieurement, c’est le sacrifice extérieur qu’on retrouve dans la plupart des religions : on sacrifie à Dieu un animal, ou tout autre bien extérieur, pour les rendre à Dieu, en quelque sorte. Mais, explique saint Thomas d’Aquin, on peut aussi faire hommage à Dieu des actes extérieurs de nos vertus : par exemple en offrant de nous-mêmes un acte de mortification corporelle ou un devoir qui coûte, ou en acceptant dans cet esprit les épreuves et les souffrances envoyées ou permises par la Providence [6].

C’est dans ce sens que l’ange demande des sacrifices aux trois enfants de Fatima, et cela, comme la prière, dans un but réparateur pour les pécheurs, afin d’obtenir leur conversion et la paix pour leur patrie.

A partir de ce moment, écrira sœur Lucie, nous avons commencé à offrir au Seigneur tout ce qui nous mortifiait [7].

Ils le feront jusqu’à l’héroïsme.

L’apparition de l’automne 1916

Cependant, nos prières et nos sacrifices n’ont de valeur qu’unis au sacrifice de Notre-Seigneur renouvelé sur l’autel à la Messe, et auquel nous sommes incorporés par la sainte communion, devenant une seule victime avec Notre-Seigneur.

L’ange revient donc à l’automne 1916. Il apprend d’abord aux enfants une prière réparatrice à la sainte Trinité :

Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très saint Cœur et ceux du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pécheurs.

C’est l’écho des paroles du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie. C’est le même plan d’amour et de rédemption qui continue jusqu’à aujourd’hui.

Puis l’Ange leur donne la sainte communion.

La mission de l’Ange est maintenant terminée. Il a tracé le programme. Pour qu’il puisse être réalisé, il faut qu’intervienne la Médiatrice universelle.

La médiation du Cœur Immaculé de Marie

Fatima, c’est le salut du monde confié au Cœur Immaculé de Marie. L’Ange avait d’ailleurs fait la transition dans la prière réparatrice qu’il avait enseignée aux enfants en automne : ils devaient y demander la conversion des pécheurs par les mérites infinis du Sacré-Cœur de Jésus, et ceux du Cœur Immaculé de Marie.

Le 13 juin 1917, Notre-Dame dira à Lucie :

Jésus veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. A celui qui l’accepte, je promets le salut, et ces âmes seront aimées de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.

Cette seule promesse suffirait à faire embrasser une telle dévotion.

Mais qu’est-ce que le Cœur Immaculé de Marie ?

Le Cœur Immaculé de Marie

Il faut d’abord comprendre ici le mot « cœur » dans son sens biblique : il ne s’agit pas seulement de l’organe corporel – le muscle ; ou du siège de nos sentiments ; mais, de manière générale, de l’âme humaine en toutes ses facultés, l’intelligence et spécialement la volonté où réside la charité.

« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance », avait dit Dieu dans la Genèse (1, 26). Immaculée dans sa conception, d’une correspondance d’amour aux moindres inspirations du Saint-Esprit, l’âme de Notre-Dame est le chef-d’œuvre, l’image parfaite de la Sainte Trinité, et donc le modèle parfait de la créature.

Dans l’oraison de la messe du 22 août, l’Église demande pour nous la grâce de vivre selon le Cœur de Dieu en célébrant la solennité du Cœur Immaculé de Marie : « Ut ejusdem Immaculati Cordis festivitatem devota mente recolentes, secundum Cor tuum vivere valeamus. » L’Église nous fait comprendre que le moyen de vivre selon le Cœur de Dieu, c’est l’imitation des vertus de Notre-Dame.

Avoir une vraie dévotion au Cœur Immaculé de Marie, c’est donc, par elle, avec elle, en elle et pour elle [8], nous conformer toujours plus à la volonté de Dieu par amour, à chaque instant.

Ceci est la dévotion à Notre-Dame pour tous les temps. Il est important de comprendre quelles précisions la Vierge Marie apporte pour aujourd’hui.

Les demandes de Notre-Dame de Fatima

A Fatima, il y a deux ordres de demandes : les unes s’adressent à tous les fidèles, les autres sont faites au pape. Voyons d’abord les demandes concernant tous les fidèles.

1. Demandes concernant tous les fidèles : cinq éléments, qui se ramènent à deux

Écoutons sœur Lucie :

Le plus important est l’accomplissement du devoir quotidien, et l’offrande des sacrifices nécessaires à l’accomplissement de notre devoir, pour les pauvres pécheurs.

Les demandes secondaires sont le chapelet et le scapulaire, et peut-être plus spécialement ce que ces deux dévotions exigent respectivement : méditation attentive des mystères du rosaire, et consécration au Cœur Immaculé de Marie [9].

Expliquons brièvement ces différents points, et tout d’abord ce qui est le plus important.

— Accomplissement du devoir quotidien

A maintes reprises, pendant les précieuses heures que je passai en sa compagnie, dit sœur Lucie, Notre-Dame insista sur l’accomplissement du devoir quotidien selon notre condition de vie ; et l’offrande de cet effort en réparation de nos péchés et pour la conversion des pécheurs. Ceci est la condition fondamentale qui nous permettra de repousser le flot des forces du mal qui menace de submerger le monde d’aujourd’hui [10].

Ces paroles de sœur Lucie nous montrent en même temps qu’à l’époque actuelle – et comme la dévotion au Sacré-Cœur – la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est une dévotion réparatrice :

Devant la paume de la main droite de Notre-Dame, dit sœur Lucie, se trouvait un cœur entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation (apparition du 13 juin 1917).

Aujourd’hui, les temps sont mauvais ; les péchés sont devenus comme un flot qui submerge le monde et, depuis Notre-Seigneur, jamais le nombre d’âmes qui se damnent n’a été si grand : c’est pour cela que Notre-Dame a montré l’enfer aux enfants le 13 juillet.

La Vierge Marie nous invite alors à sauver des âmes en offrant à son Cœur Immaculé, d’abord pour nos propres péchés – n’oublions pas ! – et ensuite pour la conversion des pécheurs, les sacrifices occasionnés par l’accomplissement de nos devoirs quotidiens. C’est ainsi que nous ramènerons à Dieu l’homme moderne, qui ne remplit plus ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers le prochain, parce qu’il ne pense plus qu’à revendiquer ses droits.

Chaque jour, au lever, nous pourrions réciter l’invocation enseignée par Notre-Dame aux enfants le 13 juillet :

Ô Jésus, c’est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie.

Cette consécration matinale influera sur toutes nos actions de la journée, qui auront alors la valeur d’offrandes réparatrices au Cœur Immaculé de Marie, même lorsque nous n’y pensons pas sur le moment. Mais il est bon, bien sûr, de renouveler cette offrande dans la journée sous forme d’oraison jaculatoire, en particulier lorsqu’un sacrifice est à offrir.

— Consécration à Notre-Dame

Cette offrande de toutes nos actions revient et conduit à la consécration de notre vie à Notre-Seigneur par la Vierge Marie. C’est l’oblation spirituelle, le sacrifice intérieur manifesté par la pratique extérieure des vertus, dont nous avons parlé à propos des apparitions de l’Ange – de l’été 1916 – et réalisée maintenant par la médiation de Notre-Dame.

— Port du scapulaire

Dans l’esprit de Fatima, le scapulaire qui a été montré aux trois enfants par Notre-Dame le 13 octobre, pendant que la foule voyait le miracle du soleil, ce scapulaire est à la fois le signe de notre consécration à Marie et le gage de sa protection toute particulière.

— Récitation quotidienne du chapelet

Quant au moyen principal donné par Notre-Dame pour accomplir cet idéal, c’est le rosaire :

La Vierge Marie, continue sœur Lucie, m’expliqua aussi combien le rosaire est important, parce que c’est l’un des principaux moyens qui nous sont donnés par Notre-Dame pour la sanctification de notre devoir quotidien [11].

Rappelons ici que, dans son encyclique Lætitiæ Sanctæ, le pape Léon XIII voyait dans le rosaire le meilleur remède aux maux actuels de la société :

L’aversion pour la vie humble et laborieuse trouve son remède dans la méditation des mystères joyeux. […] L’horreur de tout ce qui fait souffrir est guérie par la méditation des mystères douloureux qui enseignent la patience. […] Enfin l’oubli des biens futurs trouve son remède dans la méditation des mystères glorieux [12].

Le rosaire est donc le moyen le plus efficace pour échapper à l’endoctri­nement et au conditionnement des esprits, organisé aujourd’hui par les mondialistes.

La demande de réciter le chapelet chaque jour est d’ailleurs si importante pour la Vierge Marie, qu’elle y revient – comme dans un refrain – à chacune de ses apparitions de mai à octobre 1917 ; et que le 13 octobre où elle avait promis qu’elle dirait son nom, elle s’appellera « Notre-Dame du rosaire ».

Il s’agit bien sûr, dans cette récitation, de se tenir en présence de la Vierge Marie, et de méditer ou contempler les différents mystères l’un après l’autre. On pourra s’aider des livrets de méditation très nombreux qui existent à ce sujet.

— Communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois

Cette vie réparatrice à laquelle Notre-Dame nous appelle tous, devait trouver son couronnement dans la communion eucharistique – rappelons nous l’apparition de l’Ange du Portugal de l’automne 1916, et pensons à la magnifique vision trinitaire de Tuy en 1929 (13 juin), qui résume toute la spiritualité de Fatima.

C’est la communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, annoncée dès le 13 juillet 1917 [13], et que Notre-Dame viendra demander à Pontevedra le 10 décembre 1925 :

Tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte communion, réciteront un chapelet et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.

Si les demandes précédentes avaient pour but de réparer tous les péchés en général, et d’obtenir ainsi la conversion des pécheurs, cette dévotion des premiers samedis a pour objet de réparer les péchés commis spécialement envers le Cœur Immaculé de Marie et de sauver ceux qui les ont commis.

Citons ici le frère François-de-Marie-des-Anges :

Depuis que Dieu a décidé de manifester son dessein d’amour, qui est d’accorder ses grâces aux hommes par la médiation de la Vierge Immaculée, il semble que leur refus de se soumettre docilement à cette volonté soit la faute qui blesse particulièrement son Cœur, et pour laquelle il ne trouve plus en lui-même aucune inclination à pardonner. Ce péché-là paraît irrémissible : « c’est un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint » dit sœur Lucie [14], « péché qui ne sera remis ni dans ce monde ni dans l’autre » (Mt 12, 31-32), car il n’y a pas pour notre Sauveur de crime plus impardonnable que de mépriser sa très sainte Mère et d’outrager son Cœur Immaculé qui est le sanctuaire de l’Esprit-Saint [15].

Alors la Vierge Marie, qui est Reine de miséricorde, ne pouvant supporter que des âmes soient damnées à cause de péchés commis contre elle, a obtenu de son Fils, que cette petite pratique obtienne le salut de beaucoup de ces âmes :

Voilà le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation, dit Notre-Seigneur ; et, en considération de celle-ci d’émouvoir ma Miséricorde pour pardonner aux âmes  qui ont eu le malheur de l’offenser [16].

Notre-Seigneur apportera un certain nombre de précisions, et tout d’abord, la confession peut être anticipée :

La confession dans les huit jours est valide, même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au sacré Cœur de Marie.

Celles qui oublieront de formuler cette intention pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront, pour se confesser [17].

La pratique de cette dévotion sera également acceptée le dimanche qui suit le premier samedi quand mes prêtres, pour de justes motifs, le permettront aux âmes [18].

Quant à l’explication du chiffre de cinq samedis, Notre-Seigneur en donnera la raison à sœur Lucie le 29 mai 1930 à Tuy :

Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :

— les blasphèmes contre l’Immaculée Conception ;

— les blasphèmes contre sa virginité ;

— les blasphèmes contre sa maternité divine ;

— les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée ;

— les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images [19].

Notre-Dame accorde tellement d’importance à cette dévotion, qu’elle promet le salut aux âmes qui auront pratiqué cette dévotion cinq samedis de suite. Il convient bien sûr de pratiquer cette dévotion tous les premiers samedis du mois pour continuer à réparer les péchés contre Notre-Dame, et lui sauver des âmes. C’est ce que font les fidèles fervents.

 

U

 

Nous avons donc maintenant les cinq points caractéristiques de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie dans l’esprit de Fatima :

1. l’accomplissement de nos devoirs quotidiens offerts au Cœur Immaculé de Marie en réparation de nos péchés et pour la conversion des pécheurs ;

2. la consécration à Notre-Dame ;

3. le scapulaire qui en est le signe ;

4. la récitation quotidienne du chapelet ;

5. la communion réparatrice des premiers samedis du mois.

Ces cinq points peuvent se ramener à deux :

— la consécration de notre vie au Cœur Immaculé de Marie pour réparer les péchés en général et obtenir la conversion des pécheurs ;

— la communion réparatrice des premiers samedis, qui est une pratique d’amour envers Notre-Dame [20], pour réparer les péchés commis spécialement contre son Cœur Immaculé, et sauver cette catégorie de pécheurs que la Reine de miséricorde veut arracher à l’abîme.

2. Demandes de Notre-Dame de Fatima adressées au pape

 

En mai 1930, alors qu’elle se trouvait à Tuy, sœur Lucie écrivit au père Gonçalves :

Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice [des cinq premiers samedis] [21].

La communion réparatrice n’a pas été répandue par les papes, et la consécration de la Russie n’a toujours pas été faite.

La conséquence n’a pas été seulement la diffusion des erreurs de la Russie dans le monde entier, avec ses millions de cadavres, mais aussi l’infiltration de l’Église, qui est certainement la plus grande victoire du communisme : les deux grandes vagues d’infiltration, sous Pie XI, puis sous Pie XII avec le mouvement Pax [22], et la prise de pouvoir à l’occasion du concile Vatican II. Le plan de la Haute Vente, dénoncé par le pape Pie IX, est maintenant réalisé : une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière [23].

Étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, ils le suivront dans le malheur, avait prédit Notre-Seigneur [24].

C’est là, sans doute, que se trouve toute la question du troisième secret de Fatima. La présente crise dans l’Église doit être envisagée dans le cadre des apparitions de Fatima, comme le châtiment des hommes d’Église pour n’avoir pas répondu aux demandes de Notre-Dame.

Et cela doit guider aussi notre piété mariale aujourd’hui. La vraie dévotion à la sainte Vierge doit nous faire aimer et imiter Notre-Dame comme elle est :

[Or] la Vierge Marie, disait Mgr Lefebvre, n’est ni libérale, ni moderniste, ni oecuméniste. Elle est allergique à toutes les erreurs et à plus forte raison à l’apostasie [25].

Pouvons-nous faire quelque chose ? Oui.

La conversion de la Russie aura lieu quand un nombre suffisant de catholiques offriront leurs sacrifices et accompliront les demandes de Notre-Dame, dit sœur Lucie [26].

Ceci revient à dire que la conversion de la Russie aura lieu lorsque suffisamment d’âmes, aux yeux de Dieu, auront consacré toute leur vie à la Vierge Marie. C’est cela qui obtiendra au pape la grâce de se convertir et de consacrer la Russie, déclenchant le triomphe du Cœur Immaculé de Notre-Dame et donc celui du Sacré-Cœur.

Je demandai à Notre-Seigneur pourquoi il ne convertirait pas la Russie sans que le Saint-Père fasse cette consécration, écrit sœur Lucie.

« Parce que je veux que toute mon Église reconnaisse cette conversion comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, répondit Notre-Seigneur, afin de défendre ensuite son culte, et de placer à côté de la dévotion à mon divin Cœur, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. [27] »

Faut-il voir une annonce de ce triomphe dans ces paroles de Notre-Dame à La Salette ?

Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié. La charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras de la sainte Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L’Évangile sera prêché partout et les hommes feront de grands progrès dans la foi parce qu’il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ, et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu. Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue [28] : vingt-cinq ans d’abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur cette terre [29].

En tout cas, pour revenir aux trois batailles de Jean Vaquié : tout en menant la bataille de maintenance pour maintenir et transmettre la civilisation chrétienne, menons la bataille préliminaire de supplication en répondant aux demandes du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, et nous travaillerons ainsi à avancer la bataille supérieure qui est la bataille de Dieu, et qui verra le triomphe des Cœurs de Jésus et de Marie [30].

Quant à nous personnellement, unie à la dévotion au Sacré-Cœur, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie nous obtiendra le salut et, si des temps difficiles doivent arriver, elle nous permettra de les traverser sans perdre notre âme, nous obtenant la grâce du martyre si cela est nécessaire.

 

 

 

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Document Consécrations personnelles au Cœur Immaculé de Marie, rédigées par sœur Lucie

 

1. Ô Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, je me consacre toute entière à votre Cœur Immaculé avec tout ce que je suis et tout que je possède.

Prenez-moi sous votre protection maternelle, défendez-moi contre les dangers, aidez-moi à vaincre les tentations, veillez sur la pureté de mon corps et de mon âme.

Que votre Cœur Immaculé soit mon refuge et le chemin qui me conduit jusqu’à Dieu.

Donnez-moi la grâce de prier et de me sacrifier par amour pour Jésus, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre votre Cœur Immaculé.

En me confiant à vous, et en union avec le Cœur de votre divin Fils, je veux vivre pour la très Sainte Trinité en qui je crois, que j’adore, en qui j’espère et que j’aime.

 

Ainsi soit-il !          

 

2. Prosterné(e) devant votre Cœur Immaculé, ô Vierge très sainte, je vous remets, vous confie et vous consacre en ce jour et pour toujours, mon pauvre cœur, avec toutes ses affections, ses peines et ses souffrances ; mon âme et tout ce que je suis, et tout ce que j’ai.

Gardez-moi dans votre Cœur Immaculé comme votre propre bien. Prenez sous votre maternelle protection ma pauvre âme, pour qu’elle se conserve pure et parvienne au salut éternel. Aidez-moi à accomplir avec fidélité et amour tous mes devoirs d’état. Accordez-moi la grâce de prier et de me sacrifier par amour pour Jésus, afin de convertir les pauvres pécheurs, et de réparer les péchés commis contre votre Cœur Immaculé. Qu’il soit mon refuge et le chemin qui me conduira jusqu’à Dieu [31].

 

Ainsi soit-il !          


[1]  — Il faut lire ici les cinquième et sixième Mémoires de sœur Lucie (Fatima, Secretariado dos Pastorinhos, 2012).

[2]  — Paroles de Notre-Seigneur rapportées par sœur Lucie dans une lettre du 29 août 1931 à son évêque.

[3]  — Sœur Lucie, Mémoires, Fatima, Fundaçao Francisco e Jacinta Marto, 10e édition, juin 2015, p. 175.

[4]  — P. Garrigou-Lagrange O.P., Les Trois âges de la vie intérieure, Paris, Cerf, 1951, tome II, p. 155.

[5]  — Sœur Lucie, Mémoires, ibid., p. 176.

[6]  — Nous avons résumé ici les articles 3 et 4 de la question 85 du traité de la religion de saint Thomas d’Aquin (II-II).

[7]  — Sœur Lucie, Mémoires, ibid., p. 176.

[8]  — Toute cette doctrine se trouve dans le Traité de la Vraie dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion-de-Montfort.

[9]  — Propos de sœur Lucie recueillis en 1946 par John Haffert, l’un des principaux responsables de l’Armée Bleue, et rapportés dans son ouvrage The Brother and I, ch 27.

[10] — Propos de sœur Lucie par John Haffert, ibid., p. 17.

[11] — Propos de sœur Lucie de Fatima rapportés par M. John Haffert, ibid., p. 17.

[12] — Léon XIII, Lettre encyclique Lætitiæ Sanctæ, du 8 septembre 1893.

[13] — « Dieu va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la famine, et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père. Pour empêcher cela, je viendrai demander la communion réparatrice des premiers samedis du mois. »

[14] — Sœur Lucie, Entretien avec le père Fuentès en 1957.

[15] — Frère François-de-Marie-des-Anges, Fatima, joie intime événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, Éditions de la Contre-Réforme catholique, 2e édition, 1993, p. 159-160.

[16] — Cité par le frère François-de-Marie-des-Anges, ibid., p. 159.

[17] — Propos de Notre-Seigneur rapportés par sœur Lucie dans une lettre au chanoine Lopes le 15 février 1926.

[18] — Paroles de Notre-Seigneur rapportées par sœur Lucie au père Gonçalves, son confesseur, dans une lettre du 30 mai 1930.

[19] — Lettre de sœur Lucie au père Gonçalves le 12 juin 1930.

[20] — « Quelle joie quand arrive le premier samedi ! », s’exclamait la petite Jacinthe.

[21] — Sœur Lucie, citée par le frère François-de-Marie-des-Anges, dans Fatima, joie intime événement mondial, ibid., p. 199.

[22] — On pourra se reporter au Sel de la terre 53 (été 2005), Fatima: notre espérance ; article de Dominicus : « Jean-Paul II a-t-il consacré la Russie ? », p. 63, note 3 (article édité en plaquette par les Éditions du Sel sous le titre La Russie se convertira ; La consécration au Cœur Immaculé a-t-elle été bien accomplie ?)

[23] — Extrait des papiers secrets de la Haute Vente des Carbonari italiens (franc-maçons), tombés entre les mains du pape Grégoire XVI, et publiés sur la demande du pape Pie IX par Crétineau-Joly, dans son ouvrage L’Église romaine et la Révolution. On peut se reporter au chapitre 21 de l’ouvrage de Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné, « Le complot de la Haute Vente », Suresnes, Clovis, 2017.

[24] — Paroles de Notre-Seigneur rapportées par sœur Lucie dans une lettre du 29 août 1931 à son évêque.

[25] — Mgr Marcel Lefebvre, Itinéraire Spirituel, Editions Iris (editions.iris@bluewin.ch), 3e édition, 2010, p. 94-95.

[26] — Propos de sœur Lucie rapporté par John Haffert, dans son ouvrage The Brother and I, ch 27.

[27] — Lettre de sœur Lucie au père Gonçalves le 18 mai 1936.

[28] — Le 13 juillet 1917, Notre-Dame dira: « Il sera donné au monde un certain temps de paix ». C’est après cette période que, dans le message de La Salette, Notre-Dame semble dire que viendra l’Antéchrist.

[29] — L’Apparition de la très sainte Vierge sur la montagne de La Salette le samedi 19 septembre 1846, Paris/Rome/Bruges, Société Saint-Augustin, 1922 (Imprimatur du père A. Lepidi O.P., Maître du Sacré-Palais et Assistant perpétuel de la congrégation de l’Index).

[30] — Voir la plaquette de Jean Vaquié, La Bataille Préliminaire, Chiré-en-Montreuil, DPF, 2016.

[31] — Nous avons extrait ces deux consécrations de l’ouvrage du père Ange-Marie, Une année avec Fatima, pour connaître et aimer le Cœur Immaculé de Marie, Éditions Enfants-de-Fatima, 2016 (www.enfantsdefatima.org).

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 103

p. 171-184

Les thèmes
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