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Benoîte Rencurel : Une vie avec les anges


Introduction de la Copie authentique des Manuscrits de Notre-Dame du Laus

La sainte Vierge a fait dire à Benoîte par l’intermédiaire de l’Ange « qu’on écrive tout ce qui se passe au Laus [1] ». Quatre auteurs contemporains de la bergère ont effectué ce travail. Les originaux ont traversé la tourmente révolutionnaire, cachés dans le grenier du sanctuaire.

Les auteurs ont écrit du vivant de la Bergère et comme sous sa dictée [2].

Le style, le ton inimitable de candeur et d’ingénuité qui frappent le lecteur suffisent à indiquer l’époque où ils ont été écrits et à démontrer leur authenticité.

La conservation de ces précieux manuscrits est presque une merveille…

Les manuscrits dont nous donnons une copie authentique contiennent, sous le titre général de Merveilles de Notre-Dame du Laus, l’histoire du vénéré sanctuaire de ce nom, et aussi de la pieuse Bergère qui l’a fondé, comme docile instrument de la sainte Vierge.

Mgr Depéry, évêque de Gap, [quand on les a découvert] a voulu en faire dresser, sous sa direction, une copie fidèle et complète, collationnée sur l’original avec le plus grand soin et l’exactitude la plus rigoureuse. Il en a chargé M. l’abbé Galvin en 1850.

C’est pourquoi afin de reproduire dans cette copie authentique le caractère propre d’antiquité qui distingue ce précieux document, le copiste s’est scrupuleusement attaché à les transcrire textuellement, dans l’ordre suivi par l’écrivain, avec l’orthographe ancienne et le style négligé qui leur sont propres.

En 1997, Mgr Lagrange, évêque de Gap, a donné l’autorisation de publier cette Copie authentique effectuée par l’abbé Galvin.



En 2014 est paru un ouvrage de François de Muizon, intitulé : Benoîte Rencurel. Une Vie avec les anges.

 

Ce petit livre a le mérite de nous rappeler l’existence des anges et leur intervention sur la terre. Ils font partie du gouvernement divin. Dieu gouverne le monde et, à travers divers événements, il le mène à la fin qu’il poursuit. Pour gouverner le monde Dieu se sert d’inter­médiaires. Ce n’est pas une déficience du côté de Dieu, mais la manifestation de la sagesse et de la puissance divines.

Dieu se sert des anges comme d’instruments pour accomplir sa volonté. Les anges ont une place capitale dans le gouvernement des créatures. Ce sont des instruments intelligents, intermédiaires spirituels pour l’accomplissement de son dessein. Auprès des hommes, les anges sont les ambassadeurs de Dieu. Ils sont présents sur la terre, même si nous ne les voyons pas. Ils sont chargés de nous diriger et de nous pousser au bien.

Benoîte Rencurel, qui a été favorisée de nombreuses apparitions de la sainte Vierge pendant cinquante-quatre ans, a bénéficié aussi de l’aide quasi continuelle des anges. Elle les voyait, ils lui parlaient et lui transmettaient les ordres de Dieu ou de Marie, la rassuraient, la consolaient, l’aidaient, même matériellement. Bergère illettrée, sous la mouvance de la Vierge Marie, elle a été chargée d’une mission spirituelle très lourde : la fondation d’un pèlerinage pour la conversion des pécheurs. Dieu lui a donné les aides dont elle avait besoin.



François de Muizon, l’auteur de ce livret, avec fidélité, note ponctuellement les nombreuses interventions des anges auprès de Benoîte. Il renvoie aux Manuscrits dans la copie faite par l’abbé Galvin, avec les références exactes. Mais si le renvoi aux citations des Manuscrits est authentique, le texte ne l’est pas. L’auteur, en effet, a réécrit complètement le texte, sans l’indiquer. Il ne transmet pas le texte original, bien qu’il donne toutes les citations entre guillemets.

Cela est regrettable, car cela prive le texte de la saveur propre à l’original, qui transmet notamment l’atmosphère surnaturelle de cette époque en même temps que la piété des fidèles. Nous n’avons donc pas les paroles mêmes de Benoîte ou de la sainte Vierge. De plus, parfois l’auteur réunit en une seule phrase plusieurs membres de phrases, sans l’indiquer. Ce qui change le sens du texte et son enseignement spirituel.

Benoîte vivait baignée dans le surnaturel. L’intervention des anges en est un élément. Mais ce surnaturel ne paraît pas à travers tout le livre. On signale des faits, qui s’ajoutent les uns aux autres ; la réalité des faits est observée ; mais, de plusieurs manières, l’ensemble est modernisé et donne, ou laisse entendre, une interprétation modernisante.

Le langage est inapproprié

Le langage de F. de Muizon veut être moderne, mais il enlève le caractère véridique, vivant, voire poétique des récits originaux ; il devient même monotone, tout en modifiant ou supprimant l’enseignement sous-jacent.

Le langage utilisé est même dévalorisant. Par exemple, en traitant du début des apparitions, l’auteur écrit : « Atmosphère débridée, euphorie générale, lyrisme débordant, cette déferlante… » Ne comprend-il donc pas l’enthousiasme justifié des gens au vu des merveilles qui déjà s’accomplissaient par la prodigieuse action de Marie ?

Il use d’un langage scientifique qui sonne faux. « Scénographie spatiale », dit-il, pour la première apparition au Vallon des Fours ; « ballet amoureux, ballet aérien », pour désigner les apparitions ; « phénomène », pour désigner le chant des anges que Benoîte entend ; « phénomènes odoriférants » pour les odeurs célestes (les bonnes odeurs).

Le choix des mots

F. de Muizon a choisi délibérément, tout au long de l’ouvrage, de nommer Marie, dans ses citations : « Dame Marie ». Ce qui correspond certes à la réponse donnée par la Vierge elle-même à la question posée par Benoîte au Vallon des Fours. Mais, dans les Manuscrits, plusieurs autres vocables sont utilisés pour désigner Marie : « Mère de Dieu, ma Bonne Mère, excellente Mère, digne Mère, divine Marie, Reine de l’univers… » Tous ces vocables imprègnent le texte. Ils expriment non seulement la grandeur de Marie, mais l’amour et la vénération de Benoîte pour la Mère de Dieu et la piété de son entourage. Par ailleurs, dans l’ensemble du livret, l’auteur évite de citer les signes qui manifestent la grandeur de Marie. Par exemple, lors de la visite au ciel, « les bienheureux saluent Marie ». Cela est supprimé.

Il ne nomme jamais Benoîte par son titre de tertiaire dominicaine : Sœur Benoîte. Pourtant, c’est d’usa­ge courant. Il note que ce mot est utilisé « en référence à son appartenance à un ordre religieux, mais ce peut être aussi une manière de rappeler que nous sommes tous enfants de Dieu. » En étant tertiaire dominicaine depuis le début des apparitions, en 1665, Benoîte est consacrée à Dieu. Ce titre de « sœur » signifie sa consécration religieuse à Dieu. C’est autre chose que d’être enfant de Dieu. Voilà une tentative de désacralisation.

Le mot salut semble exclu de son vocabulaire : « Travailler au salut des âmes » ; « Benoîte donne des conseils et des avis nécessaires pour le salut des âmes » ; « Benoîte distribue des médailles : ce geste est très utile pour faire son salut ». Ces mots en italique sont supprimés.

Point de vue doctrinal 

D’autres mots ou locutions du Manuscrit sont omis dans les citations. « L’ange incite Benoîte à bien se disposer à recevoir les faveurs de la Reine de l’univers », « à se préparer à voir la Mère de Dieu ». Le texte authentique ajoute : « ce qu’elle fait par de grandes prières et des pénitences ». – Benoîte « ne cherche que la gloire de Dieu et celle de sa sainte Mère » ; elle « reçoit l’ordre de prier pour des cas particuliers… ou surtout pour les âmes du purgatoire ». Les mots en italique sont supprimés.

Dans les Manuscrits, la vertu de l’eau bénite, qui est un sacramental, est fortement affirmée. Benoîte en use fréquemment, notamment pour se débarrasser du démon. L’auteur semble en douter. « Benoîte vit le démon en forme de serpent, ne sachant que faire, elle eut recours à l’eau bénite. Le démon lui dit : “Si tu en prends, je te dévore”. Pourtant, à force d’eau bénite, elle le fit disparaître. » « Une autre fois, le démon parut en forme de chien. Benoîte prit d’abord de l’eau bénite, il s’enfuit, menant un grand bruit. »

De même, le narrateur sème le doute sur l’efficacité de la messe : l’ange demande de faire dire une messe pour une âme du purgatoire qui se manifestait par du bruit. Le bruit cesse. « Il faut croire, dit l’auteur, que ce fut efficace, car les manifestations sonores cessèrent. » Y croit-il, lui ?

Pour le sacrement de pénitence, il essaie de donner une explication psychologique embrouillée. La doctrine de l’Église est pourtant simple : tous les péchés graves dont on se souvient doivent être accusés, c’est un impératif, sinon le sacrement n’est pas valide.

La réalité du purgatoire est certes mystérieuse. Mais l’Église nous affirme clairement que c’est un temps de réparation et de purification. L’auteur met en doute la réalité du ciel visité par Benoîte : « Est-ce réel ? » Également, les transports subis par Benoîte et les autres persécutions du démon qui, par exemple, la transportait d’un lieu à un autre. Des personnes compétentes ont conclu à leur réalité. On ne peut que discerner une certaine légèreté avec laquelle l’auteur traite ces diverses questions.

Point de vue historique 

Il y a quelques erreurs.

Il semble, d’après le livret, que la construction de l’église ait dépendu de l’afflux des pèlerins. En réalité, c’est lors de la première apparition au Laus, dans cette petite chapelle poussiéreuse, que Marie révèle à Benoîte son dessein : « Elle y veut faire bastir ici une église à l’honneur de son très cher Fils et d’elle, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront… Qui sera de la largeur et longueur qu’elle doit estre, comme elle la veut. » Les chapelains du sanctuaire de Notre-Dame du Laus font remarquer aux pèlerins que cette annonce constitue la première prophétie de la Vierge pour le Laus… Car la construction de l’église ne dépend pas du nombre des pèlerins, c’est Marie qui, à l’avance, indique son dessein : « Dame Marie a souhaité », note le texte… Non ! « elle veut » une église. – Ainsi les faits sont déformés par le narrateur. Il y a une inversion de l’ordre des faits et, dans ce cas précis, une méconnaissance du surnaturel.

Benoîte se trouve enfermée à clef dans la chapelle : non pas « pour ne pas être dérangée », comme le narrateur le suppose, car il est indiqué plus haut, dans le Manuscrit : « Une autre fois ce sont les prêtres qui ne l’avaient pas voulu laisser dans la chapelle. Et la chapelle s’ouvrit ». C’est, en fait, l’intervention des anges qui lui ouvre la porte de l’église.

Le rôle de Benoîte et, partant, des saints est minimisé. « L’important n’est pas qui dit la prière, mais qu’elle soit dite », dit le livret. Ce n’est pas exact : l’Église a toujours reconnu la puissance de la prière des saints.

Signalons aussi que ce n’est pas Bérulle qui a inventé l’expression : « L’homme est capable de Dieu. »

Le texte du livret minore la fureur des opposants au Laus. Il note simplement : « L’homélie d’un prêtre hostile au sanctuaire… », et précise que « le prêtre a agi sans prévenir l’archevêque ». Le texte authentique est le suivant : « La publication qu’on avait prêchée en chaire avait fait un grand éclat… Les gens de qualité raisonnaient, mais le menu peuple n’y faisait pas grande attention… Le grand vicaire et les prêtres du Laus l’ont fait faire entre eux, sans que l’archevêque l’ait sceu, ni conseillé. »



Au-delà des multiples interventions des anges auprès de sœur Benoîte, rapportées dans ce livret, nous sommes amenés à discerner la Providence de Dieu qui veille à chaque instant, sur chacun de nous, ainsi que la vigilance maternelle de Marie, Reine des anges. Ils agissent par l’intermédiaire de ces esprits célestes. In manibus portabunt te – ils te porteront dans leurs mains (Ps 90).

Mais nous ne pouvons que regretter que F. de Muizon n’ait pas respecté le texte original des Manuscrits, comme l’avait fait l’abbé Galvin, plus sage. C’est la Vierge Marie elle-même qui a demandé qu’on écrive ce qui se passe au Laus. Ainsi ces précieux Manuscrits contiennent-ils l’histoire des apparitions de la Vierge Marie et celle de la fondation et du développement du pèlerinage, avec l’histoire de sœur Benoîte. Ces récits ont été demandés par Marie, « inspirés » par Dieu et déclarés authentiques par l’Église. En voulant réécrire le texte, non seulement on le prive de son authenticité, mais il perd ce dont il est totalement imprégné surnaturellement : le parfum du Laus. Diminutæ sunt veritates [Dei] a filiis hominum Les vérités divines ont été diminuées par les enfants des hommes (Ps 11).

 

Sœur M. M. J. O.P.

 

 

François de Muizon, Benoîte Rencurel, Une Vie avec les anges, Édition Salvator, Paris, 2014, 172 p., 17, 90 €.


[1]  — « L’Ange a dit plusieurs fois à Benoîte de faire escrire tout ce qui se passe au Laus de plus remarquable, soit pour l’âme soit pour le corps » (Manuscrits, p. 150, 226 et 317). — Les auteurs des Manuscrits étaient « instruits d’ailleurs par Benoîte elle-même que la volonté de la divine Marie était qu’on écrivît fidèlement tout ce qui se passe au Laus » (p. 571).

[2]  — Le texte en italique se trouve dans l’Introduction de la Copie authentique, p. 13 et l5.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 104

p. 216-221

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