La validité des sacrements réformés par Paul VI
par Dominicus
LE 30 JUIN 1988, dans son sermon des consécrations épiscopales, Mgr Lefebvre prononça ces paroles :
Tous ces séminaristes ici présents, si demain le bon Dieu me rappelle, de qui recevront-ils le sacrement de l’Ordre ? Des évêques conciliaires dont les sacrements sont tous douteux parce qu’on ne sait pas exactement quelles sont leurs intentions ? Ce n’est pas possible. […] Alors, je ne puis en conscience laisser ces séminaristes orphelins en disparaissant sans rien faire pour l’avenir [1].
Les propos sont graves. Ils conduisent à se poser la question suivante : sur quelles raisons Mgr Lefebvre s’appuie-t-il pour affirmer que les sacrements des évêques et des prêtres modernistes sont tous douteux ?
Une lettre écrite à un correspondant américain le 28 octobre suivant nous donne des éléments pour répondre. Mgr Lefebvre parlait des prêtres ordonnés selon le nouveau rite :
J’approuve votre désir de [voir] réordonner conditionnellement ces prêtres, et je l’ai fait beaucoup de fois. Tous les sacrements des évêques et des prêtres modernistes sont douteux maintenant, car les rites sont de plus en plus modifiés et leurs intentions ne sont plus catholiques. Nous sommes à l’époque de la grande apostasie [2].
Considérations générales
Le danger de modifier la loi
A supposer qu’on puisse montrer que les changements introduits dans les sacrements donnent une formule meilleure en soi, cela ne justifierait pas pour autant leur introduction. Saint Thomas d’Aquin note le danger du changement à propos de toute loi :
La seule modification de la loi constitue par elle-même une sorte de préjudice au bien commun. La raison en est que, pour assurer l’observation des lois, l’accoutumance joue un rôle de premier plan. […] C’est pourquoi, quand il s’opère un changement de loi, la force de la contrainte diminue dans la mesure même où la coutume a disparu (I-II, q. 97, a. 2).
Saint Thomas conclut que la loi ne doit être changée qu’en cas d’« utilité très grande et très évidente », ou de « nécessité extrême ». Ce n’était vraiment pas le cas.
Ici, nous sommes en présence de rites immémoriaux, et leur modification introduit nécessairement du désordre et du trouble.
De telles modifications n’auraient été bénéfiques que si les avantages l’emportaient de loin sur les inconvénients.
Mais, dans les faits les modifications sont désavantageuses, car faites sous l’influence du modernisme, introduisant des ambiguïtés, et finalement des doutes sur leur validité.
Les rites ont été modifiés sous l’influence du modernisme
Les rites de tous les sacrements ont été en effet changés dans un esprit œcuménique, ce qui fait qu’ils n’expriment plus clairement ce que l’Église entend faire en les administrant.
Ainsi le maître d’œuvre de la nouvelle messe, le père Bugnini, a-t-il écrit :
L’Église a été guidée par l’amour des âmes et le désir de tout faire pour faciliter à nos frères séparés le chemin de l’union, en écartant toute pierre qui pourrait constituer ne serait-ce que l’ombre d’un risque d’achoppement ou de déplaisir [3].
Six pasteurs protestants ont alors été invités à participer à l’élaboration de la nouvelle messe. On a avancé qu’ils n’étaient que de simples observateurs mais qu’ils n’ont pas participé à la rédaction. C’est faux. Mgr Baume, responsable pour les affaires œcuméniques de la conférence épiscopale mexicaine, dans une entrevue publiée par les Detroit News le 27 juin 1967, disait, à propos des pasteurs :
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[1] — Mgr Lefebvre, Extrait du sermon des consécrations épiscopales du 30 juin 1988, Fideliter, juillet/août 1988, p. 6).
[2] — Mgr Lefebvre, Lettre du 28 octobre 1988 à Mr Wilson, publiée dans Le Sel de la terre 98, p. 216-217.
[3] — D C 1445 (1965), col. 604.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 127-136
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