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L’intégrité des Évangiles

par le frère Emmanuel-Marie o.p.



Les Évangiles sont-ils véridiques ?



COMME CATHOLIQUES, nous croyons à l’inspiration et à l’inerrance de la sainte Écriture. Nous savons, par la foi, que les Évangiles sont absolument vrais et qu’ils ont été rédigés par les auteurs dont ils portent le nom, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, que sa naissance du sein de la Vierge Marie fut virginale, qu’il est né à Bethléem, qu’après trente ans de vie cachée à Nazareth, il a choisi douze apôtres et les a formés, qu’il a accompli de nombreux miracles et chassé un grand nombre de démons, qu’il a fondé une Église, qu’il a été crucifié sous Ponce-Pilate, est mort et ressuscité le troisième jour, qu’il est monté au cieux avec son corps d’où il reviendra juger les vivants et les morts aux derniers jours du monde comme il l’a promis.

Mais si ces choses sont certaines et ne posent pas de problème pour qui a la foi, elles sont remises en cause par ceux qui ne croient pas. Il leur semble que trop de choses dans les Évangiles sont déraisonnables ou absurdes, et que ce qu’ils racontent relève de la légende plus que de l’histoire. Les chrétiens ne sont-ils pas des naïfs trop crédules ? Ou bien existe-t-il des raisons sérieuses, bien attestées, d’admettre que ce que les évangélistes ont consigné dans leur écrit est parfaitement historique et véridique ?

De surcroît, les rationalistes, quand ils ne les ramènent pas à de pures légendes, prétendent que les Évangiles ont été écrits tardivement par d’anonymes compilateurs, au terme d’un lent travail de maturation, à partir de sources aujourd’hui disparues, et que, par conséquent, ils traduisent les croyances de la communauté primitive plutôt que des faits réels. Ils ne seraient que des sortes de catéchèses, des « témoignages » au sens où on l’entend de nos jours, c’est-à-dire non pas l’œuvre de témoins oculaires qui rapportent ce dont ils ont été témoins, mais la narration d’une expérience vécue, celle des premiers croyants interprétant après coup les événements de la vie de Jésus à la lumière de la résurrection – résurrection dont on ne sait si elle fut réelle ou fictive.

En d’autres termes, les faits racontés – discours, paraboles, miracles, actions, etc. – ne seraient pas des faits réels, rapportés tels qu’ils se sont déroulés comme le voudrait la loi de l’histoire, mais une relecture plus ou moins symbolique. Qu’en est-il vraiment ?


Méthode : ce qu’il faut démontrer

Il nous faut donc établir que les Évangiles ne sont pas des récits légendaires mais des écrits véridiques qui rapportent des faits historiques.

Comment faire ? Quelle méthode employer [1] ?

Pour évaluer la valeur historique d’un document on le soumet à un triple examen :

1) On vérifie d’abord son intégrité : le document est-il intègre, c’est-à-dire est-il conforme au texte original, tel qu’il est sorti de la main de son auteur ? N’a-t-il pas été altéré, modifié, rallongé ou raccourci par la suite ? N’y a-t-on pas introduit des interpolations ?

2) On examine ensuite son authenticité : l’auteur est-il bien celui à qui le document est attribué, et sa date de composition est-elle bien celle qui est déclarée ?

3) Enfin, on s’assure de sa véracité : l’auteur était-il objectif, digne de foi, sans parti pris ? N’a-t-il pas affabulé ou déformé la vérité ? Ce qu’il rapporte est-il exact, confirmé par ce qu’on connaît par ailleurs du contexte historique, social, politique ?

Ces trois choses une fois démontrées, on peut conclure à la parfaite historicité du document.

Commençons par examiner l’intégrité des écrits du nouveau Testament.


L’intégrité des Évangiles

Des originaux perdus

Les Évangiles « canoniques » sont au nombre de quatre : trois sont dits synoptiques (sunoptikos : qu’on peut embrasser d’un seul coup d’œil) parce qu’ils contiennent beaucoup d’éléments communs et qu’on peut les disposer en colonnes parallèles pour mieux les comparer. Il s’agit de saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. En revanche, le contenu du quatrième Évangile – saint Jean – est en grande partie propre.

Ces quatre Évangiles ont été rédigés en langue grecque, mais nous savons que l’original de saint Matthieu a d’abord été écrit en langue hébraïque [2].

Nous ne possédons plus les originaux des textes du nouveau Testament (ni d’aucun autre texte antique, d’ailleurs), mais seulement des copies – copies du texte et copies des traductions qui en ont été faites, parfois de très bonne heure, qu’on appelle les « versions ». Les originaux durent disparaître rapidement puisque, dans les controverses avec les hérétiques qui falsifiaient les textes – spécialement Marcion –, les Pères des trois premiers siècles ne leur opposent jamais les originaux, ce qui eût été un argument sans réplique.

Une disparition si précoce est due à l’extrême friabilité du support, notamment du papyrus sur lequel les livres du nouveau Testament furent vraisemblablement écrits à l’origine. Ainsi, saint Jérôme nous apprend-il que la bibliothèque rassemblée par Pamphyle à Césarée dut être renouvelée au bout d’un siècle parce qu’elle était formée de papyri.

La question qui se pose est donc celle-ci : puisque les originaux ont disparu, le texte que nous possédons aujourd’hui est-il fiable ? Est-il identique au texte original ? N’a-t-il pas subi des altérations, des omissions ou des ajouts qui auraient substantiellement transformé l’original ?



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[1]    — Étymologiquement, « méthode » vient de meta, préposition marquant la succession, et de odos, le chemin). La méthode est donc le chemin emprunté par chaque discipline pour arriver à la vérité dans son domaine propre.

[2]    — Voir, par exemple, saint Jérôme : « J’aborde maintenant le nouveau Testament qui a été écrit tout entier en grec, à l’exception de l’Évangile selon saint Matthieu, qui se servit de la langue hébraïque pour répandre en Judée la parole de Jésus-Christ ». (Lettre au pape Damase Sur la révision des quatre Évangiles.)

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 125

p. 8-28

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