Le Synode sur la synodalité
par le frère Marie-Dominique o.p.
Le Synode des évêques : un changement dans le gouvernement de l’Église
Institution d’un conseil d’évêques par le pape Paul VI
LE SYNODE DES ÉVÊQUES est une institution nouvelle, mise en place en plein concile Vatican II par le Motu proprio Apostolica sollicitudo du pape Paul VI (15 septembre 1965).
De quoi s’agit-il ? C’est un « conseil permanent d’évêques pour l’Église universelle, soumis directement et immédiatement à l’autorité du souverain pontife ».
Les membres en sont les patriarches, les archevêques majeurs et métropolites, les présidents des conférences épiscopales, et un nombre déterminé d’évêques élus par leurs pairs au sein desdites conférences.
Le 28 octobre suivant, le décret conciliaire Christus Dominus sur la charge pastorale des évêques dans l’Église, confirme l’existence de cette assemblée d’« évêques choisis dans les diverses régions du monde pour apporter au Pasteur suprême de l’Église une aide plus efficace au sein d’un conseil qui a reçu le nom de Synode des évêques » (n° 5).
Sa fonction est seulement consultative. Il n’a aucun pouvoir délibératif, à moins que, dans des cas précis, il n’ait reçu ce pouvoir du pontife romain à qui il revient alors de ratifier les décisions du Synode.
Le code de Droit canon de 1983 (c. 342-348) place cette nouvelle structure juste après le pape et avant les cardinaux.
Une ouverture de plus en plus large aux non-évêques
Dès 1965, Paul VI avait cependant prévu dans son Motu proprio la participation possible de non-évêques, limitée à 15 % des effectifs. Il s’agissait uniquement de clercs, représentants des instituts religieux, ou d’experts désignés par le pape.
En 2006, Benoît XVI ouvrait le synode aux laïcs, mais sans droit de vote (Ordo Synodi episcoporum).
Cependant, le 26 avril 2023, le cardinal Grech, secrétaire général du Synode, et le cardinal Hollerich, rapporteur général, annonçaient à la fois que le pourcentage de laïcs passait à 21 % et qu’ils auraient droit de vote.
– On notera la nouveauté consistant à faire annoncer des dispositions contraires à la loi en vigueur par des membres du Synode et non par le pape – même s’il est évidemment consentant. (Mais le pape François n’est pas très scrupuleux en matière de lois, même quand il s’agit de celles de l’Église conciliaire – sans doute fallait-il « faire vite »).
– On notera aussi l’étrangeté de faire voter des laïcs dans une assemblée d’évêques : est-ce encore un « Synode d’évêques » ?
– Enfin, on peut remarquer que la proportion de nouveaux votants (21 %) n’est pas anodine dans une assemblée qui peut adopter son document final à la majorité des deux tiers.
Ajoutons que le Synode est mixte : 50 % des laïcs seront des femmes. De nombreux jeunes sont aussi conviés [1].
Tout ce monde, sans doute trié sur le volet, est censé représenter le peuple chrétien. Il est permis d’en douter.
Un organe consultatif transformé en organe de gouvernement
Il faut bien garder à l’esprit que la Constitution apostolique Episcopalis communio du 15 septembre 2018 a restructuré le synode des évêques.
Elle accroît considérablement le rôle et les compétences du secrétaire général du synode, qui devient le véritable moteur de l’activité synodale par mandat et sous la conduite directe du souverain pontife, lequel ne se contente plus de réceptionner passivement les travaux synodaux comme c’était le cas jusqu’à présent, mais il les promeut, les coordonne et les dirige activement.
Dès lors, on peut se demander si le synode des évêques demeure, pour le pape, un organe simplement consultatif, ou s’il n’est pas devenu un organe du gouvernement, indépendant de la curie [2].
La révolution en marche
Le 20 juin 2023, le Vatican a présenté l’Instrumentum laboris – l’instrument de travail – document préparatoire à un « Synode sur la synodalité » devant réunir 364 participants à Rome, du 4 au 29 octobre.
Ce document a été rédigé à partir des synodes diocésains organisés ces deux dernières années dans le monde entier pour consulter le « peuple de Dieu » sur ses souhaits par rapport à la vie de l’Église. Des synthèses ont été rédigées pour chaque pays puis, à partir des pays, pour chaque continent.
Que de temps, d’énergies, d’argent perdus en parlottes, et cela va continuer pendant presque un mois au Vatican (pensons à l’argent que cela coûte : voyages pour venir de l’étranger, repas, logements). Pendant ce temps, les âmes tombent en enfer par ignorance des vérités nécessaires au salut.
Destruction de l’autorité
La question centrale posée par l’Instrumentum laboris, présente dans de nombreuses fiches techniques, est la suivante : « Qui décide dans l’Église, et comment ? »
Le document fait l’état de la question suivant :
L’autorité se présente-t-elle comme une forme de pouvoir dérivée des modèles offerts par le monde, ou comme un véritable service ? […] Les assemblées continentales ont dénoncé des phénomènes d’appropriation du pouvoir et des processus de décision qui ont mené aux différentes formes d’abus – sexuels, financiers, spirituels et de pouvoir – venues au jour dans l’Église ces dernières décennies. Les responsabilités dans le traitement d’abus sont-elles individuelles ou systémiques ?
Le document entend ici que la responsabilité des « abus » vient peut-être du système lui-même, c’est-à-dire de la manière dont l’exercice de l’autorité a été organisé dans l’Église jusqu’à nos jours. On voit dans quel sens l’Instrumentum laboris entend orienter les débats.
Il va donc falloir discuter :
sur la manière dont le ministère de l’évêque est exercé ; […] sur le degré d’autorité à attribuer aux conférences épiscopales. […] Des changements seraient peut-être à apporter au Droit canonique.
Seront à envisager :
les cas où l’autorité estime ne pas pouvoir confirmer les conclusions d’un processus de discernement communautaire, et prend une décision dans un sens différent ; […] dans quels cas un évêque pourrait se sentir obligé de prendre une décision qui diffère de l’avis réfléchi offert par les organes consultatifs.
On notera le qualificatif de « réfléchi » donné à l’avis des organes consultatifs ; ce qui déconsidère à l’avance l’opposition de l’évêque.
Mais le Synode ne s’interrogera pas seulement sur l’autorité des évêques...
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[1] — ORLF, du 27 avril 2023, p. 1.
[2] — P. Réginald-Marie Rivoire, Le Motu proprio Traditionis custodes, Poitiers, DMM, 2022, p. 93.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 108-123
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