Courrier des lecteurs
M. François Trouillet, qui a plusieurs fois donné des articles à la revue sur des sujets touchant à l’archéologie ou à l’épigraphie biblique, nous adresse cette intéressante lettre qui fait le point sur une découverte insigne (la plus ancienne attestation épigraphique palestinienne de la divinité de Jésus) dont Le Sel de la terre a rendu compte à l’été 2002.
Le Sel de la terre.
Une mosaïque itinérante
Dans le numéro 121 du Sel de la terre [1] a été relatée la surprenante découverte survenue en 2005 sur un terrain de la prison de Megiddo en Galilée : des détenus en train de creuser les fondations d’un nouveau bâtiment avaient mis au jour des vestiges d’une église datant fort probablement de la première moitié du 3e siècle, voire peut-être des environs de 230 [2]. Outre qu’il s’agit là d’un très rare exemple connu d’un tel édifice pour cette période [3], l’intérêt principal de l’événement réside dans le fait qu’on a exhumé là la plus ancienne mention épigraphique, attestée aujourd’hui, de la divinité affirmée de Jésus-Christ, donc ancrée dans l’esprit des croyants quelque cent ans avant d’être imposée comme vérité de foi par le concile œcuménique de Nicée.
Cette découverte a été perçue à juste titre comme un fait de la plus haute importance. Or il se trouve que l’ensemble du pavement de mosaïque de ladite église a été détaché de son emplacement primitif pour être transporté et exposé à Washington, au Musée de la Bible [4], ouvert en 2017 avec les fonds d’une famille évangélique fortunée. Cette exposition, programmée de septembre 2024 à juillet 2025, paraît rencontrer déjà un réel succès [5]. Quant au conservateur en chef des lieux, responsable de cette présentation publique, il n’a pas hésité à déclarer la découverte comme la plus grande – effectuée en Terre sainte – depuis celle des manuscrits de la mer Morte. Après le Musée de la Bible la mosaïque est, en principe, appelée à circuler dans divers autres musées des États-Unis, mais – on le regrettera – ne viendra pas en Europe. Ensuite elle devrait regagner le site de sa découverte, lequel serait aménagé en un parc archéologique ouvert au tourisme : voilà qui permettrait aux visiteurs de méditer tout à loisir devant un témoignage incontestable d’un dogme fondamental du credo chrétien, fidèlement transmis dès les origines de l’Église. Il ne reste alors qu’à souhaiter la réalisation du projet, dont il est tout de même question depuis près de vingt ans maintenant.
François Trouillet
[1] — Été 2022, p. 53-58.
[2] — Le règne de l’empereur romain Sévère Alexandre (227-235) se caractérise par une certaine rémission dans les persécutions du christianisme. L’ère de tolérance relative se prolongera sous ses successeurs jusqu’en 250, où les martyres reprendront avec Dèce.
[3] — On ne pourra guère citer à cet égard que la domus ecclesiæ de Doura-Europos en Syrie sur la rive occidentale de l’Euphrate : son affectation au culte remonte à 240-241.
[4] — Il participe notamment au financement des fouilles d’el-Araj/Bethsaïde évoquées au numéro 128 du Sel de la terre (printemps 2024, p. 52-60).
[5] — L’adresse internet https://www.youtube.com/watch?v=C_fTfAsJ5Lc permet l’accès à une courte vidéo en anglais sur l’exposition.

