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Le combat de la foi avec saint Pie V

par Dominicus


Sermon prononcé le 4 mai 2025, dimanche du bon Pasteur et veille de la fête liturgique de saint Pie V.

A ceux qui chercheraient une bonne vie de saint Pie V, nous pouvons conseiller celle du père Anatole Joyau o.p., disponible aux Éditions Saint-Rémi.

Le Sel de la terre.

 

 

Chers fidèles, le 1er mai 1572, sainte Thérèse d’Avila dans son carmel en Espagne se mit soudain à pleurer, et dit : « Nous venons de perdre notre très saint pasteur. » En effet, le saint pape Pie V venait de quitter l’Église militante pour aller recevoir la récompense de ses glorieux combats.

Puisque c’était, jeudi, l’anniversaire de ce jour mémorable, et que ce sera demain la fête liturgique de saint Pie V, je voudrais en profiter pour vous parler de ce qui fut l’âme de sa vie de combats.

Son oraison liturgique nous apprend que Dieu a donné saint Pie V à l’Église dans deux buts : écraser les ennemis de l’Église et restaurer le culte divin. Les ennemis de l’Église, à l’époque, il y en avait deux. À l’extérieur, la menace islamique des Turcs. À l’intérieur, la révolution protestante. L’infidélité et l’hérésie. Deux ennemis. Deux ennemis de la foi.

On peut dire que la vie de saint Pie V fut tout entière consacrée à l’enseignement et à la défense de la foi, d’abord comme professeur et prédicateur dans l’Ordre de saint Dominique, puis comme inquisiteur pendant vingt ans ; enfin, en poursuivant le même travail sur le siège de saint Pierre. C’est cette fermeté doctrinale qui a donné à son court pontificat – six ans seulement – une fécondité exceptionnelle, dont nous bénéficions encore.

C’est pourquoi je vous propose de parler d’abord de l’importance de la foi. Puis, du combat qu’il est nécessaire de mener sur ce terrain. Enfin, de quelques applications concrètes pour nous aujourd’hui.

 

Importance de la foi


C’est la foi qui nous mène au salut. Que vous procure la foi ? La vie éternelle, répondons-nous au baptême. Or « la vie éternelle, disait Notre-Seigneur à son Père après la dernière cène, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ [1]. »

Voilà essentiellement le bonheur de nos âmes faites à l’image de Dieu : se réjouir de la vérité divine clairement connue, sans pourtant jamais être épuisée ; dans un émerveillement qui ne se lassera jamais, car notre Dieu est d’une beauté infinie ; dans une sécurité parfaite et la plus douce intimité familiale, puisque Dieu a voulu être à la fois notre père, notre ami, notre frère et l’époux de nos âmes.

 

Cette vie éternelle est déposée en germe au baptême avec la foi, qui doit croître, fleurir en cette vie terrestre, pour fructifier dans l’autre, c’est-à-dire nous procurer sa promesse et sa récompense, qui sont la vision de Dieu.

 

Mais si la vie éternelle c’est de connaître Dieu, le méconnaître, alors, c’est la mort éternelle. Notre-Seigneur l’a dit très clairement : « Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné [2]. » Oui, avant de le voir, Dieu nous demande de le croire.

Il faut nous rappeler que nous naissons pécheurs, ennemis de Dieu. C’est la foi au Fils de Dieu, notre Sauveur, qui nous réconcilie.

Ensuite, c’est faire injure à Dieu que de ne pas le croire sur parole, lui la Véracité même. Dans sa Somme théologique Saint Thomas d’Aquin se pose cette question : l’infidélité, le péché contre la foi, est-il le plus grave des péchés [3] ? Vous serez peut-être étonnés de la réponse. Saint Thomas répond : oui, c’est le plus grand de tous les péchés, plus que toutes les perversités morales, parce qu’il nous éloigne radicalement de Dieu. Il s’en prend directement à Dieu.

L’ennemi de Dieu et du genre humain le sait bien, en s’attaquant à la foi, il s’attaque à toutes les vertus et à toutes les bonnes œuvres nécessaires au salut. Sans la foi, comment quelqu’un obéira-t-il aux commandements de Dieu, ne serait-ce que le plus important : « Tu adoreras Dieu seul et l’aimeras plus que tout » ?


Un nécessaire combat


Vous voyez combien notre foi est précieuse et pourquoi l’Église a toujours pris un si grand soin à la conserver dans toute sa pureté et à la défendre contre toutes les attaques. C’est le nécessaire combat de la foi. Le salut des âmes est directement en jeu.

 

Ainsi, pendant vingt siècles, l’Église a mis tout son zèle à propager la vraie foi aux quatre coins du monde, à réunir des conciles pour définir précisément ce qu’il fallait croire, comment comprendre le dépôt révélé, et parallèlement, pour condamner catégoriquement les fausses interprétations des hérétiques.

Toucher à un seul dogme, c’est détruire toute la foi, puisque c’est le témoignage même de Dieu qui est attaqué. Les Apôtres avaient une telle horreur de ceux qui s’en prenaient à la foi, que saint Paul et saint Jean dans leurs épîtres disent de ne pas les recevoir chez soi, de ne pas les fréquenter, de ne même pas les saluer [4] ! Un jour, l’Apôtre saint Jean étant entré dans les thermes d’Éphèse y aperçut l’hérétique Cérinthe. Il s’éloigna brusquement, en disant : « Sortons, de peur que la maison ne s’écroule, puisque là se trouve Cérinthe, l’ennemi de la vérité [5] ! » 

 

La société civile elle-même, quand elle était chrétienne, était consciente de l’importance capitale de la foi, et elle donnait à l’Église son appui pour répandre et protéger la foi.

C’est ainsi qu’est née une institution comme l’Inquisition, autant pour le bien de l’Église que pour celui de la société civile elle-même. On avait bien remarqué que la corruption de la foi entraînait la corruption des mœurs, en plus de provoquer des guerres civiles. C’est une grande œuvre de salut public qui a été accomplie par l’Inquisition pendant des siècles [6], et ce n’est pas pour rien qu’on y rencontre plusieurs saints canonisés, comme saint Pie V, saint Jean de Capistran, saint Pierre martyr, saint Pierre Arbuès, et d’autres.

Aujourd’hui le pouvoir politique ne soutient plus l’œuvre évangélisatrice de l’Église et, ce qui est encore plus dramatique, les hommes d’Église eux- mêmes semblent y avoir renoncé.

Résultat : c’est le chaos dans la société à cause du règne de l’immoralité, et surtout, les âmes se perdent en masse pour l’éternité. La racine du mal, c’est que la foi est en voie d’extinction.

 

Mais si l’on considère les choses à une échelle individuelle, c’est un grand honneur que Dieu nous fait de vivre à une époque difficile. La victoire est d’autant plus glorieuse que le combat a été plus dur.

Tous les élus ont dû se battre pour garder la foi. À toutes les époques, du haut du ciel Dieu jette son regard sur la multitude des hommes pour voir s’il y a quelqu’un de sensé, quelqu’un qui cherche Dieu [7] et qui va se montrer digne de ses promesses.

C’est maintenant que notre foi mérite et triomphe, par la croix, en ce temps de la passion de l’Église. Car qui est vainqueur du monde, dit saint Jean [8], si ce n’est celui qui croit que Jésus, Jésus crucifié, est le Fils de Dieu ?


Applications pratiques


Alors, plus concrètement, au quotidien, en quoi va consister pour nous ce combat de la foi ?

La foi de notre baptême nous a marqués au front du signe de la croix, et il nous faut porter courageusement cette distinction si nous voulons être comptés au nombre des élus. Notre-Seigneur la veille de sa passion a prié précisément pour que nous sachions vivre dans le monde sans être du monde [9]. Et il l’a fait tout haut, pour qu’on se le dise de génération en génération. Ne vous conformez pas à ce siècle, disait saint Paul [10] il y a deux mille ans. Eh bien, ne nous conformons pas à ce 21e siècle apostat.

 

Ne nous habillons pas comme les gens du monde. Cela fait un siècle qu’on s’ingénie, progressivement, scientifiquement, avec une patience toute diabolique, à détruire en nous le sentiment naturel et élémentaire de la pudeur. Et nous sommes tous atteints. Faisons confiance aux recommandations traditionnelles de l’Église à ce sujet, car c’est elle qui juge au point de vue de Dieu.

On raconte que saint Pie V dans sa dernière maladie, s’étant rendu compte que son bras s’était découvert, s’empressa de réajuster sa chemise, malgré sa grande faiblesse. Ça nous semble peut-être excessif, mais c’est lui qui est au ciel maintenant, pas nous.

 

Ne prenons pas nos loisirs dans cette superproduction audiovisuelle actuelle : télévision, films, séries, clips de chansons à la mode, jeux vidéo, etc. Là aussi, comme pour le vêtement, on nous a accoutumés au fil des décennies, à supporter une dose toujours croissante d’immoralité.

Saint Pie V était allé jusqu’à interdire aux catholiques les spectacles de corrida. Il estimait que le goût pour le duel, le sang qui coule et la mise en jeu de sa propre vie était avilissant, « un spectacle pour des démons, non pour des chrétiens ». Que dirait-il de nos divertissements actuels ? Encore une fois, c’est lui qui est au ciel, pas nous.

 

Ce qui nous aidera beaucoup à supporter ces renoncements, c’est le choix de nos amitiés. À plusieurs on est plus fort. Le respect humain est moins mordant.

Le bon Dieu daigna montrer en songe à saint Jean Bosco le chemin de l’enfer. Saint Jean Bosco y vit plusieurs des garçons dont il s’occupait. Il fut particulièrement frappé d’en voir qui couraient à toute vitesse dans la mauvaise direction.

― Mais qu’est ce qui les fait courir si vite ? demanda-t-il à l’ange qui le guidait.

― C’est le respect humain.

 

Pour préserver notre foi, il nous faudra aussi garder nos distances avec la nouvelle Église de Vatican II. En voici quelques preuves.

Saint Pie V avait remué ciel et terre pour former une sainte ligue contre l’impiété islamique et obtenir la victoire de Lépante. Comme il est lourd de sens le geste de Paul VI en 1965, lorsqu’il rendit aux Turcs les étendards que leur avait pris saint Pie V ! Et François en 2019, qui signe la paix avec le grand imam, parce que « la diversité des religions est la volonté de Dieu » !

Saint Pie V, encore jeune professeur dans l’Ordre dominicain, s’était fait remarquer en défendant publiquement trente-six thèses dirigées spécialement contre l’hérésie protestante. Cela n’empêchera pas Jean-Paul II, lors d’un voyage en Allemagne en 1980, de déclarer qu’il vient « en pèlerin, vers l’héritage spirituel de Martin Luther ».

Pour protéger les fidèles des livres corrupteurs de la foi et des mœurs, saint Pie V avait créé la Sacrée Congrégation de l’Index. Paul VI supprime en même temps et l’Index et l’Inquisition romaine [11].

Saint Pie V avait fait saint Thomas d’Aquin docteur de l’Église, pour illuminer toutes les intelligences et établir le plus solide rempart contre les hérésies. Mais Benoît XVI se dit mal à l’aise avec la « logique cristalline de Thomas d’Aquin ». Il préfère le brouillard des philosophies germaniques issues de la Réforme.

Saint Pie V excommunie la reine d’Angleterre hérétique et menace le roi de France des châtiments divins s’il signe avec les protestants une paix odieuse et illusoire. Jean XXIII, lui, se plaint des prophètes de malheur. Il ne veut plus d’anathèmes. Paix sur la terre pour les hommes, quelle que soit leur volonté !

 

On pourrait continuer longtemps ce parallèle affligeant. Il nous montre que les papes de la nouvelle Église ont fait exactement le contraire de ce que faisait un des derniers saints au même poste.

C’est le bon sens qui nous dit qu’en suivant des chemins opposés, on arrive à des endroits opposés. Je ne sais pas dans quel paradis saint Jean XXIII, saint Paul VI, saint Jean-Paul II sont honorés comme tels, mais ça ne peut pas être le même que le paradis de saint Pie V.


Il a suffi de vous parler de la foi et du combat de la foi pour vous exprimer l’âme de saint Pie V. Or la Providence a voulu en quelque sorte placer le combat actuel de la Tradition sous son patronage, puisque la « messe de saint Pie V » est depuis longtemps le fer de lance de ce combat, où elle se trouve opposée à la « messe de Paul VI ».

Si saint Pie V était si zélé pour le culte liturgique, c’est parce que celui-ci exprime publiquement notre foi. L’oraison liturgique de saint Pie V rappelle bien ce lien en disant qu’il lui a fallu « écraser les ennemis » de la foi pour « restaurer le culte divin ».

Prions beaucoup le Cœur immaculé de Marie pour qu’il nous obtienne un nouveau saint Pie V, un bon pasteur [12]. Nous en avons grand besoin, mais nous ne le méritons pas. Alors Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous !


[1]    — Jn 17, 3.

[2]    — Mc 16, 16.

[3]    — II-II, q. 10, a. 3.

 

[4]    — Tt 3, 10 ; 2 Jn 10.

[5]    — C’est saint Irénée, disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean, qui rapporte cet épisode (Adversus hæreses, III, 3, 4 ; PG 7, 853 ; SC 211, p. 42-43).

[6]    — Voir Jean-Claude Dupuis, « Défense de l’Inquisition », Le Sel de la terre 29, p. 154-169. Téléchargeable gratuitement sur www.seldelaterre.fr.

[7]    — Ps 13, 2.

[8]    — 1 Jn 5, 5.

[9]    — Jn 17, 9-19.

[10]  — Rm 12, 2.

[11]  — L’Inquisition romaine s’appelait alors le Saint-Office.

[12]  —  Ce sermon fut prononcé entre le décès du pape François et l’élection de Léon XIV.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 133

p.87-92

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