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L’intronisation du Sacré-Cœur dans les familles

par Édouard-Maxime Breton



Le Sacré-Cœur, Roi des familles


QUAND DIEU voulut relever le genre humain tombé dans l’abîme de la dégradation morale – dit Mgr Freppel – il réalisa sous les yeux du monde l’idéal de la famille. […] Il en résulta la sainte Famille, ce type immortel et unique des familles chrétiennes. […] Car, dans l’ordre religieux et moral, tout repose sur la constitution de la famille : suivant qu’elle est elle-même bien ou mal organisée, les individus comme les peuples s’élèvent ou s’abaissent, assurent leur prospérité ou marchent à leur ruine. Dieu donc, voulant régénérer l’humanité déchue, commença ce grand œuvre par la restauration de la famille [1].

Cette restauration de la famille ne s’est pas faite par une révolution. Le Fils de Dieu, le Créateur tout-puissant, a voulu pendant trente années demeurer à Nazareth dans une sorte d’inaction extérieure et cacher la lumière qu’il était venu apporter au monde, la réservant à la Vierge Marie et à saint Joseph. Et cela, pour nous donner un modèle, pour nous apprendre à aimer la vie cachée, à rechercher la vie intérieure ; bref, pour nous montrer que la première réforme à accomplir, c’est la réforme intérieure, la réforme des mœurs et des âmes, afin de devenir doux et humble de cœur, à l’image de son Cœur sacré. Et dès lors que le Sacré-Cœur règne ainsi sur les cœurs et sur les familles, son règne peut s’étendre peu à peu à la société tout entière.

Ce travail est aujourd’hui d’autant plus nécessaire que la révolution fait une guerre à mort à la famille et fabrique sans cesse des lois nouvelles pour la détruire un peu plus. Dans les attaques menées contre l’Église, la famille catholique est en première ligne et l’on peut dire sans exagération que le grand malheur de notre société (avec la crise dans l’Église, mais non sans rapport avec elle) c’est la dissolution des familles. Il faut donc impérativement restaurer le règne de Jésus-Christ dans les familles.

Pour opérer cette restauration, l’intronisation du Sacré-Cœur, pourvu qu’on la comprenne bien, est le moyen le plus adapté et le plus puissant.


Le père Matéo Crowley


En 1907, un religieux de la congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, le père Matéo, s’embarquait du Chili pour venir s’agenouiller au pied du chef suprême de sa congrégation : le Sacré-Cœur, à Paray-le-Monial.

Frappé de neurasthénie suite à un surmenage, ses supérieurs l’avaient envoyé voyager en Europe, pour ne pas perdre dès l’abord (il avait trente-deux ans) un religieux dont les talents faisaient espérer beaucoup pour sa société.

A sa première visite dans la chapelle des apparitions, à peine à genoux, le père éprouva dans tout son être un bouleversement indescriptible. Il se releva complètement guéri. En même temps, son âme se sentit pénétrée d’un désir irrésistible de commencer une croisade pour faire connaître et aimer Jésus, le Roi d’amour. Et le soir, pendant l’heure sainte, tout le plan de campagne à suivre lui fut dévoilé. Il vit clairement le grand crime du monde moderne : l’expulsion de Jésus-Christ du sein de la famille et de la société. Non moins clairement, le remède se dévoila : reconquérir les familles, une à une, par l’intronisation du Sacré-Cœur, afin de préparer le règne social de Notre-Seigneur. Au cri de la famille paganisée et de la société athée : « Nolumus hunc regnare super nos, nous ne voulons pas qu’il règne sur nous ! » (Lc 19, 14), il fallait opposer la parole de saint Paul : « Oportet illum regnare, il faut qu’il règne ! » (1 Co 15, 25) [2].


De ce récit, il ressort nettement deux choses :

Jusqu’ici, le père Matéo avait bien consacré des familles au Sacré-Cœur, mais sans en faire un apostolat, une œuvre à part entière. Si Notre-Seigneur était intervenu et l’avait miraculeusement guéri, ce n’était pas seulement pour raviver sa dévotion, mais pour lui montrer que l’intronisation était le moyen pour conquérir le monde à son Cœur, et pour l’envoyer dans le monde entier. Plus qu’une grâce, c’était un véritable charisme, une mission qu’avait reçu le père ce jour-là.

Mais on ne se met pas ainsi, de sa propre initiative, à parcourir le monde pour prêcher ! Ce genre de mission divine, pour être accréditée des évêques, doit recevoir la bénédiction de Rome. Il alla donc voir le père de toute la chrétienté, non sans appréhension, afin d’obtenir l’approbation de son projet d’apostolat. Il fut reçu avec bonté par sa sainteté Pie X.

Après l’avoir écouté avec attention pendant un moment, très sérieusement, le saint pape lui dit :

— Non ! je ne vous le permets pas.

— Mais, très saint Père…

—Non, je ne vous le permets pas ; je vous le commande ! Entendez-vous ? non seulement je permets, mais je vous ordonne de donner votre vie pour cette œuvre de salut social. C’est une œuvre admirable, consacrez-y votre vie entière [3].

Et le pape Benoît XV, après la mort de son saint prédécesseur, confirma la mission du père : « Dites bien que je veux voir cette croisade prêchée partout. Cette œuvre, c’est mon œuvre [4]. »

Pourquoi cet enthousiasme du dernier pape canonisé ? La consécration n’était-elle pas une dévotion déjà connue et pratiquée depuis les apparitions du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial ? Et Mgr Pie n’avait-il pas déjà préconisé la consécration des familles comme œuvre de salut social ?

Certes, cette dévotion avait déjà été beaucoup prêchée et propagée.

Mais il manquait encore un saint prêtre qui, un peu comme l’avait fait saint Louis-Marie Grignon de Montfort pour la dévotion mariale, nous montrât comment pratiquer intégralement cette dévotion, et la pratiquer au quotidien, afin de lui permettre d’épanouir dans les familles et donc dans la société, tous ses fruits de grâce.

D’où le terme d’intronisation, pour marquer dès l’abord la différence avec la simple consécration.

Le père Matéo avait interrogé le cardinal Billot, théologien de renom, professeur pendant vingt-cinq ans à l’université grégorienne de Rome. Dans sa réponse, le cardinal écrivait :

Il ne s’agit en aucune façon d’une dévotion nouvelle qui par sa nouveauté même pourrait paraître suspecte. Non, c’est bien la pure, la simple, la franche dévotion au Sacré-Cœur, telle qu’elle a été transmise par les révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie, telle que l’Église l’a sanctionnée de sa suprême autorité. J’y vois un moyen simple et pratique de réaliser les désirs du Sacré-Cœur. J’y vois en second lieu le moyen le mieux approprié à la sanctification de la famille et par elle de la société tout entière [5].

Qu’est-ce que l’intronisation ?


Dans une lettre autographe au père Matéo, le pape Benoît XV, le 27 avril 1915, définissait l’intronisation en des termes que devaient reprendre mot à mot ses successeurs Pie XI et Pie XII :


[1]      —   Mgr Freppel de A à Z, Versailles, Éditions de Paris, 2006, p. 345.

[2]      —   Voir Le Sel de la terre 68, « L’œuvre de l’intronisation du Sacré-Cœur ».

[3]   — Cité dans l’introduction de Jésus, Roi d’amour, Pierre Téqui, 2008.

[4]    — Voir dans Le Sel de la terre 68, p. 98-109 : « L’œuvre de l’intronisation du Sacré-Cœur ».

[5]    — Marcel Bocquet ss.cc., Père Matéo apôtre mondial du Sacré-Cœur, p. 113.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n°135

p. 177-183

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