Le Sel de la terre n°135

18,00€
+ frais de port
224 p.
Mars 2026
ÉDITORIAL
Le Coeur de Jésus, abrégé de tous les mystères du christianisme
LE SEL DE LA TERRE
Article libre d'accès
« Venez boire à la source même de la charité. » C’est par cette invitation que s’ouvre l'éditorial du numéro 135 du Sel de la terre, consacré au Cœur de Jésus. L'article ne se contente pas d'une approche sentimentale ; il démontre avec force que cette dévotion constitue l'abrégé de tous les mystères du christianisme.
ÉTUDES
La disparition du surnaturel. A propos d’une double thèse
Fr. Pierre-Marie DE KERGORLAY O.P.
Article payant
La question des rapports entre la nature et la grâce est l'une des plus décisives de la théologie catholique, car en dépend l'existence même de l'ordre surnaturel. Le frère Pierre-Marie o.p. soumet à un examen rigoureux la double thèse doctorale de Mère Marie de l'Assomption o.p. (Nature et grâce chez saint Thomas d'Aquin, 2021 ; De la grâce à la béatitude, 2022), qui entend réhabiliter la position d'Henri de Lubac et prétend que la vision béatifique est l'unique fin envisageable pour toute créature intellectuelle.
L'analyse montre que la thèse examinée s'oppose non seulement à l'interprétation commune de l'école thomiste, mais à l'enseignement formel de l'Église, conduisant logiquement à nier les limbes et à estomper la distinction entre nature et grâce — soit, au bout du compte, à la disparition du surnaturel lui-même, selon l'avertissement du père Garrigou-Lagrange en 1946.
Le désir de voir Dieu chez saint Thomas d’Aquin
Jean-Louis CAZELAIS S.S.
Article libre d'accès
L'homme possède-t-il, par sa nature même, un élan vers une fin qui la dépasse ? Cette question, au cœur des débats théologiques contemporains, trouve dans l'étude de Jean-Louis Cazelais une réponse d'une précision exemplaire. L'auteur fait ressortir le paradoxe thomiste : un désir naturel pour un objet (la vision de l'essence divine) inaccessible par les seules forces naturelles ? Quelle distinction faut-il poser ici ?
Adoptant une méthode de synthèse doctrinale rigoureuse, le père Cazelais s'appuie sur les textes de la Somme théologique, du Contra Gentiles et du Compendium Theologiae de saint Thomas. Il confronte les interprétations des grands commentateurs, notamment Cajetan et le père Garrigou-Lagrange, pour clarifier la distinction entre l'appétit inné et l'appétit élicite. Le sérieux de ce travail repose sur une analyse métaphysique fine de la « puissance obédientielle », cette capacité de la créature spirituelle à être surélevée par la grâce sans que sa nature soit détruite.
L'intérêt majeur de cet article est de sauvegarder le dogme de la gratuité absolue de l'ordre surnaturel tout en montrant l'admirable harmonie entre la raison et la foi. En rappelant que saint Thomas écrit toujours en théologien, le père Cazelais offre une clé de lecture indispensable pour comprendre comment notre désir de connaître ne trouve son repos final qu'en Dieu seul.
Existe-t-il en nous une inclination naturelle à la vision de Dieu ?
Jean de Saint-Thomas O.P.
Article libre d'accès
Le paradoxe du désir humain : Inclination naturelle ou appel de la grâce ?
L’homme peut-il, par ses seules facultés, tendre vers une fin qui dépasse radicalement sa propre nature ? Cette question, pierre de touche de la théologie de la grâce, est ici résolue par l'un des plus grands commentateurs de saint Thomas : Jean de Saint-Thomas (1589-1644). L'article propose une traduction et une analyse de sa célèbre dispute sur l'inclination naturelle à la vision béatifique.
Adoptant la méthode scolastique de la disputatio, l'auteur réfute d'abord les thèses de Scot et de ses disciples qui postulent un appétit naturel inné pour la vision de Dieu. Le sérieux de la démonstration repose sur une exégèse rigoureuse du Docteur Commun, distinguant avec une précision technique inégalée l'appétit inné (instinct de nature) de l'appétit élicite (issu de la connaissance). Jean de Saint-Thomas démontre que si un désir de voir Dieu existe naturellement, il est « inefficace » et « imparfait », ne devenant une tension réelle vers la vision faciale que sous l'influence de la foi et de la grâce.
L'intérêt de cette étude est double : elle préserve l'intégrité de la raison humaine tout en sauvegardant la gratuité absolue de l'ordre surnaturel. En clarifiant la notion de « puissance obédientielle », cet article offre une réponse définitive aux dérives naturalistes contemporaines et rappelle que notre soif d'absolu ne trouve sa source et son terme qu'en Dieu seul.
Existe-t-il dans l’âme une inclination naturelle innée
vers le surnaturel ?
Fr. Ambroise GARDEIL O.P.
Article libre d'accès
L'âme humaine est-elle programmée pour le Ciel ? La réponse magistrale d'Ambroise Gardeil.
L'homme possède-t-il, au plus profond de son être, un moteur naturel qui le pousse vers la vision de Dieu, ou cette tension est-elle le fruit exclusif de la grâce ? Dans cet article de fond, le Père Ambroise Gardeil o.p. s'attaque à l'un des débats les plus complexes de la théologie : celui du désir inné de Dieu et du surnaturel.
Adoptant une méthode de synthèse métaphysique rigoureuse, l'auteur s'appuie sur la doctrine de saint Thomas d'Aquin et ses grands commentateurs pour clarifier les concepts souvent confondus. L'article démontre que si l'âme possède une « plasticité » ou une puissance obédientielle — c'est-à-dire une capacité non-répugnante à être élevée par Dieu — elle ne dispose pas pour autant d'un appétit naturel inné qui exigerait la vision béatifique. Le père Gardeil réfute notamment les thèses scotistes et les interprétations naturalistes en rappelant que la grâce, pour rester gratuite, ne peut être l'achèvement nécessaire d'une force interne à la nature.
L'intérêt de ce travail réside dans sa défense vigoureuse de la distinction entre les ordres naturel et surnaturel, essentielle pour préserver la liberté du don divin. En s'appuyant sur des analogies techniques et une exégèse fine des textes de l'École, le Père Gardeil offre une clé de compréhension indispensable pour contrer la « disparition du surnaturel » dans la pensée contemporaine.
