La dévotion au Sacré-Cœur Un nouveau labarum et une dévotion nécessaire
par l’abbé Jean-Baptiste Brocard
DANS L’ENCYCLIQUE annonçant la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus, le pape Léon XIII disait ceci :
A l’époque où l’Église, toute proche encore de ses origines, était accablée sous le joug des Césars, un jeune empereur aperçut dans le ciel une croix qui annonçait et qui préparait une magnifique et prochaine victoire. Aujourd’hui, voici qu’un autre emblème béni et divin s’offre à nos yeux. C’est le Cœur très sacré de Jésus, sur lequel se dresse la croix et qui brille d’un magnifique éclat au milieu des flammes. En lui nous devons placer toutes nos espérances ; nous devons lui demander et attendre de lui le salut des hommes [1].
– 312 : Cela fait trois siècles que l’Église est née du côté de Notre-Seigneur ouvert sur la croix. Cela fait trois siècles que l’Église est traquée, persécutée, martyrisée.
– Octobre 312. Un jeune empereur s’avance à la tête d’une armée vers le pont Milvius, où l’attend Maxence et le sort de tout l’Empire romain. Mais, alors qu’anxieux il lève la tête pour guetter quelques signes du destin, il aperçoit au-dessus du soleil une croix lumineuse avec cette inscription : In hoc signo vinces (« Par ce signe, tu vaincras »).
Ayant fait un nouvel étendard de ce signe, comme le lui a demandé Notre-Seigneur la nuit suivante, Constantin marche contre Maxence, mettant toute sa confiance dans ce nouveau labarum [2]. Et Dieu récompense sa foi en lui donnant la victoire par la croix. L’année suivante (313), paraît l’Édit de Milan, ouvrant une ère de paix et de prospérité pour toute l’Église [3].
– Juin 1689. Le Roi des rois vient donner au roi de France, Louis XIV, un nouveau labarum pour l’aider à vaincre les ennemis de l’Église : son Cœur Sacré.
Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien et, par son entremise, de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous les ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Église. C’est pourquoi il l’a choisi comme son fidèle ami pour faire autoriser la messe en son honneur par le Saint-Siège apostolique, et en obtenir tous les autres privilèges en répandant avec abondance ses bénédictions sur toutes ses entreprises, qu’il fera réussir à sa gloire, en donnant un heureux succès à ses armes [4].
– 1789 : les rois de France ayant fait la sourde oreille, survient la Révolution dite française et, avec elle, la fin de la monarchie chrétienne et le début du règne de la franc-maçonnerie. Une nouvelle ère de persécutions s’ouvre, dont nous vivons actuellement les terribles conséquences. Cela fait maintenant plus de deux siècles que l’Église est de nouveau traquée, persécutée, martyrisée.
– Privée désormais de l’appui de la fille aînée de l’Église et reproduisant envers le Cœur Immaculé de Marie l’erreur des rois de France, la hiérarchie catholique observe – sans les comprendre – les conséquences de sa négligence coupable, à savoir : la Seconde Guerre mondiale, la Russie réduisant en esclavage la moitié de la planète et répandant ses erreurs à travers le monde, et, finalement, le concile Vatican II [5] avec ses effets dévastateurs et l’apostasie générale qui fait tomber des millions d’âmes en enfer.
On voit, par les terribles conséquences de ces refus, l’importance que Dieu attache à ces dévotions – qui, bien comprises, n ’en font qu’une, la très sainte Vierge Marie n’ayant pour mission que de nous donner Jésus, et de nous donner à Jésus.
Il n’est donc pas superflu de prendre le temps d’étudier cette dévotion et de répondre aux appels du Sacré-Cœur. Dans l’état de crise dans lequel nous vivons, c’est même la première chose que nous devons faire.
Si nous ne prenons pas les armes données par Dieu lui-même, il est impossible d’espérer la victoire, comme nous en prévenait sœur Lucie, la voyante de Fatima :
Si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement et en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre [6].
Un peu de doctrine
Il est important de bien connaître et comprendre ce qu’est la dévotion au Sacré-Cœur,
– d’une part, parce que l’on n’aime bien que ce que l’on connaît : il n’y a pas d’amour sans connaissance ;
– d’autre part, parce qu’une fausse compréhension peut faire dévier notre dévotion et nous en faire perdre tous les fruits. Une dévotion qui ne s’appuie pas sur une doctrine solide devient vite du sentimentalisme, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, par exemple dans le renouveau charismatique.
Mais si nous comprenons bien la doctrine, alors l’excellence de cette dévotion nous apparaîtra clairement, et cette connaissance nous aidera à en recueillir tous les fruits de grâce.
Pour bien comprendre une dévotion, il faut se poser deux questions :
– Quel est son objet ?
– Dans quel but nous est-elle donnée ?
Les réponses à ces deux questions nous permettront de préciser l’esprit de la dévotion et les pratiques qui lui sont propres.
Quel est l’objet de la dévotion au Sacré-Cœur ?
• Le Cœur de chair de Notre-Seigneur.
Précisons tout de suite que, la nature humaine de Notre-Seigneur étant unie à la deuxième Personne de la Sainte Trinité, ce Cœur de chair est le Cœur du Verbe, et à ce titre il est adorable parce qu’il est, en toute vérité, le Cœur d’un Dieu.
Mais ce n’est pas au cœur en lui-même – quoiqu’adorable – que termine cette dévotion. Le culte va toujours à la Personne. Pour donner un exemple, c’est à la personne qu’on rend hommage lorsqu’on baise la main de quelqu’un. Nous ne vénérons donc pas ce Cœur séparé du corps ni de l’âme de Jésus, comme on le ferait d’une relique, mais comme ne faisant qu’un avec la Personne divine du Fils de Dieu incarné.
Alors, pourquoi faire cette distinction entre Jésus et son Cœur ?
[1] — Léon XIII, lettre encyclique Annum Sacrum du 25 mai 1899.
[2] — Mot latin signifiant « étendard impérial » et faisant désormais référence à l’étendard de Constantin marqué de la croix.
[3] — Le Sel de la terre 85, été 2013, a publié tout un dossier sur l’Édit de Milan.
[4] — Vie et œuvres de sainte Marguerite-Marie, Paris-Fribourg, Edition Saint-Paul, 1990, tome 2, p. 336-337 (lettre de sainte Marguerite-Marie à la mère de Saumaise, relatant la communication de Notre-Seigneur du 17 juin 1689).
[5] — Voir Le Sel de la terre 53, été 2005, article : « Jean-Paul II a-t-il consacré la Russie ? », note 3, p. 63 : nombreuses références.
[6] — Lettre de sœur Lucie de Fatima au père Fuentès, en 1957. Texte complet et commentaire dans Le Sel de la terre 53, p. 401-404.

